J'ai pu trouver de l'inspiration dans le jeu Phoenix Wright : Ace Attorney (que je conseille vivement).

Je vous préviens que ce chapitre est assez lourd à lire, mais nécessaire en tant que metteur en place de l'histoire.

Bonne lecture quand même !

Disclaimer : FMA ne m'appartient pas. J'écris pour mon plaisir et celui de mes éventuels lecteurs et non dans un but lucratif ;)


« C'est pas moi j'vous jure !
- Et comment pouvez-vous me le prouver ?
- Mais c'pas moi ! »

Le colonel poussa un long et profond soupir de lassitude. Décidemment, Central était devenue une capitale remplie de traficants de drogue et de petits voleurs tous plus idiots et ennuyeux les uns des autres. Aucune affaire intéressante. Tous les grands criminels des derniers mois étaient soit derrière les verrous, soit partis provoquer la pagaille dans des petits patelins du coin Est d'Amestris. C'était à en regretter les périodes de grande panique dans la cité du centre.

Mustang prit appui sur ses genoux et se releva difficilement, esquissant une moue de douleur et portant une main derrière sa nuque pour la masser lentement. D'un bref mouvement de la tête il fit comprendre au lieutenant Havoc et à l'adjudant Farman d'emmener l'homme, puis il se tourna vers son premier lieutenant et bras droit : Riza Hawkeye. Celle-ci avait l'air pensif, perdue, dans la lune. Ses yeux, baissés vers les pavés grisâtres de la rue, s'égaraient dans le vide, pendant qu'elle tenait dans ses bras le long manteau noir de son supérieur.

« Un problème lieutenant ? »

Elle ne sourcilla même pas. Ses paupières restaient inlassablement ouvertes, toujours en train de perdre ses yeux dans le sol humide de la ville. Quelque chose n'allait pas chez elle. Roy le comprit tout de suite. Il s'avança et passa une main devant son visage, soufflant légèrement sur sa joue pour attirer son attention. Il ne fallut que quelques secondes pour que Riza sursaute et décroche son regard du sol, le portant sur son supérieur, légèrement penché vers elle.

« Vous m'avez l'air plutôt rêveuse, aujourd'hui. Quelque chose ne va pas ? »

Le lieutenant sourit maladroitement.

« Non, tout va bien. Je crois juste que ces affaires futiles me fatiguent, à force. Elles ne devraient pas être réservées à la police, plutôt ?
- Mmh, je suis d'accord avec vous. Mais bon, nous n'avons rien d'autre à faire. »

En effet; en plus des gros bonnets partis semer la terreur en dehors de Central, les tensions avec les pays voisins semblaient s'être discrètement calmées. Enfin, c'est ce que le peuple pensait. Car nous ne sommes jamais sûrs que rien ne se trame derrière nous...

« Je sais bien, monsieur. Je pense seulement prendre des vacances, d'ici peu. »

Des quoi ?! Avait-il bien entendu ?

De la part du lieutenant Hawkeye, le mot vacances était utilisé pour justifier une montée soudaine de dédain. Elle n'en prenait jamais. Souvent, lorsque toute l'équipe prenait des congés, elle continuait à travailler aux Quartiers Généraux pour le compte d'un supérieur sans subordonnés, restait toute la nuit en tant que gardienne des lieux ou bien aidait Sciezka aux archives. Parfois même, elle sortait faire une ronde avec Maria Ross et Denny Bloc, s'emportant sur le fait que ses camarades se cachaient derrière la pitoyable excuse de congés pour ne pas terminer leurs travaux en cours.

Personne ne la comprenait. C'est vrai, pour la plupart des gens, prendre des vacances est un vrai plaisir, surtout lorsque l'on a un travail aussi rude que militaire. Mais Riza avait en somme une bonne raison de ne pas en prendre : Pas de famille.

Ses seules compagnies restaient son chien et ses collègues de travail. Tout au plus, elle avait une ou deux amies, perdues aux quatre coins d'Amestris. Et elle n'avait jamais compté renouer contact avec elles.

« Des vacances, vous dites ?
- Oui. Je ne sais pas encore exactement quand les prendre, mais je sais que je ne reviendrai que lorsqu'il y aura des affaires beacoup plus intéressantes à résoudre. »

Roy comprenait décidemment de moins en moins son lieutenant. Pour toute réponse, il lui posa une question.

« Ne vous êtes vous donc pas engagée pour me protéger, veiller sur moi, m'aider à atteindre mon but ? »

Silence. Elle n'aurait jamais pensé que son supérieur aurait été aussi franc sur la question de son engagement dans l'armée.

« Eh bien... Oui, effectivement, monsieur. Mais j'aimerais vous dire que, depuis que je me suis engagée, je n'ai pris aucun congés. J'aimerais rattraper le temps perdu, voyez-vous.
- ... D'accord, lieutenant. »

La réponse de Riza était trop superficielle. Elle ne collait ni à son caractère, ni à son attitude apparente. Elle s'énervait lorsqu'on le touchait à peine, alors pourquoi le laisser aussi longtemps sans support ? Sans personne de confiance ?

Havoc revint avec le rapport d'un commissaire lui aussi sur la traque de traficants de drogues. La discussion s'arrêta ainsi.


Riza rentra chez elle, blasée de la journée qu'elle venait d'avoir. Une journée insignifiante, sans interêt. Elle se déchaussa, marcha maladroitement jusqu'à la cuisine et se prépara un café bien noir pour se remettre de cet ennui omni-présent qui la suivait depuis qu'elle était arrivée au travail. Un long soupir de soulagement. L'odeur du café, sa chaleur et son goût vinrent réconforter Riza, son bassin ayant pris appui contre l'évier pendant qu'elle buvait doucement pour éviter de se brûler.

Tout était calme. Il n'y avait que le lèger bruit de sa gorge ingurgitant peu à peu sa boisson.

C'était un moment idéal pour s'endormir, somnoler les yeux fermés et se laisser distraire par Morphée. Mais soudain, on sonna à la porte. Riza poussa un râle d'agacement, posa violemment sa tasse près de l'évier et se dirigea vers sa porte d'entrée.

« Grr, qui peut bien me déranger alors que je tente de me détendre un peu ? »

Elle ouvrit furieusement la porte, manquant de la faire claquer contre le mur voisin.

Personne.

Il n'y avait personne. L'allée devant sa maison était vide.

Riza pensa directement à un canular. Sa colère en fut ravivée.

« D'abord cette journée de merde, puis un petit con qui sonne à ma porte ! »

Elle allait retourner bien au chaud chez elle lorsqu'elle vit que quelque chose clochait. Elle ne savait dire quoi, mais elle voyait bien qu'un détail la titillait.

« Rien de bien particulier je suppose. »

Après cette conclusion, elle retourna dans sa petite demeure et referma la porte aussi violemment qu'elle l'avait ouverte. Ses cheveux détachés virevoletèrent légèrement et elle s'installa paisiblement sur le canapé pour souffler longuement afin d'évacuer la tension.

« T'énerver c'est pas très bon pour toi, ma vieille. »

Riza décida de se détendre. Elle repèra un livre posé sur sa table basse, le prit et se remit à lire là où elle avait laissé le marque-page. Quelques pages défilèrent sous ses yeux en peu de temps... Elle les releva vers le plafond, les ferma, soupira. Puis elle reprit sa lecture.

« L'arbre au vent, elle regarda le sol. Bizarre, le paillasson avait bougé de place... »

Quelque chose retint son attention. Paillasson, pallaisson... Mais bien sûr! Elle posa rapidement son livre et gagna hâtivement la porte, l'ouvrit et porta directement ses yeux sur son paillasson : Il était placé de travers, en diagonale. C'était ça qui l'avait tant titillée après que l'on ait sonné à la porte!

Elle se baissa et souleva le tapis. Bingo ! Une enveloppe crême se trouvait là, placée du côté destinataire.

« Pour Riza Hawkeye »

La concernée ravala sa salive. Si c'était bien ce qu'elle pensait, alors cela vourdrait dire... Qu'elle allait devoir...

« Pas déjà... »

Riza prit la lettre avec angoisse, remit le paillasson bien à sa place et recula jusqu'à entrer dans son salon, puis se barricada en fermant la porte à double tour. Elle alluma un feu dans la cheminée en prévision du contenu de la lettre, déchira l'enveloppe qui tomba à terre et lut le courrier :

Riza Hawkeye,

La dernière lettre date d'il y a une semaine. Elle vous indiquait votre poste au sein de notre organisation.

J'ai maintenant l'honneur de vous faire part de cette liste ci-contre.

Elle fonctionne d'une manière bien spéciale.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

Organisation BCC

Elle l'avait senti. Cela rabaissait d'une manière phénoménale son moral, déjà au plus bas.

« Ma première victime... »

Consciente de ce qu'il y avait écrit dans la lettre, elle se baissa pour récupèrer l'enveloppe et y sortir la fameuse liste. Quelle fut sa surprise lorsqu'elle découvrit... Une feuille blanche, sans aucune inscription dessus.

« Quoi ? Se seraient-ils trompés ? »

Il parut impossible à Riza qu'une organisation si pointilleuse aurait fait une gaffe aussi monumentale. Mais il fallait accepter les faits. Elle prit l'enveloppe et la jeta dans le feu. Puis la feuille, mais elle se coupa le pouce avec le bord.

« Merde ! »

Son sang coula le long de sa main, puis tomba sur la fameuse feuille vierge...

« Manquait plus que ça... »

C'est alors que quelque chose apparut sur le papier. Le sang prit une forme, dessina les lettres d'un mot. D'un nom, plus précisément.

« Danel Raul. »

Sans pour autant être proches, elle le connaissait bien. Un capitaine assez discret, mais qui pouvait faire beaucoup d'ombre à ses supérieurs hiérarchiques. Il faisait souvent des avances à Riza, mais des avances gentilles, de celles qui font sourire. Elle répondait toujours subtilement à la négative, mais il n'avait jamais lâché l'affaire pour autant. Maintenant, Danel allait être sa première victime.


« Bonsoir, lieutenant.
- Bonsoir...
- Vous venez à cette heure-ci ? »

L'horloge indiquait 22h.

« Vous êtes encore là à cette heure-ci ? »

Roy sourit. Décidemment, fatiguée ou pas, Riza avait l'art de détourner la conversation et de casser. Il devait bien avouer que ça la rendait irrésistible.

« J'avais beaucoup de travail à finir. Contrairement à ce que l'on peut penser de ces enquêtes ennuyeuses, les dossiers qui arrivent derrière ne sont pas si simples à remplir.
- Je vois. C'est si bon de voir un flemmard s'attarder sur son travail ! »

Non, en fait, Roy avait imaginé que Riza reviendrait, cette nuit. C'était toujours comme ça, après les longues journées inutiles : elle ne trouvait pas le sommeil et venait travailler de nuit. Il avait voulu la revoir avant d'aller se coucher.

« Et vous je suppose que vous allez travailler un peu ici, n'est-ce-pas?
- Evidemment colonel. »

Elle retira sa veste et la posa sur le porte-manteau.

« Alors, bonne soirée, lieutenant.
- De même, colonel... »

La porte du bureau se referma derrière Mustang.

« Pfiou, enfin seule. »

Ses yeux lui piquaient. Elle était très fatiguée et aurait apprécié aller dormir tranquillement chez elle. Mais elle avait un travail à accomplir.

« Adieu, Danel... »