Bonjour à tous!
Hell-Ska alias Ketanou : Merci, j'espère que la suite te plaira!
Hina-chan : Merci pour ta review! Oui, c'est bien la première fois que j'écris une fanfiction, mais j'écris des histoires depuis que je sais écrire, c'est-à-dire depuis... hum... longtemps ^^.
Chapitre 3, enjoy!
LA CHIMÈRE
Chapitre 3 : Le Projet Sunrise
Une éternité passa sans qu'aucune d'entre elles ne fasse le moindre geste ni ne parle. Le temps s'était arrêté. Shizuru ne parvenait pas à détacher ses yeux de la magnifique femme qui se tenait devant elle. Cette longue chevelure d'ében qui cascadait sur ses épaules avec souplesse. Ces yeux vert hypnotiques. Ces courbes. Mon Dieu, ces courbes. Par son seul regard elle savait qu'elle la déshabillait et elle avait du mal à contenir l'éruption du désir fervent qui l'avait étreint au moment où elle avait posé ses yeux sur elle.
« Il y avait longtemps, Natsuki. » murmura-t-elle avec un sourire. Elle pencha la tête sur le côté pour mieux savourer l'instant qui lui était offert. Natsuki sembla sortir de sa contemplation à l'entente de ces mots et son visage s'adoucit. « Trop longtemps, sans doute, Shizuru. »
Elle se dévorèrent silencieusement du regard pendant un instant, puis se sourirent, incertains encore de la conduite à suivre. Dans la tête de Shizuru, c'était la tempête. Qu'est-ce que Natsuki était devenue? Comment vivait-elle? Avec qui? Quel était son travail? Est-ce qu'elle travaillait vraiment pour la fondation Searrs? Pensait-elle toujours à elle? Ou l'avait-elle complètement oubliée? Un raclement de gorge les fit se détourner l'une de l'autre comme deux enfants pris en faute, et leurs yeux se posèrent sur Nao, qui jusque là s'était effacée pour laisser aux deux femmes un moment pour récupérer.
« Je ne voudrais pas casser l'ambiance, hein, mais j'aimerais juste vous rappeler que je suis toujours là. » Natsuki la regarda hébétée un instant et finalement, à la plus grande surprise des deux détectives, explosa de rire. Les yeux pétillants, elle enlaça amicalement Nao avant de lui donner une tape sur l'épaule en signe de remerciement.
« Nao, merci. »
« Ouais, ouais... N'oublie pas pourquoi tu es là. La présence de Shizuru ici n'est pas juste pour faire joli. »
Le sourire de Natsuki se fana quelque peu. Voyant que le moment venait de se terminer, Shizuru s'assit le plus gracieusement possible pour ne pas afficher plus que nécessaire le bouleversement qu'elle venait de subir, et bu une gorgée de thé pour se donner une contenance. En la voyant faire, Natsuki sourit avec nostalgie et vint s'asseoir sur un fauteuil à l'opposé, histoire d'être certaine de ne pas laisser ses instincts prendre le pas sur sa raison.
Nao les regardaient agir en souriant mais ne dit rien. Elle aurait bien l'occasion de leur faire la remarque un autre jour.
« Bon. » C'était un bon début. Nao soupira et s'assit aux côtés de Shizuru avant de commencer.
« Je suppose que tu n'as aucune idée de pourquoi j'ai sollicité ton aide. »
Natsuki se ménagea un visage le plus impassible possible et se souvint de sa résolution. Mentir. Il le fallait. Le jeu allait être serré, surtout si Shizuru entrait dans l'équation.
« J'ai en partie deviné. Vous êtes toutes les deux sur une enquête et vous avez besoin de moi. Je suppose que ça a à voir avec la Première Division, sinon je ne crois pas vous être d'une quelconque utilité. »
« Tu as en partie raison, mais ce n'est pas tout. »
« Oh. Dis toujours. » Natsuki ne tenta pas de masquer son anxiété. Cela aurait paru plus suspect encore que d'afficher un visage neutre. Elle laissa ses yeux voyager de l'une à l'autre de ses interlocutrices en essayant de ne pas rester trop longtemps focalisée sur la brune et attendit.
« Et bien, tu travailles pour la fondation Searrs, non? »
« Oui? »
« En quoi consiste exactement ton travail? »
Natsuki renvoya à la rousse un regard éberlué. « Est-ce que tu es en train de m'interroger, Nao? » Cette dernière lui renvoya le même regard avant de se reprendre. « Non! Je veux dire, non, absolument pas. Argh, désolée, c'est une déformation professionnelle. Je... on va reprendre depuis le début. »
A cet instant, Shizuru prit la parole et expliqua à la jeune femme ce qu'elle faisait si bien semblant de ne pas connaître déjà. « Nous enquêtons sur une affaire de manipulation génétique. Et la fondation Searrs fait partie des potentiels suspects à cause de son passé plutôt... trouble en la matière. »
« Je connais le passé des Searrs », grimaça Natsuki, « mais je peux vous assurer que depuis le Festival, aucune recherche de ce genre n'est menée. La présidente a parfaitement conscience d'être encore dans le collimateur de la police et elle fait vraiment en sorte d'être irréprochable. » Elle secoua un peu la tête. « Je ne suis chercheuse que depuis quelques mois, donc il est possible que je ne sois pas au courant de tous les projets en cours, mais une opération de cette ampleur me serait forcément connue. Enfin, je pense, je... »
« C'est bon, Natsuki », coupa Nao, en lui tapotant le bras « je voulais juste avoir ton avis sur la question. La fondation est très loin d'être notre priorité, surtout que je sais que tu ne travaillerais jamais pour elle si tu avais un doute sur la nature de ses recherches, c'est juste que... mettons que je voulais être certaine. »
La généticienne secoua la tête en souriant tristement « C'est rien, je comprends que tu ais besoin de certitudes. J'essayerais de voir si je peux fouiller un peu, au cas où, mais je ne promets rien. D'accord? »
« Yep! Je savais que tu répondrais ça! Merci! » Nao lui fit un sourire rayonnant avant de redevenir sérieuse. « L'autre suspect- »
« -est la Première Division », finit Natsuki avec un sourire entendu, « j'avais deviné. »
A partir de cet instant, c'était comme si d'un commun accord les deux détectives avaient échangé leur rôles, et Natsuki admira la facilité avec laquelle elles équilibraient l'interrogatoire et se comprenaient. Shizuru devint en une seconde celle qui menait la danse et Nao s'effaça en se tassant sur son siège.
« Est-ce que tu peux nous apprendre quelque chose sur ça? »
« Je suis toujours en contact avec Yamada, mais je ne m'intéresse plus beaucoup à la Première Division. Je sais que John Smith a rejoint l'organisation après s'être fait licencié de la fondation Searrs. Mais c'est un éternel indépendant, il s'est retiré il y a peu. Si j'étais vous c'est vers lui que je me tournerais. »
« Où est-ce qu'on pourrait le trouver? »
« C'est impossible », répondit Natsuki en jouant avec une mèche de cheveux, ce que Shizuru avait bien du mal à supporter en restant assise à regarder, « c'est lui qui vous trouvera. Il suffit de lui faire comprendre que vous avez besoin de lui. Et de vous préparer à la contre-partie. »
« Contre-partie? Argent? »
« Non, Smith n'a pas besoin d'argent. Ce qui l'intéresse, ce sont des informations. Si vous lui demandez une information importante, vous devez lui en donner une équivalente. »
« Le savoir, c'est le pouvoir, ne? »
« On peut dire ça. »
« Et qu'est ce qui nous dit qu'il ne va pas nous dire des conneries? » Natsuki explosa à nouveau de rire. « Il n'est pas ce genre d'homme, Nao, crois-moi. Il ne prendrait jamais le risque de perdre un contact mécontent, c'est trop dangereux pour lui. » Elle sourit, et ajouta, le visage confiant « Soyez tranquilles de ce côté là. Ses informations sont fiables. »
Et ça, Natsuki le savait.
11 Avril 2014
John Smith attendait ses invitées à la table d'un bar, avec impatience et excitation. Il était arrivé très tôt pour être sûr d'avoir la table la plus reculée du bar, dans un recoin sombre et peu animé. En homme d'affaire prévoyant, il aimait parler tranquillement sans avoir à se préoccuper d'oreille indiscrètes indésirables. Il jeta un oeil à sa montre en argent qui indiquait 20 heures 36, et sourit finement. Apparemment, ses invitées n'étaient pas aussi ponctuelles que ce qu'on était en droit d'attendre d'agents représentant l'ordre public.
Alors que cette pensée amusante lui traversait l'esprit, il repéra, à travers ses petites lunettes rondes, les deux femmes qu'il attendait depuis le début de la soirée. Il avala son café d'un coup et attendit qu'elles le rejoignent lorsqu'elles l'auraient remarqué. Il en profita pour les détailler un peu.
Les deux visages lui étaient connus. Personne ne pouvait oublier après les avoir vu les visages des Himes, que ce soit un ou huit ans plus tard, comme c'était le cas ici. La première était une femme dont les cheveux étaient plus rouges que le sang. Élancée et environnée d'un halo de fumée qui semblait lui coller à la peau. Une fumeuse sans aucun doute. Ses yeux verts brillaient d'intelligence et de ruse, et lorsqu'elle s'adressa au barman ce fut d'une voix assurée mais fine. Un charmant équilibre. Nao Yuuki. Séductrice. Omnisciente. Comme une araignée.
La seconde était plus grande, plus... intense. Ses cheveux, longs et aériens, étaient à mi-chemin entre le brun et le châtain. Ses yeux d'un rouge riche et puissant. Son visage était parfait. Trop parfait. C'était une menteuse, aucun doute là dessus. Une menteuse et un détecteur de mensonges. Shizuru Fujino. Imprévisible. Meurtrière. Comme un serpent.
Le barman répondit à la question des deux femmes et les deux visages se tournèrent vers lui. La partie venait de commencer.
Il les invita silencieusement à s'asseoir, plus souriant que jamais, et remit ses lunettes en place tranquillement.
« Bonsoir, mesdames, c'est toujours charmant de se retrouver après tant d'années, n'est-ce pas? »
« Sans doute, Smith, » rétorqua Nao avec le même sourire que lui, « mais je ne pense pas que nous ayons la tête à discuter souvenirs et Festival ce soir. »
« Oh? C'est dommage, j'aime particulièrement l'histoire du serpent vengeur, pas vous? » sourit-il avec une innocence feinte. « C'était du grand art. »
Shizuru se tendit imperceptiblement mais ne dit rien. Ses yeux suffisaient à lancer à l'homme des menaces de mort qu'il ignora.
« Bien bien », reprit-il, « nous n'allons pas nous chicaner sur des souvenirs sans importance, je vous offre un café? Ou plutôt un thé, je me trompe? »
« Un café et un thé, merci. »
« Mais de rien, Yuuki-san, c'est un plaisir... pour l'instant. »
Le silence s'installa entre les trois jusqu'à ce que le serveur revienne pour déposer devant les deux femmes leur boisson favorite. John Smith s'amusait beaucoup, mais puisque toute bonne chose a une fin, il se décida à lancer la négociation.
« Je me suis renseigné sur votre enquête et je pense pouvoir vous aider, mais toute information a un prix. Je suppose que vous savez comment je fonctionne, sinon nous ne serions pas ici. »
« Et tu ne nous diras rien tant qu'on ne t'aura pas payé, » continua Nao, « quel est le prix? »
John Smith pencha la tête sur le côté et son sourire s'élargit. « Racontez-moi le Festival. »
Cette fois ce fut un sifflement dangereux qui lui répondit. « Qu'est-ce que vous voulez entendre que vous ne savez pas déjà? »
« Mais tout, Fujino-san, tout. J'ai été impliqué dans la guerre des Himes, et je connais beaucoup de choses, c'est vrai, mais aucune des princesses ne m'a jamais offert un témoignage. Je suis tristement ignorant lorsqu'il s'agit des détails. »
« Est-ce que c'est si important? » s'irrita Nao, « Il n'y a plus aucune utilité à remuer le passé, Smith. »
« Ah mais Yuuki-san, qui a dit que les informations devaient toujours être utiles? »
« Qu'est-ce que tu veux vraiment? » grogna-t-elle, « Ça pue l'embrouille. »
« Je veux savoir ce que vous avez ressenti, à chaque instant, chacune de vos actions et leurs motivations. Je veux tout savoir. » Il s'appuya sur le dossier de son siège et passa une main dans ses cheveux. « J'ai conscience de demander beaucoup, mais je n'utiliserai pas ces informations contre vous. Je le demande juste parce que j'ai envie de savoir, pas pour les revendre ou les exploiter. »
« Je refuse. » La femme auburn croisa les bras et détourna le regard. La simple idée de raconter son histoire à un homme comme Smith lui donnait envie de vomir. « Je ne peux pas faire ça. »
« Pensez-y », Smith était à présent mortellement sérieux, « je peux vous aider et je ne vous demande en échange qu'un témoignage que je serai de toute façon obligé de garder pour moi. »
« J'accepte si tu t'engages à nous livrer les infos que l'on demande avant nous. »
« Si Fujino-san accepte, alors je suis prêt à faire une concession. »
En regardant le visage impassible mais les yeux menaçants et furibonds de l'ancienne gardienne de Kiyohime, il comprit qu'il avait gagné la partie. Nul doute qu'elle allait accepter. Parce que sa collègue l'avait fait et parce qu'elle savait que si elle ne le faisait pas elle perdait de précieuses informations. Il lui fallait juste pousser un peu plus sa chance.
« Posez-vous juste cette question, Fujino-san. Les vies de dizaines d'êtres humains valent-elles moins que des souvenirs, aussi douloureux soient-ils? »
Elle ferma les yeux et soupira. Il jubilait intérieurement. « J'accepte. »
Échec et mat.
« Dans ce cas c'est à moi de parler en premier. N'hésitez pas à poser des questions, je suis ici pour ça. » Il s'installa confortablement contre son siège et commença. « Si vous voulez continuer à enquête sur cette affaire, il faut que vous soyez prêtes à laisser vos supérieurs dans l'ignorance jusqu'à son aboutissement. Les hautes sphères de la police ne sont pas claires. »
Nao n'en parut pas surprise. « Le gouvernement? »
« Non, le gouvernement est propre, et c'est ça qui est surprenant. On dirait que les recherches sont financées par des partenaires privés. Par contre, le transfert des détenus vers je-ne-sais-où se fait forcément par la police elle-même. Méfiez-vous en. »
« Ça craint. »
« Vous avez dit « des détenus », est-ce que vous savez combien? »
« Une petite vingtaine, peut être plus. C'est très incertain. Mais ce n'est pas tout. Je crois savoir le nom du projet qui vous intéresse. » Il sortit de sous la table une petite mallette qu'il ouvrit pour en sortir quelques documents épars. « La Première Division avait dans ses archives un projet intitulé Sunrise, et qui consiste en la création d'une sorte de sur-homme. Une chimère en quelque sorte. Il est question là-dedans de croisement d'ADN humain et animal. C'est très vague. Je n'ai rien réussi à pécher de plus. »
« Projet Sunrise? La Première Division est le responsable de toute cette merde? » John Smith sourit en secouant la tête d'un air entendu. « Et comment ferait-elle? Elle a quasiment disparu, ce genre d'expérimentation est hors de portée à présent. Je pense qu'elle l'a vendu à une autre organisation, mais quant à savoir laquelle... »
Il se tut un instant avant de reprendre. « Un contact m'a donné deux noms. Je pense que c'est par là que vous devez chercher. »
« Un contact, hein? »
« Il tient à rester anonyme, il craint pour sa vie. Vous devez trouver deux scientifiques nommées Nina Wang et Irina Woods. Je n'en sais pas plus. Apparemment elles en sauraient beaucoup sur le projet Sunrise. »
Un long silence suivit l'exposé de John Smith avant que celui-ci ne se redresse en se frottant les mains. « Maintenant, c'est à votre tour. »
Le lendemain matin, Shizuru entra dans son bureau en ayant l'impression d'évoluer dans un bocal. Sa tête tournait, les sons lui provenaient de façon très effacée, elle avait du mal à suivre les mouvements de ses collègues des yeux. Les cinq tasses de thé matinales n'y avaient rien changé.
Abattue, elle se laissa tomber sur son siège sans s'occuper de la grâce ou de la légèreté et posa sa tête sur ses mains jointes en fermant les yeux.
Depuis sa rencontre avec Natsuki six jours plus tôt le sommeil la fuyait. A chaque fois qu'elle fermait les yeux, l'image de la jeune femme l'assaillait pour ne plus la quitter, et lorsqu'elle parvenait à dormir, c'était pour rêver de ses lèvres, de ses courbes et du goût de sa peau. Elle se réveillait alors, le corps brûlant et haletant, et abandonnait l'idée de repartir au pays des rêves. Ils étaient trop réels pour ne pas être douloureux.
La nuit dernière, elle était rentrée chez elle après une conversation particulièrement éreintante avec John Smith et avait vraiment pensé pouvoir dormir tant elle se sentait épuisée. Raconter son histoire l'avait vidé.
Elle n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. L'image d'un naginata rouge du sang de ses victimes et des flammes mangeant les bâtiments de la Première Division l'avaient hanté, et elle avait eu l'impression de revivre le Festival une nouvelle fois.
Elle avait revu ses erreurs, avait entendu une nouvelle fois le cri apeuré de Natsuki et senti ses lèvres. Elle s'était vu mourir dans les bras de celle qu'elle aimait. Elle se sentait détruite, comme si les huit années qui la séparaient à présent du Festival n'avaient pas existé.
Elle n'entendit pas la porte de son bureau s'ouvrir. Elle en sentit pas la présence de quelqu'un dans la pièce ni ne vit le regard remplit d'inquiètude que Nao porta sur elle en la voyant.
« Hey, Shizuru... »
Elle rouvrit les yeux et grimaça en sentant sa tête tanguer comme dans un bateau. « Oui? Nao? »
« Tu as une mine affreuse. Rentre chez toi. »
« Ara, Nao s'inquièterait-elle pour moi? C'est trop d'honneur. » Elle sourit, du moins elle sentit ses lèvres se recourber dans un semblant de rictus, et remit en place quelques mèches de cheveux rebelles. Nao soupira mais n'ajouta rien sur le sujet.
« J'ai essayé de récupérer les listes de personnels de Schwartz. »
« Oh? Nao-san est si efficace! Alors, qu'en est-il? »
« Ils ne sont publiés nul part. Noir total. C'est pas qu'un peu suspect, je dirais. » Shizuru mit plus de temps qu'à son habitude pour comprendre le sens des paroles de son interlocutrice et mis un certain temps avant de réagir à cette affirmation.
« Oh? C'est embêtant. »
Quelque chose chez Nao sembla lâcher. Sans un mot, la jeune femme se précipita vers elle est l'empoigna de force en la jetant sur son dos comme elle le ferait pour un sac. Pas de douceur chez Nao Yuuki dans ce genre de situation. Elle avait une réputation à tenir. Avant même que Shizuru ne comprenne où elle se trouvait, elle quitta le bureau à grand pas et se dirigea vers sa voiture.
« Nao! Relâche-moi tout de suite! »
« A d'autre, Fujino. Je ne travaille pas avec des mollusques. »
Elle ouvrit une portière et, se décidant à reposer sur le sol son encombrante collègue qui se tortillait dans tous les sens pour se libérer, la poussa à l'intérieur.
« Ne pense même pas à sortir! Je t'emmène chez Mai.»
Après un soupir et un clignement de paupières, Shizuru dû se résoudre à rester confortablement assise dans l'habitacle. La vérité c'est qu'elle était heureuse que sa collègue, si grincheuse et en apparence si indépendante, était inquiète au point de la faire sortir de force de son lieu de travail.
Quelqu'un s'inquiètait pour elle. Parce que ce quelqu'un tenait à elle.
Son esprit voyagea vers Natsuki et elle eut envie de pleurer. Elle se contenta de fermer les yeux. Après tout ce temps elle était toujours incapable de savoir si la jeune femme se préoccupait d'elle ou si elle n'avait jamais été qu'un moyen pour enquêter sur la Première Division. Je suis sa plus importante personne, se dit-elle alors que la voiture avançait vers une destination connue. J'étais, corrigea-t-elle. Et maintenant, Natsuki, que suis-je pour toi?
La voiture se gara sur le parking d'un petit restaurant qu'elles connaissaient si bien et elles sortirent en silence. Sans demander la permission, Nao passa un bras autour de sa taille et Shizuru se rendit compte que c'était parce qu'elle ne tenait pas aussi bien sur ses jambes que ce qu'elle voulait croire.
Le reste du trajet fut un peu trop trouble. Elle revint à la réalité lorsqu'elle sentit que quelqu'un la déposait sur un matelas avec douceur. Elle entendit des voix.
« Mais enfin, mais qu'est-ce qui l'a mise dans un état pareil? On dirait qu'elle n'a pas dormi depuis des jours! Vous êtes toutes les deux complètement inconscientes ou quoi?! Vous voulez-vous tuer au travail? Mais quelle bande de bras cassés vous faites, vraiment! »
Elle sourit. Mai.
« Mai, je sais que je t'en demande beaucoup mais s'il te plait... fais en sorte qu'elle ... pour la journée... je ne veux pas qu'elle ... malade ... sais pas ce qui se ... »
Nao.
Elle pleurait, maintenant. Elle le savait.
« Shizuru... »
Deux bras l'encerclèrent et elle se sentit finalement en sécurité. La voix de Mai retentit une dernière fois à son oreille avant que tout ne devienne noir.
« Tu ne peux pas toujours être la plus forte, Shizuru. Mais tu n'es pas seule. »
C'était ça. Elle n'était pas seule.
« Il y a des souvenirs qu'on ne partage pas. »
Jean-Paul Sartre.
Une petite review peut-être?
