Chapitre 4.
Les deux jours suivants me permirent de me remettre un peu de mes dernières entrevues avec Kramer. Je ne savais pas si l'intervention de Peter y était pour quelque chose mais Kramer m'avait laissé tranquille et je n'avais pas revu Peter. Je pouvais m'accommoder de ce genre d'arrangements. J'étais entré dans un petit train-train qui n'avait rien d'excitant mais qui m'évitait de passer mes nuits à me tordre de douleur.
Kramer avait sans doute prit ses distances pour éviter d'éveiller les soupçons de Peter et provoquer une enquête qui aurait pu être gênante. Mais je me rendis compte qu'il n'avait pas renoncé quand je le vis devant mon bureau en arrivant ce matin. Le sourire qu'il affichait n'était pas fait pour me rassurer. Il était assis sur le bord du petit bureau sur lequel étaient encore posés les dossiers de la veille. Il me bloquait le passage de manière que je dus rester debout devant lui et attendre qu'il veuille bien m'expliquer la raison de sa visite.
-Neal, mon cher Neal.
-Agent Kramer.
J'essayai de garder mon calme mais je pouvais entendre ma voix trembler légèrement. Je détestais cette peur qui me paralysait à chaque fois que je croisais son regard. Je tentais de m'avancer pour atteindre mon bureau mais il se dressa devant moi. Il n'avait pas vraiment une carrure imposante mais ses yeux froids et calculateurs me traversaient.
-Je sais que c'est toi qui es derrière l'affaire du musée en Pologne et j'obtiendrai les preuves qui te renverront où tu n'aurais jamais dû sortir.
-Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour que vous m'en vouliez autant ?
-Tu oses poser une telle question ?
-J'ai enfreint la loi mais j'ai payé ma dette en travaillant pour le FBI.
-Pas toute ta dette…Et tu devrais aussi payer pour avoir freiner la carrière de Peter. Tu n'as cessé de lui mettre des bâtons dans les roues…
Il n'avait pas tort mais je ne voyais pas bien en quoi ça le regardait. Je faillis lui en faire la remarque mais je n'étais pas vraiment en position de jouer les provocateurs.
-Peter n'est plus là pour te protéger, maintenant. Il va bien falloir que quelqu'un t'apprenne que chaque acte à des conséquences qu'il faut assumer.
De quoi parlait-il ? Où était parti Peter ? Kramer dut voir mon inquiétude car il sourit avant de s'approcher de moi.
-Peter est en mission d'infiltration et il devrait en avoir pour des semaines…peut-être plus. Personne pour m'empêcher de faire ce que je veux de toi. Personne pour observer mes moindres faits et gestes.
Il pensait sans doute que la peur dans mon regard était due à ses menaces mais ce qui me terrifiait était de savoir Peter engagé dans une telle mission. Je soupçonnais même Kramer d'être impliqué dans cette affectation.
Peter allait devoir prendre de nouveaux risques et, même si j'essayai de ne pas envisager le pire, mes pensées ne pouvaient s'empêcher de dériver. Kramer s'approcha de moi, l'air menaçant, pointant un doigt vers ma poitrine. Je voyais qu'il parvenait à peine à se retenir de me frapper mais la menace qu'il exerçait sur moi était bien plus impressionnante que de simples coups.
-Tu finiras tes jours derrière les barreaux, Caffrey… Peu importe le temps que ça prendra mais je te ferai payer.
-Et pour ça, vous êtes prêt à mettre la vie de Peter en danger… ? Je lui ai peut-être nui mais, jamais je ne l'aurais mis sciemment dans une situation dangereuse.
Je ne savais pas vraiment d'où venaient ces mots, ni même où j'avais pu trouver le courage de lui tenir tête de la sorte mais je le vis pâlir.
La joie de cette petite victoire fut de courte durée et son poing vint s'abattre sur mon visage. Je sentis le sang couler de ma lèvre.
-Comment oses-tu prétendre que je pourrais m'en prendre volontairement à Peter… ?
-Vous l'avez envoyé en mission…Sur le terrain pour l'éloigner de moi…Vous savez très bien ce que ce genre de mission implique…
Kramer recula d'un pas et j'attendis le prochain coup mais il finit par tourner les talons et quitter mon repaire.
Je restais un long moment, debout, au milieu de cette pièce sombre et humide, essayant de calmer les battements de mon cœur. Il fallait que je m'assure que Peter allait bien. Je n'avais aucun moyen de le joindre et aucun contact dans ces bureaux. Je m'assis sur la chaise, ma tête tournait légèrement mais je n'étais pas certain que cela soit dû au coup que je venais de recevoir.
Je devais faire quelque chose…Trouver un moyen d'aider Peter. Mais, plus je cherchais, plus je me rendais compte que Kramer avait bien fait son travail. Il m'avait complètement isolé. Je ne pouvais pas m'éloigner d'un périmètre très réduit et je n'avais aucun moyen d'entrer en contact avec mes anciens « amis ». A supposer que ceux-ci voudraient encore me parler.
Je doutais que Jones ou Diana aient envie d'entendre parler de moi mais si je parvenais à leur transmettre un message sur la situation dans laquelle était Peter, j'étais certain qu'ils essaieraient de l'aider. Pour cela, il fallait que je trouve un téléphone. Tous les agents du bâtiment en possédaient plusieurs mais ils pourraient trop facilement tracer un appel provenant d'un de ces appareils. Il ne me restait plus qu'à m'approvisionner auprès d'un passant sur le chemin du retour.
Je passai le reste de la journée à ruminer mes idées noires jusqu'à ce qu'arrive l'heure de rentrer chez moi. Une fois dans l'ascenseur, je parvins un peu à me détendre. Mon appartement n'était pas vraiment un palace mais j'avais réussi à m'y sentir à peu près bien. Et, quitter ces bureaux, était un vrai soulagement.
L'ascenseur s'arrêta et, lorsque les portes s'ouvrirent, un des bras droit de Kramer entra. Un frisson parcourut mon dos car je savais bien que sa présence n'était pas un hasard. Il était certainement en mission sur ordre de Kramer et je savais que je ne sortirais pas de cet ascenseur indemne. Quand il pressa le bouton d'arrêt d'urgence, je serrai les dents et laissai passer l'orage.
Il remit l'ascenseur en route et quand les portes s'ouvrirent à nouveau, je réalisai que nous étions au niveau du parking. L'homme maintint les portes ouvertes, attendant visiblement que je le suive. Après la correction que je venais de recevoir, j'étais bien incapable de me relever de la position dans laquelle il m'avait laissé. Je restai donc, moitié assis, moitié allongé au fond de cet ascenseur. Cette brute pouvait bien faire ce qu'elle voulait de moi, je ne pouvais pas bouger.
Ma tête me faisait tellement mal que j'avais du mal à garder les yeux ouverts.
-Debout Caffrey…Il faut que je te ramène dans ton trou…
Je faillis lui dire que j'avais d'autres projets…Qu'il fallait que je vole un téléphone pour pouvoir appeler à l'aide. Il s'approcha et me souleva sans ménagement. Je fermai les yeux pour tenter de ne pas m'évanouir mais il dut me porter jusqu'à la voiture. Il me jeta sur la banquette arrière et démarra.
Allongé à l'arrière de la voiture, je me sentais un peu mieux et je souris intérieurement en serrant le téléphone que je tenais dans ma main. L'homme ne s'était pas méfié et j'avais réussi à lui subtiliser le téléphone qu'il rangeait dans la poche intérieur de sa veste. Ils pourraient retracer l'appel mais, au point où j'en étais cela n'avait que peu d'importance.
Je devais contacter quelqu'un qui pourrait se renseigner sur la mission de Peter et s'assurer qu'il n'était pas en danger. Une fois arrivés à mon appartement, mon chauffeur me fit descendre et je parvins à monter les quelques marches menant à mon refuge. L'homme ne prit pas la peine d'attendre et il me laissa, effondré, sur mon canapé. Je n'avais pas le courage de me relever pour aller dans ma chambre aussi je restai là, regardant ce téléphone qui je n'osais pas utiliser.
Je ne savais pas comment Jones réagirait à mon appel. Il n'avait pas manifesté un grand intérêt pour moi les semaines précédent mon départ. Mais j'étais certain que, s'il connaissait la situation de Peter, il s'inquièterait suffisamment pour intervenir. Je composai, de mémoire, son numéro et attendit qu'il décroche.
-Agent Jones…
En entendant la voix de celui que j'avais, autrefois, considéré comme un ami, je restai muet un long moment.
-Qui est-ce… ?
La voix se faisait plus pressante et son insistance me sortit de ma torpeur.
-Jones c'est Neal…
-Caffrey… ? Pourquoi tu m'appelles ?
Il m'était difficile de formuler une pensée claire. Mon esprit confus tournait au ralenti et je pouvais sentir l'agacement dans la voix de Jones.
-J'ai besoin de ton aide.
-Si tu t'es fourré dans le pétrin, il va falloir que tu te débrouilles seul. C'est terminé, le temps où Peter était là pour te protéger…
-Jones…Il ne s'agit pas de moi…Mais de Peter…
J'aurais probablement dû tout lui expliquer…Kramer et son désir de vengeance…Ma rencontre avec Peter…Le musée en Pologne… Mais je me contentais de lui dire que je pensais que Peter était en danger et que j'avais besoin qu'il vérifie sur quoi son ancien patron travaillait.
-Je ne peux pas enquêter sur le travail d'un autre agent et tu le sais. De plus, si Peter est en mission, mon intervention pourrait le mettre en danger.
-Jones…J'ai vraiment un mauvais pressentiment…
Ma phrase fut interrompue par une violente quinte de toux et je finis roulé en boule sur mon canapé, essayant de contenir la douleur qui me déchirait le ventre.
-Neal…Tu es sûr que ça va ?
J'étais incapable de parler mais la sollicitude que j'entendais dans sa voix me fit monter les larmes aux yeux. Je n'avais pas réalisé à quel point j'avais besoin qu'on s'inquiète pour moi.
-Ça devrait aller.
-Si tu le dis…
Je ne devais pas avoir un ton très convaincant et, il fallait avouer que je ne me sentais vraiment pas bien.
-Je m'inquiète vraiment pour Peter et après tout ce qu'il a fait pour moi, je ne peux pas le laisser tomber.
Jones sembla réfléchir un moment.
-Je vais essayer de me renseigner. Je peux te rappeler à ce numéro ?
-Non… J'ai emprunté un téléphone à un collègue…
-Neal…Tu n'as pas fait une bêtise… ?
-Renseigne-toi…J'essaierai de trouver un moyen de te recontacter…
-Tu dois bien avoir un téléphone…Comment Kramer fait-il pour te joindre ?
Si je ne m'étais pas senti aussi mal, j'aurais bien éclaté de rire.
-Il sait toujours où je me trouve… Il n'a pas besoin d'un téléphone pour ça…
-Neal…Qu'est-ce qui se passe… ?
-Rien de spécial…Tu me connais…
-Non…Neal… Cette fois c'est différent. Je sens bien qu'il y a quelque chose qui cloche.
Une pointe de colère me tordit l'estomac. A moins que ce ne soit le résultat de mon entrevue avec mon nouvel ami. Je faillis répondre à Jones qu'il était trop tard pour qu'il se soucie de mon bien être mais je décidai d'ignorer sa remarque.
-Merci Jones. Je te rappellerai.
Je raccrochai avant qu'il ne puisse répondre. Me levant difficilement, je m'avançai vers la fenêtre pour jeter l'appareil. Je me rendis vite compte qu'il valait mieux que je retourne m'asseoir car la pièce s'était dangereusement mise à tourner autour de moi.
J'étais soulagé de savoir Jones au courant. Il allait se renseigner et s'il y avait quelque chose de louche, il finirait sûrement par le trouver. Je me sentais très fatigué et assez étrangement distant et détendu. Comme si tout ce qui m'entourait m'était étranger…J'avais l'impression de me détacher de ce présent sordide, de ce simulacre de vie, de cette prison sans barreaux.
J'ouvris les yeux, des heures plus tard. La nuit était tombée et des coups violents, frappés à ma porte m'avaient réveillés. Je me rendis vite compte qu'il me serait difficile de me lever et ce n'est qu'après de violents efforts et quelques grimaces que je parvins à faire quelques pas en direction de la porte. J'aurais peut-être dû demander qui venait frapper chez moi à cette heure tardive mais j'étais bien trop épuisé pour faire preuve de prudence.
-Caffrey…Qu'est-ce que tu faisais ? Ça fait un bon moment que je tambourine à ta porte…
Jones se tenait devant moi et il me fallut quelques secondes pour réaliser qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination. Heureusement pour moi car un mirage ne m'aurait pas retenu alors que mes jambes cédaient sous mon poids.
-Bon sang, Neal…Qu'est-ce qui t'arrive ?
Soulagé de sentir deux bras fermes me soutenir, je me laissai guider jusqu'au canapé. L'obscurité céda bientôt la place à une vive lumière quand Jones alluma la petite lampe posée à côté du sofa.
-Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Je n'avais pas pris le temps de me regarder dans un miroir mais je supposai en croisant le regard de mon ancien collègue que je devais avoir une sale tête.
-Ravi de te revoir, moi aussi.
-Neal…Qui t'a fait ça ?
-Quelle importance ? Du nouveau sur Peter ?
-Je vais d'abord t'emmener à l'hôpital…
-Non…
Je repoussai la main qu'il posa sur mon bras.
-Neal, tu n'as pas vraiment l'air au mieux de ta forme…
Je ne pus m'empêcher de rire, cette fois.
-Tu crois… ? Washington est une ville violente…
Je vis Jones froncer les sourcils. Il n'avait pas l'air de trouver mon humour à son goût.
-Je ne peux pas aller à l'hôpital.
Je soulevai la jambe de mon pantalon pour lui montrer mon nouveau bracelet.
-C'est hors de mon périmètre.
-Il y a des exceptions pour les situations d'urgence.
-Comme tu l'as si justement souligné, le temps où Peter me protégeait est bien révolu. Mon périmètre se limite à cet appartement, au siège du FBI et au chemin pour relier l'un à l'autre.
-Je vais appeler Kramer…
-Non, surtout pas…
Il dut lire la peur dans mon regard car il s'arrêta net, avant même d'avoir saisi son téléphone.
-Neal, il faut que tu m'expliques ce qui se passe ici.
-Il vaut mieux pas que tu y mettes ton nez. Disons seulement que je paie les erreurs que j'ai commises.
Jones s'apprêtait à poursuivre mais je levai la main pour l'arrêter.
-S'il te plait, concentrons-nous sur Peter. Qu'as-tu trouvé ?
Je le vis hésiter mais il finit par s'asseoir.
-La mission à laquelle il a été affecté est parfaitement officielle.
Je sentais bien qu'il ne me disait pas tout et le fait qu'il se soit déplacé, montrait qu'il y avait quelque chose de louche derrière tout ça.
-La seule chose étrange c'est qu'ils aient eu recours à Peter. C'est un agent de terrain entrainé pour ce genre de mission mais ils avaient sous la main bien d'autres personnes pouvant s'acquitter de la tâche.
-Tu penses qu'on a cherché à l'éloigner… ?
-De toi ?
Jones était toujours aussi perspicace et je savais qu'il n'abandonnerait pas tant que je ne lui aurais pas raconté ce qui se tramait au siège du FBI.
-Peter et moi, nous nous sommes croisés, par hasard, à deux reprises et l'Agent Kramer n'a pas vraiment apprécié. Il a peur que je fasse du tort à Peter et que je nuise à sa carrière.
-Tu penses qu'il aurait pu le recommander pour cette mission uniquement pour éloigner Peter de toi… ? Ça paraît quand même un peu exagéré.
Je ne pouvais pas lui en vouloir de penser ça mais j'étais un peu déçu qu'il ne prenne pas mes soupçons plus au sérieux.
-Peut-être mais depuis que j'ai été affecté ici, les choses ont un peu tendance à déraper.
Jones s'approcha de moi et posa une main sur mon bras. Ce geste amical me réconforta même si je me refusais à y voir autre chose qu'un léger sentiment de culpabilité.
-Neal, est-ce que c'est Kramer…
Je le voyais, à nouveau hésiter. Comme s'il ne parvenait pas à envisager qu'un collègue puisse maltraiter de la sorte un consultant sous sa garde. Je savais que je n'avais aucun besoin de répondre. Il commençait à entrevoir le calvaire que je vivais depuis quelques semaines.
-Je vais demander à ce que tu sois renvoyé à New York…
-Tu sais aussi bien que moi que c'est impossible. Kramer ne le permettra jamais. Il lui a fallu de longs mois pour parvenir à ses fins et il ne renoncera pas maintenant.
-Que veut-il obtenir ?
-Il veut me voir retourner en prison. Il pense que je m'en suis trop bien sorti jusqu'à présent.
Jones fronça les sourcils et je compris, à son regard, quelle question il s'apprêtait à poser.
-Est-ce qu'il a des preuves contre toi ?
-Non. Sinon il se serait chargé lui-même de refermer à clé la porte de ma cellule.
-Des soupçons… ?
Ce fut à mon tour de froncer les sourcils. Je n'étais pas certain de pouvoir parler de ce dossier avec Jones. Son inflexibilité et son intégrité sans faille avaient souvent été un obstacle entre nous. Si je lui parlais de ce tableau volé, il aurait de quoi m'en vouloir. Je n'avais pas vraiment le choix et, après tout, ma situation ne serait être guère plus grave si je retournai en prison.
-Il m'a demandé de travailler sur un vieux dossier…en espérant que je trouve des preuves…
Je ne me sentais pas très à l'aise de devoir expliquer ainsi mon implication dans une affaire de vol, même s'il s'agissait d'une vieille histoire et que je persistais à penser que j'avais agi comme il fallait.
-Et tu es impliqué dans cette affaire… ?
-Plus ou moins…
-Neal, vu la situation dans laquelle tu te trouves, tu ferais mieux d'être honnête avec moi. Je n'ai pas l'intention de faire part à Kramer de ce que tu me diras…
J'aurais dû me sentir soulagé par ces mots mais je n'étais pas vraiment certain de pouvoir lui faire confiance. Après tout, il n'avait pas fait preuve d'une grande sollicitude avant mon départ.
-Disons que Kramer pense que c'est moi qui ai fait le coup et il compte sur moi pour lui donner les preuves de ma culpabilité ainsi que des renseignements sur la localisation de ce tableau.
-Et, à voir ta tête, il est loin d'être satisfait…
-Je suis un peu têtu.
Jones se leva et se dirigea vers la salle de bains. Je restai immobile sur le canapé, luttant contre le sommeil qui envahissait petit à petit mon esprit. Le contact d'une serviette humide sur mon visage me fit ouvrir les yeux et je fus surpris de voir Jones, penché au-dessus de moi, nettoyant le sang qui avait coulé sur mon visage. Je n'avais pas la force de bouger et encore moins de protester contre cette marque d'attention.
-Je persiste à penser que je devrais d'amener à l'hôpital.
-C'est hors de question. Il ne faut pas alerter Kramer. Il surveille le moindre de mes déplacements.
-Ce type ne mérite pas son poste…
J'étais étonné d'entendre autant de colère dans la voix de Jones. Nous avions eu de nombreux différends par le passé mais je savais que, jamais, il ne se serait permis de me traiter comme Kramer le faisait.
-Il a de nombreux soutiens au sein du bureau et nous ne pouvons pas faire grand chose. Je voudrais juste être sûr que Peter ne coure pas un trop grand risque.
-Neal, tu n'as pas à subir ça sans rien dire.
-Je ne peux rien faire. Il m'a sous son contrôle et il sait que je tiens au peu de liberté qu'il me reste.
-Tu sais où est ce tableau ?
-Il a été rendu à son véritable propriétaire et c'est bien mieux comme ça.
Jones n'insista pas et je lui en fus reconnaissant. Je n'avais qu'une envie, c'était de fermer les yeux et de ne me réveiller que lorsque cette histoire serait terminée. Mais mon ami semblait avoir une autre idée en tête. Je sentis sa main saisir mon bras mon me redresser. Un cri de douleur m'échappa et je vis l'inquiétude barrer le visage penché sur moi.
-Neal, tu ne peux pas rester sur le canapé. Tu serais mieux dans ton lit.
-Je sais mais je vais avoir besoin d'aide pour me lever.
J'aurais préféré ne pas bouger de l'endroit où je me trouvais mais je savais que Jones avait raison. Avec son aide, je parvins enfin à me lever et, profitant de son soutien, je marchais lentement vers ma chambre. Jones m'aida à ôter ma chemise et je le vis blêmir quand il posa les yeux sur mon torse couvert d'hématomes.
-Tu essaies de dormir et, si tu ne te sens pas mieux demain matin, je t'amènerai à l'hôpital…
Je m'apprêtai à répondre mais il avait déjà tourné les talons ne me laissant pas le temps de le contredire. Une fois seul, je laissai le sommeil m'envahir en souhaitant que le lendemain n'arrive jamais. La présence de Jones me rassurait et j'aurais aimé pouvoir me reposer sur lui et le laisser gérer la situation. Mais je savais que Kramer y verrait une occasion en or de se débarrasser de moi une bonne fois pour toute.
