LA CHIMÈRE
Chapitre 1 : La Chose
31 Mars - 1er Avril 2014
Le bruit d'une canette de coca cola tombant dans le fond du panier d'un distributeur de boisson résonna dans la salle d'attente de l'hôpital. Les quelques personnes qui se trouvaient dans la même pièce sursautèrent avant de jeter des regards réprobateurs à la femme rousse visiblement responsable du bruit indésirable.
Cette dernière leur fit un sourire narquois plus glacial que les nuits sibériennes avant de se diriger vers Shizuru et s'asseoir à ses côtés. Silencieuse, cette dernière faisait mine de s'intéresser au journal ouvert qu'elle avait dans les mains, mais aucune d'entre elles n'était dupe.
Leurs esprits étaient focalisés sur ce qu'elles avaient vu quelques heures plus tôt, dans cette chambre au deuxième étage, et qui ne leur rappelait que trop de mauvais souvenirs.
Nao joua avec la canette qu'elle tenait dans les mains tout en essayant en vain de chasser de son esprit l'image d'une petite fille blonde que les Himes avaient rencontrée huit ans plus tôt.
L'Hime artificielle. Le pantin de la fondation Searrs. « Celle qui ne devait pas exister », comme l'appelaient souvent ses propres créateurs.
Alyssa.
Shizuru se demandait vaguement si les Searrs n'avaient pas remis ça. Cela semblait peu probable pourtant. Depuis quelques années, la fondation avait été reprise en main par une jeune directrice dont l'honnêteté et la bonne volonté n'était plus à prouver. Elle avait redressé la fondation, avait licencié tous les scientifiques véreux qui s'y trouvaient et avait fait la promesse de redorer le blason de ce centre de recherche. Et aujourd'hui c'était, semblait-il, chose faite.
Nao se posait les même questions.
Il était une heure du matin lorsque la secrétaire, toute rougissante dans son uniforme clair, vint les appeler pour les mener vers le bureau du docteur Yukino Chrysant.
Lorsqu'elles entrèrent dans la petite pièce, elles furent accueillies par les visages inquiets de Reito et Yukino, tous deux déjà assis sur des sièges à l'apparence peu confortable. Le plus âgé des deux ne cessait pas de s'ébouriffer les cheveux nerveusement, tandis que sa cadette tortillait inconfortablement la monture de ses lunettes.
Lorsque la secrétaire eut fermé la porte, un silence pesant s'installa entre les quatre amis de longues date. Finalement, le docteur Chrysant se racla la gorge et entama la conversation par une invitation.
« Shizuru-san, Nao-san, asseyez-vous, je vous prie. Nous risquons d'en avoir pour un moment. »
Une fois assise, Shizuru eut l'agréable surprise de voir Yukino se lever pour lui servir du thé. Elle la remercia du bout des lèvres, trop tendue pour laisser percevoir sa gratitude. Elle rêvait d'une tasse de thé depuis des heures.
Yukino lui fit un petit sourire et reprit sa place avant de poursuivre aussi posément qu'à son habitude.
« Je suppose qu'il est inutile de vous demander de garder le silence le plus absolu sur tout ce qui se dira dans cette pièce dans les minutes à venir. »
« Il ne me semble pas qu'on t'ait déjà fait faux-bond, Yukino » répliqua Nao en fronçant les sourcils. « J'aimerais savoir ce qui se passe le plus vite possible. »
Avec un hochement de tête neutre, Yukino se tourna vers Reito Kanzaki, comme pour lui signifier que la parole lui était donnée. Ce dernier se leva en portant avec lui une liasse de feuilles et prit la parole d'une voix assurée, comme toujours.
« J'ai été chargée de l'opération lorsque... lorsque c'est arrivé. Je n'avais jamais opéré une telle chose avant, c'est une grande première. »
Il tendit vers les deux femmes une feuille.
« Ce sont les résultats de l'analyse de sang. Comme vous pouvez le voir, tous les résultats sont complètement hors-normes. C'est pour cela que nous vous avons fait attendre aussi longtemps. » Il soupira et s'ébouriffa une nouvelle voix les cheveux. « J'ai décidé de faire une analyse de son ADN. »
La tension monta d'un cran entre les quatre protagonistes. Shizuru ferma les yeux. Elle avait pressentie quelque chose de ce genre au moment même où ses yeux s'étaient posés sur la forme étendue sur le lit de la chambre 216. Elle savait que Nao l'avait prévu également. Mais entendre était une toute autre chose que d'avoir un vague instinct.
L'homme leur donna une autre feuille.
« Comme vous pouvez le voir, ce n'est pas de l'ADN humain... »
« Qu'est-ce que c'est? » murmura Nao entre ses dents. Ses mains se crispèrent sur la feuille qu'elle tenait et sa mâchoire claqua. Shizuru se tendit également en ne reconnaissant pas le schéma qu'elle avait sous les yeux.
« C'est... nous ne savons pas comment expliquer que ce soit possible, je... » Il soupira une nouvelle fois et ferma un instant les yeux. « C'est comme si on avait mélangé l'ADN de cette femme avec... avec celui d'un guépard. »
« C'est absurde. » Elle ne pouvait pas en entendre davantage. Elle se leva, tendue à l'extrême, et secoua la tête comme si cela pouvait lui faire oublier l'entière conversation. « C'est impossible. On ne peut pas modifier l'ADN d'un être humain. »
« Nous parvenons bien à modifier les gênes de certains êtres vivant, Shizuru-san. », répliqua posément Yukino, « La seule chose qui nous empêche de modifier les gènes humains est la barrière de l'éthique. Mais les chercheurs n'ont pas tous ce genre de scrupules. »
« Alors tu crois que quelqu'un aurait pu tenter le diable? »
« Je ne crois pas, Nao-san, j'en suis certaine. Cette pauvre fille en est la triste preuve. »
« Dans ce cas je trouverai qui c'est. »
« J'espère bien. De plus... » Yukino s'arrêta un instant pour plonger ses yeux dans ceux de Shizuru « elle ne passera sans doute pas la nuit. C'est un miracle qu'elle soit encore en vie. »
Ce matin là, lorsque Mai vint déposer devant elles un café pour l'une et un thé pour l'autre, Nao et Shizuru étaient toujours plongées dans leurs sombres pensées.
Depuis qu'elle s'était mariée avec Yuuichi Tate, que Shizuru considérait toujours malgré les années comme un être à l'intelligence réduite pour rester polie comme son éducation le lui demandait, Mai rayonnait. La jeune femme avait ouvert un bar-restaurant quelques années auparavant et les anciennes Himes avaient pour habitude de s'y retrouver le soir de temps à autre pour un karaoké ou pour simplement le plaisir de vivre quelques moments ensemble. Il n'était donc pas inhabituel de voir débarquer les deux agents de police très tôt le matin ou très tard le soir étant donné les horaires peu orthodoxes que leur métier leur imposait.
Cependant, les mines avachies des deux détectives ce matin-là faisaient réellement peine à voir. Même Shizuru, d'ordinaire si impassible et parfaitement maître de la moindre de ses émotions, semblait fatiguée et anxieuse.
N'y tenant plus, Mai avança d'un pas décidé vers la table où les deux femmes prenaient leur petit-déjeuner dans un silence à couper au couteau, et frappa d'un coup sec la table à l'aide d'un plateau vide.
« Debout là dedans les filles! Ça vous dirait de faire au moins semblant que tout va bien plutôt que de me faire croire que je devrais vous demander ce qui se passe? »
« Et toi, tu crois que si tu ne me fous pas la paix maintenant, je devrais commettre un meurtre? »
« Mou, Nao, tu oserais me tuer? »
« Pas toi, mais lui par contre » répliqua Nao en désignant de la tête Yuuichi qui à cet instant tentait de servir une bière à un client sans faire de mousse, « avec grand plaisir ».
La serveuse leva les yeux au ciel, pas le moins du monde intimidée, et reprit son sérieux en voyant le manque de réaction de la femme auburn qui semblait ne même pas l'avoir entendu.
« Shizuru? »
Reposant sa tasse de thé avec lenteur et délectation, cette dernière leva finalement son visage vers Mai et lui offrit un pâle sourire.
« Mai? En quoi puis-je t'être utile? »
« Qu'est-ce qui se passe, je veux dire, vraiment? »
Shizuru retint de justesse un soupir et ne se départit pas de son sourire lorsqu'elle répondit, le plus naturellement possible.
« Ara, nous avons juste un peu de mal à savoir par où commencer une toute nouvelle enquête. Désolée Mai, mais je ne peux pas t'en dire plus. »
Mai soupira, défaite. Lorsque Shizuru invoquait le travail, chacun savait que cela voulait dire que le sujet était clos. Elle laissa donc les deux collègues seules et se dirigea vers une autre table de clients.
« Shizuru? »
« Nao? »
« Comment on va faire pour l'identifier si même son ADN n'existe plus? »
« J'y réfléchis depuis tout à l'heure. »
« Et? »
« Ara, Nao la grande détective n'a pas trouvé la moindre solution à ce tout petit problème de rien du tout? »
« Hé! Fais attention à tes paroles, Fujino, j'ai des relations! »
« Oh mais je n'en doute pas. » Elle reprit une gorgée de thé en souriant narquoisement.
« Sérieusement, j'avais bien un idée mais... »
« Dis toujours, nous avons peut être la même. »
Nao lui sourit à son tour. De toute évidence, elles avaient pensé à la même chose. Et c'était prévisible, vu qu'il ne leur restait pas non plus trente-six solutions possibles.
« J'avais pensé à utiliser la presse. Lancer une recherche, un appel, quelque chose comme ça. Elle doit bien avoir des amis ou de la famille quelque part au Japon, nan? »
Shizuru hocha lentement la tête et reposa sa tasse de thé. « J'avais pensé à ça aussi. Il faudra juste être très prudentes sur les informations que l'on divulguera. Je ne veux pas avoir de journaliste dans les jambes. »
« Si tu me laisses m'en occuper, je te promets que ces charognards n'auront rien. »
La jeune femme de Kyoto eut un petit rire avant de finir son thé d'un seul trait.
« Ce thé est vraiment délicieux. »
4 avril 2014
Contrairement à ce à quoi l'on pouvait s'attendre, Shizuru vivait dans un appartement. Plutôt petit, il possédait un grande baie vitrée dans le salon qui donnait un bel aperçu du port qui se trouvait en contrebas. Elle avait tout de suite apprécié cette vue si particulière et était tombée amoureuse de ce si petit appartement, qu'elle avait choisi au milieu d'une liste assez conséquente de pavillons et autres villas.
Qu'aurait-elle bien pu faire d'une grande maison, de toute façon, alors qu'elle vivait seule la plupart du temps?
En début de matinée, elle avait conduit jusqu'au poste où elle avait été accueillie, comme d'habitude, par les sourires plein d'espoir de ses collègues de travail et un reniflement faussement méprisant de la part de Nao. Elle avait passé le reste du temps enfermée dans son bureau.
Lui aussi était petit. A croire que tout était petit dans sa vie. Contrairement à son irritable collègue, chacun des dossiers qu'elle avait traité se trouvait rangé à sa place dans l'étagère prévue à cet effet. Les stylos n'était pas éparpillés sur le bureau. Il n'y avait pas un enchevêtrement de tasses de café vides posée dans un coin de ce dernier et menaçant de tomber à tout moment. Elle se faisait un devoir de nettoyer et ranger les tasses de thé vides chaque soir pour éviter d'avoir la désagréable impression de vivre dans un taudis.
Shizuru Fujino était perfectionniste. Tatillon peut être. Elle avait toujours eu un goût particulier pour l'ordre et la beauté d'un rangement sans accroc. Sauf pour une seule chose.
Pendant qu'elle buvait une nouvelle tasse de thé brûlant pour se tenir éveillée, ses yeux se fixèrent sur le seul cadre photo qu'elle avait posé sur son bureau. Oui, il y avait bien une chose pour laquelle Shizuru Fujino était la plus désordonnée de toutes les femmes de la planète.
La photo avait été prise il y a presque dix ans. Natsuki. Et sa si précieuse moto qu'elle ne quittait jamais. Natsuki n'était pas perfectionniste, du moins pas à cette époque. En laissant son regard errer sur le visage alors encore enfantin de son amie, elle se demanda si elle l'était encore aujourd'hui. L'image d'une Natsuki ordonnée lui était presque impossible à soutenir sans rire. Et pourtant, qu'en savait-elle?
Elle leva les yeux pour cette fois-ci les poser sur la seule décoration de la pièce. Un naginata rouge sang était accroché au mur. Pour ses collègues, c'était un souvenir de voyage, un trophée, ou simplement un objet posé là pour la frime. Vraiment?
Shizuru Fujino était décidément la plus irrationnelle de toutes les femmes de la planète lorsqu'il s'agissait de Natsuki Kuga. Cela n'était pas un trophée, non. C'était le souvenir de toutes ses erreurs et de toutes les personnes qu'elle avait massacré. C'était le pourquoi elle se battait. Pour retrouver son honneur. Pour réparer ses fautes. Par amour elle avait tué, elle s'était battue et avait même combattu celle qu'elle disait vouloir protéger.
Toute cette folie pour ça.
Pour Shizuru, il n'y avait jamais eu d'après Festival. Son âme y était restée pour toujours, et son coeur ne lui avait jamais été rendu. Elle avait essayé, bien sûr. Tout essayé. Elle avait essayé d'en aimer une autre, d'oublier cette adolescente qui l'avait abandonné pour l'Amérique et qui ne l'avait jamais aimé. Elle avait partagé sa vie avec un nombre incalculable de femmes dans l'espoir vain que l'une d'entre parviendrait à investir ses rêves.
En vain.
Où qu'elle aille, le goût des lèvres de Natsuki Kuga, qu'elle n'avait pourtant senti que deux malheureuses fois dans sa vie, la poursuivait et la hantait. Depuis huit ans. C'était à pleurer.
Le bruit d'une porte qui claque la tira de ses pensées et elle se ménagea un visage impassible avant de quitter la photographie des yeux pour les poser sur une Nao très... essoufflée.
« Nous l'avons trouvée! »
Enfin.
Depuis trois jours, la photo de l'inconnue parcourait les journaux sans aucun résultats. Elles avaient eu le plus grand mal à museler les journalistes mais le fait d'avoir publié le portrait de la jeune fille à côté de plusieurs autres personnes officiellement « disparues » avait parfaitement masqué l'importance réelle de la situation. Elles avaient attendue patiemment pendant tout ce temps que l'identité de l'inconnue leur soit révélée en épluchant de leur côté toutes les listes de sociétés susceptibles de travailler sur le génome humain. Et cela prenait du temps.
Ne voulant cependant pas se faire de faux espoirs (Dieu seul savait comme elle en avait déjà payé les frais), elle se contenta d'un sourire neutre et d'une demande d'explication de la part de sa collègue, qui visiblement ne tenait plus en place.
« Une femme prétendant être sa mère nous a téléphoné il y a deux minutes. Elle a pris le train ce matin depuis Nagoya pour venir ici. Elle devrait arriver dans une heure ou deux. »
« Elle t'a dit le nom de cette fille? »
« Non... en fait elle avait l'air d'avoir elle-même du mal à croire ce qu'elle disait. »
« Ah. »
Le silence retomba dans la pièce pendant que Nao prenait possession de l'un des sièges sur lequel elle se laissa tomber avant de poser ses pieds sur l'autre. Shizuru sourit en la voyant faire. Malgré des débuts assez difficiles du fait de leur passé commun, elles s'entendaient à merveille.
« J'espère que ce n'est pas une folle, ne? »
« Moi aussi. »
Elle restèrent silencieuses jusqu'à l'arrivée de la dite « mère », une heure et demi plus tard. Le soleil commençait déjà à se coucher quand une femme à l'apparence assez négligée se présenta à la porte de l'office de Shizuru, qui reposa sa tasse de thé silencieusement pour venir l'accueillir avec un sourire chaleureux. Elle sentit sa rousse de collègue se lever également mais rester silencieuse et se caler contre le mur du fond. Lors des interrogatoires comme celui-ci, c'était toujours Shizuru qui parlait, car elle mettait les gens à l'aise. Par contre, lorsqu'il s'agissait d'interroger un suspect, c'était Nao qui tenait les rênes. Elle était très douée pour martyriser psychologiquement les interrogés.
« Bonsoir madame, je suis l'agent Shizuru Fujino. »
« Bonsoir, je... je suis Helena Ho. Je suis venue pour le... la... »
Visiblement mal à l'aise, la femme se tut et regarda le sol avec un intérêt marqué. Shizuru se rassit et lui fit signe de faire de même avant de reprendre la parole et de sortir du tiroir la photo de la... chose.
« Vous avez dit à ma collègue que vous étiez la mère de cette jeune fille, est-ce que vous maintenez cette affirmation? »
« Oui, je, je...c'est-à-dire que... »
« Calmez-vous madame. Est-ce que vous voulez un peu de thé pour vous détendre? »
« Je, euh oui, merci. »
Deux tasses silencieuses de thé plus tard, la femme blonde se détendit enfin et commença à parler de façon plus ordonnée.
« C'est bien ma fille. Elle s'appelle Erstin, Erstin Ho. »
Nao, toujours adossée contre le mur du fond et plus discrète que jamais, sortit de suite un calepin sur lequel elle griffonna en silence.
« Est-ce que vous pouvez nous dire quel âge elle avait? »
« Et bien, elle devait avoir dix-huit ans, je crois. »
« Vous semblez assez secouée par ce que vous dites, est-ce que vous êtes certaine de ne pas vous tromper? »
« Je... C'est juste que je ne m'attendais pas du tout à... je ne comprend pas comment c'est possible. »
Shizuru jeta un coup d'oeil à Nao qui lui fit signe de continuer, le visage grave. Nul doute que ce qui allait être dit n'allait pas leur plaire.
« Et pourquoi... qu'est-ce qui est sensé ne pas être possible, madame Ho? »
« Et bien, Erstin... » Elle se prit la tête dans les mains avant de les emmêler dans ses cheveux blonds. « Elle a été condamnée à mort et exécutée il y a trois mois. »
Shizuru eut l'impression de prendre une douche froide. Glaciale. Comme le filet de sueur qui se faufila dans son dos. Choquée, Nao laissa tomber son calepin avant de s'empresser de le récupérer comme si de rien n'était, plus pâle que jamais.
« Que, comment ça? » lâcha-t-elle avant d'être stoppée par un dangereux regard en provenance de la femme aux yeux rouges. Shizuru se massa les tempes, le visage fermé, et reprit la conversation comme si rien d'étrange ne venait d'être dit.
« Vous êtes certaine de cela? Pour quel crime a-t-elle été condamnée? »
« Elle... excusez-moi. »
« Ce n'est rien, je sais que c'est difficile. Prenez votre temps. »
Après quelques instants de silence pendant lesquels Helena Ho sembla collecter son courage et faire du tri dans ses pensées, elle reprit la parole d'une voix assurée.
« C'était une fille vraiment douce, vous savez. Personne n'a jamais compris comment ça a pu arriver. Beaucoup de gens continuent de penser que c'était... une sorte de coup de folie. »
Et Shizuru comprenait. Elle comprenait si bien que personne n'était à l'abri d'une soudaine folie meurtrière. Elle comprenait si bien. Si bien.
« Un jour, sans explication, elle a... elle a tué cinq de ses camarades de classe avec la machette mon mari utilisait lorsqu'il jardinait. Nous n'avons jamais su pourquoi. L'une des victime était sa meilleure amie. »
« Mais si c'était un coup de folie, elle aurait dû être prise en charge par un hôpital psychiatrique, pas condamnée à mort. »
« C'est vrai, mais... elle a affirmé elle-même que... qu'elle était parfaitement consciente de ses actes et que... elle n'était pas folle. »Helena Ho émit un petit rire triste avant d'ouvrir les bras en signe d'impuissance. « Alors... »
Alors Shizuru comprenait. Elle comprenait si bien.
« Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais. »
Oscar Wilde
