Une intrigue ? Comment ça une intrigue ! Y'a pas d'intrigue par ici, juste un dragonnet à toupet rose …
ooOoo
La réunion s'éternisait. Sheppard soupira. Il détestait ce moment de la semaine : le débriefing « sécurité ». Ils se réunissaient tous les quatre, Elisabeth, Beckett, Caldwell et lui dans le bureau d'Elisabeth pour faire le point sur le « bon » fonctionnement de la Cité. En fait, il détestait surtout savoir que McKay lui y échappait. Le département scientifique avait droit à son propre débriefing et la plupart du temps, McKay y envoyait un de ses subordonnés, Radek étant souvent sa victime désignée.
Carson qui s'était levé pour prendre un verre d'eau, resta scotché devant la vitre donnant sur la salle de la Porte des Etoiles, un petit sourire sur le visage.
- Hey Doc', un problème ? Demanda Sheppard, intrigué.
Beckett se tourna vers lui et pointa la salle du doigt.
- Pas pour le moment mais avec ces deux là, on ne sait jamais.
Sheppard se leva et rejoignit Carson devant la fenêtre.
McKay se trouvait devant les marches menant à la Porte des Etoiles et frappait dans ses mains, visiblement en train d'encourager quelqu'un ou … une boule bleue et rose passa dans le champ de vision de Sheppard et atterrit lourdement dans les bras de McKay qui, déséquilibré, faillit tomber.
Evidemment. Sheppard aurait du s'en douter, le canadien était avec ce diable de dragon. Un petit sourire méchant apparut sur ses lèvres. Après tout, pour une fois que McKay passait du bon temps avec une femme …
-Ces deux là sont inséparables ! S'exclama Beckett.
Ouais pensa Sheppard, inséparables comme, comme, il chercha un moment à quelle plante vénéneuse ou mauvaise herbe il pourrait comparer les deux « inséparables » mais une nouvelle exclamation de Beckett l'interrompit.
- Oula, badaboum … Hu, il vaudrait mieux que je descende, de toute manière, je suis certain que Rodney ne va tarder à avoir besoin de mes talents.
Badaboum ? Talents ? Beckett était-il lui aussi devenu timbré ? Sheppard allait lui demander de quoi il parlait lorsque le communicateur du médecin se mit en marche et chacun dans le bureau pu entendre la douce voix de McKay résonner. Ouch, pensa Sheppard, pauvre tympan ! En effet, Beckett fit une grimace et décolla sensiblement son oreillette. La voix de McKay se fit plus claire même si ce qu'il disait était incompréhensible.
- Oui Rodney, j'ai bien compris, pas de panique. Carson se tourna vers les autres personnes présentes dans le bureau. C'est bien ce que je pensais, soupira t-il. Il va falloir que je vous quitte, une urgence … de toute manière, mes conclusions sont simples : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, enfin, ce qui tient lieu de « meilleur » dans la galaxie de Pégase.
Il salua Elisabeth et Caldwell qui continuaient leur petite conversation en tête à tête ayant apparemment à peine remarqué le brouhaha McKayen. L'habitude sans doute …
- Je vous accompagne, décida Sheppard tout en rangeant ses affaires.
Beckett hocha la tête, attendit que le Colonel ait terminé son rapport et ils sortirent tous les deux du bureau.
ooOoo
- Alors ? La voix de McKay était teintée d'angoisse.
- Rodney, soupira Beckett, elle va bien, ok. La chute l'a juste un peu estourbie, c'est tout. Allez ma jolie, on se réveille tonton Rodney est inquiet.
INCROYABLE. Est-ce que toute la base avait soudainement perdu la tête ? Pensa Sheppard. Et dire que ces gens se présentaient comme l'élite de la Terre. Si avoir un QI au dessus de 200 signifiait perdre toute dignité, Sheppard était ravi de n'avoir jamais pris la décision de rejoindre le club Mensa. Non merci, si cela avait été le cas, il serait peut-être en train de faire lui aussi des gouzis-gouzis à un dragon ! Hellooooooooo, un D-R-A-G-O-N ! N'importe quoi … Tonton Rodney ? Ma jolie ? Il devait rêver. Oui, c'était ça, un alien avait pris possession de la base et les avait tous drogués.
-Vous êtes sûr ? Toujours demandé sur un ton plaintif.
-Oui, oui, Rodney je suis su-- Aaaah, regardez, la voici qui revient à elle.
En effet, Sheppard, qui se tenait en retrait – ses cheveux ne supporteraient pas une troisième rencontre avec ce truc – entendit un petit couinement puis aperçu le stupide toupet rose de ce non moins stupide animal.
Myrnec couina son insatisfaction une ou deux fois puis bondit dans les bras de McKay. Ce dernier la serra contre lui un moment et caressa la petite touffe de poils roses.
- Ok ma puce, pas de problème, on réessayera demain et --
La puce – mieux valait entendre ça que d'être sourd, pensa Sheppard – émit un petit cri perçant qui fit grimacer McKay.
- Voyons Myrnec, tu viens de faire une chute d'au moins trois mètres de haut ! Pas question de --
Le cri se produisit à nouveau.
McKay soupira.
- Ok, ok, je capitule !
Et sur ces paroles, il remonta quatre à quatre les escaliers, Myrnec fermement calée dans les bras.
Sheppard savait qu'il devrait quitter la Salle d'embarquement. Il y avait certainement un Marine quelque part qui s'apprêtait à faire une connerie et qui avait besoin de ses conseils de Lieutenant Colonel avisé mais non, il restait là, à observer deux génies incontestés dans leur domaine, perdre la boule … pour un dragon.
Beckett lui avait expliqué que McKay s'était mis en tête d'apprendre à Myrnec l'art du vol. Privée de sa mère, la pauvre petite chose avait apparemment besoin d'un coup de main. Ce n'était pas Tonton Rodney mais Maman poule ! C'était surtout du grand n'importe quoi. D'un autre côté, avec un peu de chance, il pourrait y avoir une chute fatale, ou mieux, le truc apprenait à voler – mais avec Rodney comme instructeur, il ne fallait pas rêver – et Sheppard pourrait lui régler son compte sur son propre territoire : dans les airs à bord d'un Jumper. Un accident est si vite arrivé. Il pourrait penser à un drône sans le faire exprès …
- Activation de la Porte des Etoiles !
Sheppard écouta d'une oreille distraite l'annonce du technicien canadien, machin, euh, pas moyen de se rappeler de son nom à celui-là. L'équipe du Major Lorne devait ramener une délégation ménarienne (3).
Après avoir déposé Myrnec en haut des escaliers, McKay venait de redescendre et de prendre sa place en bas des escaliers. Il prit une position digne d'un gardien de but de football, prêt à recevoir un tir du camp adverse. Beckett se trouvait un peu en retrait, les bras croisés sur la poitrine, un petit sourire amusé sur les lèvres. Derrière eux, l'équipe de Lorne défilait, suivie d'une dizaine de ménarians. Sheppard fit un petit signe de tête à Lorne qui le salua. Elisabeth descendait les escaliers pour accueillir les ménarians … et soudain, des coups de feu retentirent.
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Faire face à une prise d'otages juste après avoir terminé une réunion sur la sécurité interne de la Cité relevait du plus haut ridicule. Sheppard était sûr que Caldwell ne manquerait pas de le lui faire remarquer avec sa gentillesse habituelle. Le problème, c'était que cette fois il aurait raison. Il avait abaissé sa garde en pensant que les Ménarians avaient compris la leçon (4) mais il s'était manifestement trompé. Les peuples de cette galaxie avaient décidément des idées fixes, la première étant de faire de sa vie un enfer.
Un des ménarians tenait Elisabeth en otage, son bras serrait son cou et son pistolet était fermement planté sur sa tempe. Il s'adressa à Sheppard.
- Nous avons juste besoin de quelque chose : vous nous le donner, nous repartons avec et vous récupérer votre leader … en vie.
Sheppard soupira.
- Et cette chose, c'est …. ?
Le sourire du terroriste s'élargit. Il devait penser que l'affaire était dans le sac.
- Le docteur McKay.
Tous les regards convergèrent vers la chose en question. McKay qui se trouvait derrière un des marines, recula instinctivement et heurta le mur.
Sheppard ferma les yeux et poussa un autre soupir. Yep, des peuples monomaniaques.
- Ecouter Nick, je peux vous appeler Nick, n'est-ce pas ? Nick, je suis désolé mais notre McKay n'est pas --
Un petit hoquet provenant d'Elisabeth stoppa net Sheppard. Le Menarian avait appuyé son arme contre le cou de celle-ci, l'obligeant à relever la tête. L'homme relâcha la détente. Le clic résonna lugubrement dans la salle d'embarquement.
-Je crois que vous ne m'avez pas compris Colonel, vous n'avez pas le choix. Comme je vous l'ai dit, où vous nous laisser repartir en compagnie du Docteur McKay, ou le docteur Weir termine sa carrière ici.
Ok, il fallait qu'il gagne la confiance de ce type, il suffisait qu'il relâche sa concentration juste quelques secondes et Ronon, qui les avait rejoint, n'en ferait qu'une bouchée. Tel que Sheppard le connaissait, le sétidien devait déjà avoir sorti un couteau de … d'un endroit quelconque de sa personne, mais pour le lancer, il fallait qu'il trouve un angle où Elisabeth ne risquerait rien. Il n'avait pas le choix.
- McKay !
Ce dernier sursauta à l'appel de son nom mais ne bougea pas de l'endroit où il était, juste derrière Lorne.
- McKay, rejoignez ces messieurs.
Le silence qui régnait dans la salle s'appesantir un peu plus, si tant est que cela fut possible.
- Que … quoi ? Vous voulez que je … quoi ? Non. Nonnonnon, pas question !
Sheppard percevait la terreur dans le ton de la voix de McKay. Il savait que ce dernier n'était pas un couard, il l'avait déjà prouvé à maintes reprises, mais réagir instinctivement face au danger n'était pas tout à fait la même chose que de se jeter sciemment dans la gueule du loup. Dans la gueule des Géniis serait d'ailleurs plus précis. L'arme que le ménarian pointait sur Elisabeth était manifestement de manufacture génii. Ce qui voulait dire que Kolya devait être derrière tout ça. Et McKay avait un petit passif avec le psychopathe génii.
- Maintenant McKay, Nick attend ! Grogna Sheppard.
Il regrettait ce qu'il était en train de faire. Il savait ce qu'allait penser McKay, qu'il décidait de le sacrifier pour sauver Elisabeth. Cet idiot avait une incroyable confiance en son intellect mais absolument aucune en lui-même. Il était toujours persuadé que les gens l'appréciaient pour ce qu'il pouvait leur apporter et non pour ce qu'il était, et par conséquent, il croyait normal d'être traité comme une commodité, quelque chose que l'on peut échanger. Il faudrait plusieurs pots de cette crème chocolatée italienne, du Nutella (5), que McKay aimait tant pour qu'il se fasse pardonner mais pour le moment …
Sheppard allait réitérer son ordre lorsqu'il entendit des pas derrière lui. McKay passa devant lui, devant les Marines et se planta devant le Menarian. Celui-ci poussa un petit cri de victoire et relâcha brutalement Elisabeth qui déséquilibrée manqua de tomber à terre et fut rattrapée par un des militaires. Le Menarian agrippa McKay par le bras et l'attira à lui.
Voilà pensa Sheppard, c'est le moment, maintenant ou jamais Ronon !
Mais ce n'est pas un couteau qui vola en direction du terroriste.
- Aaaaaaaaaaaaaaaah ! Qu'est-ce que c'est que ça ! Aidez moi, aidez moi, aaaaaaaaaah, non, non, mes cheveux, non, aaaaaaaaaah ! Oh par les Ancêtres, ça … ça crache du feu !
Une furie bleue et rose s'était abattue sur les Ménarians, les attaquant sans relâche, crachotant de petites flammes, poussant des cris perçants et déchirant de ses griffes, vêtements et peau. Les Ménarians étaient terrifiés et les Atlantes médusés. Ces derniers regardaient le spectacle de cet étrange sauvetage venu des airs avec un mélange de stupéfaction et de satisfaction.
- Myrnec, stop, tu vas finir par te faire mal !
C'est cette exclamation de McKay qui ramena Sheppard à la réalité.
- Lorne ! Bouclez moi ces types … Il jeta un coup d'œil aux trois ex-terroristes et se tourna vers Beckett qui se trouvait toujours derrière lui. Et doc', je crois que vous devriez les examiner, ils n'ont pas l'air en très bon état.
Beckett secoua la tête et appela une équipe médicale.
McKay avait récupéré Myrnec qui voletait autour de lui en poussant ces petits cris que Sheppard détestait tant. Le scientifique arborait un sourire tout en dents.
- Vous avez vu ! Non mais vous avez vu ! Elle a volé et … et woa, vous avez vu ce qu'elle leur a fait.
La voix de Mckay était pleine d'excitation. Il serra le dragon qui venait de se poser sur son épaule, contre lui.
- Mon garde du corps personnel ! Plus efficace qu'une demi-douzaine de Marines, alors Colonel, qu'est-ce que vous répondez à ça, hein ?
Sheppard posa sa tête contre le mur près de l'escalier.
S'il tirait son arme et s'en servait contre Myrnec, est-ce que le Nutella suffirait pour se faire pardonner ?
TBC … Hip hip hip hourra pour Myrnec, elle a sauvé notre Roro ! En revanche, va-t-elle un jour emporté le cœur de Johnny ? That is the question …
(3) Menaria, saison 1. Evoquée pour la première fois dans Underground puis dans The Storm. Les ménarians trahissent les Atlantes au profit des Géniis.
(4) A la fin du second épisode The Eye, Shepp rend en effet une petite visite de courtoisie aux ménarians …
(5) Pietro Ferrero, chocolatier-pâtissier à Alba, un village du Piémont au nord de l'Italie, crée en 1946 la recette du Nut' ! Un grand merci à lui.
