Chapitre 1-
Le voyage jusqu'à Daein s'annonça très long. Crimea était peut-être la nation voisine de son ancien ennemi, il faudrait tout de même aux mercenaires de Grey traverser tout le territoire de la reine Elincia, avant d'entamer une chevauchée à travers les montagnes, avant enfin, de déboucher sur les terres enneigés de la cible.
-Il nous faudra au moins deux semaines pour arriver jusqu'à la frontière, et encore une semaine pour atteindre la capitale. Nous sommes en petit nombre, en nous pressant beaucoup et en évitant les brigands nous devrions gagner deux ou trois jours, mais c'est bien tout. Déclara Soren, alors qu'avec l'aide de Rolf il préparait les vivres pour le trajet.
Ike poussa un soupir exaspéré. Il ne voulait pas éviter les conflits entre bandits, s'il y restait bien une seule sorte d'idiots à laquelle il pouvait botter le train sans risque de représailles, c'était bien les voleurs de grands chemins !
-On doit pouvoir voyager assez léger, La ferme de Brom et la maison de Nephenie sont sur le chemin, on pourra y faire une halte. Puis ensuite, il y a la maison de Jill et de Haar, dans les montagnes, non ? proposa l'archer, en pointant du doigt quelques points invisibles sur la carte.
-Il vaut mieux espérer plutôt que compter dessus, si l'un d'entre eux est en campagne nous risquons de nous retrouver sans rien, et cela serait catastrophique en plein territoire neigeux à Daein. Nous ne pourrons même pas espérer trouver quelques pommes.
-Nous n'aurons qu'à demander à Ike de jouer les héros de Tellius et nous inviter chez des gens inconnus ! Ricana Rolf.
Cette fois Ike mitrailla du regard le petit archer qui se précipita vers la cuisine pour continuer de piller les réserves. Quelques fois, son côté gamin ressortait plus que de raison. Soren fronça les sourcils, et repartit à sa liste. Tout devait tenir dans un sac marmonnait-il, en grand adepte du minimalisme.
Cela faisait bien deux jours qu'ils préparaient la mission en attendant que Marcia ne revienne avec leurs camarades Laguz et l'impatience d'Ike atteignait son comble.
-Soren, je laisse quand même assez pour que les autres ne retrouvent pas un garde-manger vide à leur retour, hein ? Scanda la voix de Rolf derrière une cloison.
-Ils n'auront qu'à se…
-Bonne idée Rolf, laissons-leur quand même de quoi diner tranquillement ! Coupa Ike précipitamment.
Soren envoya une œillade quasi condescendante à Ike, mais le chef des mercenaires était bien décidé à faire preuve de plus de politesse et de savoir vivre que son fin stratège, tout de même. Au moins envers ses propres coéquipiers. Ils venaient tout juste de finir par remplir toutes les exigences du sage quand un rugissement retentit à l'extérieur, par delà les collines. Signe évident que leurs hôtes arrivaient.
Le fils de Greil ne put contenir sa joie, et s'encourut dehors au même pas que Rolf. Ils attendirent, presque trépignant, jusqu'à ce que le point blanc qu'était Marcia apparaisse à l'horizon. Il ne fallut guère longtemps avant que deux chats ne bondissent sur les premiers pavés de la cours, et qu'un majestueux pégase n'atterrisse.
Ranulf et Lethe reprirent peu à peu leurs formes humaines face aux mercenaires, et leurs envoyèrent un sourire de circonstance.
-Alors, comment ça va chez vous ? On a besoin de notre aide ? Commenta le chat au bandana.
-Ranulf ? Ca alors, je ne m'attendais pas à te voir ! Sourit Ike. –Bonjour Lethe, heureux que tu viennes avec nous.
-Tu n'as pas des obligations à Gallia, plutôt que de venir te balader avec nous jusqu'à Daein ?
Et l'on reconnaissait aisément à son ton si courtois et accueillant le grand Soren, qui les bras croisés, sur le pas de la porte, fixait Ranulf avec condescendance. A mauvaise fortune bon cœur, bien que dans le cas du félin, on pouvait prendre ça pour de la moquerie, Ranulf en tout cas s'avança vers le mage et lui envoya un immense sourire.
-Soren, tu n'as toujours pas changé à ce que je vois ! Tiens, cadeau ! J'ai tout de suite pensé à toi quand je l'ai vu lors d'une de mes « balades » chez vous les beorcs !
Et sans préavis il lui enfonça sur le crâne une sorte de chapeau noir, ne fut que quand le sorcier put relever la tête pour envoyer une œillade meurtrière à Ranulf qu'ike put discerner la forme du couvre-chef. De longs couvre-oreilles noirs se fondaient pratiquement avec la chevelure du sage, mais ce qui était étrange, c'était les espèces de coutures qui formaient deux triangles sur les angles de son crâne, comme des oreilles de…Chat ? Quand Ike vit les deux boutons cousus à la va vite il fit vite le lien.
Soren allait détester.
D'ailleurs cela ne manqua pas, le bout de tissu finit dans les mains de Rolf, qui lui, trouva cela très amusant et l'enfila aussitôt en ricanant.
-Gallia doit s'ennuyer ferme pour nous envoyer le conseiller du roi en personne.
-Conseiller du roi, conseiller du roi. Grommela Ranulf. –Plus maintenant !
L'assemblée écarquilla des yeux et le félin prit une drôle de pose grandiloquente :
-J'ai tant à voir encore avant de m'enfermer dans un palais ! Et je vais commencer dès maintenant par voir ce que ça fait une région sans skrimir, sans kyza et sans lyre !
Et il éclata de rire. Lethe secoua la tête, blasée par cette attitude de la part de son chef.
Apparemment Ike n'était pas le seul au bord de la crise de nerf.
Soren du juger que ce n'était plus la peine de s'en prendre à une victime de surmenage comme lui, car il le laissa tranquille. Sûrement, devait-il compatir en un sens car Ike l'entendit maugréer quelque chose à propos de « supporter Skirmir ».
Dans tous les cas, il ne fallut pas longtemps pour expliquer la situation au reste du groupe, Marcia les ayant déjà mis plus ou moins dans la confidence. Ils purent donc, au plus grand plaisir d'Ike, fermer le fort de Greil, le laissant aux bons soins de Rhys –qui avait monté une école non loin et venait régulièrement ici, qu'on lui demande ou non.
Les Mercenaires ne possédaient pas énormément de chevaux, ils préféraient largement la qualité à la quantité, car après tout, c'était cette façon de penser qui leur avait permis de gagner la guerre, cependant pour les longs parcours, il était nécessaire d'avoir une monture. Il restait encore un animal dans l'écurie, des trois autres de « réserve » qu'ils possédaient, étaient partis en mission avec les autres, pour permettre à Mia, Shinon, Gatorie et Boyd de suivre le rythme d'Oscar, Titania et Mist. Par soucis d'économie, pour le pauvre pégase de Marcia, commençant à fatiguer, ce fut Rolf, le plus léger, qui monta avec la rose, et ce dernier en paraissait ravi. Ike proposa à Soren de monter avec lui sur la monture d'emprunt, il n'était pas très doué en équitation, mais le sage, tout autant que lui sûrement.
C'était étrange, habituellement il ne voyageait jamais avec lui, la raison était simple, en tant que stratège il valait mieux que Soren se place à l'arrière pour ne pas tomber dans une embuscade et avoir la distance nécessaire pour répliquer à toutes les offensives possibles. Mais ce n'était pas désagréable, remarquait Ike. Sous toutes les épaisseurs de ses robes de sages, Ike n'avait jamais constaté à quel point le mage était maigre. Presque aussi svelte que sa sœur, il aurait aisément put passer pour une fille, même si le dire à haute voix aurait très certainement mené le guerrier à sa mort, il n'en pensait pas moins.
Pendant un instant il songea à leur brève étreinte, dans la tour de Begnion, alors que la menace du courroux de la déesse avait fait céder toutes leurs barrières. A ce moment là il avait juste songé à le consoler, à le prendre dans ses bras pour apaiser ses pleurs...Mais le contact tout neuf entre eux lors de cette chevauchée lui rappelait ce moment volé, fugace, secret.
Ils chevauchèrent longtemps, à vrai dire, le Héros de Tellius désirait mettre le plus de distance entre lui et le fort, comme craignant encore qu'on ne lui reprenne « sa » mission. Ce ne fut que quand un poids s'écrasa sur son torse, la frimousse apaisée d'un Soren endormi, qu'il réalisa de l'heure tardive. Le mage avait été bercé par le doux roulement de la balade et la chaleur du guerrier. Il ralentit la cadence et avisa le reste de la troupe, dans le même état que le tacticien, suivant difficilement. Une vague de remord s'empara d'Ike qui décida de faire halte pour prendre un repos bien mérité. Lethe proposa de prendre le premier tour de garde, afin que des pilleurs ne viennent pas les dépouiller pendant leurs nuits, et Ike accepta immédiatement.
Il descendit de cheval et attrapa Soren, toujours profondément endormi. Il avisa Marcia qui faisait de même avec Rolf, et le bordait déjà avec sa couverture tandis que son pégase s'allongeait, étendait son aile au dessus de sa cavalière comme pour l'abriter. Monter une tente aurait été une perte de temps considérable, Ike décida d'imiter Marcia. Il déposa le plus délicatement possible le mage au sol et le couvrit simplement.
-C'est dans ces moments là qu'on se rend compte de leurs âges, hein ?
La remarque de Marcia le fit sursauter. Il se retourna pour voir la cavalière plus occupée à contempler Rolf que d'ôter son encombrante armure. Le guerrier arqua un sourcil d'abord, puis eut un sourire. Oui, qui pouvait bien se douter que les deux petits bout d'hommes là par terre étaient en réalité l'un des (si ce n'est le) meilleurs archers de tout Tellius et un mage aussi puissant que l'impératrice Sanaki en personne ?
Mais il remarqua bien à l'expression de Marcia que sa préoccupation était tout autre. Elle fixait l'enfant à la tignasse verte avec amertume et tristesse. Maintenant qu'il y songeait, cela faisait déjà pas mal de temps qu'elle arborait cette mine à l'adresse de Rolf. Regrettait-il l'innocence perdue du petit mercenaire ? Certes peu d'enfant pouvait prétendre être aussi fort que l'archer, mais encore moins pouvait se vanter d'avoir ôté autant de vies que lui. C'était bien là la cruauté de leurs conditions à tous et celle de la guerre.
Ike n'aimait pas tuer, mais il aimait se battre, progresser, il savait que cet état d'esprit en sauvait plus d'un de la folie, d'autres préféraient se répéter que tout cela n'était que nécessité.
Ils finirent par s'endormir chacun de leurs côtés, sans réponse. Ike pouvait contempler le dos tourné de Marcia, et le visage de Soren, paisible pour une fois, totalement détendu. Une interrogation lui vint, avant de disparaître aussitôt, happée par les brumes du sommeil.
Quel âge avait Soren ? C'est vrai qu'étant un marqué sa croissance n'était pas du semblable à la sienne, il pouvait très bien être plus jeune, comme beaucoup plus vieux. Est-ce que cela signifiait que Soren lui survivrait ? Cette idée le laissa perplexe, et continua de le hanter même pendant ses heures de repos.
Ils parcoururent beaucoup de chemin la semaine qui suivit. Ils croisèrent bien quelques bandits de grands chemins, mais la plupart furent « anéantis » par Ike et Ranulf, les autres jugeant que ces derniers avaient bien plus besoin de se défouler qu'eux.
Cependant la balade ne fut pas exempt d'autres rencontres beaucoup moins drôles (selon Ike). Ainsi ils virent le Chevalier Geoffrey et sa troupe, occupés à récolter les impôts saisonniers. Le frère de Lucia avait beau avoir épousé la reine Elincia il ne délaissait pas ses devoirs pour autant, malgré les menaces d'assassinats à son encontre. Sa sœur non plus d'ailleurs, n'avait pas négligé ses devoirs de garde-du-corps de la reine, et cela même si cela l'empêchait de suivre Bastian dans ses errances sur le continent.
Comme le groupe s'attardait pour prendre des nouvelles des uns et des autres, Marcia en profita pour réprimander son frère, qui flirtait avec une paysanne pour un peu d'argent au lieu de profiter de sa chère et tendre Astrid, pourtant non loin de là. Ike apprit avec joie que Callil et Largo venaient d'adopter un autre enfant et il dut promettre de passer voir la nouvelle progéniture pour avoir la paix. Heureusement pour eux, Kieran avait vite vu qu'Oscar ne faisait pas parti de la troupe et n'avait donc pas demandé un match entre « rivaux » comme à son habitude. En revanche quand il entendit qu'ils avaient l'intention de faire halte au village de Brom et Nephenie il se proposa de les accompagner.
-Avec l'aide de Nephenie et Brom, nous récolteront les impôts des alentours, ça fera gagner du temps à la garde royale ! Expliqua-t-il.
Si Soren eut un rictus moqueur, Ranulf lui, ricana ouvertement, ce qui ne manqua pas de faire rougir jusqu'à la racine le pauvre Kieran, devant l'incompréhension totale d'Ike.
-Mon pauvre Ike, tu ne comprends rien aux affaires de cœur. Lança Marcia, une fois la route reprise.
-C'est une manie des beorcs ça, ajouta Lethe.
Oubliant cette désagréable impression d'être le seul non au courant d'un complot, Ike se concentra sur l'itinéraire à suivre. Le lendemain soir, ils virent les premières lumières du village de leurs anciens camarades. Si Brom était occupé à rendre visite à sa fille, Meg, tout récemment mariée à un paysan de Begnion qu'elle avait rencontré au pied de la tour de la déesse. Nephenie, elle accueillit volontiers ses anciens amis sous son toit, même si de toute évidence, il était déjà surpeuplée.
Jamais Ike n'aurait imaginé qu'elle puisse avoir une famille si énorme. D'un autre côté, la sentinelle, timide et réservée, ne lui avait jamais beaucoup parlé. Autour d'un diner, plutôt léger, ils entamèrent la discussion et expliquèrent rapidement la mission aux autres sans se soucier des jeunes oreilles alentour.
-Dans ce cas, je pourrais peut-être venir avec vous. La saison des moissons est passée, on n'attend plus que les impôts et l'hiver. Proposa Nephenie tout à coup.
Les regards obliquèrent en direction de Kieran qui ne réagit pas le moins du monde : apparemment il avait totalement oublié que celui qui devait récolter les impôts ici, c'était lui.
-Ce serait avec plaisir, mais tu penses pouvoir tenir le rythme ? Nous n'avons qu'un cheval, et Marcia a son pégase. Lança Ike, en réponse à la proposition.
-A effectivement, c'est un problème...Commenta platoniquement Nephenie.
Ike envoya un regard par-dessus son épaule en direction de Soren, espérant que celui-ci leur apporte comme d'habitude une solution, mais le mage resta de marbre. Sûrement n'estimait-il pas la présence de la sentinelle comme indispensable.
Soudain Kieran sembla réaliser que lui, avait un cheval à disposition, et il se redressa d'un bond. Trop tard, Ranulf afficha un sourire carnassier et il s'affala sur la table en ronronnant à la jeune paysanne :
-Si ce n'est que ça, tu peux monter sur mon dos Nephenie, je ne me fatiguerai pas facilement, même avec ton armure. Même ça me fera du bien : j'ai besoin d'exercice.
Kieran, l'herbe coupée sous le pied resta planté là, la bouche grande ouverte et les joues rouges, tandis que Nephenie elle, envoya un regard étonné au laguz chat.
-C'-C'est très gentil de ta part, merci Ranulf. Bafouilla-t-elle, intimidée, ou touchée, difficile de le savoir avec elle…
Mais pour le remercier elle lui gratouilla le pourtour de l'oreille. Ike vit distinctement le chevalier de criméa laissé pour compte virer au blanc, avec en arrière plan lethe qui soupirait, blasée. Il avait comme l'impression de louper un complot à échelle mondiale. Il observa le félin en train de se faire cajoler par Nephenie.
-La question est, est-ce que Ranulf a agit de la sorte pour énerver Kieran, ou par envie. Commenta doucement Soren à ses côtés.
Ike arqua un sourcil.
-C'est sûrement un peu des deux. Souffla Lethe.
Ike les regarda alternativement, l'un comme l'autre. Mais qu'est-ce qu'il manquait ? Certes, ranulf était d'un naturel joueur, mais pourquoi aurait-il eu besoin de se proposer comme monture pour Nephenie ? Il ne voyait pas du tout. D'habitude, c'était plutôt Soren celui qui ne comprenait rien aux relations humaines, pas lui. Il n'aimait pas ça du tout. Au final, il ne devina pas ce qui se tramait, de toute la soirée.
Bien nourri, et dans un bon lit, il n'eut aucun mal à s'endormir, et finit par oublier sa frustration. Le lendemain pourtant, le même jeu reprit au moment du départ. Apparemment l'ancienne hallebardière venait, puisqu'elle attendait sur le pas de la porte, ses affaires en main. Elle était déjà en train de faire la bise à tous ses frères et sœurs quand Ike déclara qu'il était temps d'y aller.
-Attendez, je vais venir avec vous ! S'exclama soudain Kieran, au moment où Nephenie s'apprêtait à grimper sur l'échine féline de ranulf.
L'attention revint vers lui.
-Je croyais que tu devais récolter les impôts ? Commenta Ike, simplement.
Kieran vacilla.
-Les impôts peuvent attendre ! Balbutia le chevalier. –L'amitié avant tout, je...
-Les impôts ne peuvent pas attendre. Relança Nephenie.
-Elle a raison, la garde royale t'attend ! Le devoir avant tout, Ajouta Marcia, furieuse.
On aurait put prendre la tête de Kieran pour un clou, parce que vu le plaisir que mettaient les autres à l'enfoncer...Même Ike se sentit désolé pour lui. Il entendit distinctement Rolf ricaner dans son coin et écarquilla des yeux. Pendant un instant il crut voir ranulf tirer la langue vers le chevalier. Il avait du rêver...
-Ils ont raison, Criméa a besoin de toi comme chevalier et des impôts que tu vas récolter contrairement à nous. Fait ton travail, nous n'avons pas besoin de toi pour cette mission. Acheva Soren implaccable.
-Mais c'est gentil d'avoir proposé. Ajouta Ike, pour ménager son ancien ami.
Et c'est comme ça que le pauvre Kieran partit en traînant des pieds, visiblement déçu.
-Il faudra vérifier qu'il ne nous suive pas, c'est une tête de mule. Murmura Soren, quand ils reprirent la route.
Personnellement Ike trouvait ça mal placé venant de Soren. Mais en un sens il avait raison –comme toujours. Kieran était capable de s'emporter et de les suivre malgré tout. Ranulf s'approcha, Nephenie mal à l'aise, sur sa croupe, mit plusieurs seconde avant de réussir à se stabiliser assez pour leur parler :
-Quel est la prochaine destination ?
-Nous allons traverser les montages. Expliqua simplement Soren.
-Nous ferons escale chez Jill et Haar ? Demanda-t-elle.
-S'ils sont là.
Ike se réjouit à cette simple idée, Nephenie elle aussi sembla ravie. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus vu le couple de chevaliers dragons : aux dernières nouvelles Jill continuait son entreprise de livraison avec Haar. Mais la reine Micaiah faisait les premières démarches pour rendre à Jill les terres qui avaient appartenu autrefois à son père.
-Allez, allez, il faut accélérer le pas ! Envoya alors Marcia au dessus d'eux.
Ike sourit, et il donna un petit coup sur la croupe de sa monture. Soren surpris par l'accélération s'affaissa contre lui, mais il ne protesta pas.
Le vent qui sifflait à leurs oreilles et juste les plaines infinies devant eux, un chemin grand ouvert devant eux, aller où bon leur semblait, rendre visite à leurs amis sans se soucier des conséquences, le foyer bien chaud derrière eux et rien qu'une grande aventure devant...
Ca c'était ce qu'Ike appelait la vraie vie. Il se demanda une seconde comment il avait pu survivre sans ce merveilleux sentiment pendant plus de deux mois.
Il se souvint immédiatement que l'aventure n'avait pas que des bons côtés une fois le premier col menant à Daein franchi. La douce bise de la liberté se chargea en humidité, puis devint glaciale. La neige se mit à recouvrir et à effacer les sentiers et à les laisser pantois, sans repère.
Autant Ike adorait Criméa et Gallia, ses patries d'enfances : autant les contrés de Daien ne lui plaisaient guères : beaucoup, beaucoup trop froides pour lui.
Le poids de son armure lui pesait et l'acier accentuait ses débuts d'engelures. Soren enroulé dans sa capeline grelottait, et même quand Ike entoura la sienne autour de lui, il continuait de trembler. Ike ignorait son stratège si frileux.
-Pays de..L'entendit-il grommeler quand le groupe du contourner une énième crevasse.
Ils durent ralentir vivement l'allure, les laguz faiblissaient, courir dans la neige les épuisait. De même le pégase de Marcia se montrait particulièrement sensible, ses ailes s'engourdissaient et il fallait régulièrement les lui masser pour éviter que ses plumes ne gèlent.
-Je ne sais pas comment font Jill et Haar pour vivre ici. Marmonna Rolf, un soir, pressé entre Marcia et le pégase, tout près du feu de camp. Comme Soren il tremblotait comme une feuille, malgré toutes les couvertures dans lesquelles il s'enroulait.
-Seuls les dragons peuvent supporter de telles températures, maugréa Marcia, dont le nez rose rivalisait avec ses cheveux.
Ranulf ricana ouvertement.
-Oh ça, je ne suis pas sûr, les Dragons sont plutôt friands de la chaleur pour ce que j'en sais. L'ancien roi Deghinsea était très frileux, c'est pour ça que la capitale est toute proche des grottes volcaniques.
-C'est vrai qu'à Goldoa il fait assez bon, se remémora Ike, mais il ignorait si ce souvenir était objectif, car après tout, ils avaient traversés un volcan pour arriver là-bas, aussi, après la chaleur étouffante du brasier, tout climat aurait pu paraître royal.
cependant il aurait aimé y être en cet instant, se fit-il la remarque, en s'emmitouflant dans sa cape.
Après la traversée de ce blizzard, tout climat lui paraitrait paradisiaque également.
Mais enfin, c'était trop tard : et puis l'important restait la mission : la mission tant attendue. Qu'importe le climat, il l'avait attendu trop longtemps, hors de question qu'il y renonce à cause d'une tempête de neige.
-J'ai dressé la tente. Annonça Nephenie, en revenant près d'eux.
-T'es la meilleure, sourit Marcia, en lui tendant un bol de soupe bien chaud en guise de paiement.
-Je propose qu'on ne fasse pas de tour de garde cette nuit : Lança Rolf alors qu'un nuage de condensation lui échappait à chaque mot. –Il fait trop froid !
Comme si cette raison pouvait être acceptable.
-Nous pouvons nous occuper des tours de gardes, vous les beorc vous n'avez pas de poils, ce serait trop dur. Se désigna Lethe.
-Ca marche pour moi. Sourit Ranulf.
-Ne vous épuisez pas trop. Leur lança Ike avec compassion, réalisant que depuis le début de voyage ces deux là n'avaient jamais fait de nuit complète.
-Hooon, et moi qui espérait avoir une fourrure bien chaude à côté de moi pendant la nuit ! Se lamenta Rolf.
-Il va falloir se contenter de nous. Sourit gentiment Nephenie.
-Situation pire, tu en conviendras. Rigola Ranulf.
Le petit garçon s'empourpra brutalement et jeta une œillade pas du tout discrète en direction de Marcia, qui l'ignora superbement.
-J'espère que ça ne vous dérange pas les filles de dormir sous la même tente...
-Avec ce froid, ce n'est pas comme si on allait se déshabiller. Grommela Marcia.
-Et monter une autre tente par ce vent serait un effort bien inutile. Ajouta Nephenie.
Soren ne répondit rien. Il avala sa soupe sans sourciller et annonça qu'il allait dormir le premier. Un autre qu'Ike aurait put croire qu'il se fichait éperdument des gens qu'il côtoyait pour la nuit, mais quelque chose soufflait au guerrier que c'était plutôt tout le contraire. Malheureusement avec Soren, tout était question d'intuition : il n'y avait jamais de certitudes.
Quand Ike rentra dans la tente à son tour, bien, bien plus tard, après une longue discussion avec Ranulf, le stratège dormait déjà. Il n'eut aucun mal à le rejoindre dans le monde des rêves. Les respirations sereines des filles, roulées en boule dans un coin de la tente ne le dérangèrent pas le moins du monde contrairement au pauvre Rolf, entre les deux, qui eu beaucoup plus de mal à trouver la paix. Ce fut encore pire quand Lethe vint rejoindre le groupe de fille, pendant la nuit pour se reposer.
Le lendemain matin, le petit archer arborait de grosses cernes, et priait le ciel pour que la maison de Jill et Haar apparaisse rapidement derrière la prochaine colline. Les Déesses ne lui accordèrent cette faveur que deux jours plus tard.
Entre temps, Soren avait cédé au froid, et abandonnant son honneur sur le côté il avait accepté de porter le chapeau offert par ranulf. Celui qui ressemblait à un chat, vaguement.
-Avec ça, tu es presque l'un des nôtres !
Cette remarque de la part de Ranulf manqua de causer la perte du fabuleux cadeau. Mais si le couvre-chef était ridicule aux yeux du mage, il devait bien lui concéder cette qualité : il était très chaud.
Ike eut bien du mal à retenir son rire durant le voyage, à chaque fois qu'il voyait son stratège affublé de la sorte. Le spectacle restait pour le moins exceptionnel.
-Tu trouves ça drôle...Hein ? Maugréa Soren finalement au bout de quelques heures d'indicibles tourments pour contrôler son rire.
-Particulièrement. Concéda Ike. –Et j'attends avec encore plus d'impatience de voir les têtes de Jill et Haar quand tu leurs diras bonjour avec ça sur la tête.
-Boyd et Shinon vont bouillir de rage s'ils apprennent qu'ils ont loupé ça ! Lança Rolf guilleret.
-Oh oui, ça, je crois que tous les mercenaires de Greil regretteront de louper ça ! Ajouta Marcia.
-Toute l'armée de libération laguz ! Compléta Nephenie avec un sourire.
-Toute l'armée ? Vous plaisantez, tout Tellius regrettera de louper ça ! Scanda Ranulf.
-Je dois avouer que voir le petit beorc toujours mécontent avec ça sur la tête...Avoua Lethe, pourtant d'ordinaire si sérieuse.
Soren soupira, atterré. Ike le croyait définitivement fâché, mais bizarrement une fois que tout le monde se fut éloigné, le sage lui murmura :
-Ca faisait longtemps que je ne t'avais pas vu aussi heureux.
Et effectivement Ike le réalisait : il n'avait pas été aussi joyeux depuis bien longtemps. Pourtant, il avait vécu nombres d'évènements durant ces deux derniers mois. Une telle fièvre avait saisi les rescapés de la fureur des déesses, comme pour célébrer la vie qu'ils avaient manqués de perdre les mariages s'étaient multipliés, les fêtes, les festivals. En un court laps de temps il avait vu sa très chère sœur fondre en larmes devant la demande de Boyd, puis Titania enlever Rhys sur son cheval blanc, Ina avait donné naissance à un jeune dragon (la période de gestation des dragons le laissait d'ailleurs perplexe) Geoffrey et Elincia plus en retard avaient seulement pu engager leurs fiançailles dans le dernier mois, et Sothe leur avait annoncé son engagement auprès de Micaiah il y avait quelques jours seulement, par pigeon voyageurs… Cependant malgré tous ces évènements joyeux au lieu de le réjouir n'avaient fait que lui imposer une monotonie quotidienne à laquelle Ike ne parvenait pas à s'adapter…Ce n'était pas qu'il n'était pas heureux pour ses amis ou sa sœur : il était heureux de voir leur bonheur, heureux pour eux, mais il n'était pas heureux pour lui. Là résidait la différence cruciale.
Ce voyage, il ne s'était pas senti aussi libre depuis bien longtemps. L'héritage de son père, les Mercenaires de Greil, l'empêchait de vagabonder ainsi comme il l'entendait.
La maisonnette de Jill et Haar se situait à flanc de montagne, toute en pierre, elle semblait petite mais chaleureuse. Une étable avait été creusée dans la falaise, où nichaient paresseusement les deux montures de leurs amies. Quand ils arrivèrent sur le versant, des volutes de fumées noires sortaient de la cheminée et Ike sentit l'odeur de la viande grillée avant même les laguz du groupe.
-Ils habitent assez loin de la ville de Jill, non ? Demanda Nephenie, alors qu'ils accéléraient la cadence : la vision de leur but les revigorant.
-Oui, d'après ce que j'ai entendu dire, la reine Micaiah projette de faire de Jill la nouvelle gouverneur de Talrega, à la place de son père. Expliqua Soren.
-Elle doit être contente . Sourit Lethe.
-Mais dans ce cas, si elle reprend la place de son père, elle ne pourra plus vivre dans cette petite maison, marmonna Ike.
-Et oui, c'est la rançon du pouvoir. Commenta simplement ranulf en haussant des épaules.
-Il ya pire qu'être gouverneur quand même ! Rit Marcia. –Au moins elle ne manquera jamais d'argent.
-Et Jill est une fille sérieuse et pleine d'honneur, elle prendra son rôle très à cœur pour rendre sa terre prospère. Confirma lethe à nouveau.
La féline semblait ravie de retrouver son amie. Ike se fit la réflexion, qu'à leur rencontre, jamais il n'aurait pu deviner que ces deux là puissent s'entendre. Ainsi, même dans les situations les plus tragiques, au cœur même de la guerre : quelques miracles se produisaient, montrant que deux êtres diamétralement opposé pouvaient s'apprécier si elles prenaient le temps d'apprendre à se connaitre.
Haar et Jill avait été prévenus de leur arrivé prochaine, par pigeon voyageur, envoyé par Rolf au moment de leur départ. Aussi ils ne furent pas surpris de les voir sur le seuil de leur logis en cette fin d'après-midi.
En revanche, eux, leur réservait une surprise de taille gigantesque, une surprise d'une telle ampleur que tous oublièrent de regarder la tête du couple à l'arrivée de Soren et de son chapeau chat.
Jill attendait un enfant. Elle ne portait pas son armure habituelle mais une jolie robe en mousseline agrémentée d'un pull qui semblait très chaud mais ne cachait pas la rondeur impressionnante de son ventre.
La plupart des membres du groupe restèrent sans voix devant ce spectacle. Les yeux ronds, l'air ahuri.
-Il y a vraiment un petit beorc dedans ? Lança soudainement lethe en approchant son oreille du ventre de son amie.
-Evidemment ! Sourit Jill. Tu l'entends ? Il bouge beaucoup...
Le poil de lethe s'hérissa d'un coup et elle dressa les oreilles, surprise, avant de siffler ;
-Je l'entends ! Je l'entends ! Il y a vraiment un petit beorc.
Toute émoustillée, elle tourna en rond autour de son amie, les moustaches frétillantes. Ranulf se moqua ouvertement de sa subordonnée :
-On croirait que tu n'as jamais vu de femme enceinte, lethe ! Pourtant c'est pareil chez nous que je sache !
-Je peux toucher ton ventre ? Demanda timidement Rolf à Jill, hésitant, comme s'il avait peur de casser le précieux chargement.
-C'est un garçon ou une fille ? Babilla Marcia. –J'espère pour toi que c'est une fille Jill, les garçons sont épuisants!
-A quel mois en est-elle, c'est pour bientôt ? Enchaîna Nephenie, à l'adresse d'Haar.
Ce dernier bailla, et se gratta ensuite la nuque, légèrement embarrassé par cette pluie de questions.
-Elle en est au troisième trimestre, la naissance est imminente. C'est pour cela que nous avons arrêté de faire les livraisons. Expliqua le cavalier Wyverne.
-Ca alors, ça veut dire que tu étais déjà enceinte au moment de la guerre. Constata Soren. –Ca ne se voyait pas du tout.
-Tu aurais du nous le dire, Jill, nous t'aurions ménagé. S'en voulut Ike.
La jeune femme fit la moue.
-J'étais dans l'armée de libération de Daein, je ne pouvais pas me permettre de me reposer. De plus...C'était tellement inattendu, je ne m'en suis rendu compte que devant la tour de la déesse.
Le héros de Tellius se tût, et d'un coup il se rappela que durant cette guerre ils avaient été un temps adversaires. Il s'inquiéta une seconde, se demandant si par sa faute, à cause d'un échange de coup datant de cet affrontement avait pu mettre la vie du bébé en danger...mais vu la tête de Lethe, encore surprise par un son provenant du ventre de la future maman : la progéniture allait parfaitement bien.
-C'était étonnant, une fois qu'elle s'est rendue compte qu'elle était enceinte : elle s'est mise à gonfler, comme un ballon, décrit Haar, avant de se faire réprimander par sa chaleureuse et douce compagne.
-C'est merveilleux Jill. Répéta Nephenie., reprise en chœur par tous les membres du groupe.
-Il faut fêter ça ! Explosa Marcia.
Le couple ne semblèrent pas contre, ils firent donc quelques pas en direction du petit séjour, quand soudain, Jill s'arrêta et les yeux ronds elle envoya :
-Soren, qu'est-ce que tu as sur la tête ?
