Salut à tous! Je passe en coup de vent, voici la suite!

Merci à Maki et à Just a dream of you pour les reviews, ça me fait très plaisir, surtout qu'on me dise que mon orthographe est correcte ^^ (j'ai tendance à être quelque peu maniaque à ce sujet...)

C'est un chapitre que j'ai beaucoup aimé écrire, j'espère qu'il vous plaira. Beaucoup d'action, pour changer ^^.

Sur ce, enjoy!


LA CHIMÈRE

Chapitre 9: Les Larmes de la Chimère

21-22 Avril 2014

Natsuki ferma les yeux.

Arika

Elle se tourna vers sa « soeur » et vit que cette dernière regardait la salle bleue calmement. La pâle silhouette de Rena Sayers semblait s'être gelée. Tout n'était plus que peine et résignation.

Les yeux de la mère qui n'avait plus d'enfant s'éteignirent et une seule larme roula sur sa joue quand elle les ferma.

Natsuki voulut hurler. Au moment où elle faisait un geste pour serrer son amie contre elle, la voix sensuelle qu'elle avait appris à honnir retentit une nouvelle fois dans la pièce obscure.

« Alors Natsuki, est-ce que tu sais ce qui te reste à faire? »

Shizuru, toujours retenue par l'androïde qu'elle avait vainement tenté de tuer quelques minutes plus tôt, pâlit lorsqu'elle vit la jeune femme jeter à leur tortionnaire un regard furibond mais défait. Il ne fallait pas. Il ne fallait pas céder. De toute façon elles étaient condamnées.

« Réveille Sunrise et je te promets de les laisser partir », continua Tomoe, une main sur la hanche et la seconde jouant négligemment avec son arme électrifiante. « Toi par contre, c'est sans espoir. »

Natsuki émit un petit rire et se tourna vers elle avec un sourire coupable. Un frisson parcourut Shizuru et elle sentit à ses côtés Nao se tendre. Elle n'allait pas le faire, si? Elle n'était pas si stupide!

Natsuki ne fais pas ça, s'il te plaît ne fais pas ça, je t'en supplie je t'en supplie

Mais Natsuki ne l'entendit pas et se tourna lentement vers la chose gisante dans la colonne au centre de la pièce.

« Natsuki! » La femme de Kyoto se débattit de toutes ses forces en hurlant, en vain. « Ne fais pas ça! » Mais Natsuki continua d'avancer et fit un petit signe de tête à Rena qui vint se poster à quelques mètres d'elle devant un ordinateur de contrôle comme un automate.

Shizuru sentit les larmes monter jusqu'à ses yeux. Elle allait le faire. Elle allait réveiller cette abomination. N'avait-elle donc rien appris ? Elle se tourna vers ses amies pour chercher de l'aide mais ne trouva que trois visages graves et angoissés. Elles savaient que c'était inutile. Elles ne pouvaient que regarder. La présidente de la fondation jubilait et se tourna vers elles en souriant de toutes ses dents.

« Est-ce que vous savez comment Natsuki a appelé ses créations? » commença-t-elle en contemplant l'homme-loup avec envie. La généticienne blêmit et se tourna vers elle en serrant les poings. « Elle disait que c'était des chimères », continua Tomoe, « c'est mignon, non? »

Natsuki ne démentit pas mais soupira en baissant les yeux. Elle se passa une main sur le front et se tourna de nouveau vers l'ordinateur qui faisait face à la chimère. Shizuru n'en pouvait plus. Croyait-elle vraiment que cette femme les laisserait partir? Était-elle naïve à ce point? Pendant qu'elle regardait, impuissante, les doigts de Natsuki commencer à taper sur le clavier de contrôle avec lenteur, Tomoe continuait à parler avec emphase.

« Nous avons réussi à supprimer son autonomie intellectuelle, à elle aussi. Elle n'obéira qu'à moi une fois éveillée. » Elle soupira de contentement. « Je suis géniale. »

« Pourquoi tu fais ça? » Tomoe se tourna vers Nao, interloquée et véritablement surprise cette fois.

« Je te demande pardon? »

« Mais qu'est-ce que ça t'apporte, bon sang?! Du pouvoir? Tu ne pourras jamais la montrer! » Tomoe la regarda sans comprendre.

« Mais rien. Pourquoi est-ce que ça m'apporterait quelque chose? » Nao lui envoya un regard confus. « Ne me dis pas que tu as fait tout ça pour rien?! »

La femme aux cheveux verts cligna des yeux et finit par sourire. Un vrai sourire. Heureux. « Pas pour rien, Yuuki-san. Regardez cette merveille. »

Folle. Complètement folle.

Elles se tournèrent toutes de nouveau vers la chimère. Seule Shizuru gardait ses yeux fixés sur la silhouette de Natsuki comme si plus rien d'autre n'existait. Mikoto fronça les sourcils avec dégoût en resserrant la prise sur son sabre, elle ne voyait rien de merveilleux dans l'expérience qu'elle avait sous les yeux. Mais Tomoe continua sans se préoccuper de leurs regards ou des hochements de tête silencieux que se renvoyaient les deux scientifiques de temps à autre.

« Regardez ce que la science est capable de faire? Ne donneriez-vous pas n'importe quoi pour obtenir ce savoir? » Elle ne reçut que trois regards éberlués. Elle délirait. « Depuis des années je rêve de voir une telle chose se produire! Regardez sa force, regardez la perfection de sa silhouette! N'avez-vous jamais rêvé de voir la naissance d'un tel être? Avez-vous seulement conscience du privilège qui vous est fait de la voir se réveiller? »

Folle. Complètement folle.

Shizuru n'écoutait pas. Ses yeux étaient si résolument fixés sur sa compagne qu'ils auraient pu la brûler. Mais Natsuki l'ignorait. Natsuki ne lui avait même pas jeté un regard en réponse au sien. Elle tremblait. Elle voyait cette femme qu'elle avait toujours aimée taper souplement sur quelques touches, tourner un bouton, jeter un regard à sa collègue et recommencer, inlassablement. Sans un regard pour elle. Alors que Tomoe continuait de parler avec frénésie en battant des mains et en souriant comme une démente, elle sentit quelque chose se casser en elle. Il fallait que Natsuki la regarde. Elle avait besoin de voir ces yeux encore une fois.

« Regarde-moi! »

Le cri arrêta le babillage incessant de Tomoe et tous les visages se tournèrent vers elle. Les yeux brûlants de Natsuki s'étaient immédiatement vrillés aux siens, comme si la scientifique se retenait de le faire depuis le début.

« Regarde-moi... » Les larmes commencèrent à couler sur ses joues alors qu'un silence pesant s'installait dans la pièce. Pendant un très bref instant de flottement, plus personne ne parla. Tomoe cligna des paupières, les mains toujours suspendues en l'air. Natsuki avait arrêté de taper sur ses touches.

Et pendant cette si courte seconde d'éternité, le monde n'était plus qu'à elles et elles seules. Une vague de désir déferla dans les veines de Shizuru à la vue de l'amour infini qu'elle voyait dans le vert brillant des yeux qui s'étaient tout entiers plongés dans les siens. Et elle vit des milliers de choses. De la colère, de la fureur, de la culpabilité, de la honte, de l'amour, du désir... et une demande muette.

Confiance

Elle lui demandait de lui faire confiance. Mais comment le pouvait-elle?

L'instant se finit par un grand éclat de rire léger et mélodieux. Tomoe se tenait les côtes et riait à gorge déployée. Le temps reprit alors ses droits et Natsuki revint instantanément à ses ordinateurs pendant que la présidente folle de la fondation Searrs essuyait les larmes de rire qui coulaient sur ses joues avec son pouce.

« Fujino-san, vous êtes pitoyable. » Un autre éclat rire. « C'est très mignon. » Un petit rire. « Pour un peu je vous demanderai en mariage. » Elle se reprit et se contenta de plaquer sur son visage un sourire carnassier pour démentir ses paroles. « C'est vraiment trop dommage. »

« Espèce de- » Un coup de crosse bien placé suffit à faire taire Nao qui laissa échapper une plainte étouffée.

« Un peu de calme je vous prie », énonça Tomoe avec douceur, « je ne voudrais pas que ma Natsuki préférée se trompe et rate le réveil de l'expérience du siècle. » Elle avança et se pencha vers la chimère sans un mot de plus. Plus personne n'avait rien à dire.

Le silence retomba.

Au bout d'un moment, Natsuki parla à voix haute, les yeux fixés sur son écran, le visage plus neutre que jamais. « Tu es prête, Rena? Tout est en place? »

Cette dernière lui répondit avec un sourire neutre. « Tout est parfait. »

« Dans ce cas, réveil amorcé. » Elle leva les yeux vers la chimère et sembla s'adresser à elle.

« Bonne chance », murmura-t-elle simplement en laissant ses mains retomber dans les larges poches de sa blouse immaculée.

Il y eut une détonation sèche et le niveau du liquide contenu dans la colonne de verre commença à descendre avec lenteur. La forme chimérique resta inerte encore un moment. Les fils qui étaient reliés à sa peau furent retirés un à un de la colonne par Natsuki qui les tirait avec douceur depuis l'extérieur, comme si elle avait encore de la considération pour la chose qu'elle avait créée.

Au bout d'un moment, dans un silence religieux pour Tomoe, écoeuré chez les otages et neutre chez les deux scientifiques, les pattes de la chimère touchèrent le fond de la colonne et la tête émergea en entier. Le niveau continuait de baisser. Rena appuya sur un bouton, le dernier, et le verre de la colonne s'enfonça lui aussi progressivement dans le sol.

Lorsque le niveau de liquide eut atteint les hanches du monstre, le réveil commença.

Les pattes avant bougèrent tout d'abord, avec lenteur.

Les épaules s'ébrouèrent ensuite en faisant se hérisser les poils gris qui s'y trouvaient. Chacun retint son souffle à la vue de ces premiers mouvements avec une sorte d'anticipation malsaine.

Ça se réveillait. Enfin. Déjà.

C'était à la fois magnifique et hideux.

Natsuki ne se recula pas et resta face à sa création. À peine un mètre séparait la femme de la chimère qui commençait à s'agiter. Lorsque le liquide et le verre eurent quasiment atteint ses chevilles, elle tenait debout et vérifiait aveuglément son équilibre, les yeux toujours clos.

Toutes les personnes présentes attendaient la suite avec appréhension, excitation ou terreur. Shizuru regardait désespérément sa compagne en tentant par la pensée de lui demander de se reculer. Qu'arrivera-t-il lorsque la chimère ouvrira les yeux et les posera sur elle? N'avait-elle aucune conscience du danger qu'elle courait? L'horreur la frappa. Cette seule pensée suffisait à lui serrer l'estomac.

Après une attente interminable, la chimère secoua la tête et ouvrit les yeux.

Sunrise

Les yeux de la chimère étaient comme deux minuscules soleils, brillants comme l'étaient les cheveux d'Alyssa.

Les quatre Himes frémirent de terreur. La chose cligna des yeux et fit craquer sa colonne vertébrale en se redressant sur ses pattes arrières. Tomoe laissa échapper un petit cri d'excitation.

Les yeux sans expression de la chimère se posèrent sur la scientifique qui lui faisait face avec panache.

Leurs regards s'accrochèrent pour ne plus se quitter. La bête resta immobile et se contenta de pencher la tête sur le côté avec intrigue. Natsuki cligna des paupières mais ne se détourna pas.

La louve et la chimère ne cessèrent pas de se regarder pendant une bonne minute avant que le silence tendu et immobile ne soit brisé par un cri de joie de la part de Tomoe. Cette dernière semblait se retenir de faire des petits bonds surexcités autour de son nouvel animal de compagnie. Finalement, elle se tourna vers Natsuki avec un sourire torve et donna son premier ordre d'une voix chantante et douce.

« Sunrise, débarrasse-toi d'elle, s'il te plait. »

Un frisson de terreur parcourut le corps de Shizuru et elle se débattit de plus bel en pleurant. La chimère pencha la tête de l'autre côté sans quitter des yeux sa créatrice et après un bref instant, fit ses premiers mouvements vers elle d'un pas pesant.

Shizuru cessa de se débattre.

Natsuki souriait.

Une fois à sa hauteur, la chimère se pencha vers elle, curieuse, et lorsque la scientifique tendit une main pour lui caresser la joue, le monstre ne fit aucun geste pour l'en empêcher.

Le sourire de Tomoe s'effaça pour laisser place à un froncement de sourcils impatient. « Sunrise, tue-la! »

Mais la chimère souriait, visiblement heureuse d'être caressée par son vis-à-vis. Natsuki sembla émerger de sa transe et brisa le charme qui la faisait maintenir ses yeux dans les orbes brillants de sa créature. Elle se tourna vers Tomoe et lui fit un sourire énigmatique.

« Les loups se comprennent entre eux, Tomoe. Tu aurais dû y penser. »

La présidente se tendit et sa main se crispa sur son arme. « Que veux-tu dire? Tu n'es pas un loup. »

« Qu'en sais-tu? »

Elles s'affrontèrent un instant du regard et la seconde d'après la chimère bondissait vers Tomoe avec un grognement inhumain, crocs apparents.

Chaos. Total.

Sans perdre un instant, Rena se rua vers la sortie. Les trois gardes du corps de la présidente envoyèrent valser leur prise respective contre les murs et s'interposèrent entre la chimère et cette dernière. Tomoe s'élança avec un cri de terreur sur sa droite et fonça vers la salle bleue, Natsuki sur ses talons. Libérées de leur prise, les trois Himes se relevèrent et Mikoto, plus rapide, se précipita vers la porte où elle se tourna vers en hurlant. Les cris des androïdes et les mugissements de la chimère créaient un vacarme étourdissant.

« On ne peut rien faire! » Un coup de sabre pour repousser un assaillant. « Dehors! »

Survie en jeu.

Inspirer. Courir vers le hall. Refermer la porte derrière soi. La barricader même en sachant que c'est inutile. Se tourner vers l'ascenseur.

Inspirer. Expirer. Inspirer.

Appuyer sur un bouton pour faire redescendre la machine.

Attendre. Silence.

Inspirer. Ne pas paniquer. Expirer. Doucement.

Alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient, elles s'engouffrèrent à l'intérieur et Mai appuya frénétiquement sur le plus haut bouton. Le trajet se fit en silence et quand elles arrivèrent dans le hall d'entrée, elles soupirèrent de soulagement.

Le hall d'entrée n'était nul autre que le phare lui-même. Elles se trouvaient juste à l'intérieur. Rena n'apparut pas.

Courir vers la sortie. Air Libre. Enfin.

Elles se permirent alors de souffler un peu. Mikoto s'assit, suivie de près par Mai, à même le sol. Nao s'accroupi à leur côté en s'épongeant le front, le poing toujours serré sur son arme comme si sa vie en dépendait. Et peut-être que sa vie en dépendait, songea-t-elle avec ironie.

Le soleil se levait sur la falaise et les roches brunes. Bientôt les étoiles disparaîtraient et le ciel se couvrirait de couleurs. Shizuru se tourna vers le phare tout en reprenant son souffle. Elle repensait au cauchemar éveillé qu'elle venait de faire et se surprit à prier pour que toute cette enquête ne soit qu'un mauvais rêve. Peine perdue.

Elle essuya les dernières larmes qui coulaient encore sur son visage avec le haut de sa manche et se résolut à attendre que Natsuki revienne, si elle revenait. Attendre, encore?

Elle sentit son corps se rebeller lorsqu'elle se força à rester immobile quand tout son être lui criait de partir à la recherche de sa compagne. Une main se posa sur son bras et elle vit Nao lui faire signe d'attendre. Sa jeune collègue avait le visage tout aussi angoissé que le sien et elle comprit qu'elle aussi devait se retenir de ne pas s'élancer à nouveau dans l'antre de cauchemar où elles se trouvaient quelques minutes plus tôt. Shizuru chancela tant elle tremblait et avant qu'aucune de ses trois amies ne puisse l'arrêter, elle s'élança vers le phare une nouvelle fois.

Car c'était Natsuki qui attendait.


Le bureau de Rena était l'opposé de celui de Natsuki.

C'est ce qu'avait toujours pensé cette dernière à chaque fois qu'elle y entrait. Il était grand, rectangulaire, et plusieurs étagères remplies de livres pour certaines, d'ustensiles en verre pour d'autres et de produits dangereux pour le reste se dressaient les unes derrière les autres. Seul un petit espace resté libre était occupé par un bureau où s'empilaient plusieurs dossiers.

Après avoir traversé la salle bleue dans l'obscurité à la poursuite de son employeur, Natsuki avait dû se résigner à pénétrer dans cette pièce avec anxiété. Elle savait que Tomoe, contrairement à elle, était armée. Et les étagères cachaient la visibilité.

Le bureau était plongé dans l'obscurité, lui aussi. Elle voulut allumer les lumières mais l'interrupteur était hors-service. Tomoe avait coupé l'électricité dans cette pièce aussi, apparemment. Elle eut à peine le temps de se faire cette réflexion lorsqu'elle entra. L'instant d'après, un flash électrique traversait la pièce dans sa direction et elle se jeta sur sa droite, derrière une étagère de livres. Elle se releva en vitesse alors que d'autres flashs se succédaient et courut vers le fond de la pièce. Elle tourna et se retrouva devant une autre rangée de livres qui furent expulsés dans l'allée par un tir malheureux.

« Tu aimes te cacher, n'est-ce pas, Na-tsu-ki? Tu as toujours été si lâche! »

Elle entendit le claquement des talons vernis de son adversaire derrière elle et se rua derrière une autre étagère pour éviter un tir. Elle sentit son bras s'engourdir. Touchée.

La voix doucereuse de Tomoe s'éleva non loin d'elle lorsqu'elle laissa échapper un cri de surprise. « Ah, touchée je crois, je me trompe? Va-t-on jouer longtemps, Natsuki? »

Natsuki se redressa et vit qu'elle était derrière une étagère sur laquelle étaient entreposés les tubes à essais, bocaux, fioles et autres récipients de verre. C'était mauvais.

Une fiole explosa prêt de son oreille. Puis une autre. Puis une autre. Tomoe hurlait comme une démente.

Complètement folle.

Les tirs cessèrent au bout d'un moment et avant qu'elle n'ait le temps de réagir, l'étagère entière, accompagnée par ses homologues, basculait sur elle, renversant la totalité de son contenu sur le sol.

Elle se sentit projetée contre le sol en essayant de se protéger de ses bras. Des éclats de verre écorchèrent son visage lorsqu'elle tomba, et elle eut l'impression que ses tympans se perçaient tant le fracas du verre qui se brise était étourdissant.

« Ouuuh, jackpot!! » ria une Tomoe hystérique non loin d'elle.

Les autres étagères avaient suivi le mouvement. Les récipients des produits dangereux se fracassèrent sur le sol et déversèrent leurs contenus sur le sol. La réaction en chaîne commença lorsque ces derniers se lièrent les uns aux autres non loin d'elle. Il y eut plusieurs détonations et la combustion commença.

De gigantesques flammes noires surgirent du néant et entreprirent de lécher les murs gris. Quelques secondes encore et le plafond s'enflammait à son tour.

Sonnée, Natsuki n'entendit que le bruit des talons sur les débris de verre lorsque la femme d'affaires s'approcha. « Le désavantage d'avoir une blouse blanche, Natsuki, c'est que même dans l'obscurité il est difficile de se cacher », commença la présidente avant de faire une pause pendant laquelle elles entendirent toutes les deux les mugissements de la chimère deux pièces plus loin et le vacarme du combat. « Tss, me faire ça, à moi. N'as-tu pas de coeur? »

La pièce était devenue une fournaise. L'air était à présent toxique. La femme s'arrêta à sa hauteur avec lenteur, apparemment insensible à l'incendie, et elle vit ses chaussures juste devant ses yeux. Son corps entier lui faisait mal et ses joues la brûlaient. Elle ferma les yeux, qui piquaient, agressés par les relents de fumée noire que dégageait l'incendie chimique. Elle ne pouvait plus bouger, Hime ou pas, elle n'était pas Mai, elle ne pouvait pas se relever avec autant de poids sur les épaules.

« Tu es prête? J'imagine que tu sais ce qui t'attend. »

Elle ne répondit pas.

Il y eut une détonation sourde qui n'était pas celle de l'arme électrifiante. Elle rouvrit les yeux juste à temps pour voir le corps de Tomoe Marguerite tomber devant elle dans un craquement sinistre. Les chaussures noires de Shizuru Fujino furent bientôt à hauteur de ses yeux et elle entendit la voix douce de son amie lui souffler des mots d'encouragement.

« J'ai fait aussi vite que possible, oh Natsuki, j'ai eu si peur! » Cette dernière se contenta de sourire douloureusement. Les flammes mangeaient à présent le bois des étagères. Après un court moment, elle sentit que l'on redressait une à une les étagères en feu et bientôt elle fut capable de se lever, renversant par la même occasion quelques livres et débris de verre qui retombèrent sur le sol dans un crissement désagréable.

Elle chancela et serait retombée si Shizuru n'avait pas passé un bras autour de sa taille. Elle s'appuya sur elle brièvement et se libéra après avoir retrouvé son équilibre en toussant.

« Il faut sortir d'ici! »

Shizuru lui fit un petit sourire triste qui s'effaça lorsque le vacarme qui faisait jusque-là office de bruit de fond cessa. Elles se regardèrent un instant, plus pâles que jamais, et Natsuki tira sa compagne par le bras sans attendre pour courir vers la salle bleue. Si elles restaient plus longtemps dans cette pièce, les toxines les tueraient.

Quand elles pénétrèrent dans la pièce, elles constatèrent avec effroi que des débris de verre scintillaient un peu partout sur le sol. La colonne qui retenait Arika prisonnière avait été brisée. Il ne restait plus rien d'autre dans la salle bleue qu'une mer de couteaux. Arika avait disparu.

Rena. Rena était revenue chercher sa fille malgré tout. Natsuki se demanda un instant où elle se trouvait à présent. Elle espérait de tout coeur que sa collègue, amie et presque-soeur s'en était sortie.

Elle se tourna vers son bureau où le silence commençait à devenir terrifiant mais ne put esquisser le moindre geste dans sa direction.

On empoigna sèchement ses épaules. Elle se sentit tirée vers l'arrière et deux bras l'encerclèrent avec force. Le brusque contact de son dos avec le corps de Shizuru lui coupa le souffle et elle se sentit faiblir.

« Shizuru... » Le temps s'arrêta.

« Je sais. Plus tard. » La voix de la femme de Kyoto était voilée et fatiguée. L'étreinte ne dura que quelques secondes pendant lesquelles le silence se déposa sur leurs corps. « Plus tard. » répéta finalement cette dernière avant de la forcer à se tourner vers elle pour s'emparer de ses lèvres avec passion.

Un baiser parfait.

Mais la louve ne pouvait pas l'apprécier à cet instant. Elle repoussa doucement sa compagne avant de soupirer et de se défaire de l'étreinte. Elle allait répliquer quelque chose mais Shizuru l'en empêcha.

« Je sais », commença-t-elle, le regard hanté, « plus tard. Il faut sortir d'ici. »

Et le temps reprit ses droits.

Natsuki hocha la tête avec simplicité. Elle était incapable de faire autre chose à cet instant, trop sonnée encore pour reprendre entièrement ses sens. Shizuru venait de l'embrasser. Cela voulait-il dire qu'elle lui pardonnait? Déjà, aussi facilement, comme un souffle de vent sur une bougie? C'était tellement irréel que la scientifique se força à se convaincre que c'était impossible. Les toxines qu'elle avait respirées quelques minutes plus tôt lui faisaient tourner la tête.

Elle entra dans son bureau, Shizuru sur ses talons, l'estomac noué.

C'était un véritable carnage.

Des morceaux d'androïdes gisaient un peu partout dans la pièce et du sang artificiel s'étalait sur le sol et les murs dans une composition colérique. Les mains de Natsuki se crispèrent et elle chercha des yeux le dernier survivant de la bataille. Androïde ou chimère?

Un couinement douloureux sur sa droite répondit à sa question muette. La chimère se tenait sur trois pattes, repliée sur elle-même contre un mur. Il y avait du sang sur sa fourrure argentée et ses yeux brillaient faiblement.

La bête agonisait.

Sans un mot, Natsuki se tourna vers Shizuru et lui retira son revolver d'un geste mécanique. Elle le regarda un instant, songeuse, puis l'empoigna plus fermement et dirigea ses yeux vers sa chimère.

Lorsque Natsuki avança vers elle, elle sembla reconnaître son odeur et se tourna vers la scientifique avec espoir. Cette dernière s'agenouilla près d'elle sans un mot et caressa son visage avec douceur. Elle s'apaisa et ferma les yeux en frottant son visage contre la peau de sa main.

Elles restèrent un moment comme cela. Natsuki aurait été incapable d'expliquer la connexion qui s'était établie entre elles mais elle savait qu'elle était assez forte pour lui faire oublier que ce qui se tenait devant elle était une abomination.

À cet instant, à simplement caresser la fourrure de son « enfant », elle avait l'impression d'être face à une soeur. Si sauvage, comme elle. Si louve, comme elle.

Si seule.

Comme elle.

Lentement, comme à regret, elle amena son revolver contre la tempe de l'animal et lui fit un sourire rassurant lorsqu'il lui lança un regard inquiet. La chimère sourit en retour et elles échangèrent un dernier regard avant qu'elle ne ferme pour la dernière fois ses paupières sur ses iris de lumière.

Des larmes roulèrent sur ses joues lorsque ses yeux furent complètement clos.

Natsuki ferma les yeux lorsqu'elle appuya sur la détente. Il y eut une détonation. Et plus rien. La chimère s'affaissa paisiblement contre le mur.

Natsuki se releva et comme Shizuru la suivait sans un mot, elles se dirigèrent toutes les deux vers la sortie dans un état second. Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur l'intérieur sombre du phare et qu'elles marchèrent vers la sortie et la lumière, Natsuki glissa une main dans la poche de sa blouse maculée de sang. Elles émergèrent du phare en silence.

Le soleil se levait. Elles virent trois silhouettes se lever avec lui et marcher vers elles sans un mot. Les visages des femmes qui leur faisaient face étaient fermés et inexpressifs. Ironiquement, c'était Shizuru qui laissait le plus percevoir son véritable état de détresse. La scientifique leur fit face un instant, droite et fière malgré tout. Digne.

Natsuki détourna les yeux pour les poser sur le magnifique ciel pourpre, orange et rose. Elle sourit.

C'était un superbe lever de soleil.

Sans se retourner, elle appuya sur le détonateur qui se trouvait dans sa poche et attendit. Un grondement sourd s'éleva derrière elle et bientôt le phare et une partie de la falaise s'effondrèrent pour rejoindre la mer devant quatre femmes mystifiées.


« Les larmes sont un don. Souvent les pleurs, après l'erreur ou l'abandon, raniment nos forces brisées. »

Victor Hugo


Et voilà, badaboum! On se dirige à présent tout droit vers la fin! J'espère que ce chapitre vous a plu et à plus tard pour la suite!