Chapitre 7 : Promesse

le 23 Avril 2013 1:55

Je suis restée là à fixer le ciel pendant plus de deux heures. Il n'est que deux heures du matin mais le sommeil ne vient pas. Il me suffit de fermer les yeux pour sentir cette peur de me faire blesser ou pire, de me faire tuer. Le soir … Le moment le plus redoutable pour un soldat. Ne pas être sûr de revoir les rayons du soleil suite à une attaque la nuit … Je m'en rappelle d'une façon tellement claire que je ressens encore cette peur m'envahir. J'entends mes camarades hurlaient de douleurs, des coups de feu. Je revois encore cet homme au-dessus de moi essayant de m'étouffer dans mon sommeil. J'arrive à me retirer de son emprise mais sens une douleur le long de ma jambe. Il m'a enfoncé un poignard dans la cuisse et la seule chose que je peux alors faire est d'hurler de douleur. Je vois le sang jaillir de toute part et suis prête à m'évanouir. Il profite de ce temps pour retirer le poignard puis pour l'enfoncer davantage, m'ouvrant ainsi toute ma cuisse. Je vois mon sang dégouliner le long de ce poignard. Il tente de me l'enfoncer dans le cœur mais mes réflexes ou plutôt mon instinct de survie a repris le dessus. J'attrape sa main et retourne le poignard contre lui. Je loupe ma cible mais le vois s'écrouler sur moi. Bientôt mes habits deviennent humides. Je vois une silhouette s'avancer vers moi et retirer l'homme mort sur moi. Mon capitaine m'a sauvé la vie... La douleur ayant eu raison de moi, je me souviens juste me réveiller dans un lit à l'infirmerie. Après cela, il m'a fallu des semaines pour me relever et depuis, je n'ai plus jamais réussi à dormir. Cela fait jour pour jour mille deux cents quatre-vingt-dix jours … Pourtant, j'ai l'impression que c'était hier tellement la douleur est encore présente.

Je fixe un instant la chambre et m'avance doucement à l'intérieur. Elle est endormie, sa fille logée au creux de ses bras. Je caresse doucement son visage puis murmure tout en me dirigeant vers l'extérieur.

- Bonne nuit Shizuru.

le 23 Avril 2013 2:27

J'ai senti une main me frôler le long de ma joue puis un léger murmure. C'est elle. Je regarde machinalement le réveil et suis étonnée de l'heure. 2h30. Comment fait-elle pour tenir tous les jours sans jamais dormir ? Elle ne fait que de légères siestes. J'ai donc calculé qu'elle ne dormait que trois heures par jour au grand maximum. Qu'a-t-elle bien pu voir pour être autant traumatisée de s'endormir. Je la vois parfois se réveiller en sursaut, le souffle saccagé mais je n'ose pas lui faire part de cela. Je me souviens avoir perdue le sommeil pendant quelque temps après mon viol mais j'ai réussi à me reconstruire avec le temps. Si la guerre n'avait pas explosé dans mon village, je serais sans doute traductrice ou interprète. Mais aujourd'hui … Une fois que j'aurais mon vrai passeport, je pourrais essayer de rejoindre une agence. Mais en attendant, je me dois de suivre le plan que Natsuki a tracé pour moi. Elle sait mieux que moi comment vivre dans son pays alors même si j'ai encore peur, je dois lui faire confiance.


le 7 mai 2013 7:40

Deux semaines passent. Natsuki part tôt le matin et revient en fin d'après-midi. Nous discutons régulièrement le soir parfois même jusqu'à 1h du matin. Je suis étonnée qu'elle arrive à tenir le coup malgré un manque de sommeil évident. Quand je me lève ce matin, Natsuki est déjà habillée et est en train de jongler avec plusieurs oranges sur les yeux ébahis de ma fille. Elle s'arrête nette dès qu'elle me voit et glisse une tasse de thé dans ma direction. Je la fixe un instant et distingue des cernes sous ses yeux. A ce rythme-là, elle va s'écrouler d'épuisement sur son lieu de travail. J'intime à ma fille d'aller voir la télévision et me rapproche de Natsuki.

- Natsuki a bien dormi ?

Elle se contente de hocher la tête. Je pause une main sur son épaule et fais légèrement pression. Elle se retourne et me regarde fixement. Après plusieurs secondes, elle souffle légèrement.

- Je n'arrive pas à dormir le soir.

- Tu as mal ?

Elle sourit légèrement et continue à laver les différentes choses dans l'évier.

- La douleur physique n'est rien comparée à la douleur mentale.

J'allais lui en demander davantage mais elle m'arrête en secouant la tête.

- Je veux juste oublier … Tu devrais te préparer. Mai vient en début d'après-midi.

le 7 mai 2013 8 :50

Je m'assis dans le canapé à proximité d'Hikari, qui est concentrée sur la télé. Par habitude, je masse ma jambe tout en fixant moi-même la télé. Je sens quelque chose de chaud sur ma main et suis étonnée de voir la petite main d'Hikari sur la mienne. Elle se rapproche davantage vers moi et se cale dans mes bras.

- Watashi no atarashī okāsan.

N'ayant pas compris un traître mot de la jeune femme, je me contente de lui sourire légèrement la serrant davantage contre moi.

le 7 mai 2013 9 :00

Ma fille … Pourquoi a-t-elle dit cela à Natsuki ? C'est la première fois qu'elle est aussi proche d'un autre être humain. Sa nouvelle Maman ? Comment cette idée lui est venue en tête ? Natsuki prend grand soin d'elle … Je ne me suis pas trompée quand j'ai pensé qu'elle était quelqu'un de bien et de profondément gentil. Ma fille a peut-être raison … Elle ferait sans doute un bon parent.

Ma sexualité n'a jamais réellement été portée sur les hommes ou sur les femmes. Enceinte jeune, je n'ai pas eu la luxure de tester les différentes possibilités. Cette femme est tellement intrigante … Je me rapproche du canapé et m'assis à côté de Natsuki tenant fermement ma fille. Elle se contente de me sourire et reporte son attention sur la télé. Je remarque qu'elle porte toujours l'alliance. En y réfléchissant, je ne comprends pas pourquoi elle ne la retire jamais. Peut-être que l'idée lui plaît. Je me lève tout en m'excusant et me dirige dans la chambre. Je fixe la boîte et l'ouvre délicatement. L'alliance à l'intérieur n'est pas très chère mais sa finesse me plaît. Je la passe délicatement à mon doigt et suis étonnée qu'elle corresponde parfaitement à mon tour de doigt. Je n'ai pas le temps à plus amples observations que j'entends la sonnette de la porte.

le 7 mai 2013 10 :00

Je suis étonnée de trouver Mai derrière la porte.

- Mai ?

- Tu m'as dit de passer alors me voilà !

- Mais … Tu finis qu'à 14h.

- Je ne pouvais plus attendre de voir ta moitié. Je suis si fière de toi Natsuki … Un peu vexée de ne pouvoir la rencontrer que maintenant mais si heureuse que tu as enfin trouvé quelqu'un que tu aimes et surtout qui te supporte.

Mai et ses délires … Pourvu qu'elle ne part pas dans un de ses discours sur l'amour en présence de Shizuru.

- Vous devez être l'heureuse élue ?

Je me retourne pour distinguer Shizuru s'inclinant légèrement. Elle n'a pas le temps de comprendre qu'elle se prend un tacle de la part de Mai. Je secoue la tête tout en refermant la porte.

- Mai …

- Natsuki …. Elle est vraiment très belle …

Je me contente de rougir.

- Ara Mai-san … Merci pour le compliment.

Mai se raidit et me fixe avec un regard sombre.

- Tu m'as dit qu'elle ne parlait que très peu le français !

- Oui oui … Je plaisantais !

Mai me gifle légèrement l'épaule et s'arrête dans son mouvement quand elle visualise une jeune fille derrière moi.

- Natsuki. C'est l'enfant dont tu m'as parlé ?

Je me retourne et hoche la tête.

- C'est Hikari … Tu as ramené les cartes à Shizuru pour qu'elle puisse les mémoriser ?

Mai sort son portable et me fixe avec une étrange lueur.

- J'ai tout ramené mais avant … Je veux une photo du couple le plus mignon des environs.

- Et tu parles de qui exactement ?

- Allez Natsuki ! J'ai promis à Aoi de faire une photo et ...

- Aoi ? Hors de question !

- Natsuki … Elle voudrait te voir …

- Pas moi !

- Ça fait plus de quatre ans Natsuki et pis tu es mariée maintenant !

- C'est pas pour ça que j'veux pas la voir !

- Alors quoi ?

- Elle et sa stupide girlfriend vont placarder la photo dans tout le secteur !

- Qui est Aoi ?

Je me retourne et passe une main sur mon visage.

- Tu ne lui as pas parlé de ton ex ?

Shizuru se raidit légèrement face à la réplique de Mai, sur quoi je m'empresse de rajouter.

- Nous n'avons été ensemble que quelques mois Mai !

Shizuru semble soulagée mais je ne sais pourquoi. Mai chasse l'air avec son portable et reprend.

- Allez ! Fais pas l'enfant ! Une toute petite photo. Shizuru tu veux bien ?

Je prie les dieux pour qu'elle refuse mais elle hoche la tête. Je grogne quelque peu mais me place à côté de Shizuru. Mai porte un sourire narquois.

- Tu peux faire mieux que ça. Tu es avec ta femme pas avec un copain. Place-toi derrière elle et fait lui un câlin.

Je sens mon sang monter à mon cerveau et fixe Shizuru. Celle-ci se place devant moi et place mes mains sur son ventre. Elle est douce et fine. Je pose ma tête sur son épaule et renifle son odeur. Elle sent bon et ses cheveux sont vraiment doux. Je ne rapproche davantage et colle ma tête au creux de son cou. La peau est pâle mais …

- Natsuki … Je ne te savais pas aussi câline. Shizuru, tu nous as changé notre louve solitaire. Quand je vais raconter ça aux autres ...

Je me décale directement et remarque une légère rougeur sur les joues de Shizuru. Mais je n'ai pas le temps de m'en soucier. Ma fierté … ou le peu qu'il me reste doit être sauvegardé.

- Je te promets que si tu racontes ça à quelqu'un tu retrouveras Mikoto sous forme de sushi c'est clair ?

Mai pâlit légèrement et rangea son téléphone. Elle tend les cartes à Shizuru.

- Tu dois savoir reconnaître l'ensemble des plats et te familiariser avec eux. Je t'ai mis des notes mais si tu as besoin, n'hésite pas à appeler. Je te laisse une semaine pour t'accommoder et ensuite je te mets à l'essai d'accord ?

- Arigato Mai-chan.

Je vois Shizuru s'éloigner avec les cartes et me reconcentre sur Mai. Elle m'enlace légèrement et murmure doucement.

- Ne la laisse pas filer, c'est quelqu'un de bien. Et crois-moi, je ne me trompe jamais sur les gens.

le 7 mai 2013 10 :40

Pourquoi ai-je dis oui à cette requête ? Natsuki n'a pas l'air d'être réjouie par l'idée. Je vais l'aider dans son malaise. Instinctivement sa main se place sur la mienne portant l'alliance. Je la sens se coller davantage contre moi, son souffle chaud dans mes cheveux puis sur mon cou. J'aime son contact. Il est doux et apaisant. Mai vient de briser la magie de ce moment et je décide de m'enfuir légèrement rougissante avec les cartes en main. Natsuki a fini par me rejoindre et semble légèrement gênée.

- Pour toute à l'heure …

- Natsuki n'a rien fait de mal.

Elle se contente de hocher la tête et s'apprête à se lever mais je la retiens.

- Aoi n'était pas en amour pour toi ?

Elle me regarde, étonnée par la question puis souffle en secouant la tête.

- Nous nous connaissions depuis plusieurs années et ma mère s'en est mêlée comme toujours. Aoi ne m'a jamais aimé de cette façon, elle l'a juste accepté pour faire plaisir à ma mère.

- Tu étais en amour avec elle ?

Elle se contenta de secouer la tête.

- Tu étais en amour pour une autre ?

Elle sourit et se lève difficilement.

- Je n'ai jamais trouvé une femme qui me comprenait et me respectait. Alors non je n'ai jamais ressenti ce que là je res ...

Elle me fixe un instant, essayant clairement de changer de sujet.

- Le père de ta fille est encore là-bas ?

Je me fige à sa question et tremble légèrement.

- Je ne sais pas …

Elle me regarde sceptique et fronce les sourcils.

- Tu n'as pas essayé de savoir ? Nous avons possibilité de le retrouver si tu veux.

- Non.

Je tremble davantage, essayant de masquer mes pleurs mais en vain. Elle remarque mon changement d'humeur et se rassied à côté de moi. Le silence a pris place pendant plusieurs minutes puis elle me prend délicatement la main.

- Je suis désolée. Je ne te demanderais plus rien.

Je secoue la tête et reprends un peu de contenance.

- Je n'ai qu'Hikari.

- Et son père ?

Je ne connais pas le mot dans sa langue et essaie de ne pas retomber en sanglots.

- Il a fait des choses que je ne voulais pas.

- Oh je vois … Les gars ne savent pas la chance qu'ils ont… Désolé que ton copain ait triché sur toi.

Je ne comprends pas l'entièreté de sa phrase.

- Triché ?

- Bah oui parti avec une autre si tu préfères.

Elle ne comprend pas ce que j'essaie de lui faire comprendre.

- Je ne connais pas le mot dans ta langue.

Je la vois se lever et revenir après quelques secondes avec son ordinateur. Elle me sourit et pose ses mains sur le clavier.

- Je t'écoute.

- Reipu.

Elle hoche la tête.

- Ah attend il connaît pas. Il va repasser par l'écriture japonaise avant.

Je fixe moi-même l'ordinateur et vois la traduction qui s'affiche. Elle reclaque brusquement son ordinateur et se lève d'un coup. Elle grimace suite à son action mais pose l'ordinateur sur la commode. Je la vois serrer les poings et me lève à mon tour en lui posant une main sur l'épaule. Elle se retourne et sans que je puisse comprendre, me bloque dans une étreinte.

- Personne ne posera un doigt sur toi sans ton accord. Je t'en fais la promesse Shizuru. Tu n'as pas qu'Hikari. Tu m'as moi.

Elle me tient fortement contre elle et je ne sais pas si c'est pour se calmer ou pour me rassurer mais nous restons quelques minutes dans cette position.

Elle s'est ensuite dirigée hors de la pièce me laissant seule.

le 7 mai 2013 11 :40

Il faut que je sorte de cette pièce avant que je ne prenne mon flingue et que je retourne au Japon pour buter cet enfoiré ! Comment peut-on faire cela à une femme aussi douce, aussi gentille ? Je comprends mieux ses craintes maintenant. Quel chien pourrait se comporter comme cela ? Je me pose sur le canapé et observe sa fille endormie. Celle-ci ressemble fort à sa mère malgré que ses yeux soient d'un marron clair. Heureusement qu'elle lui ressemble car si elle devrait faire face chaque jour au visage de son violeur sous les traits de sa fille … Je n'ose imaginer la souffrance que cela lui ferait. Je ne comprends pas pourquoi je suis autant attachée à cette femme. Cela ne fera qu'un mois et demi que je l'ai vu pour la première fois. Pour autant, je me sens vraiment bien en sa présence. Je secoue la tête face à mes pensées. Elle s'en ira dès que le divorce sera prononcé. Je ne dois pas m'y attacher. Je me lève et me dirige vers la baie vitrée et sors une cigarette de mon paquet. Je l'allume et inspire profondément une bonne dose de nicotine. Je sursaute quand je sens une main douce sur la mienne prenant délicatement la cigarette et l'écrasant dans le cendrier à proximité. Avant que je ne puisse émettre mon agacement, elle me précède.

- Natsuki va mourir.

- Pardon ?

- Si elle continue à fumer.

- Je ne vais pas mourir maintenant.

- Natsuki me laisserait faire ?

- Faire quoi ?

- Prendre soin d'elle comme elle prend soin d'Hikari et moi.

Je me suis raidie face à la proposition.

- Tu n'as pas à faire cela.

- Si Natsuki ne veut pas …

Une légère douleur est percevable dans ses yeux. J'essaie de trouver un moyen de changer de sujet

- J'ai faim. Tu me ferais à manger ?

Elle hoche la tête et se rapproche de moi tout en m'embrassant sur la joue, ce qui me fait rougir sur le coup.

- Si Natsuki me promet de ne plus fumer, je vais lui faire à manger.

Je ne comprends pas son obsession de me faire arrêter de fumer. Je n'en ai pas vraiment besoin mais la nicotine me permet de me calmer et calme parfois la douleur. Je fixe un instant mon paquet et lui donne.

- Peux-tu aller me faire à manger maintenant ?

Elle me sourit d'une façon qui me réchauffe le cœur et se dirige dans la cuisine.

Fin du chapitre 7

N/A :Je confirme que tuer l'auteur ne permettra pas s'avoir des chapitres plus long ^^. Ayez pitié de moi ... lol. J'ai décidé de faire des chapitres de 2000-3000 mots pour pouvoir réaliser une mise à jour régulière. La fiction est finie mais comme je n'ai pas encore fini la prochaine, cela me permets de me donner un peu d'avance et surtout de ne pas laisser mes lecteurs sans nouvelles. Je remercie l'ensemble des personnes prenant le temps de me lire et de commenter mes chapitres. Encore une fois, review sont les bienvenus. A demain pour le chapitre 8 (oui oui il faut attendre demain pour la prochaine mise à jour ^^)