Bonjour à toutes, bonjour à tous !
On est en plein pendant les vacances et les fêtes, donc non seulement j'espère que vous avez passé un très joyeux Noël mais en plus j'espère que 2022 fut pour vous une excellente année ! Elle se clôture de mon côté notamment avec la publication du chapitre 27 de Frères de cœur ! Le jour où sort la saison 2 de Reflets d'Acide, c'est quand même une belle coïncidence.
Il y a pas eu énormément de retours sur le précédent chapitre, mais c'était attendu. Le combo long chapitre et publication pendant les fêtes est coûteux pour nous autres auteurs amateurs ! Je suis tout de même content d'avoir vu du monde ici et aussi sur Électricité, mon OS de Noël écrit dans le cadre du Secret santa du Discord Potterfictions, et dédicacé à Aolenyx. Si ce n'est pas déjà fait, allez voir ! Ça raconte la première rencontre entre un Harry sorcier de 12 ans et un Drago moldu, dans un monde où Harry a été élevé par Sirius et Remus, en couple. Et vu tout ce qui n'est pas raconté, ce petit OS pourrait bien être la base d'une future longfic, allez savoir.
Merci à celles et ceux qui ont pris le temps de laisser une review alors que tout réclame probablement votre attention autour de vous, et la mériterait sans doute plus que ma petite histoire. J'espère que ce chapitre vous plaira aussi !
Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture, et bonne lecture à vous !
Et oui, le titre est bien une référence à Game of Thrones.
Chapitre 27
.
Les choses qu'on fait par amour
— Ton chiard va me rendre fou, Potter.
— Tu déconnes ou quoi Malefoy ? C'est Scorpius qui a fait le mur, à ce que je sache. Pas Albus !
Il faisait nuit à présent, et Drago faisait les cent pas dans la cuisine. La scène qu'il offrait aux yeux de l'ensemble des personnes qui y assistait était de l'avis général très étrange, sans compter que sa présence au sein du Terrier dénotait déjà avec le lieu. Pourtant, tout cela était en fin de compte assez commun : on avait là en plein milieu de la nuit un Malefoy aux prises bec et ongles avec un Potter, le tout sous les yeux de tout un tas de Weasley. L'équivalent d'un mardi soir lorsqu'ils étaient encore à Poudlard.
La cause de ce branle-bas de combat nocturne remontait au matin même. Deux choses s'étaient produites en même temps, à des centaines de kilomètres l'une de l'autre. D'un côté, Drago voulut éveiller son fils qui dormait encore, afin qu'ils puissent arriver à l'heure chez les Weasley. De l'autre, Harry et Ginny discutaient autour de leur petit-déjeuner, en s'étonnant de ne pas voir Albus éveillé et trépignant alors que l'heure où devait arriver Scorpius approchait. Dix minutes avant l'heure dite et pensant que son fils apprécierait d'être douché, habillé et prêt de pied en cap pour l'arrivée de son ami, Harry se décida à aller le réveiller.
Au moment où Drago transplanait au pied du portail des Weasley, Harry poussait la porte de la chambre d'Albus et découvrait candidement endormis l'un contre l'autre les deux garçons. À en juger par leurs vêtements posés en boule au pied du lit et leurs torses nus, mais surtout par l'odeur de la pièce que la fenêtre entrouverte avait bien du mal à dissiper, la nuit avait été intense.
Le temps d'une brève seconde, Harry observa son fils. Il semblait profondément apaisé, le visage perdu contre la nuque de Scorpius qu'il enlaçait au niveau du torse. Scorpius quant à lui respirait doucement, la main serrée autour de celle de son fils, leurs doigts entremêlés. Il soupira, attendri. Il n'avait pas envie d'engueuler ces deux paisibles et adorables imbéciles.
L'atmosphère chargée de la pièce se rappela à lui. D'un coup de baguette, Harry ouvrit les rideaux ainsi que le battant de la lucarne, afin d'aérer l'endroit.
La soudaine lumière éveilla Scorpius, qui commença par se presser un peu plus contre Albus, avant de papillonner des yeux et de les fixer sur Harry.
— Surprise ! lança celui-ci, pas tant amusé que cela.
Il s'écoula une petite seconde avant que Scorpius ne comprenne tout ce qui était en train de se passer. Il sursauta, puis tira la couverture à eux en bafouillant.
— Oh, merde, euh… Je… Je…
— Tu as passé une bonne nuit ?
— Je… Je suis… euh, je suis désolé… Monsieur Potter, je… Merlin, lâche-moi Al !
Albus, qui essayait inconsciemment de rétablir son câlin avec Scorpius, s'éveilla à son tour.
— Qu'est-ce que… Oh, merde.
— Tu ne crois pas si bien dire, Al, gronda Harry.
On frappa à la porte du Terrier avec tant de vigueur que le boucan s'entendit dans toute la bâtisse.
— Je crois que c'est ton père, Scorpius. J'ai l'impression qu'il veut te parler.
Scorpius leva sur lui deux yeux paniqués. Harry sentit qu'il aurait voulu filer et disparaître le plus vite possible, mais sa nudité l'en empêchait tant que Harry était là.
— Vous avez trente secondes pour vous habiller. Al, tu ne sors pas de cette chambre. Scorpius, je crois que ton père va t'attendre en bas.
Il quitta la pièce et descendit rejoindre Drago au rez-de-chaussée. Il était déjà aux prises avec Ginny et Molly, qui étaient restées dans la cuisine, et il parlait avec un ton qu'il voulait colérique mais sur lequel gagnait l'anxiété.
— S'il est là je vais l'assassiner, mais s'il n'est pas là je… je ne sais pas ce que je vais faire, je… bafouillait-il, mort d'inquiétude, lorsque Harry arriva au rez-de-chaussée.
— T'en fais pas Malefoy, il est là, ton gamin. Tranquillement endormi dans les bras du mien, comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Je viens de les surprendre.
— Oh Merlin, merci… Il est où ce sale gosse, j'ai des petites choses à lui dire.
— Il s'habille et il descend. Je leur ai laissé trente secondes.
— Bon, tout va bien alors ! annonça Molly comme si tout était résolu. Du thé ?
La proposition parut surprendre Drago. Sa présence au Terrier outrepassait les décennies d'une haine ancestrale entre les familles Weasley et Malefoy, et Harry sentait bien que ce thé était la manière qu'avait Molly de faire comme si tout cela n'avait jamais existé. Le moment n'en était pas moins mal choisi.
— Merci, Madame Weasley, répondit poliment Drago. Cependant je ne pense pas que nous allons nous attarder. Après un coup pareil, rester au manoir un jour de plus lui mettra un peu de plomb dans la cervelle.
— Oh non, Papa, s'il te plaît !
Tous les regards se tournèrent vers le jeune homme qui s'était immobilisé sur l'escalier et observait la scène par-dessus la rambarde, l'air mortifié. Scorpius s'était habillé, il portait un jean noir ajusté, ses baskets blanches et un sweat-shirt à capuche jaune et violet, avec un motif en chevron.
— Toi ! gronda Drago. Descends. Immédiatement.
Son air poli avait été oublié. Désormais, l'adulte avait un visage effrayant. Ses yeux transpiraient tant de déception que d'une colère froide, ses gestes raides et son ton glacial laissaient entendre que Scorpius allait passer un sale quart d'heure.
Le garçon, les yeux baissés et les mains à moitié dans ses manches, se laissa couler le long des quelques dernières marches de l'escalier. Le silence dans la cuisine s'était fait lourd et angoissant. Scorpius rejoignit son père, qui lui fit signe sèchement de sortir de la cuisine.
— S'il te plaît, Papa, ce que tu veux mais laisse-moi rester ! S'il te plaît !
— Dehors. Tout de suite.
Peut-être était-ce la sincérité toute naïve de Scorpius, peut-être était-ce la froideur de son propre père, ou peut-être encore était-ce parce que Harry s'était attaché à Scorpius au fil de leurs séances d'entraînement. Peu importait la raison : la détresse du garçon, son ton suppliant et ses yeux humides lui brisaient le cœur. À en juger par le silence qui régnait, personne dans la pièce n'y était insensible. Aucun adulte cependant n'aurait osé dire quoi que ce soit : la sanction était juste et surtout compréhensible lorsque l'on savait les enjeux. Aux yeux de Drago, rester était synonyme de danger pour son fils.
Scorpius traîna des pieds jusqu'au portail du jardin, les yeux bas. Son père le rejoignit mais au lieu de le faire transplaner au manoir, il commença à l'engueuler vertement sur place. Harry s'étonna de ne pas entendre un traître mot de la fureur de Drago. Sans doute un charme d'assourdissement. Scorpius subissait la tempête le regard au sol, il répondait de temps à autre mais sans jamais paraître insolent.
Cela rappela à Harry qu'il avait lui aussi un fils à enguirlander. Il retourna à l'étage et entra dans la chambre. Albus s'était habillé de son pantalon blanc de la veille et d'un polo vert à manches courtes. Il observait, debout, Scorpius se faire tancer à travers sa fenêtre.
— Monsieur Malefoy veut qu'il reparte au manoir, n'est-ce pas ?
— Oui. Comment tu sais ça ?
Albus se retourna et se désigna du torse.
— Je l'ai senti. À l'instant où Scorp a compris que c'était ça la punition, il était dévasté, et ça s'améliore pas. J'essaye de le soutenir à distance.
— Comment ?
— Ben en le rassurant comme je peux. Mais ça marche pas trop…
Harry soupira. Après les scènes du réveil et de la cuisine, il n'était pas assez en colère pour avoir envie d'engueuler son crétin de fils. Cependant, il fallait qu'Albus comprenne. Il voulait qu'il saisisse que parfois, son vieux père ne cherchait pas à l'embêter mais à le protéger. Et pour cela, il allait devoir le secouer un peu.
Albus se laissa tomber, assis, sur le rebord de son lit. Harry s'installa sur la chaise du bureau qu'il plaça de telle sorte à lui faire face. Il plongea ses yeux dans ceux de son fils et attendit. Après quelques secondes, Albus soupira.
— Tu vas m'engueuler, pas vrai ? C'était notre truc, ça, avant. Ne parler qu'en s'engueulant.
— Commence pas, Al. J'ai aucun plaisir à te crier dessus, vous vous mettez seuls dans des situations pareilles. Tu trouves que j'ai pas de raison d'être énervé ?
— Pas trop.
Harry fronça les sourcils. Albus s'agitait, comme s'il essayait de retenir ses mots.
— Je trouve que j'ai été patient, moi, dit-il en guise d'explication. Vous nous avez fait attendre treize jours et ça faisait mal, d'être loin de lui ! Ça faisait mal, Papa ! J'ai attendu parce que je pige bien que ce sont nos vacances en famille, que c'est Scorpius, que c'est délicat, mais merde, Papa, à la fin ! Il y a bien un jour où il faudra que tout le monde ici se mette dans la tête que Scorpius va faire partie de la famille tôt ou tard ! Je vais pas changer, tu sais ?
— Ce n'est pas la question.
— Alors c'est quoi, par Merlin, quoi ? On a attendu tout ce temps en respectant la famille et malgré ça Monsieur Malefoy et toi vous êtes tous les deux là à nous engueuler, juste parce qu'on a gratté quelques heures pour nous retrouver nous, un peu seuls…
— C'est que Scorpius est toujours la cible des Fils du Phénix, voilà ce que c'est ! lança abruptement Harry.
Albus ouvrit de grands yeux.
— Je… Pardon ?
Harry soupira, puis reprit d'une voix calme.
— La disparition de Maury n'a pas arrêté les Fils du Phénix. Ni leur échec à Poudlard, d'ailleurs. Ils sont même devenus plus dangereux, puisqu'ils se sont terrés dans la clandestinité et qu'il est par conséquent bien plus difficile de les surveiller. Oui, les vacances de Pâques sont nos vacances de famille, et oui, ta mère et moi craignions un peu la réaction de tes grands-parents, mais ce n'était pas pour cela que nous ne voulions pas que Scorpius vienne trop tôt.
— Mais… Mais, tu m'as dit… Hier, tu m'as dit…
— Je sais ce que je t'ai dit. Parce que, que tu le veuilles ou non Albus, je te connais. Je ne voulais pas que tu sois angoissé tout le long des vingt-quatre heures qu'allait passer Scorpius ici en te disant qu'il n'était pas en sécurité. Je voulais que tu profites de ce moment avec lui comme tu en aurais profité en temps normal.
Albus paraissait secoué.
— Mais pour… pour de vrai ? Ces fous lui en veulent encore ?
— À en croire le ministère, oui. Ils cherchent toujours à l'enlever, selon Hermione. Les aurors sont sur le coup, ils pensent que le Manoir Malefoy est sous surveillance permanente des Fils du Phénix. Nous étions sûrs qu'ils remarqueraient l'arrivée de Scorpius ici, ce matin, dans un endroit bien moins protégé que le manoir, ce qui allait leur donner des idées d'attaque. Seulement, nous pensions qu'en ne leur laissant que vingt-quatre heures, ils n'auraient pas le temps de préparer un assaut du Terrier alors que nous sommes tous là. Nous nous sommes donc arrangés avec Drago et les aurors pour que Scorpius ne vienne qu'une seule journée, durant laquelle on pouvait assurer sa sécurité. C'était ça, la vraie raison pour te faire attendre. En faisant le mur, Scorpius et toi avez offert une douzaine d'heures de plus aux fils pour qu'ils se préparent…
Albus ne parvint pas à étouffer un gémissement plaintif en entendant ces mots. Son père continua :
— Crois-moi, ça n'a pas été facile de voir que tu n'allais pas bien et de ne rien pouvoir faire ou te dire. Mais j'aimerais, Al, j'aimerais tellement que tu me fasses un peu confiance… Je souhaite que ton bien et je sais qu'au fond de toi tu en es conscient… Tu es mon fils, Albus, et que tu le veuilles ou non je t'aimerai toujours.
Harry l'observa se prendre le visage dans les mains, satisfait de l'effet qu'avait l'annonce sur lui. Désormais, il comprenait.
— J'suis désolé, Papa, dit-il entre ses doigts, le ton abattu. Si j'avais su, je… je…
Malgré sa satisfaction, il ne pouvait rester insensible à l'état de l'adolescent. Sa détresse était encore plus mordante que celle de Scorpius. Si Harry avait encore besoin d'une preuve que ses enfants avaient sur lui un bien curieux effet, elle était sous ses yeux. Il avait un véritable besoin, un instinct de tout faire, tout dire, même les pires mensonges, pour rassurer son fils. Il avait envie de le prendre dans ses bras, lui assurer que Scorpius serait en sécurité avec eux, mais il craignait sa réaction… Albus le repoussait encore pas moins de deux mois plus tôt. Harry ne bougea pas et essaya d'un ton rassurant :
— Ne t'en fais pas, Al. Hey, hey ! Écoute-moi, grand. Ça va aller, d'accord ?
— C'est horrible, Papa… D'un côté je veux qu'il se tire, qu'il soit à l'abri, surtout que je le revois demain à King's Cross et que ça devrait pas être la mer à boire… Et de l'autre je veux qu'il reste, parce qu'il serait dévasté de devoir rentrer, et que je ne veux pas lui dire pourquoi Monsieur Malefoy insiste pour qu'il rentre ! À Poudlard on peut pas être nous-mêmes, alors qu'ici on aurait toute cette journée pour vivre comme deux mecs normaux, j'aimerai tellement pouvoir vivre comme un mec normal, Papa je te jure… Comme James, il avait la belle vie, James !
— Je te comprends mieux que tu ne l'imagines, Al. Quand j'avais ton âge, j'étais en permanence écartelé entre mon envie de protéger mes amis et mon besoin de les avoir à mes côtés dans la guerre. C'était difficile, un dilemme infernal et constant !
— J'ai mal, Papa. Là, fit Albus d'une voix tremblante, en montrant le milieu de son torse.
À ces mots, Harry ne put résister une seconde de plus. Il se leva, et d'un pas il se retrouva assis sur le lit, à serrer dans ses bras son fils qui lui rendit l'étreinte en laissant échapper quelques larmes.
— Si cela peut te rassurer, je ne pense pas qu'une nuit de manigances supplémentaire sera suffisante pour les Fils du Phénix. Pour moi, ils sont trop faibles et désorganisés pour réagir assez vite.
Il n'en pensait pas un mot.
— J'espère, Papa.
Harry eut un sourire.
— Si Nigel, Kyle et toi avez réussi à les arrêter, imagine la honte si on n'y arrive pas nous ! Toute cette famille a combattu Voldemort, et on se ferait maîtriser par des amateurs ? Je demande à voir !
Al eut un petit rire qui réchauffa le cœur de Harry. Au fond de lui, il eut un soupçon de regret d'avoir à mentir ainsi à son fils, mais si cela était le prix à payer pour le rassurer et l'entendre rire, il s'en accommoderait.
— Dégagez les vieux, place aux jeunes ! lança Albus d'un ton à la fois rieur et anxieux.
— Sale gamin insolent.
Albus le serra un peu plus fort contre lui.
— Je… Je t'aime, Papa.
Harry ne s'était pas attendu à la violence avec laquelle ces mots transpercèrent son âme. Ils s'étaient échappés des lèvres d'Albus avec tant de naturel qu'il dut se mordre la langue pour ne pas éclater en sanglots. Depuis combien de temps ne les avait-il pas entendus prononcés par son fils ? Des années, sans doute, une éternité ! Il les laissa virevolter dans sa tête quelques instants, puis les fit disparaître avant de craquer. Merlin, que c'était bon d'y avoir droit à nouveau…
— Je t'aime aussi, mon grand. J'espère que tu le sais, n'est-ce pas ?
Albus hocha la tête contre son torse.
— Allez, essuie tes yeux et viens prendre le petit-déjeuner.
Albus desserra son étreinte et Harry lui ébouriffa tendrement les cheveux. Il se releva en jetant un coup d'œil à travers la fenêtre ouverte.
— Drago et Scorpius sont toujours dans le jardin.
— Ah ?
— Ils ont l'air de discuter plus calmement.
— Ah oui ? lança Albus plein d'espoir et en se précipitant vers la fenêtre.
Harry eut un léger rire. Il se dirigea vers le rez-de-chaussée mais, avant de quitter la chambre, il lança :
— Prends une douche avant de descendre, Al. Tu pues l'ado.
— Hé !
Il referma la porte et ne lui laissa pas le temps de protester plus. Harry rejoignit la table du petit-déjeuner. Les enfants commençaient doucement à la peupler, remplaçant peu à peu les adultes au réveil plus matinal. La vie avait repris dans le Terrier, seuls les quelques initiés gardaient un œil sur Drago et son fils, au fond du jardin, en attendant la sentence.
Après encore quelques minutes, Drago se dirigea vers la maison tandis que Scorpius restait vers le portail, l'air anxieux, à triturer ses doigts. Il ouvrit sans ménagement la porte de la cuisine et se dirigea vers Harry et Ginny.
— Tu t'y connais en sortilège de protection ? lui demanda Drago de but en blanc.
— Bien sûr ! Tu parles au meilleur professeur de défense contre les forces du mal de l'histoire de Poudlard voyons.
Drago acquiesça sans relever son trait d'humour, puis se tourna vers les grands-parents Weasley.
— Madame Weasley, Monsieur Weasley, ma requête va être d'une impolitesse rare, et je vous prie de me pardonner d'avoir à la formuler. Mon fils ne partage pas mes idéaux de bonne manière ni ne sait ce qu'il est convenable de demander à ses hôtes. Voyez-vous, si Scorpius reste ici jusqu'à demain, c'est à condition que je reste également…
— Oh, ne dites plus rien, Monsieur Malefoy, lança aussitôt Molly. C'est d'accord.
Arthur semblait plus réservé. Mais il savait aussi qu'à présent que sa femme s'était prononcée, il n'aurait pas son mot à dire.
— Vous en êtes certaine ? Je ne veux pas m'imposer, or si ma présence vous dérange de la moindre des manières, je veux que…
— Je vous ai demandé de ne plus rien dire, Monsieur Malefoy. Ou votre impolitesse va réellement devenir impardonnable.
Harry eut un sourire en entendant Molly rentrer dans le petit jeu de Drago et utiliser son langage. Drago le remarqua aussi, puisqu'il eut un petit rire.
— Dans ce cas, je ne dis plus rien. Combien sommes-nous d'adultes ici ? demanda-t-il encore en revenant vers Harry.
— Si tu comptes les gosses majeurs, vingt-deux. Quatorze en ne comptant que les adultes.
Drago hocha la tête de manière presque imperceptible. Puis il se passa les mains sur le visage et soupira.
— Je peux voir le dilemme tourner dans ta tête, Malefoy, lança Harry, un peu amusé.
— C'est tellement plus simple d'aller passer une journée de plus au manoir ! se plaignit-il. Qu'est-ce qu'ils sont dramatiques, ces adolescents, de nos jours… On n'était pas comme ça, nous.
— On n'a pas trop eu le temps d'être des ados, Drago, glissa encore une fois Ginny avec douceur.
— Certes…
Drago s'agita encore quelques secondes, puis son regard croisa Scorpius. Le garçon s'était assis dans l'herbe, l'air penaud. Il continuait à se tordre les mains, mais de temps en temps il tournait son attention vers un point à l'étage qui le faisait sourire.
— Je n'ai pas envie de lui briser le cœur. Avec sa mère, avec Albus, ce gosse a déjà vécu une année difficile… Il mérite qu'on le laisse profiter de quelques bons moments… Mais d'un autre côté, Merlin ! S'il se passe quelque chose avant demain, je m'en voudrais toute ma vie ! se lamenta Drago. Sans compter la responsabilité que je fais peser sur vous tous…
— J'ai parlé à Albus, avoua Harry. Il a eu le même effet sur moi... Tu crois que c'est parce qu'on a appris à les connaître l'un et l'autre qu'on est comme ça, désormais ?
— J'en ai aucune idée, Potter. Si oui, ça voudrait dire qu'on a sous-estimé les capacités de conspirateur de Neville.
— Marrant, quand même. Les choses qu'on fait par amour.
— Les choses qu'on fait par amour…
Drago laissa la phrase en suspens. Puis il rouvrit la porte d'entrée et fit signe à Scorpius de le rejoindre. Il parut ne pas avoir bien compris, pour commencer, puis son visage s'illumina et devint rayonnant, tandis qu'il se relevait en ne masquant pas sa joie. À peine dix secondes plus tard, Albus dévalait l'escalier, douché, habillé et répétant « Pour de vrai ? Il peut rester ? » sans cesse comme un gamin dans un parc d'attractions. Puis il se précipita dans le jardin et plongea sur Scorpius qui se retrouva projeté dans l'épais gazon, Albus sur lui.
Passée l'effusion de joie initiale, le reste de la journée les deux garçons firent profil bas. L'ambiance, à dire vrai, était curieuse. L'accueil chaleureux que réserva à Scorpius la famille Weasley jurait avec la rancune que gardait Drago envers son fils et qu'il ne cherchait même pas à cacher. Aussi, l'atmosphère un peu lourde fit qu'Albus et Scorpius restèrent un peu dans leur coin, à profiter l'un de l'autre autant qu'ils osaient.
Tous les cousins et cousines d'Albus accueillirent Scorpius comme un des leurs et n'hésitèrent pas à approcher son père. Fred et Roxanne ne manquèrent pas un sous-entendu grivois sur la qualité de la nuit que Scorpius avait sans doute passée, et celui-ci devint écarlate en repensant à ce qu'Albus lui avait fait. Certains membres de la famille Weasley, en revanche, eurent besoin d'un peu plus de temps pour découvrir Scorpius, et plus encore pour se forcer à parler à Drago. Au moment des repas, l'ambiance avec Drago se voulait cordiale mais elle était tout de même un peu forcée. Heureusement, il n'en était pas de même pour Scorpius, qui paraissait décontracté, quoiqu'un peu trop poli et calme.
La journée passa ainsi entre jeux, petits contacts, discussions et baisers volés.
À présent, la nuit était venue et avait emporté avec elle l'insouciance du jour. L'anxiété de Drago était montée en flèche, et sitôt que tous les plus jeunes eurent rejoint leur chambre, elle fut rejointe par son irascibilité. Harry savait que Drago aurait besoin d'un exutoire après la journée qu'il avait passée, et s'engueuler avec lui était le plus simple d'entre eux. Le plus rassurant aussi. C'était sans doute pour cela qu'il avait fini par prononcer cette malheureuse phrase :
— Ton chiard va me rendre fou, Potter.
Harry, piqué, eut l'une de ces réactions viscérales que seule Drago Malefoy pouvait produire. Il rétorqua sèchement et avec tout autant de mauvaise foi :
— Tu déconnes ou quoi Malefoy ? C'est Scorpius qui a fait le mur, à ce que je sache. Pas Albus !
Tous étaient attablés dans la cuisine. Ginny et Harry se tenaient d'un côté et Drago de l'autre. Hermione était arrivée entre-temps, mais elle n'avait pas encore eu l'occasion de lever de nouveaux sortilèges de protection. Elle était assise aux côtés de Harry, avec Ron. Bill, Fleur, Victoire et Teddy veillaient aux côtés des parents inquiets. Molly, en robe de chambre, avait préparé le thé et s'occupait en s'assurant qu'il y avait assez de petits biscuits pour tout le monde. De toute façon, avec autant d'invités dans sa maison, ses nuits étaient toujours courtes tant elle avait à faire. Ajouté à cela la menace qui pesait sur Scorpius et par extension son petit-fils, et elle se savait partie pour une nuit blanche. Arthur restait à ses côtés, mais ses bâillements réguliers laissaient voir ce qu'il pensait de la menace ambiante.
— On est sûrs qu'ils dorment ? lança Victoire sans crier gare.
Toutes les têtes se tournèrent une à une vers elle au rythme où leurs propriétaires comprenaient ce qu'elle suggérait. Victoire prit une petite gorgée de thé, feignant d'ignorer le malaise qu'elle venait de créer.
— Oui, on est sûrs, confirma Ron. Je reviens de l'étage, c'était aussi silencieux que ça peut l'être.
Il se tut et personne n'ajouta quoi que ce soit. Après quelques secondes, Hermione s'éclaircit la gorge.
— Vous savez, je pense que cette situation est peut-être l'opportunité pour nous de discuter un peu de tout cela, vous ne croyez pas ?
— Excellente idée ! s'exclama Molly, intéressée. Parce que Ginny a beau avoir essayé de m'expliquer, je ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris. Donc, si l'on reprend du début : on sait tous que les deux garçons sont… Euh, enfin, ils sont… vous voyez ?
— Oui, Maman, ils sont ensemble. Amoureux, comme qui dirait, termina Ginny.
Arthur se redressa dans sa chaise, un peu mal à l'aise.
— Voilà, merci ma chérie. Et c'est magique, n'est-ce pas ? Ce ne peut donc pas être une espèce de phase ?
— Ça baigne dans la magie, mais les sentiments sont bien réels, reprit Harry. Croyez-moi, Molly, ce n'est pas une phase. Et ce n'est pas faute de l'avoir souhaité !
— Comment ça, Potter ?
Drago avait relevé la tête d'un seul coup.
— Quoi ? Quoi ? lança Harry sur un ton de défi. Tu vas me dire que tu es ravi de la situation, toi ?
— Non, mais moi c'est mon seul fils ! J'ai le droit de me plaindre de voir mon unique fils risquer une vie de malheurs et d'obstacles juste parce qu'il a décidé de se taper son meilleur ami !
— Bien sûr ! Tandis que moi avec mes trois gosses, si y en a un qui a une vie pourrie c'est pas bien grave, les deux autres rattrapent !
— Ça suffit vous deux ! interrompit Hermione d'une voix autoritaire. Cessez de dire des bêtises. Vous savez mieux que quiconque que les choses sont ainsi et qu'on n'y peut rien.
Voilà bien un talent qu'elle avait su garder de ses années à Poudlard. Même Ginny ne parvenait pas à interrompre les jérémiades de son mari lorsqu'il partait dans ce genre de combats de coqs avec Drago.
— Harry, je comprends que ce n'est pas la vie que tu avais rêvée pour Albus, énonça doucement Ron. Mais tu n'y peux rien ! On a tous vu aujourd'hui qu'ils sont faits l'un pour l'autre, ils sont heureux ensemble, ça crève les yeux !
— Je le sais bien, mais ce n'est pas ça qui va me rassurer, grommela-t-il.
— Et toi, Drago, reprit Hermione. Depuis le temps, je sais quand tu parles avec sincérité et quand tu essaies de faire sortir Harry de ses gonds. Alors arrête ! Vos deux fils ne sont qu'au début d'une vie qui risque, en effet, d'être semée d'embûches, et ils auront besoin du soutien de toute leur famille. Les tenir éloignés l'un de l'autre n'est déjà plus une solution, alors réglez vos différends comme des adultes, et tâchez de trouver un système qui fonctionne pour eux, même si vous devez pour cela sacrifier une petite partie de votre égo !
Elle ajouta pour elle-même :
— Il vous en restera bien assez après ça, croyez-moi…
Il y eut un silence que cette fois-ci Molly crut bon de rompre.
— Et si pour commencer vous m'expliquiez un peu comment tout ceci est arrivé ?
Alors, presque naturellement, Harry, Drago et Ginny se mirent à expliquer ce qu'ils savaient de la situation. Ce que Herbert Pewden leur avait dit, ce que les garçons leur avaient dit ressentir, comment ce n'était pas maîtrisé mais plutôt instinctif… À la fin du récit, Molly, ainsi qu'Arthur, Bill, Fleur, et tous ceux autrefois dans l'ignorance paraissaient avoir saisi l'ensemble des nuances du tableau.
— La première fois que j'ai vraiment pris conscience de la force de ce qui les liait, c'est lorsque, pardonne-moi Drago, Astoria est décédée. La mère de Scorpius, l'épouse de Drago, précisa-t-il.
— Oh, le pauvre petit chat a perdu sa mère ? Et vous votre épouse ? Toutes mes condoléances, compatit Fleur.
Drago la remercia.
— Ce jour-là, Scorpius a écrit à Al pour lui demander de venir chez vous, Drago, au manoir. Au départ, j'ai refusé.
— T'as pas fait ça ? protesta Ron, tandis que d'autres manifestaient leur désapprobation.
— Sur le moment, si. C'est con, je le sais bien, mais avec le recul on est toujours plus intelligent. Ça a déclenché une dispute comme je n'en avais jamais vue avec Albus. D'habitude, quand je l'empêche de faire quelque chose, il râle, il s'énerve, et à la fin il fait quand même ce que je lui dis de faire, même s'il pense que je suis le pire père du monde. Mais là il y avait une vraie haine dans ses yeux, je m'en souviens comme si c'était hier. Il aurait fallu que je le ligote pour l'empêcher d'y aller, et encore, il serait sans doute parvenu à apprendre à transplaner juste par insolence.
— Je suis bien ravi qu'il l'ait fait… énonça Drago avec lenteur. Tu ne peux pas savoir à quel point sa présence a été salvatrice pour Scorpius. Ces… ces jours-là ont été difficiles, pour lui, pour moi, tout me paraissait… si sombre, à ce moment… J'essayais de rester fort, mais ça ne changeait rien. Quand on est revenus de l'hôpital après… Enfin, après la mort de sa mère, eh bien il s'est enfermé dans sa chambre, et j'ai veillé la porte. Il refusait que je rentre. Il n'a fait que pleurer, pleurer et pleurer. Après ça, je ne l'ai revu que lorsqu'Albus est arrivé, le lendemain. Sans rire, il a été le meilleur ami qu'il n'aurait jamais pu être pendant ces quelques jours. Lui seul pouvait faire revenir le sourire de mon fils aussi rapidement.
Le silence était respectueux, recueilli, dans la cuisine du Terrier. On réfléchissait à ce qui se disait, et l'on n'osait pas trop parler de peur de ne pas avoir les bons mots pour exprimer ce que l'on pensait.
— Quand Albus nous a demandé si Scorpius pouvait venir pendant ces vacances, reprit Harry, nous étions forcés de l'autoriser. Si on ne le faisait pas, ils se seraient retrouvés dans notre dos de toute façon, en se mettant encore plus en danger. Si on avait anticipé que Scorpius ferait le mur pour venir plus vite, nous aurions sûrement mis en place plus de barrières de sécurité autour du Terrier plutôt que d'essayer de le garder au manoir, ça aurait été plus simple. Aujourd'hui, en parlant avec Albus pour la première fois depuis… Eh bien, depuis trop longtemps, j'ai pu une nouvelle fois mesurer l'intensité de la force qui les lie. Et je dois bien avouer que je ne m'y habitue pas, c'est juste fou, il n'y a rien qu'on puisse lui opposer. Ça ne me ravit pas, mais c'est comme ça, et tous autant que nous sommes, autour de cette table, personne ne nous demande notre avis. Alors ne le donnons pas, soyons des bons parents, oncles, tantes, et soutenons nos gosses.
— Bien dit, Harry ! salua Ron.
Tous approuvèrent.
— Vous seriez surpris, Madame Weasley, par la puissance qu'ils tirent de ce lien qui les unit, souligna Drago. J'ai pu voir…
— Chut !
Le silence tomba aussitôt, cette fois lourd, pesant, suintant. Dehors, perdu entre le souffle des légères bourrasques et le hululement des chouettes, Harry crut distinguer un bruit clair, cristallin, qui pouvait aussi bien être le tintement des tubes d'un carillon qui pendait dans le vent que le son subtil d'un dôme de protection que l'on brisait. Rien n'était certain…
— Je vais voir, annonça Arthur en se levant de sa chaise.
Albus avait du mal à s'endormir. D'un œil anxieux, il regardait les rayons de lunes danser contre les murs de sa chambre. Il était allongé sur le dos, dans son lit, le bras droit passé autour des épaules de Scorpius qui était blotti contre lui et dormait comme un loir.
La soirée avait encore été des plus intenses. Dès qu'ils furent seuls, ils se retrouvèrent comme la veille : nus et glorieusement excités. Une nouvelle fois, Albus prit possession de son petit ami jusqu'à perdre pied, et…
Albus se força à cesser de penser à cela car déjà il sentait l'excitation venir, or il n'avait pas le moyen de s'adonner à des plaisirs solitaires dans un lit aussi étroit. La soirée avait été bonne, voilà ce qu'il était nécessaire de se remémorer. Après cela, toujours nus mais moins excités, ils s'étaient allongés et emmitouflés dans la couverture, serrés l'un contre l'autre. Ils avaient discuté, s'étaient embrassés et câlinés, jusqu'à ce que Scorpius ne s'endorme.
Depuis, Albus ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il était bien trop angoissé à l'idée que Scorpius puisse être en danger en étant là, et il savait que chaque heure qui passait était un risque supplémentaire, une chance en plus de voir arriver le drame. Durant la journée, il s'était même mis à préparer son sac à dos avec quelques-unes de ses affaires, tant pour Scorpius que pour lui, au cas où. Il ne croyait pas vraiment la précaution utile, c'était plutôt par jeu qu'il s'était amusé à préparer l'apocalypse… N'empêche. Une petite voix au fond de lui l'avait poussé à faire cela avec sérieux.
Scorpius respirait doucement, quelque part dans son cou. Il était beau ainsi, le visage éclairé par la fine lumière argentée de la pleine lune. Albus soupira. Il était ridicule, à rester éveillé. Vivement qu'il finisse par trouver le sommeil.
Il ferma les yeux, puis entendit la voix de son grand-père dans la nuit.
— Hep ! Hé ? Qu'est-ce que…
— Stupefix !
— Reducto !
Il y eut un éclair rouge, tout de suite suivi d'un sifflement et enfin d'un craquement terrible. La maison grinça, crissante de protestation tandis qu'elle luttait contre le sortilège. Soudain, juste derrière le lit d'Albus, le pan du mur du Terrier qui avait été touché par le sortilège de réduction s'ouvrit sur la nuit dans un fracas assourdissant. Des tuiles tombèrent du toit, des poutres et des pierres qui se retrouvèrent dans le vide se fendirent sous leur propre poids, et surtout le sol de la chambre s'inclina dangereusement vers l'extérieur, là où le mur manquait.
Le sang d'Albus se transforma aussitôt en de l'adrénaline pure. Il se propulsa hors du lit, renversant Scorpius qui s'éveilla en sursaut, puis il se saisit de son sac à dos et tira son petit ami jusque dans le couloir, avant de refermer la porte de sa chambre. Le sol avait l'espace d'un instant cessé de pencher, et le mur de tomber en gravats. C'était comme si d'un seul coup, le Terrier devenu conscient leur avait offert le temps dont ils avaient besoin pour s'enfuir de leur chambre.
Scorpius eut besoin de quelques secondes pour comprendre qu'il se passait quelque chose de grave. Lorsque la peur s'empara de lui, il jura :
— Bon sang, Al ! Il se passe quoi ?
— Enfile ça !
À présent qu'Albus fouillait dans son sac à dos, qu'il se rendait compte que ses précautions n'avaient pas été vaines, il s'en voulait de s'être amusé de la chose.
Scorpius et Albus s'habillèrent dans le couloir avec des habits qui lui appartenaient, mais cela n'importait que peu. En bas, les cris et la charge de la bataille résonnaient, tandis que dans le couloir qu'occupaient les plus jeunes membres de la famille, des têtes effrayées commençaient à poindre.
— Tu as ta baguette, Scorp ? demanda Albus d'une voix tremblante de peur.
— Hein ?
Scorpius avait toujours le regard hébété, dépassé par les événements.
— Ta baguette ? Ta baguette, Scorp !
Celui-ci paraissait halluciné, comme s'il rêvait. Albus se planta devant lui et lui saisit les épaules avec vigueur.
— Scorpius, écoute-moi ! Les Fils du Phénix nous attaquent ! C'est toi qu'ils veulent, tu m'as compris ? Secoue-toi, bordel !
Tout le sang d'Albus n'était plus qu'adrénaline. Il fixait son petit ami avec des yeux écarquillés, l'air déterminé à tout faire pour le protéger. Scorpius, livide, raffermit sa prise sur sa baguette, puis hocha la tête.
Albus rouvrit la porte de la chambre discrètement et essaya d'analyser le chaos dans le jardin. Les sorts fusaient dans tous les sens, des corps jonchaient déjà le sol et la bataille s'était transformée en une guerre de position. Vers le Terrier, cachés derrière de gros gravats tombés du toit, les adultes se couvraient et devisaient pour attaquer ensemble. Hermione criait des choses, Harry menait la charge, et Drago lançait des sorts dans tous les sens avec le désespoir d'un père dont on attaquait le fils. Derrière la haie, les Fils du Phénix se cachaient et envoyaient de temps à autre un sort dans le tas, mais il était clair que la bataille rangée n'était pas leur but premier.
Depuis sa position en hauteur, Albus vit son père bondir hors de sa cachette pour tenter de mettre hors de combat deux des assaillants. De là où il était, il avait une bien meilleure vue sur eux que lui, aussi Albus pointa sa baguette et envoya un sortilège de stupéfixion. Il rata sa cible, mais il eut au moins le mérite de surprendre l'ennemi, que Harry s'empressa d'achever.
— Là-haut, Burt ! cria une voix. Ils sont là-haut ! Bombarda !
Il y eut un nouveau sifflement, tandis qu'Albus pouvait voir une boule de magie blanche foncer vers lui. Il claqua la porte et bondit le plus loin possible, mais c'était trop tard. Comme au ralenti, le mur et le sol du couloir ondulèrent avant de rompre sous la force de l'explosion. Scorpius fut entraîné en contrebas et, une demi-seconde plus tard, Albus tomba aussi. Il atterrit tant bien que mal sur le côté, le souffle coupé. Il sentait du sang couler de ses mains, de ses jambes, mais il s'en moquait. Scorpius ? Où était Scorpius ?
Albut le vit réapparaître quelques secondes plus tard. Il lui tendit ses mains et le tira à lui pour le remettre debout. Il reprenait peu à peu conscience d'où il était, il vit des sortilèges fuser dans tous les sens, des hommes en noir, et sa propre famille contre-attaquer avec une rage guerrière et désespérée qu'il n'avait jamais vue.
— À couvert, Scorp ! s'écria Albus en plongeant derrière la table de la cuisine qui avait été arrachée sur toute une moitié par l'explosion.
— Le gosse est là ! hurla quelqu'un.
— Harry ! Drago ! cria Hermione. Ils sont pas venus pour l'attaquer, ils sont venus pour l'enlever !
— Quand est-ce que les aurors arrivent, Herm ? répondit Harry d'une voix forte.
— Plus que deux minutes !
— Expelliarmus !
Scorpius était bêtement resté debout et à découvert, il se prit le sortilège de plein fouet. Albus réagit plus vite que son ombre :
— Accio baguette !
L'objet changea de direction et atterrit dans sa main.
— PAS MON FILS, SALE DÉGÉNÉRÉ ! vociféra Drago en faisant un grand mouvement de baguette.
Le sol trembla un court instant, puis une vaste crevasse le déchira comme une plaie béante. Des buissons de la haie du jardin y tombèrent, ainsi que les vieux cognards des Weasley qui trainaient là, mais elle avala surtout deux des Fils du Phénix, dont l'un était celui qui venait de lancer le sortilège de désarmement et qui n'avait pas cru bon de se remettre à couvert.
Entre-temps, deux assaillants profitèrent du chaos causé par la rage de Drago pour préparer et lancer à deux un sortilège traître. Cachés depuis un couvert quelconque, ils utilisèrent l'amoncellement de gravats pour élever un tunnel à la paroi solide comme du diamant, et qui leur donnait un accès direct à Scorpius et Albus, tout en les protégeant des sortilèges des adultes. En quelques secondes, avant même que quiconque ait pu réagir, deux hommes en surgirent et foncèrent droit sur Scorpius.
— À TERRE ! cria encore Drago.
Scorpius baissa la tête et se recroquevilla au sol. Dans le jardin, Drago se leva, les yeux enflammés de rage. Il tendit le bras, un éclair traversa sa baguette et vint s'écraser contre le tunnel avec la violence de la foudre. Il fut presque aussitôt rejoint par Harry, Ron, Hermione, Ginny et quelques autres éclairs, qui ensemble firent voler en éclats la paroi de gravats. Le tunnel s'effondra, mais les deux hommes en étaient déjà ressortis.
Le premier tenta de sauter sur Scorpius, qui avait eu le temps de se relever. Il plongea à couvert là où était Albus et esquiva son agresseur. De rage, Albus tendit sa baguette.
— Impedimenta ! cria-t-il avec hargne.
Il visait l'homme qui était encore debout, mais l'atterrissage de Scorpius sur lui le bouscula et fit dévier son sortilège sur le sorcier qui était déjà au sol. Celui-ci se retrouva projeté contre le mur du fond du Terrier. Il avait manqué son unique chance de terrasser l'autre, qui n'eut qu'à plonger sur Scorpius.
— NON ! hurla Drago. STUPEFIX !
— NON ! cria également Albus en se jetant devant son petit ami pour empêcher l'homme de l'atteindre.
L'homme masqué parvint à attraper l'épaule de Scorpius en évitant de justesse le poing qu'Albus lui destinait.
Il transplana aussitôt.
Albus se trouvait pris dans un tourbillon de couleurs et de formes, comme happé par un tunnel qui lui compressait les poumons et le menait il ne savait où. Une destination que l'homme aux habits sombres avait choisie. Les seules formes qu'il distinguait encore à peu près étaient celles de Scorpius et de son ravisseur au visage sombre et masqué qu'il voyait à peine. Albus raffermit sa prise sur la cheville de son petit ami.
Jamais il n'avait serré quelque chose avec tant de force. Il s'y accrochait comme si sa propre vie en dépendait. Il n'avait aucune idée d'où ce transplanage allait les mener, mais cela lui importait peu. Scorpius était en danger, cela seul comptait. Tout son corps, tout son esprit lui hurlaient ce besoin d'être là, à ses côtés, ne serait-ce que pour tenter de le protéger des Fils du Phénix.
Il sentit dans sa tête plus qu'il n'entendit dans ses oreilles la voix distordue de Scorpius lui hurler quelque chose tandis qu'ils filaient dans le maelström. Il releva les yeux.
Par-dessus la tête de Scorpius, pris en tenaille entre l'homme qui lui avait attrapé l'épaule et Albus qui lui tenait la cheville, il vit leur ravisseur tendre sa baguette vers lui. D'instinct, Albus baissa la tête, et un éclair de lumière rouge lui passa juste entre les épaules. Puis un autre. Et encore un autre.
L'homme s'acharnait pour lui faire lâcher prise, mais il tenait bon, esquivant encore et encore les sortilèges qu'il lui envoyait. Scorpius l'aidait en se débattant tant qu'il pouvait : il tortillait son corps dans tous les sens, essayait de se libérer de la prise de l'adulte et tentait de le frapper au visage de sa main libre. Albus priait pour qu'il tienne bon.
Soudain, Scorpius parvint à asséner un uppercut bien senti sous le menton de l'homme au moment où celui-ci envoyait un nouveau sortilège. Sous le choc, son corps se tordit, et la main qui tenait sa baguette se retrouva sous les yeux d'Albus. Il n'eut le temps que de voir un flash rouge lui arriver en pleine tête. Sa main lâcha prise, il se sentit chuter, puis tout s'évanouit.
Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !
Alors oui, c'est sans doute le plus horrible des cliffhangers que je puisse écrire. Et aussi la pire récompense pour tous les lecteurs qui arrivent à ne pas prendre de pause dans le suivi des sorties de cette histoire pendant les fêtes. Mais ne m'en veuillez pas, je vous aime fort ! Et j'ai même l'audace de vous demander de ne pas me détester et de s'il vous plait bien vouloir écrire encore une petite review, juste pour moi, juste pour me dire ce que vous en avez pensé !
La semaine prochaine, la vie va pas être facile pour Albus, et moins encore pour Scorpius. Le réveil va être douloureux. Il y a mille questions à se poser à ce stade, et presque toutes recevront une réponse le vendredi 6 janvier dans le chapitre 28 : Le Bourreau de Scar.
Par pitié laissez-moi un petit mot pour me faire un coucou, même si vous n'écrivez qu'une phrase ! Je saurai au moins que vous êtes passé, et ça me collera le sourire pour le reste de la journée !
Courage, et bonne semaine !
