Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Normalement je devrais commencer par vous souhaiter une très bonne et heureuse année 2023 en ce chapitre du 6 janvier, mais quelque chose me dit que vous m'attendez avec des fourches et des torches. Donc autant parler direct du sujet qui fâche : j'ai pris un avocat puisque pas moins de cinq reviews différentes me menaçaient de procès suite au cliffhanger de la semaine dernière. Mon lectorat est constitué d'adorables fous !

Bon, je suppose que c'était mérité. Vais-je arranger ou aggraver mon cas avec ce chapitre ? Je vous laisse le découvrir. Je voulais juste vous dire mille mercis pour vos réactions et vos messages, si je suis capable de vous émouvoir ainsi c'est parce que ces deux grands nigauds vous touchent à présent autant que moi, et c'était mon but depuis le début.

Une petite réponse à Mathilde qui m'a laissé une review anonyme grandiose (si frustrant de pas pouvoir y répondre en direct argh !). Je suis si honoré de t'avoir donné envie de prendre le temps de me laisser ces mots. Merci, merci merci ! J'espère que ces derniers chapitres ne te décevront pas, pour ma part je crois qu'on entre dans un diptyque de chapitres forts, intenses et sur lesquels j'ai donné énormément. Que ce final soit à la hauteur de l'aventure !

Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture ! Et bonne lecture à vous toutes et tous.


Chapitre 28

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Le bourreau de Scar


Albus avait chaud. Et mal. Mais plus chaud que mal.

Il ouvrit les yeux. Il était allongé sur l'herbe, le long d'un chemin de terre, à l'orée d'une forêt. Des oiseaux piaillaient et le soleil venait le frapper de ces rayons pâlots mais étrangement chauds dont on fait l'aube du printemps, droit sur son dos endolori.

— Scorp…

Il se releva en sursaut, le cœur battant. Son dos, ses épaules et ses hanches lui faisaient mal, sans compter que vu comment l'herbe était aplatie, il avait passé un certain temps là, inconscient et étalé sur le bord du chemin. Son front le lançait, il y passa sa main et sentit la texture rugueuse du sang qui avait séché. Dans sa chute, il s'était sans doute ouvert l'arcade. Même constat pour son genou qu'il pouvait apercevoir à travers un trou de son jean, lui aussi abîmé par la chute. Pourtant, tout cela ne l'inquiéta que peu comparé à l'abominable silence qui résonnait dans sa tête. Scorpius n'était plus près de lui. Il avait quitté son esprit.

— Oh non, oh non, Scorpius, putain !

Il sauta sur ses pieds. Les hautes herbes aplaties sur une dizaine de mètres lui firent comprendre que sa chute n'avait pas été douce, s'il en doutait encore. Albus sentait son cœur battre dans sa poitrine et ses mains tremblaient. De désespoir, il fouilla à nouveau dans son esprit, en haut, au fond, à droite, à la recherche de Scorpius, mais il ne sentit rien de plus. Rien d'autre qu'une absence terrible et froide. Alors la panique se déversa dans son cœur avec la force d'un torrent dont le barrage aurait rompu.

— Scorp ? SCORP !

Il cria encore une fois, puis une autre. À ses appels, seuls répondirent les joyeux sifflets des oiseaux de la forêt, inconscients du drame qui se jouait. Albus dû se rendre à l'évidence : il était seul. Les Fils du Phénix avaient réussi leur coup : ils avaient enlevé son meilleur ami. Son petit ami. Bordel, le seul garçon sur cette Terre qui le comprenait parfaitement, son compagnon d'arme de toujours, son frère de cœur, le garçon qu'il aimait. Disparu, enlevé.

Les larmes coulaient le long de ses joues, mais Albus ne se résignait pas. Scorpius n'avait pas pu aller bien loin : il avait senti en lâchant prise que le transplanage perdait en vitesse, ce qui signifiait que son ravisseur avait été sur le point d'atteindre sa destination. Scorpius et lui n'étaient peut-être qu'à quelques kilomètres de là ! Albus se promit qu'il les retrouverait, même s'il devait se tuer à la tâche. Son instinct de survie s'étendait désormais à Scorpius, c'était plus fort que lui. Il devait le sauver. Il devait le protéger. Il ne pourrait jamais vivre dans un monde où Scorpius n'était plus.

D'un geste empli de rage, il essuya ses joues des larmes qui y coulaient. Lui qui avait toujours tout plus ou moins raté jusqu'à récemment, aujourd'hui plus que jamais il devait réussir. C'était une question de vie ou de mort ! Mais pour cela, il devait procéder avec méthode.

Des deux côtés, le chemin se perdait à travers les arbres. Il fallait décider par où partir. À en juger par la direction dans laquelle l'herbe était aplatie et par l'endroit où il s'était réveillé, ils transplanaient vers le nord au moment où il avait lâché prise, aussi Albus décida de suivre le chemin dans cette direction. Il se mit à courir. Il avait toujours mal à la tête et son sang battait contre de ses tempes, mais il s'en moquait. Il n'avait pas le luxe de prendre son temps.

— Ah, mais je suis con en fait !

Il s'arrêta et chercha au fond de lui la source chaleureuse de son animagus. Il parvint sans trop de mal à s'y connecter, si bien qu'en quelques secondes bien moins désagréables qu'auparavant, il avait pris sa forme canine. Il se mit à courir bien plus rapidement que son corps d'humain ne lui permettait, suivant le chemin à toute allure. Dans cette forme-là, il profitait moins des belles couleurs de la forêt au printemps, mais il courait vite et il avait un excellent odorat. Il sut immédiatement qu'il se trouvait sur une île. La forêt filtrait l'odeur d'iode qui s'échappait des plages et de la mer si bien qu'un garçon normal ne pouvait la percevoir, mais c'était une évidence pour un chien.

Il courait toujours à pleine vitesse tandis qu'il réfléchissait. Il parvint à maintenir ce rythme pendant une dizaine de minutes lorsqu'enfin le chemin bifurqua hors de la forêt vers des groupements de maisons. Un village ! Il s'arrêta au niveau d'un panneau de direction qui en donnait le nom.

« Scar, Orkney, 3 Mi »

Orkney ? Comme les îles Orkney ? Ils étaient donc remontés suffisamment au nord pour avoir quitté l'île de Grande-Bretagne et se trouvaient à présent au cœur de cet archipel d'Écosse, perdu dans la Mer du Nord ? Et Scar… Pourquoi donc ce nom lui disait-il quelque chose ? Comme s'il l'avait déjà entendu quelque part mais ne parvenait pas à se souvenir d'où. Un cours à Poudlard ?

Soudain, une curieuse odeur piqua ses sens de border-collie. Une odeur qu'il n'avait pas sentie depuis plusieurs mois, mais qui était particulièrement reconnaissable. Au petit trot, il s'éloigna de la route et se laissa guider par ses sens jusqu'à tomber sur une plante aux grosses feuilles qui ressemblaient à de la rhubarbe, dont les fleurs bleues de givre trahissaient l'espèce. De la glacipalme ! Et ce n'était pas la seule : sur toute la prairie, à perte de vue, il pouvait voir des centaines de ces belles fleurs.

Toutes les pièces du puzzle se mirent alors en place dans sa tête. Scar était connue pour sa glacipalme sauvage de première qualité, laquelle était très recherchée ! Il l'avait lu dans son livre sur les ingrédients pour les potions !

Albus repéra une colline à quelques centaines de mètres qui semblait donner sur la mer alentour. Il se mit à courir en direction de son sommet. Si la glacipalme poussait si bien ici, c'était à cause de la présence de centaines de Détraqueurs dans la région, bon sang, tout était clair à présent ! Tandis qu'il arrivait au sommet, une anxiété sourde se mit à résonner en lui. Une fois sur la cime de la colline, il reprit sa forme humaine afin de retrouver une meilleure vue. Puis il s'assit dans l'herbe fraîche et humide de rosée, l'œil fixé au loin, interdit.

Au large, bien au large dans la mer, elle apparaissait. Sombre, sinistre, battue par les flots, bâtie sur un rocher aussi désolé qu'elle, la tour triangulaire de la prison d'Azkaban s'élevait, lieu maudit s'il en était. Scar était le lieu où l'on avait bâti Azkaban. Voilà pourquoi il y avait tant de Détraqueurs ici, et donc tant de glacipalme.

Albus essaya de faire le point. Il était certain que la proximité d'Azkaban avec l'endroit où l'homme en noir avait essayé de les emmener n'était pas une coïncidence. En revanche, il était impossible de transplaner à Azkaban pour des raisons évidentes, aussi ce ne pouvait être le lieu exact où ils étaient apparus. À moins qu'il n'eût prévu de leur faire traverser la mer d'une quelconque manière, mais si tel était le cas, Albus se demandait bien quelle pouvait être cette manière. Les flots étaient déchaînés et le vent tourbillonnant rendait hasardeuse toute approche aérienne.

De là où il était, il pouvait distinguer les embruns au sommet des vagues, les courants puissants, sans compter le vent salé qu'il se prenait en plein visage à présent qu'il avait gravi la colline. Il priait de tout son corps, de toute son âme pour que son petit ami n'ait pas été emmené à Azkaban, car il ne connaissait aucun moyen de s'y rendre. Même Scorpius n'aurait jamais tenté de rejoindre la prison sur un balai tant le vent semblait scélérat. Et si Scorpius ne s'y risquerait pas, c'était que lui n'avait aucune chance. De toute façon, il n'avait pas son balai.

Albus porta son attention sur le petit village qu'il distinguait au bout du chemin qu'il avait suivi. Scar. Il n'y avait que quelques maisons à peine, dont la plupart étaient en ruines. Le village, sans doute habité autrefois par des pêcheurs, avait dû se vider lorsque les Détraqueurs furent recrutés pour surveiller Azkaban. Leur présence rendait l'endroit sinistre même pour ceux qui ne savaient les voir. Peut-être le village était-il habité par les quelques sorciers encore en poste dans la prison ? Pourtant, sa tante l'avait faite fermer sitôt devenue Ministre de la magie.

Une petite maison solitaire, plus proche des falaises que les autres, attira l'attention d'Albus. De toutes les maisons, c'était la seule qui semblait habitée. On y voyait de la lumière poindre des fenêtres, lesquelles s'animaient parfois de jeux d'ombres qui auraient pu être des silhouettes… ou bien les reflets du levant et des nuages. Il n'y avait qu'un moyen de savoir et Albus n'avait pas d'autre piste. Autant essayer. Le village était encore loin, aussi il se retransforma.

Malgré l'énergie folle que lui conféraient l'adrénaline et la panique qui coulaient toujours dans ses veines, il ne reprit pas sa course sur le même rythme qu'avant. Son sprint l'avait épuisé et le village semblait loin, il devait ménager ses forces. Il prit l'allure d'un petit trot à travers champs.

Il devait régulièrement franchir une barrière de fil barbelé ou bien un petit muret de pierres, mais il préférait cela à devoir marcher sur le chemin. D'instinct, il préférait avancer à couvert. Après tout, la maison pouvait être une fausse piste, mais si elle en était une vraie, alors il avançait droit dans la gueule du loup. Cela l'incitait à être prudent. Les hautes herbes et les champs ralentissaient sa progression, mais ils lui permettaient d'avancer caché. De temps en temps, il se dressait sur ses pattes arrières et essayait d'apercevoir la maison, mais sa vue de chien ne parvenait plus à distinguer ce qu'il avait pris pour de la vie aux fenêtres.

Il avait mal aux pattes et son cœur battait, mais il continuait d'avancer. Cent mètres, un muret au-dessus duquel il sautait de justesse. Cinquante mètres, une barrière de bois qui l'obligeait à ramper. Encore cinquante mètres, et des barbelés qu'il devait contourner.

Le soleil était complètement levé lorsque enfin la maison fut assez proche pour qu'il l'aperçoive dépasser au-dessus des hautes herbes.

Si sa vision était mauvaise, ses autres sens étaient affutés. Son odorat avait beau être saturé d'odeurs d'iode et de glacipalme, si bien qu'il aurait été incapable de sentir Scorpius même à côté de lui, son ouïe en revanche était nette. Si nette qu'il parvenait à entendre des mouettes crier depuis le bas de la falaise de l'autre côté du village. Seuls le vent et les animaux troublaient son écoute attentive.

Le son lui parvint d'abord faiblard, porté par une bourrasque. Il était étouffé, comme si on avait voulu l'empêcher d'être emporté par le vent, si bien qu'Albus crut que ce n'était rien d'autre que le battement de l'air contre ses tympans. Et puis cela recommença. Plus net, plus clair cette fois. Un cri.

Albus sentit son sang se glacer dans ses pattes. Il cessa tout mouvement et tendit l'oreille, mais rien ne vint. Il reprit sa marche en essayant d'être le plus silencieux possible. Il sauta par-dessus un muret de pierres effondré, la maison n'était plus qu'à quelques centaines de mètres.

Encore un cri. Un cri de garçon. Un long cri éraillé, glaçant, abominable, comme arraché de force à son propriétaire. Mais toujours étouffé, comme si on avait voulu l'empêcher de sortir. Albus n'était pas sûr que ce fût Scorpius qui hurlait ainsi, il n'avait pas su reconnaître la voix, mais il priait, oh Merlin il priait pour que ça ne soit pas lui. Car ce cri était si horrible, si hors de ce monde, que l'idée même qu'il puisse être arraché de la gorge de Scorpius suffisait à faire se coaguler son sang dans ses veines.

Albus courait à nouveau. Non seulement la maison était bel et bien habitée, mais ces hurlements ne pouvaient que présager des choses terribles qu'elle abritait. Il arriva en un rien de temps au bord d'un mur de pierres qui en faisait le tour. Il cessa de courir, il devait passer pour un chien errant désintéressé au cas où quelqu'un l'aperçût. Il contourna le mur et atteignit le portail de la maison, fermé lui aussi. Il y avait sur le côté une petite boîte aux lettres, sur laquelle Albus parvint à déchiffrer le nom du propriétaire de la maison malgré sa vision déplorable.

« Arogado McKinsey, Directeur ». Directeur ? Directeur de quoi ? Azkaban ? Ce serait sensé, vus la proximité avec la prison et l'éloignement avec le reste du village qui permettait de partir en bateau chaque matin sans que qui que ce soit ne se pose de question… Mais il était tout aussi possible qu'Arogado McKinsey soit le directeur du bureau de tabac local et rien de plus. Sans doute un moldu, d'ailleurs.

Il y eut un crac sonore qui le fit sursauter. Puis un autre. Tout à coup Albus fut entouré de deux hommes aux mines patibulaires.

Oubliant qu'il avait l'apparence d'un chien, Albus se mit à chercher à toute vitesse une échappatoire, ou une excuse pour justifier sa présence. Il n'en eut nul besoin, puisque les deux hommes lui adressèrent un regard étonné pour l'un, attendri pour l'autre.

— Oh, un petit chien !

Albus se sentit piqué. Il n'était pas petit ! Pas grand comme un Saint-Bernard certes, mais pas petit comme l'un de ces rats transformés qu'on appelait un chien.

— T'as vu le chien ? répéta l'homme d'un air niais.

— Ta gueule, Burt, grogna l'autre.

Le premier qui avait parlé était un homme petit et replet. Il avait un visage rondouillard et observait Albus avec des yeux tendres et un air franchement stupide. Le second, grand, fin, sec, avait l'air antipathique. Tous les deux avaient le crâne dégarni et des lunettes, et tous les deux devaient avoir la cinquantaine. Albus avait l'impression de les avoir déjà vu quelque part.

Le gros homme tendit sa main vers lui et lui caressa la tête, ce qui lui donna envie de vomir. Son odeur était répugnante, moite, transpirante, inamicale.

— Il est quand même mignon ! On dirait qu'il est domestiqué, affirma le dénommé Burt.

— Un chien domestique, ici ? T'es con ou quoi ? se moqua le grand.

— Oh, lâche-moi un peu, grogna l'autre.

Le plus grand ouvrit le portail de la maison. Albus sut que c'était son unique chance de s'infiltrer et, bien que cela le dégoûtât, il allait devoir jouer la carte de l'amitié. Tandis que le gros homme passait devant lui, Albus lui adressa cet air admiratif qu'avaient toujours les chiens pour leurs amis les humains.

Lorsqu'il voulut franchir le portail, le grand arrêta net son compagnon.

— T'es fou ou quoi, Burt ! Tu sais ce que dit le patron : aucun animal ne doit traverser ce portail !

— C'est un chien, Will, enfin. Ce n'est pas ton ex-femme, rien de mal ne va t'arriver !

— Crétin ! Tu sais très bien que ce chien pourrait être un animagus !

Burt éclata d'un rire grossier.

— Alors là ! Si c'était un animagus, je paierais cher pour voir le peigné du cul qui sert de père au gamin se transformer en ce sac à puces.

Un gamin ? Quel gamin ? Et puis, sac à puces ? Albus eut envie de mordre quelqu'un. Il n'était pas un sac à puces ! Il voulut grogner mais se retint, profitant plutôt de ne plus avoir l'attention des deux hommes sur lui pour se faufiler dans la petite cour.

— Putain t'es emmerdant, Burt, il est entré maintenant !

— Je vais l'attraper, t'inquiète !

Le gros homme voulut lui courir après, parfait ! Albus prit position comme un chien qui jouait, puis se mit à bondir et éviter les assauts en aboyant joyeusement.

— Arrête de le faire gueuler ! s'énerva le grand.

— Mais j'y peux rien, moi ! C'est un chien, et les chiens ça gueule.

— Tu vas attirer tout le village ! renchérit l'autre.

— Le village est vide depuis genre deux siècles, t'es con ou quoi ?

Albus se mit à aboyer de plus belle.

— Oh putain… Vire-moi ce chien, Burt, ou je te mets une beigne.

Le gros homme déglutit, essaya encore à deux reprises de l'attraper mais sans y parvenir. Albus prenait un malin plaisir à aboyer aussi fort qu'il pouvait. Alors qu'il allait tenter une troisième fois, une fenêtre s'ouvrit. Albus ne put pas voir qui était l'homme qui hurla, mais il entendit très clairement sa voix rocailleuse :

— Oh, les deux cons ! Faites gueuler ce chien ne serait-ce qu'une fois de plus et je vous balance du haut de la falaise !

Albus aboya. L'homme poussa un cri de rage.

— Rentrez, bande d'abrutis ! Rentrez, et surtout fermez bien votre gueule pour la journée !

Les deux hommes ne se firent pas prier. Le grand ferma le portail, tandis que le gros époussetait sa veste en essayant de reprendre une posture détachée.

— Tu vois ce que ça cause, tes conneries, Burt ? provoqua le dénommé Will.

Burt poussa un soupir exaspéré.

— Mais on s'en fout à la fin, c'est pas un animagus de toute façon, tu l'as bien vu non ? Et puis d'ailleurs j'ai lu toute la liste des animagus recensés et aucun n'est un chien !

— Ah oui, c'est vrai que les animagus pas recensés ça existe pas du tout en fait ! Ça me rappelle cette fois, tu sais, à Az… Comment il s'était évadé, déjà, ce mec là, Sirius Black ?

— Ça va, ça va, grogna Burt.

— Et ses autres potes là, c'était quoi leur particularité, déjà ?

— Ça va j'ai dit !

Ils disparurent à travers la porte d'entrée. Albus prit soin de s'éloigner de la vue de toutes fenêtres et se retransforma. Une fois retrouvée sa forme humaine, il se rendit compte qu'il avait le souffle court et que son cœur battait toujours autant. À présent il en était sûr, ces hommes étaient des anciens d'Azkaban. Cela voulait-il dire que tous les anciens gardiens d'Azkaban étaient des Fils du Phénix ? Ou bien ces hommes n'avaient-ils rien à voir avec l'enlèvement de Scorpius ? Bien qu'ils n'eussent pas l'air futé, leurs intentions ne semblaient pas recommandables.

Il devait en avoir le cœur net et pour cela il lui fallait rentrer dans la maison. Il essaya de pousser toutes les fenêtres à sa portée, mais aucune ne s'ouvrit. Il voulut tenter un sortilège de crochetage, mais il ne vit aucune serrure sur laquelle lancer le sort. Tandis qu'il continuait son tour de la maison en rasant les murs et en évitant d'être vu à travers les rideaux, il arriva derrière la bâtisse, où une belle porte de jardin blanche donnait sur une terrasse avec une vue magnifique sur la mer. Il dégaina sa baguette, s'approcha de la porte et murmura :

Alohomora.

La serrure cliqueta et il put ouvrir la porte. Il entra à pas de loup, accroupi, l'oreille aux aguets. C'était une petite cuisine sale et déserte, dont la porte était fermée. Il n'entendait aucun bruit, à l'exception des bruits de pas sourds, à l'étage. Avec les mêmes précautions, il referma la porte blanche, traversa la pièce et poussa doucement sur la porte opposée. À nouveau, personne. La cuisine donnait sur un fin corridor à peine assez large pour une personne, dont le parquet grinçait et où tout était aussi sale que dans la cuisine.

Les lieux donnaient l'impression à Albus d'être abandonnés. Tout était recouvert d'une épaisse couche de poussière, le bois était humide et l'air lourd empestait la naphtaline, comme s'il était entré dans une maison déserte depuis des années. Pourtant, il y avait bien des signes de vie à l'étage. Il avança sans bruit le long du couloir. Sur sa droite, une série de placards donnait accès à des rangements sous les escaliers. Il savait déjà où aller : en haut. Il priait pour ne pas s'être trompé, il priait pour que Scorpius soit bel et bien là et pour qu'on ne lui ait pas fait de mal.

Une chose l'inquiétait cependant. Plus personne ne hurlait, cependant Scorpius n'avait toujours pas retrouvé sa place dans son esprit. Auparavant, seule la distance avait pu l'en faire disparaître, aussi s'il ne le sentait toujours pas revenu, cela voulait dire qu'il n'était pas là… Mais bien que la raison le poussât à abandonner, son instinct lui criait de rester là, qu'il était sur la bonne voie !

Effaré, Albus vit la poignée d'une porte au loin s'abaisser comme au ralenti. Vif comme l'éclair, il se propulsa dans un placard entrouvert et referma la porte sur lui.

— … de fous ! À quoi ça rime de jouer comme ça avec un prisonnier, je te le demande… C'était pas le plan, en plus, au début ! On le retrouve, on fait le rituel, crac un bon coup de couteau et c'est terminé.

Albus reconnut la voix de Burt.

— Le patron est vexé, tu sais que le gamin a failli s'échapper ?

Il reconnut aussi cette seconde voix. C'était celle de la fille qui parlait parfois à la radio avec Maury : Elisabeth Landnorth. Restait à deviner qui était ce fameux patron ? Le directeur d'Azkaban, McKinsey ?

— Ah non, j'étais pas au courant. Mais entendre un gosse crier comme ça, moi ça me donne de la spasmophilie.

Le duo s'arrêta à quelques centimètres du placard d'Albus. Il mit sa main devant la bouche pour s'empêcher de respirer trop fort, mais il était persuadé que le tambour incessant de son cœur dans sa poitrine suffirait à le trahir.

— Écoute, à peine on l'enchaîne que le gamin se transforme en aigle ! Je suis sérieuse, en aigle ! Le gamin est un putain d'animagus ! On a tous cru qu'il allait filer, mais tu sais pas la meilleure ? Ce con a pas réussi à viser la fenêtre ! Il s'est mangé le toit et est retombé, il volait comme s'il ne s'y était jamais entraîné !

Elle rit à gorge déployée. Albus était partagé entre l'excitation et la terreur. Scorpius était là ! C'était lui et il avait failli réussir à s'échapper seul ! Mais d'un autre côté, ces cris… Bon sang de Merlin, ils le torturaient ? Albus ne se le pardonnerait jamais s'ils le torturaient ! Il repensa aux cris et eut un haut-le-cœur. Ses mains tremblaient et sa tête tournait.

— Un animagus ? Le gamin ?

— Ouais ! Tout assommé après son coup d'éclat, il a fallu que d'un sort et on l'a rechoppé. Le patron était furax, il lui a fait boire tout un flacon de potion de terrassement et depuis il est là-haut avec le gamin.

Ils reprirent leur route. Une potion de terrassement ! Il ne pourrait plus faire de magie avant un bon moment !

— Tu sais quand le patron fera le rituel ? Ce soir, j'espère. Marre d'entendre un gamin hurler à la mort, je peux pas me retirer de la tête qu'il a l'âge de mon fils.

— Oh, Burt ! Tu me fais quoi, là, c'est pas un gamin normal hein ! Ton fils c'est pas le fils de Voldemort que je sache !

— Ouais, mais même. J'ai beau me dire qu'on fait ça pour le bien commun et que y a Voldemort au fond de lui, j'imagine mon môme de dix-sept ans à sa place. J'demande pas grand-chose, juste qu'il arrête de le faire gueuler et qu'il lui tranche la gorge, qu'on en parle plus.

Albus ne put retenir un gémissement. Bordel, ils le torturaient !

— Ce sera bientôt fini. Courage, Burt, on sera des héros !

— Hmm.

Ils montèrent l'escalier.

— Oh, une dernière chose… reprit l'homme. Tu peux éviter de dire à Will que le gamin était un animagus ? Il va encore me les briser avec ce clebs sinon.

Elle rit.

— D'ailleurs, fit encore la voix de Burt, ça t'étonne pas toi qu'il soit un animagus mais qu'il ne se change pas en serpent ? Après tout, s'il est le fils de…

La porte à l'étage claqua et l'on n'entendit plus rien.

Albus sortit en titubant du placard. Le monde tournait autour de lui, les murs flottaient. Il respirait mal, son cœur n'avait de cesse de le faire souffrir car tous, absolument tous les mots qu'il avait entendus le terrifiaient. C'était un véritable cauchemar, ils allaient le tuer ! Ils le torturaient et ils allaient le tuer ! L'assassiner !

Ses jambes se dérobèrent et Albus s'effondra au sol, étalé contre le mur. Il pleurait en silence. L'effroi de sa situation le terrassait. Il était seul, dans une maison avec au moins quatre assassins complices qui planifiaient de mettre à mort Scorpius, le garçon qu'il aimait. Il n'avait aucun moyen de prévenir qui que ce soit, personne ne savait où il était et on le tuerait si on le découvrait.

Curieusement, la perspective de perdre la vie ne l'effrayait pas, car s'il mourait, alors Scorpius était perdu. Or il n'avait aucune envie de vivre dans un monde où on aurait assassiné devant ses yeux ce garçon, son air, son sang.

Il lui fallait un plan. Il ne pouvait pas simplement se pointer à l'étage et tirer dans le tas. Cela avait déjà été sa « stratégie » lorsqu'ils avaient été attaqués dans le dortoir et cela n'aurait jamais marché sans le réveil providentiel de Nigel et Kyle, ainsi que l'arrivée de leurs parents. Mais il n'avait pas pu résister. Ce soir-là, la rage de voir qu'on s'en prenait à Scorpius, qu'on lui voulait du mal, avait été suffisante pour lui faire perdre la raison et lui donner envie de foncer dans le tas. Il ne devait pas commettre la même erreur. Car ici, il possédait un avantage de taille : la surprise. Personne ne savait qu'il était là et personne non plus ne savait l'étendue de ses pouvoirs lorsqu'il était avec Scorpius. Il pourrait…

Son flot de pensée fut interrompu par le cri le plus abominable qu'Albus n'ait jamais entendu. La voix de Scorpius, claire comme de l'eau à présent, lui transperça les tympans, les veines, le cœur et la raison. Ce cri était empli d'une telle souffrance qu'il lui fit mal, physiquement mal. De souffrance, Albus perdit tout sens commun. Il sauta sur ses pieds et se mit à monter les marches de l'escalier quatre à quatre. Ça devait cesser, bon sang, quelqu'un devait sauver Scorpius ! Personne ne pouvait le faire souffrir autant, c'était inhumain !

Bombarda !

La porte de l'étage fut soufflée hors de ses gonds par l'explosion qui suivit.

La scène qui s'offrit à Albus peuplerait sans doute ses cauchemars pour les années à venir. Il n'y avait qu'une seule grande pièce et pas de plafond : on pouvait voir la charpente et le toit de la maison. Au centre de la pièce, quatre demi-colonnes de pierre qui n'atteignaient pas le sommet de l'édifice délimitaient un genre de ring sans cordes. Au milieu du ring, on avait tracé un cercle de peinture blanche et divers symboles, sans doute des runes. Tout autour de la pièce, pas moins de douze, non, quatorze personnes se trouvaient disposées en cercle. Une quinzième personne était au sol, assommée par la porte qui venait de voler hors de son encadrement. Une seizième était au centre. Sans doute le fameux patron, McKinsey… Il tenait dans sa main gauche une baguette d'un bois rouge sanguin et à ses pieds était la masse informe que formait le corps, torse nu, de Scorpius qui avait perdu connaissance. De deux poutres partaient de lourdes chaînes qui menaient à deux anneaux de fer qui étaient passés autour de ses poignets. Chaque centimètre carré de la peau du garçon était à vif, perlé de sang, comme s'il avait été griffé de partout. Sans compter les nombreuses ecchymoses qui recouvraient son corps.

La vision d'horreur emplit Albus d'une rage sans nom. La porte n'était pas encore retombée au sol qu'il se mit à viser une par une toutes les personnes présentes, en commençant par le fameux patron.

Stupéfix ! Stupéfix ! STUPÉFIX !

Jamais Albus n'avait tiré avec autant de précision et de rapidité ! Les éclairs rouges quittaient parfois sa baguette avant même qu'il eut prononcé le sort, si bien qu'en trois mots il avait déjà mis à terre six personnes dans l'assistance.

STUPÉFIX ! STUPÉFIX !

Et quatre de plus au sol !

STUPÉFIX !

Quelqu'un d'autre venait de parler. Albus eut juste le temps de mettre à terre deux personnes de plus qu'il vit McKinsey, baguette à la main, diriger sur lui un éclair rouge qui l'atteignit en pleine poitrine. De tous les éclairs de stupéfixion qu'Albus avait tirés, le seul qui n'avait pas fait mouche fut le premier, que le patron avait esquivé avec des réflexes hors de ce monde, avant de lui en renvoyer un. Le monde s'effaça. Albus perdit connaissance.


...

...

Vous allez encore m'en vouloir hein ? Je suis sûr que vous allez encore m'en vouloir.

Merci de m'avoir lu en tout cas, j'espère que malgré la frustration, ça vous a plu !

Al voulait être discret, faire un sauvetage en règle... mais Al a surestimé la force de son esprit, sa capacité à ne pas vriller en entendant quelque chose d'horrible. Ce qui devait arriver arriva. Seul contre seize, c'est souvent un mauvais calcul. Donc la catastrophe s'épaissit, la mouise s'intensifie, et en plus il faut attendre encore une semaine pour la suite. Mais pas d'émeute, je vous prie, pas d'émeute ! Pour vous faire patienter, je peux vous révéler que le prochain chapitre va vraiment vous plaire, je pense, qu'il est long, tragique, dramatique, intense, dingue. Voilà ! Donc, la suite le vendredi 13 janvier, pour le chapitre 29 qui s'intitule... Il s'intitule, euh... Euh... Fichtre, j'ai oublié !

Bon, pas grave. Il a un titre cool en tout cas, ça va sans doute me revenir bientôt !

Bonne semaine à toutes et tous ! Et bien sûr, si vous voulez manifester vos envies de meurtre en review, ça me fera chaud au cœur de les entendre !