Chapitre 2.
Les premiers jours ne se déroulèrent pas différemment de mes longues journées à New York, plongé dans de vieux dossiers. Un sous-sol restait un sous-sol, l'odeur d'humidité est la même partout. L'ennui aussi…C'est toujours la même chose sauf qu'aujourd'hui, je n'ai même plus le droit de sortir pour manger, je n'ai plus le plaisir d'aller acheter moi-même mes aliments et je connais déjà par cœur le trajet qui mène de mon appartement à ce sous-sol.
Kramer me rend parfois visite pour contrôler l'avancée de mon travail. Il ne manque pas de me préciser certaines des règles édictées dès le premier jour… Règle que je connais déjà mais il semble éprouver un réel plaisir à me rappeler à quel point il contrôle tous les aspects de ma pauvre vie. Il lui arrive même de m'apporter un café et de pousser le vice jusqu'à me demander comment je trouve la vie dans la capitale.
Je n'arrive toujours pas à déterminer s'il m'a fait venir ici pour se servir de moi ou simplement pour avoir le plaisir de me torturer jour après jour. Ce matin, j'avais trois dossiers posés sur ma petite table. J'allumai la lampe de bureau qui m'usait les yeux pendant des heures tous les jours. Deux dossiers de fraude et un dossier de contrefaçon au programme du jour…Pas si mal après deux jours entiers consacrés à relire des déclarations d'impôts.
Après deux heures de lecture, je vis arriver Kramer, son habituel sourire narquois plaqué sur le visage. J'en étais arrivé à détester cet homme et il devait le sentir. il savait parfaitement que j'étais obligé de le supporter et de faire ce qu'il me demandait si je ne voulais pas finir derrière les barreaux. Peter n'aurait jamais fait ça. Il avait parfois était injuste envers moi, me soupçonnant des pires duperies mais jamais il n'avait montré un tel mépris.
Kramer n'accordait aucune importance à ce que je pouvais dire ou à ce que je pouvais apporter à son équipe. Il voulait juste m'avoir sous son emprise et m'humilier à loisir. Je n'étais pas certain de pouvoir supporter ça pendant longtemps et, après seulement une semaine, j'en étais arrivé à redouter ce moment où il faudrait que je me rende au bureau. Le problème c'est que la même angoisse me prenait chaque soir au moment de rentrer dans cet appartement.
Les deux premiers jours j'avais essayé de trouver Peter. J'étais monté dans les étages à la recherche de son bureau, j'avais essayé de poser des questions à la personne qui tenait l'accueil. Mais Kramer avait vite eu vent de mes déplacements non autorisés et il avait cru bon de me préciser que Peter n'avait aucun besoin de m'avoir sur le dos. Il avait même ajouté que mon ancien ami était informé de mon arrivée et que, s'il souhaitait me rencontrer, il savait parfaitement où me trouver.
Je ne sais pas qi je l'ai vraiment cru mais, que ce soit vrai ou non, je doutais que Peter descende un jour me rendre visite dans le trou où on m'avait enterré. Kramer, comme à son habitude, s'assit sur le rebord du petit bureau qu'on m'avait alloué. Il semblait particulièrement ravi ce matin et je sentis mon estomac se nouer en imaginant ce que ce sourire pouvait bien cacher.
-Neal, comment ça va ?
-Comme hier.
Je me contentais toujours de réponses courtes et évasives. Je n'avais aucune envie d'étaler mes sentiments devant cet homme et j'essayais de ne rien laisser voir de ma déception et de cette lassitude qui s'était emparées de moi depuis mon arrivée dans cette ville.
-J'ai une mission pour toi.
Enfin une occasion de sortir de ce bâtiment, de mon rituel quotidien. Mais mon espoir fut de courte durée quand Kramer sortit un nouveau dossier de derrière son dos. Il le posa sur la table et je compris vite qu'il s'agissait d'un piège.
Il s'agissait d'un vieux dossier Le vol d'un tableau de Monnet au musée de Poznań en Pologne. En décembre 2000, un étudiant des Beaux Arts, désirant faire une reproduction du tableau, demanda une autorisation pour avoir accès à l'œuvre. Alors que la gardienne s'absentait, il avait remplacé l'original par une copie et il avait tranquillement quitté le musée. Le tableau La Plage de Pourville n'avait jamais été retrouvé. Je connaissais parfaitement ce dossier car j'avais pris beaucoup de plaisir à jouer le rôle de cet étudiant polonais.
Kramer le savait parfaitement. Même s'il n'avait aucune preuve de mon implication dans cette affaire, il avait bien l'intention de me confondre en me présentant ce vieux dossier.
-Que voulez-vous que je fasse ? Un petit voyage en Pologne… ?
-On a des raisons de penser que le tableau a été rapatrié aux Etats Unis avant d'être vendu…
Première erreur, Agent Kramer. Jamais je n'avais pu me résoudre à vendre ce tableau. Je l'avais longtemps gardé avant de le rendre à son véritable propriétaire. Ce tableau avait été volé, comme tant d'autres, durant la Seconde Guerre Mondiale, et je trouvais normal de le rendre à la famille à laquelle il avait toujours appartenu.
-Et vous voulez que je le retrouve ?
-Exactement.
-Il va peut-être falloir que je sorte de ce bâtiment pour ça. Je pourrais avoir besoin d'aller sur le terrain.
-On verra ça. Toute initiative est interdite.
Ça, je l'avais bien compris et je n'avais pas vraiment l'intention de beaucoup creuser ce dossier. Il était hors de question que je les mette sur la piste de ce tableau…sur ma piste.
-Je ferai de mon mieux mais je ne vois pas bien ce que je pourrais trouver après tant d'années sur un vol qui a eu lieu à des milliers de kilomètres.
-Il faudra faire mieux que ça, Caffrey.
Kramer avait pris l'habitude de m'appeler par mon nom et je détestais ça. Encore une chose que Peter ne se serait jamais permis de faire.
-Sinon… ?
Je savais qu'il aurait mieux valu que je me taise et que je me plonge dans ce dossier mais parfois ma langue fonctionnait plus vite que mon cerveau.
Kramer eut, une nouvelle fois ce sourire menaçant et il se pencha vers moi.
-Des accidents peuvent vite arriver et dans ce sous-sol…loin de tout…
C'était la première fois que la menace était aussi claire. Il n'avait jamais osé en dire autant auparavant mais il savait que je n'avais aucun moyen de me défendre, personne vers qui me tourner en cas de problème. Et il était suffisamment puissant et bien noté de ses supérieurs pour me faire taire ou faire passer mes propos pour des mensonges.
J'étais bel et bien piégé dans cette ville, dans ce sous-sol…
-Je ne peux quand même pas faire des miracles.
-Il faudra bien pourtant. Tu as jusqu'à demain.
Sur ces mots, il tourna les talons. Si je regardais les possibilités qui s'offraient à moi, je pouvais, soit me dénoncer et leur dire où était le tableau, soit ne rien dire et en subir les conséquences. Le choix, à supposer que s'en soit vraiment un, était facile à faire.
Je ne pouvais pas retourner en prison.
Je relus une dernière fois le dossier avant de le refermer. Il n'avait absolument aucune piste et il ne serait pas totalement absurde de prétendre ne rien avoir trouvé. Kramer pourrait bien faire ce qu'il voudrait, j'étais bien décidé à ne pas révéler à qui j'avais remis ce tableau. Il n'y avait aucune raison pour que cette famille ait des ennuis cause d'un vol que j'avais commis.
L'heure de rentrer chez moi arriva mais je n'avais pas vraiment envie de retrouver ce sordide appartement. Je parvins pourtant à me lever de la chaise où j'avais passé la journée. J'avais de plus en plus de mal à supporter ce manque d'exercice, cette immobilité forcée. Il fallait que je trouve un moyen de bouger un peu mais à moins d'un kilomètre autour de chez moi, il n'y avait aucune salle de sport, pas une piscine. J'avais bien essayé de courir mais à tourner en rond j'avais l'impression de me retrouver dans la cour de la prison.
Je me dirigeai vers la sortie en espérant croiser Peter. Tous les soirs, je changeais mon heure de sortie pour essayer de me retrouver nez à nez avec lui mais c'était peine perdue. Je finissais par avoir l'impression qu'il m'évitait. Si Kramer avait dit vrai, il était au courant de ma présence en ville et, nul doute que s'il avait voulu me voir, il n'aurait aucun mal à savoir où je travaillais et où je vivais.
Ce soir encore, pas de trace de Peter. A croire qu'il ne travaillait pas vraiment dans ce bâtiment. En une semaine, j'avais croisé des dizaines de personnes. Certains visages revenaient plus souvent que d'autres et je ne doutais pas que certains étaient même chargés de me surveillance discrètement pour le compte de Kramer. Mais jamais je n'avais pu croiser le regard de Peter.
Une fois rentré chez moi, je pris une douche rapide. L'eau chaude ne fonctionnait plus depuis deux jours. Mais lorsque j'avais essayé d'en parler à Kramer, il m'avait répondu que les douches froides étaient bonnes pour la circulation du sang. Que répondre à ça ? Que je ne pourrais plus travailler quand j'aurais attrapé une pneumonie ? Que j'avais besoin d'un minimum de confort pour pouvoir donner mon maximum ? Ce genre de remarques aurait sans doute fait sourire Peter mais avec Kramer cela n'aurait eu aucun effet.
Il se moquait bien de ma santé et mon rendement au travail n'était pas sa priorité. Il n'avait pas pu me mettre en prison alors il voulait me garder à l'œil, me neutraliser.
Comme tous les soirs, je m'allongeai sur mon lit en espérant que le sommeil viendrait me saisir rapidement. Le même souhait, tous les soirs et, tous les soirs, le même résultat, une nuit d'insomnie à me poser des dizaines de questions qui ne trouveraient aucune réponse. Il n'y avait plus de combat à mener, plus de méchants à arrêter et parfois j'en arrivais à me demander si le but de Kramer n'était pas de me pousser au suicide.
Ce genre de pensées n'était pas vraiment dans ma nature. Après la mort de Kate, j'avais traversé une période très difficile mais mes amis avaient fait groupe autour de moi et leur présence discrète et rassurante m'avait beaucoup aidé. Aujourd'hui c'était un peu différent car je n'avais jamais été aussi seul et isolé, et pourtant, je parvenais encore à imaginer des jours meilleurs. Kramer finirait par se lasser et il m'affecterait peut-être à une vraie équipe. Je ne demandais pas mieux que de rejoindre une équipe et les aider à résoudre des affaires.
Il allait me falloir être patient. Ce n'était pas vraiment ma première qualité mais ce n'est qu'à ce prix que je verrais mes conditions de vie s'améliorer. A quatre heures du matin, je finis par renoncer au sommeil et me levai. J'avais réussi à récupérer quelques feuilles blanches et deux crayons. Le papier n'était pas de très bonne qualité et, tailler un crayon avec un couteau de cuisine n'était pas l'idéal, mais, au moins, je pouvais dessiner. Je m'installai devant l'unique fenêtre du salon et je me replongeais dans mes souvenirs, laissant le crayon glisser sur la feuille.
Ces moments m'étaient précieux et je pouvais faire revivre sur ma feuille ces instants de bonheur, ces rires partagés. Toutes ces choses que j'avais crues éternelles et qui appartenaient maintenant au passé. Ce que je regrettais le plus c'était de ne pas avoir dit à Peter à quel point j'étais touché et reconnaissant de ce qu'il avait fait pour moi tout au long de ces années. Il avait cru en moi alors que j'en étais, moi-même, incapable. Il m'avait donné une nouvelle chance et, à chaque faux pas, il m'avait aidé à me relever.
Je crois que c'est ce que j'aimerais lui dire si je parvenais à le croiser dans ces couloirs. Ou peut-être devrais-je essayer de lui écrire et laisser le courrier à l'accueil. Mais Kramer l'intercepterait certainement et il était hors de question qu'il puisse lire ce que je pourrais écrire. J'avais essayé d'obtenir l'adresse de Peter et Elisabeth mais ça faisait partie des choses qu'il m'était interdit de savoir.
Le soleil pâle de l'hiver finit par se lever et avec lui une nouvelle journée commençait. Kramer allait venir me rendre visite et je lui dirais que je n'avais rien trouvé. Pour le reste…on verrait bien sur le moment. Je me dirigeai d'un pas lent vers le bureau où je passais mes journées, enfermé dans un sous-sol sans fenêtre. En arrivant, je vis une nouvelle pile de dossiers sur mon bureau.
Je pris place sur cette chaise et commençai ma lecture. Je m'attendais à voir débarquer Kramer mais il se passa de longues heures avant que quelqu'un ne descende me rendre visite. Kramer finit par s'avancer vers mon bureau mais il n'était pas seul. Je ne connaissais pas cet homme mais je savais pour quelle raison il était là.
-Bonjour, Neal. Alors, du nouveau dans le dossier Polonais ?
-Rien, ce dossier est trop vieux et je ne vois pas ce que je pourrais faire d'ici.
J'avais prononcé ces mots sans lever les yeux mais je pouvais sentir leurs regards posés sur moi. Quand cet homme me souleva de ma chaise et me poussa contre le mur, je compris que les prochaines minutes n'allaient pas être une partie de plaisir. Le premier coup me saisit à l'estomac et les autres s'enchainèrent, me laissant à bout de souffle et recroquevillé au sol.
-Il va falloir faire mieux pour demain.
Kramer s'était accroupi devant moi et pointait son doigt vers mon visage comme un instituteur en train de gronder un de ses élèves.
-Je tiens beaucoup à ce dossier.
Je me redressai, ne voulant pas lui donner le plaisir de me voir aussi vulnérable.
-Il n'y a rien dans ce dossier, je pourrais y passer des jours ça ne changerait rien.
Kramer se releva et tourna les talons, suivi de son homme de mains.
-A demain, Neal…
Bien sûr, je serai là, fidèle au poste…A condition que je parvienne à me relever. Il me fallut de longues minutes avant de réussir à rejoindre ma chaise. La douleur qui m'empêchait d'inspirer profondément indiquait probablement une ou deux côtes cassées. Mais le pire était, sans doute, ce sentiment que personne ne viendrait m'aider, personne ne s'inquièterait de me voir affaibli.
La journée me parut interminable et à l'heure de partir, je marchai lentement vers la sortie, perdu dans mes pensées. Une voix me sortit de ma rêverie et je cru d'abord à une hallucination. J'avais tellement espéré l'entendre que, maintenant que sa voix me parvenait, je n'arrivais pas à me convaincre que c'était réel.
-Neal…
Je ne pris pas la peine de me retourner et une main sur mon épaule me fit sursauter. Mauvaise idée de faire des mouvements brusques quand on a une côte cassée. Ma vue se troubla et il me fallut quelques secondes pour reprendre mon souffle.
Mais quand je rouvris les yeux, c'était bien lui qui se tenait devant moi, l'air étonné de me voir dans ce hall d'entrée.
-Peter…
Il posa une main sur mon bras et ce contact rendit finalement sa présence presque trop réelle. Je ne savais plus quoi faire, quoi dire. J'aurais voulu lui parler, tout lui raconter mais, du coin de l'œil je pouvais voir Kramer me surveiller. Evidemment, il n'était pas là, pas physiquement présent mais je savais, que d'un manière ou d'une autre, il saurait que Peter et moi nous étions croisé.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
Alors, Kramer avait menti. Peter n'était pas au courant de mon transfert. J'étais quand même étonné que Jones ne l'en ait pas informé.
-J'ai été transféré ici il y a un peu plus d'une semaine. L'Agent Kramer s'est occupé de tout.
-C'est bizarre que je ne t'ai pas vu avant…
-Je travaille sur de vieux dossiers.
Je ne pouvais pas en dire plus mais Peter me connaissait et il devait bien voir sur mon visage que quelque chose n'allait pas. Lui aussi avait eu des réticences devant les méthodes de son mentor.
-Ravi de t'avoir revu.
Je m'apprêtais à tourner les talons mais Peter me retint par le bras.
-Ça fait des semaines que je n'ai aucune nouvelle, je te croise par hasard ici et c'est tout ce que tu as à me dire ?
-Désolé, Peter mais je n'ai pas vraiment le droit de trainer dans les parages.
Je vis Peter froncer les sourcils comme il faisait quand il était contrarié.
-Je dois rentrer.
Je ne pouvais pas supporter d'être là, avec lui, sans pouvoir rien lui dire. J'avais répété des dizaines de fois le petit discours que j'aurais souhaité prononcer. Mais aucun de ces mots ne parvenaient à franchir mes lèvres.
Je m'éloignais lentement, essayant de maitriser cette douleur qui me coupait le souffle. Peter me rattrapa alors que je me retrouvais sur le trottoir.
-Tu peux au moins venir boire un café avec moi. Tu as sûrement des tas de choses à me raconter…
Je soulevai la jambe droite de mon pantalon et lui montrai mon nouveau bracelet.
-Désolé, ça va être compliqué.
-On peut aller à côté.
-Je n'ai pas le droit de m'écarter du chemin prévu pour retourner à mon appartement.
Peter fronça une nouvelle fois les sourcils. J'essayai de lui offrir mon plus beau sourire mais le cœur n'y était pas vraiment.
-Je te suis…
-Ecoute, Peter. Je suis très heureux de t'avoir revu mais je dois vraiment rentrer.
Je continuai mon chemin m'attendant à voir Kramer surgir pour me demander ce que je faisais à trainer sur le trottoir. Cet homme était très puissant et je ne voulais pas qu'il puisse nuire à Peter à cause de moi. Mais, repousser Peter, était au-dessus de mes forces. J'avais tellement besoin d'un ami. Alors, quand il se mit à marcher à mes côtés, je ne fis rien pour l'éloigner.
Quand nous arrivâmes à l'appartement, j'ouvris la porte et l'invitai à entrer. Je préparai un café en silence, laissant Peter apprécier le décor dans lequel j'évoluais depuis quelques jours.
-Charmant…
Je gardai le silence. Qu'aurais-je pu dire ? Que j'avais l'impression d'être de retour en prison, que chaque jour passé ici était un interminable combat contre le désespoir mais je me contentais de sourire et de poser devant lui une tasse de café fumant.
-Alors comment en es-tu arrivé là ?
-Je crois qu'ils ne savaient pas quoi faire de moi à New York. Alors ils m'ont envoyé ici. Ils devaient avoir besoin de quelqu'un pour ranger les vieux dossiers. Et toi ? Comment s'est passée ton adaptation dans ta nouvelle équipe ?
-Beaucoup de paperasse… et encore de la paperasse.
Il y avait cette pointe de regret dans sa voix qui m'interpela. Le travail de terrain devait lui manquer mais c'était, en grande partie, à cause du danger que cela représentait, qu'Elisabeth et lui avaient décidé de venir vivre ici.
-Et Elisabeth… ? Son travail doit beaucoup l'occuper ?
-Oui mais elle y prend beaucoup de plaisir.
-C'est une excellente nouvelle.
Je pouvais sentir qu'il avait d'autres questions à me poser mais un certain malaise c'était installé. L'éloignement et le temps avaient fait leur travail. Nous n'avions plus cette aisance qui caractérisait notre relation.
Peter but son café en silence avant de se lever et d'essayait, maladroitement de trouver les mots.
-Ça m'a fait plaisir de te revoir.
-Moi aussi.
Je me levais lentement essayant de ne pas réveiller la douleur dans mes côtes et lui tendit la main. Peter prit ma main avant de m'attirer à lui pour une chaleureuse étreinte. Je serrai les dents pour éviter de crier mais c'était peine perdue. Quand Peter me relâcha, je vis son regard inquiet se poser sur moi.
-Qu'est-ce qui ne va pas ?
-C'est rien. J'ai pris une mauvaise position en dormant. Mon dos me fait un peu souffrir.
J'étais au bord des larmes, non pas à cause de la douleur mais parce que je venais de mentir ouvertement à Peter pour la première fois. Il me crut et finit par tourner les talons et quitter cet appartement sordide où, pendant quelques minutes, j'avais eu l'impression d'être de retour à la maison.
Quand je fermai la porte, je ne pus retenir mes larmes. Ma maison c'était lui, ça l'avait toujours été et je m'en rendais douloureusement compte aujourd'hui. Les coups m'avaient fait mal mais voir Peter avait rouvert une blessure que je pensais cicatrisée. Il n'en était rien. Mes sentiments pour Peter étaient toujours là et je saignais de savoir que je ne pourrais jamais les partager.
