Bonjour à toutes, bonjour à tous !

On est vendredi, et c'est le dernier vendredi avant Noël ! Alors voilà, je vous l'ai suffisamment teasé, voici donc le chapitre qui tombe idéalement ! Quand j'ai décidé le 8 juillet de poster le premier chapitre de cette histoire, j'aurais pas pu mieux tomber. Je suis trop heureux que le 26 soit le chapitre de Noël... C'est pas mon préféré à proprement parler, mais on est très clairement dans un top 5 au moins. À ce propos, le 28 et le 29 arrivent bientôt et eux aussi sont deux chapitres que j'adore. Mais pour des raisons différentes. Pour celui-ci, j'espère que vous avez une petite heure devant vous, car il est pas court ! C'est même le plus long de toute l'histoire !

Avant de vous laisser profiter, je voulais vous remercier encore et toujours pour vos reviews, pour votre soutien qui me touche plus que tout. Je réponds toujours à toutes les reviews, mais pour être sûr de ne manquer ni une réponse ni un chapitre, il faut soit activer la réception des mails dans votre profil, soit télécharger l'app FFNet pour recevoir des notifications sur le téléphone. FFNet a changé sa politique, désormais on a besoin de réactiver la réception des mails qu'une fois tous les six mois.

À ce propos, je rappelle que je réponds toujours à toutes les reviews signées, donc si vous ne recevez pas mes réponses sur l'app, checkez vos messages privés sur le site ! Souvent les deux ne communiquent pas... Oui, c'est stupide. À croire que FFNet a été codé une fois en 2002 et qu'ils ont plus jamais retouché à rien après.

Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture et la correction de ce chapitre ! J'espère qu'il vous plaira car pour moi, il compte beaucoup.

Bonne lecture !


Chapitre 26

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Ces deux grands yeux bleus


Molly était en train d'émincer des oignons sur le comptoir de la cuisine du Terrier, le regard absent. Ginny savait que sa mère aimait laisser divaguer ses pensées lorsqu'elle cuisinait et, si elle n'hésitait pas à se servir de la magie pour les tâches les plus ingrates, elle appréciait également se garder quelques travaux à effectuer à la moldue. Cela lui donnait du temps pour ne penser à rien, disait-elle.

Oh, Ginny savait bien que sa mère ne pensait pas à rien. Là, par exemple, elle éminçait sans se soucier de son oignon, de la lame de son couteau ou même de ses doigts, car elle avait deux yeux brillants fixés sur tous ses petits-enfants qui jouaient ensemble dans le jardin. Même Albus, qui avait semblé si renfermé sur lui-même depuis qu'il était arrivé au Terrier, participait pour une fois à l'espèce de jeu de pétanque avec des cognards auxquels les autres s'adonnaient.

Les balles usées de l'antédiluvien jeu de Quidditch de la famille Weasley ne bougeaient presque plus. Le vif d'or se contentait de battre des ailes mollement, incapable de s'envoler, tandis que les cognards zig-zaguaient quelques instants à travers les airs après un coup de batte avant de s'écraser au sol, inertes. Le jeu consistait à utiliser la batte pour taper dans l'un des cognards et le faire atterrir le plus proche possible du vif d'or qu'on avait lancé auparavant. Deux essais chacun, et l'on se souvenait du meilleur tir en plaçant une petite pierre à la place du cognard.

— Ils vont réussir à briser une vitre ! dit Ginny avec un sourire.

— Oh, tu es là ma chérie ? salua sa mère avec un sourire. Oui, ils m'inquiètent ! Dire que ton père est hilare… Il le sera moins quand on aura un bras cassé…

Les deux femmes observèrent Arthur encourager Albus à grands cris, tandis qu'il prenait position, la batte dans la main droite et le cognard mollasson dans la main gauche. Il avait un grand sourire aux lèvres.

— Albus a beaucoup grandi ! constata Molly en l'observant.

— Il a surtout maigri, répliqua Ginny.

Elle avait un plan en tête. Un sujet sur lequel elle souhaitait amener sa mère le plus délicatement possible. Et pour cela, elle savait très bien ce qu'elle devait dire.

— Oui, je l'ai vu ce matin ! Qu'est-ce qu'il est maigrichon ! Heureusement que cela fait deux semaines que je le remplume, ils ne leur donnent donc plus à manger à Poudlard ?

— Oh, je te rassure, avec Neville et Harry en poste, il y aurait une grève illimitée de l'équipe enseignante si on annulait un seul banquet ! plaisanta Ginny.

Sa mère releva à peine la remarque. Elle s'était déjà replongée dans ses pensées. En vieillissant, la matriarche avait de plus en plus tendance à se réfugier dans ses souvenirs, constata Ginny avec un pincement au cœur.

— Crois-tu que cela a un lien avec le fait qu'il a l'air si absent depuis qu'il est là ? demanda la vieille dame. Je me demande ce qui a changé depuis hier, j'avais bien cru ne jamais avoir le droit de voir mon Albus souriant et sautillant ! Tu te souviens, Gin ? Quand il était petit et qu'il sautillait pour pouvoir grimper sur mes genoux ?

— Oui je me souviens, Maman, répondit Ginny avec un petit sourire.

Il y eut un nouveau silence, avant que sa mère ne reprenne.

— Il est devenu grand et beau ! On a de la chance, tout de même, dans cette famille, tu ne crois pas ? Tous nos enfants sont beaux ! Victoire, Louis, Dom… Lily, Lucy, Molly… James, Rose, Roxanne, Hugo et Albus… Tous si beaux ! Pas comme les horribles gnomes des Faucett !

— Maman ! s'exclama Ginny, faussement outrée. En plus tu as oublié Fred !

— Ah oui, Fred est si mignon, aussi...

Ginny secoua doucement la tête. Sa mère avait toujours eu du mal à intégrer que George avait appelé son fils Fred.

— Bon, admit Ginny, tu as raison, nos gamins sont mieux foutus que les voisins.

— C'est un fait, insista Molly d'un air désintéressé et en s'attaquant à une tête d'ail.

— Mais Albus… À vrai dire, c'est de ça dont je voulais te parler, Maman. D'Albus.

Molly suspendit son geste en l'air, offrant un répit à ses gousses d'ail. Elle posa son couteau, se tourna vers sa fille et demanda :

— C'est le genre de discussion qui nécessite deux grosses tasses de thé et que je sois assise ?

— Euh… hésita Ginny, prise de court. Non, je… Je ne pense pas. Enfin, pas comme tu l'imagines en tout cas, mais… Bah ! Fais comme tu veux.

Molly l'observa d'un œil suspicieux. Elle finit par se décider à agiter sa baguette afin de faire apparaître un service à thé et une collection de petits biscuits sur la table de la cuisine. Elle s'assit, puis invita sa fille à faire de même.

— Par précaution, affirma-t-elle.

Elle se saisit de la théière et servit deux tasses. Derrière elle, le couteau continuait seul à hacher des gousses d'ail.

— Comme tu veux. Tu sais qu'il n'a pas eu une année facile, à Poudlard, n'est-ce pas ? Je t'en ai déjà parlé.

— Oui. Est-ce toujours parce que mon âne bâté de gendre est incapable de communiquer avec lui ?

— Euh… hésita Ginny. Au début j'imaginais que c'était ça, mais je commence à croire que non. C'est pas seulement ça en tout cas.

— Oh, alors est-ce à cause de ses soucis en cours ? enchaîna la matriarche.

— Non plus. Au contraire, il est l'un des meilleurs de sa classe à présent !

Molly fronça les sourcils.

— Ah oui ? Pourtant, pas plus tard qu'à Noël tu me disais qu'il avait toujours des notes catastrophiques.

— C'est vrai, admit Ginny avec un sourire. Ça a changé, mais tout est lié ! Laisse-moi t'expliquer…

Sa mère l'observa en plissant les yeux tandis qu'elle prenait une longue gorgée de thé. Trop longue pour ne pas se brûler.

— C'est… compliqué, et je ne sais pas par où commencer, expliqua Ginny.

Elle mentait, bien sûr. Elle avait un plan en tête et tout se déroulait comme prévu jusqu'à présent.

— Tu te souviens de cette fois où tu as cru que tu avais des pouvoirs télépathiques ? Tu croyais devenir folle, il m'avait fallu presque deux heures pour te faire comprendre que ce n'était pas le cas. Tu te souviens ?

— Merlin, oui je m'en souviens ! Et figure-toi que cela se produit toujours ! commença Molly, avec l'intention visible de raconter une longue histoire.

— Exactement ! coupa Ginny. Mais ça ne marche qu'avec Papa, c'est cela ?

— C'est cela, approuva la vieille femme, un peu agacée. Mais je ne vois pas le rapport.

Elle avait un ton plus sec, à présent. Comme si elle commençait à comprendre que sa propre fille la faisait tourner en bourrique.

— Je vais te le dire, continua Ginny doucement. Il y a… une étude, en ce moment, qui a découvert précisément ce qui t'arrive. En fait, si toi et Papa pouvez faire cela, c'est parce que vos magies se sont liées. Avec le temps, si deux amants sont compatibles, cela se produit. Vous devenez des sorciers plus puissants ensemble et vous pouvez ressentir la présence de l'autre, tout cela.

Molly s'était redressée sur sa chaise et avait délaissé sa tasse de thé. Elle paraissait véritablement intéressée à présent.

— Vraiment ?

— Absolument, confirma Ginny. Et cela peut même aller jusqu'à ressentir les émotions de l'autre, c'est très puissant !

— Mais pourquoi je n'apprends cela que maintenant ? Pourquoi tu ne m'en parles que maintenant ?

— Parce que je ne le sais moi-même que depuis très peu de temps ! Mais accroche-toi : les chercheurs ont découvert que cela peut se manifester chez des enfants.

Molly fronça les sourcils. Ginny se trémoussa un peu sur sa chaise en espérant se redonner un peu de contenance. On abordait le sujet sensible.

— Ah bon ? demanda la matriarche, les yeux plissés.

— Oui. Ils deviennent alors proches. Très, très proches. C'est le genre d'amitié fusionnelle qui… euh… Qui peut se transformer en autre chose, avec le temps.

La vieille femme eut un très discret mouvement de dégoût que Ginny perçut malgré tout. Elle déglutit.

— Chez des enfants ? Mais ce n'est pas un peu… malsain ?

— Non ! Non, Maman, qu'est-ce que tu vas imaginer… Non, cela met du temps à se manifester, beaucoup de temps ! Au début c'est très banal comme lien, une amitié d'enfance quoi. C'est avec le temps que cela devient autre chose. Il faut avoir une certaine maturité pour comprendre que l'on est amoureux, souvent les gamins s'en rendent compte à l'adolescence.

— Je vois. Mais en quoi cela concerne-t-il Albus ?

Ginny prit un petit biscuit dans ses doigts et inspira longuement pour se donner du courage.

— C'est… ce qui est arrivé à Albus. C'est ce qui a rendu son année si difficile.

— Vraiment ? s'exclama Molly, enjouée. Mais c'est magnifique ! Un amour comme celui-ci, ce doit être une chance inouïe ! De qui était-il assez proche pour que…

Molly ne termina pas sa phrase. En face d'elle, Ginny restait silencieuse. La vieille femme plissa à nouveau les yeux, si bien que sa fille aurait presque pu voir les rouages tourner derrière ses lunettes. L'éclair de compréhension vint tardivement, trouva-t-elle, mais lorsqu'il vint, la réaction ne se fit pas attendre. Molly se plaqua une main sur la bouche, reposa avec fracas sa tasse de thé sur la table et s'exclama :

— Merlin ! Mais c'est impossible enfin ! C'est insensé ! Il doit y avoir une erreur.

— Oh non. Crois-moi, je les ai vus ensemble. Aucune erreur possible.

— Mais ce sont deux garçons ! Comment cela se peut-il ?

— Ça se peut. C'est rare mais pas impossible. Ça se peut et c'est arrivé, c'est ainsi.

— Albus ?

— Oui.

— Avec le fils Malefoy ?

— Oui.

Il y eut un silence.

— Non, je ne peux pas m'y résoudre.

Ginny eut un petit rire.

— Mais enfin, Maman, personne ne te demande ton avis. C'est comme ça, c'est tout !

— Mais les pauvres, enfin ! Même eux, les pauvres chéris, ça doit être horrible.

— Alors ça, c'est sûr que ça a été dur pour eux à accepter. Albus refusait de parler, de manger, c'est pour ça qu'il est si maigre. Ce… Ça l'a fait tomber en dépression, tu sais. Tout récemment. Il est sorti de l'infirmerie il y a trois semaines.

— Merlin ! Albus, mon Albus si souriant, en dépression ? Quelle horreur que cette histoire, ah oui quelle horreur !

— Il y a de quoi, quand on y pense, reprit Ginny d'un air sombre.

Ginny sentit son cœur se serrer. Les nouvelles qu'elle avait eues de Harry pendant la dépression d'Albus l'avait rongée. Imaginer son fils seul, solitaire, abattu, sans qu'à l'époque qui que ce soit ne sache pourquoi… Imaginer qu'elle aurait pu voir les signes, reconnaître les blocages et protéger son fils de cette épreuve si difficile… La douleur était lancinante.

Ginny respira profondément avant de reprendre son récit.

— Imagine-toi à sa place ! Ado, c'est déjà l'âge où rien ne va. Albus a toujours été pris en étau entre son frère populaire et sa sœur brillante, à Poudlard. La seule chose qui le faisait tenir c'était son ami. Son seul ami, certes, mais un vrai ami ! Et d'un coup, en quelques mois à peine, il prend conscience que ce qu'il croyait être de l'amitié, c'est de l'amour. Avec un garçon. Comment ne pas sombrer ? À seize ans à peine ?

— Le pauvre chéri… Il a vraiment été seul pour affronter ça ?

Ginny priait pour que sa mère ne se mette pas à pleurer. Elle n'était pas prête à gérer ce genre de réactions trop émotionnelles alors qu'elle-même devait se retenir.

— Neville y a été de sa patte, tu le connais. Il a essayé d'aider, mais de ce que j'ai compris, c'était affreusement maladroit. Harry aussi a essayé de lui parler, mais Albus a refusé de s'ouvrir à lui. Ça a toujours été un peu difficile entre ces deux-là… Enfin, au moins il n'a pas aggravé la situation.

— En dépression, tout de même… Il n'y avait pas de possibilité de juste… refuser ?

— Selon le chercheur, les jeunes qui sont forcés de rejeter le lien finissent par se suicider neuf fois sur dix.

— Pardon ? sursauta Molly.

— Je te le dis tel qu'il nous l'a dit.

— Merlin… Quelle horrible, horrible chose…

Il y eut un nouveau silence. Molly avait les yeux humides et la main appuyée contre la joue comme pour se soutenir elle-même. Ginny enfouit alors au fond d'elle toutes ses craintes de mère pour rassurer sa mère à elle. Albus était en vie et ses problèmes étaient à peu près réglés. Les choses pourraient être pires.

— Hé, Maman… Regarde-le, ton petit-fils.

Albus était avec ses cousins, riant aux éclats. Le jeu avait évolué, à présent on avait le droit de modifier la course du cognard dans les airs à l'aide du sortilège d'expulsion. Les jurons que proférait Lily à chaque fois que son cognard finissait hors du jardin rendaient tous ses cousins hilares.

— Le plus dur est fait. Scorpius et Albus sont… ensemble, je crois. Il a accepté la situation. À le voir, qui pourrait dire qu'il lui est arrivé une chose terrible ?

— Certes, mais tu sais aussi bien que moi que rire ne veut pas dire que la dépression est soignée. Je l'ai vu, moi, ces deux semaines, et il n'était pas heureux !

— Oh mais justement ! Je sais exactement pourquoi il n'allait pas bien : il est éloigné de Scorpius pour la première fois depuis des mois, alors c'est difficile pour lui.

— Vraiment ? Merlin, plus le temps passe, et moins je sais si cette histoire de lien est une bénédiction ou une plaie pour Albus…

— C'est… un peu des deux. C'est un lien immuable qui crée une dépendance entre les deux garçons. Ils doivent apprendre à la gérer. Pour le moment, c'est trop frais, ils ont besoin l'un de l'autre pour aller bien.

— Hum… Eh bien, je ne sais pas trop si… Si Drago Malefoy accepterait, mais… Peut-être pouvons-nous accueillir son fils pour la fin des vacances ?

Ginny eut un sourire. Mission accomplie ! Le meilleur moyen de régler cette question, c'était encore de donner l'impression à sa mère que l'idée d'inviter Scorpius venait d'elle.

— Je pense que c'est une excellente idée. Drago acceptera, car son propre fils ne doit pas apprécier d'être loin d'Albus.

Molly se redressa sur sa chaise, un peu mal à l'aise tout de même.

— Quand même… Un Malefoy. Au Terrier. Si mes ancêtres me voyait…

— Maman, crois-moi. Ce n'est pas un Malefoy comme tu les connais. Il y a quelque chose de si particulier chez ce garçon… Quand tu les auras vu Albus et lui ensemble, tu comprendras que les choses sont finalement bien faites.

— Certes, certes, mais… Tu veux le faire dormir où ? Avec Albus ?

— Oh oui. À moins que tu ne cloues leurs portes, ils trouveront un moyen de se rejoindre la nuit, donc on n'a pas le choix. On va l'inviter à venir dès demain matin, cela t'irait ?

Molly soupira.

— Soit. Mais demain matin ? Pourquoi pas dès cette après-midi, si cela compte tant pour Albus ?

— Eh bien… Il y a une petite complication. Le Ministère pense que la sécurité de Scorpius est difficile à assurer hors du manoir des Malefoy et de Poudlard, avec tout ce qu'il se passe en ce moment avec les Fils du Phénix. Après l'infiltration à Poudlard, Drago craint pour son fils… avec raison !

Molly grommela quelque chose que Ginny ne comprit pas. Cela ressemblait à une insulte, mais elle n'en était pas sûre.

— Enfin, bref, reprit Ginny avec autorité. Tout le monde était plus ou moins d'accord pour dire qu'il est dangereux de le laisser passer trop de temps ici. S'il vient demain matin, il sera dans le Poudlard Express moins de vingt-quatre heures plus tard et on n'aura aucun souci à se faire.

— Je vois… Je vois. Eh bien soit. Faisons ainsi.

— Crois-moi, Maman. Tu vas pas le regretter. Ils sont adorables, quand ils sont ensemble.

— Ça me fait une belle jambe !


Albus flânait le long d'un chemin de terre, le sourire aux lèvres. Si on omettait qu'il bouillonnait d'anticipation, il avait le cœur léger et l'esprit tranquille pour la première fois depuis des jours. Il avait prétexté vouloir faire une petite balade digestive après le dîner pour laisser sa famille au Terrier et suivre le petit chemin qui menait vers l'entrée du village de Loutry Sainte Chaspoule. Dans son poing, il serrait fort ce petit morceau de parchemin dont il connaissait par cœur le contenu à force de l'avoir lu et relu.

« Al,

C'est la meilleure nouvelle du monde ! Je suis trop heureux, Merlin, j'ai la main qui tremble, j'ai l'air d'un idiot complet.

Oui, le plan est testé et validé. Retrouve-moi à 21h à l'entrée du village. Ne t'évanouis pas s'il te plaît, j'ai attendu deux semaines, j'ai mérité que tu sois conscient quand je te retrouve.

À ce soir, tu pourras me serrer contre toi. Je t'aime aussi.

Scorp »

Ces mots tournaient dans sa tête comme la promesse d'un petit paradis. « Tu pourras me serrer contre toi ». Il essayait de se rappeler quel effet cela faisait de câliner Scorpius et il en était presque incapable. Il y avait mille câlins différents ! Cela avait commencé en septembre, avec ces maladroites embrassades sorties de nulle part et qui s'étaient manifestées chaque fois que leurs sentiments, alors inexpliqués, devenaient trop forts et les forçaient à agir, peu importe comment. Puis il y avait eu les massages et les contacts « innocents » qui ne l'étaient pas… Cette embrassade dans la piscine, immortalisée dans un cadre qui trônait à présent sur sa table de nuit... Ou alors ce massage dans la clairière du bois, où Scorpius avait négligemment laissé sa tête reposer contre le ventre d'Albus…

Puis le premier vrai câlin. Dans l'annexe de l'infirmerie, après l'acte le plus terrifiant de sa vie, lorsqu'il avait avoué ses sentiments à son meilleur ami… Scorpius était venu le prendre dans ses bras pour le remercier de l'avoir sauvé, lui pardonner son attitude des mois qui précédèrent, mais aussi s'excuser de ne pas pouvoir répondre à sa déclaration. Celui-ci fut suivi de mille autres, tous délicieux, tous intenses, certains plus que d'autres…

Scorpius n'avait pas choisi ses mots au hasard. « Tu pourras me serrer contre toi ». L'idée lui donnait des frissons.

Albus arriva au sommet de la colline boisée qui cachait les maisons sorcières. Là, le chemin redescendait en pente douce à travers la forêt jusqu'à un petit panneau de bienvenue qui marquait l'entrée du village moldu. C'était le lieu de leur rendez-vous. Il sentit son cœur faire des sauts périlleux dans sa poitrine, tandis qu'il accélérait le pas.

S'il avait su rester calme et discret vis-à-vis de l'arrivée de Scorpius, son imminence le rendait intenable. Il priait pour ne pas avoir à attendre trop longtemps seul, à l'entrée du village, afin de ne pas mourir d'impatience. Quelle idée de prendre autant d'avance à un rendez-vous convenu !

Albus s'étonnait de la radicalité de son changement d'humeur. Pendant treize jours, l'absence de Scorpius lui avait pesé au point de le rendre morne et froid or, depuis qu'il avait reçu sa lettre, tout était amusant et festif. La perspective seule de revoir Scorpius avait suffi à le rendre heureux. Depuis ce matin, son petit ami avait été si présent dans sa tête qu'il en avait oublié son absence.

Le cœur battant, il arriva bientôt près de l'entrée du village. Scorpius n'était visible nulle part, mais il était encore neuf heures moins dix. « Dix minutes à attendre », se dit-il avec un soupir. Il s'assit au sol, dans l'herbe, en se servant du poteau indicateur comme d'un inconfortable dossier. Il ferma les yeux et fit le vide dans son esprit, dans l'espoir de se calmer un peu avant que Scorpius n'arrive.

Il parvint à rester ainsi pendant à peine une minute. Puis quelque chose changea. Une vibration faible mais intense se mit à bourdonner en lui de plus en plus violemment.

— Woah, putain, qu'est-ce que…

Tout à coup, avec la force dévastatrice d'un raz-de-marée vibrant et lumineux, une quantité phénoménale d'énergie transperça l'esprit d'Albus et envahit tout son corps sans lui laisser le temps de respirer. Dans son esprit, en haut, sur le fond et à droite, une flamme brûlait pour la première fois depuis treize jours.

— Scorp… murmura-t-il pour lui-même, le cœur tambourinant d'excitation.

S'ensuivit une nouvelle déferlante d'un millier d'émotions différentes. De la joie, de l'amour, du soulagement, de l'anticipation, de l'anxiété, de l'excitation… Albus sauta sur ses pieds. Scorpius était tout proche, enfin ! Il était incapable d'attendre sagement ici pour le retrouver.

Il se mit à remonter la rue principale, mais il n'eut pas besoin d'aller bien loin. Là, d'une petite ruelle, sous le ciel bleu sombre de la nuit qui s'installait, surgit soudain la silhouette d'un garçon de seize ans, blond et un peu plus petit que lui. Albus se figea, tandis que son petit ami, au milieu de la route, se mit à approcher vers lui à grands pas.

Merlin, ce qu'il était beau ! Inchangé, à vrai dire, et en treize jours c'était un petit peu évident, mais Albus s'en retrouva tout autant scotché. Il portait un sweat-shirt à capuche vert éclatant, un jean noir ajusté et ses baskets blanches. Il avait un petit sac à dos sur les épaules, il s'était soigneusement coiffé et préparé, mais le plus rayonnant était très certainement son large sourire.

Bon sang, lui-même ne pouvait s'empêcher de sourire bêtement. Il se félicita d'avoir pris le temps de se préparer et d'avoir décidé de porter sa belle chemise neuve. Plus Scorpius s'approchait, mieux il le voyait, si bien qu'à chaque instant il décelait un nouveau détail qui faisait s'emballer son cœur.

Lorsqu'il ne resta qu'une cinquantaine de mètres entre eux, Scorpius lui adressa un grand signe de la main qui acheva de lui faire perdre son self-control. Albus se mit à courir, Scorpius s'arrêta net et se prépara au choc comme un rugbyman se préparerait à une mêlée.

Scorpius réussit plutôt convenablement à encaisser l'assaut d'Albus. Il tituba sur quelques mètres, mais parvint à garder l'équilibre. Albus l'avait attrapé par les épaules et le serrait contre lui de tout son soûl sans lui laisser la moindre chance de respirer.

— Salut, Al ! lança Scorpius avec un petit rire, écrasé contre le torse d'Albus.

Ils auraient pu rester ainsi des heures. La rue était déserte à l'exception d'un homme au loin qui semblait admirer des fleurs et d'une femme qui les observait. Ou bien regardait-elle un quelconque nuage dans le ciel ? Il n'en avait rien à faire à cet instant. Scorpius était de retour à sa place, entre ses bras, et dans les veines d'Albus brûlait à nouveau le feu de leurs magies combinées. Son odeur, sa voix, sa chaleur l'enveloppaient, ses émotions baignaient à nouveau son esprit… Il était de nouveau entier.

Albus laissa s'échapper le garçon après une longue étreinte et plongea son regard dans ses beaux yeux bleu clair.

— Tu m'as tellement manqué, Scorp… souffla-t-il lorsqu'il se sentit capable de parler.

— Toi aussi. Les journées étaient longues sans toi.

La rue était vide à présent, l'homme et la femme avaient disparus, mais ils s'en moquaient. Albus fit glisser une de ses mains dans les cheveux de Scorpius, approcha ses lèvres, puis s'empara d'elles. Il sentit son petit ami répondre au baiser en le serrant à son tour contre lui. C'était la seule manière qu'il avait d'apaiser enfin son cœur.

— Je ne pourrais jamais me passer de cela, je crois, murmura Scorpius.

Albus eut un petit rire, puis il invita Scorpius à le suivre. La nuit était à présent bien tombée et ils avaient un bon quart d'heure de marche jusqu'au Terrier. Il faisait déjà frais, Scorpius avait son sweat-shirt, mais lui n'était vêtu que de sa chemise.

— Alors ? Raconte, un peu ! Comment tu as fait pour t'échapper du manoir ? demanda Albus, trépignant, tandis qu'ils remontaient la colline boisée.

— Ah ! Pour te répondre, il faut que je te raconte comment j'ai occupé treize jours de mes vacances sans toi en faisant autre chose que pleurer dans mon lit la nuit !

Albus sentit sa gorge se serrer.

— Tu… tu pleurais, Scorp ?

— Hein ? Oh non, non, c'était pour l'exagération ! C'était une blague, rassure-toi, je n'étais pas super bien mais je n'étais pas non plus au fond du gouffre. Je comptais juste un peu les jours…

— Tu me rassures ! Si tu m'avais dit que tu pleurais, j'allais me mettre à pleurer aussi…

Scorpius eut un petit rire mais Albus était sérieux. L'idée que Scorpius soit triste le rendait lui-même triste dans la seconde.

— Tu ne serais pas un peu à fleur de peau, ces jours-ci, Al ?

Albus eut un sourire en coin.

— Si, totalement. Mais ça marche dans les deux sens, là par exemple je crois que je suis tellement content que tu sois là que je pourrais dire des trucs que même ma sœur de treize ans trouverait ridicules.

— Oh, je vois. Évite, s'il te plaît.

Albus lui donna un petit coup de poing dans l'épaule.

— Bon alors, tu racontes ton voyage ?

— Je suis venu ici en portoloin, c'était facile... Ce qui l'était moins, c'était de m'échapper du manoir sans faire sonner le milliard d'alarmes posé par mon père.

— Des alarmes ? Pourquoi faire, t'empêcher de partir ?

— Oh, non, je ne pense pas que mon père ait cru que j'allais partir à un seul instant. Non, en revanche le manoir est un lieu protégé et mon père sait qui entre et sort.

— Je vois.

— Donc je ne pouvais pas sortir par le portail, car mon père l'aurait su. J'ai un peu naïvement essayé de sortir en volant au-dessus du mur avec un balai, en prétextant vouloir m'entraîner. Mais il y a eu un genre de réaction et je me suis retrouvé projeté dans la mare du jardin. Après… Arrête de ricaner ! lança Scorpius avec un sourire en coin.

Albus essayait de réprimer son fou rire.

— Désolé ! C'est juste que… J't'imagine en train de barboter dans les nénuphars…

Scorpius grommela pour la forme, puis reprit son récit.

— J'ai trouvé la solution au lendemain de mon « barbotage », figure-toi ! Au fond de moi, j'avais l'intuition que le manoir n'avait pas encore intégré que je suis un animagus.

— Tu parles comme s'il était vivant.

— C'est un peu le cas. Comme Poudlard. C'est toujours un peu ça avec ces vieux bâtiments qui ont vu passer les siècles, ils sont tellement enchantés dans tous les sens que la magie leur donne un genre de conscience. Mais c'est lent, or je ne suis pas animagus depuis longtemps.

— Je vois. Donc tu t'es simplement transformé en aigle pour sautiller à travers le portail ?

— Oh non ! Cela aurait été un manque affligeant d'élégance. Non, en revanche je me suis entraîné sans arrêt pendant dix jours, puis j'ai enfin réussi à m'envoler et je suis passé par-dessus le mur !

Albus s'arrêta. Ils étaient au sommet de la colline à présent.

— Tu déconnes ? Tu arrives à voler ?

Scorpius lui fit un clin d'œil.

— Je veux voir ça ! s'écria Albus.

Scorpius s'arrêta, posa son sac à dos à terre, puis se transforma en un majestueux aigle royal brun. Il déploya ses ailes crânement et en battit deux fois avant de réussir à prendre son envol.

— Woaaaah ! s'exclama Albus, impressionné.

Il le perdit aussitôt de vue dans la nuit qui devenait bien sombre, mais il parvenait toujours à entendre le bruissement de ses ailes. La quantité d'air qu'il déplaçait à chaque mouvement était phénoménale.

L'oiseau atterrit fort peu grâcieusement une poignée de secondes plus tard, quelques dizaines de mètres devant Albus. Il le rejoignit tandis que Scorpius réapparaissait, au sol et le souffle court comme s'il venait de courir un cent mètres.

— Euh… Ça va, vieux ? demanda Albus, surpris de le voir aussi essoufflé.

— Ouais… Ouais… C'est juste… ultra crevant… souffla Scorpius entre chaque inspiration.

Albus se saisit de son bras et l'aida à se relever. Ils reprirent leur marche en silence, le temps pour Scorpius de retrouver son souffle.

— Je pensais pas que voler était un sport ! rit Albus avec douceur.

— Tu m'étonnes… Je croyais que ça serait cool, que j'allais pouvoir me dire « je vais à Pré-au-Lard, c'est à cinq minutes de vol ! » Sauf que maintenant, ce que je pense c'est « tu es fou, jamais je ne vole jusque là-bas, je vais plutôt attendre de pouvoir transplaner ! »

Albus eut un nouveau rire franc.

— En tout cas, tu arrives super bien à te transformer, maintenant ! remarqua-t-il, admiratif.

— J'ai eu l'occasion de m'entraîner pendant les vacances. Tous les jours, je passais plusieurs heures en aigle à essayer de m'envoler.

— Tu as fini par réussir !

— Ce n'était pas gagné. La bibliothèque du manoir m'a bien aidé, il y avait plein de livres sur les bestioles volantes. Au début je ventilais juste l'air, il y a tellement de trucs à comprendre ! Il faut orienter les plumes pour gonfler ton aile, puis pousser vers l'arrière et pas vers le bas. Et quand tu remontes, il faut essayer de plier les ailes pour ne pas être gêné par l'air.

— Tu parles comme si je pouvais comprendre quoi que ce soit de tout ça, grommela Albus.

Ce fut au tour de Scorpius d'avoir un petit rire. Il expliqua :

— J'ai eu le déclic en voyant un pigeon prendre son envol, c'est quand même un comble pour un oiseau aussi classe qu'un aigle.

— Pourquoi tu n'as pas juste sautillé à travers le portail ?

— Déjà parce que j'ai l'air débile quand je fais ça. Je n'ai aucun équilibre, je me vautre, c'est ridicule. Ensuite parce que je pense que le portail m'aurait reconnu, ou aurait au moins su qu'un humain venait de passer. Il concentre quasiment toute la protection du domaine à lui seul, c'est l'endroit le plus sensible. Et enfin, pour le panache ! C'est tellement plus classe de m'enfuir en m'envolant par-dessus le mur !

— Je vois, admit Albus en riant. Marrant comme tu es le plus introverti de nous deux, mais aussi celui qui recherche le plus le spectacle juste pour le plaisir !

— Ce n'est pas toi qui vas t'en plaindre, tout de même !

— Pas du tout. J'aime ton côté drama queen.

Ce fut au tour de Scorpius de lui envoyer un petit coup de coude dans les côtes.

— Et pour ton père du coup ? reprit Albus. Tu crois que tu t'es fait voir ?

— Eh bien, si je me suis fait voir on le saura en arrivant chez toi, Al. S'il m'attend avec l'envie de m'assassiner, c'est qu'il a su.

— Finement observé, constata Albus.

— Cela dit je suis plutôt certain qu'à cette heure il me croit dans ma chambre, comme d'habitude. Et s'il découvre que je suis parti par je ne sais quel coup du sort, j'ai laissé un mot sur mon lit pour qu'il ne croie pas que j'ai été enlevé ou une bêtise du genre. Bref, à mon avis, on est tranquilles jusqu'à demain huit heures.

— Et après cela ?

— Après cela, il vient me réveiller dans ma chambre, trouve ma lettre, transplane ici et je me prends la rouste de ma vie. Mais je gère. Je suis assez irréprochable en temps normal pour qu'il me pardonne une petite escapade nocturne une fois…

— Oh… Je vois…

Il y eut un silence tandis que les deux garçons marchaient côte à côte.

— Tu sais, dit soudain Albus, je suis sûr qu'en se démerdant bien on peut te faire attraper le premier portoloin demain à genre six heures trente ! Comme ça tu rentres chez toi, tu fais comme si de rien n'était et on fait semblant de se retrouver pour la première fois quelques heures plus tard ! Et tu ne te prends pas la rouste de ta vie.

— Six heures trente ? Toi, tu comptes te réveiller à six heures trente un samedi ?

— Oh, je compte surtout ne pas m'endormir du tout, cette nuit, envoya Albus d'un ton lourd de sous-entendus.

Il sentit Scorpius rougir sans même avoir besoin de voir son visage.

— Prétentieux, va ! se moqua Scorpius.

— Ose me dire que tu ne crèves pas d'anticipation, Scorp. Je le sens d'ici.

— Tu n'as pas le droit d'espionner mon cerveau !

— Je fais pas exprès, mais c'est très instructif, rétorqua Albus en riant. Alors, pour ma proposition ?

— Si ça peut éviter l'engueulade, c'est une bonne idée. Essayons de nous réveiller pour prendre le premier portoloin demain.

Ils marchèrent en silence pendant quelques minutes. Le vent commençait à se lever, le froid devenait mordant. Albus ne pouvait s'empêcher de trembler et même de claquer un peu des dents.

— Attends.

Scorpius s'arrêta, posa son sac à dos à terre et en sortit son sweat-shirt jaune.

— Tiens.

Albus l'enfila avec grand plaisir. Le tissu était chaud, doux et surtout imprégné de l'odeur de Scorpius.

— Eh, il te va bien ! complimenta Scorpius. Bon, il ne convient pas trop à la chemise que tu portes dessous, mais on va dire que tu n'avais pas prévu le coup.

— Elle est bien ma chemise, pas vrai ?

— Ouais ! Bien assortie avec ton pantalon, tu t'améliores ! Mais de toute façon elles te vont bien, toi, ces couleurs.

Les compliments de Scorpius firent rayonner le visage d'Albus. Ils reprirent leur route. Le Terrier apparut quelques minutes plus tard, ses multiples fenêtres disparates illuminées dans la nuit.

— On arrive ! lança Albus d'un ton joyeux.

Il sentit une soudaine anxiété poindre dans son esprit. Ce n'était pas la sienne.

— Oh… Le stress, bon sang, murmura Scorpius.

Albus passa son bras autour des épaules de son petit ami et mit son autre main sur son torse dans un geste rassurant.

— Pas de raison de paniquer, Scorp. Tout va bien.

— C'est la première fois que je vais rencontrer ta famille au complet !

— Normalement, pas ce soir. Si tout se passe comme prévu, ce soir tu es à moi. Demain, là tu verras tout le monde.

— Mais je ne connais personne moi ! Je ne connais que Rose, Lily et un peu le Professeur Lupin ! Même ton frère James je ne lui ai jamais parlé… Je fais quoi s'ils me détestent ?

— Aucune chance ! Mes cousins sont super sympas, tu verras ! Et toute ma famille aussi !

— Mais je suis un Malefoy !

— Peut-être, mais tu es mon Malefoy, Scorp. Ça leur suffira pour comprendre que t'es le meilleur putain d'être humain de cette Terre.

Ils s'arrêtèrent. Scorpius vint caresser la main d'Albus sur son épaule gauche et murmura :

— Merci, Al…

Quelques centaines de mètres plus loin ils arrivèrent au pied de la barrière de bois qui délimitait la propriété de sa famille. Scorpius observait la maison faite de bric et de broc amassés au fil des générations avec une fascination curieuse. Il semblait se demander comment la bâtisse pouvait bien tenir debout. La différence entre le Terrier et le manoir des Malefoy était colossale. Ils sautèrent par-dessus la barrière et traversèrent le jardin à pas de loup.

— Comment on fait pour entrer ? chuchota Scorpius.

— T'inquiète, j'y ai pensé. Il y a vingt-cinq personnes dans cette baraque ce soir.

— Vingt-cinq ? répéta-t-il, éberlué.

Albus recompta mentalement tous les membres de sa famille.

— Ouais, vingt-sept avec toi et moi. Si on se fait voir, on se fait allumer.

Scorpius ne semblait pas croire possible qu'il existe une famille aussi vaste quelque part sur Terre. Albus, légèrement amusé, enchaîna :

— Notre chance c'est que la maison est un gigantesque labyrinthe, et que tout le monde doit être dans le séjour ou dans les chambres à cette heure. Il y a deux escaliers, l'un, dans le séjour, donne vers les chambres des adultes. L'autre, dans la salle à manger, donne sur nos chambres à nous. On entre par une fenêtre de la cuisine, on monte l'escalier, et ma chambre c'est la première à gauche.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et sans le moindre encombre. Ils marchèrent le plus silencieusement possible, en prenant grand soin de ne pas faire craquer les marches de l'escalier de bois. Scorpius avançait en tête, guidé par Albus qui le suivait de près en murmurant ses ordres.

— À gauche, la première porte ! glissa-t-il tandis qu'ils arrivaient au sommet de l'escalier.

— Celle-là ? La porte en bois noir ?

— Ouais !

Albus poussa Scorpius dans la chambre pour dégager le couloir le plus vite possible. Ils entrèrent, puis Albus referma la porte.

— Je l'savais ! fit une voix.

— Tu l'avais dit, c'est vrai, confirma une deuxième.

— Tout dans le dos des darons, c'est bien mon frère ça, affirma fièrement une autre.

— Euh… Al ? gémit Scorpius.

En entendant les multiples voix qui s'exprimèrent en cacophonie lorsqu'ils apparurent, Albus fit volte-face. Scorpius était resté debout, près du lit, le teint livide. Sur le bureau, une petite flamme dans un bocal en verre éclairait la chambre d'une légère lueur vacillante. Assis pêle-mêle sur son lit, le fauteuil, l'un des poufs ou même sa valise mal refermée, étaient James, Lily, Rose, Hugo, ainsi que ses grands cousins à l'air espiègle Roxanne et Fred.

C'étaient les enfants que George Weasley avait eu avec Angelina Johnson et de l'avis général ils avaient hérité de l'humour farceur de leur père et de son défunt frère. Ils étaient grands, tous les deux, avec un air dégingandé et les cheveux roux caractéristiques des Weasley qui contrastaient avec les traits fins de leur mère. Roxanne était l'aînée, venue au monde un an avant James, puis ce fut au tour de Fred, un an après James.

— Mais bordel, qu'est-ce que vous foutez tous là ? gronda Albus, à la fois vexé de s'être fait attraper et frustré de devoir repousser son petit moment avec Scorpius.

À cela vint s'ajouter une angoisse sourde à l'idée que tant de personnes d'un coup ne découvrent son petit ami sans qu'il ait pu s'y préparer.

— On vient constater de nous-mêmes ce que Lily nous a annoncé ! déclara théâtralement Fred.

— Qu'est-ce que tu as encore raconté, Lily ? grinça Albus.

— Euh… Rien, j'ai… J'ai juste dit que j'étais sûre que ta lettre de ce matin était pour Scorpius, vu ton état !

— Ça t'apprendra à pas me prévenir ! grogna James.

— Bien vrai ! s'exclama Rose. Tu aurais dû voir ça, Scorpius ! Albus déprimé depuis le début des vacances, qui d'un coup ce matin dévale les escaliers dans un boucan pas possible, tout heureux et souriant, qui passe à deux doigts de réduire le hibou de mon père en bouilli tellement il le serrait fort dans sa main, pour finir par se manger une fenêtre devant toute la famille alors qu'il était encore en caleçon ! À crever de rire ! raconta-t-elle, hilare.

— Hein ? lança Scorpius, visiblement confus.

— L'écoute pas ! conseilla Albus, écarlate.

— Du coup on s'est concertés et on a pris les paris ! reprit Roxanne. James et Fred pensaient que tu allais passer la nuit chez les Malefoy. Lily et moi, on a parié que tu allais ramener ton prince ici !

— Et toi, Hugo, t'as pas parié ? soupira Albus en comprenant peu à peu ce qu'il s'était passé.

— Non, grogna le jeune garçon de douze ans, l'air renfrogné. Personne a voulu me dire que vous étiez ensemble, mais j'ai bien compris maintenant !

— Fais pas semblant, tu avais jamais entendu le mot « gay » avant ce matin ! lança Rose à son petit frère.

— C'est même pas vrai ! Colin, le Poufsouffle de mon cours de potion prétend que le prof est gay, je suis pas débile ! Je sais ce que ça veut dire !

— Hé ! Qui est ton prof de potion ? s'exclama Scorpius, piqué.

— Ben Monsieur Malefoy, comme tout le monde, répondit Hugo.

— Mais il n'est pas gay enfin !

Toute la pièce à l'exception d'Albus éclata de rire. Hugo, toujours un peu révolté, rétorqua :

— Et alors ? Et alors ? Ça change quoi, qu'il soit gay ? Il faut pas être homophobe !

— Mais… Mais… bredouilla Scorpius tandis que même Albus cette fois riait.

Hugo ne semblait pas comprendre ce qui causait l'hilarité générale.

— Tu parles du père de Scorpius, Hugo, comment tu fais pour ne pas savoir ça ? réprimanda Rose en riant.

Le jeune garçon ouvrit deux grands yeux puis se mit à bafouiller à son tour.

— Oh, mais… je…

Scorpius, au milieu de la pièce, était toujours aussi perdu. Il avait gardé les deux mains accrochées aux bretelles de son sac à dos, comme s'il venait de débarquer.

— Tu as vu Roxanne ? Je t'ai pas menti ! Il est beau gosse ! lança soudainement Lily à l'adresse de sa grande cousine.

— J'avoue, Albus tu as fait fort !

— Hé ! protestèrent en chœur les deux garçons en rougissant.

— Tu as treize ans, Lily ! gronda James.

Albus était si embarrassé qu'il hésitait à aller se cacher sous son lit.

— Mais moi j'en ai vingt et je confirme, il est beau gosse !

— Mais c'est pire, Roxanne ! protesta James, désabusé. Il a quinze ans !

— Seize depuis février ! corrigea Scorpius.

— Ça suffit ! s'écria d'un seul coup Albus.

Le silence retomba et dura quelques secondes. Puis Scorpius, d'une petite voix rendue fluette par l'anxiété mais qui gardait les accents nobles qu'il avait toujours, envoya, plein de témérité :

— Tu n'es pas mon type de toute façon, Roxanne. En revanche en voyant James, je me demande si j'ai choisi le bon Potter.

Fred, Lily, Rose, Hugo et Roxanne éclatèrent alors d'un incontrôlable fou-rire. James resta bouche bée, les bras ballants, halluciné par la répartie. Albus, outré, s'écria :

— Oh l'enfoiré !

Avant de plonger sur Scorpius et de le projeter avec lui sur son lit, où se trouvait déjà Hugo qui eut un cri en voyant les deux garçons lui arriver sur la tête. Il fut bien vite étouffé par la chute d'une centaine de kilos sur lui. Sous leur poids combiné, le sommier craqua et tout le matelas s'effondra à travers le cadre du lit dans un vacarme assourdissant. Le chaos était total.

— Chut, chut, taisez-vous ! fit soudain Rose.

Un silence pesant s'ensuivit. Dans le couloir, Albus reconnut les pas de son père qui montait l'escalier.

— Sous le lit, Scorp !

— J'y suis déjà !

Reparo !

Le lit se reforma en un instant. Albus sauta sur ses pieds, tira Scorpius à lui en révélant Hugo encore enterré sous la masse, puis le projeta sous le sommier. Il sauta ensuite sur son matelas, l'air de rien, au moment où Harry ouvrait la porte d'un seul coup.

— Qu'est-ce que vous manigancez, ici ? Vous avez une idée du bazar que vous faites en bas ? On s'entend plus parler !

— Ben rien, lança innocemment Albus.

— On discute, compléta James.

Harry scanna la pièce d'un œil suspicieux. Hugo et Albus étaient essoufflés, tandis que Fred et Roxanne se mordaient les joues pour ne pas éclater de rire. Tout cela transpirait le complot entre cousins.

— D'où sort ce pull, Al ? Je ne t'ai jamais vu porter ça.

— Ben, euh… C'est mon pull, quoi…

Albus soutint le regard de son père avec toute l'assurance qu'il était capable d'avoir après un mensonge si pitoyable. Harry finit par soupirer et secouer la tête.

— Bon. Faites moins de bruit, un peu. Lily, Hugo, il est vingt-deux heures, au lit bientôt !

— Oh, mais c'est les vacances, Papa ! protesta Lily, la mine renfrognée.

— Bien vu !

Et il referma la porte. La chambre resta silencieuse jusqu'à ce qu'il atteigne l'étage inférieur, puis Scorpius rampa hors du lit tandis que Roxanne et Fred explosaient de rire.

— Le coup de l'amant sous le lit, un classique ! rit Roxanne.

— C'est un plaisir d'être accueilli chez toi, Al, grogna Scorpius en s'époussetant. Quand tu es venu chez moi, je ne me souviens pas de t'avoir jeté sous mon lit ou sur un quelconque cousin !

Albus haussa les épaules.

— Bienvenue chez les Potter et les Weasley.

— J'ai failli étouffer ! protesta Hugo.

La discussion dura une bonne partie de la soirée, sur un ton plus calme néanmoins. Avec le temps, les impromptus finirent par quitter la pièce, à commencer par les deux plus jeunes. Puis Fred dit « bonne nuit » en baillant, rapidement suivi par Roxanne. Ne resta alors plus que James, qui comprit bien vite qu'il était un peu de trop dans la chambre. Il s'étira donc une dernière fois, salua son frère, puis Scorpius en disant que cela avait été très cool de lui parler enfin pour de vrai et qu'il n'était pour finir pas aussi débile qu'Albus le disait, ce qui valut à Albus un nouveau coup de poing sur l'épaule.

James finit par s'en aller en fermant la porte.

— Merlin, quelle soirée ! soupira Scorpius, pas mécontent d'être enfin seul. C'est toujours aussi chaotique chez vous ?

— Quand on est tous ensemble, franchement oui. C'est parfois calme mais ça peut vite basculer. Faut dire que là tu as eu droit à la fine fleur ! Roxanne et Fred, ce sont les enfants de mon oncle George et de ma tante Angelina, et ma grand-mère dit toujours qu'ils sont le portrait craché de leurs parents. George me raconte parfois des trucs que lui et son frère faisaient pendant les cours, ça avait l'air d'un sacré bordel !

— Rose et le petit Hugo, ils ne sont pas calmes non plus.

— Hugo il est marrant. Il est tout timide, mais quand il commence à faire le con faut le lâcher du haut d'un mur pour le calmer.

— Je suppose que le fait qu'il soit le frère de Rose rend la chose inévitable.

— Pas le choix ! sourit Albus. Si tu veux survivre à Rose, tu es bien obligé d'être un peu bruyant.

Il y eut un silence. Les deux garçons s'étaient rapprochés au fur et à mesure de la soirée. À présent qu'ils n'étaient plus que tous les deux, ils étaient blottis l'un contre l'autre. Albus était assis contre la tête de son lit, les jambes étendues devant lui. Il serrait Scorpius dans ses bras, tandis que celui-ci observait la chambre, adossé à son torse. Le garçon finit par remarquer la petite photographie encadrée sur la table de nuit. Il la prit avec délicatesse et l'observa longuement.

— Tout de même, dit Albus au bout d'un moment, je me demande comment tout ce beau monde a su qu'on était ensemble. Lily, James et Rose je veux bien, mais Fred et Roxanne ?

— Avec ce genre de photos sur ta table de nuit, c'est pas si étonnant, répliqua Scorpius en souriant.

Albus observa la photo par-dessus l'épaule de Scorpius. Elle n'était pourtant pas si parlante, on aurait pu croire deux amis proches. Ce qu'ils étaient encore, d'ailleurs, quand elle fut prise. Il le fit remarquer.

— Si tu me montrais cette photo de loin, rétorqua Scorpius, je croirais sans doute à la version « deux amis proches ». Mais regarde-nous, Al. Regarde tes yeux. Merlin, regarde les miens ! Je transpire d'admiration pour toi, là. La tension entre nous, bon sang je peux la sentir d'ici !

— Tu vois tout ça uniquement parce que tu es sur la photo ! Quelqu'un qui n'est pas toi ou moi ne verrait rien.

— Peut-être. Mais peut-être pas, fit Scorpius en reposant la photo avec la même douceur.

Le garçon revint se blottir contre le torse chaud d'Albus. Celui-ci resserra sa prise autour de lui.

— Au fait, où vais-je dormir ? Tu as un matelas en plus quelque part ?

— Oh, ben… Je pensais dans ce lit, si ça te va bien sûr, répondit Albus, étonné par la question.

— Ce lit ?

— Ben oui.

— Mais… C'est un lit simple, Al !

Albus eut un petit rire.

— T'es vraiment un fragile quand tu t'y mets, Scorp !

— Hé ! C'est toi Al le Fragile, n'inverse pas nos rôles !

— Lève-toi ! Je vais te montrer comment on peut dormir à deux sur un si petit lit, puisque cela à l'air de te terrifier.

Scorpius s'exécuta. Albus se releva à son tour, puis il commença par lui attraper son sweat-shirt vert.

— D'abord les choses évidentes. On ne dort pas avec un pull, ça prend de la place pour rien. Enlève-le.

— Mais avec joie, acquiesça Scorpius.

Il fit passer le vêtement par-dessus sa tête. Dessous, il portait un simple t-shirt noir.

— Le t-shirt c'est pareil, voyons, Scorp.

— Suis-je bête ?

Avec un petit sourire, Scorpius le retira également. Il était à présent torse-nu, si bien qu'Albus se délecta de retrouver cette vue. Toujours bien dessiné par les séances au sol avec son père, ses abdos disparaissaient sous l'épaisse ceinture de cuir noir qui retenait son jean, ce qui donnait envie à Albus de se damner juste pour pouvoir le lui enlever. Il se rinça copieusement l'œil, mais dut pendant tout ce temps s'empêcher de lui sauter dessus.

— Les chaussettes aussi ! Personne ne dort en chaussettes !

— Où avais-je la tête ? ajouta Scorpius en s'asseyant sur le lit.

Il retira ses chaussettes, puis se leva à nouveau, le regard mutin. Il lança, faussement curieux :

— Je me demande bien quel genre de fringue il me reste à enlever pour pouvoir dormir à deux dans un lit une place.

— Le jean.

— Ça ! Quelle surprise ! Le jean !

Il voulut défaire sa ceinture, mais Albus le retint juste à temps.

— Attends !

— Quoi ?

Albus ne répondit pas. La vue avait eu raison de sa patience. Il voulait toucher, sentir, goûter… Il se glissa derrière Scorpius et tandis que d'une main il défaisait sa boucle de ceinture, de l'autre il en profitait pour caresser son ventre. Sentir chaque muscle rouler sous ses doigts, sentir la chaleur que dégageait le garçon… commencer même à le sentir frissonner. Scorpius, qui n'attendait plus que cela depuis que leur petit manège avait commencé, s'abandonna aussitôt aux mains d'Albus.

Lorsque la ceinture fut défaite, Albus s'attaqua au bouton du jean. Il avait toujours besoin de ses deux mains, mais au moins il n'avait plus de mal à le faire sauter seul désormais !

Sitôt l'accès libéré, Albus ne peut s'empêcher de plonger sa main dans le pantalon de Scorpius. Celui-ci prit une soudaine inspiration, et ne put retenir quelques mots dans un souffle.

— Woah, oh Merlin Al…

À travers son boxer du même vert que son sweat-shirt, Albus trouva immédiatement ce qu'il était venu chercher. Et pour cause : Scorpius était dur comme la pierre. Échaudé par plusieurs semaines de privation alors qu'ils commençaient à peine à explorer cet aspect de leur couple, il tremblait presque d'anticipation. À l'infirmerie, ils avaient passé des heures entières à découvrir leurs corps et ce qu'ils pouvaient déclencher chez l'autre en quelques gestes. Mais depuis qu'ils en étaient sortis, ils subissaient une abstinence contrainte des plus désagréables. Ces retrouvailles promettaient d'être aussi intenses que leur frustration avait été mordante.

Albus n'avait pas fini de retirer le jean de Scorpius que déjà il s'en donnait à cœur joie à travers son boxer. Scorpius soupirait, inspirait, ondulait des hanches et gémissait doucement, mais il finit par interrompre Albus dans un éclair de lucidité. Il lui attrapa le bras et se retourna pour se retrouver face à lui.

— Assez joué, Al, dit-il la voix encore chargée de désir. C'est à mon tour, à présent.

Albus frissonna d'anticipation. Il appréciait sentir les mains de Scorpius sur lui, caressant son corps, faisant glisser ses vêtements au-dessus de sa tête ou en bas de ses jambes.

— Tu as repris un peu de poids, non ? demanda Scorpius en l'observant.

— Euh… Je crois, oui. Pas beaucoup, mais un peu.

— Tu as retrouvé un peu de tes pecs.

— J'espère que ça te plaît, alors.

— Oh Merlin oui. J'ai encore plus envie de te dévorer.

— Oh…

Il se retrouva bientôt à ne plus porter qu'un boxer, comme Scorpius, et qui ne cachait absolument rien de son état. Son petit ami l'observa de haut en bas, en s'arrêtant sur son entrejambe de manière ostentatoire. Il se mordit les lèvres.

— Merlin, Al… murmura-t-il en un souffle. Je crois qu'en fait j'ai surtout envie que toi tu me bouffes…

Ces mots, ce ton chuchoté et empli de désir, cette anticipation folle teintée d'une légère anxiété qui se déversa dans sa tête… Ce garçon, bon sang, ce garçon si adorable, si brillant, si vibrant, et qui disait ça, de cette manière-là… Albus aurait pu jouir rien qu'en entendant ces mots une fois de plus.

Il poussa doucement Scorpius sur le lit, sur lequel il tomba à la renverse. Il fondit alors sur sa cible, en véritable oiseau de proie, et enfourcha Scorpius avant d'enfin se laisser rencontrer leurs deux corps quasi nus.

Ils avaient beau être familiers avec la sensation, elle ne manqua pas de les surprendre comme à chaque fois. C'était comme si leurs corps ne parvenaient pas à s'habituer l'un à l'autre, comme si chaque contact devait à jamais les brûler, pour leur plus grand plaisir. Albus savait aussi que Scorpius adorait ça. Il adorait se retrouver pris au piège ainsi, à la merci d'Albus. Alors, il ne pouvait rien faire que de subir les assauts sur son boxer tendu et qui, à chaque coup de rein, lui donnaient un peu plus l'impression qu'il allait exploser. C'était une excellente mise en jambe, car systématiquement Scorpius finissait rougi, moite et le souffle court. Albus pouvait se servir de ses petits gémissements et de ce qui filtrait à travers leur lien pour s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard.

Cette fois, cependant, il n'y parvint pas. Ce fut Scorpius qui dut le supplier de ne pas l'achever. Entre deux gémissements, il essaya de repousser Albus en lançant :

— Al, putain, ah ! arrête… J'vais exploser… si tu continues… ça…

Visiblement, l'abstinence forcée de ces derniers jours avait rendu Scorpius ultra-sensible. Bon, il était fort probable qu'Albus le soit aussi, mais il s'en inquiéterait plus tard. Ce soir, il avait un but, un but bien précis !

— Tu veux… Tu veux le faire ? bafouilla Albus, sa confiance en lui envolée.

Scorpius ouvrit deux yeux bleus déterminés, emplis d'un désir sans limite, presque suppliants. Il plongea son regard dans celui d'Albus et murmura :

— Merlin, oui, Al, s'te plaît oui, je veux que tu me prennes !

La supplique faillit une fois de plus avoir raison d'Albus. Il essaya de penser à autre chose pour se donner le temps de faire redescendre la pression tandis qu'il faisait glisser le boxer de Scorpius en bas de ses jambes. Il se leva ensuite, retira son propre boxer, puis observa Scorpius qui attendait qu'on lui dise quoi faire en lui rendant son regard. Albus se gratta la nuque.

— Euh… Je… je sais pas trop comment… bafouilla-t-il.

Scorpius n'en menait pas large non plus.

— Oh, euh… Est-ce qu'il faudrait pas que, euh, je ne sais pas… sur le ventre ?

— Toi ? Oui, okay, oui, faisons ça. Sur le ventre.

Albus ne put s'empêcher de se dire qu'il devait ressembler à un grand niais maladroit. Qu'il était. Scorpius se mit sur le ventre, enserrant dans ses bras l'oreiller qui traînait là. Albus laissa s'attarder son regard sur les fossettes de sa chute de reins, puis sur son fessier des plus agréables, parfaitement dessiné et mis en valeur par les muscles de son dos et la forme de son torse. Il le rejoignit ensuite, se sentant malhabile et bête, et essaya de s'orienter pour trouver la position idéale.

Mille et une questions tournoyaient dans sa tête. Était-ce la bonne manière ? Pouvait-il y aller, comme ça, sans rien de plus ? Il avait le souvenir du livre qui parlait de lubrifiant, ou de trucs du genre… Aucune réponse évidente ne lui venait, aussi Albus se résolut à essayer de pousser un peu. Il voulait y aller petit à petit et bien observer et ressentir les réactions de Scorpius. De toute façon, toutes ces questions étaient inutiles s'il ne parvenait même pas à rentrer ! Et pour le moment, peu importe l'angle, il n'arrivait à rien. Il pouvait forcer autant qu'il voulait, tout ce qu'il risquait c'était de se faire mal, voire pire : de faire mal à Scorpius.

— Tu y arrives ? souffla Scorpius qui sentait que c'était plus compliqué que prévu.

— Non, grogna Albus.

— Attends…

Scorpius essaya d'améliorer sa position, en levant un peu les fesses afin de se rendre plus facile d'accès, mais cela ne servit à rien. Albus se sentait affreusement bête, le principe était pourtant simple ! Mais rien n'y faisait et cela commençait à devenir agaçant.

— Fait chier !

Albus savait que Scorpius pouvait ressentir la frustration et la honte qui l'étreignaient. Ainsi il essaya de bouger à nouveau un peu vers le haut et d'un seul coup, Albus se sentit glisser de quelques centimètres dans un havre de chaleur.

— Argh putain ! s'écria Scorpius en enfouissant sa tête dans l'oreiller.

Il lui avait fait mal. Bordel de putain de merde, il le savait, il le sentait, il lui avait fait mal. Scorpius avait la tête enfoncée dans le coussin qu'il serrait dans ses bras, tous ses muscles étaient tendus. Albus s'était figé, incapable de dire le moindre mot, effrayé par ce qu'il était en train de faire subir à l'autre garçon, à son petit ami.

— Ça va, Scorp ?

« Quelle question conne ! » se tança-t-il mentalement. Bien entendu, Scorpius ne répondit pas. Dans sa tête, Albus sentait la douleur qui tambourinait dans l'esprit de son petit ami. Il ne savait pas quoi faire. Traumatisé, il ne savait pas s'il devait rester là et lui laisser le temps de s'habituer, ou abandonner et ne plus jamais faire l'amour de sa vie.

Scorpius releva un peu la tête.

— Enlève-toi, couina-t-il d'une petite voix.

Bordel, voilà, il avait tout fait foirer, comme d'habitude. Albus se retira et resta assis sur le lit, perdu et avec une boule dans la gorge. Scorpius gît là, immobile et respirant profondément pendant presque une minute entière qui lui parut une éternité. Puis il se redressa et vint s'asseoir à côté de lui.

Albus ne réagit pas. Les yeux dans le vide, il avait trop honte pour dire quoi que ce soit. Scorpius avait un petit sourire mutin sur le visage.

— Ça fait super mal, dit-il simplement.

Albus ne put retenir un gémissement désespéré.

— J'suis désolé vieux. Je voulais pas… On ne va plus jamais…

— Essayons le fauteuil, interrompit-il en désignant le vieux meuble dans le coin de la chambre.

— Quoi ?

Albus trouva enfin le courage de regarder Scorpius dans ses beaux yeux bleus qui étincelaient de désir.

— T'es fou Scorp, j'ai senti le truc dans ma tête, plus jamais je ne te refais mal comme ça !

— Cesse d'exagérer, Al. Tu es très touchant, mais je crois que la position n'était pas la bonne, voilà tout. En plus tu es rentré d'un seul coup. Assieds-toi sur le fauteuil et laisse-moi gérer. Je suis sûr que ça ira mieux.

Scorpius se leva et lui tendit la main. Albus la saisit et se laissa relever.

— En plus c'est bon signe ! Si cela fait mal, c'est que tu as ce qu'il faut pour que cela fasse mal !

Albus observa Scorpius avec de grands yeux et la bouche bée.

— Y a rien dans la phrase que tu viens de dire qui est acceptable. Sans rire.

Scorpius était pourtant hilare. Il le tira par le bras.

— Allez, viens !

— Euh… Je vois pas comment… Ça m'a un peu coupé…

Scorpius le poussa sur le fauteuil en s'exclamant d'une voix d'où transpirait l'ironie :

— Je me demande bien comment je vais faire pour t'exciter de nouveau, tiens !

Albus laissa son petit ami s'étaler contre lui, à moitié sur l'assise et sur l'accoudoir.

— Petit diable, va.

Scorpius vint l'embrasser avec toute la tendresse du monde. De ses lèvres il menait la danse, de sa main il caressait le torse encore un peu trop maigre d'Albus. Plus les secondes s'écoulaient, plus le baiser s'intensifiait et plus sa main descendait. Lorsqu'enfin elle retrouva sa cible, Albus était de nouveau dur comme de l'acier.

— Gagné, murmura Scorpius.

— C'est beaucoup trop facile, protesta Albus, le sourire aux lèvres.

Scorpius ne s'arrêta pas là. Presque par vengeance, il se saisit de lui dans sa main et commença à aller et venir de haut en bas, encore et encore.

— Oh putain Scorp…

— J'ai l'impression que je vais beaucoup entendre ça, ce soir…

Il continua. Albus ne pouvait que serrer le garçon dans ses bras, planter ses ongles dans sa peau, mordiller son épaule et gémir. Gémir, gémir et encore gémir. Il était si bien là, dans ce fauteuil à subir tout ce que Scorpius voulait lui faire subir… Même s'il le pouvait, il n'aurait pu empêcher ces sons de quitter ses lèvres. Ils allaient avec la main de Scorpius, ils vibraient en lui au même rythme que les vagues de plaisir qui le saisissaient et à la fin ils explosaient, en véritables exutoires.

Frustration absolue, Scorpius s'arrêta de lui-même après quelques minutes de ce traitement. Mais Albus ne se plaignit pas. Au contraire, tout ceci était désormais le plan de Scorpius, c'était donc à lui de l'emmener où il voulait. Et il se doutait bien de quelle étape allait suivre.

Albus observa Scorpius se lever et lui tourner le dos. Alors quoi, c'était là ? Ici et maintenant, il allait pour la première fois prendre possession de ce beau garçon aux yeux bleus qu'il aimait tant ? Ici, comme ça, cet acte qu'il avait tant fantasmé, dont l'idée même lui enflammait tout le corps ? Merlin, il en tremblait d'anticipation. Même son cœur semblait décidé à battre la charge.

Tandis que Scorpius s'asseyait sur lui, Albus essayait de sa main de se positionner correctement. L'attention était inutile, car son petit ami y parvint sans aucun mal. Dès le premier essai, Albus se sentit buter au bon endroit, là où il aurait dû buter plus tôt. Puis, le propre poids de Scorpius vint appuyer avec un angle parfait et dans une lenteur à lui arracher le cœur, Albus se sentit prendre possession de Scorpius.

La différence venait de ce qu'il ressentait dans sa tête. Pas la moindre douleur, juste un contentement fantastique qui accompagnait la découverte de Scorpius. Enfin ! Enfin ils pourraient profiter, enfin, ils allaient y arriver !

Lorsqu'il fut certain qu'il n'aurait pas mal, Scorpius se laissa tomber jusqu'à ce que ses fesses ne reposent plus que contre les hanches d'Albus. De ses lèvres s'échappa le gémissement le plus excitant, le plus érotique qu'il n'avait jamais entendu. Puis il tenta d'articuler :

— Merlin… Al, c'est… C'est…

Albus interrompit ses bafouillements en lui mordillant la nuque. Il demanda à voix basse :

— Ça va ?

— Oh oui, putain, oui ça va !

Albus avait le souffle court et les yeux perdus. Sa tête tournait, sa conscience assaillie par l'intensité de l'acte menaçait de rendre les armes.

— Scorpius...

Le mot seul le maintint à flot. C'est que cela vibrait en eux. Albus le sentait. À vrai dire, mille choses se passaient à la fois et son cerveau n'arrivait pas à traiter la moitié d'entre elles. Il pouvait se sentir enfoui dans le corps de Scorpius, et cela était la plus belle, la plus intense des émotions qu'il avait jamais subies jusqu'à ce jour. Il pouvait sentir les tremblements de Scorpius qui essayait de s'habituer à la nouvelle sensation, qui n'osait que de très légers mouvements, comme s'il craignait que son corps ne rompe sous la charge. Mais il y avait autre chose. La magie s'agitait en eux, comme si cette première rencontre, cette fois totale, changeait quelque chose à leur lien. En tout cas, la présence de Scorpius dans sa tête était plus luisante que jamais, c'était presque comme s'ils partageaient le même esprit. Il avait en tout cas l'impression qu'ils partageaient le même corps.

Albus entoura Scorpius de ses bras et le tira à lui, ce qui le força à basculer vers l'arrière dans un « ah, ah, Merlin ! » empreint de plaisir.

Le fauteuil était trop grand pour que les pieds de Scorpius puissent toucher le sol. Albus était toujours essoufflé, incapable de se reprendre. Il se tenait recroquevillé en arrière et faisait tout pour entourer le plus possible son petit ami de sa chaleur. Scorpius avait une fois de plus perdu le contrôle de sa position, il était à nouveau à la merci d'Albus.

Il ne fit pas le moindre mouvement. La tête appuyée contre la nuque de son petit ami, Albus profitait, sentait, ressentait. La tornade bouillonnante qui s'était saisie de son âme lorsqu'il avait pris possession de Scorpius virevoltait encore en lui, et il craignait que son cœur ne cesse de battre s'il continuait à palpiter aussi stupidement. Il avait besoin de s'apaiser, il avait besoin d'assimiler la force des sentiments qui l'attaquaient. Alors il s'obligea à respirer lentement, à câliner Scorpius avec douceur, à le sentir autour de lui… De ses mains il parcourait le torse de son petit ami dont les muscles frissonnaient au moindre contact, s'attardant ici ou là, et surtout sur son entrejambe qu'il flattait de petits mouvements doux. Il resta ainsi de longues secondes, jusqu'à avoir le contrôle de la situation et de son propre corps.

Alors seulement il essaya de bouger, mais c'était compliqué. Le tout premier mouvement surprit Scorpius qui glapit d'une voix trop aiguë. Albus ne put s'empêcher de sourire, il dut même mordiller l'épaule offerte de Scorpius pour éviter de rigoler. Il se disait que ce serait un peu mal venu, vu la situation. Après cela, chaque mouvement faisait se contracter les muscles de Scorpius dans un chaos total et chaque contraction se répercutait d'une manière ou d'une autre autour d'Albus. Il commençait à prendre un plaisir monstre à se déplacer sournoisement en Scorpius. Il essaya de bouger un peu, de haut en bas, mais l'autre garçon pesait presque soixante-quinze kilos et il avait du mal à se déplacer sous lui.

— C'est toujours pas la bonne position, murmura Albus dans l'oreille de son petit ami.

— Non… En effet… répondit-il, déjà un peu essoufflé.

Scorpius parut soulagé de retrouver un peu de contrôle sur lui-même. Il se releva, ce qui laissa un grand vide froid à sa place. Albus le suivit tandis qu'il se plaçait sur le lit, à quatre pattes.

— J'en ai marre. Prends-moi, Al, vas-y.

C'était si simple et évident qu'Albus se demandait pourquoi ils n'y avaient pas pensé avant. Scorpius était accessible, libre de ses mouvements et à la bonne hauteur. Sans compter que la vue de son corps déjà moite, foutrement bien formé et qui semblait réclamer son retour avec impatience était la plus belle chose dont ses yeux ne s'étaient jamais régalés.

Albus attrapa Scorpius par les hanches et entra en lui avec une facilité déconcertante. D'un seul coup, comme ça, et cette fois ce fut bien d'un intense plaisir que son petit ami geignit, et non de douleur. La chaleur était toujours là. Le côté moite et doux aussi. Juste pour essayer, il se retira à peine, puis revint aussitôt.

— Ah ! Al !

Le mouvement fit se resserrer tous les muscles de Scorpius autour de lui, mais ce n'était pas assez pour l'empêcher de bouger. Au contraire ! Plus c'était serré, mieux c'était. Albus se retira en haletant et revint à nouveau. Son cœur battait fort dans son torse. Chaque mouvement le dévorait tant par ce qu'il lui faisait vivre que par ce que Scorpius ressentait et laissait échapper à travers leur lien. Albus se retira et revint. Puis encore. Puis encore. Dans sa tête brûlait une flamme de passion plus intense que jamais. Scorpius était au paradis, il le sentait. Merlin, Scorpius était au paradis et c'était grâce à lui ! C'était lui qui faisait ça !

Il se mit à enchaîner les vas et viens comme si sa vie en dépendait.

— Ah… Ah ! Al, putain…

— Chut… Tu… gueules fort… Scorp !

Le garçon attrapa l'oreiller de sa main gauche et plongea la tête dedans pour tenter d'étouffer les gémissements qui s'échappaient de sa bouche. Albus en profita pour aller et venir avec encore plus de vigueur, encore plus de force, juste pour le plaisir d'entendre les gémissements devenir des cris étouffés par l'oreiller.

La vue était toujours la chose la plus incroyable sur laquelle ses yeux ne s'étaient jamais posés. Il pouvait voir de là tous les muscles de Scorpius se tendre, rouler, sa peau moite luire dans la lumière tamisée de la chambre. Il pouvait voir ses fesses rondes martyrisées à chaque allée et venue, et surtout il pouvait se voir, lui, aller et venir en Scorpius et lui donner tant de plaisir qu'il en mordait son oreiller.

— Ah, Al ! Attends… arrête, juste…

Croyant à un problème, Albus s'arrêta tout net.

— Quoi ?

— Je veux juste changer de position.

— Oh, okay. Pourquoi ?

— Je veux te voir toi.

— Tourne-toi !

Scorpius se mit sur le dos, mais il était à présent trop bas pour que cela soit confortable.

— Attends… Euh… Tiens, mets-toi sur le bureau plutôt.

— Sur le bureau ?

— Ben ouais !

— Tu veux me baiser sur ton bureau ?

Albus sentit une bouffée d'adrénaline le saisir en entendant les mots de son petit ami. Sa voix assurée tremblante d'anticipation, ses yeux brûlants, ses cheveux décoiffés, sa peau moite et son air dépassé par toutes ces nouvelles choses qu'il ressentait, tout cela rendait Albus fou.

— Oh oui je veux !

Scorpius, rougi par le plaisir, s'exécuta. Il grimpa sur le bureau, se mit sur le dos, écarta un peu les jambes. Il était à nouveau à la bonne hauteur, aussi Albus l'attrapa par les cuisses cette fois, ce qui le força à poser ses pieds sur ses épaules. Albus s'arrêta pour l'observer.

Scorpius était sa damnation. Le corps brillant, chaud, brûlant, il était aussi dur que du diamant et sa position, à la fois sur le bureau et la tête appuyée contre le mur attenant, lui donnait un air vulnérable qui fit fondre le cœur d'Albus.

— Merlin, t'es si beau Scorp…

— Moins que toi.

Albus eut un sourire franc. Il ramena un peu Scorpius vers lui, et à nouveau, entra en lui avec une facilité déconcertante. Doucement, cette fois, car il voulait voir le visage de Scorpius changer.

Celui-ci ferma les yeux dès le début, et plus il s'enfonçait, plus il s'arquait. Ses doigts se crispèrent sur le rebord du bureau et son souffle mourut dans sa gorge. Albus reprit ses vas et viens avec lenteur, il se délectait de voir d'aussi près les expressions de visage de Scorpius. Mais ce qui l'excitait le plus, c'était le mal qu'il avait à retenir ses gémissements.

Albus accéléra un peu ses mouvements et, n'y tenant plus, Scorpius plaqua sa main gauche sur sa bouche, les yeux écarquillés. Albus se pencha vers l'avant autant qu'il put, juste assez pour atteindre les lèvres de son petit ami, qui retira sa main le temps pour lui de lui voler un baiser. Puis il recommença à martyriser Scorpius, qui se mit à mordre ses phalanges entre ses dents pour retenir ses cris.

Albus prenait un malin plaisir à sentir l'esprit de Scorpius craquer sous l'effet de ce qu'il lui faisait subir. Ses gémissements étaient incontrôlés, tout comme les spasmes et les frissons qui parcouraient son corps jusqu'à la pointe de ses pieds et, si de sa main gauche il tentait toujours de se réduire au silence, de sa droite il s'acharnait sur lui-même avec rage. Comme s'il savait que l'orgasme était la seule issue et qu'au plus vite il y viendrait, à présent, au plus vite il avait une chance de retrouver le sens commun.

Albus ferma les yeux pour se concentrer sur ce qu'il ressentait. C'était étrange, car les choses changeaient, peu à peu. La perte de contrôle de Scorpius avait aussi un effet sur leur lien, puisque tout ce qui le traversait ne semblait plus du tout filtré. Tout, véritablement tout ce qu'il lui faisait subir lui revenait dans la tête comme un infini boomerang et cela avait un effet pervers sur son cerveau qui ne savait plus différencier ce que ressentait son propre corps de ce que ressentait Scorpius.

Dans un basculement au-delà de l'étrange, Albus se sentit peu à peu perdre toute notion de limite de son corps. Lui et Scorpius ne faisaient plus qu'un, leurs sensations étaient une, leurs pensées étaient une, leurs corps n'étaient qu'un. Ils vibraient tant du plaisir physique que de ce sentiment unique qui naissait du plaisir incontrôlable qu'ils se donnaient. Albus ne savait dire s'il était en Scorpius ou si c'était Scorpius qui était en lui, tant son cerveau le bombardait des deux informations à la fois.

Albus sentit un vertige se saisir de lui, ce qui lui fit rouvrir les yeux et reprendre conscience de son corps. Cette sensation était encore trop étrange, trop nouvelle pour qu'il parvienne à l'explorer sans finir saisi d'une migraine. Cela lui importait peu, tant ce qu'il voyait de ses yeux était tout aussi merveilleux.

Scorpius avait encore la marque de ses dents imprimée sur son poing, mais il avait cessé de se mordre. Il ne gémissait plus à pleine voix, toutefois sa gorge laissait échapper à chaque coup de reins des couinements désarticulés et étouffés. Albus se rendit compte qu'il s'était jeté un sortilège de mutisme. De sa main droite, il continuait à essayer de se faire jouir, tandis que de l'autre il parcourait le torse d'Albus autant qu'il le pouvait, suivant les reliefs, les muscles, les mouvements… Tout son corps était détendu, comme si ses membres avaient décidé de cesser de lutter et de juste tout abandonner au plaisir.

Mais ce fut son visage qui retint le plus l'attention d'Albus. Ses beaux yeux bleus étaient ouverts, enflammés et ils l'observaient fixement. Derrière le désir, Albus put lire l'affection sans borne, l'amour que Scorpius lui portait. Comme si la torture d'Albus avait amené tout ça au bord de ses lèvres, à fleur de peau. Ses joues étaient rouges, son front transpirant et ses cheveux décoiffés. Ses lèvres entrouvertes ajoutaient à l'expression de plaisir éperdu qui émanait de Scorpius tout entier.

— Scorp… Bon sang, t'es si beau… Tu as pas idée…

En réponse, Scorpius ne parvint qu'à laisser échapper un gémissement plus sonore que les autres. Albus vit son souffle s'accélérer, ses abdos se contracter de manière erratique et ses jambes se tendre soudain.

— Oh putain, Scorp…

Toujours incapable de parler, Scorpius s'acharnait sur lui-même avec une vigueur démentielle. Tout son corps se tendit d'un seul coup tandis que l'orgasme s'emparait du garçon avec une violence rare. Albus sentit les muscles de Scorpius le happer délicieusement et se serrer et desserrer autour de lui de manière erratique. Il entrevit une vague infernale déferler sur son esprit comme on sentait le vent souffler avant un tsunami. La force avec laquelle le piège se referma autour de lui était hors de ce monde, et pourtant il parvenait tant bien que mal encore à se frayer un chemin en Scorpius, qui n'était plus que plaisir et gémissements.

Albus ne dura pas bien longtemps. Scorpius n'avait même pas encore fini de crier qu'il se sentit perdre pied. Le plaisir de son petit ami ajouté au sien, les sensations nouvelles, la beauté de Scorpius ravagé par l'orgasme, dont il voyait le corps se tordre et se courber en se répandant, pris au piège entre Albus et le mur de la chambre… C'était trop, juste trop.

— Putain, putain, putain…

Il n'arrivait plus qu'à dire cela. Le plaisir montait en lui encore et encore, toujours plus, toujours plus haut, pour finalement exploser comme la cheminée d'un volcan. Il se sentit jouir comme jamais, et le fait de savoir qu'il était toujours solidement ancré en Scorpius et que c'était en lui qu'il se déversait le gratifiait d'une satisfaction monstre. Merlin, que c'était bon !

Quelques secondes plus tard, le silence était retombé sur eux dans un doux voile troublé par leurs respirations chaotiques. Albus était épuisé et il avait les muscles endoloris comme après une trop longue session à préparer des potions. Il avait envie d'un câlin et de s'allonger un peu. Il se retira avec douceur, ce qui fit tout de même tressaillir Scorpius, puis l'entraîna à sa suite avant de l'allonger sur le lit avec tendresse. Scorpius, le souffle court et l'air hagard, se laissait faire sans aucune résistance.

Albus s'allongea à son tour par-dessus son petit ami épuisé et rabattit la couette sur eux. Le lit, trop fin pour les accueillir tous les deux, les forçait à rester blottis l'un contre l'autre, ce qui n'était pas pour leur déplaire. Le temps d'un infini instant, Albus resta là, une main dans le dos de Scorpius, l'autre contre sa joue, le regard vague perdu dans ces yeux céruléens qui débordaient d'amour pour lui.

— Tu vois, murmura Albus. C'est facile de dormir à deux dans un lit simple.

Scorpius éclata d'un rire guttural grotesque qui fit sourire Albus. Il tendit la main pour attraper sa baguette dans la poche de son pantalon et le libéra de son sortilège de mutisme.

— Je t'ai entendu gueuler comme si ton sortilège n'avait jamais existé, se moqua doucement Albus.

— C'était le plus puissant sort de silence dont je suis capable, murmura Scorpius. Dis-toi que sans, je réveillais le pays entier.

Albus eut un petit rire.

— C'était si bon que ça ?

Il connaissait déjà la réponse, bien entendu, mais Albus avait envie d'entendre de la bouche de Scorpius ce qu'il avait ressenti. Celui-ci ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, il commença par s'étirer avant de venir se presser contre Albus, qui l'entoura de ses bras et le serra contre lui.

— C'était pas trop mal, admit finalement Scorpius.

— Pas trop mal ? s'étrangla Albus. J'vais te bouffer !

— Tu l'as déjà fait, et je crois que je vais m'en souvenir toute ma vie.

— Je t'ai pas bouffé, ricana Albus. Je t'ai juste fait l'amour.

— Tu m'as pris le cul de trois manières différentes et j'ai cru que j'allais exploser tant mon cœur battait fort, tant j'étais incapable de respirer et tant l'orgasme que tu m'as donné m'a ravagé le cerveau.

— Merlin, comment tu parles ? Au secours, qu'ai-je fais à Scorpius Malefoy pour le transformer ainsi ? Moins dix points pour la saleté complète de ton vocabulaire !

— Ben justement. Moi je trouvais que « me faire bouffer » résumait correctement ce que tu viens de me faire subir, et ce avec toute la grâce nécessaire à ma noblesse de Malefoy. « Faire l'amour », c'est réducteur.

Albus éclata de rire et Scorpius le suivit doucement.

— Bon sang quand j'y repense… Al, je ne pouvais pas détacher mes yeux de toi… Tu étais tellement beau, tellement grand, et quand j'étais coincé sur le bureau entre le mur et toi je me sentais comme pris au piège, mais tellement précieux, tellement aimé et adoré et… et…

Le cœur d'Albus menaçait de se liquéfier dans sa poitrine.

— Oh mais Merlin Scorp ! Arrête ! T'es fou de me dire des choses pareilles, tu vas me donner envie de passer des nuits entières à te faire ça…

— Quand tu veux ! Laisse-moi juste une heure ou deux de récupération, et je suis à toi.

— Totalement à moi ?

— Pour toujours.

Ils s'embrassèrent, avant de se réfugier à nouveau l'un contre l'autre. D'un coup de baguette, Al entrouvrit la fenêtre de la chambre, afin de laisser entrer un filet d'air frais salvateur. À peine cinq minutes plus tard, Scorpius s'était assoupi, blotti contre lui tandis qu'Albus le pressait contre son torse. Il ferma les yeux, puis le rejoignit aux pays des rêves.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

Là normalement c'est le moment où vous avez plein d'étoiles dans les yeux ! Ou une envie monstre de faire des trucs pas catholiques, au choix. Après tout, si on manie l'érotisme, c'est aussi pour ça, pas vrai ? En tout cas j'espère que ce chapitre vous a plu ! J'espère que vous allez passer un joyeux Noël en famille ou entre amis, j'espère que la vie est aussi belle pour vous que pour nos deux princes.

On se retrouve une dernière fois avant 2023, le 30 décembre précisément ! Eh oui, si Ginny (délicieusement fourbe) a bien préparé sa mère à l'idée de voir débarquer le fils Malefoy dans sa famille, il faut encore qu'il soit bien accueilli par les autres cousins. Et puis, Scorpius a fait le mur. Alors est-ce que leur acte aura des conséquences ? Vont-ils réussir à rentrer à temps pour esquiver l'ire de Drago ? Ont-ils alerté les Fils du Phénix ? La réponse dans le dernier chapitre de 2022, le 30 décembre, pour le chapitre 27 : Les Choses qu'on fait par amour !

D'ici là je vous en supplie dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre. C'est un tel morceau pour moi, j'y ai mis tant d'heures et de cœur, j'adorerai avoir vos ressentis ! Toujours mille mercis à ceux qui prennent le temps de dire même juste trois mots, ça illumine mes journées à chaque fois !

Oh, et au fait... j'espère que vous avez pris une grande goulée d'air avec ce chapitre. Non parce que dès le prochain, on plonge et jusqu'à la toute fin on ne ressort pas.

Et joyeux Noël à vous toutes et tous !