Chapitre 2 : Dernier jour (deuxième partie)
le 26 mars 2013 10 :50
Le fourgon stoppe net, signe que nous sommes arrivés à destination. Je n'ai pas besoin de le voir, je peux déjà savoir ce qui se trouve et se trouvera après notre passage. Je peux la sentir, cette odeur de mort me remplissant les narines. Cette peur prenant en otage mon cerveau. Ce frisson me parcourant l'échine. Je dois me concentrer sur mon échappatoire. C'est la dernière fois aujourd'hui, après tout ceci ne sera plus qu'un mauvais souvenir, un cauchemar. Je vois mes hommes sortir un à un du fourgon et des tirs de mitraillettes en l'air retentissent dans toutes les directions. Le but ? Que les personnes sortent et se font massacrer comme des chiens. Oui, aujourd'hui, nous sommes les premiers sur les lieux et devons 'nettoyer la zone' avant l'arrivée de mes supérieurs. Je sors à mon tour du fourgon et me dirige à la suite de deux de mes éclaireurs les moins disjonctés. Ils entrent directement dans le renforcement et arment leur fusil. Plusieurs coups sont tirés vers des hommes agonisants déjà à terre ou essayant de nous ralentir en faisant barrage avec leurs corps. Les achever leur permet au moins de ne pas souffrir. Toutes les pièces sont ainsi vérifiées et vidées une par une. Je me retrouve seule dans une pièce et souffle légèrement. Instinctivement, je frotte ma jambe et détend un peu la pression qui m'a envahie dès la sortie du fourgon. Mes hommes ont déjà quitté le bâtiment pour s'attaquer au prochain, ce qui me permet d'être moi-même. Je m'apprête à rebrousser chemin, pour les rejoindre, quand j'entends un léger bruit. J'essaie de me concentrer un maximum malgré les bruits provenant de l'extérieur et sors de ma poche mon pistolet. Je retire le cran de sécurité et me dirige vers l'origine du bruit. Avec une certaine force, je balance un coup de pied sur ce que je pensais être un tableau. Mon pied passe à l'intérieur et ce que je vois me glace le sang. En joue se trouve une petite fille, de tout au plus 4 ans, ensevelie dans les bras d'une jeune femme ne devant pas avoir plus de mon âge. Un homme a son revolver braqué sur elle. Je lui tire une balle dans l'épaule le désarmant sur le coup. Je remarque alors deux autres hommes surpris par ma présence. Ils s'apprêtent à saisir leur arme mais je les désarme encore une fois. Tous en m'avançant vers mes victimes pour récupérer les armes, j'observe la jeune femme toujours à genoux tenant fermement l'enfant. Je ne détecte aucune arme, aucune menace. Je range alors mon arme et commence à m'approcher quand j'entends des pas derrière moi et vois la femme plonger sur l'enfant après un léger sifflement. Je sais de quoi il s'agit. Je fixe les trois hommes désarmés et voient du sang couler au centre de leur front. Mes hommes sont des bons tireurs … J'entends un pas s'avancer direction les deux personnes encore vivantes. Je ne sais pas pourquoi mais je me relève et fais barrage avec mon corps. Le premier mot que je prononce depuis notre départ du campement.
- NON !
- Le capitaine nous a dit de tout liquider.
- Et moi, ton sergent-chef, j'ai dit non !
L'homme soutient mon regard pendant quelques instants puis rebrousse chemin, silencieux en main. Je me retourne vers les occupants de la pièce. Les hommes ont été abattus par une balle en pleine tête, signature de mes hommes. Je vois la jeune femme couchée sur l'enfant. Le seul moyen pour elle de la protéger. Je me rapproche et pose ma main sur son épaule. A mon grand étonnement, elle ne bouge pas. J'essaye donc de la faire me regarder mais remarque une tache de sang remontant jusqu'à mes chaussures. Elle est fortement blessée au niveau de son côté droit et évanouie devant moi. Je porte mon intérêt sur l'enfant qui me fixe avec beaucoup de peur et m'accroupie à sa hauteur.
- Rassure-toi. Je ne te ferais aucun mal.
Je saisis la jeune femme et la porte comme une jeune mariée. A en juger par son poids, elle ne s'est sans doute pas nourrie correctement depuis un certain temps. Je fixe l'enfant qui reste en retrait et lui fait signe de la tête de me suivre. D'abord apeurée, la jeune fille marche à mes côtés. Une fois dans le fourgon, elle s'évanouit à son tour, sans doute le contre coup de ses événements.
le 26 mars 2013 15 :50
Je suis de retour à la base et suis assise à proximité des deux personnes que j'ai sauvées. Elles dorment et sont sous sédatif. Le médecin me fixe un instant et j'écrase ma cigarette pour lui montrer que je suis à l'écoute.
- Que vas-tu dire au capitaine ?
- Que je ne tue ni les enfants ni les femmes.
- Ce n'est pas la première fois que …
- Qu'une femme et un enfant soient encore en vie quand j'arrive ? Si c'est la première fois.
Je le vois hocher la tête. Il regarde les environs et pose une main sur mon épaule.
- Natsuki … Tu es une femme bien.
- Je ne suis pas une femme ici.
- A ce que j'ai eu la chance de voir lors de mon auscultation…
- Si tu tiens à rester en vie … Ne termine pas cette phrase.
- Très bien … Tu es un homme bien.
- Ne pas le mentionner.
Il se contente de porter un léger sourire. Le médecin est une connaissance de mon père. Il est le seul à savoir que je suis une femme mais n'a jamais vendu la mèche. Depuis mon arrivée, il m'a pris sous son aile et fait de son mieux pour me soigner quand j'en ai besoin. Au final, il est la figure paternelle dont j'avais besoin durant mon séjour ici. Parler avec lui m'a permis de mûrir mais aussi de me servir plus de ma tête. C'est le seul que je regretterais quand je m'en irais.
Un soldat arrive et me signale que mon capitaine voudrait me voir. Je le suis et sais que mes actions vont me coûter chères. Je me mets en position de garde à vous lorsque je pénètre dans la tente de mon supérieur. Celui me fixe puis secoue la tête.
- Kruger … Un si beau parcours pour finir sur un refus d'application des ordres …
- Permission de parler ?
- Accordez.
- Je suis désolée si mes actions ne vous plaisent guère mais nous luttons contre le terrorisme et non contre les femmes et les enfants, mon capitaine.
- Avez-vous une preuve qu'elles soient sans danger pour notre nation ?
- Elles étaient dénutries et apeurées mon capitaine. Je pense qu'elles étaient des otages.
- Nous n'avons aucun signalement de prise d'otage dans ce coin.
Je restais muette face à la réponse de mon capitaine. Il me fixa et congédia les soldats présents dans la pièce. Il se leva et s'approcha de moi tout en murmurant un « Repos Natsuki ». Il me scruta un instant puis se décala.
- Dernier jour avant le départ vers notre pays ?
- Oui mon capitaine.
- Tu dois encore t'occuper des personnes que tu as ramenées.
- Comment ?
- Tu as pris la liberté de défier mon autorité alors elles sont sous ta charge. Tues-les, renvoies-les dans ce champs de ruines ou laisses-les ici mais sache que la décision est la tienne.
- Mais mon capitaine …
- Tu as quatre heures avant d'être relayée alors ne perds pas de temps.
Je fixais un instant mon supérieur et déglutit difficilement.
- Elles sont en très mauvais état mon capitaine.
- Les soins ici ne sont pas les meilleurs. Tu es bien placée pour le savoir !
Je ne peux m'empêcher de tenir ma jambe suite à la remarque.
- Nous pourrions les ramener au pays pour leur donner une autre vie.
- Sans visa ? Impossible !
- Pouvons – nous en obtenir un ?
Mon capitaine souffla difficilement.
- Tu es un bon élément Natsuki alors je vais te donner une faveur. Si tu veux un visa pour ces deux personnes tu dois faire une seule chose.
- Je la ferais mon capitaine.
Je le vois me sourire avec un certain sadisme et fixer mon entrejambe ce qui me met mal l'aise.
- Je ne sais pas si tu penses avec ton esprit ou avec autre chose Natsuki.
- Plaît-il mon capitaine ?
Il se contente de secouer la tête
- La seule chose à faire est de …
Fin du chapitre 2
A suivre : Chapitre 3 - Réveil difficile
