Salut à tous! C'est parti pour le cinquième chapitre!
Merci à Ketanou alias Hell-Ska et à Shiznat pour les encouragements ^^! Ça me fait très plaisir et c'est grâce à ça que je trouve le courage de continuer!
Petit rappel, même si tout le monde le sait déjà: Mai Hime n'est pas à moi ^^.
Sur ce, enjoy!
LA CHIMÈRE
Chapitre 5: Entretien avec une Menteuse
17 Avril 2014
Shizuru soupira en se frottant les yeux.
Il était véritablement frustrant de voir à quel point les efforts et les actions accomplis l'étaient souvent pour rien. Après avoir voyagé en train de l'autre côté de la baie d'Isé, avoir infiltré une organisation, avoir joué à James Bond en sautant dans le vide et avoir manqué de se faire tuer par des gardes furibonds, les deux détectives se retrouvaient, plus frustrées que jamais, devant des listes de personnel vierges de toute Nina Wang et Irina Woods. Les deux scientifiques ne travaillaient pas pour Schwartz. Elles avaient risqué leurs vies et leurs carrière pour rien.
Malgré sa fatigue et sa déception, la jeune femme sourit en pensant à une certaine scientifique aux yeux verts émeraudes. Elle avait été dans cet état d'esprits depuis la dernière visite de Natsuki et rien ni personne ne semblait pouvoir la faire descendre de son petit nuage. Pas même le souvenir de l'infiltration ratée à Nagoya.
Tu es ma plus importante personne, tu te rappelles?
Oui, elle se souvenait. Mais elle préférait se souvenir du regard de la jeune femme à ce moment. Celui qui semblait lui hurler « tu es à moi » alors même qu'elle lui disait au revoir. Et elle ne s'était jamais sentie aussi amoureuse de toute sa vie.
« Allô?? La Terre à Fujino? » Une main impérieuse vint se secouer devant ses yeux et elle soupira. Nao semblait beaucoup s'amuser à lui faire remarquer ses rêveries permanentes.
« Ara, Nao semble être particulièrement en forme pour se tortiller ainsi dans tous les sens. » répliqua-t-elle en feignant de ne pas avoir été surprise. La rousse leva les yeux au ciel mais lui offrit un sourire narquois.
« Quand tu auras fini de fantasmer sur les courbes de Kuga, fais-moi signe, hein? » Shizurur se ménagea un visage offensé. « Ara, qu'est-ce que Nao-san peut bien imaginer? »
La détective soupira et reprit son sérieux. « Je suis heureuse de voir que Natsuki a un effet, disons, positif sur toi, mais n'oublie pas que l'enquête est loin d'être terminée, ok? » Elle s'arrêta avant de souffler plus tristement. « Je n'ai pas envie de retrouver un autre cobaye. » Shizuru pencha la tête sur le côté et son sourire se fit plus neutre. Nao avait raison. Elle rêverait plus tard. Mais tout de même, ces courbes, quelles courbes!
« Dans ce cas, qu'est-ce que Nao propose? Pas d'aller escalader un autre building, ne? »
La rousse se rassit confortablement dans son fauteuil et alluma une cigarette avant de partager ses pensées. C'était toujours elle qui exposait les faits. Après quoi, Shizuru proposait les solutions. « Nous sommes certaines d'avoir les bonnes listes de Schwartz, et Woods et Wang n'y apparaissent pas. Ça me fait mal de l'admettre, mais je crois que Argos Cardair est moins malhonnête qu'il n'en a l'air. La Première Division a été exclue par Smith, et je pense qu'on peut lui faire confiance sur ce point. Ce qui nous laisse... »
Shizuru l'interrompit pour continuer. « La fondation Searrs. Mais les listes que nous avons ne comportent pas non plus les noms Woods et Wang. » Elle s'arrêta quelques instants. « Es-tu certaine de ne pas avoir mis de côté un laboratoire qui aurait pu être suspecté? »
Nao expira un filet de fumée avec irritation. « Évidement! Je ne suis pas une débutante, Fujino, je ne fais pas ce genre d'erreur. »
« Dans ce cas », reprit-elle calmement, « cela veut dire que les listes de la fondation Searrs ne sont pas complètes. »
C'était cela. Après tout, le nom de Natsuki Kuga y était inscrit, ce qui ne pouvait dire qu'une chose, soit Smith leur avait menti, soit la fondation Searrs mentait sur ses déclarations de personnel. Et Shizuru avait du mal à croire que Smith ait pu les mettre sur une fausse piste. Le prix à payer avait été trop lourd pour de simples mensonges.
Nao écrasa sa cigarette contre la semelle de sa botte. « Je crois que Natsuki va nous être utile. » Shizuru lui lança un regard entendu. « Nous sommes les reines de la fraude. Si le chef savait ça... »
« Si tu me dis encore que c'est une faveur, Nao, tu vas le regretter. »
Les deux femmes qui se trouvaient devant sa porte lui offrirent deux sourires innocents. Elle soupira avant de les laisser entrer. Après tout, Tomoe lui avait donné des ordres strictes, elle ne pouvait que sauter sur l'occasion. Nao et Shizuru ne l'avaient pas prévenue de leur visite. Elle savait que pour deux détectives, trouver une adresse était un jeu d'enfant, mais tout de même. Pendant qu'elles échangeaient quelques banalités et qu'elle les conduisait dans le petit salon bleu, elle se félicita de ne jamais ramener chez elle un seul document relatif à son travail. Si elle l'avait fait, elle aurait présentement était dans une situation très délicate.
« Écoutez », commença-t-elle avec irritation, « j'ai eu une journée fatigante et il se fait tard, alors si vous pouviez être brèves, ça m'arrangerait. » Elle prit bien garde à ne pas regarder Shizuru dans les yeux et s'assit confortablement dans son fauteuil. Dans quelques instants, le jeu allait débuter. Il fallait qu'elle soit concentrée. Malheureusement ce fut la femme de Kyoto qui lui répondit et elle eut toutes les peines du monde à rester impassible à l'entente de son inimitable accent.
« Ara, je ne voudrais pas que Natsuki manque de sommeil à cause de nous. »
Nao reprit la parole et exposa, de façon concise et directe, comme à son habitude, le pourquoi les deux collègues avaient débarqué à l'improviste chez elle à dix heures du soir. « Nous pensons que la liste officielle du personnel de la fondation Searrs n'est pas complète. » Elle arrêta un instant pour sonder le visage de son amie qui visiblement attendait la suite avec curiosité. « Je sais que c'est beaucoup te demander, mais est-ce que tu pourrais faire sortir de ton lieu de travail la liste entière? »
« Je ne comprends pas. La liste publiée est complète. »
« Nous cherchons deux scientifiques. » expliqua Shizuru, « Il y a de grandes chances qu'elles travaillent pour les Searrs, mais elles n'apparaissent pas sur les déclarations. Comment l'expliquer autrement? »
A la plus grande surprise des deux femmes, l'incompréhension gravée jusque là sur le visage de la scientifique se mua en soulagement. Cette dernière leur sourit. « Est-ce que je pourrais voir cette liste? »
Interloquées, les deux amies lui tendirent les feuilles agrafées après avoir fouillé dans leurs mallettes de travail. Elle les regarda un moment et son sourire s'agrandit. « C'est ce que je disais. La liste est complète. C'est juste que vous n'avez pas la bonne. »
Nao tiqua. « La bonne? » Natsuki hocha la tête et rendit la liste à Shizuru en parlant d'une voix assurée.
« Les employés de la fondation Searrs font pour la plupart des expériences dangereuses ou qui suscitent l'envie d'autres organisations. Alors, pour les protéger, la direction leur demande de publier leurs recherches sous un pseudonyme. »
« Et personne n'est au courant de ça? »
« Bien sûr que si. Le tout monde scientifique sait que la fondation Searrs fonctionne de cette manière, ce n'est un secret pour personne. Tout le monde sait qui y travaille, simplement personne ne saurait dire qui travaille sur quoi. Par exemple... » Natsuki se leva et chercha dans la poche intérieure de son manteau un moment tout en continuant. « Uh, je ne suis pas sensée vous dire ça mais... » Elle sortit une petite carte plastifiée qu'elle leur tendit. « Mon nom de chercheur est Kaede Kruger. ». Shizuru contempla un instant la carte aux couleurs des Searrs sur laquelle figurait le portrait de Natsuki surmonté d'une fausse identité.
Nao regarda par dessus son épaule et se tourna vers Natsuki. « Est-ce que tu peux nous donner cette liste? » La jeune femme sembla embarrassée lorsqu'elle répondit. « Si je demande à la direction, oui. Mais dans ce cas il ne faut pas qu'elle soit publiée. Ce serait une catastrophe. »
Les deux détectives se regardèrent comme pour se concerter avant de formuler une promesse. Lorsqu'elles quittèrent l'appartement de la scientifique, elles étaient toutes les deux persuadées que Natsuki les avait aidé.
Et comme elles se trompaient.
18 Avril 2014
Tomoe Marguerite lui offrit son plus beau sourire à l'annonce de la nouvelle. Elle s'agita un moment avant de se lever et de lui tendre la liste demandée d'un geste triomphant.
« Tu es meilleure actrice que ce que je pensais, Natsuki. »
« Kuga. »
La présidente de la fondation Searrs était cette fois-ci particulièrement de bonne humeur. Le fait d'entendre que son employée avait été interrogée sur cette fameuse liste quelques heures à peine après avoir reçu sa nouvelle identité lui redonnait espoir. La chance avait peut être tourné en leur faveur, qui savait? La généticienne s'empara de la liste sans entrain et la fixa un moment.
« Qui sont les boucs-émissaires? »
« Tu n'as pas besoin de le savoir » répliqua Tomoe avec un sourire torve, « je peux juste te promettre que tu ne les connais pas, Na-tsu-ki. »
« Kuga. »
« C'est ça. Alors, tant que nous y sommes, où en est Sunrise? »
La brune s'agita sur son siège à la mention de son travail. « Le sujet est exceptionnel. Il résiste remarquablement bien à la mutation, je n'avais jamais vu ça. »
« De combien de temps as-tu encore besoin pour faire aboutir l'expérience? »
« Pas beaucoup. Quelques jours. Peut être un peu plus. »
« Nous les aurons. »
19 Avril 2014
Nao entra dans le bureau de Shizuru en faisant claquer avec violence la porte d'entrée. La jeune femme n'était pourtant pas friande des entrées fracassantes. La brunette fut si surprise qu'elle faillit en laisser tomber sa tasse de thé. Sans un mot, la rousse lui fit un sourire triomphant en brandissant un feuille au dessus de son épaule.
« Je l'ai! » Shizuru se leva d'un coup et se précipita vers elle avant de lui prendre la liste des mains. « Je n'ai pas encore regardé », ajouta Nao en la voyant faire, « je voulais que ce soit toi qui vérifie. Je suis assez nerveuse. »
Et il y avait de quoi. Si la liste qu'elles avaient sous les yeux n'était pas la bonne, alors toute l'enquête était à refaire. Shizuru promena son regard sur la feuille en diagonale et son oeil accrocha l'un des noms si recherchés.
« Nina Wang. » Elle pointa le nom du doigt pour que Nao n'ait pas à le chercher. Après quelques secondes supplémentaires, elle trouva le deuxième. « Irina Woods. »
Il y eut un instant de flottement. Elles auraient sans doute dû sauter de joie après une telle découverte, mais la vérité était que cela n'apportait que plus de questions que de réponses. Qui étaient-elles en réalité? Étaient-elles les scientifiques responsables de Sunrise? Si oui, alors Tomoe Marguerite était responsable. Mais dans ce cas pourquoi leur aurait-elle donné la liste? Elle aurait pu la modifier, changer les noms. Cela voulait-il dire qu'elle ignorait elle-même les activités de ces deux employées? Après tout, elle avait passé les premiers mois à la présidence des Searrs à licencier les employés un peu trop entreprenants sur la question. Il semblait complètement illogique qu'elle demande la réalisation d'un projet d'un genre qu'elle avait combattu pendant des semaines. Ses propres employés auraient réussi à berner sa vigilance?
Elles se regardèrent et Nao se retourna pour sortir. « On va faire un tour chez les Searrs. » Shizuru ne put qu'hocher la tête.
Les portières de nombreuses voitures de police claquèrent au pied du bâtiment abritant les laboratoires de la fondation Searrs. La tour était un imposant building d'une vingtaine d'étages qui correspondaient chacun à un département de recherche.
Shizuru leva les yeux vers le sommet de la tour en se demandant à quel étage travaillait Natsuki. Par respect pour la jeune scientifique, qui leur avait déjà mille fois précisé que les employés de la fondation ne devaient pas divulguer le détail de leur travail, elle n'avait jamais demandé à savoir quel était le département dans lequel sa précieuse personne évoluait. Mais la curiosité la dévorait aussi sûrement que le désir lancinant qu'elle éprouvait à chaque fois qu'elle pensait à elle.
Lorsqu'elle sentit la présence de Nao derrière elle, elle se décida à avancer d'un pas assuré et élégant vers les portes d'entrées de la fondation. Tomoe Marguerite était réputée pour sa finesse et sa faculté de parvenir à diriger les conversations à sa guise. Pour cette raison, elles avaient toutes les deux décidé que Shizuru serait la seule à parler lors de leur entretien. Le jeu allait être serré, il leur fallait donc être plus fine encore que leur interlocutrice.
Deux hommes en noir bâtis comme des gorilles les attendaient dans le hall d'entrée et lorsqu'elles se dirigèrent vers l'accueil pour parler à la secrétaire, elles pouvaient sentir leurs yeux suspicieux sur elles à travers les lunettes noires qui les recouvraient. La secrétaire leva les yeux vers elles.
« Bonjour, je suis l'agent Shizuru Fujino, nous aimerions parler à Tomoe Marguerite. »
Depuis son bureau, la jeune femme jeta un regard au dehors et, lorsqu'elle vit les quatre voitures de police garées sur le parking, blêmit, leur fit signe d'attendre, et décrocha le téléphone de service. Shizuru en fut surprise. Elle s'était attendu à une certaine résistance de la part de la jeune femme.
« Maguerite-sama?... Oui, je sais que vous êtes en meeting... la police est ici. » Un bref moment passa. Les yeux de la secrétaire s'arrondirent soudainement. « Comment?? Mais le ... qu'allons-nous faire avec ... » Elle se rembrunit et soupira. « Oui madame. Excusez-moi ... tout de suite madame. »
Avec un raclement de gorge irritée, elle raccrocha et se tourna de nouveau vers les deux détectives. « Marguerite-sama accepte de vous recevoir », commença-t-elle avant de se tourner vers l'un des gardes, « Erik, tu les accompagnes? »
Ce dernier hocha la texte, le visage indéchiffrable, et après avoir jeter un bref coup d'oeil aux deux femmes que Shizuru interpréta comme une invitation à le suivre, se dirigea d'un pas sec vers l'ascenseur. Le hall d'entrée qu'elles traversèrent était immense. La plupart des murs étaient des baies vitrées, et plusieurs salles d'attente étaient rangées sur leur droite. Il y avait d'imposantes plantes vertes un peu partout. Shizuru fut rassurée lorsqu'elle ressentit la sérénité contenue dans l'atmosphère. Natsuki devait travailler dans des conditions acceptables.
Elles entrèrent dans l'ascenseur à la suite de leur silencieuse escorte et le virent appuyer mécaniquement sur la touche indiquant le vingt-deuxième étage. Le dernier. L'atmosphère se tendit. Shizuru se força à respirer le plus profondément possible. Il ne fallait pas qu'elle montre à la présidente de la fondation son excitation quand le but de la visite était, entre autres, de s'assurer de sa non-culpabilité.
Après un moment qui lui parut durer l'éternité, l'ascenseur s'arrêta et les portes s'ouvrirent sur le petit hall que constituait le dernier étage. Shizuru tourna la tête vers sa gauche et vit une double porte sur laquelle étaient inscrites les lettres « Meeting-room » et se demanda combien de personnes attendaient à l'intérieur que la présidente revienne. Erik laissa la salle de meeting sur le côté et se dirigea vers la droite.
Bureau de la Direction
C'était ça. Sa respiration se bloqua un instant. Le garde se posta devant elles et parla d'une voix claire et sans intonation.
« Ouverture des portes. » Une voix virtuelle mélodieuse lui répondit.
« Accordée. Bureau de la Direction. »
Avec un chuintement métallique discret et plutôt agréable, la porte disparut sur le côté et les deux femmes furent menées à l'intérieur. Tout n'était que lumière et transparence. La pièce était environnée d'immenses baies vitrées qui donnaient vue sur toute la ville. C'était tout simplement magnifique, et Shizuru pensa un instant qu'elle aurait donné n'importe quoi pour travailler dans une telle pièce.
Tomoe Marguerite les attendait, debout derrière son bureau de bois blanc sur lequel trônait un ordinateur à la forme incongrue, avec un sourire doux et les yeux emplis de curiosité. La jeune femme, à la silhouette pulpeuse et sensuelle, possédait une coupe asymétrique de cheveux verts pour le moins atypique. D'un geste gracieux, elle leur fit signe de s'asseoir pendant qu'elle leur parlait.
« Fujino-san, Yuuki-san. »Son sourire s'agrandit lorsqu'elle reprit. « Veuillez excuser ma secrétaire, elle est un peu rude, mais c'est une jeune fille très professionnelle. » Elle s'assit et commença à tapoter des doigts le dessus de son bureau. « Le meeting n'était pas de la plus haute importance. Je vous attendais. »
Shizuru pencha la tête sur le côté en souriant doucement. « Vous nous attendiez, Marguerite-san? » Cette dernière parut surprise. Mais Shizuru ne sut dire si c'était une surprise feinte ou réelle. Quelque chose chez la présidente la dérangeait, mais elle était incapable de savoir si elle mentait ou pas. Elle savait reconnaître les menteurs. Toujours. C'était l'une de ses grandes spécialité. Le fait de ne pas réussir à percer les défenses de Tomoe Marguerite la troublait. Nul doute que la jeune directrice n'était pas une amatrice comme le vieux Cardair.
« Bien sûr. Ce n'est pas tous les jours qu'un de vos employés vous demande la permission de donner à des enquêteurs une liste sensée être invisible. » Elle tortilla une mèche de cheveux entre ses doigts sans se départir de son sourire poli. « Ce que je ne sais pas, par contre, c'est la raison de tout ce tintamarre au pied de ma fondation. J'aurais préféré être prévenue. »
« La vérité, Marguerite-san », commença Shizuru en tentant de ne pas montrer son malaise face à la jeune présidente, « c'est que nous sommes à la recherche de deux de vos employées. »
Le masque de perfection de Marguerite laissa place à la stupéfaction. « Je vous demande pardon? » Elle se reprit et se pencha par dessus son bureau. « J'ai du mal à vous suivre, Fujino-san. »
« Il s'agit de Irina Woods et de Nina Wang », commença Shizuru. La partie venait de commencer. « Je sais que les recherches de vos employés ne sont pas sensées être divulguées, mais nous devons savoir sur quoi elles travaillent. »
La présidente cligna des paupières quelques instants puis se renfonça calmement dans son fauteuil avec un soupir. « Je suppose que vous avez un mandat. » Shizuru lui sourit en tentant de faire abstraction du tapotement insistant de ses ongles manucurés sur le bureau.
« Attendez une minute. » Elle se tourna vers l'écran de son ordinateur si atypique et tapota sur son clavier pendant qu'elle continuait. « Mes employés ont toute ma confiance. Ils sont triés sur le volet parmi les meilleurs et soumis à des tests d'éthique très poussés. Je doute que deux d'entre eux puissent avoir commis un quelconque acte illicite. » Elle s'arrêta de tapoter et plongea ses yeux dans ceux de Shizuru. « J'espère, et je crois de tout coeur, que toute cette folie n'est qu'une erreur. »
Elle reprit ses recherches pendant que les deux détectives méditaient ses paroles. Shizuru, même si elle ne l'aurait montré pour rien au monde, était impressionnée par la façon dont Tomoe Marguerite avait pris la défense de ses employés. Sa réputation lui faisait vraiment honneur. Ce qu'elle venait de faire, c'était affirmer qu'elle était prête à défendre les deux scientifiques de façon inconditionnelle. Et pour faire cela devant deux détectives visiblement présentes pour arrêter les deux femmes en questions, il fallait du cran. La suspicion se mua en respect. Et puis quelque chose la frappa. Tomoe Marguerite cherchait ce que faisaient les deux scientifiques? N'avait-elle vraiment aucune idée de leurs activités?
« Nina Wang et Irina Woods sont deux généticiennes », commença la directrice en regardant sur son écran avant de le tourner vers Shizuru et Nao sans se douter que ses paroles les avaient alarmées. « Elles travaillent sur la formation de la peau sur les corps des androïdes domestiques. Ce sont des éléments importants. » constata-t-elle avec simplicité.
Shizuru tenta de ne pas laisser apparaître sa suspicion. De toute évidence, soit la présidente n'avait aucune idée de ce qui se passait entre ses murs, soit elle faisait très bien semblant.
« Est-ce que vous pouvez les appeler ici, s'il vous plaît, nous avons quelques questions à leur poser. »
Tomoe Marguerite plissa les yeux. « Je demande à savoir pourquoi. » Shizuru soupira. « Marguerite-san, nous ne pouvons pas- »
« -non, vous ne comprenez pas, Fujino-san. Ce sont mes employées. Je refuse de les jeter dans la cage aux fauves sans avoir au moins une vague idée de ce qui leur est reproché. »
« Nina Wang et Irina Woods sont soupçonnée de procéder à des manipulations génétiques sur des êtres humains. » lâcha Nao d'une traite, incapable de se retenir plus longtemps.
L'horreur incrédule se peignit sur le visage de Tomoe Marguerite qui en oublia de tapoter sur son bureau. Pendant un instant, elle posa un regard perdu sur la brune avant de se lever si brusquement que son fauteuil manqua de se renverser.
« Comment osez-vous?! » C'était un murmure dangereusement bas. « Depuis que je suis arrivée à la tête de cette fondation, j'ai passé mon temps, tout mon temps, à faire en sorte de faire de cette organisation une organisation respectable. J'ai licencié des dizaines d'employés, j'ai brûlé des montagnes de documents, j'ai détruit des laboratoires entiers! » La tirade qui au début n'avait été qu'un murmure dangereux se muait peu à peu en cri de rage. « Comment osez-vous prétendre que de telles choses... que de telles choses... » Elle baisser la tête et serra la mâchoire. « Vous n'avez aucune idée de... de tous les efforts que nous avons accompli pour en arriver là. Vous ne pouvez pas tout détruire juste en- »
« Marguerite-san, nous- »
« Sortez de mon bureau. »
Shizuru sursauta légèrement à l'attente du sifflement dangereux qui sortait de la bouche de la présidente. Mais elle ne pouvait pas lui obéir. Elle se leva pour lui faire face. « Écoutez, ce n'est pas vous que nous accusons, mais réfléchissez un instant- »
« J'ai dit SORTEZ! »
« Qui vous dit que vos employés n'ont pas agi derrière vous? Réfléchissez, Tomoe-san! Vous ne saviez même pas quelles étaient leurs activités avant de regarder sur votre ordinateur! » Au fur et à mesure qu'elle parlait, elle vit la rage habitant le corps de son interlocutrice s'évaporer peu à peu pour laisser place au doute puis à la panique.
« C'est ridicule, je l'aurai forcément su, je- »
« Vous l'avez-dit vous même. Vous faites confiance à vos employés. Qui vous dit qu'ils n'en ont pas profité pour détourner une partie de leurs recherches? Tomoe-san, ce sont des généticiennes... »
Le silence retomba dans la salle lumineuse et pendant un moment Tomoe Marguerite garda ses yeux plongés dans ceux de Shizuru comme pour essayer d'y percevoir un mensonge. Avec un soupir à fendre l'âme, elle sembla se résigner et se laissa tomber dans son fauteuil en se massant les tempes. Shizuru se rassit également.
Elle avait gagné la partie.
« Elles s'appellent Lilie Aldean et Yayoi Alter. » Elle sourit tristement, complètement défaite. « Faites votre travail, Fujino-san. »
« On est très fort quand on a le nombre, mais invincible quand on a la ruse. »
Euripide
Alors? Qu'est-ce que vous en dites?
