Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Avant toute chose toutes mes excuses pour le retard de la semaine dernière. J'espérais réussir à publier ces 31 chapitres sans jamais manquer mon créneau, eh bien c'est raté. J'ai eu un weekend chargé et surtout un vendredi intense, et quand est venu l'heure de publier la chose m'a simplement échappé sans que je n'y repense. Désolé, en échange ce chapitre sera à l'heure !

Bande de petits diables que vous êtes, toutes et tous, vous attendez avec impatience de savoir comment l'histoire d'Oriana va se finir avec Scorpius... Et en même temps je vous comprends, la chose peut se passer de tellement de manières différentes... La réponse, c'est aujourd'hui ! Dans ce chapitre donc la rupture et les conséquences de la lâcheté de Scorpius qui lui pètent à la gueule. On continue aussi à suivre la transformation en animagus ! Les plus grands connaisseurs du canon parmi vous ont remarqué que j'ai sacrément simplifié la procédure... En vérité, je suis pas tout à fait d'accord. Dans le canon, la procédure n'est pas difficile, elle est juste si chiante que personne ne la fait. J'ai préféré justifier le fait que peu de sorciers étaient des animagus en la rendant difficile. J'ai donc gardé la potion et l'incantation, et j'ai changé tout le reste.

Merci mille fois pour toutes vos reviews et vos commentaires, continuez ! On approche doucement de la fin de cette histoire, puisqu'il ne nous reste que sept semaines à passer ensemble. Et croyez moi, il reste des hauts et bas bien raides à découvrir. Mais ça sera pour plus tard !

Merci aussi aux nouvelles lectrices et nouveaux lecteurs qui nous rejoignent encore chaque chapitre et me le font savoir à coup de petites reviews si adorables... Ca compte tellement, merci merci merci !

Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture, et bonne lecture !


Chapitre 24

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Rupture


— Oriana, attends !

Tout le sang d'Albus s'était transformé en un mélange d'adrénaline et de terreur. En voyant Oriana la Maléfique, il avait sauté aussi loin de Scorpius qu'il avait pu, mais c'était bien trop tard. Elle avait tout vu, il ne pouvait plus rien lui cacher. Après un petit moment de flottement, la fille avait commencé à remonter le couloir à grands pas en abandonnant sur place toutes ses affaires, puis Scorpius s'était précipité à sa suite en laissant son petit ami planté là.

Albus se savait trop quoi faire. Hagard, il récupéra les livres au sol un par un, puis se mit à les poursuivre tout en cherchant à se planquer derrière un mur.

— Ce n'est pas ce que tu crois !

Oriana éclata d'un rire mauvais. Elle s'arrêta net dans le couloir.

— Ah non, hors de question, Scorp ! ricana-t-elle.

Elle le pointa d'un doigt menaçant.

— Je refuse d'entendre ça ! Je veux pas de « c'est pas toi c'est moi », pas de « c'est pas ce que tu crois », pas de « je t'aime quand même », c'est mort ! Tu m'entends ? gronda Oriana.

— Oui, oui, pas la peine de crier, fit Scorpius d'une petite voix, les mains levées en signe de défense.

Elle fit deux pas agressifs vers Albus, qui s'attendit à se prendre une baffe, mais elle lui arracha simplement ses livres des mains et reprit sa route.

— Mais attends, Ori ! Tu ne veux même pas m'écouter ?

Albus trouva le surnom ridicule. Oriana fit volte-face et revint à la charge vers lui.

— Mais même pas, en fait, Scorp ! Parce que tu sais quoi ? J'le savais que t'étais gay, okay ? J'l'ai toujours su ! Ça transpire en toi, chaque fois que tu parles, dès que tu ouvres ta gueule, ça pue l'homosexualité, t'entends ça ?

— Chut ! Pas si fort ! plaida Scorpius à voix basse.

Albus n'appréciait pas le tour que prenait la conversation. Elle était certes énervée, mais elle abordait un sujet sensible, et bien qu'il comprît que les deux avaient besoin de mettre les choses à plat, il n'était pas prêt à laisser Oriana la Maléfique faire du mal à Scorpius. Elle l'observait avec un air de dégoût extrême, tandis qu'il restait planté dans le couloir, les bras ballants et l'air ahuri.

Oriana reprit, toujours aussi énervée, mais à un volume plus raisonnable qui rassura Albus :

— Même pas tu as les couilles de me dire que tu m'aimes pas ! Quatre mois ensemble où chaque fois que je t'avoue mes sentiments, tu fais l'évasif ! Oh, j'adorais ça en plus, je te trouvais romantique, poétique, comme ton Rimbaud, quand tu te perdais dans tes sentiments. J'ai été si idiote, bon sang, j'ai été si conne de croire que tu pourrais ressentir quelque chose pour moi !

Des larmes coulaient le long de ses joues à présent et Albus se trouvait touché par son discours. Il se rendit soudain compte que pendant quatre mois, Scorpius lui avait parlé de lui, de ses peurs, de ses passions, de Rimbaud, de l'art, de vol… Il y avait tout un monde dont Albus n'avait pas fait partie, qui leur appartenait à eux… Cela lui glaça le sang. Il s'imagina à la place d'Oriana en cet instant et ressentit aussitôt une immense compassion à son égard.

Scorpius soutenait son regard, mais Albus savait la peine qu'il ressentait. Elle vibrait dans son esprit, aussi nette qu'un miroir, tranchante et glaciale.

— Et maintenant tu es gay et tu sors avec ton meilleur ami… Putain, c'est le pire truc qui pouvait m'arriver... Pendant deux semaines, je me demande si tout va bien, ce qu'il s'est passé, j'entends des rumeurs comme quoi tu t'es fait agresser… J'écris des lettres et tu réponds pas… Même ce matin, j'espérais un regard, un geste, quoi que ce soit qui m'aurait montré que tu pensais au moins un peu à moi ! Rien, putain, rien ! Explique, Scorp, explique-moi une seule fois pourquoi je ne devrais pas annoncer à toute cette putain d'école ce que j'ai vu ? Leur dire que toutes les rumeurs étaient vraies ? Moi qui t'ai toujours défendu !

Albus était perdu. La peine, le regret intense et les yeux humides de Scorpius lui broyaient le cœur, mais l'empathie qu'il ressentait pour Oriana était tout aussi accablante.

— Parce que si tu le fais Ori, répondit Scorpius d'une voix tremblante et les yeux au sol, on va se faire lyncher. Albus et moi. On est juste morts.

Oriana parut curieusement affectée par sa réponse. Elle ne répondit rien, mais la colère dans ses yeux disparut peu à peu.

— Je ne savais pas qu'elles étaient vraies, Ori… reprit-il d'une voix chargée de larmes. Je te jure que je ne savais pas. Jamais je ne t'aurais fait ça sinon. C'est juste… C'est le bordel dans ma vie depuis quelque temps, et j'étais perdu. J'ai merdé, mais s'il te plaît, s'il te plaît, il ne faut rien que tu dises ! À personne ! Je ne veux pas que ma vie devienne un enfer, je… S'il te plaît…

Elle avait les yeux fermés, mais malgré cela, des petites larmes coulaient à travers ses paupières. Après quelques secondes de silence, elle s'essuya les yeux et dit d'une voix ferme :

— Ça fait combien de temps ? Que tu sais ?

Scorpius avait des larmes qui coulaient sur son visage à son tour. Il avait toujours les yeux au sol, il paraissait aussi vulnérable qu'un enfant.

— Je… Une semaine. Deux à tout péter. Pas plus, je te jure, je ne pensais pas…

— Est-ce que tu m'as aimée, Scorp ? coupa-t-elle d'une voix glaciale.

Scorpius ne répondit rien. Il était figé, seuls ses tremblements trahissaient son état.

— Est-ce que tu m'as aimée ? répéta Oriana.

Sa voix se brisa sur la fin de sa phrase. Scorpius releva deux yeux inondés de larmes et les planta dans ceux de la belle. Albus sentait qu'il voulait parler, mais rien ne sortait de sa bouche. Seuls les pleurs venaient aux deux. La scène était déchirante.

— S'te plaît… murmura-t-elle, la voix empreinte de chagrin.

Scorpius fit simplement non de la tête. Oriana se recroquevilla sur ses genoux et éclata en sanglots. Albus sentit ses larmes déchirer le cœur de son petit ami, et le sien de la même façon. Scorpius s'accroupit et vint poser une main sur son épaule. Le contact sembla comme un électrochoc pour Oriana, qui le repoussa avec force. Scorpius tomba au sol, sur les fesses, tandis qu'elle le toisait de toute sa hauteur.

Elle ne pleurait plus.

— Je ne pourrais jamais te pardonner, Scorpius. Ni t'oublier. Je ne dirais rien, à condition que tu disparaisses de ma vie. Je ne veux plus jamais te voir.

Elle fit un pas comme pour s'en aller et se retrouva nez-à-nez avec Albus, surprise comme si elle se rendait tout à coup compte qu'il existait. Ses yeux pleins de rancœur, de tristesse et de colère se perdirent dans ceux du garçon, simplement désolés. Elle semblait hésiter à dire quelque chose ou à le frapper. Elle leva la main, prête à lui coller une sévère baffe. Albus serra les dents en attendant la douleur, mais elle ne vint jamais. Oriana laissa retomber son bras, tandis que les larmes coulaient de ses yeux. Finalement, elle dit à voix basse :

— Prends soin de lui.

— Tu en doutes ? répondit-il avec autant de douceur, autant de compassion qu'il put.

Elle l'observa encore quelques secondes, juste assez longtemps pour que deux larmes de plus aient le temps de couler le long de ses joues, puis elle partit à pas rapides. En l'espace de quelques minutes, il s'était rendu compte qu'il avait eu tout faux avec Oriana et qu'il l'avait très mal jugée pendant quatre mois.

Toujours planté au milieu du couloir, assis et la tête dans les bras, Scorpius pleurait en silence, incapable de venir à bout des larmes qui coulaient dans sa manche.

— Allez, viens mon vieux. Le dîner attendra, la journée a été longue.

Albus le tira par le bras pour le relever, puis le traîna jusqu'à leur salle commune.


Le reste de la soirée ne fut pas bien amusant. Ni pour Scorpius ni pour lui, d'ailleurs. Albus, allongé dans ses couvertures, ne parvenait pas à trouver le sommeil. Son lit pourtant bien plus confortable que ceux de l'infirmerie lui paraissait bien trop vaste, vide et froid sans Scorpius contre qui se blottir. De plus il n'avait pas mangé et la faim lui tenaillait l'estomac. Cela le désespérait de devoir attendre le lendemain matin pour enfin se rassasier !

Plus tôt, lorsqu'ils furent revenus dans la salle commune, Albus avait tout fait pour redonner le sourire à son petit ami. Il avait essayé de lui parler de la transformation, de lui proposer une partie d'échecs ou de bataille explosive comme dans la petite infirmerie, mais cela n'avait servi à rien. Il avait même essayé de se rapprocher un peu de lui, de lui toucher discrètement le mollet ou l'épaule quand il le put, sans effet. Scorpius avait conservé son regard vide, éteint, et n'avait répondu que par des monosyllabes. Albus en vint à se demander si c'était ceci qu'il lui avait fait subir, quatre mois durant, au début du trimestre. Si oui, c'était horrible.

Scorpius était allé se coucher bien trop tôt, il était à peine vingt heures. Albus avait beau se faire un sang d'encre, il avait un devoir d'histoire de la magie à terminer et, lorsqu'il put enfin aller au lit, il était vingt-trois heures passées. À présent dans son lit, malgré l'heure tardive, il pouvait sentir que Scorpius ne dormait pas et que sa déprime ne s'arrangeait pas. À travers leurs rideaux à demi-ouverts, les yeux de son petit ami étaient mornes et fixés sur le plafond.

Lui-même ne s'endormit que plus d'une heure plus tard, tandis que Scorpius était toujours éveillé. Il était éveillé également lorsque, le lendemain, le réveil d'Albus sonna. Peut-être bien ne s'était-il jamais endormi… En tout cas, il n'allait pas mieux. Albus pria toute la journée pour que son cours de vol lui change enfin les idées, sans guère plus de succès. Il en revint fermé et irascible, refusant de raconter ce qu'il s'était passé. Son attitude l'étonnait. D'habitude, lorsque ses sessions de vol se passaient mal, il racontait pourquoi, étudiait, analysait… Son esprit rationnel avait toujours comme but de s'améliorer. Là, son air agacé laissait croire qu'il s'était juste engueulé avec son professeur, sans rien en tirer.

Chaque fois qu'il croisait Oriana, tant dans les couloirs que dans la Grande Salle, tous ses sentiments remontaient à la surface et le poussaient au bord des larmes une nouvelle fois. Albus se sentait désarmé et cela le frustrait plus que tout. Tout son bien-être, tout son monde tournait désormais autour de Scorpius, ils ne pouvaient être heureux qu'à deux.

Durant le cours de son père, aucun d'entre eux ne fut capable de produire un patronus devant le reste de la classe, alors même qu'ils n'avaient eu aucun mal quelques jours plus tôt. Albus se concentrait, essayait de se rappeler leur petite vie dans l'infirmerie, les nuits endiablées, leur premier baiser même… Rien n'y faisait. Dès qu'il essayait de lancer le sort, la tristesse de Scorpius envahissait toutes ses pensées et lui faisait perdre toute sa concentration.

Le lendemain, mercredi, il y eut ce cours de sortilèges.

La classe devait pratiquer le sortilège de mutisme sur des crapauds bruyants. Albus parvint aisément à faire taire son batracien, ce qui, à son grand étonnement, l'agaça.

Il avait désormais une facilité déconcertante à faire de la magie, si bien que tout était trop simple. Oh, il était loin de prier pour un retour nostalgique au temps d'autrefois, quand il était nul en tout, mais il avait apprécié ce mois de janvier où, à force de passer son temps à la bibliothèque et à étudier, il était devenu excellent en potions par lui-même. Il y avait quelque chose de frustrant à simplement être bon, sans avoir à faire le moindre effort.

Ennuyé, Albus laissa son regard vagabonder dans la salle. Une heure de plus à passer à ne rien faire, pendant que les autres s'entraînaient. « Quel enfer ! », pesta-t-il pour lui-même…

Scorpius observait son propre crapaud coasser joyeusement, sans broncher. Son regard semblait transpercer la table et sa baguette était posée près de ses affaires, inutile. Albus essaya de le secouer doucement par l'épaule, ce qui le tira de sa rêverie… à peu près ! S'il prit sa baguette en main, il n'essaya même pas de lancer le moindre sort. Plus loin, Nigel et Kyle se battaient contre leur crapaud qui évitait le sortilège en sautant et resautant mollement d'une table à l'autre. Au fond, une fille se mit à crier et courir en rond, son amie à ses trousses, lorsque son animal lui sauta sur les cheveux et se résolut à ne plus bouger.

Les cours de Poudlard ne manquaient jamais d'animation. Il porta son regard sur la gauche. Là, sur une petite étagère derrière un pilier, se trouvait un vieil exemplaire du manuel de sortilèges de septième année. Albus était curieux. Puisque son crapaud était incapable de coasser, il n'avait plus rien à faire pendant ce cours. Il se demandait donc si un sortilège de septième année représenterait un défi acceptable.

Il jeta un coup d'œil, et lorsque la professeure Abbott fut assez loin pour ne pas risquer de le surprendre, il alla rapidement chercher le livre et le ramena à sa place. Il l'ouvrit au hasard et tomba sur le sortilège de protéiforme. Parfait ! Exactement ce qu'il cherchait, ce fameux sortilège pour lequel ils avaient dû demander l'aide de son frère en novembre dernier. Ce serait un candidat idéal.

Albus se mit à lire le manuel avec attention. Le livre commençait par un long paragraphe ennuyeux qui décrivait les effets du sortilège, effets qu'il connaissait déjà. Les choses intéressantes venaient après, lorsqu'étaient détaillées les conditions pour le lancer avec succès. Elles étaient décourageantes. Il fallait d'abord enchanter le premier objet, ce qui nécessitait une concentration absolue, puis maintenir le sort tout en réussissant à le lancer une deuxième fois sur un second objet avec succès ! Plus les objets étaient différents, plus les lier était difficile.

— Je peux te piquer ta plume ? demanda-t-il à Scorpius.

— Hmm, répondit celui-ci sans ouvrir la bouche plus que nécessaire.

Albus prit la plume de Scorpius, puis sortit la plume à recettes qu'il lui avait offerte à Noël. C'était la seule plume qu'il avait, puisqu'il écrivait au stylo en temps normal. Les différences entre les deux plumes étaient minimes : l'une était blanche au bout noir et l'autre grise. C'était tout. Albus avait pour objectif de copier l'enchantement de sa plume à recettes sur la plume banale de Scorpius. Il les disposa l'une à côté de l'autre, puis se saisit de sa baguette.

Duplici ! dit-il d'une voix ferme.

Parfois, en faisant de la magie, Albus s'étonnait de la manière dont un simple mot pouvait drainer en lui une quantité faramineuse d'énergie. L'incantation du sortilège de protéiforme était l'un de ces mots-là. Elle déplaça dans ses nerfs une telle masse d'énergie pure qu'il eut l'impression que le vent s'était mis à souffler autour de lui. Après quelques secondes à ce régime, il plaça sa main gauche le long de son poignet pour mieux supporter le sort, et dirigea sa baguette vers l'autre plume.

Duplici ! répéta-t-il avec moins de conviction.

Le drain redoubla, il était si intense à présent que même Scorpius pouvait le ressentir. Celui-ci se tourna vers lui et grogna.

— Qu'est-ce que tu fous Al ?

Le sortilège de protéiforme était le premier dont Albus eut connaissance qui ne produisait aucune lumière en s'échappant de sa baguette. Il devait avoir l'air parfaitement niais, à tenir sa baguette à deux mains, le visage concentré, en pointant la pauvre plume grise de Scorpius sans que rien ne soit visible de l'extérieur…

Le drain s'arrêta d'un seul coup et Albus se laissa retomber sur sa chaise lourdement. Il prit une grande inspiration, il ne s'était même pas rendu compte qu'il retenait son souffle. Sa main autour de son poignet avait laissé une marque blanche tant il l'avait serré. Il était soulagé que ce soit enfin terminé, mais il se demandait toutefois s'il avait réussi. Rien n'avait changé, les plumes étaient toujours blanche et grise.

— Tu vas me dire à quoi tu joues ou pas ? s'agaça Scorpius.

— Je m'ennuyais, soupira Albus. J'ai essayé de lancer le sortilège de protéiforme sur les plumes, mais je crois que ça n'a servi à rien. Tiens regarde.

Il prit les deux plumes et essaya de les faire tenir debout sur un bout de parchemin. Celle de Scorpius retomba mollement, tandis que la sienne, enchantée, se tint droite en attendant qu'il ne commence à ajouter des ingrédients à une quelconque potion.

— Elles devraient être toutes les deux des plumes à recettes désormais !

— Hmm.

Albus ne put s'empêcher de se sentir un peu déçu. Le sortilège était épuisant, il ne parviendrait sans doute pas à subir une telle perte d'énergie de multiples fois en une journée. Il relut la page du manuel en cherchant ce qu'il avait pu rater, lorsqu'une phrase attira son attention dans le paragraphe qu'il avait sauté.

« Le sortilège de protéiforme lie entre eux deux objets dans un effet de corrélation : les changements de l'un seront appliqués à l'autre. »

Les changements ?

D'un coup de baguette, Albus changea la couleur de sa plume blanche qui prit une magnifique teinte rouge vif. Immédiatement, la plume grise de Scorpius devint tout aussi écarlate.

— Oh merde ! Trop beau !

— Ma plume ! Bordel Al, tu veux bien lui rendre sa couleur ?

— Euh… si tu veux, oui.

Scorpius ne parut même pas se rendre compte de l'exploit, ce qui vexa Albus plus qu'il ne l'aurait admis. Il essaya d'annuler son charme de coloration pour redonner aux deux plumes leurs couleurs originales, mais au lieu de cela, celle de Scorpius prit une couleur identique à la sienne, blanche au bout noir.

— Ben ? Ça alors.

— Elle n'était pas de cette couleur, Al !

— Oui ben je sais bien, j'ai annulé mon sort pourtant… J'y peux rien moi, elle a pris la couleur de la mienne !

Scorpius lui prit sa plume des mains et la rangea dans sa trousse avec un soupir exagéré.

— Dis, tu crois pas que t'en fais un peu trop pour une plume ? Elle est pas grise, mais elle marche, non ? Si tu veux je teins les deux en gris, j'm'en fiche moi de la couleur de ma plume.

— C'était une plume de cigogne, c'est rare, et c'est beau en gris. Tu ne retrouveras pas la même teinte avec un charme de coloration. Tu me saoules à ne jamais réfléchir avant d'agir, Al.

Albus se mordit les joues pour ne pas laisser échapper la réplique cinglante qui lui vint. Il leva les yeux au ciel. Il savait très bien que Scorpius ne lui parlait aussi mal que parce qu'il n'allait pas bien, et s'engueuler avec lui n'apporterait rien de bon.

Albus soupira et rompit le sortilège de protéiforme. Il n'y avait que Scorpius et la famille Malefoy pour avoir des plumes qui ont de la valeur. Son petit stylo, lui, ne valait que quelques livres d'argent moldu et c'était très bien ainsi.

Quand sonna la fin du cours, le statu quo était inchangé. Ni les exploits d'Albus ni l'idée de faire taire un gros crapaud ne parvinrent à rendre son sourire à Scorpius, si bien que cela commençait à irriter Albus. Au bout d'un moment, ses efforts devaient servir à quelque chose, sinon il n'essayerait plus rien !

Heureusement, il lui restait un événement extraordinaire à attendre pour lui changer l'esprit : la transformation en animagus ! Ils avaient rendez-vous le soir-même avec Edward Lupin, et Albus y allait avec détermination. Avec le recul, il craignait de moins en moins le processus. Enfin, en tout cas le croyait-il. Il se disait que le lait de corydale serait sans doute suffisant pour éviter qu'il n'ait trop mal, et puis la curiosité prenait le pas sur la crainte.

Il arriva donc avec entrain dans la salle de métamorphose lorsque le soir fut venu. À ses côtés, il sentait que Scorpius était tout de même un peu excité, malgré la brume qui l'entourait. Dans la salle, les tables avaient été repoussées et deux épais tapis, comme ceux des salles de sport, avait été mis à leurs places. Edward Lupin les attendait avec un grand sourire.

— Bienvenue, Messieurs ! Prêts à vous faire du mal ?

— Je ne fais que ça, ces derniers temps, souffla Scorpius.

Albus eut un pincement au cœur. Edward n'entendit pas, ou alors il l'ignora.

— Pourquoi les tapis, Monsieur ? s'enquit Albus.

— Finement observé, Monsieur Potter. Parce que vous allez tomber, si vous parvenez à déclencher la transformation, et qu'il vaut mieux tomber sur un tapis.

— Mais pourquoi ne pas les avoir amenés la dernière fois ?

— Je vous ai dit que vous ne vous transformeriez pas à votre première tentative, n'est-ce pas ? lança-t-il avec un air malicieux.

— Mais… Mais j'en ai fait six des tentatives !

— Ne vous inquiétez pas, Monsieur Potter. Je vous aurais rattrapé si vous aviez produit un miracle. Toutefois, il semblerait que les choses m'aient donné raison… Je suis simplement bien moins sûr de votre échec ce soir, d'où les tapis.

— Eh ben… grogna Scorpius avec éloquence.

— N'est-ce pas ! releva Edward, toujours souriant. Allez, maintenant, potions ! La rouge d'abord, et l'autre ! Hop ! Attendez quelques minutes qu'elles fassent effet, puis essayez.

Quand vint le moment de lancer le sort une première fois, Albus flancha. Alors qu'il était arrivé dans la salle plein d'entrain et de confiance, au moment fatidique il s'étiola. Il n'était plus sûr de vouloir essayer. Une fois de plus cependant, Scorpius n'hésita pas et dirigea sa baguette vers son propre cœur en prononçant la formule.

Comme d'habitude, il laissa tomber sa baguette, et comme d'habitude il se plia en deux vers l'avant, les mains sur les côtes. Mais cette fois-ci, ses expressions de visage étaient bien plus creusées, bien plus concentrées, on aurait dit qu'il savait ce qu'il faisait et où il allait.

Leur professeur contourna soudain son bureau et s'approcha de Scorpius. Il s'accroupit, cherchant son regard.

— Allez-y, Scorpius, vous y êtes presque.

Albus observait la scène avec anxiété. Il ne savait pas ce qu'il se passait dans la tête de son ami… Boire l'Animato avait déjà pour effet de brouiller leur lien, lancer le sortilège de la transformation achevait de le rendre inactif. Là où demeurait Scorpius dans sa tête en temps normal, il n'y avait qu'un grand vide, ce qui était très dérangeant.

Scorpius finit par prendre une longue inspiration et se relever. Edward sembla un peu déçu, mais il eut tout de même quelques mots d'encouragements.

— Vous y étiez presque, Scorpius !

— Je veux réessayer.

— Attendez, posez-vous un moment, respirez…

— Non, je veux réessayer. J'y étais presque et j'en ai marre. Je veux réessayer.

Edward l'observa en fronçant les sourcils.

— Vous êtes sûr ? Si vous vous évanouissez, je vous enlève dix points, je vous préviens !

— Bah. Amato animo animato animagus !

Albus n'aimait pas cela. Scorpius n'était pas en état de subir le sortilège deux fois consécutives, aussi il observait son petit ami avec attention. Scorpius avait les yeux fermés, le visage concentré, il respirait lentement et Edward l'observait avec trop d'attention pour que cela soit bon signe. À nouveau, son professeur s'accroupit et étudia le moindre de ses faits et gestes.

— Allez-y, Monsieur Malefoy, creusez, fouillez, vous savez que c'est là !

Scorpius ouvrit soudain de grands yeux exorbités.

— Oh putain. Oh, merde !

Edward le saisit par les épaules et le fit basculer sur le tapis avec délicatesse. Ça y est, il avait réussi ! En deux tentatives à peine !

— Je ne suis pas sûr que ce qui va suivre va vous plaire, Albus.

Qu'il le veuille ou non, il était de toute façon parfaitement incapable de détourner son regard de Scorpius. Son esprit était toujours absent de sa tête, il ne ressentait donc rien de ce que subissait son petit ami. Il ne pouvait se fier qu'à ses gestes saccadés et à sa respiration sifflante.

— Ça n'a pas l'air trop douloureux, commenta Albus avec espoir.

— Ça n'a pas encore commencé, répondit son professeur.

D'un seul coup, le corps de Scorpius se raidit, tandis que des grognements s'échappaient de sa bouche comme si on l'étranglait. Il se mit à trembler, secoué de spasmes, ses bras se tendirent machinalement vers le bord du tapis, comme s'ils cherchaient à fuir, rampant, hors de lui. Ses vêtements lui collaient à la peau et venaient dessiner son corps comme une combinaison aussi rêche que du métal rouillé. Il voulut crier, mais de sa gorge ne sortit qu'un son désarticulé, aigu, strident, et hors de ce monde. Albus sentit son sang se figer dans ses veines.

Il remarqua soudain qu'il rapetissait à vue d'œil : il avait à présent la taille d'un enfant de sept ans. Son allure, en revanche, n'avait rien de l'air innocent et candide d'un môme. Ses yeux étaient devenus jaunes et plats comme ceux d'un poisson, son iris avait disparu, les doigts de ses mains avaient fusionnés en une palme grotesque, mais ce fut lorsque sa mâchoire se déforma avec un bruit de craquement d'os à vomir qu'Albus détourna finalement le regard et s'éloigna dans un coin de la pièce. C'en était trop pour lui.

La transformation mit bien encore deux minutes à s'achever, deux minutes ponctuées de sons affreux et d'exclamations étonnées de la part de son professeur. Peu à peu, les grognements et bruits de gorges furent remplacés par des froissements plus doux et des sifflements. Puis il y eut un cri. Un long cri puissant, aigu, désarticulé, exactement comme celui…

Comme celui…

Albus fit volte-face. Face à lui, posé sur une table par Edward, se tenait un majestueux aigle royal. L'œil vif, le bec recourbé et aiguisé comme un rasoir, le plumage oscillant du brun au noir et avec le bout des ailes blancs, il l'observait avec attention. Il déploya ses ailes et en bâtit quelques fois, juste pour flatter son égo. Déployées, elles avaient une envergure impressionnante, elles couvraient l'espace de presque trois rangées de tables.

— Mais quel enfoiré ! se plaignit Albus en riant. Un aigle ! C'est tellement classe !

L'oiseau trompéta une fois de plus avec fierté.

— Là, je dois bien avouer... Les transformations en oiseau sont rares, alors autant vous dire qu'en aigle, on est sur du sacré chanceux.

— Il peut voler ?

— Chaque chose en son temps. Il va lui falloir quelques minutes pour s'habituer à ses serres, déjà, puis à se déplacer dans l'espace… Il va devoir se faire à ses ailes et à leur mouvement, mais cela vous laissera le temps de faire vos tentatives, n'est-ce pas ?

— Oui, sans doute.

Albus n'avait pas très envie de se transformer tout de suite. Scorpius sous sa forme d'aigle l'intriguait. Il s'approcha de lui à petits pas, comme s'il n'était pas sûr que ce fût bien son petit ami sous ces yeux perçants. L'allure de son bec lui donnait un air souriant et fier, presque crâneur.

Lorsqu'il fut à portée, il caressa le dessus de la tête de Scorpius, puis ses ailes. Les plumes étaient douces et chaudes, c'était agréable. L'oiseau étendit son cou et vint placer sa tête contre son épaule, avant de l'y mordiller. Son bec pointu était tranchant comme un rasoir et Scorpius, peu habitué, manqua de peu de lui sectionner une veine, mais il n'y avait plus de doute : c'était bien son petit ami sous ce plumage.

— Essayez de faire quelques pas, Monsieur Malefoy. Vous allez voir que tous les gestes simples ne le sont plus. Il faut se réhabituer, cela prend un peu de temps.

Albus l'observa avec un large sourire essayer de se déplacer. Les grandes serres au bout de ses pattes n'étaient pas faites pour marcher, mais pour s'agripper. Elles rendaient le moindre pas laborieux et maladroit. Scorpius essaya de sauter comme un moineau, sans grand succès. Cela lui donna plutôt un air ridicule et comique qui fit ricaner Albus. Pour finir, il ne parvint qu'à se propulser hors de la table et à retomber sur Albus qui essaya de le rattraper dans un mélange de bruits d'ailes et de rires moqueurs.

— Tu as peut-être la classe d'un aigle Scorp, mais t'as la grâce d'un pigeon ! envoya-t-il en rigolant et en le remettant sur ses serres, sur la table.

Scorpius claqua du bec et lui tourna le dos non sans difficulté. Albus était hilare. Edward conjura d'un tour de baguette magique un petit miroir, qu'il présenta à Scorpius. Celui-ci s'observa en tournant la tête, levant les ailes, les pattes, il explora toutes les coutures de son nouveau corps.

— Essayez de vous retransformer, Monsieur Malefoy.

Il se passa quelques secondes sans rien, puis la transformation inverse se produit en quelques secondes à peine. Bien plus gracieuse que la première, elle ne laissa pas le temps de voir les horribles déformations du corps et parut bien moins désagréable. Avec son retour, il reprit sa juste place dans l'esprit d'Albus qui sentit une grande chaleur et une joie sans limite l'envahir. Scorpius était extatique.

Le garçon de retour, il sauta de la table où il s'était retransformé. Il avait un grand sourire et se jeta sur Albus pour le serrer contre lui sans lui laisser une chance de respirer.

— Tu as vu ça, Al ? Tu as vu ? J'suis un aigle, Merlin, je suis si classe !

Scorpius le libéra enfin et continua de sautiller sur place, excité au possible.

— C'est trop bizarre d'être en aigle, je vous entends super mal quand vous me parlez, mais j'ai l'impression de voir comme jamais je n'avais vu. Je pouvais distinguer les aspérités des murs au bout de la pièce et les feuilles d'arbre bouger à travers la fenêtre. Tu te souviens Al ? Ça fait comme avec la potion de perceptivité ! Il faut trop que tu essayes ça, sérieux, c'est incroyable !

— Votre joie fait plaisir à voir, en tout cas, Monsieur Malefoy.

Albus n'aurait pas mieux dit. Oriana n'était plus qu'un lointain souvenir, en cet instant. L'excitation et la joie de Scorpius avaient empli toute la pièce, mais aussi le cœur d'Albus et cela lui fit le plus grand bien.

— C'est trop bien ! J'ai… C'est bizarre, on dirait que je peux sentir, vous savez ce truc qu'on a en nous et d'où vient la magie ? J'ai l'impression d'en avoir deux, désormais.

— C'est cela ! Vous vous métamorphoserez en passant de l'un à l'autre. Les premières transformations en animal prendront plus de temps, mais à terme cela sera aussi simple pour vous qu'un claquement de doigts.

— Alors ça va rester ?

— Oui. Vous êtes un animagus désormais, vous avez en vous deux sources de magie, c'est ainsi !

— Al, il faut que tu essaies !

Albus souriait, mais la transformation de Scorpius l'avait complètement dégouté. Si le résultat final était amusant, le processus de l'un à l'autre paraissait affreux.

— Je… Ça allait ? Le changement avait vraiment pas l'air agréable…

Scorpius parut retrouver un peu son sérieux.

— Euh, non en effet. Mais ça fait pas si mal, en tout cas. C'est juste pas une sensation plaisante.

Il était persuadé que Scorpius minimisait l'inconfort dont il parlait. Il pouvait sentir qu'il lui mentait. Albus déglutit. Il était de toute façon allé trop loin pour revenir en arrière, surtout maintenant que son propre petit ami avait réussi. Il prit une grande inspiration, pointa sa baguette contre lui, et prononça la formule.

Contrairement à l'avant-veille, il comprit à présent tous les conseils que son professeur lui avait donnés ainsi que le lien avec les sortilèges de guérison. Il sentait en lui la magie chercher à se rattacher à une nouvelle source, il comprit comment il pouvait guider ce flux dans un sens ou dans l'autre, en revanche il était incapable de localiser l'endroit où il devait se diriger.

Les sensations que procuraient ce sortilège étaient toujours aussi désagréables et, lorsqu'il termina sa troisième tentative infructueuse, il prit une pause un peu plus longue. Il avait la bouche pâteuse, envie de vomir et sa tête tournait. À lui seul, il s'était envoyé presque l'entièreté de la tablette de chocolat apportée par son professeur. Scorpius, impatient, s'était déjà retransformé en aigle et essayait de réapprendre à marcher dans un coin de la salle. Il battait des ailes, de temps en temps, mais il n'avait pas réussi à décoller d'un centimètre, cela ne servait qu'à le rééquilibrer lorsqu'il basculait.

Lorsqu'il échoua une quatrième fois, Edward se détourna de lui pour aller aider Scorpius, qui était une nouvelle fois tombé en avant, emmêlé dans ses pattes qu'il maîtrisait mal. Albus ne s'en formalisa pas, il comprenait que son professeur perdait un peu son temps à l'observer échouer et à répéter les mêmes conseils.

Pourtant, lors de ce dernier échec, Albus avait enfin pu entrevoir une certaine lumière. Là, quelque part, il avait senti cette autre source. Un genre de chaleur vibrante qu'il ne connaissait pas, mais qui paraissait amicale et accueillante. Tout ce qu'il avait à faire, c'était l'atteindre désormais.

Par crainte de ne plus retrouver le chemin et comme Scorpius avant lui, il lança le sort une nouvelle fois sans prendre de pause. Il pria pour réussir, car sans cela il allait sans doute vomir en reprenant ses esprits. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour retrouver cette source, à tel point qu'il craignit avoir mis trop de temps. Cela lui coûterait son essai et un grand moment de solitude lorsqu'il rendrait son dîner. Heureusement, il n'en fut rien, car quelques secondes plus tard, le contact était établi.

L'énergie qui prit soudain le contrôle de son corps était démentielle. Telle une déflagration, le barrage se rompit et cette massive déferlante coupa son souffle dans ses poumons, entoura son cœur qui se mit à battre à une vitesse folle, parcourut ses bras et pénétra sa tête en retournant tout sur son passage. Il essaya de prévenir son professeur, affairé à réapprendre à un aigle à marcher. Il voulut l'appeler, mais sa bouche ne produisit qu'un grognement étouffé.

Ses jambes trahirent bientôt son équilibre et il bascula en avant sur le tapis de sol. Le bruit de chute attira l'attention des deux autres qui accoururent, le temps pour Scorpius de retrouver sa forme humaine.

Albus les vit échanger quelques mots, mais il n'entendit rien. Ses oreilles sifflaient, sa vue se brouillait et d'un seul coup, quelque chose pénétra tout son squelette. Une puissance innommable se mit à tirer sur ses os avec tant de force qu'Albus s'attendit avec horreur à les entendre se briser en morceaux. Il voulait hurler, mais rien ne sortait de sa bouche. La douleur ne vint jamais. Au lieu de cela, il sentit ses os s'étirer, se compresser, se tordre et se cisailler sans qu'il ne puisse rien faire. Ses muscles convulsèrent, il ne maîtrisait plus rien. Il avait l'impression que tout son squelette allait rompre sous les implacables forces qui essayaient de le manipuler et, s'il ne pouvait pas dire que cela lui faisait mal grâce à la potion, il était pleinement conscient de chaque changement qu'il subissait. Cette sensation était horrible. C'était comme si on l'opérait sans l'avoir endormi, la douleur en moins.

Albus avait eu le malheur de ne pas lâcher sa baguette magique. Elle se mêla à son corps au niveau de sa main, pénétrant sa paume et venant fusionner avec son radius en causant au passage une sensation qu'il revivrait sans doute dans ses pires cauchemars. Sa belle chemise de chambray et son pantalon blanc le collaient. Bientôt il put sentir chaque fibre du tissu, jusqu'à ses sous-vêtements, se planter dans sa peau et fusionner avec elle. Elles devinrent le million de poils dont son corps se couvrait.

Les choses horribles qu'il subissait culminèrent alors. On tira sur son pouce avec une force infernale, ce qui allongea sa main de plusieurs centimètres. Ses doigts se boudinèrent, son nez s'allongea et toute sa mâchoire se propulsa soudainement vers l'avant, tandis que ses dents poussaient, s'aiguisaient et grossissaient. Dans le même temps, ses jambes et ses bras rapetissaient, sa colonne vertébrale se tassait, et soudain les limites de son être étaient atteintes. Il aurait donné n'importe quoi pour que cela cesse. Il sentit son esprit disparaître, emporté par le cauchemar qu'il vivait.

Lorsqu'il se réveilla, à peine quelques secondes plus tard, la transformation était terminée. Il ouvrit les yeux et ne distingua alors le monde qu'en nuances de bleu et de gris. Les lampes de la salle étaient lumineuses, d'un blanc presque aveuglant. En revanche, chaque inspiration apportait avec elle mille odeurs toutes plus excitantes les unes que les autres, dont une, en particulier, lui faisait tourner la tête.

Albus essaya de se relever, mais ses jambes ne réagissaient plus du tout comme elles le devaient et lorsqu'il poussa pour se tenir debout, il retomba aussitôt en avant et se rattrapa sur ses mains. Étrangement, cette position à quatre pattes lui plut. Il y avait entre ses mains et ses pieds une coordination parfaite qu'il n'avait jamais ressentie. Il leva la tête, et vit Scorpius l'observer avec des yeux brillants. Il se rendit alors compte que cette odeur qui le rendait fou, c'était la sienne !

Il avait déjà bien compris quel animal il était lorsque Edward plaça le miroir face à lui, mais il fut tout de même étonné de voir ses traits sous la forme d'un mignon Border Collie au pelage blanc sur le centre du crâne, l'encolure, le poitrail et le bout des pattes, et noir partout ailleurs. Par réflexe, il s'approcha du miroir qu'il toucha du nez – cette truffe en gros plan avait un aspect comique évident – puis il sauta de deux pattes sur Scorpius qui éclata de rire et lui caressa la tête. Il aboya joyeusement, heureux et enivré par l'odeur de son petit ami et ses caresses qui le rendaient dingue.

Albus remarqua pour la première fois la manière dont les sons lui parvenaient. Autant les bruits de l'école lui étaient inaudibles, autant les voix de Scorpius et de son professeur lui paraissaient aussi claires que sous sa forme humaine. Il pouvait distinguer chaque mot et son intonation. Il retourna au sol et essaya de se déplacer, chose qui ne lui posa pas le moindre problème. Il était apparemment beaucoup plus simple pour un humain d'appréhender le corps d'un chien que celui d'un volatile. Quelques tours de la pièce à un petit trot plus tard, il retourna vers Scorpius, qui s'était changé en aigle une nouvelle fois.

Albus l'observa, prudent. Curieusement, l'odeur de l'oiseau restait celle de Scorpius, qui était clairement celle d'un humain. Cette dissonance choquait ses sens canins. Scorpius étendit les ailes, en battit deux fois et sauta sur le dos d'Albus, d'où il se mit en sentinelle. Albus se délecta de ce moment, il se mit à courir en rond dans la pièce, Scorpius accroché à lui.

— Hep, Messieurs ! appela Edward après un moment. Assez joué, retransformez-vous, s'il vous plaît.

Albus n'eut aucune idée de comment faire. Pouvait-il simplement couper cette étrange connexion en lui ? Il s'y essaya sans trop savoir ce qu'il faisait, et cela fonctionna. Sitôt déconnectée, sa magie humaine se remit à affluer en lui et il sentit son corps redevenir humain, ses vêtements retrouver leur douceur et sa baguette jaillir de sa paume, le tout avec un inconfort bien moindre.

Bientôt, les deux garçons trépignants se retrouvèrent devant leur professeur comme deux vraies bombes prêtes à exploser.

— Eh bien, Messieurs, je dois dire que je suis impressionné. Ce cours a déjà duré bien trop longtemps, vous devriez être dans votre salle commune depuis déjà une demi-heure. Mais nous n'en avons pas fini, vous devez apprendre à voler, Monsieur Malefoy, et vous à vous contrôler, Monsieur Potter. Nous allons devoir faire les démarches nécessaires pour vous enregistrer au Ministère. En attendant, je vais vous demander de ne pas vous transformer sans moi. Monsieur Malefoy, trois transformations aujourd'hui alors que c'est tout nouveau pour votre corps, c'est irresponsable. Ménagez-vous ! Par conséquent, je ne veux pas entendre d'histoire d'aigle et de chien qui mettent le bazar dans l'école d'ici à la prochaine fois que l'on se voie, est-ce entendu ?

Les deux garçons approuvèrent en chœur.

— Fort bien. Allez, filez, Messieurs. Et encore félicitations !

Ils rassemblèrent leurs affaires et se dirigèrent vers la sortie.

— Ah ! Une dernière chose. Je vais prévenir vos parents respectifs ainsi que le professeur Londubat, donc je m'attends à ce que la prochaine fois que nous nous voyons, tous ces braves gens tiennent à être là. Vous ne serez pas surpris !

Ils hochèrent la tête et sortirent. Sitôt hors de la salle, les deux garçons explosèrent.

— T'as vu ! T'as vu, Scorp ? J'suis tellement bien !

— Tu étais trop adorable !

— Et toi en aigle, chanceux, tu vas voler !

— Je fais que ça, rit-il de bon cœur.

Leur énergie retrouvée, les deux garçons s'embrassèrent et cette fois, personne ne vint troubler leurs retrouvailles. Oriana était loin, d'un seul coup, loin et oubliée. Pour un temps.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu.

Je peux que féliciter JessieLandes d'avoir vu venir la transformation en aigle de Scorpius, j'aurais jamais cru ça possible ! Mais ça me fait me dire aussi que j'ai bien choisi et fait sa caractérisation, puisque nous sommes d'accord. J'espère pour les autres que vous apprécierez les animaux que j'ai choisi.

Quant à la suite, comment vont réagir les adultes en découvrant la transformation de leurs fils ? Comment Scorpius va-t-il se remettre de sa peine de cœur ? Les vacances arrivent, et avec elle la première séparation longue des deux garçons... La réponse à toutes ces questions le vendredi 16 décembre pour le chapitre 25 : Vacances de Pâques.

N'oubliez pas de me laisser même un tout petit message pour me dire ce que vous pensez de tout ça. Un mot, une ligne, ou un roman, j'adore tellement vous lire et je vous jure que c'est hyper important pour moi ! Reviewez, mettez en fav et en alerte, et on se retrouve la semaine prochaine !

Bonne semaine !