La seconde d'après, un coup sec s'abattait sur ma nuque. Je tombai sans un bruit. Avec le nombre de coups que j'ai reçu sur la tête, je me suis entraîné à être silencieux. Parfois on dirait que les criminels sont attirés par mon crâne, comme des enfants qui tapent sur des cibles avec un marteau.

J'étais paralysé à terre, incapable du moindre mouvement. J'essayais de dire quelque chose pour avertir Gibbs mais mes lèvres étaient collées l'une à l'autre. Combien de temps me fallut-il pour reprendre mes esprits ? Cinq minutes ? Dix minutes ? Pas très longtemps je pense parce que une minute de plus sur le plancher et c'était Gibbs qui mourait, pas moi.

Et dans ce sens peut-être que j'avais ressenti quelque chose, un pressentiment.

Je finis par reprendre mes esprits. Ma vision était floue mais j'arrivai tout doucement à me lever. D'abord sur les genoux, puis sur les pieds en m'aidant du mur. Une fois debout, j'essayai de maîtriser la nausée qui me traversait. Ma tête m'élançait atrocement. Cet imbécile n'avait pas pris mon arme. Je l'empoignais résolument. Il me parvenait des bribes de conversations depuis le salon.

- Je suis ruiné, agent Gibbs. Je n'ai plus rien.

Cette voix je m'en souviendrais toujours. Comment oublier l'homme qui vous a tué ? Vraiment ?

- Alors vous vouliez monter une arnaque à l'assurance.

C'était Gibbs. Gibbs était toujours en vie. Croyez le ou non mais je n'ai jamais aimé sa voix à lui. Vous piégeant par derrière, inquiétante… Mais là, je l'aurais bien écouté infiniment.

- Tout ce que ce marin de pacotille avait à faire, c'était de se blesser lors d'un exercice et d'attaquer mon entreprise en justice.

J'avançai doucement dans le noir, chaque pas me donnait envie de vomir. J'avais l'impression d'être dans un mixer tournant à pleine puissance.

- Vous récupériez l'argent de l'assurance et vous partagiez avec le sergent Taylor. Sauf qu'il a dit non…

Et le bleu aussi était en vie ! Je le vis dans le salon, à deux mètres de Gibbs. Ils levaient la main et leurs armes étaient à terre. Forster les menaçait avec un revolver. C'est à ce moment-là que je reconnu le témoin qui avait appelé la police. Rappelez-vous : parce qu'il passait dans le bois (comme par hasard). Quand on dit que l'assassin revient toujours sur le lieu de son crime, je ne savais pas que c'était systématique.

- Regardez qui vient de se réveiller… ricana Forster. L'agent DiNozzo.

Je ne suis décidément pas très silencieux quand il s'agit d'arriver par surprise. Je levais quand même mon revolver vers Forster, prêt à faire feu.

- Vous voulez rire ? Vous tenez à peine debout.

Il avait raison. Sans compter que je le distinguais à peine.

- Le temps que vous tirez, je les aurais déjà tué tous les deux. (Il désigna Gibbs et McGee.) Alors on va faire un marché. A vous je vous laisse la vie sauve et je les tue tous les deux. Tout ce que vous devez faire c'est poser votre arme.

Je ne bougeais pas, mon arme toujours braquée sur lui.

- Fais ce qu'il dit, DiNozzo, fit Gibbs.

Je le regardais un cours instant, incapable de fixer ses yeux à travers ma vision confuse.

- Fais ce qu'il dit ! répéta-t-il.

A ce moment-là, ça faisait deux fois que je refusais d'obéir à un ordre direct. Je me suis dit qu'une fois de plus, n'allait pas faire de mal. Je me trompais, comme d'habitude. (A ce propos, si les enfants ne sont pas éloignés, c'est peut-être le moment.)

- DiNozzo ! Va-t-en.

Je posai mon Sig par terre, lentement et le fis glisser vers Gibbs. Sur le moment je me demandai s'il avait compris. La suite des événements le confirma.

- Bien, fit Forster avec un sourire satisfait.

Il pointa son arme vers le patron. Et je réagis au quart de tour en me jetant sur Gibbs. La façon dont ça s'est passé, ça me rappelle ce film avec… Caitlin Todd, Ari Haswari et une balle de sniper. Je poussai Gibbs à terre.

Au moment où la balle me toucha, je sentis comme une brûlure dans le ventre. Pour la seconde fois de la soirée, je me retrouvais sur le sol. Je n'eus pas la force de crier. Tout ce que je pus faire c'est grimacer.

Autour de moi, il n'y avait que des ombres, des exclamations et finalement des coups de feu.

- DiNozzo ! dit Gibbs.

Je le sentis me retourner. J'ouvris les yeux et je le vis, la figure inquiète. Je croyais que c'était de la peinture rouge sur ses mains mais en fait, c'était mon sang, non ?

- Tony !

- Je crois que j'ai encore merdé, patron.

Il cherchait où j'étais blessé. Quand il trouva je le sentis bien. Là j'eus la force de crier.

- Ah !

Ses deux mains pressaient sur la blessure. Je les agrippais pour essayer de les enlever.

- DiNozzo, calme toi !

La dernière chose que j'entendis fut sa voix qui demandait une ambulance. Je lâchai ses mains et tombai dans le néant. Fermer les yeux.

Et maintenant me voici. Qu'il fait sombre ici… Si c'est ça la mort, c'est plutôt morne. Et il ne manque que la musique pour faire discothèque. Où est la prétendue lumière après le tunnel ? Et la vie qui déroule devant soit ? L'impression d'infini amour vantée par tous les NDE (Near Death Experience) ? Tout ça ne serait juste qu'un vaste complot ?

A la place il n'y a que le froid. Le froid et des regrets.

J'aurais dû laisser souffler Ziva un peu.

J'aurais dû appeler McGee un peu moins souvent le bleu.

J'aurais dû acheter ce bracelet à Abby.

J'aurais dû arriver à l'heure aujourd'hui.

J'aurais dû appeler Papa.

Ca va faire 15 ans…

« 15 ans que j'étais avec cet ami écossai. Nous avions décidé de faire du Kayak ensemble. Mais je n'y connaissais rien. Je n'ai pas vraiment osé lui avouer. Je t'ai déjà dit Tony, à quel point mon ami avait le don pour me convaincre de faire toute sorte de choses. »

C'est la voix de Ducky. Merde. Je suis vraiment mort, alors ! Est-il vraiment nécessaire de me charcuter ? Une balle, c'est une balle, non ?

Et cette sensation ? C'est mes doigts ?

« Toute sorte de choses... »

Ducky s'interrompt mais je n'y fais pas attention. A la place, je consacre tous mes efforts à respirer. Je n'aurais jamais crû ça possible mais c'est plutôt dur. C'est un geste tellement simple qu'on n'y pense plus habituellement. C'est difficile mais ça me revient.

- Tony ?

Ducky est toujours là. D'ailleurs je sens sa main dans la mienne. J'essaye d'ouvrir les yeux mais mes paupières sont lourdes comme une tonne de plomb. A défaut de les ouvrir j'arrive à faire sortir un son de ma bouche. Rien qu'un murmure.

- Anthony ? Tu es avec moi.

Mais enfin ! Il l'a pas encore remarqué ? Je lui sers la main et je crois qu'il en est sûr maintenant.

- Reste avec moi.

C'est tout ce que je m'efforce de faire. Quand j'arrive à ouvrir les yeux, notre légiste est juste au dessus de moi.

- Ducky… je murmure.

Mais j'ai un masque sur le visage. Je veux l'enlever mais il le fait à ma place.

- Reste tranquille, m'ordonne-t-il. Tu sais où tu es ?

Je regarde autour de moi. Ca ressemble à…

- Hôpital ?

Il me sourit. Incroyable comme cette simple réponse la rassuré. Moi j'espère juste que j'arriverais à élever la voix au dessus du murmure bientôt. J'ai la gorge sèche comme du sable.

- Gibbs est allé se chercher un café, m'explique Ducky. Il ne devrait pas tarder. Il s'est beaucoup inquiété. Tout le monde s'est inquiété.

Et moi alors ? Depuis combien de temps je me morfondais dans le noir ?

- Tu as été opéré hier. Les médecins étaient alarmés par ta blessure à la tête. Mais il semble que tout cela est pour le mieux.

Je ne sais pas quoi dire. Je ne suis même pas sûr de pouvoir dire quelque chose. Je bouge les jambes pour vérifier. Elles répondent. Et à part cette douleur aiguë au ventre, tout va bien.

Quelqu'un rentre dans la chambre. Je vois la porte s'ouvrir et laisser rentrer Gibbs. Ses traits sont tirés. Il a l'air épuisé. Il a un verre à la main. Du café sans doute. Quand il lève les yeux, il n'a aucun mouvement de surprise.

- Ah ! Gibbs… Notre jeune Anthony vient juste de se réveiller.

Il se tait. Il me regarde un moment puis fait le tour du lit. Il s'assit dans une chaise. Je suis sûr de l'avoir entendu soupirer.

- Je vais prévenir le docteur Pitt de ce pas. Reste avec lui Jethro.

- Je ne vais nulle part.

Ducky parti, Gibbs reste silencieux, buvant son café. Moi je commence à me sentir mal positionné. J'essaye de me relever mais tout ce que j'y gagne, c'est une douleur lancinante qui parcourt mon corps. Mon grognement de douleur attire le regard de Gibbs. Il se lève.

- Laisse moi t'aider.

Il m'aide à m'asseoir et relève mes coussins. Se faire choyer par Gibbs.

Je me déclare vaincu.

- Tony, dit Gibbs d'un ton faussement sévère. La prochaine fois que je dis « Pars », tu pars. Tu as compris ?

Je souris.

- Si ne pas partir signifie te sauver la vie, patron, je murmure doucement. Alors je ne suis pas sûr d'avoir compris.

Il pose sa main sur ma tête. Une version soft de la claque à la Gibbs.

Trois semaines plus tard, je suis de retour au boulot. D'accord, je boite un peu et marcher n'est pas vraiment indolore. C'est même carrément l'enfer parfois, mais les médecins m'ont confirmé que ça allait passer. J'étais sensé resté à mon appart mais Gibbs a eu pitié de moi, m'autorisant à venir travailler. Je reste tout de même consigné sur mon bureau à remplir des rapports. Ca deviendrait ennuyant sans les secrétaires qui sont toutes attirées par le gars en béquille.

- Tu as besoin de quelque chose, Tony ? Tu veux que je t'apporte un café, Tony ? singe Ziva.

Je dirais bien qu'elle est jalouse. Mais depuis mon retour, j'essaye de la laisser souffler. Alors je me contente de sourire discrètement.

- Tu en es où dans tes rapports ? me demande l'Israélienne.

- Mon ordinateur vient de se planter. J'attends McGee… On verra ce qu'il peut faire.

Si je continue a appelé McGee, McGee, il n'y aura bientôt plus moyen de raconter cette histoire sans se répéter. Mais après tout, ce n'est plus un bleu. Il faudrait peut-être que je m'adresse à lui avec son prénom. Timothy. Mais franchement, vous me voyez crier « Tim » à travers le bureau quand je le cherche ?

En parlant de lui… Il doit être chez Abby. Je vois encore son expression quand je lui ai offert son cadeau d'anniversaire numéro 2. C'était le jour de mon retour. Elle m'est tombée dans les bras quand elle m'a vu traverser son labo. J'ai failli m'écraser sur son parquet. Une fois son étreinte finie, elle m'a regardé en souriant de toutes ses dents.

- Les médecins t'ont finalement libéré.

- Trois semaines que je leur volais le cœur de leurs infirmières, ça commençait à les énerver.

- Combien de temps tu dois garder la béquille ? me questionna-t-elle.

J'éludais la question et répondant « Pas très longtemps ». Si je lui disais que je devais encore prendre des anti-douleurs, elle me renverrait chez moi.

- J'ai quelque chose pour toi, dis-je en sortant un petit paquet de la poche intérieur de ma veste.

Abby le prit dans ses mains, interloquée.

- En quel honneur ?

- Ouvre seulement.

Elle a adoré ce bracelet. Aujourd'hui encore elle le porte.

Je reste travailler tard. Ce qui est ennuyeux dans le travail de bureau, c'est le début. Quand on est lancé, on voit difficilement le temps passer. Ziva, McGee et Abby sont déjà partis. Il ne reste plus que Gibbs et moi.

- Tu as oublié de prendre ça ce midi… murmure Gibbs en s'approchant de mon bureau.

Il dépose mes médicaments sur le coin. Je lève les yeux vers lui.

- C'est Ducky qui m'envoie, précise le patron.

Et il me lance une bouteille d'eau. Docilement, j'avale les gélules. Gibbs me surveille du coin de l'œil. Je me demande s'il a remarqué combien je m'appliquais dans mes rapports… Sinon, à quoi ça sert de surveiller son écriture ?

Je soupire et me frotte les yeux. Je ne sais pas si c'est les médicaments mais je me fatigue trop vite ces temps-ci.

- Rentre chez toi, Tony. Tu en as assez fait pour aujourd'hui, remarque Gibbs.

Et comme si mon corps avait pris son parti, je ne peux pas m'empêcher de bailler.

- Je vais y aller, dis-je d'une voix endormie.

- Je te raccompagne.

Trop fatigué pour protester. Se faire raccompagner par Gibbs.

Finalement, je me déclare vaincu. Je me lève, range mes affaires et prends ma veste. Un dernier regard à mon bureau avant de fermer la lampe. L'ordinateur est fermé, les dossiers sont classés, le téléphone est sur le coin de la table. Un beau téléphone, très classe, très fédéral. Je devrais appeler mon père. Ca va faire 15 ans…

- Tu viens, Tony ? s'impatiente Gibbs.

Je ferme la lumière et vais le rejoindre.

Non. Je n'appellerais pas mon père.

Pas ce soir. Ni le soir d'après.

FIN

Note de l'auteur : Voili, voilou ! J'attends vos remarques de fins de fictions. Dans la section Harry Potter, on m'appelle, « l'auteur qui ne sait pas finir ses fics sans frustrer le lecteur ». Vous confirmez ?

Les titres de mes fics sont trop évidents… Je devrais arrêter de mettre les derniers mots de l'histoire comme titre.

Ma fic préférée jusqu'à présent, tout fandom confondu.

Je vous remercie chers revieweurs. Vous faites remonter mes misérables statistiques d'auteur. J'ai une nouvelle idée de fiction et je pense que vous allez aimer. Faut encore que je l'écrive.

Merci à ma relectrice pour ses bons soins. Elle se reconnaîtra. Comme elle, elle a eu le droit de tout lire d'un coup, je préserve son anonymat.