Comme d'habitude au bureau, j'arrivai bon dernier. Gibbs était au M-TAC et j'échappai donc à la claque coutumière dans la nuque. Me voir en retard, ça ne le fait pas sourire. C'est plutôt un facteur qui le rend plus vulnérable à un empoisonnement à la caféine. Il engloutit toujours plus de café quand il a quelque chose à me reprocher… à moi ou aux autres.

- 15 minutes de retard Tony, tu ne bâteras pas ton record de la semaine dernière, aujourd'hui.

- Très drôle, Zeevah. Tu tiens un journal du moindre de mes faits et gestes ? Je pourrais porter plainte pour harcèlement.

Il y a des fois où je crois que j'y vais trop fort avec Ziva. Et ce moment en fit partie. L'officier David m'envoya un regard assassin qui cachait mal l'humiliation qu'elle ressentait.

- Ce genre de plainte ne tient pas si les deux adultes sont consentants, remarqua McGee avec un large sourire.

- Quel genre de plainte McGee ? demanda Gibbs en déboulant dans le bureau.

Le bleu fit le poisson hors de l'eau, l'espace de trois secondes.

- J'espère que vous avez tous une bonne raison pour jacasser de bon matin, remarqua le patron en s'asseyant lourdement sur sa chaise. Comme l'adresse du propriétaire de l'arme ?

Il y eut un silence gêné dans la salle. Personne n'avait trouvé quoi que ce soit. Gibbs soupira lourdement.

- Ziva ! tonna-t-il.

- Je cherche dans les personnes disparues, répondit celle-ci.

- Je m'occupe des morts… s'élança McGee.

Quant à moi, je fus sauvé par une sonnerie de téléphone. Tandis que le patron répondait, je posai mes affaires, ayant l'air de rien. Ce qui ne trompe jamais Gibbs. Son coup de fil fini, il se leva et se dirigea vers l'ascenseur.

- DiNozzo, avec moi, s'écria-t-il.

Je le suivis dans son « bureau » attitré, tout en sentant le regard narquois de Ziva derrière mon dos. Ou c'était juste mon imagination ? La mort donne un nouveau visage à tout et peut-être qu'elle était juste inquiète. Non… Elle ne m'a sans doute même pas regardé. Pareil pour l'ambiance qu'il y avait dans cet ascenseur. Ca n'avait rien de froid. C'était dans l'habitude de Gibbs de rester silencieux.

Finalement, il se révéla que c'était Abby qui l'avait appelé, excitée comme une puce. Dans son labo, elle avalait café sur café, sautait d'ordinateurs à ordinateurs.

- Vous allez adorer ce que j'ai à vous montrer !

Elle nous montra l'écran plasma de son labo. Il y avait une image 3D du Sig suisse retrouvé près de la scène de crime.

- J'ai fait une série de photographies et j'ai pu obtenir une image du revolver, avec l'empreinte.

Sur l'écran, l'empreinte se mit à luire.

- J'ai réussi à l'isoler et à la transformer en 2D.

Alors qu'elle nous expliquait, l'empreinte se retrouva soudainement aplatie. L'ordinateur donna le résultat de la recherche.

- Et nous avons un gagnant ! s'écria Abby.

Moi j'aurais plutôt dit une gagnante : Johanna Lloyd.

L'histoire fait maintenant six pages… Peut-être qu'au fond, elle est assez longue pour faire classe à un enterrement. Je me demande si ça encouragera papa à venir. Il rêvait de quelque chose de grand. Une cérémonie fédérale n'est sans doute pas à son goût mais au moins c'est déjà ça… Ou alors il ne pourra pas se déplacer. Il est déjà vieux. Quand est-il né déjà ? Il doit avoir entre 45 et 50 ans. Non… Ca voudrait dire qu'il m'aurait conçu à 10 ans. Je n'ai jamais été fort en mathématique.

Je m'égare encore. Pourtant on arrêta bien vite Johanna. En fin d'après midi, elle était déjà en salle d'interrogation avec Gibbs. Oh… J'espère ne jamais être interrogé par Gibbs de toute ma vie.

C'est tout moi ça… Oublier que je suis mort.

- Pouvez-vous m'expliquer qu'est ce que vos empreintes font sur cette arme, commença le patron d'une voix calme.

Il lui montra une photo du Sig. Ziva et moi avions parié contre McGee qu'elle attendrait de voir une photo du cadavre pour craquer. Et parce qu'il n'était pas derrière la vitre au moment de l'interrogation, il ne verra jamais la couleur de ces 20 dollars.

- D'accord, soupira Johanna. Mais je ne l'ai pas tué. Son âme de petit chien avait déjà quitté son corps avant même qu'une de ces balles le touche.

C'est bien à ce moment que j'en fus certain. Etre Lassie, chien fidèle n'est pas toujours une bonne idée. L'agent Taylor avait passé sa vie à obéir à ses parents, à l'armée, à sa petite amie. Un peu comme moi au fond…

- C'est lui qui l'a tué. On avait rendez vous avec lui ce soir là. Dans les bois.

Gibbs nous tournait le dos, je ne peux que seulement imaginer son regard impassible dénuder ses émotions.

- Son nom à lui ? demanda-t-il.

- Alan Forster.

Pourquoi je n'ai rien dit à ce moment là ? Pourquoi est ce que ce nom n'a même pas activé le neurone le plus reculé de mon cerveau ? Pourquoi ?

- On était censé faire affaire avec lui. Je l'ai rencontré sur internet il y a dix mois. Le fric m'intéressait, lui également. Il m'a proposé une arnaque.

- On ne laisse pas facilement les vieilles habitudes derrière soit, n'est-ce pas ?

Johanna soupira. Elle semblait à deux doigts de lui crever les yeux. Sincèrement, je comprends pourquoi.

- Ecoutez ! Craig était bien gentil mais c'était pas avec sa paye de soldat qu'on allait faire le tour du monde. Je voulais lui rendre service.

- Et il a marché ? demanda Gibbs

La femme fit un sourire piteux. Bien sûr qu'il avait marché ! Ce gars, c'était une loque humaine. Il a marché jusqu'à cette nuit-là, où il devait rencontrer pour la première fois le complice de sa fiancée. Puis il a eu peur…

- Lundi soir, j'allais présenter Alan à Craig. Il a fait dans son froque lorsqu'il a vu qu'il était armé, continua Johanna. Il a dit qu'il ne voulait plus continuer, qu'il allait nous dénoncer à la police.

Qu'elle était cruelle cette femme. Un homme était prêt à tout lui donner et elle parle de lui comme d'un lâche. Pour la première fois de sa vie, il avait décidé de choisir la révolte et elle arrivait encore à ternir son image. Je parie que Gibbs devait se mordre l'intérieur des joues pour se retenir de l'étrangler.

- Il a essayé de désarmer Alan mais celui-ci l'a poussé et il est tombé dans le ravin. Quand on est descendu, il était mort.

- Et les balles ?

Johanna cligna des yeux et eut un rictus.

- J'ai pris le revolver d'Alan et j'ai tiré.

Grand silence.

- Cinq fois. Il le méritait bien ce salaud.

Depuis tout ce temps,… Pendant que Craig Taylor se croyait marié à la plus belle femme du monde,… Johanna magouillait avec un certain Alan Forster.

De retour dans nos locaux, Ziva n'en croyait pas ses oreilles. Moi non plus d'ailleurs. L'heure du déjeuner fut riche en exclamation (et en nouilles).

- Est-ce que tu peux réellement penser qu'une femme puisse rouler son mari à ce point ! s'écria Ziva.

- Si l'arnaque en valait le coup… remarquai-je.

- Mais elle est incapable de nous dire en quoi ça consistait !

Nous n'eûmes pas vraiment le temps d'en débattre.

- Je veux tout savoir sur ce Alan Forster ! s'exclama Gibbs. De son premier biberon à la marque de ses jeans !

A ma grande surprise, le bleu sursauta comme un chien, frétillant sa queue imaginaire. N'allez pas encore croire que je suis jaloux. Non… C'est affectif. La vérité, maintenant que j'y pense, c'est que cette adresse, je l'avais cherchée toute l'après-midi. Deux mois plutôt, c'est moi qui la trouvais avant McGee et qui collectais les fleurs.

- Alan Forster, répéta le bleu en montrant des photos sur le plasma du bureau. Depuis qu'Abby l'a identifié en tant que propriétaire du Sig, j'y travaille. Son nom me disait quelque chose…

Allons bon ! Tu l'avais interviewé le jour d'avant Timothy !

- C'est un homme d'affaire très célèbre. En cherchant sur internet, j'ai trouvé le site de sa compagnie. Devinez quoi ? Elle fabrique des armes pour l'armée. Et j'ai l'adresse de son domicile.

- En route ! s'exclama Gibbs.

C'est normalement à ce moment là qu'on averti les âmes sensibles. Au journal, le présentateur demande d'éloigner les enfants car certaines scènes peuvent choquer. Et ce que j'y serais allé si j'avais su ? J'aurais pu prétexter une indigestion… Non. J'étais bien trop content qu'il y ait enfin de l'action. De quoi sortir du bureau.

Gibbs, McGee et moi arrivâmes très vite au domicile d'Alan Forster. La voiture dérapa sur l'asphalte et on ne prit même pas la peine de se garer convenablement. Pourquoi n'étions nous que trois pour une opération pareille ? Il n'y avait aucune raison valable d'appeler la cavalerie, les snipers et les SWAT… Face à trois hommes armés, un simple voleur n'avait aucune chance. Et puis toute l'équipe pensait qu'on allait bénéficier de l'effet de surprise. C'était sans compter sur le président Forster de « Forster Compagnie ».

Cet homme, ça aurait pu être mon père. Intelligent, malin, riche, aux extraits de compte pas très nets. Et moi qui fuis mon père depuis que j'ai 18 ans, je n'ai pas réussi à démêler les nœuds. Finalement… Il n'y aura pas de médaille : J'ai fait trop de fautes. J'arrivais en retard. J'ai été incapable de me souvenir du nom de ce témoin. Alan Froster. Alan Forster. Alan Forster. C'est quand même pas si compliqué ! Et c'était à moi de m'en souvenir. C'est moi qui supervise McGee. Et je ne suis même pas mort en héros. Je suis mort en désobéissant.

Alors ne parlons plus de médaille.

Je passais par derrière. McGee et Gibbs se chargeaient de l'avant de la maison. Ils ne frappèrent pas à la porte. Gibbs se contenta de crocheter la serrure. Quant à moi, la porte du jardin était ouverte et je rentrai sans problème. Mon arme dans la main gauche, une lampe de poche dans la droite.

La cuisine était vide et sombre. Je fis le tour rapidement avec ma lampe. Puis j'entrais dans le couloir.

- R. A. S ! criai-je bien fort.

McGee me renvoya un autre R. A. S. depuis le salon. Prudent, je continuai à avancer. Où s'était-il caché ? Quel coin du hall je n'avais pas contrôlé ? J'étais sûr de moi, alerte. Tout allait bien. J'arrivai dans le bureau. La lampe brûlait sur la table. Quel idiot ! Ca aurait dû me mettre la puce à l'oreille. A la place, j'admirai la bibliothèque, passai un ou deux rayons dans un coin de la pièce. Je ne sentis pas Forster s'approcher de moi par derrière.

Note de l'auteur : Merci pour vos gentilles reviews. Ravie de savoir que je me suis bien glissée dans la peau de Tony. Voici maintenant un petit cliffhanger pour vous remonter le moral.

Niark ! Niark ! Niark !

Je suis tout simplement diabolique…