DOUBLE TROUBLE
Voici la suite comme promis. Désolée pour le retard, j'ai pas pu le mettre avant vu que le site marchait pas. Merci pour vos commentaires, ça me permet d'avancer. Toujours pas de changement dans le rating pour ce chapitre, ça reste encore soft (même si Sakura se lâche sur le vocabulaire imagé ^^). En tous cas, celui-ci est encore très long mais il est possible que je les raccourcisse un peu par la suite pour respecter mon découpage. Enfin bon, bonne lecture !
~Chapitre II : Les beaux garçons de Prisma~
« C'est une maison bleue, accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là ont jeté la clé
Peuplée de cheveux longs, de grands lits et de musique
Peuplée de lumière et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout ».
Maxime le Forestier, San Francisco
oOo
« On arrive bientôt ? » demanda le ninja bougon qui avait perçu une accalmie dans l'hilarité générale.
« Oui oui, » répondit Yume. « Vous voyez la colline juste là ? Eh bien c'est Prisma. On habite tout en haut. On sera à notre arrêt dans même pas deux minutes. »
« On va monter à pied ? » demanda la princesse d'un air dépité traduisant l'état de fatigue dans lequel elle se trouvait.
« Au besoin Kuro-rin pourra vous porter Sakura, n'est-ce pas Kuro-rin ? » minauda le mage en tapotant la joue dudit Kuro-rin.
« Hn, » répondit le ninja. Une veine palpitait sur sa tempe gauche, signe infaillible qu'il s'apprêtait à courser Fye, même à cette altitude.
« Ce ne sera pas nécessaire, » affirma Yume, sentant venir la tragédie. « Comme je vous l'ai dit, Prisma est un quartier très riche, et les habitants ont mis en place un système permanent de voituriers pour éviter tout désagrément de ce genre. »
« Heureusement, » renchérit Sakura. « Ces pompes me font un mal de chien, j'aurais dû ramper s'ils n'avaient pas été là. »
« Au risque de me répéter, je t'avais prévenue. Et puis il faut souffrir pour être belle, c'est bien connu, » dit Yume en battant des cils. « Bon allez on y est, » continua-t-elle en voyant la navette ralentir. « Terminus, tout le monde descend ! »
Elle sauta hors du wagon et la troupe la suivit au petit trot. Les escaliers les conduisirent cette fois devant un immense portail, à côté duquel se trouvait un cadran en verre. Sakura y posa la main. Une lumière verte parcourut le cadran et une voix féminine en sortit: « Veuillez décliner votre identité. »
« Sakura Kinomoto, » répondit-elle d'un timbre clair.
« Sakura Kinomoto, résidence 104B, autorisé, » reprit la voix tandis que le portail s'ouvrait lentement.
« C'est un scanneur d'empreintes digitales combiné à un analyseur vocal, » expliqua Yume. « Avec ça, les intrus ont peu de chances de pouvoir pénétrer à l'intérieur. Si la machine détecte un quelconque problème dans l'identification, elle envoie une onde paralysante dans un rayon de vingt mètres et une unité spécialisée intervient dans les cinq minutes. Le portail et les grilles tout autour de la colline sont aussi électrifiées et c'est pas de la camelote, alors je vous conseille de ne pas y toucher. »
« C'est drôlement bien protégé chez vous, » constata Kurogane, qui regardait le cadran comme s'il s'agissait d'un animal sauvage particulièrement furieux.
« Les gens du coin sont un peu paranos, » répondit Sakura sur le ton de l'évidence.
Ils avançaient dans l'interstice lorsqu'un homme les héla :
« Mademoiselle Li ! Mademoiselle Kinomoto ! »
« Merde, manquait plus que lui, » dit Yume à voix basse. « Bonjour Walter ! » s'écria-t-elle en agitant ridiculement la main dans sa direction et en affichant un sourire faux. « Belle journée, n'est-ce pas ? »
« Lui, c'est Walter, le gardien du portail, » chuchota Sakura aux compagnons. « Il est raide dingue de Yume, mais aussi super lourd. Si elle ne l'envoie pas bouler comme elle devrait, c'est qu'elle affirme qu'il fait partie des relations qui peuvent s'avérer utile en cas de crise majeure. Cherchez pas à comprendre, elle a des idées tordues des fois. »
Kurogane, qui avait depuis longtemps renoncé à comprendre, détailla plus sérieusement le nouvel venu. Il était grand et très musclé avec le crâne rasé et un sourire idiot lui rappelant celui du mage, probablement dû à la présence de Yume. Malgré la distance et ces lunettes affreuses qui lui obscurcissaient la vue, il pouvait déceler une arme à feu accrochée à sa taille et une arme blanche à sa cuisse droite. A la gauche, il y avait un autre appareil que Kurogane ne pouvait pas identifier. « Fais chier, encore un mec pas futé à la gâchette chatouilleuse : les pires. A surveiller. » conclut-il en pensée.
Walter arriva à leur hauteur en soufflant comme un bœuf, visiblement pas doué pour la course. « Bon à savoir, » se dit le ninja en notant l'information dans un coin de son esprit.
« Mademoiselle Li, » reprit-il après avoir pris une grande inspiration. « Monsieur Watanuki est descendu ici tout à l'heure, l'air tout paniqué, en me demandant si je vous avais aperçu. J'étais inquiet pour vous, vous ne devriez pas partir toutes les deux sans prévenir personne ! »
« Tout est arrangé Walter, ne vous en faites pas, » répondit Yume sans se départir de son sourire, bien que tout dans son attitude hurlait que sa seule envie était de mettre une droite bien sentie à cet impudent qui osait lui faire un reproche. « Il était prévu depuis longtemps que nous allions chercher nos amis ici présents qui viennent d'arriver en ville. Les deux abrutis d'en haut avaient oublié, c'est tout. »
Si Walter n'avait pas été aussi concentré sur la jeune fille, il aurait sans doute remarqué que lesdits nouveaux arrivants ressemblaient étrangement aux occupants de la maison qu'il était sensé protéger. Il se contenta pourtant de darder sur elle un regard extatique : c'était sans doute la plus longue phrase qu'elle lui avait accordée depuis leur rencontre.
« Puisque vous êtes là Walter, vous pourriez nous appeler deux voitures ? » continua-t-elle en voyant son manque de réaction. « Le parking est loin et Sakura a mal aux pieds. »
« Tout de suite Mademoiselle, » répondit-il en appuyant sur un étrange objet qui dépassait de son oreille. « Deux voitures au portail pour Mademoiselle Li. Terminé. Voilà, c'est fait, » ajouta-t-il, fier de lui.
« Merci, c'est très gentil à vous. »
« Bon eh bien M'sieurs Dames, » reprit Walter d'un ton enjoué, « puisque vous n'avez plus besoin de moi, je vais devoir retourner à mon poste. C'est qu'il y en a qui comptent sur moi ici ! Au revoir mademoiselle Li, mademoiselle Kinomoto. »
« Oui c'est ça, » répondit Yume, apparemment pressée d'en finir. « Au revoir Walter. Pauvre con, » ajouta-t-elle alors qu'il s'éloignait, toute trace de sourire envolée.
« C'était trop mignon, il n'avait d'yeux que pour toi, » s'écria Sakura en pouffant de rire.
« Ta gueule. Bon, pour les voitures, on va faire deux groupes : Shaolan, la princesse et moi dans une ; Kurogane, Fye et Saki dans l'autre. Il vaut mieux séparer les deux Sakura : les chauffeurs ne posent pas de question en général mais on ne sait jamais. Donc vous autres, faites profil bas, et surtout, surtout pas d'esclandre ! » commanda-t-elle en lançant un regard appuyé au magicien qui venait de sauter sur le ninja en criant : « C'est génial, Kuro-chan, on est ensemble ! »
« Allez lui faire comprendre… » répondit Kurogane en plaçant sa main sur le visage du mage, l'arrêtant net dans sa lancée.
Quelques secondes plus tard, deux véhicules s'immobilisèrent devant eux et ils s'y engouffrèrent en respectant les groupes convenus. Le convoyage se fit dans le silence des deux côtés, chacun semblant perdu dans ses pensées. Ils arrivèrent enfin à destination et descendirent de voiture pour trouver un autre portail et un autre cadran, celui-ci pourtant quelque peu différent du précédent.
« On n'en verra jamais le bout, » dit le ninja d'un air las.
« Si si, c'est la dernière étape, » promit Yume avant d'appuyer sur l'un des boutons. « Eiji, es-tu là ? Si tu es là ouvre-nous ! »
« Je ne sais pas si vous le méritez… » répondit après quelques instants la voix déformée d'Eiji, qui, comme on pouvait s'y attendre, ressemblait énormément à celle de Shaolan.
Toutefois, le portail se mit à grincer malgré la menace et le groupe pénétra dans la propriété, entraînant un soulagement collectif après un trajet si riche en émotions. Ils découvrirent au-delà de l'allée bordée d'arbres une immense villa moderne construite sur deux étages, ainsi qu'une piscine d'à peu près la longueur de la maison, soit pas moins imposante. Deux garçons attendaient les voyageurs sur le pas de la porte et Mokona, qui était resté plutôt léthargique jusque là à la grande satisfaction du ninja, bondit du sac de la princesse pour s'écraser sur la tête de l'un d'entre eux, l'étouffant à moitié.
« Mokona a retrouvé Watanuki ! » s'écria-t-il d'un ton joyeux.
« Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? » demanda le garçon, en tirant comme un malade sur la pauvre bête pour la déloger. « Enlevez-moi ça ! »
« Mokona, laisse Kimi-chan, » réussit à dire Sakura entre deux éclats de rire. « C'est le nôtre, pas le tien alors évite de l'asphyxier ! »
Mokona finit par lâcher prise à contre-cœur et se tourna vers Shaolan qui le prit et le posa sur son épaule, sans lâcher son double des yeux pour autant. Il comprenait maintenant ce que la princesse avait pu ressentir en voyant Sakura pour la première fois. C'était vraiment étrange. Yume et Sakura, justement, s'étaient dirigées vers Eiji et avaient chacune attrapé un de ses bras, chantonnant dans un bel ensemble : « Bonjour Eiji chéri. » avant de l'embrasser sur le nez. Curieusement, le plus rouge des deux à ce moment-là ne fut pas Eiji, mais Shaolan.
« Ne croyez surtout pas que vous allez vous en tirer si facilement, » les prévint Eiji avant de se tourner vers les autres. « Ca va, elles ne vous ont pas trop harcelés ? Je sais à quel point elles peuvent être soûlantes par moment… »
« Oh, Yu-chan, je crois qu'Eiji est en colère contre nous, » dit Sakura d'un air faussement triste, toujours accrochée au garçon comme à une bouée de sauvetage.
« Où est la bouffe ? J'ai faim, » demanda Yume qui n'avait pas l'air concernée le moins du monde par leurs états d'âme.
« Non mais j'y crois pas, » hurla Watanuki. « On s'est fait un sang d'encre pour vous toute la matinée, et toi tu ne penses qu'à te goinfrer ! T'es comme cet enfoiré de Dômeki ! »
« Enfoiré, enfoiré… c'est vite dit, » répondit Yume qui semblait soudain passionnée par ses ongles. « C'est pas comme si on t'avait forcé à traîner avec non plus. »
Kurogane, lui, n'écoutait plus. En les voyant elle et Eiji côte à côte, il avait enfin mis le doigt sur ce qui le tracassait chez Yume depuis le début. Il tourna la tête vers le mage qui affichait une expression indéchiffrable, probablement parvenu à la même conclusion que lui.
« Des… des jumeaux ? » pensa-t-il tout haut, faisant sursauter tout le monde.
« Eh bien oui ! Je ne vous l'avais pas dit ? » s'étonna Yume. « Autant pour moi. »
« Je…je ne pensais pas que j'avais une sœur, » déclara Shaolan, l'air perdu.
« J'avais bien compris, vu que vous ne m'avez pas reconnue tout à l'heure. Mais il est tout à fait possible que vous n'en ayez pas Shaolan, » lui répondit-elle d'un ton docte. « Je suppose que ça peut varier selon les dimensions. »
« Je ne sais pas, je n'ai aucun souvenir datant d'avant mes sept ans, » avoua le jeune garçon, cette nouvelle révélation laissant un silence de mort peser sur le groupe.
« On crame ici, » se plaignit Sakura, qui avait l'art et la manière de changer de sujet. « J'irai bien faire un peu trempette. Qui m'aime me suive ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait. La jeune fille retira haut, chaussures et pantalon à la vitesse de l'éclair et plongea dans l'eau fraîche. Elle s'appuya sur le bord avec un soupir de volupté. Shaolan, sur qui la diversion avait parfaitement fonctionné, détourna le regard, rougissant jusqu'à la racine des cheveux. Force était de constater que le volume capillaire n'était pas la seule chose plus développée chez cette Sakura que chez sa princesse.
« T'as pas tort, » déclara Yume en l'imitant. Excepté qu'elle sauta au lieu de plonger, ramenant ses jambes contre elle et atterrissant dans un gros « Plouf ». Elle aspergea ainsi le pauvre Watanuki qui s'était malencontreusement retrouvé trop près de la piscine à ce moment-là.
« Toute en grâce et en élégance, » constata Eiji en se bouchant les oreilles, rapidement rejoint par Sakura et Yume qui était remontée à la surface. Mokona lui-même ramena les siennes contre son petit corps, préparé à ce qui allait suivre.
Les quatre autres comprirent bientôt pourquoi.
« Yume… » commença Watanuki sur un ton qui se présageait rien de bon. Puis la tempête se déchaîna : « Non mais tu es complètement conne ou tu le fais exprès ?! Non, ne réponds pas je sais que tu l'as fait exprès ! Tu m'emmerdes ! Tu m'emmerdes à toujours vouloir faire ton intéressante parce qu'à chaque fois ça me retombe sur la gueule ! Je me plie en quatre pour vous et c'est comme ça que tu me remercies ? J'en ai marre ! La prochaine fois… La prochaine fois tu pourras toujours te brosser pour que je te prépare à manger, voilà ! Tu m'écoutes au moins quand je te parle ?! »
« Salut, » dit soudain une voix derrière eux.
« Qu'est-ce que tu fous là, toi ?! » s'égosilla un Watanuki au bord de l'apoplexie.
« Tiens salut Dômeki ! » s'écria Sakura. «Tu tombes bien, il paraît que Kimi-chan a fait plein de délicieux petits plats pour ce midi. »
« Il y a quoi ? » demanda Dômeki d'un ton neutre.
« Allez tous vous faire foutre ! Je me casse ! » beugla « Kimi-chan » avant de rentrer dans la maison en claquant la porte derrière lui, manquant de la faire sortir de ses gonds.
« Bon, » dit Eiji en soupirant. « Je crois qu'on a évité le pire. Il est gentil sinon, la plupart du temps, » ajouta-t-il en s'adressant à des compagnons à la limite de l'évanouissement. Ils avaient tous momentanément perdu un voire leurs deux tympans dans la bataille. « Au moins vous êtes préparés pour le prochain round. »
« Le Watanuki d'ici n'est peut-être pas celui de Mokona, mais il lui ressemble beaucoup ! »
« Et moi qui croyais qu'il était unique en son genre, » pleurnicha Yume en lançant un clin d'œil à la bestiole. Elle sortit de la piscine et attrapa deux serviettes qui traînaient par là, en tendant une à Sakura. « Et si on allait manger ? J'ai faim ! »
« Moi aussi, » enchaîna Dômeki.
« Je pense que nous sommes tous affamés, » conclut Fye en se massant le ventre.
« Parfait. Alors suivez-moi. » dit-elle en pénétrant à son tour dans la maison. L'entrée donnait sur un salon très spacieux bien que simplement rempli de trois longs canapés noirs disposés en carré autour d'un objet noir rectangulaire. Kurogane se rappelait vaguement que ça s'appelait une télévision, pour en avoir déjà aperçu dans un précédent monde mais celle-là était plus grande que toutes celles qu'il avait vues. Le ninja tenta de discerner autre chose, mais la pièce était très sombre, ne possédant étonnamment aucune fenêtre.
« Pourquoi t'as pas ouvert les stores ? » demanda tout à coup Yume.
« Gueule de bois, » répondit son frère, et personne ne releva. En effet, c'était un problème universel.
« Jardin ! » s'écria la jeune fille pour tout commentaire. Les voyageurs se tournèrent vers elle, pas certains de saisir le rapport, puis de nouveau vers ce qu'ils avaient cru être le mur du fond lorsqu'il virent de la lumière passer au travers. Leur surprise s'accentua encore lorsqu'ils distinguèrent dans la clarté naissante les visages grand format des cinq occupants de la maison sur les stores mouvants.
« Une fantaisie de Fye, » expliqua Sakura qui avait capté leurs regards interdits. « Il adore les photos de Kuro-chan, alors il en a mis un peu partout. »
« Il prend des photos l'autre ? » demanda Kurogane, pas très convaincu.
« Oui, mais c'est plus un passe-temps, » répondit-elle. « C'est sa deuxième passion en fait, après les enfants… »
« Les enfants ?! » s'étrangla le ninja, qui avait compris de travers.
« Quoi ? Oh non pas dans ce sens là ! » s'exclama la rousse d'un air dégoûté. « Je veux simplement dire que notre Kuro-chan est professeur dans une école, et qu'il passe son temps avec les gosses. Un vrai papa-gâteau. »
« Hyuu, notre Kuro-rin en papa ! C'est adorable ! » s'écria Fye sans chercher à contenir son sourire béat.
« Mokona savait bien qu'il cachait un cœur d'or sous ses airs de grosse brute. »
« Moi ? Mais vous délirez ou quoi ?! » tonna Kurogane en brandissant dangereusement son poing dans leur direction.
« On ne parle pas de vous, » dit Yume en tentant de calmer le jeu. « On parle de lui. N'oubliez jamais que vous êtes deux personnes distinctes, ça évitera les malentendus. »
« Il est à l'école en ce moment ? » demanda la princesse de sa voix peu assurée.
« Non, » répondit-elle, « et il ne devrait même pas travailler d'ailleurs vu qu'on est en vacances. Mais les mômes voulaient absolument partir en excursion et il s'est porté volontaire pour les accompagner. Comme Saki le disait, il en est complètement gaga et les petits monstres le lui rendent bien. Je pense qu'il devrait rentrer en fin d'après-midi. »
« Et pour Monsieur Fye ? » questionna Shaolan.
« Oh lui, il va et il vient comme ça lui chante. Il est à Acalie, la plus grande ville du pays et il pourrait revenir demain ou dans trois semaines pour ce que j'en sais. Il faut croire qu'il n'a pas la même notion du temps que nous autres, pauvres mortels, » dit-elle d'un ton amer.
« Vous voulez dire qu'il y a plus grand qu'Hebfi ?! » s'exclama Fye, étonné.
« Oh bien sûr. Saki, tu peux mettre la table dehors ? Avec ce temps ce serait con de pas profiter de la terrasse ! » dit-elle à son amie qui avait déjà commencé à disposé assiettes et couverts sur celle du salon. « Oui donc je disais : les trois plus grandes villes du pays sont Hebfi, Acalie et Linore ; et Hebfi a beau être la capitale, les deux autres sont bien plus vastes. En même temps, le pays n'est pas petit non plus, vu qu'il n'y en a que deux dans ce monde : Read et Enaï. »
« Il y a dû y avoir beaucoup de guerres alors, » remarqua Shaolan.
« Oh non, aucune, » répondit Yume. « Il y a eu quelques désaccords c'est sûr, mais dans l'ensemble c'est plutôt tranquille. Nous ne pouvons pas fonctionner sans eux, et inversement : la balance est plutôt stable. Leur langue reste différente de la nôtre, mais nous nous entendons à merveille. Notre gouvernement tient d'ailleurs à ce que les jeunes d'ici tiennent une correspondance avec les jeunes d'Enaï. Ca entretient les relations, entre autres choses… »
« Yume, on est ravis de la leçon de géo, mais tu pourrais peut-être éventuellement à tout hasard venir nous donner un coup de main, » proposa Eiji, les bras chargés d'une demi-douzaine de plats en équilibre précaire.
« Laissez ! » s'écria la princesse, en se précipitant vers lui. « Je vais vous aider ! »
Elle attrapa au vol l'un des plats qui avait définitivement choisi de céder à la gravité et récupéra les autres d'un geste rapide et adroit, avant de rejoindre son double à l'extérieur.
« Elle a du métier, votre copine, » constata Eiji, l'air impressionné.
« Elle a déjà été serveuse dans un des précédents mondes, et ce n'est pas notre copine, » répliqua durement Shaolan.
« Vraiment ? Ce n'est pas votre petite a… ? » commença-t-il avant de se faire écraser le pied par Yume.
« C'est une princesse, ducon, » précisa-t-elle alors qu'il massait ses orteils douloureux.
« Ah, désolé. T'aurais pu me prévenir pour… ça, » dit-il à sa sœur. « Ca va compliquer les choses, surtout si les deux autres non plus… »
« T'occupe et va chercher le reste. On réfléchira à un plan d'action quand j'aurai l'estomac plein ! »
« Ok, t'excite pas, » répondit-il en levant les mains en signe de trêve. « N'empêche que pour une princesse, elle est vachement habile de ses dix doigts elle, c'est pas comme d'autres… »
« J'ai entendu, connard ! » cria Sakura qui les attendait dehors, affalée sur une chaise. « Bon, vous venez ou j'ai le temps de faire un aller-retour au marché acheter un poireau pour me le foutre au cul ? »
« Super fin, bravo, » la félicita ironiquement Eiji, pendant que Yume poussait un soupir de dépit et que les autres retenaient avec peine une moue horrifiée. « Allez vous asseoir, j'ai besoin de me recueillir un instant dans le frigo après cette sortie inoubliable. » Puis, pour lui-même : « Je sens que la journée va être longue… »
« Ouais, » confirma Kurogane, qui n'aurait pas pu être plus en phase avec le jeune homme, cette seule matinée ayant déjà été affreuse et incroyablement longue pour lui.
« Je prends les verres, » dit Dômeki, qui s'était presque fait oublier.
Cinq minutes plus tard, il furent enfin tous attablés devant une quantité certaine de mets divers et variés.
« Oh la la ! » s'écria Fye à la vue de tant de nourriture. « Nous n'arriverons jamais à manger tout ça, même avec Mokona ! »
« Ce ne sont que les entrées. Et ne parlez pas trop vite, vous n'avez jamais vu ma sœur et Dômeki en pleine action. A vous l'honneur, princesse, » conclut-il en lui tendant une cuillère et une fourchette.
« Nous n'attendons pas Monsieur Watanuki ? » demanda-elle en s'emparant des ustensiles.
« Non, non, » répondit Yume. « Il doit être en train de bouder dans la chambre d'Eiji. Il redescendra sûrement quand il aura fini de massacrer nos derniers oreillers, on a l'habitude. »
Ainsi débuta une demi-heure de silence quasi religieux, tout occupés qu'ils étaient à se remplir la panse. Il s'avéra en effet que la jeune fille et Dômeki ne faillaient pas à leur réputation. Ils enfournaient le contenu de leur assiette avec une facilité presque obscène et se resservaient chaque fois aussi sec. Au bout d'un moment, Eiji, aidé de Sakura, débarrassa les plats vides et courut presque en chercher d'autres sous le regard meurtrier de sa sœur. Les compagnons en déduisirent qu'une Yume affamée était une bête à laquelle il ne valait mieux pas se frotter. Enfin tous rassasiés, ils se laissèrent aller sur leurs sièges en baillant tandis que le brun et la rousse repartaient en cuisine pour revenir cette fois chargés de plateaux sur lesquels étaient posés des tasses fumantes et plusieurs assiettes de petits gâteaux.
« J'ai mis du chocolat chaud pour vous et Monsieur Fye, » dit Sakura à son double en déposant une des tasses devant elle. « vu que l'autre et moi avons horreur du café. J'espère que je n'ai pas mal fait, » ajouta-t-elle en souriant, comme pour s'excuser de sa conduite précédente.
« Non, c'est parfait, merci, » répondit la princesse en lui rendant son sourire.
« Je n'ai pas ajouté de sucre, notre Kurogane n'aime pas ça non plus, » dit Eiji en voyant le ninja considérer son café d'un œil circonspect. « Et ce n'est pas empoisonné. »
« Bien, » commença Yume, qui affichait l'air profondément satisfait d'un fauve repu. « Maintenant qu'on est tous calés, vous allez peut-être pouvoir nous dire ce que vous fichez ici. »
« Vous ne le savez pas ? » s'étonna Shaolan qui semblait avoir attribué à la jeune fille le don d'une connaissance universelle.
« Non. On en a pas l'air comme ça, mais on ne sait pas tout, » répondit-elle en riant.
« J'émets une objection, » dit soudain Sakura. « Tout bon repas doit se terminer par une pause-clope. »
Elle se leva et disparut dans le salon pour en revenir avec trois paquets de cigarettes. Elle en lança deux à Eiji et Yume et prit une cigarette dans le dernier, qu'elle alluma prestement, suivie de près par les jumeaux.
« Aaaah, ça fait du bien, » soupira-t-elle en prenant un air extasié. « Voilà, maintenant, vous pouvez y aller. »
« En plus d'être la famille catastrophe, on est aussi la famille anti-anti-fumeurs, » expliqua Yume. « Faudra vous y faire : les jours de grande forme, on crée du brouillard. »
« Y a du tabac, dans votre machin ? » demanda Kurogane à la surprise de tous.
« Euh oui, en partie, pourquoi ? » lui répondit Eiji, perplexe.
« Donnez-m'en une. »
« Tu fumes Kuro-pon ?! » s'écria Fye qui semblait scandalisé.
« C'est Ku-ro-ga-ne et j'avais arrêté, » répondit le ninja en attrapant au vol la cigarette que Sakura lui avait lancée. « Mais là, c'est ça ou je me fracasse lentement la tête contre le mur. »
« Certes. Nous disions donc, votre histoire, » reprit Yume comme si elle n'avait pas été interrompue.
Shaolan ouvrit la bouche pour commencer à raconter, comme il l'avait fait maintes fois auparavant, mais ce fut finalement la princesse qui prit la parole.
« Je… Il y a quelques temps, des personnes mal intentionnées ont attaqué mon pays et j'ai perdu la mémoire. D'après ce que nous savons, elle a été fossilisée en plumes qui ont été éparpillées dans différents mondes. Depuis, nous voyageons pour les récupérer. Eux, » dit-elle en désignant ses compagnons. « m'aident gentiment alors qu'il n'ont rien à voir avec moi. Surtout monsieur Fye et monsieur Kurogane, qui viennent d'autres mondes et n'ont pas forcément demandé à se retrouver là… »
« Ne dites pas de bêtises, » la coupa Fye en lui prenant la main. « Nous sommes tous ravis de vous venir en aide, n'est-ce pas Kuro-wan ? »
« Ouais, ouais, » répondit le ninja en tirant sur sa cigarette.
« Des plumes de mémoire hein ? Lyrique, » commenta Yume, l'air pensive.
« Ca vous dit quelque chose ? » demanda par réflexe Shaolan, qui paraissait ébranlé par le discours de sa princesse.
« Pas du tout, mais on pourra toujours vérifier, y a rien qui presse… »
« A ce propos, mademoiselle Sakura, » dit Shaolan. « Pourquoi disiez-vous tout à l'heure que nous avions intérêt à nous plaire ici ? »
« Vous ne leur en avez pas parlé ? » s'exclama Eiji en se tournant vers sa sœur.
« Excuse-moi mais on voulait éviter de les faire flipper de suite, » répondit-elle d'une voix éteinte. « Mais là je suppose qu'on a plus le choix. La vérité, » dit-elle en fermant les yeux. « c'est qu'on a pas la moindre idée de la façon dont vous êtes arrivés ici et qu'on ne sait pas non plus comment vous permettre de repartir. »
« Eh bien je suppose que ça se passera comme à chaque fois, » dit Kurogane. « La boule de poils ouvrira grand la bouche, une lumière bizarre sortira de nulle part et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire je me retrouverai à manger le sol dans un nouveau monde. »
« Vous avez un moyen de contacter votre sorcière, cette Yuko ? » demanda Yume, ignorant le ninja.
« Oui, Mokona peut nous mettre en communication avec elle, » répondit Shaolan.
« Essayez, s'il vous plaît. »
« D'accord, Mokona va appeler Yuko ! » s'écria-t-il en se mettant à sauter partout.
Il se concentra sur sa pierre, mais, malgré ses apparents efforts, rien ne se produisit.
« Que se passe-t-il Mokona ? » demanda le jeune archéologue, qui n'aimait vraiment pas la tournure que prenait les évènements.
« Mokona ne sait pas Shaolan. Mokona essaie de toutes ses forces mais il ne reçoit rien du tout. C'est comme si… Comme si l'autre Mokona avait disparu ! » sanglota-t-il avant de se réfugier dans les bras de la princesse.
« C'est quoi ce bordel ? » demanda le ninja avec sa délicatesse habituelle.
« Précisément ce que nous craignions, » répondit Eiji, gêné. « Quand Sakura a fait ce rêve, la première fois, nous n'y avons tout simplement pas cru. C'est lorsqu'il s'est répété à de nombreuses reprises que nous avons commencé à nous inquiéter. Ceci n'était pas sensé arriver. »
« Vous allez nous dire de quoi vous causez oui ou merde ? » s'exclama Kurogane qui avait perdu patience.
« La barrière… » commença Yume avec le ton de quelqu'un s'apprêtant à annoncer l'apocalypse. « La barrière dont je vous ai parlé tout à l'heure n'est pas unique en son genre. Il y en a une autre, mais ce n'est pas une forêt qu'elle protège, c'est… c'est notre monde tout entier. »
Elle laissa aux compagnons le temps de digérer l'information, puis reprit d'une voix encore plus caverneuse.
« Nous l'avons appris en consultant les manuscrits qu'avait laissé Clow Read. Cette barrière a été conçue pour que rien ne puisse pénétrer à l'intérieur : ni magie, ni animaux, ni humains. Et bien sûr, cela marche dans l'autre sens également. Elle rend ce monde totalement hermétique, de manière à ce que nous soyons tous en sécurité et aussi… pour que personne n'apprenne jamais son existence. »
« C'est un mensonge ! Mokona sait que Yuko connaît toutes les dimensions ! »
« Je suis désolé Mokona, » dit Eiji, qui semblait l'être sincèrement. « Mais même ta Yuko, aussi puissante soit-elle ne pourrait pas mettre un pied ici. Imaginez donc notre surprise quand Sakura nous a prévenus que vous alliez passer à travers ! Nous avons fait des recherches sur le sujet, mais malheureusement nous n'avons rien trouvé, et nous n'avons pu que nous préparer à vous accueillir. »
« Vous êtes en train de nous chanter qu'on est coincés ici pour toujours sans aucun putain d'espoir que quelqu'un nous retrouve ? » demanda Kurogane, la veine de sa tempe se mettant de nouveau à pulser furieusement.
« Moi ça me va ! » s'exclama joyeusement le magicien, qui était resté étrangement silencieux jusque là.
« Toi la ferme !! » hurla le ninja au bord de l'hystérie. « Il est hors de question, tu m'entends, hors de question que je passe ma vie avec toi dans ce trou loin de chez moi ! C'est compris ?! »
« J'espère que vous êtes pas cardiaque, » dit Sakura en prenant une gorgée de son chocolat. « Ca sert à rien de péter votre câble et c'est la faute de personne. On fera ce qu'on pourra pour trouver une solution, mais y a pas de garantie, c'est sûr. Donc le truc le plus constructif que vous pourrez faire, c'est nous donner le plus d'infos possibles sur votre dernier voyage pour qu'on puisse éclaircir ce bordel. En même temps, nous on vous filera un coup de pouce pour chercher votre plume, si plume il y a, ce dont je doute fortement. En gros donc, buvez votre café et foutez-nous la paix. »
« Alors… » commença Shoalan, déjà prêt à énumérer les faits.
« Pas maintenant, » l'interrompit Yume en se levant. « Vous êtes tous épuisés, et nous aussi. Nous allons faire une petite sieste. Je vais vous passer de quoi vous changer et je vous montrerai où dormir. Par contre, je suis désolée, mais nous n'avons que deux chambres d'amis. Je vais vous laisser la mienne et rester avec Eiji, mais deux d'entre vous devront quand même partager un lit. »
« J'irai avec le mage, » répondit le ninja, visiblement calmé par les paroles de Sakura, en voyant le nouveau teint rouge tomate arboré par la princesse et l'archéologue.
« Hyuu, » commenta ledit mage tout sourire. « Kuro-daddy et moi on va dormir ensemble ! »
« Bon, je vais rentrer, » dit Dômeki, qui planait complètement.
« Embarque Kimi-chan tant que t'y es, il va nous empêcher de pioncer tranquille avec sa grande gueule, » l'enjoignit Sakura en se levant à son tour. « Vous reviendrez ce soir. »
« Ouais, » répondit-il en pénétrant dans la maison. Quelques secondes plus tard, il entendirent du bruit à l'étage, des protestations étouffées dans le couloir, la porte d'entrée claquer, puis le silence.
« Rentrez, » dit Yume. « Je dois aller chercher un truc en haut, je reviens. »
Ils attendirent son retour plantés au milieu du salon, sauf Sakura, qui, s'étant rallumé une cigarette, s'était laissée tomber en arrière sur l'un des canapés, et agitait distraitement ses pieds sur un rythme inaudible. Yume redescendit les bras chargés de vêtements et tendit à chacun un tee-shirt et un pantalon en matière souple.
« Vous serez plus à l'aise là-dedans. Pour vous, la taille devrait aller, » dit-elle à Fye et Kurogane. « Mais vous, vous avez l'air plus jeunes que nous, alors ce sera peut-être un peu grand, » ajouta-t-elle en se tournant vers Shaolan et Sakura.
« Quel âge avez-vous d'ailleurs ? » demanda le jeune homme, posant enfin la question qui le taraudait depuis un moment.
« J'ai dix-huit ans, » répondit Sakura comme si c'était la chose la plus merveilleuse au monde. « Eiji et Yume dix-sept, mais leur anniversaire est dans deux jours donc ils vont bientôt me rattraper. Notre Kuro-chan a trente-deux ans et notre Fye vingt-trois. Et vous ? »
« La princesse et moi avons quatorze ans, » dit Shaolan.
« Vingt-cinq, » avoua le ninja, visiblement à contre-cœur.
« Voyons, on ne demande pas son âge à une maman ! » s'exclama Fye en posant ses mains sur ses hanches.
« S'il vous plaît Fye ! » s'écria la princesse. « C'est vrai que vous ne nous l'avez jamais dit. »
« Laissez, c'est pas grave, » intervint Eiji qui avait compris le message. « Putain, je me demande comment Fye réagirait si on se mettait à l'appeler « maman » » ajouta-t-il à l'intention de Yume et Sakura.
« Essaie toujours, » répondit la rousse. « C'est vrai que la déco serait sympa avec un peu de rouge. Bon, les chambres sont par là, venez. »
Elle les mena dans un couloir contigu au salon. Les murs de celui-ci étaient d'un blanc crème et y étaient accrochés un nombre incalculable de cadres, disposés un peu partout dans un hasard qui se voulait artistique. A l'intérieur de ces cadres, on pouvait voir les photos des différents membres de la petite famille, posant de façon aléatoire, ainsi que celles d'une ville, vraisemblablement Hebfi, prise sous toutes les coutures. »
« On a un peu revu l'organisation récemment, » expliqua Sakura. « Ce qui fait que la chambre de Yume est la seule qui se trouve au rez-de-chaussée, enfin, la seule occupée. Ca tombe plutôt bien pour vous, parce qu'au moins vous serez tous à côté. En plus comme ça, si vous avez le sommeil léger, vous ne risquerez pas de nous entendre… »
« Nous lever, » la coupa Yume en lui faisant les gros yeux. « On a pas mal la bougeotte et comme je fais des insomnies, je descends souvent à la cuisine en pleine nuit et des fois je regarde aussi la télé. Ici, vous ne serez pas dérangés. »
« Oui bref, » reprit Sakura mal à l'aise car consciente d'avoir failli faire une gaffe. « A gauche, il y a les deux salles de bain. Je suppose que vous savez comment ça fonctionne, donc pas la peine de vous montrer. « Là, c'est l'antre du monstre. » dit-elle en ouvrant la première porte.
Il entrèrent dans une pièce aux proportions très respectables, la chambre de la brune, donc. L'ensemble était joli, mais plutôt désordonné : les draps bordeaux du lit deux places auraient pu contraster agréablement avec la couleur gris anthracite des murs si elle n'avait pas presque disparu sous une couche épaisse de dessins, d'images et de photos. Un fouillis à peine croyable régnait sur les quelques étagères, qui menaçaient de s'effondrer sous le poids des dizaines de machins inutiles et autres souvenirs accumulés patiemment par la jeune fille. Le bureau quant à lui était enterré sous une masse de livres à l'aspect ancien et de feuilles éparpillées. Le seul espace demeuré libre était occupé par un objet qui parut étrange à tous nos compagnons sauf à Mokona, qui bondit aussitôt pour se planter devant.
« Un ordinateur ! Yuko aussi en a un ! Vous avez internet aussi dessus ? »
« Nous on appelle ça le « Réseau » mais je pense que c'est pareil, » dit Yume en réfléchissant. « Nos mondes ont l'air très semblables tu sais, Mokona. »
« T'abuses quand même, » soupira Eiji qui regardait l'étendue du désastre d'un air désespéré. « On a des invités, t'aurais pu ranger un minimum. »
« Cet espace représente mon esprit, » lui répondit sa sœur sur un ton théâtral. « Le changer, ce serait comme me renier volontairement, comme dénigrer tout ce que je suis à l'intérieur. Et puis j'avais la flemme, aussi. »
« C'est quoi ça ? s'écria Kurogane qui semblait de nouveau en proie à des vapeurs, en désignant du doigt la plus grande des photos qui trônait fièrement au-dessus du lit.
Les autres décidèrent d'un commun accord de ne pas l'en blâmer en apercevant ce qui avait provoqué lesdites vapeurs : celle-ci montrait le double de Fye et Yume, tous deux dans des tenues de cuir si moulantes qu'on ne pouvait plus se permettre d'imaginer quoi que ce soit, dans une position plus qu'équivoque. Le blond posait en effet torse nu, à quatre pattes, une expression lascive peinte sur son beau visage. La jeune fille, elle, se tenait derrière lui, affichant un sourire narquois à demi caché par une laisse coincée entre ses dents dont l'autre extrémité pendait au cou de Fye. Pour compléter le tableau, elle avait posé son pied droit muni d'un escarpin en métal au talon vertigineux sur le dos de l'homme qui paraissait loin de s'en plaindre.
« Je croyais t'avoir demandé d'enlever cette horreur, » dit Eiji en se prenant la tête entre les mains. « Tout le monde croit déjà que t'as des tendances pas nettes. »
« Je vois pas pourquoi je l'enlèverai ! » s'exclama la brune, vexée. « C'était mon cadeau d'anniversaire ! Ca a peut-être l'air glauque mais on s'était vraiment bien amusés ce jour-là. Et puis cette série a fait un carton dans les clubs underground de la ville. »
« Ce truc, un cadeau d'anniversaire ? Non mais vous vous foutez de ma gueule ? » demanda le ninja, les yeux exorbités.
« Fye a des idées bizarres parfois, » répondit Sakura en haussant les épaules. « Mais vu que c'est sûrement la princesse qui va s'installer ici, tu pourrais faire un petit effort. Par respect pour l'innocence qui lui reste, quoi. »
« Je…je veux bien, » intervint celle-ci pour qui la vision de celui qu'elle considérait presque comme sa mère dans un tel état semblait relever du cauchemar.
« D'accord, je vais la décrocher, » dit Yume en montant sur son lit pour exécuter sa sentence. « Mais d'un, ça m'empêchera pas de la remettre, et de deux, je dois vous prévenir vraiment, et ancrez-vous bien ça dans le crâne, que ceci n'est qu'un léger amuse-bouche par rapport à ce que notre Fye est réellement capable de faire. Il en devient limite malsain à des moments : pas le genre à sourire autant que vous monsieur Fye. Il tire tout le temps la tronche, il est très impoli, très orgueilleux et en règle générale très très chiant. Pour nous qui le côtoyons depuis un moment, ça passe, ça arrive même qu'il se montre gentil de temps à autres, mais ça reste rare. Ne vous laissez surtout pas embarquer dans un de ses jeux parce que ça peut mal finir : il risque sûrement de vous tester quand il reviendra d'ailleurs, alors faites bien attention. Et gardez à l'esprit que je parle de mon meilleur ami là, n'essayez pas d'imaginer ce que pensent ses ennemis, et il en a beaucoup, sinon c'est migraine garantie. Pigé ? »
« Mon double est vraiment comme ça ? » s'étonna le mage qui ne voulait sans doute pas y croire.
« Et pire encore, » répondit Eiji, qui visiblement ne le portait pas en très haute estime. « On comprend dans une certaine mesure, vu qu'il a pas eu un passé facile, mais nous non plus et pourtant on emmerde personne. Lui il passe sa vie à user de son intelligence pour faire passer les autres pour des cons et on dirait que ça l'amuse, mais en réalité c'est juste pour tromper son ennui. C'est un peu usant à la longue, mais comme Kurogane l'aime… bien et qu'avec Yume ils se sont entichés pour une raison quelconque, on essaie de le supporter du mieux qu'on peut ; soit en évitant dans la mesure du possible de lui foutre notre poing sur la gueule, » conclut-il, approuvé vigoureusement par Sakura.
« Excusez-nous, mais il nous semble difficile de concevoir que même un double de Fye puisse être devenu aussi mauvais, » remarqua Shaolan, vocalisant du même coup les pensées de la princesse. Kurogane, Mokona et le magicien lui-même, eux, parurent tristement convaincus par cette version de l'histoire.
« Pas foncièrement mauvais, » répliqua Yume d'une voix enrouée qui laissait deviner son envie de pleurer. « La douleur et la solitude l'ont rendu comme ça. Et toi mieux que quiconque, » s'écria-t-elle à l'intention de son frère. « devrait savoir pourquoi ! »
« Excusez-moi, » dit soudain Fye dont le visage s'était subitement fermé. « Mais où est ma chambre ? »
« Vous n'avez qu'à prendre celle au fond du couloir, mais que… » commença Sakura avant de s'écarter vivement pour laisser passer le mage qui dégageait une aura de fureur impressionnante. Il sortit de la pièce sans un mot, laissant derrière lui un groupe désorienté.
« C'était à prévoir, » commenta finalement Yume. « Leurs points communs ne se limitent pas à leur apparence. »
« Il nous a fait quoi là au juste ? » demanda Kurogane que l'attitude du magicien avait rendu totalement perplexe.
« Il a le même passé que notre Fye je pense, ou au moins un truc s'en approchant, » répondit Sakura. « Mais c'est pas à nous de vous expliquer de quoi il s'agit, il le fera s'il en éprouve le besoin. En attendant, au dodo ! Shaolan, il ne vous reste que la chambre du milieu, j'espère qu'elle vous conviendra. »
« Je vais aller sur le canapé, si ça vous dérange pas, » dit le ninja, surprenant tout le monde. « Cet abruti serait capable de m'essayer de m'égorger si je pénètre maintenant dans son espace vital. Il se ferait mal tout seul. »
« Mokona va dormir avec Kuro-chan parce qu'il est gentil et qu'il s'inquiète pour maman Fye ! »
« Si ça vous paraît mieux, faites votre vie, » répondit Sakura d'un air las. « On ne le connaît pas nous, après tout. Bonne nuit ! » lança-t-elle alors que tout le monde rejoignait ses quartiers pour un repos bien mérité.
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