Salut tout le monde!

Un grand merci à Mouligane pour sa review : tu a été mon unique supporter ^^, youhou!

Voici le chapitre 10, qui est aussi l'avant dernier. Si vous trouvez qu'il est assez bizarre, c'est normal, pas d'inquiétude. J'ai essayé quelques petits trucs donc je sais que le résultat est assez spécial... Encore une petite précision et on y va: le chapitre est, dans sa quasi-totalité, un dialogue.

Bref, enjoy!

Disclaimer: On se répète un peu mais il faut le faire: Mai Hime n'est toujours pas à moi.


LA CHIMÈRE

Chapitre 10: Le Silence

22 Avril 2014

« Tu me dégoûtes. »

La phrase avait été crachée avec un tel mépris que les quatre autres femmes réunies dans le petit salon confortable frissonnèrent.

Nao Yuuki n'avait pas perdu de temps. À peine après avoir pris la peine de regarder la falaise s'écrouler devant elles, elle s'était emparée des menottes accrochées à sa ceinture en silence et les avait passées aux poignets d'une Natsuki complètement éteinte. La scientifique n'avait pas essayé de se défendre verbalement. Elle n'avait pas reculée lorsque les cercles d'acier s'étaient présentés à elle et n'avait pas tressailli lorsqu'ils s'étaient refermés en mordant douloureusement sa peau. Nao les avait trop serrées, les menottes.

Personne n'avait parlé.

Les heures qui s'étaient écoulées ensuite avaient été pour Natsuki un défilé d'images floues qu'elle n'avait pas pris la peine d'enregistrer. Elles avaient marché le long de la falaise. Une falaise? Quelle falaise, il n'y avait plus de falaise! Étaient montées en voiture. Pas la sienne. Avaient traversé une nouvelle fois la forêt de sapins noirs ensommeillés qui les regardaient avec curiosité.

Sans se regarder. Sans se parler.

Tout n'avait été qu'un flou de couleurs disparates et agressives.

La louve avait été ignorée du regard pendant l'ensemble du trajet, qui lui avait semblé à la fois interminable et fulgurant. Elle avait eu l'impression d'être immergée dans un rêve. Dans ce rêve elle, trois de ses meilleures amies et son amante, voyageaient dans la nuit sans se parler. Sans se regarder.

La réalité ne pouvait pas être aussi terrifiante, avait-elle décidé pour préserver ce qui lui restait de santé mentale. Seuls les cauchemars pouvaient être aussi morbides. Aussi bruyamment silencieux.

Pourtant, lorsque Nao l'avait tirée hors de la voiture et qu'elles s'étaient rendues toutes les cinq devant la porte de son appartement, Natsuki avait commencé à émerger, lentement, pour regagner les rives de la conscience et de la réalité.

Parce que la force avec laquelle elle avait été traînée n'existait pas dans les rêves. La douleur qui l'avait étreinte lorsque son poignet avait été serré sans ménagement n'existait pas dans les rêves. Tout ce qui s'était passé n'avait pas été un cauchemar mais bel et bien la réalité. Si triste, la réalité.

Et sa raison, envolée...

Elle n'avait pas retrouvé ses clés. Où étaient-elles? Où étaient-elles? Elles étaient restées dans un sac quelque part sous le phare. Sous le phare? Quelle drôle d'idée de laisser des clés sous un phare! Dans un sac, mais quel sac? Ai-je jamais eu un sac? Nao avait soupiré. Shizuru, qui avait semblé elle aussi sortir d'une longue torpeur, avait crocheté la serrure comme une cambrioleuse professionnelle et elles étaient entrées. Chez elle? Oui chez moi. Elle n'aimait pas la couleur des murs.

De quelle couleur étaient les murs?

Nao l'avait forcée à s'asseoir dans l'un des fauteuils du salon -confortable! confortable!- alors que Mai, Mikoto et Shizuru s'étaient assises sur le canapé, en face d'elle. Mais de quelle couleur étaient ces murs? La rousse était restée debout et avait fulminée en retrouvant son paquet de cigarettes vide alors qu'elle en avait tristement besoin.

Si Natsuki avait été de meilleure humeur, elle lui aurait sans doute révélée que des cigarettes se trouvaient dans un tiroir à quelques pas d'elle -jouons à cache-cache, Duran, Maman n'est pas là-, mais elle se contenta de la regarder sans sourciller avec des yeux égarés et d'attendre que son « amie » lui crache à la figure tout le mal qu'elle pensait d'elle.

Du mal? Oui (les murs étaient bleu foncé), du mal. En y repensant, elle adorait le bleu. Chez toi.

Je n'ai jamais eu de sac. Ses clés étaient restées dans sa voiture.

La raison revenait. Un peu.

Sans doute aurait-elle dû laisser la jeune détective voir à quel point elle-même se haïssait pour ses actes. Mais il n'était pas encore dit que Natsuki Kuga se lamenterait aux pieds d'un détective pour implorer un pardon qu'elle ne méritait pas. Bleu, les murs, bleu! Natsuki Kuga était une louve fière, pas un mouton terrorisé. Je suis nulle aux dames, elle préfèrait les échecs. Alors, Natsuki Kuga assumait ses actes. C'était comme cela. Et Natsuki Kuga irait en prison. C'était tout.

« Tu me dégoûtes », lâcha Nao sans prendre la peine de la regarder.

La phrase avait été crachée avec un tel mépris que les quatre autres femmes réunies dans le petit salon confortable frissonnèrent. Malgré elle, Natsuki grimaça en clignant des yeux.

« Ça a le mérite d'être cl- »

« Tais-toi! »

La phrase avait claqué dans l'air comme un fouet. Nao, furibonde, empoigna le vase qui se trouvait sur la table basse et le lança contre le mur -bleu, le mur, bleu- le plus proche avec rage. L'objet se serait écrasé contre ce dernier si Mikoto ne l'avait pas souplement intercepté en effectuant une impossible pirouette. Le silence retomba lourdement dans la pièce pendant que la femme-chat reposait placidement le vase comme si de rien n'était en remettant en place quelques fleurs. Chut, ne fais pas de bruit.

Natsuki avait fermé les yeux en attendant une collision qui ne vint pas.

Nao+Violence=Danger, se dit-elle avant de s'enfoncer dans son fauteuil, seul signe extérieur de son véritable état de terreur.

« Tais toi! » répéta la détective, « Silence! C'est clair? » hurla-t-elle en la pointant du doigt.

« Limpide. » Ne fais pas de bruit.

Elles s'affrontèrent du regard pendant quelques secondes durant lesquelles la température de la pièce chuta en dessous de zéro.

« Ça suffit. » Tout ça, si réel, si vivant, si vrai.

Nao se tourna vers Mai, éberluée. « Quoi? »

« Nous ne sommes pas ici pour nous battre » répliqua calmement cette dernière en se levant à son tour. « Nous sommes ici pour que Natsuki nous explique ce qui reste à expliquer. Pas pour nous entre-tuer. »

« Écoute Mai, tu- »

« Non », coupa-t-elle froidement. « Mai a déjà assez écouté. Maintenant j'aimerais juste qu'on en finisse avec ça pour pouvoir tourner la page. »

Elle les regarda tour à tour comme pour les mettre au défi de la contredire. Natsuki ne put s'empêcher de sourire tristement à cette vue. Mai était toujours aussi autoritaire quand elle s'y mettait. Il était clair qu'à part Shizuru -mais cette dernière semblait de nouveau complètement déconnectée de la réalité-, personne n'oserait la contredire, pour rien au monde.

« Regarde un peu l'état dans lequel tu es, Nao », reprit l'Hime de feu avec emphase, « on a l'impression que tu vas la massacrer! Vous êtes devenues folles ou quoi? » Elle secoua la tête en haussant la voix. « Bon sang, tout le monde ici sait que Natsuki n'a pas eu le choix! »

Natsuki se figea. « Mai- »

« Non, Natsuki! Écoute, je t'en veux d'être partie, d'accord! Je t'en veux de ne pas nous avoir prévenue lorsque tu es revenue, c'est vrai! De ne pas nous avoir demandé de l'aide, c'est vrai! De t'être laissée embarquée dans cette folie, oui aussi! Mais- »

« Ne me cherche pas d'excuses! » s'emporta Natsuki en se levant elle aussi. La colère irradiait à présent de chaque fibre de son être. Elle sentait bouillir en elle une inexplicable rage à l'encontre de sa précieuse amie qui lui fit peur. « J'ai fait mon choix! » martela-t-elle en faisant un geste sec des mains, toujours liées.

« Ce n'était pas un choix! » répliqua Mai avec dans les yeux quelque chose que la louve interpréta comme étant des larmes. Encore. Combien de personnes allait-elle encore faire pleurer par ses actes?

Mai continua sans percevoir son trouble. « Mais tu n'es pas responsable! »

« Tu étais prisonnière, Natsuki, tu n'étais qu'un outil. C'est toi qui a créé Sunrise, mais... » commença tranquillement Mikoto en piquant une fleur dans le vase qu'elle avait sauvé quelques secondes plus tôt pour en respirer le parfum avec un sourire.

Natsuki ne la laissa pas finir sa phrase. La façon dont elles la disculpaient avec autant de calme lui donnait la nausée. « Vous êtes folles. » C'était un constat dérangeant. Tout le monde semblait être redevenu aussi fou que lors du Festival. Tout partait en vrille. « Je suis coupable, Mikoto. Le reste, ce qu'il y a autour, ça n'a pas d'importance. »

Elle vit Mai détourner le regard et le sourire de la femme-chat s'effacer comme à regret. Elle soupira et voulut se passer une main dans les cheveux sans succès. Les menottes lui faisaient mal. Elle se détourna elle aussi et regarda Shizuru, qui la contemplait avec des yeux implorants.

« J'assume ce que j'ai fait, d'accord? Pas besoin d'être prise en pitié, merci. »

Le rouge qui peignait le regard de Shizuru était merveilleux. C'était la seule chose à laquelle elle pensait alors qu'elle les laissait traverser la forêt qui peuplait les siens pour voyager vers son âme et découvrir son être. Si rouge. Elle regretterait ces yeux, lorsqu'elle serait derrière les barreaux. Elle regretterait ce rouge qui faisait tourner son monde, cet éclat écarlate qui guidait ses pas depuis toujours.

Oui, pensa-t-elle alors, j'aurais tellement aimé t'emporter avec moi, ce soir là. Ce soir où elle était partie. Tout aurait été différent alors. Peut être même plus que « tout ».

« Tu auras des circonstances atténuantes », énonça Mai d'une voix cassée.

Elle sortit de sa transe. « Je n'en veux pas. »

La rousse soupira. « Là tu es stupide. Tu n'as pas à payer pour- »

« Mai, ça suffit maintenant », commença Nao avec agacement, « tu n'es pas sensée être ici, donc si tu pouvais éviter de m'empêcher de faire mon boulot ça serait sympa, merci. »

« Si tu faisais ton boulot, tu ne serais pas ici », répliqua Mikoto avant de plonger son nez dans la fleur qu'elle tenait en souriant tristement cette fois, « tu serais au poste. » Elle se tourna vers la détective et reprit, toute trace d'amusement envolée. « Ne nous prend pas pour des imbéciles. »

Nao battit des bras furieusement. « Si même Mikoto s'y met, on va pas- »

« Pourquoi » Elles s'interrompirent en entendant le doux accent de Kyoto flotter dans la pièce. « m'as-tu demandé de venir au phare? »

Silence dans le petit salon. Dans leur colère, les opposantes avaient oublié que la femme de Kyoto, silencieuse depuis leur arrivée, était encore présente dans la pièce.

Natsuki reposa ses yeux sur elle avec angoisse et inquiétude. Shizuru paraissait ne même plus avoir la force de se cacher derrière le masque de perfection qui était habituellement le sien en toute circonstance. Lorsqu'elle posa cette question, sa voix était voilée.

Lorsque le sens de la question remonta jusqu'à sa conscience fatiguée, la scientifique émit un flot incohérent de mots étranglés.

« Comment, je-... quoi? »

« Natsuki... » soupira Shizuru en posant sur elle des yeux implorants.

Cette dernière regarda ses mains en silence. Du coin de l'oeil, elle perçut le mouvement de Mai qui se rasseyait sur le canapé et de Nao qui s'appuyait contre le mur pour l'écouter.

« Je... » Elle hésita. Au point où elle en était, le plus simple était encore de ne plus rien cacher. « Je voulais vous montrer la vérité. » Elle soupira avant de continuer. « Depuis le début, le but était de vous tracer un chemin qui vous mènerait jusqu'à des boucs-émissaires que Tomoe avait « préparé ». Mais quand l'enquête s'est terminée, je... je ne pouvais plus. »

Elle s'arrêta, parler était difficile. Sa bouche était sèche. Elle se massa le tempes et se pinça l'arête du nez comme pour se concentrer. « Avec Rena, nous avons décidé de détruire Sunrise, le bâtiment, les dossiers, le projet tout entier », énonça-t-elle sans oser lever le regard vers sa compagne ou ses amies. « mais... »

Elle serra les dents. Les confessions étaient amères. « Je voulais vous montrer la vérité. Que vous sachiez ce que j'étais vraiment. J'en ai eu assez de... vous mentir, non », elle releva la tête pour fixer Shizuru avec adoration, « de te mentir. »

Les jeunes femmes méditèrent ces paroles quelques instants. Shizuru avait fermés les yeux, comme si la voir lui était devenu insupportable. À cette pensée Natsuki eut envie de se jeter par la fenêtre sans plus attendre. Un monde où Shizuru ne la regardait pas n'était pas un monde où elle voulait continuer d'exister.

« Et Tomoe et ses gorilles, qu'est-ce qu'ils foutaient là? »

Elle se tourna vers Nao avec un sourire désolé. « Ça... ça ne devait pas se passer comme ça. »

La rousse émit un petit gloussement ironique et croisa les bras. « On s'en doute. »

« Je devais vous retrouver après que Rena vous ait raconté toute l'histoire parce que j'étais incapable de le faire moi-même. » Nao lui fit un hochement de tête pour lui faire signe de continuer lorsqu'elle hésita. « Ensuite on devait sortir et je devais détruire le phare et la chimère. J'avais posé les explosifs le matin. Mais... »

Elle soupira encore une fois tandis que Mikoto reposait avec délicatesse la fleur qu'elle tenait dans le vase prévu à cet effet. « Je pensais que Tomoe me faisait un peu confiance, je me suis trompée. » Elle battit nerveusement des mains, dont les entraves continuaient de faire rougir sa peau. « Elle me surveillait. Elle ne savait pas que vous étiez sur-place avant de vous voir, elle pensait que seules Rena et moi étions dans le phare. »

Elle se prit la tête entre les mains après avoir terminé sa phrase. Dans la pièce, les respirations paisibles des Himes ne suffisaient pas à apaiser son coeur emballé. Lorsqu'elle reprit, elle ne put que murmurer quelques mots éraillés par la fatigue et la culpabilité.

« Je suis désolée. »

« C'est un peu tard pour ça, Kuga », lâcha Nao, que le manque de nicotine commençait visiblement à affecter à en juger par ses mouvements nerveux et saccadés. Devait-elle lui dire où se trouvaient les cigarettes? Certainement pas.

« Je le suis quand même. »

« Où est Tomoe, maintenant? » demanda Mai avec curiosité. « Elle est ressortie du phare? »

Natsuki répondit d'une voix neutre. « Je l'ai tué. » Au point où elle en était, autant couvrir Shizuru. Elle ne voulait pas que la femme de Kyoto ait des problèmes avec ses supérieurs pour lui avoir sauvé la vie.

« Légitime défense », ajouta-t-elle cependant à la vue des visages hagards et hébétés de ses interlocutrices.

« C'est moi qui l'ai tué », intervint la détective aux yeux rouges avec un petit sourire. « Tu n'as pas besoin de me couvrir, Natsuki », ajouta-t-elle simplement.

Il y eut un moment de flottement pendant lequel Nao semblait mesurer si elle devait les croire ou non, se tournant tour à tour vers les deux femmes, visiblement peu certaine de ce qu'elle devait retenir. Elle se rengorgea finalement, embarrassée.

« Bien, hum... et Sayers? »

Cette fois tout le monde se tourna vers Natsuki dans un bel ensemble. De toute évidence, si quelqu'un avait la moindre idée de où la scientifique se trouvait, ce devait être elle. « Je n'en ai aucune idée » répondit la louve sobrement avec un sourire narquois emprunté pour l'occasion à son ex-patronne. « Si je le savais », reprit-elle en haussant les épaules, « je ne le dirai pas de toute façon. J'espère qu'elle va s'en sortir. » Sa dernière phrase s'éteignit dans un souffle douloureux, tout sourire effacé. « Elle a bien plus sacrifié que moi. »

« Kuga... »

« Moi je n'ai rien sacrifié du tout. »

Il y eut un silence embarrassé. Les mots manquaient. Mikoto s'étira comme un chat sur son côté de canapé, comme si la situation lui passait par dessus la tête. « Tu t'es sacrifiée toi. » conclut-elle finalement.

Plusieurs minutes s'écoulèrent en silence après sa soudaine déclaration. Finalement, Nao se redressa contre le mur et décroisa nerveusement les bras pour passa une main dans ses cheveux. L'interrogatoire était bientôt terminé, pensa Natsuki en la voyant faire. La détective ne pourrait bientôt plus tenir et devrait rentrer chez elle, ou du moins aller ailleurs, pour fumer la cigarette tant désirée depuis des heures. A cette pensée, Natsuki soupira silencieusement de soulagement. Plus que quelques minutes et tout serait terminé.

La rousse lui jeta un regard noir, comme si elle avait deviné ses pensées. « Est-ce que tu sais pour combien tu vas prendre? » articula-t-elle finalement.

« C'est sans importance. C'est mérité. »

De ça elle était certaine. Mais elle sentit Shizuru s'agiter sur son siège à l'entente de cette affirmation.

« Natsuki... »

Et elles se regardaient, encore. A peine séparées par un mètre d'air, et pourtant si éloignées.

Nao rompit brutalement leur transe en commençant à marcher de long en large derrière le canapé, visiblement passablement énervée. « Je me suis promis de ne jamais laisser un criminel dehors » commença-t-elle avec emphase. « Tu comprends? Ami ou pas, un crime se paye. » Elle soupira avant de reprendre. « Je ne suis pas corrompue, trop de flics le sont déjà. »

Pourtant, lorsqu'elle se rapprocha de la scientifique à grandes enjambées en contournant le canapé et ses occupantes, Natsuki vit de l'hésitation dans son regard acéré. A moins que ce ne soit l'effet de la nicotine. Nao s'arrêta à sa hauteur et se pencha vers elle. Elle lui prit les poignets sans douceur et, avant que la jeune louve n'ait pu protester, la paire de menottes qui brûlait sa peau depuis quelques temps tomba sur le sol. Le bruit du métal qui s'entrechoque était désagréable.

Il y eut un moment de flottement. Le silence.

Les quatre femmes avaient écarquillé les yeux au même instant et Mai reprit brusquement son inspiration. Éberluée, Natsuki contempla ses mains, leva les yeux vers son amie, ses mains, Nao. Ses mains.

Nao.

« Tu es libre. » Nao grimaça à ses propres mots. « Je... je ne fais pas ça parce que tu es une amie. Je le fais parce que ça me semble juste... pour Shizuru. Et pour Rena et Arika, et... »

« Je ne comprends pas. » la coupa Natsuki. Ça n'était pas sensé se passer de cette manière. Nao n'était pas sensée lui rendre sa liberté. Pour rien au monde. Que ferait-elle dehors de toute façon? Le constat était amer, songea-t-elle, mais Natsuki Kuga n'avait plus rien à faire dans le monde extérieur. Elle ne voulait pas que Nao et Shizuru prennent le risque de la laisser dans la nature.

« Il n'y a rien à comprendre », répliqua Nao d'une voix cassante, « c'est comme ça c'est tout. Je ne le fais pas pour toi, je le fais pour une amie qui en a déjà trop bavé à cause de toi. »

Tous les regards se tournèrent de concert vers la femme de Kyoto dont les yeux étaient agrandis par la surprise. Natski se gifla mentalement en la caressant du regard. Évidement qu'il y ait quelque chose pour elle dans le monde extérieur. Imbécile. N'arrêteras-tu jamais de faire les mêmes erreurs?

Ses yeux piquaient. Elles les ferma résolument de toutes ses forces pour ne pas laisser s'échapper les larmes qui forçaient le barrages de ses paupières. « Je... »

Et serrer les poings. C'était donc ça.

La seconde chance.

« Nao... » entendit-elle Shizuru murmurer, visiblement hébétée.

Cette dernière ne se laissa pas attendrir par les émotions brutes qui circulaient à présent dans toute la pièce. Imperturbable.

« Tu me remettras tes diplômes. Je les veux tous. » Natsuki songea alors qu'elle les lui donnerait avec grand plaisir.

« Je veux que tu arrêtes de travailler à la fondation Searrs. » continua Nao en battant des bras. « Je veux que tu arrêtes de travailler dans les sciences tout cours. Trouve toi une autre vocation, je me fiche de savoir laquelle. » Elle avait rêvé du jour où elle arrêterait de travailler pour les Searrs depuis des mois. Ne plus travailler dans les sciences étaient un faible prix à payer pour sa liberté.

« Je vérifierai, Kuga, compte sur moi pour ne pas te lâcher d'une semelle. Je veux que tu restes au Japon et que tu n'en sortes jamais, c'est clair? Ne me déçois pas cette fois. » Il était hors de question de repartir une nouvelle fois, de toute façon. Quitter la seule personne pour laquelle elle vivait lui était devenue inconcevable.

Après sa longue tirade, la détective sembla arriver à bout de sa résistance. Avec une rapidité presque sur-humaine, elle empoigna son blouson et vérifia sommairement que tout y était. « Bon, c'est pas tout mais moi je suis fatiguée, alors je me casse. » Sans attendre de réponse de la part de son auditoire ébahi, elle ouvrit la porte de l'appartement et fit un pas en direction du couloir. Elle se retourna brièvement pour jeter un « Shizuru, on se retrouve au poste cet après-midi » et elle disparu. La porte claqua lorsqu'elle se referma.

« Merci » murmura alors Natsuki dans le vide.

Mai se tortilla les mains un instant, comme pour mieux réfléchir à ses options. Finalement, elle soupira et se leva à son tour. « Si tu veux tu peux venir au restaurant un de ces jours » énonça-t-elle simplement alors que Mikoto s'extirpait à son tour du canapé. Elles lui sourirent toutes les deux avant de se diriger vers la sortie, elles aussi. « Je... on te fera bon accueil et puis... on a du temps à rattraper, je crois » ajouta la rousse en se grattant l'arrière du crâne.

Natsuki la regarda un instant avant de lui répondre avec placidité. « D'accord. »

Mikoto bailla à s'en décrocher la mâchoire et ouvrit la porte pour laisser passer la tenancière. « Bonne chance » dit-elle en s'ébouriffant les cheveux pour la énième fois de la journée.

« Je... merci. »

La femme-chat lui fit un clin d'oeil et un sourire jovial avant de disparaître à son tour dans le couloir et de refermer la porte derrière elle.

Claquement sourd.

Et le silence.


« Le silence est un aveu. »

Euripide


Alors, une petite review pour me dire à quoi ça ressemble?

Le prochain chapitre sera sans doute publié sous forme d'épilogue, à bientôt!