Bonjour à tous et toutes… Des ennuis de santé m'ont tenu éloigné de mon ordinateur pendant de longs mois mais je me remets, petit à petit à l'écriture.
Je vous souhaite à tous une excellente année 2015.
Chapitre 5.
Le lendemain matin arriva bien trop vite. Ces quelques heures de sommeil n'avaient pas suffi à faire disparaître la douleur. Ne voulant pas alarmer Jones plus qu'il ne l'était déjà, je décidai de me lever tôt. Lentement, je parvins à sortir de mon lit et à me lever mais chaque mouvement était très douloureux. Si je n'avais pas été aussi inquiet au sujet de Peter, je serais bien resté allongé, attendant que Kramer vienne me chercher. Mais nous ne devions pas perdre de temps.
Je ne pouvais m'empêcher de penser que mon ami était en danger et que nous devions agir vite pour le sortir du piège dans lequel Kramer l'avait envoyé. Je n'étais pas certain que la vengeance de Kramer soit dirigée uniquement contre moi. Je commençais à penser que cet homme avait perdu la raison et qu'il pourrait être tenté de faire disparaître Peter pour une raison connue de lui seul.
Quand je pénétrai dans le salon, je trouvai Jones assis sur une chaise, une tasse de café posée devant lui, à côté d'un épais dossier. Il leva les yeux de sa lecture en m'entendant arriver et je le vis froncer les sourcils.
-Tu as vraiment une sale tête.
-Et je me sens encore pire que ça…
Je m'assis lourdement sur une chaise, grimaçant de douleur. Décidément, les prochains jours risquaient de me paraître extrêmement longs. Jones ne me quittait pas des yeux et je pouvais sentir son inquiétude grandir alors qu'il poursuivait son attentif examen.
-Je vais tenir le coup…
-C'est une certitude ou un souhait… ?
Je ne pouvais pas lui en vouloir de douter de ma parole. Je n'avais pris le temps de me regarder dans une glace mais je savais déjà ce que mon reflet m'aurait dit.
-ça va aller.
-Si tu le dis…
Jones n'en croyait pas un mot mais je le remerciai silencieusement de ne pas en rajouter. Il se replongea dans sa lecture et j'attendis patiemment qu'il veuille bien me faire part du résultat de ses réflexions. De longues minutes s'écoulèrent avant qu'il ne se décide à parler.
-Toute cette opération sent mauvais. Il n'y avait pas besoin d'infiltrer quelqu'un dans la bande pour les faire tomber.
-Kramer y a vu un bon moyen d'éloigner Peter.
-D'après les renseignements que j'ai pu collecter, ce n'est pas Kramer qui a demandé cette intervention.
Le doute dû se lire sur mon visage car Jones leva une main pour couper court au commentaire que je m'apprêtais à faire.
-Je sais…Rien ne se passe dans ce service sans que Kramer soit au courant mais j'ai, tout de même, un peu de mal à croire qu'un agent de la trempe de Kramer puisse mettre volontairement la vie d'un autre agent en danger, uniquement pour se venger de toi.
-Je ne sais pas quoi penser non plus mais, une chose est certaine, on doit intervenir avant qu'il n'arrive quelque chose à Peter.
Jones approuva d'un hochement de tête. Il ne fit aucun commentaire lorsque je me levai pour me préparer à affronter cette journée. Il me fallut un certain temps avant de parvenir à m'habiller et encore plus avant que ma vue se stabilise suffisamment pour que j'envisage de partir travailler. Je laissai Jones à l'appartement et je pris le chemin du bureau.
Nous avions convenu d'un rendez-vous plus tard dans la journée. Pendant ce temps, Jones allait essayer de creuser un peu afin de localiser Peter. Pour ma part, je devais me contenter de faire ce que Kramer attendait de moi, en espérant que cela suffirait à faire diversion. Je n'en étais pas aussi sûr mais je n'avais pas vraiment le choix.
Je repris donc ma place derrière ce bureau en croisant les doigts pour que la journée se déroule sans que Kramer vienne me rendre visite. Mais comme souvent, les choses ne se passèrent pas vraiment comme je l'aurais souhaité. Peu avant midi, je fus convoqué dans le bureau de Kramer.
J'appréhendais cet entretien, redoutant ce que Kramer allait m'annoncer mais aussi parce que me lever de ma chaise me demanda un énorme effort qui me laissa essoufflé et épuisé. Je finis par parvenir jusqu'à la porte de ce bureau dans lequel je n'étais encore jamais entré. La porte s'ouvrit avant que je n'aie eu le temps de frapper.
-Caffrey. J'ai failli attendre.
Pas de préambule, le ton était donné. Je n'allais donc pas avoir droit à une discussion entre amis. Je pénétrai dans le bureau sans dire un mot. Je me gardai bien de m'asseoir sans y avoir été invité. Je restai donc debout face au bureau où Kramer était revenu s'asseoir. Il me fit attendre durant, ce qui me parut une éternité, avant de lever les yeux vers moi.
-Des avancées dans le dossier Polonais… ?
Il connaissait, évidemment, la réponse et je fus tenté de ne rien dire. Mais je compris vite, au regard que me lança l'homme face à moi, qu'il valait mieux que je trouve quelque chose à répondre.
-J'ai parcouru le dossier pendant des heures mais il n'y a aucun indice permettant de suivre la trace de ce tableau après qu'il a quitté l'Europe. Je ne vois pas quoi faire d'autre. Il faudrait probablement aller sur le terrain pour reprendre la piste depuis le début.
Evidement, ce n'était pas la réponse qu'espérait Kramer. Ou plutôt si, c'était bien ce qu'il souhaitait entendre car cela allait lui donner un nouveau prétexte pour m'envoyer sa garde rapprochée. Cet homme était pervers et il savait parfaitement qu'il avait déjà gagné. Il lui suffisait d'attendre un peu pour me faire, définitivement, plier.
Soit je lui donnais ce qu'il attendait, c'est à dire les clés pour me renvoyer derrière les barreaux, soit j'attendais le jour où l'un de ses sbires frapperait un peu trop fort. Il aurait peut-être du mal à justifier la mort d'un consultant sous ses ordres mais je ne pensais pas que cela le tracasse vraiment.
-Je dois avouer que je suis déçu. Peter ne tarissait pas d'éloges sur ton compte et, aujourd'hui, te voilà incapable de résoudre une affaire, pourtant si simple.
Kramer se leva, contourna son bureau et vint se placer face à moi. J'essayai de garder mon sang froid mais je n'étais pas vraiment à l'aise.
-Il va falloir que tu fasses le bon choix, Neal. Tu sais qu'il n'y a pas que ton misérable sort qui est en jeu. Je te sais suffisamment intelligent pour avoir compris que je n'aurais de repos que lorsque tu seras derrière les barreaux et pour cela, je suis prêt à utiliser tous les atouts en ma possession…
Je n'osai croire qu'il était en train de parler de la sécurité de Peter. Il ne pouvait pas être tombé si bas mais la folie qui éclaira son regard confirma ma première intuition. Il savait qu'il m'avait en son pouvoir et que je ne pouvais rien faire pour l'empêcher de mener son plan à son terme.
-Laissez Peter en dehors de ça. Je vous donnerai ce que vous voulez.
J'avais prononcé ces mots sans même réfléchir. Il était hors de question de laisser cet homme menacer Peter et lui faire prendre des risques.
-Tu sais ce que je veux. Tu signes des aveux complets…
Il laissa sa phrase en suspens mais je n'avais pas besoin d'entendre la suite. La vie de Peter contre des aveux. Le piège qu'il avait savamment élaboré depuis des semaines se refermait enfin sur sa victime et le plaisir qu'il y prenait était visible.
Kramer savait très bien qu'en signant des aveux dans l'affaire du tableau Polonais, je risquais de longues années de prison. Mais il avait trouvé le seul argument, suffisamment puissant pour que j'envisage d'y céder.
-J'ai besoin de réfléchir.
-Tu as jusqu'à demain…
Kramer retourna s'asseoir derrière son bureau me faisant signe de le laisser seul. Je quittai la pièce et retournai prendre place sur ma chaise, essayant de trouver un moyen de me sortir de ce guêpier.
Je ne pouvais compter que sur l'intervention de Jones. S'il trouvait un moyen de localiser Peter, je pouvais encore espérer pouvoir tenir tête à Kramer. Mais plus la journée avançait, plus j'avais le sentiment que rien ne viendrait de ce côté-là. Il ne me restait probablement plus que quelques heures de liberté.
Je rejoignis à pas lents mon appartement et me mis à rédiger cette confession qui permettrait à Peter de retrouver la sécurité de son foyer. J'étais bien résolu à imposer à Kramer quelques conditions. Il n'était pas question, pour moi, de nommer la personne à qui j'avais remis le tableau. Je devais aussi m'assurer que Kramer tienne son engagement et qu'il permette à Peter d'abandonner sa mission.
Jones arriva quelques minutes plus tard. Il ne put que confirmer ce que je craignais d'entendre. Il n'était pas parvenu à localiser Peter, ni même à obtenir des renseignements fiables sur la nature de la mission à laquelle il avait été affecté. Nous nous trouvions, tous deux, inquiets et désemparés, ne sachant pas quoi faire de plus.
La soirée se déroula dans un silence pesant. Je décidai de ne pas parler à Jones de mon entrevue avec Kramer. Il n'y avait aucune raison de l'impliquer dans cette décision. Comme l'avait si bien dit l'Agent Kramer, je devais face faire, une bonne fois pour toutes, aux conséquences de mes actes. J'avais volé ce tableau, j'avais seul, pris la décision de le rendre à son réel propriétaire.
Le lendemain matin, je me rendis directement dans le bureau de Kramer et déposai mes aveux devant lui. Il leva à peine les yeux de son journal mais je vis un sourire se dessiner sur ses lèvres.
-J'ai besoin de garanties.
-Tu n'es pas en droit d'exiger quoi que ce soit.
Kramer se mit à lire et je pus lire sa déception lorsqu'il posa les yeux sur moi.
-J'ai demandé des aveux complets…
-J'ai rendu ce tableau à son propriétaire. Je refuse de les impliquer dans cette histoire. Ce n'est pas la peine d'insister, je ne reviendrai pas sur ce point.
Kramer garda le silence pendant de longues secondes mais je fus rassuré de le voir accepter ma proposition.
-Très bien. Tu comprends que ces aveux marquent la fin de ton contrat avec nos services…
Je ne pris pas la peine de répondre. Je me doutais que j'allais avoir droit à un laïus officiel me signifiant mon arrestation. J'écoutais à moitié les mots prononcés. Je savais parfaitement ce que cela voulait dire pour moi. Quand Kramer finit par se taire. Son regard intense était fixé sur moi.
-Je dois avouer que je m'étais attendu à plus de résistance de ta part. Mais je suppose que je j'ai su trouver le bon angle d'attaque. Peter a toujours été ton point faible. Je l'ai compris dès ma première visite. Je n'ai pas pu m'empêcher de noter la manière dont tu le regardais, dont tu semblais te plier à chacune de ses demandes.
Evidemment, Kramer avait raison mais je ne pensais pas que mes sentiments et mes émotions avaient été aussi visibles.
-Il y a tout de même une question qui me taraude.
A nouveau, ce regard sembla me traverser de part en part.
-Peter est-il au courant de ce que tu éprouves réellement pour lui ?
Je compris, avec cette question, que Kramer avait décidé de savourer sa victoire et de finir le travail en ajoutant l'humiliation à ma défaite.
-Je suppose qu'il l'ignore. Je n'ose imaginer la réaction qu'il aurait s'il l'apprenait.
Je n'avais aucune envie d'entendre ces sarcasmes et ses insinuations mais il m'était impossible de fuir. Je devais affronter ce discours, ce regard. Kramer savourait sa victoire. Il avait mis ce plan sur pieds depuis des mois et il ne comptait pas en perdre une miette. Kramer se leva et se posta devant.
Je me retrouvai bientôt menotté et poussé en avant vers la sortie. J'essayai de garder la tête haute alors que Kramer me faisait traverser la salle commune. Il n'était pas facile de supporter la haine que je pouvais lire dans les regards. Mais je mis un point d'honneur à ne pas baisser les yeux. Ce n'est que lorsque Kramer referma la porte de ma cellule que je me laissais finalement aller, la tête entre les mains.
Je restai seul de longues heures, attendant que quelqu'un vienne m'informer de la suite des événements. A ma grande surprise ce ne fut pas Kramer qui vint me rendre visite le premier mais Jones. Je vis briller la colère dans ses yeux quand il se posta devant moi.
-A quoi tu joues, Caffrey ?
Je pouvais comprendre sa réaction. Il avait tenté, une nouvelle fois, de me faire confiance et j'avais fait cavalier seul. Je ne pris pas la peine de répondre. Il ne s'agissait pas d'un jeu et j'en avais bien mesuré les conséquences.
-Finalement, Kramer avait raison. Dans combien d'autres affaires es-tu impliqué ?
Je laissai Jones déverser sa colère. Des mots qu'il avait, sans doute, en tête depuis des années, sortaient librement. Quand il se tut enfin, je le fixai en silence, attendant qu'il quitte la pièce. Il finit par tourner les talons et se diriger vers la porte de ma cellule. Il se retourna avant de sortir.
-J'espère que tu as bien réfléchi et que Peter ne paiera pas, encore une fois, pour tes erreurs.
Mon ami referma la porte avant que j'aie pu répondre. Je ne savais pas ce que Kramer lui avait dit mais je commençais à douter que celui-ci ait fidèlement relaté les faits. Peu importait, finalement. J'avais avoué être l'auteur d'un vol et Kramer s'était certainement chargé de répandre la nouvelle.
Deux heures plus tard, Kramer vint me chercher, accompagné de son fidèle bras droit. Celui-ci me fit lever, sans ménagement, de ma couchette. Ils me guidèrent vers une salle d'interrogatoire. J'étais bien résolu à ne rien dire de plus. J'avais rempli ma part du contrat et j'attendais de Kramer qu'il fasse de même.
Kramer s'assit en face de moi, de l'autre côté de la table placée au centre de la pièce. Son garde du corps se tenait derrière moi.
-Il y a deux ou trois points que j'aimerais éclaircir…
-Je ne parlerais qu'à Peter Burke.
Le résultat de ces quelques mots fut un coup derrière la tête. Je serrai les dents et fixai Kramer.
-Dans ton propre intérêt, tu devrais réviser ton attitude et répondre à mes questions.
-Je parlerais à Peter Burke.
Un nouveau coup s'abattit sur l'arrière de mon crâne. Je sentais qu'en persistant dans cette voie, d'autres coups suivraient. Après ce qui me parut une éternité, Kramer se décida à me renvoyer dans ma cellule. Je n'avais pas prononcé un mot de plus mais chaque parcelle de mon corps meurtri me rappelait mon entêtement.
Les jours suivants s'enchaînèrent en suivant le même schéma. Je ne savais plus quoi penser et mon inquiétude pour Peter devenait intolérable. Kramer était mon unique visiteur et je n'avais aucun moyen de savoir ce qui lui était arrivé. Je commençais à craindre le pire.
En voyant arriver Kramer, ce matin-là, je compris que quelque chose avait changé. Il prononça ces mots qui résonnèrent longtemps dans le vide de ma cellule.
-J'ai une mauvaise nouvelle.
Je sus, avant même qu'il n'ouvre à nouveau la bouche, qu'il était venu m'annoncer la mort de Peter. Kramer repartit sans me donner plus de détails mais mon esprit avait déjà comblé les vides.
Peter était mort par ma faute…parce que je n'avais pas donné à Kramer ce qu'il voulait…pas assez vite… Tout s'effondra et je sentis quelque chose se briser en moi. Je m'allongeai sur ma couchette, fermant mon esprit à cette réalité trop difficile à supporter. Je n'avais plus de raison de me battre…Plus personne pour qui continuer à vivre.
