J'observais les premiers rayons du jour percer la fenêtre de ma chambre en soupirant, je n'avais pas fermer l'œil de la nuit et pour cause, les cauchemars ne me lâchaient pas. Je ne cessais de voir les images des combats dans les arènes et mon pouls s'accélérait de lui même. Je ne pouvais nier à quel point je stressais, à quel point j'étais effrayée. Je ne voulais pas mourir. Et je ne voulais pas tuer qui que ce soit.

Fatiguée, je tentais quand même de me lever, me dirigeant vers ma salle de bain personnelle me disant qu'un bon bain chaud me détendrais sûrement. Quand je pense que chez nous, l'eau était souvent froide, alors qu'ici un simple bouton l'a faisait changer de température.

Ces idiots avaient vraiment la belle vie, mais cela ne leur suffisait pas. Il leur fallait plus. Plus que de vivre dans toute cette richesse, plus que de nous laisser crever de faim. Il leur fallait nous voir pourrir.

Cependant, je ne voyais vraiment pas ce que toutes ces ordures trouvaient à prendre tant de temps dans une eau aussi chaude. La peau devenait rouge cramoisi, et nos doigts tout plissées.

Je sortis donc rapidement, enfilant des vêtements qui traînaient déjà là. Je grimaçais en voyant la légère robe bleuté que je devais mettre. Je n'étais absolument pas à l'aise avec ce genre de vêtement, je ne pouvais pas bouger comme je l'entendais. Et je détestais être priver de mes mouvements.

Je passais quelque coup de brosse dans ma chevelure blonde, avant de me diriger vers la salle du petit déjeuné, qui était déjà habitée de tous pour mon plus grand regret. Je détestais parler le matin, je détestais simplement la présence de qui que ce soit à l'aube. En plus je ne pouvais même pas faire mon footing pour me défouler et me vider l'esprit. Pour ignorer les images de deux corps ensanglantés devant mes yeux.

-Bonjour Lune.

Je ne répondis pas, me contentant d'attraper une tartine et de la beurré ignorant le discours de politesse que me faisait l'autre timbré.

-As tu bien dormi ? continua Aicha.

Je buvais mon cacao goulûment sans lui porter attention.

-Notre nuit a été agréable, merci de t'en soucier. Comment trouves tu tes appartements ?

Je lui lançais un regard noir, espérant juste qu'elle ne se taise pour que je puisse finir mon petit déjeuné tranquillement.

-Les miens sont cool ! S'exclama le petit Alexy.

-Je suis contente qu'il te plaise, lui sourit la femme, et toi Lune ?

-Pendant ces deux jours ici, finis-je par dire, je voudrais que vous ne m'adressiez pas la parole jusque au moins 10h. Sinon je risquerais de me montrer désagréable.

-Plus désagréable que tu ne l'es déjà ? Piqua Aicha.

-Ouais, encore plus, terminais-je en me levant.

-Lune, nous n'avons pas fini de manger.

-Moi si, rétorquais-je en sortant.

Je m'enfermais dans ma chambre, et fouillais tout les placard pour trouver une autre tenue qui conviendrait mieux à ce que je désirais faire. Et après avoir jeter toute ses robes plus ignobles les une que les autres, j'étais enfin tombée sur une tenue pratique qui me conviendrait beaucoup mieux. Un short foncé, un débardeur blanc, des mitaines en cuir noire, et grâce au ciel, des baskets confortables et idéales pour courir !

J'enfilais ma tenue et commençais mes échauffement habituel, donnant plusieurs coups dans le vide, brassant l'air avec mes points et mes pieds. J'exécutais quelques figures acrobatiques avant de me retourner brusquement. Aicha avait pénétrer dans ma chambre avec le gosse, et d'après son regard admiratif, ils étaient là depuis un moment.

-Qu'est ce que vous foutez là ! M'énervais-je rapidement.

-Alexy veut te parler.

-Il faut vous le répéter combien de fois ? Je ne veux parler à personne !

-J'en ai pour un petit moment seulement, argumenta le garçon.

-Et bien, pestais-je en lançant un coup de point dans le vide, je suis occupée, reviens plus tard.

Je me sentis légèrement mal quand je vis des larmes apparaître au coin de ses yeux. Aicha me lança un regard sévère et je finis par m'asseoir sur le lit en soupirant :

-T'as 5 minutes, marmonnais-je.

Le jeune garçon sourit en se posant immédiatement à côté de moi.

-Si je te demande de me tuer, c'est parce que je suis absolument sûr de mon choix.

Et à ce moment là, tout âme d'enfant avait disparu dans ses yeux. Il n'y avait plus qu'un regard sévère et froid. Un regard d'adulte.

-Je ne veux pas mourir en ayant peur. Et si c'est toi je n'aurais pas peur.

Je me redressais, et pris une aspiration :

-En es tu sûr ?

-Certain.

-Très bien, acquiesçais-je, si c'est ce que tu souhaites.

-Tu le promet ?

-Je le promet.

Alexy sourit et se précipita dans mes bras. Je ne voyais vraiment pas ce qu'il y avait de bien là dedans, je ne comprenais pas ce qui le faisait rire.

-Ma maman aura toujours mon frère, me chuchota-t-il, et comme ça je pourrais rejoindre mon papa.

Je sentis mon cœur se serrer, et plaçais mes doigts dans ses cheveux bouclés.

-Je te le promet, murmurais-je.

Le garçon me serra un peu plus fort avant de se séparer de moi et de sortir de la pièce, un sourire aux lèvres.

Aicha me fixa et je ne pu m'empêcher de me sentir agresser :

-Quoi ?!

-Je me demande si tu fais ça pour lui, où si tu fais ça pour toi.

Je fis claquer ma nuque d'un mouvement brusque et lui lançais le regard le plus noir que je pouvais.

-Je suis tellement sans cœur à tes yeux ?

-Je me demande juste, argumenta la femme.

-Eh bien, je pense que c'est la meilleure solution pour nous deux.

-Donc tu le fais aussi pour toi.

-Je ne vois pas où est le mal, c'est toi même qui me l'a conseillé, répliquais-je.

-J'ai dis que tu pouvais gagner, et je ne me suis pas trompée. Mais ce n'est pas que parce que tu sais comment te battre. C'est parce que tu n'as aucun scrupule.

J'encaissais, me contentant de lui tourner le dos pour reprendre mon entraînement.

-Ce n'est pas une mauvaise chose, je n'en avais aucun non plus. Et j'ai gagné.

-Je n'ai pas besoin de tes conseils, je suis parfaitement capable de me débrouiller toute seule.

Aicha soupira et se posa sur la chaise de mon bureau, m'observant m'entraîner.

-Cependant, je n'ai pas pu empêcher les remords de m'habiter.

Je continuais mes exercices essayant tant bien que mal de l'ignorer.

-Il n'y a pas une nuit, depuis ce jour, où je ne revois pas ceux que j'ai éliminé. Et je ne veux pas que tu...

-La ferme ! Hurlais-je en me retournant brusquement.

Elle fronça les sourcils en se relevant me dépassant de toute sa hauteur.

-Je ne suis pas prête à tuer qui que ce soit, mais il est hors de question que je rentre dans cette arène sans me défendre. Si quelqu'un désire me tuer, je le tuerais avant. C'est tout.

-Alexy ne désire pas te tuer, fit-elle espérant sans doute me blesser.

-Mais il ne tiendra pas dans l'arène. Et même si, il est incapable de survivre seul.

-Et tu ne peux pas te permettre de l'aider.

-Il refuserait, et tu le sais. Il ne veut pas mon aide pour survivre. Il veut mon aide pour mourir.

-Parce qu'il sait qu'il serait un poids pour toi !

-Il en serait un, m'énervais-je, je ne peux pas lui mentir en disant qu'il n'en serait pas un !

-Donc tu le tueras parce qu'il pourrait porter atteinte à ta vie.

-Non, je le tuerais parce qu'il me l'a demandé.

Elle me regarda sans comprendre, avant de secouer la tête de gauche à droite :

-Et s'il ne te l'avait pas demandé ?

-Je l'aurais aidé.

Aicha sembla étonné et je lui souris :

-Je ne suis pas sans scrupule.

Aicha sortit sans dire un mot alors que je m'effondrais sur mon lit, le cœur battant à la chamade. Je ne voulais pas vraiment le tuer, mais il est vrai que j'avais fais une promesse. Et je tenais toujours mes promesses.

Les deux jours dans ce train me semblèrent durer une éternité, Aicha ne m'adressait plus la parole et Alexy semblait tellement heureux que sa joie me rendait folle de rage. Mais étant donné que je ne voulais pas le blesser, je me contentais de l'ignorer le plus possible.

Quand à Larry, il était bien celui que je ne pouvais plus supporter ici. Je n'avais qu'une envie, c'était de lui éclater son petit minois contre la vitre du wagon où même de le jeter carrément par dessus bord. Mais je suppose que ça aurait été vraiment trop impoli.

-Nous arrivons ! S'exclama-t-il en collant son visage hideux et trop maquillé à la vitre, venez saluez vos admirateurs !

Le petit Alexy se précipita voir le spectacle, alors que je me rassis continuant un livre que j'avais trouvé par hasard dans ma chambre. Une histoire d'amour débile entre une fille riche et un garçon pauvre, mais disons je n'avais rien de mieux sous la main.

-Viens voir Lune ! Ils sont tous étranges.

-Eloigne toi de la vitre, m'énervais-je.

-Mais c'est comme un spectacle !

-C'est toi le spectacle, imbécile ! Pestais-je en le tirant en arrière.

Lui qui souriait d'habitude me fixait avec un regard si triste que je me sentis à nouveau très mal. Et quand les larmes apparurent au coin de ses yeux, j'avais de nouveau cette impression d'être un monstre.

-Je sais ! S'énerva-t-il alors.

Je sursautais, je ne le pensais pas capable de me répondre ainsi.

-J'essaie juste de rendre les choses plus positives ! Mais tu n'arrêtes pas de tout faire pour les rendre tristes.

-Parce qu'elles sont tristes ! Rétorquais-je.

-Mais je préfère faire comme si elles ne l'étaient pas !

-Je ne vois pas l'intérêt de faire ça.

-Évidemment ! Puisque toi, contrairement à moi, tu as toutes tes chances, tu pourras rentrer en vie !

J'ouvris la bouche pour la refermer aussitôt, mais quand il tenta de s'enfuir je lui agrippais le poignet et m'agenouillais pour être à sa hauteur.

Il me fixa de ses yeux sombres et je finis par prendre une inspiration pour prononcer une phrase que je n'avais jamais dite à personne.

-Je suis désolée.

Ses pleurs redoublèrent et il se précipita dans mes bras, et je compris que j'avais mal analysé la situation. Il ne souriait pas parce qu'il était heureux de mourir vite. Il souriait pour ne pas penser à l'arène.

Encore une fois, j'aurais mieux fais de me taire.