Chapitre 3 : Échec

Lundi matin. Nouvelle semaine, nouvelle journée de cours.

Son nouvel appartement se trouvant beaucoup plus près de l'École de sorcellerie où elle étudiait, Hermione eut le plaisir de profiter de l'air matinal en s'y rendant à pied. Après une dizaine de minutes de marche, le grand bâtiment blanc apparut entre les immeubles londoniens. Il était imposant, magistral, un vrai joyau de l'architecture classique. Pourtant, la jeune fille ne s'attarda pas pour le contempler, elle traversa la rue et gravit les quelques marches qui menaient à l'immense porte d'entrée.

Elle commençait par un cours de potions et se rendit donc dans une salle de l'aile ouest. Certains étudiants mettaient un temps fou à se rappeler du plan du bâtiment et se perdaient souvent, mais elle s'y était vite adapté. Cela n'était pas plus compliqué que le château de Poudlard. Lorsqu'elle arriva devant la salle, le professeur venait d'arriver, vêtu d'une longue cape. Hermione était pile à l'heure, comme d'habitude. Lorsqu'elle vit son amie Laureen, elle sourit et entra dans la classe pour la rejoindre.

Laureen était une sorcière très intelligente et très jolie, qu'elle avait rencontré l'année dernière. Ses cheveux noirs et soyeux, sa taille de guêpe ainsi que ses extraordinaires yeux bleus comme un ciel d'été faisaient souvent se retourner les hommes sur son passage.

- Hermione, la salua t-elle. Tu n'as pas bonne mine.

Laureen était également connue pour sa franchise hors du commun. C'était peut-être pour cela qu'Hermione avait pris l'habitude de tout lui dire, sans exception. Elle appréciait énormément Ginny, mais elles se voyaient moins souvent depuis qu'elles n'étaient plus à Poudlard, et elle devait surement tout répéter à Harry, alors Laureen semblait être la personne toute désignée pour écouter les confidences de la lionne.

- Mal dormi, dit Hermione en s'asseyant à une table, devant un chaudron. Je n'ai pas pu fermer l'œil.

En fait, elle avait passé la nuit les yeux grands ouverts, hantée par l'image de Malefoy et par ses yeux glacials. Le fait de l'avoir revu avait fait remonter des souvenirs plus que désagréables en elle, et lorsqu'elle se remémorait tout ce qu'il lui avait fait subir, une colère incontrôlable l'envahissait. Elle n'avait pu trouver le sommeil, obsédée par le fait que de simples murs la séparait de son ennemi.

Alors qu'elle se demandait comment expliquer cela à Laureen en quelques mots, le professeur parla, et la classe se tut. Hermione chassa alors le parasite nommé Malefoy de ses pensées, et se concentra sur le cours.

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À l'heure de déjeuner, Laureen proposa à Hermione d'aller manger au café d'en face.

- Je ne peux pas, dit la lionne, embarrassée, j'ai... quelque chose à faire.

- Depuis quand tu me fais des cachotteries ? demanda son amie, étonnée.

- Je ne te fais pas de cachotteries, ce serait juste trop long à expliquer.

Hermione remit son sac sur son épaule.

- Je te raconterai tout, mais pas maintenant.

Devant le sourcil levé de Laureen, elle s'éclipsa le plus vite possible. Elle parcourut presque en courant le trajet qui la séparait de l'endroit qu'elle aimait le plus au monde : la bibliothèque. Mais aujourd'hui, elle n'y allait pas pour le plaisir.

La bibliothèque de l'École des aurors de Londres était à la hauteur de sa réputation. La salle était immense, il fallait se tordre le coup pour regarder le sommet des rayonnages de livres, qui montaient jusqu'au plafond. De nombreuses échelles étaient disposés dans la salle, pour permettre aux étudiants et professeurs d'atteindre les plus hauts rayons. Le silence régnait, et malgré son inquiétude pour ce qu'elle s'apprêtait à chercher, Hermione fut instantanément apaisée par la sérénité du lieu.

Elle alla directement à la section qui contenait les ouvrages traitant de la magie noire, et s'attela au travail. Une heure après elle avait rassemblé trois livres qui lui paraissaient utiles, bien maigre récolte, et elle se dirigea vers la bibliothécaire pour les emprunter. La pause déjeuner étant terminée, elle devait retourner en cours et n'avait donc pas le temps de les lire attentivement. En revanche, elle aurait le temps d'éplucher les volumes chez elle le soir même.

La journée s'écoula bien trop lentement au goût d'Hermione. Elle ne cessait de penser aux livres qui attendaient bien sagement au fond de son sac qu'on les ouvre. Laureen était très curieuse à propos des agissements de son amie, mais elle ne pouvait assouvir sa curiosité en lui demandant de quoi il en retournait, car Hermione détestait bavarder pendant les cours.

À la sortie des classes, elle coinça finalement la jeune fille.

- Tu vas enfin m'expliquer ce qu'il se passe ? demanda t-elle, la mine sévère.

- Oui, soupira Hermione. Viens.

Elles sortirent de l'enceinte de l'établissement avec le flot d'élèves heureux de terminer la journée, et s'assirent sur un banc, dans la rue. Un moment de silence s'écoula, pendant qu'elles fixaient le ciel qui se teintait de rose et d'orange et que l'air se rafraichissait.

Tout à coup, Hermione prit une grande inspiration et se lança. Elle avait déjà un peu parlé de Malefoy à Laureen, mais elle recommença tout depuis le début. Elle parla de ses remarques incessantes à Poudlard, de Lucius Malefoy, le sbire de Voldemort... Ensuite elle raconta son déménagement et sa mauvaise surprise en découvrant son voisin. Et après une légère hésitation elle embraya sur le malaise qu'elle avait eu chez Harry et Ginny.

- Un tatouage ? Je peux le voir ?

Hermione acquiesça et baissa le haut de la manche de son pull pour qu'elle puisse voir le sablier qui ondulait sur son omoplate.

- Mais oui c'est vrai, s'exclama la brune qui avait plissé les yeux pour l'examiner. Les grains de sable dessinés s'écoulent réellement !

Elle dévisagea Hermione, les yeux plein d'inquiétude.

- Mais qu'est ce que ça signifie ? Depuis quand est-il apparu ?

- Je pense qu'il est lié au sort que m'a jeté un mangemort pendant le combat de la semaine dernière, dans la forêt. J'ai d'abord cru qu'il n'avait pas d'effets, mais je suis sûre que ce qui m'arrive est dû à ce sortilège. Je ne vois pas d'autre cause possible.

- Mais c'est extrêmement dangereux, s'écria t-elle. Tu n'as aucune idée des conséquences que pourrait entrainer ce sort, tu t'es évanouie sans raison, et tu n'as même pas pensé à aller voir un médecin ?

Hermione resta bouche bée. Elle se sentit stupide de ne pas y avoir pensé.

- Tu as raison, j'irai à Ste Mangouste demain, après les cours.

- Je suis contente de te voir plus raisonnable, la sermonna son amie. Et à propos de Malefoy, je te conseille de l'ignorer, tout simplement. Vis ta vie sans lui, tu ne t'en porteras que mieux.

Elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille, le visage emprunt de sagesse.

- Tu as raison, sourit Hermione. Merci de m'avoir écouté et conseillé.

Le fait d'avoir parlé de ce qui lui pesait sur le cœur lui avait fait un bien considérable.

- Je suis là pour ça, dit Laureen en se levant.

Elle se pencha et serra la lionne contre elle.

- Je dois filer, mais on se voit demain. Prends soin de toi.

Hermione resta encore sur le banc un moment après que la silhouette de Laureen n'aie disparu à l'angle d'une rue. Elle observa les gens passer, les voitures klaxonner. Le fourmillement de la vie qui sortait des écoles, entreprises, magasins. C'était le moment où tout le monde rentrait chez soi après une dure journée de labeur.

Alors à son tour, elle se leva et se dirigea lentement vers son appartement, perdue dans ses pensées.

En entrant dans son immeuble, elle pria pour ne pas croiser Malefoy, et avec surprise, son vœux fut exaucé. Pourtant elle ne put s'empêcher de s'attarder devant la porte surplombé du numéro 2A, et d'essayer de deviner s'il était à l'intérieur. Mais n'entendant aucun signe de vie, elle rentra finalement chez elle, un peu honteuse.

Ce soir là, après avoir diné, elle se glissa dans ses douces couvertures et jeta un œil à la pile de livres qui trônait sur sa table de chevet, où elle avait placé les trois ouvrages qu'elle avait emprunté à la bibliothèque. Elle prit le premier, la gorge légèrement serrée, et lut le titre doré sur la couverture rouge : Anciennes formes de magie européenne.

Elle étudia le sommaire, se rendit à la page 119, et se mit à lire, anxieuse.

Chapitre 15 : les tatouages.

Au même titre que les herbes médicinales et potions, les tatouages étaient dans les croyances ancestrales considérés comme bienfaiteurs. Le premier tatouage connu remonte à plus de 3000 avant J-C, et l'histoire de cet art est bien remplie. Ce qui nous intéresse dans cet ouvrage sont les rares tatouages ayant réellement des propriétés magiques.

L'époque de leur apparition est un passage assez sombre de l'histoire, où toute civilisation autre que de nombreuses tribus de sorciers primitifs dispersées et ennemies entre elles n'existait pas. Ces tribus indigènes avaient toutes leur propre guérisseur, également appelé chaman. En effet, à cette époque, les sorciers qui apprenaient à maitriser leurs pouvoirs convenablement étaient rares, car il n'existait pas encore d'écoles de magie. En revanche, les chamans se différenciaient par leur savoir magique qu'ils se transmettaient de génération en génération, et avaient ainsi acquis une grande connaissance en magie curative.

Il existait plusieurs sortes de tatouages, dont les effets variaient en fonction du dessin et des incantations prononcées au moment où le tatouage était apposé sur la peau. Les usages les plus communs étaient au nombre de deux. Le plus répandu était la protection. Le concept étaient simple : les esprits malfaisants et autres fantômes étaient repoussés par la magie du tatouage. Un seul tatouage suffisait parfois à protéger une famille entière, si le chaman procédait correctement à l'incantation (voir schéma 1, et 2). Le second usage était utile au moment de guérir une maladie rare, qui résistait aux habituels moyens de guérison. Un tatouage avait le pouvoir de faire sortir le mal du corps du malade. Les formes de tatouages variaient en fonction de la nature de la maladie (voir schéma 3 à 6).

Hermione lut la suite en diagonale, puis s'arrêta lorsqu'une phrase lui parut s'appliquer à ce qu'elle cherchait.

Les effets de ces tatouages étaient protecteurs, et plus ou moins efficaces en fonction du talent du chaman. On peut toutefois se demander s'il existait des tatouages offensifs. Mais aucun n'a été découvert à ce jour, faisant se rétracter les historiens ayant soulevé cette hypothèse, faute de preuves sur quoi s'appuyer. Aujourd'hui, les tatouages ne sont plus utilisés que dans un but esthétique et leur côté magique sombre peu à peu dans l'oubli.

Déçue par ce qu'elle avait lu, elle observa les dessins de tatouages, mais aucun ne représentait un sablier, ni même quelque chose de concret. Juste de belles arabesques, des runes, des formes abstraites...

Refusant de se laisser abattre, elle passa au deuxième livre, puis au troisième, sans succès. Les tatouages maudits n'existaient apparemment pas dans l'histoire, et pour la première fois, Hermione se sentit trahie par les livres. Ils lui apportaient tout le temps ce qu'elle voulait savoir d'habitude, alors à présent elle ressentait une frustration immense.

Que signifiait le tatouage dans son dos ? Elle espérait vraiment que le médecin qu'elle verrait le lendemain puisse apporter une réponse à cette question.

Après avoir poussé un profond soupir, Hermione reposa les livres sur sa table de chevet et éteignit la lumière.

Elle ne trouva pas le sommeil.

Elle se retourna, longtemps, régulièrement, repoussant ses couvertures parce qu'elle avait chaud et les remontant parce qu'elle avait froid. Elle se leva pour aller au toilettes, puis se releva pour boire de l'eau.

Lorsqu'elle regarda une énième fois son réveil et vit que les aiguilles affichait 2:44, elle se redressa et se dirigea vers sa cuisine, dans le but de se faire une tisane. Une fois son breuvage prêt, elle s'installa dans son fauteuil et se mit à lire un livre.

Au bout de quelques pages, un bruit dans le couloir éveilla son attention et la tira de sa lecture. Un rire, incontrôlé, presque hystérique, celui d'une femme avec certainement un certain degré d'alcool dans le sang. Des bruits de pas qui montent l'escalier. Deux personnes.

Hermione reposa lentement sa tasse sur la table basse, et franchit de ses pieds nus la distance qui la séparait de la porte, en veillant à ne surtout pas faire de bruit. Puis elle se pencha et regarda à travers l'œil de bœuf pour voir ce qu'il se passait dans le couloir.

Une fille apparut d'abord. Une brune, en petite robe et talons, qui ne marchait pas droit. C'était elle qui riait comme une folle. Puis derrière elle surgit Drago Malefoy, pas très net non plus, mais d'une démarche beaucoup plus contrôlée. Il attrapa la femme par la taille et enfouit son visage dans sa nuque, la parsemant de baisers, et parcourant son corps de ses mains. Hermione ne voyait pas la scène très nettement, mais cela fut suffisant pour qu'elle rougisse.

Malefoy était particulièrement avide et plaqua sa conquête contre le mur, entamant un baiser effréné auquel elle répondit volontiers. Il s'arrêta pourtant, et s'éloigna un peu. Voyant qu'il commençait à parler, Hermione plaqua son oreille contre le battant.

- Tu sais que tu ne représentes rien pour moi ? demanda t-il d'une voix neutre. Qu'à partir de demain nous ne nous reverrons plus jamais ? Si tu n'es pas d'accord avec ça, tu peux encore partir.

- Je sais, répondit-elle, d'une voix rendue peu assurée par l'alcool. Viens plus près...

Elle l'attrapa par le bras et le tira à lui. Il se laissa faire, et quelques minutes plus tard, il glissait sa clé dans la serrure de son appartement et entrait avec elle. Lorsque la porte se referma sur eux, Hermione sentit que son cœur battait à toute allure, comme si elle avait vu quelque chose qu'elle n'aurait pas du voir. Elle regagna son lit en essayant de chasser ce qu'elle venait de voir de sa tête, et un fois allongée, elle serra ses couvertures autour d'elle, les yeux grands ouverts dans le noir.


Entrée en scène d'un personnage de mon invention : Laureen, j'espère qu'elle vous a plu. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?

A little review never killed nobody ! (oui, c'est un jeu de mot nul avec le titre d'une chanson, ne me jugez pas) Bisous :p