Merci à PerigrinTouque et Sheraz pour vos reviews et vos conseils.

J'espère que ce 2e chapitre vous plaira tout autant.

Pour les autres, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Merci et bonne lecture.


Chapitre 2:

Le lendemain, Minos se réveilla dans sa chambre, allongé sur le ventre. Il n'arrivait même pas à ouvrir les yeux. Il avait la nausée, il avait mal à la tête, mal aux... En fait, songea-t-il, il gagnerait du temps à faire l'inventaire des endroits où il n'avait pas mal... Il voulu poser la main sur son front, mais son corps ne lui obéissait plus. Il ne se souvenait même plus comment il avait regagné sa chambre.

Ah oui ! Un serviteur d'Hadès était venu le réveiller au petit matin pour qu'il quitte la chambre avant le réveil du dieu. En état de choc et n'étant plus qu'une masse douloureuse, il s'était traîné hors du lit pour se rhabiller sous le regard méprisant du serviteur. Oh ! Il se doutait bien de ce qu'il pensait de lui, mais il n'était vraiment pas en état de s'en offenser. Terrassé par la douleur et vu que son observateur ne comptait pas l'aider, il renonça à mettre son pantalon pour enfiler laborieusement sa tunique, de toute façon, il ne croiserait personne à cette heure matinale. La porte s'ouvrit doucement et Rhadamanthe entra sur la pointe des pieds. Il congédia le serviteur et couvrir Minos d'un manteau en lui murmurant.

- C'est Eaque qui m'envoie. Il n'a pas pu venir lui-même car il donne les consignes à Rune pour ton remplacement.

- Tu vas pouvoir marcher ? Demanda-t-il inquiet.

Minos hocha la tête.

- Ça m'empêchera de m'évanouir en route, tenta-t-il de plaisanter d'une voix faible.

Une fois dans les appartements du griffon, le whyverne l'emmena dans la salle d'eau. Il se déshabilla et en fit de même pour Minos. Il l'aida à descendre dans le bain et le lava avec douceur. Sous l'effet conjugué de l'eau tiède et des mains expertes de Rhadamanthe, terrassé de fatigue, le juge sombra dans le sommeil. Son collègue le coucha et sorti sans bruit de la chambre. Il parti vers le tribunal pour rejoindre Eaque. Il devait absolument réfléchir avec le Garuda à un moyen pour qu'Hadès désigne quelqu'un d'autre la prochaine fois.

Minos entendit la porte s'ouvrir doucement puis se refermer. Sans doute son serviteur personnel qui venait voir s'il était réveillé pour le petit déjeuner. Il senti quelqu'un retirer le drap qui le couvrait. Il voulu savoir qui avait l'impudence de découvrir ainsi son postérieur. Mais avant qu'il n'ait la force d'ouvrir les yeux, il senti quelque chose de frais se poser délicatement sur celui-ci. Il poussa un gémissant d'aise et ouvrir laborieusement les yeux pour savoir à qui il devait ce bien-être. Il vit une main qui tenait une tasse fumante. Le regard de Minos remonta le long du bras pour savoir à qui il appartenait. Il aperçu Célie qui lui souriant.

- Tenez seigneur Minos se sont des plantes calmantes, cela vous fera du bien. Buvez tandis que c'est chaud, lui ordonna-t-elle avec douceur.

- Que fais tu ici ? Tu es au service exclusif d'Albafica maintenant. Et d'ailleurs, où est Bagik ? Demanda-t-il en prenant la tasse.

La jeune servante détourna les yeux, embarrassée.

- Et bien.. Bredouilla-t-elle, il y a eu une... Altercation avec un garde et celui-ci l'a mis aux arrêts pour manque de respect.

Devant le regard dur du juge, la jeune fille ajouta avec empressement.

- Oh mais ! Bagik m'a dit de vous dire de ne surtout pas vous inquiéter pour lui et de prendre soin de vous.

Ne pas s'inquiéter alors que son favori allait être fouetté pour un crime qu'il n'avait certainement pas commis !

- Célie, tu vas courir voir le capitaine de la garde, ordonna le juge. Tu vas lui raconter ce qui c'est passé, lui dire aussi que je veux qu'il libère mon serviteur et qu'il m'amène ce soldat.

- Ensuite tu reviens ici ajouta-t-il en souriant.

Lorsqu'elle apporta enfin le petit déjeuner à Albafica, un sourire illuminait son visage et des étoiles brillaient dans ses yeux.

- Bonjour seigneur Albafica, je m'excuse pour le retard, lança Célie joyeusement, tout en jugeant préférable de ne pas mentionner la cause de son retard.

Le chevalier était assis près de la fenêtre ouverte et regardait pensivement dehors. Il se leva pour lui prendre le plateau.

- Bonjour, tu dois être Célie ?

- C'est cela mon seigneur, je suis votre servante.

- Je n'ai rien contre toi, mais je n'ai pas besoin de servante. D'ailleurs, je ne veux rien qui vienne de ce Minos.

Nullement vexée, la jeune fille répondit avec douceur.

- Je peux le comprendre mon seigneur, mais un homme de votre qualité a besoin d'une servante. Vous ne pouvez tout de même pas aller en cuisine préparer vous-même vos repas. De toute façon, la cuisinière vous en expulserait à la louche. Finit-elle en riant.

- A la louche ?

- Oui, une louche... Pour servir la soupe... Vous ne connaissez pas ce mot ?... Demanda Célie hésitante.

- Si, si !... Je le connais, mais je n'avais pas fait le rapprochement, répondit Albafica en riant.

La servante se mît à rire elle aussi. Finalement la mission que lui avait confié le juge n'allait peut-être pas se révéler si ardue. Après l'avoir dûment récompensée, Minos s'était laissé aller aux confidences. Célie, quant à elle, s'était permise quelques conseils pour apprivoiser son petit chat sauvage. Le laisser constater qu'il n'y a pas de danger et venir de lui-même à Minos, le caresser dans le sens du poil, apporter un soin tout particulier à son bien être : nourriture, logement, occupation finirait bien par déclencher de la reconnaissance, et surtout se montrer très patient. Tous ces conseils s'appliquait tant à Albafica qu'à un chat que le juge ne pu s'empêcher de rire en imaginant le chevalier blotti contre lui en ronronnant tandis qu'il lui gratouillait le menton. Il avait alors demandé la jeune servante de s'efforcer au maximum de faire rire son ange, ou au moins, de le faire sourire.

Lorsque le chevalier regarda à nouveau par la fenêtre, il vit Minos qui bien qu'essayant de le dissimuler avant beaucoup de mal à marcher. Il pencha pour lui lancer avec mépris.

- Alors Minos ! Ton dieu a t'il été satisfait de tes services ?

- Saches très cher, répondit pompeusement le juge, que je satisfais toujours mes partenaires. Mais merci pour l'idée brillante que tu viens de me donner.

- Quelle idée tordue a germé dans ton cerveau de malade ? Si elle me concerne, tu peux tout de suite l'oublier.

- Que tu peux être paranoïaque ! Non, elle me concerne moi. Quand Hadès me désignera à nouveau, je n'aurais qu'à être médiocre, comme ça. La prochaine fois il prendra quelqu'un d'autre.

Un fracas de verre cassé fit se retourner Albafica. En entendant les paroles du juge, Célie, blême, avait lâché le vase qu'elle tenait. Elle se précipita à la fenêtre les larmes aux yeux.

- Oh non ! Je vous en supplie mon seigneur, ne faites pas ça, dit-elle tremblante alors que les larmes commençaient à couler le long de ses joues. Le seigneur Hadès sera furieux et il vous fera fouetter.

- Allons ! Ne pleure pas ma belle ! Lança joyeusement Minos. Je peux bien supporter quelques coups de fouet pour me dégager de mon poste de favori.

Devant la mine de gamin espiègle du griffon qui s'éloignait en sifflotant, le chevalier ne pu s'empêcher de sourire. Minos, lui aussi avait le sourire car pour la première fois, son ange lui souriait, un vrai sourire qui lui fit chaud cœur.

Dans ses appartements, Hadès émergeait à son tour. Le cerveau encore embrumé de sommeil et ses extases nocturnes, il se leva et se dirigea vers la salle de bain tel un zombie. Il s'arrêta, ferma les yeux pour tenter de rassembler ses idées, mais le néant et le chaos bataillaient dans son esprit. Il se retourna et blêmit en voyant la quantité de sang qui tâchait ses draps. Sa nuit lui revint brutalement en mémoire. Il avait recommencé songea-t-il avec effroi. Adossé au mur, il se laissa glisser au sol. Recroquevillé sur lui-même, il mît à sangloter, comme un enfant perdu.

Comme promis, Albafica s'installa dans l'appartement de son choix et... Le plus loin possible de ceux de Minos. Le chevalier admis à regret qu'il avait besoin d'occupation et le juge lui fit apporter tous ce qu'il demandait, enfin... Presque tout. Le griffon faisait preuve de patience... Et même de beaucoup de patience, envers le poisson. Patience que le chevalier s'amusait à mettre à rude épreuve par des demandes extravagantes ou des paroles désagréables. Malgré ce qu'il voyait et entendait, Albafica n'était toujours pas convaincu de la sincérité du juge. Puisque son geôlier, car il le considérait toujours comme cela, s'amusait à le séduire pour le mettre dans son lit, il avait bien le droit lui aussi de s'amuser.

Le chevalier se promenait souvent dans la sphère de Tolomea pour repérer les lieux, il parlait aux serviteurs et aux gardes également pour en connaître les habitudes. Cela lui avait valu de se faire des amis parmi les premiers qui appréciaient sa gentillesse et sa simplicité, et des ennemis parmi les seconds qui jalousaient cet étranger, nouveau favori de leur seigneur, alors que celui-ci n'avait jamais couché avec aucun de ses soldats. L'un d'eux en particulier, qui avait été sévèrement puni à cause du serviteur de Minos, le détestait, estimant que ces chiens de Bagik et d'Albafica lui volaient la place qui lui revenait de droit. N'osant plus s'en prendre directement à eux, Letos les regardait passer avec mépris, ruminant sa vengeance.

Les jours passaient et fidèle à ses engagements, Minos ne touchait jamais Albafica pour quelques raisons que ce soit. Il prenait également soin de frapper trois fois et d'attendre que le chevalier lui dise d'entrer. Mais le poisson le rejetait toujours, et chaque fois, la tête ou la main sur la porte comme pour sentir la présence de son aimé, le griffon soupirait, abattu, avant de repartir.

Un jour, qu'il se trouvait près de la porte lorsque Minos frappa, Albafica l'entendit soupirer et murmurer d'une voix triste.

- Albafica... Je t'aime mon ange... Je t'aime tellement.

Le juge s'éloigna sans savoir que son amour l'avait entendu. Le chevalier quant à lui fut troublé par ces paroles. Il masquait en permanence son cosmos, donc Minos ne pouvait pas savoir qu'il serait entendu et puis d'ailleurs, il avait parlé si bas qu'à un où deux pas plus loin Albafica ne l'aurait pas entendu. Il y avait tellement de tristesse, tellement de sincérité dans la voix du juge que le chevalier en fut ému malgré lui. Après une nuit agitée, il dû reconnaître que le griffon tenait ses engagement et qu'il n'avait jamais eu à se plaindre de son comportement envers lui. Pire encore, Minos ne lui avait jamais fait de remontrance alors qu'il ne respectait pas sa part du marché.

De plus, Minos profitait de ce qu'il se voyait à l'extérieur pour discuter avec lui d'art, de littérature, de la roseraie qu'Albafica avait fini par accepter. Et s'il voulait être complément honnête, il devait reconnaître que le juge était très cultivé et qu'il appréciait leur discussion.

Les deux autres personnes avec qui il aimait passer du temps était sa servante Célie, toujours de bonne humeur. La seule fois où cela n'avait pas été le cas, était ce fameux jour où, pleurant toutes les larmes de son corps, elle avait supplié Minos de ne pas contrarier Hadès. Mais elle avait refusé de dire à Albafica pourquoi elle était aussi inquiète. La seconde était Bagik, le serviteur personnel de Minos.

Le juge se réjouissait que son ange se soit fait des amis, aussi avait-il ordonné à son favori de ne discuter ni de lui, ni de ses sentiments, avec Albafica, ou de quelqu'autre sujet qui aurait pu lui donner de l'inquiétude, ordre auquel le serviteur comptait sournoisement désobéir. L'occasion lui en fut donnée un jour où il aidait le chevalier à la roseraie. Bagik avait subtilement réussi à dévier la conversation sur Minos.

- Je suppose que tu couches avec lui ?

- Tu supposes bien ? Répondit le serviteur souriant.

Albafica soupira et ajouta avec mépris.

- Tu accours dès qu'il t'appelle pour tirer un coup et qu'il n'a pas envie de faire ça avec un damné.

Voyant Bagik le fixer tristement, il s'empressa d'ajouter.

- Ce n'est pas contre toi mon ami, tu es son serviteur. Tu n'as pas le choix. Je sais qu'il te punirait cruellement si tu ne lui obéissais pas.

- Ce n'est pas ce que tu crois. Je ne fais pas que couché avec lui. Je l'écoute quand il a besoin de se confier à quelqu'un. Le seigneur Eaque a beau être meilleur ami, il ne peut pas tout lui dire. Cela date d'à peu près 4 ans lorsqu'il a réduit ses relations avec les damnés. A l'époque où Hadès a commencé avec lui. Et maintenant, il n'a plus de relation qu'avec moi ou Eaque. Quant à lui désobéir, c'est déjà ce que je fais parlant de lui avec toi.

- Il t'a interdit de me parler de lui ! S'exclama Albafica incrédule.

Bagik sourit, il semblerait bien il ait une ouverture et il allait en profiter.

- Il ne veut que ton bonheur, alors il m'a interdit de te parler de quoique se soit qui pourrait te faire de la peine.

- Je suis son prisonnier, alors comment pourrais-je être heureux.

- Non, tu es son invité, il te protège en t'interdisant de quitter Tolomea.

- Oui je sais ! Répondit le chevalier exaspéré. Il me protège, il se protège... Mais de quoi d'ailleurs ?

Le regard sombre, le serviteur fixa un instant la rose qu'il tenait.

- Je suppose que cela aussi tu n'as pas le droit de me le dire, ou peut-être est-ce un mensonge.

- Le seigneur Minos ne t'a jamais menti... Je vais te le dire, mais avant, j'aimerais que tu répondes honnêtement à une question... Je veux que tu sois honnête avec toi même, alors réfléchi bien avant de répondre.

- D'accord pose ta question.

- Détestes-tu toujours mon seigneur ?

Albafica fut tenter de répondre par l'affirmative, mais une petite voix le rappela à l'ordre.

- Non, je... Ça me paraît étrange et même impensable, mais je ne le déteste plus. Je... Crois même... Que je l'apprécie.

- C'est déjà un début... Viens avec moi.

- Je croyais que tu devais me dire...

- Je préfère te le montrer, on va prendre ton manteau car il faut sortir de Tolomea.

Albafica marchait en silence, tête baissée, s'efforçant au maximum d'avoir l'air d'un damné. Bagik le guida jusqu'à la cascade de sang. Ils pouvaient entendre les hurlements d'un supplicié. Le serviteur suivi de près du chevalier pris la direction des cris. Dissimulée entre les roches, s'élevait un petit bâtiment d'aspect grossier. Il n'y avait pour seule ouverture qu'une porte en bois. Les deux hommes approchèrent sans bruit. Une odeur de sang, d'excréments et de chairs brûlées s'en échappait. Pris de nausée, le poisson blêmit en entendant des hurlements que la douleur du supplicié rendait casi-inhumain auxquels se mêlait des ricanements sadiques. Albafica sursauta lorsqu'il sentit la main de Bagik.

- Viens, ce n'est pas prudent de s'attarder ici. Je t'expliquerais quand on sera en sécurité.

De retour à la roseraie, le chevalier se remit à s'occuper de ses roses pour détendre. Le serviteur apporta des jus de fruits, lui aussi avait besoin de boire quelque chose.

- Qu'est-ce que c'était que cette horreur ?

- La chambre noire, c'est ici que sont envoyés ceux qui servent le seigneur Hadès et qui ont osé provoquer sa fureur. A l'intérieur, c'est le noir complet, les bourreaux sont des créatures sans nom qui voit dans le noir aussi bien qu'en plein jour. Et inutile de te dire que ces êtres immondes adorent leur travail.

- Même les juges ?

- Même les juges, seules quatre personnes ne risque pas une telle condamnation. La reine Perséphone et les dieux jumeaux bien sur, mais aussi Dame Pandore. Falsifier les registres des morts pour soustraire une âme à sa condamnation peut être assimilée à un acte de trahison.

- Et si Minos est découvert, il sera... Condamné à la chambre noire.

- Oui.

- Alors pourquoi ?

- Au début, cela ne devait pas durer, il voulait posséder ton corps, te soumettre à sa volonté, à ses fantasmes... Mais pas comme avec les damnés qu'il torture avant d'en abuser. Il ne voulait pas faire preuve de sadisme avec toi, ensuite il t'aurait renvoyé au Cocyte et remis le registre en ordre.

- Alors là ! Tu m'en vois flatter ! Ironisa Albafica. Et que me valait un tel traitement de faveur ?

- Tu es très beau Albafica.

Le chevalier grimaça, il n'avait jamais aimé que l'on fasse référence à sa beauté. Bagik poursuivit.

- Le seigneur Minos aime ce qui est beau. Il aime l'art, il le respecte et à ses yeux tu es un chef œuvre de la nature. Il pensait que te faire l'amour devait être quelque chose de magnifique... Bon, d'accord, il le pense toujours. Mais ton coma à durer, et chose qu'il n'avait pas prévu, il est tombé amoureux de toi. Oh pas une petite passade, un véritable grand amour.

- Admettons ! Mais qu'est-ce que cela change pour moi ? Il me veut toujours dans son lit, non ?

- Ce que cela change, c'est que maintenant se sont tes désirs, ton bonheur qui passe avant. D'ailleurs le seigneur Eaque le taquine souvent en disant qu'en amour il a le cœur d'une jouvencelle. Il serait prêt à tout sacrifier pour toi.

Albafica fixa pensivement le lointain, se demandant si ce que lui racontait Bagik était vrai. Il repensa à ce fameux jour où Minos avait déclaré ses sentiments sans se douter qu'il était entendu. Il y avait tant d'émotion dans sa voix. A bien y réfléchir, depuis son réveil le griffon ne s'était montré violent qu'une seule fois avec lui et il s'en était excusé aussitôt. Le cœur du chevalier commençait à vaciller, mais il était un ennemi, avait-il le droit de l'aimer ? Sans doute pas... Oh Athéna... Maître Lugonis, vous qui avez été un père pour moi, que dois-je faire ? Songea-t-il au désespoir. Il fut tiré de ses pensées par Bagik.

- Je dois y aller, les seigneurs Eaque et Rhadamanthe ont bien essayé de convaincre Hadès de prendre Rune cette nuit...

- Charmant ! Il le jette en pâture au requin. Pourquoi ils n'y vont pas, eux ?

- Oh non, le Balrog est volontaire.

- Vraiment ?

Oui, mais les deux juges et lui ont pensé que le seigneur Hadès acceptèrent si ça avait l'air d'une offrande. Malheureusement, il veut encore Minos et en plein été notre souverain est particulièrement frustré, impatient et malheureux. Ça ira mieux à l'automne.

- Et quel est ton rôle dans l'histoire ?

- Je vais essayer de détendre mon maître au maximum.

- Fais attention à ce que ses amis ne fassent pas de toi une offrande.

- Rassures-toi, je ne risque rien. Notre souverain juge les serviteurs indignes de partager sa couche, alors ne se sert que parmi les spectres...

- Et le rosaire a considérablement réduit l'effectif, acheva tristement Albafica.

Bagik revint près du poisson, il posa la main sur son épaule et dit d'une voix douce.

- Eh ! Ça va aller, Minos est solide.

Le chevalier releva la tête surprit d'entendre le serviteur appeler son maître simplement par son nom. Il le vit sourire. Celui-ci reprit.

- Si tu veux vraiment l'aider à surmonter ça, garde le sourire.

Albafica lui donna alors les roses qu'ils avaient cueillies.

- Offre ces roses à Minos de ma part, dis-lui que c'est pour le remercier de la roseraie.

Reconnaissant, Bagik enlaça le chevalier.

- Merci, cela lui fera très plaisir.

Le favori du juge partit sourire aux lèvres, sourire qui s'effaça bien vite tant il craignait que son maître ne fasse une bêtise avec le seigneur Hadès.

Albafica fut tiré du lit par des coups violents à la porte. Il s'habilla rapidement en se demandant qui pouvait frapper de la sorte si tôt le matin. Il entendit la voix de Bagik le presser.

- Albafica ! Vite ! Ouvre-nous !

Ce qu'il vit en ouvrant lui glaça le sang. Minos enveloppé dans un manteau était soutenu par Eaque et Bagik. Le tissu était rougi de son sang. Les parcelles de peau dénudées laissaient voir des zébrures sanglantes dues à de violents coups de fouet.

- Désolé de t'envahir ainsi, lui dit le Garuda. Mais, on est venu au plus près.

- Non, c'est bon. Installez-le dans ma chambre.

Tandis que les deux hommes le couchaient, le griffon ne pût retenir des gémissements de douleurs.

- Arrête de te plaindre, tu n'avais qu'à pas faire le con avec Hadès, lança Eaque moitié furieux, moitié inquiet.

- Ce n'est peut-être pas le bon moment pour l'engueuler, risqua le serviteur inquiet pour son maître.

Albafica, lui aussi très inquiet, souffla.

- C'est Hadès qui lui a fait ça ? C'est monstrueux !

- Ce n'est pas de sa faute... Il souffre, gémit Minos

- Tu le défens, après ce qu'il t'a fait, s'exclamèrent en même temps les trois hommes.

Cet ensemble parfait aurait certainement fait rire le juge, s'il n'avait pas déjà sombré dans le coma.

- Je vous le confie, Rune et Rhadamanthe attendent des nouvelles au tribunal.

Tandis que le chevalier inspectait avec horreur les multiples blessures qui couvraient le corps nu du griffon, Bagik revint avec une bassine d'eau, des compresses et des bandages. Avec d'infinies précautions, ils lavèrent les plaies du juge et pansèrent les plus profondes. De peur de réveiller le blessé, Albafica demanda à voix basse.

- Que s'est-il passé ?

- Minos a pensé que si il ne satisfaisait pas le seigneur Hadès, il le fera fouetter et prendrait quelqu'un d'autre pour terminer la nuit.

- Je me souviens qu'il en avait parlé. Ne me dit pas qu'il savait qu'il finirait dans cet état ?

Le serviteur secoua tristement la tête.

- Devant le peu d'enthousiasme du seigneur Minos, notre souverain s'est mis en colère... Et au lieu de renvoyer le juge, il a insisté, mais mon seigneur a persisté dans son comportement. Fou de rage le seigneur Hadès l'a vio...

Au bord des larmes, Bagik ferma les yeux, incapable de mettre des mots sur les horreurs qu'avait subit son maître. Pour l'encourager à continuer, le chevalier posa la main sur les siennes avec douceur. Le serviteur respira à fond et lâcha d'une traite.

- Furieux, Hadès a violemment abusé de lui toute la nuit. Au petit matin, il a convoqué le bourreau. Ayant que très rarement l'occasion d'exercer sur un juge, il a accompli sa tâche avec beaucoup de zèle. Eaque est intervenu avant qu'il ne l'écorche vif à coups de fouet. Et comme tes appartements étaient les plus près, on l'a amené ici.

Minos, brûlant et toujours inconscient appelait son ange d'une voix faible et angoissé.

- Je suis là, répondit Albafica en lui épongeant le front.

Délirant, le juge l'appela de nouveau. Machinalement, il prit la main du griffon dans la sienne et caressa son visage tuméfié.

- Je suis là, murmura-t-il une fois de plus avec douceur. Ça va aller, je suis près de toi.

A son contact, Minos s'apaisa et Albafica termina les soins, puis il lui fit la lecture de Colonel Jack de Daniel Defoe que le juge lui avait apporté la semaine précédente. Rhadamanthe, appuyé contre le montant de la porte, observait ce touchant tableau avec un sourire amusé. Décidément, Eaque n'y comprenait rien aux sentiments humain. Il avait tord en disant que Minos devrait à nouveau se focaliser les fesses du chevalier parce qu'il n'aurait jamais son cœur.

- Bonjour, finit-il par dire.

- Bonjour Rhadamanthe, répondit Albafica inquiet de se trouver face au juge.

Le Whyverne retourna au salon, suivi du chevalier.

- J'ai frappé, mais tu ne m'as pas entendu... Et rassure-toi, cela fait plusieurs années que je suis au courant de ta présence et des sentiments de Minos à ton égard. Même si je n'approuve pas non plus, contrairement à Eaque, je comprends.

- Que veux-tu ?

- Je suis venu voir comment allait Minos.

- Comment veux-tu qu'il aille après ce que lui a fait subir Hadès ? S'exclama Albafica quelque peu agressif. C'est un monstre ! Comment peut-il l'excuser ?

Rhadamanthe fixa un instant ses mains le regard triste. Le poisson reprit.

- Ne me dis pas toi aussi qu'Hadès souffre ! C'est faux ! Il assouvit ses besoins sexuels sur vous avec la bénédiction de son épouse. Et si vous ne vous soumettez pas à ses caprices, il vous viole et vous torture.

- Il n'y a pas viol si il y a consentement...

- Ah oui ! C'est fou ce que Minos avait l'air consentant. Tellement consentant qu'il cherchait un moyen d'y échapper.

- C'est parce que notre seigneur Hadès ne prenait plus que lui. Et... Rhadamanthe soupira. La reine Perséphone ne sait rien.

- Comment ça, elle ne sait pas ?

- Vois-tu, notre souverain aime la reine Perséphone à en mourir. Alors chaque fois que le printemps revient à la surface, l'hiver s'installe dans le cœur Hadès, raconta le juge d'une voix triste. Notre reine a pensé que si son bien-aimé prenait maîtresses cela soulagera un peu son cœur. Notre seigneur a refusé de tromper son amour. Mais notre reine est entêtée. Elle a convaincu le seigneur Hadès que s'il prenait du plaisir avec des hommes, il ne l'a tromperait pas vraiment.

Bien que toujours furieux contre le dieu des enfers, Albafica ne pût s'empêcher d'être ému par le récit du juge. Celui-ci poursuivit.

- La douleur de notre dieu est si grande qu'il ne peut l'évacuer qu'avec des rapports de plus en plus violent jusqu'au retour de sa reine. C'est une force contre laquelle il ne peut lutter et je sais... Nous savons qu'il s'en veut de nous faire subir cela.

- Mais ne pouvez-vous pas lui parler ? L'amener à se confier ?

- Non, s'exclama Rhadamanthe, cela signifierait à ses yeux qu'on le croit faible.

- Et à Perséphone ?

- Surtout pas, si elle savait ce que nous subissons, elle en aurait le cœur brisé. Alors nous mentons et nous souffrons en secret pour le bien de nos dieux.

- En secret ? Pourtant les serviteurs de Minos sont au courant.

- Très peu le sont, seulement deux ou trois en qui Minos a suffisamment confiance pour se confier.

Rhadamanthe fixa un instant le regard troublé d'Albafica, il caressa les cheveux du chevalier et lui dit d'une voix douce.

- Tu es la meilleure chose qui soit arrivée à Minos.

A ces mots, Albafica sentit une étrange chaleur l'envahir, douce et agréable. Paradoxalement, il se sentit trembler, incapable de penser ou de bouger. Le juge vint se placer près du chevalier, il passa le bras autour de sa taille et prit une mèche de cheveux dont il huma le parfum.

- Dis-moi mon petit poisson, quand tu auras offert ta virginité à Minos, tu coucheras une fois avec moi ? Juste histoire que je connaisse un peu de douceur au lit.

- Dehors ! S'écria Albafica furieux en le repoussant.

Le visage de Rhadamanthe s'alluma d'un grand sourire.

- Allez ! Ne te fâche pas, je plaisantais.

Avant de sortir, il ajouta avec un clin d'œil.

- Prend soin de lui.

Rester seul, Albafica fulminait toujours. La porte s'entrouvrir et Rhadamanthe y passa la tête. D'un air faussement contrit et les yeux pétillants de malice, le juge déclara.

- Non mais, je plaisantais vraiment. Minos est mon ami et jamais je te volerais à lui.

La porte se refermera.

- Je n'appartiens pas à Minos, bougonna le chevalier.

Il fut néanmoins touché par la sollicitude du juge.