Chapitre 1 :

-Il n'y a pas de...

-De visite, je sais, le coupais-je rapidement, je n'ai personne à voir de toute manière.

L'homme habillé de blanc paru d'abord surpris puis finis par me tourner le dos, j'avais presque pu voir dans son regard une lueur de pitié. Et je lui aurais volontiers casser le nez rien que pour cela,

je n'avais pas besoin qu'on me plaigne et surtout pas des gens de son espèce. Qui acceptaient de travailler pour des monstres. Qui acceptaient de se soumettre.

Je pénétrais dans le train le menton levé, restant digne et droite alors que des pleurs incessant se faisait dans mon dos. Ce n'était pas étonnant qu'il n'arrive pas à retenir ses larmes, il savait qu'il allait mourir. Il ne tiendrait pas deux minutes dans une arène.

-Je ne veux pas !

Le petit garçon à mes côtés commençait à reculer alors qu'un garde le saisit par le bras, le projetant à l'intérieur avec une telle force que l'enfant se retrouva face contre terre.

-Vous êtes malade ! m'écriais-je en m'interposant entre les deux.

Je ne supportais pas qu'on puisse nous traiter comme si nous n'étions que de simple objet, nous étions des personnes, nous avions des pensées, des sentiments. Nous n'étions pas seulement des tribus. Pourtant, à leurs yeux, nous ne sommes rien d'autre qu'un moyen d'amuser le Capitole.

Et il me sourit d'une façon si narquoise. Cet idiot à la carrure immense avait fait la bêtise de se moquer de moi. Dans son regard je voyais, à quel point il riait. A quel point le fait de nous voir tout les deux mourir dans l'arène lui aurait plus. C'est pourquoi, sans même réfléchir, je lui avais balancé mon pied entre ses jambes.

L'homme se plaça au sol, me traitant de tout les noms pendant que je saisissais le gamin qui gisait contre le plancher.

-Cours !

Il s'exécuta et nous fuyons, traversant un autre wagon et bloquant la porte transparente derrière nous. Le garde s'était relevé et nous avait poursuivit, frappant de toute ses forces contre le verre.

Je le fixais droit dans les yeux et laissais un sourire se graver sur mes lèvres rosés.

-Salle garce ! J'espère que tu crèveras vite !

-Retournes lécher les bottes de ton maître, rétorquais-je.

Il fronça les sourcils et me tourna le dos, pensant que de toute façon je ne resterais pas en vie bien longtemps. Et cette pensée dû lui tirer une grande satisfaction.

-Merci...

Je me retournais pour observer le visage humide du petit. Je ne l'avais pas frapper pour lui, je l'avais fais parce que je m'étais sentis humiliée, il n'avait aucun compte à rendre.

L'enfant me sourit et je sentis mon cœur se serrer face à cette vision. Il avait de grands yeux noirs, des cheveux très courts, bouclés et des lèvres pulpeuses. Ce n'était qu'un gamin d'environ 8 ans. Les règles avaient bien changées, elles étaient devenue plus rudes, et la moisson cueillait les enfants dans la fleur de l'âge. Ils les arrachaient sans peine, coupant les racines entre eux et leurs familles, les laissant pourrir dans une arène injuste.

Ils les fanaient alors qu'ils venaient à peine d'éclore.

-Je ne pense pas qu'en étant si arrogante tu peux te faire aimer du public.

La femme qui avait prononcé cela était notre manager, je l'aurais reconnu entre mille. La peau foncée, des cheveux afro, une taille de guêpe, des petites rides sur le côté de ses yeux qui marquait bien ses 45 ans. Elle avait gagné les jeux il y a environ 30 ans et elle profitait de ses gains pour nourrir plus de monde qu'elle ne pouvait.

-Je m'appelle...

-Aicha Harisson, la coupais-je.

-La politesse ! S'écria l'homme aux cheveux roses.

Il était posé à table, sirotant son café probablement trop sucré, le petit doigt vernis en l'air. Il me répugnait.

-Et vous êtes ?

-Alexy Santes, sourit le garçon en essuyant la dernière larme de sa joue bronzée, j'ai 8 ans.

Aicha lui rendit son sourire, mais elle devait se sentir terriblement désolée pour lui. Elle en avait vu passer des gens, elle en avait vu mourir. Et c'était insupportable pour elle.

-Et toi ?

-Lune Nox, 17 ans.

-Lune... c'est un joli prénom, me répondit-elle.

Je levais les yeux au ciel, trop de politesse. Je ne comprenais pas l'intérêt de tant de blabla. Il nous envoyait à la mort ! Je fixais d'un regard sombre cet horrible personnage du Capitole, il n'y avait rien dans ses yeux. Comme si tout cela était une habitude, envoyer des personnes pourrir en enfer ne le dérangeait pas plus que ça, et ça me rendait folle de rage.

Je serrais les points.

-Je vais vous dire ce que je sais des jeux...

-On va devoir survivre et si jamais on y arrive pas on va crever. Oh et il faut être gentil avec le publique.

Le bonhomme poussa un « oh » d'indignation alors que je continuais sur ma lancée :

-J'ai passé mon examen, chef ?

La femme me saisit par le bras pour me coller contre le mur du wagon :

-Ne me parles pas comme ça, je suis là pour t'aider.

Je me détachais de son emprise rapidement, la repoussant en arrière et elle paru surprise de ce que je venais de faire.

-Vous êtes trop vieille pour m'attaquer. Et je ne veux pas de vos conseils.

Elle leva la main pour me gifler alors que j'interceptais ses doigts au vol :

-Je ne tiens pas à me faire aimer du publique.
Je saisissais un couteau en argent qui traînait sur la table et le lançais sur la tasse de porcelaine que Larry tenait entre ses doigts peins. Celle ci se brisa en morceau et Aicha me fixa étonnée.

-Comment oses tu !

-La ferme Larry, riposta Aicha.

Je lui lançais un sourire en coin et me posais sur un des fauteuils qui traînaient là.

-Où as tu appris à te battre comme ça ?

-Mes parents étaient dans la résistance.

La résistance... Ma mère me racontait sans cesse cette histoire. Après que l'héroïne de conte que j'avais tant admiré avait péri dans l'incendie avec sa sœur, le Capitole avait vaincu. Il avait renforcé les règles, endurcis la Moisson. Et avait chassé les résistants jusqu'au dernier. Mes parents avaient fuis le district 12 pour se réfugier dans le 11 lors de la guerre, et avait décidé de rester dans l'ombre, pour moi. Parce que ma mère était enceinte, et qu'ils ne voulaient pas que je vive dans cette guerre.

Mais, la résistance tombant, les éliminations avaient commencé. On tuait tout ceux que l'on pensait avoir fait parti un jour de l'ennemi. Et après des années à se cacher, à sortir le moins possible, ils les avaient trouvé, et m'avaient épargné.

Flash Back

-Que fait-on d'elle ?

-L'ordre est d'éliminer les anciens résistants.

-Elle est leur fille.

-Et alors ? Rétorqua le garde, elle n'était même pas né. Laisses là, elle ne tiendra pas longtemps seule de toute manière.

Je ne pleurais pas, je me contentais de regarder les deux corps sans vie devant moi. Les deux êtres que j'aimais qui baignaient dans le sang. Et le ventre rond de ma mère me donna envie de vomir, le bébé n'avait pas survécu. Ils étaient morts. Ils étaient morts.

Quelque chose d'humide me chatouilla le nez et je compris que je commençais enfin à verser des larmes, perles salées qui refusaient à présent de s'arrêter.

Et je hurlais, je criais. Ce n'était qu'un cauchemars. Ce n'était pas réel.

Pourtant, j'avais beau me pincer, fermer les yeux, prier pour que tout ne redevienne comme avant, les deux corps étaient toujours là, les yeux grands ouverts. Et je pleurais encore plus.

Fin du Flash Back

-Ils sont morts l'année dernière, soupirais-je.

Le petit garçon me serra la main comme pour me réconforter et je ne pu me résigner à retirer mes doigts. Je détestais qu'on ait pitié de moi, mais la tristesse qu'il avait été si forte que je n'arrivais pas à lui en vouloir.

-Elle peut gagner, s'écria Aicha en se tournant vers Larry.

Je fronçais les sourcils, je savais me défendre. Je savais survivre dans un univers hostile. Mais je ne savais pas tuer.

-Je vais vous montrer les participants de cette moisson, s'empressa d'annoncer Aicha en allumant le poste de télévision.

Alexy se logea sur mes genoux et je me raidis ne sachant absolument pas comment réagir, et il le sentit, puisqu'il saisit ma main pour la mettre sur sa tête, et l'autre pour la placer sur son estomac.

-Tu peux me masser les cheveux ? Me murmura-t-il, c'est toujours comme ça que maman fait...

Je grimaçais et après quelque seconde à hésiter, je m'exécutais.

-Voici Annabella Mangras et Jonas Karin du district 1, 16 et 17 ans. Ils sont entraînés à se battre depuis leur plus jeune âge comme vous le savez déjà. Annabella excelle au corps à corps, tout comme Karin, je vous conseille de les éviter.

-Ça, marmonnais-je, j'aurais pu le deviner seule.

Elle ignora ma remarque et passa au district 2.

-Mickaëla Armin, et Mathieu Lita du district 2, 15 et 19 ans.

Je ne fixais pas vraiment l'écran, je préférais observer la luxure de ce grand wagon. L'or était présent partout, décorant avec grâce la pièce dans laquelle nous étions.

Mais quand le nom de Mathieu arriva à mes oreilles, je tournais immédiatement les yeux pour fixer l'écran : de grands yeux bleus, des cheveux blonds presque blanc en bataille, une peau de porcelaine et un visage sans aucune imperfection visible.

-Mickaëla est presque invisible, elle sait prendre les gens par surprise. Quand à Mathieu...

-Il est excellent, la coupais-je.

Elle fronça les sourcils en me fixant droit dans les yeux :

-Tu le connais ?

-Son père était un ami de la famille.

J'essayais de me souvenir de quelques moments passés avec lui et son visage joyeux me venait en mémoire. Toujours à se moquer de moi, à me charrier, à me mettre en colère.

-On ne s'entendait pas particulièrement bien, finis-je par ajouter en observant son visage déconcertant.

-Ça, j'aurais pu le deviner seule, rétorqua la femme ironiquement.

Je lui lançais un regard noir alors qu'elle nous présentais les autres tribus. La plus jeune avait 7 ans, elle avait de grands yeux bleus et des cheveux roux comme le feu. C'était une enfant adorable. Mais la découvrir dans ce jeu me désolait plus qu'autre chose...

Je ne vis aucune menace potentiel, mis à part ceux du district un et deux.

Mis à part ce crétin.

-Dans l'arène, je préférais que tu me tues.

Je me figeais brusquement, ma main cessant les massages que j'étais entrain de donner au petit garçon sur mes genoux.

-Je sais que tu as tes chances, mais moi je n'en ai pas. Et je voudrais mourir vite.

Je le repoussais brusquement me redressant en passant ma main dans mes cheveux d'or, lançant un regard désespéré à Aicha, dans l'espoir qu'elle ne lui dise quelque chose, n'importe quoi.
-Il a raison.

N'importe quoi sauf ça.

-Alexy, sors s'il te plais, plaça la femme devant moi.

Le garçon s'exécuta, mais je savais que son oreille était probablement collée à la porte de verre.

-Si tu le tues, ça pourrait montrer que tu n'as pas de pitié. Tu pourrais leur faire peur. Et tu sais comme moi qu'il ne tiendra jamais.

Ma colère ne fit qu'un bond :

-Il est hors de question que je fasse une chose pareille. Il est hors de question que j'élimine ce gosse, c'est clair ?!

-C'est de ta vie dont on parle, répliqua Aicha sûre d'elle, je te connais bien Lune. Tu es toujours recluse, tu as toujours refusé mon aide, et tu refuses d'aider qui que ce soit.

-Si je dois donner tout ce que j'ai je ne survivrais jamais, crachais-je.

-Alors prouves que tu veux survivre.

Un silence se propagea dans la pièce mais aucune de nous deux ne cligna des yeux, essayant sans doute de faire plier l'autre en premier.

-Tues le pour survivre.

Mais je pliais la première, partant m'enfermer dans ma chambre.