DOUBLE TROUBLE
Me voilà de retour avec un nouveau chapitre, le bon jour cette fois. Je suis vraiment désolée, mais il est effectivement un peu plus court que les deux précédents, je n'avais pas le choix… Enfin, au moins, je vous offre sur un plateau le nouveau Kurogane. Fye n'arrivera que dans le chapitre six, même s'il fera une apparition remarquée (héhé) dans le quatre. Donc, pour ceux et celles qui n'ont pas lu le manga jusqu'à l'arc de Nihon, je préviens que je donne le prénom de Kuro-chan (et que je pars bien en live dessus d'ailleurs) sinon pas de spoils particuliers si je ne m'abuse. Merci encore pour vos commentaires (le « autant pour moi », je savais que ce n'était pas la bonne écriture, mais je n'aime pas l'autre, par contre, je te remercie pour la signification, je l'ignorais totalement ^^), j'espère que vous apprécierez cette petite suite !
~Chapitre 3 : La figure paternelle~
So I want to warn you laddie
Though I know that you're perfectly swell
That my heart belongs to Daddy
Cause my Daddy he treats it so well.
Marilyn Monroe, My heart belongs to Daddy
oOo
Yume fut réveillée quelques heures plus tard par le doux contact d'une main effleurant sa joue. Ses paupières papillonnèrent un instant avant que ses yeux ne se fixent sur les deux orbes écarlates qui l'observaient.
« Kuro-chan ? » murmura-t-elle en étirant ses membres douloureux. « T'es déjà rentré ? »
« Il est presque dix-huit heures ma belle, » répondit-il en l'embrassant sur le front. « Désolé, mais il serait temps que tu te lèves sinon Watanuki va finir par saccager la cuisine. Mais qu'est-ce que tu fais dans mon lit au juste ? »
« Je voulais laisser Eiji et Sakura en tête à tête encore un peu, vu que maintenant qu'il y a les autres et que je les squatte ils n'auront plus vraiment d'intimité. Alors comme t'étais pas là…Ca te dérange ? »
« Bien sûr que non princesse, » dit-il d'un air surpris. « Tu peux même rester ici le temps que Fye revienne si tu le veux. C'est juste que j'ai encore un peu de mal avec le fait que mes gosses soient amoureux. Et donc, comment ils sont ces autres ? Ils nous ressemblent ? »
« Oula, pas vraiment, » répondit Yume avec un petit rire. « Niveau caractère, c'est le jour et la nuit. Ton double se fout en rogne pour un rien, celui de Fye est souriant et respectueux, celui d'Eiji rougit tout le temps et celui de Sakura… est une princesse. Ca veut tout dire. Mais vos cœurs sont tous les mêmes, ils ont juste évolué différemment dans un environnement différent. Ah et il y a aussi cette espèce de bestiole blanche qui les accompagne. Il s'appelle Mokona, et te sautera sûrement dessus dès qu'il te verra.»
« Et pour leurs liens ? » demanda Kurogane qui maintenant caressait affectueusement les cheveux de la jeune fille.
« Deux fils rouges, comme prévu, mais il y en a un bizarrement ténu et l'autre est teinté de noir, ça n'est pas bon. Ils ne se sont pas encore déclarés en plus donc il ne faut pas trop les brusquer. Les tourtereaux vont tenter de passer inaperçus pour le moment et on attend un peu la même chose de votre côté. »
« J'en parlerai à Fye dès que possible, ne t'inquiète pas. Je pense qu'on sera capable de se tenir, » dit l'homme dont le visage s'éclaira d'un grand sourire. « Allez viens ma chérie, on descend. » ajouta-t-il en se levant.
« D'accord, mais tu me portes, » déclara-t-elle, s'accrochant à son cou et passant ses jambes autour de sa taille.
« Tu ne crois pas qu'on est un peu vieux pour jouer à ça ? » demanda-t-il, soutenant tout de même ses cuisses avec l'un de ses bras.
« On sera trop vieux le jour où tu n'auras plus de dents et que je viendrai t'apporter ta soupe tous les dimanches à la maison de repos. Donc pour l'instant, exécute esclave ! » s'exclama-t-elle en raffermissant sa prise.
« Oui, maîtresse. » soupira-t-il dramatiquement avant de fermer la porte derrière lui.
C'est donc comme cela, avec Yume suspendue à lui comme un bébé koala, que les compagnons, qui s'étaient tous levés entre temps, découvrirent le nouveau Kurogane. La mâchoire du ninja faillit se décrocher sous le choc, tandis que les autres regardaient gentiment l'homme déposer son précieux fardeau sur le canapé resté libre, fardeau qui lui planta un baiser sonore sur le coin de la bouche.
« Bonsoir, je m'appelle Kurogane, » dit-il en se tournant vers eux. « Mais ça je suppose que vous le savez déjà. Enchanté de vous rencontrer en tous cas. Vous voulez quelque chose à boire peut-être ? Et toi mon ange, tu veux ton thé ? »
« Je pense qu'un thé nous conviendra très bien, » répondit Fye qui semblait avoir retrouvé sa bonne humeur.
« Saké, » réussit juste à dire le ninja.
« Pardon, » s'excusa son double. « Mais je n'ai pas compris. »
« J'ai-besoin-de-saké, » compléta Kurogane au prix d'un effort considérable.
« Saké ? C'est de l'alcool ou un truc du genre ? » demanda Yume. « On est experts en la matière mais ça on l'a pas en magasin, désolée. Si vous voulez un truc fort, on peut toujours vous en trouver ! Sers lui un peu de liqueur de noix. Euh, en fait je crois que je vais aller chercher la bouteille ! » s'écria-t-elle en avisant la mine déconfite du ninja.
« Oui ! Mokona veut à boire aussi ! »
Yume disparut dans la cuisine à la suite du double de Kurogane. Mokona se mit à sautiller sur l'épaule de celui-ci.
« Kuro-daddy a une fiancée ! » cria-il à tue-tête. « Kuro-daddy a une fiancée ! »
« Ils ne sont pas ensemble, » intervint Eiji qui pénétrait dans la pièce, une serviette autour du cou, les cheveux encore mouillés par une douche récente. « Je sais que ça peut paraître ambigu parfois, mais ils ont juste une relation assez fusionnelle. D'ailleurs je vous raconte pas la crise l'autre jour quand Kurogane est parti : il a dû négocier avec elle pendant des heures avant qu'elle n'arrête de lâcher les grandes eaux. Elle a réussi à obtenir un week-end à deux dans les prochaines semaines. Si Fye avait été là je pense qu'ils en seraient venus aux mains. Des fois, je ne la comprends pas, elle sait pourtant que ce n'est pas lui qui lui est destiné. »
« Vous voulez dire qu'elle est promise à quelqu'un d'autre ? » demanda Shaolan, qui observait d'un œil désapprobateur le double de la princesse, arrivée en même temps que le sien, qui s'allumait une énième cigarette.
« Pas du tout, » répondit-elle en balayant d'un geste la fumée qui menaçait d'atteindre son visage. « C'est vrai qu'on ne vous a pas expliqué ça non plus. Comme vous le savez, nous sommes tous magiciens, enfin en tous cas Eiji, Yume, Kimi-chan, Odessa et moi. Nous avons un tronc commun pour les sorts de base, mais nous avons aussi nos pouvoirs spécifiques. Moi, vous l'avez compris, je peux voir le futur dans mes rêves ; Eiji est doué en magie réparatrice, donc il guérit les gens ; Kimi-chan lui, il interagit avec les esprits ; et enfin Odessa est capable de communiquer par la pensée. Yume, car c'est elle qui nous intéresse, a un pouvoir assez bizarre : elle peut décrire avec exactitude quels sentiments vous entretenez pour quelqu'un, même si vous ne vous l'avez pas encore décelé vous-même. Mais elle ne le ressent pas, elle voit aussi clairement que vous me voyez des sortes de fils qui relie les différents individus. Par exemple, si c'est un fil bleu foncé qui vous lie à quelqu'un, vous êtes sûrs de garder son amitié pour toujours, si c'est un fil vert sombre c'est que vous vous haïssez cordialement. Le meilleur est le fil rouge cependant, car il signifie que vous êtes son âme sœur. »
« Et le noir ? » demanda le ninja, que l'explication d'Eiji sur sa relation avec Yume avait rassuré et qui semblait à présent inquiet de la fortune de sa couleur favorite.
« Le pire de tous, » dit-elle en fronçant les sourcils. « S'il y a un fil noir, c'est que l'un des deux désire la mort de l'autre plus que tout au monde. Et pas moyen de savoir lequel pour ne rien arranger. »
« Et donc Yume a vu qu'aucun fil rouge ne la reliait à Kurogane, c'est bien ça ? » déduisit le mage. « La pauvre, ça a du être dur pour elle, si elle l'aimait. »
« Vous n'y êtes pas, » répondit Eiji. « Yume ne voit pas ses propres fils, et heureusement car je crois qu'elle ne l'aurait pas supporté. En revanche, elle a trouvé l'âme sœur de Kurogane. »
«Hyuu, » s'écria Fye en souriant à pleines dents. « Kuro-sama a une âme sœur ! Dites-nous qui c'est ! »
« T'as fini abruti ?! » hurla le ninja en le secouant comme un prunier. « C'est pas comme si ça me concernait de toutes façons ! »
« Oh que si ça vous concerne, » répondit Sakura qui échangea un regard complice avec Eiji. « Dans ce que nous avons lu des écrits de Clow, il explique que le mécanisme des âmes sœurs est très compliqué. Mais il y a une chose qui ne varie jamais : la personne qui est la vôtre le restera de tout temps et dans chaque dimension où vous existez. Il est possible que vous vous trompiez bien sûr, ou qu'elle meure avant que vous ne la rencontriez. Ca n'est pas grave, on peut très bien vivre sans, mais passer à côté de… putain, d'une telle plénitude reste une abomination selon moi. Enfin voilà, dès le départ, c'est à elle que vous serez toujours destiné, et à personne d'autre. Pour ce qui est de celle de Kuro-chan, je ne peux pas vous le dire, Yume me tuerait. Sa seule règle est de ne jamais dévoiler ce genre d'info, et elle a raison parce que parfois mine de rien ça fout un sacré coup. Elle préfère donner des indices à la limite et ça marche parce qu'elle arrive à être vachement subtile quand elle veut. Comme ça on peut le découvrir nous-même, à notre rythme. »
« Elle a trouvé toutes vos âmes sœurs ? » demanda la princesse, apparemment passionnée par son récit.
« Oui, mais je n'en parlerai pas même sous la torture. Elles sont toutes vivantes et en bonne santé, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir. Ah et aussi que Yume soupçonne visiblement quelque chose entre Dômeki et Watanuki, mais chut, ça c'est un secret, » ajouta-t-elle sur le ton de la confidence.
« Mokona le savait ! » s'exclama-t-il en bondissant sur la table basse.
« Mais ce sont deux mecs, » constata Kurogane qui avait l'air d'hésiter à balancer la boule de poil enquiquinante contre le mur.
« Merde, » dit simplement Eiji.
« Vous croyez vraiment qu'un tel système se préoccupe de ce genre de détails insignifiants ? » demanda Sakura en soupirant. « Si vous êtes destiné à un gars, vous êtes destiné à un gars, même toute la bonne volonté du monde ne pourra pas changer ça. »
« Je m'en contrefous, » répondit-il. « Si je me marie un jour, ce sera pour avoir un garçon et perpétuer mon nom. Je suis ninja et l'amour c'est pas ma vocation, alors toutes vos conneries sur la destinée, vous pouvez vous les garder. Je ne considère absolument pas ça comme mon problème. »
On entendit soudain un bruit de verre brisé et ils se retournèrent tous pour voir l'autre Kurogane pétrifié à l'entrée du salon. Il était accompagné de Yume qui regardait le ninja d'un air ahuri.
« Ah ouais quand même, » fut tout ce qu'elle parvint à dire.
« Excusez-moi, je ne voulais pas vous interrompre. Je… je vais en chercher d'autres, » bredouilla l'homme à ses côtés avant de s'éclipser.
« Pardonnez-moi, monsieur le ninja sans peur, sans attache et sans reproche, mais vous n'êtes qu'un pauvre con qui ne se rend pas compte de ce qu'il dit, » déclara la jeune fille. Puis elle leva la main et les éclats au sol lévitèrent jusqu'à la poubelle la plus proche, magiquement sans doute.
« Sale gosse ! » s'écria Kurogane, outré. « Je ne te permets pas… »
« Quand on atteint un tel niveau de débilité, je me permets toute seule, merci bien, » l'interrompit-elle en secouant la tête. « Oh, je crois qu'Odessa arrive ! Venez dehors, il faut qu'on vous montre quelque chose. »
Elle se précipita vers la baie vitrée et l'ouvrit d'un coup sec. Tout le monde la suivit à l'extérieur, même le ninja qui commençait sérieusement à se demander si la gamine n'avait pas des tendances suicidaires pour s'adresser à lui d'une telle manière. Même le mage n'osait pas l'insulter directement et pourtant il était bien connu qu'il pouvait réellement être chiant quand il s'y mettait. Yume, Eiji et Sakura levèrent les yeux vers le ciel dans un même mouvement, imité par les autres.
« Qu'est-on sensés voir ? » demanda Shaolan. « Il n'y a rien. »
« Si ! » s'exclamant Fye en désignant un point parmi les étoiles. « Il y a quelque chose qui bouge là-bas ! »
« Oui, une sorte de boule lumineuse, » renchérit la princesse qui regardait au même endroit.
« Arrêtez de vous foutre de nous tous les deux, » dit le ninja qui plissait les yeux. « Y a vraiment que dalle là-haut. »
« Je suppose qu'on est fixés, » commenta Eiji. « Fye, princesse, si vous pouvez la voir c'est que vous êtes magiciens comme nous. On voulait vous poser directement la question, mais on s'est dit que ce petit test serait plus rapide, désolé. »
« Qu'est-ce qu'elle fout ? » demanda Watanuki qui les avait rejoint en silence, pour une fois. « On dirait qu'elle tourne en rond, pourquoi elle ne descend pas ? »
« Elle a peut-être un problème, » répondit Yume en fronçant les sourcils. « Saki, tu crois que… »
« On va monter vérifier, » trancha la rousse en enlevant son tee-shirt. « Vous autres, restez là, on revient. »
« Et vous comptez y prendre comment exactement ? » demanda Kurogane en observant pensivement Yume qui avait retiré son haut à son tour.
« Comme ça, » répondit Sakura.
Deux tatouages en forme de pentacles apparurent sur les omoplates de chacune, que leurs doigts vinrent effleurer. De grandes ailes blanches en émergèrent et elles prirent leur élan avant de s'envoler à la rencontre d'Odessa. Quelques secondes plus tard, elle disparurent subitement de la vue de Shaolan et du ninja, les faisant sursauter.
« Vous en avez encore beaucoup en réserve des trucs de ce genre ? » demanda-t-il, la bouche grande ouverte.
« Un certain nombre, » répondit Watanuki, un sourire aux lèvres.
« Vous ne devriez pas les laisser y aller toutes seules, » remarqua Shaolan, dont l'instinct de protection s'était réveillé.
« On voudrait bien les suivre, » assura Eiji, les yeux rivés sur sa sœur. « Mais nous avons eu la malchance de naître en tant qu'individus de sexe masculin. »
« Mokona ne comprend pas ! »
« Il n'y a que les filles qui ont des ailes, » expliqua Watanuki. « Nous les hommes, nous ne savons pas voler, tout magiciens que nous sommes. »
« Je suis déçu ! » pleurnicha Fye. « J'aurais bien voulu aller dans le ciel, moi aussi. »
« Désespère pas, » rétorqua le ninja. « T'as déjà tous les attributs d'une femme au foyer, y a de quoi se planter. »
Le mage lui tira la langue et reporta son attention sur les trois points lumineux qui semblaient en grande conversation à plusieurs centaines de mètres au-dessus d'eux. Soudain, ceux qui en étaient capables les virent descendre à grande vitesse et atterrir avec souplesse, Odessa, une grande blonde aux yeux bleu clair, en tête. Elles coururent sans plus d'explication à l'intérieur de la maison et rejoignirent l'autre Kurogane déjà installé sur le canapé, qui avait l'air profondément choqué. Les autres, surpris, se tenaient à présent derrière eux et regardaient la télévision nouvellement allumée qui diffusait les images confuses d'habitations dévorées par les flammes.
« Nous venons d'avoir confirmation qu'il s'agit bien d'un détachement d'Insoumis qui, en cette fin de journée, a mis le feu sans raison apparente à plusieurs maisons de ce quartier tranquille de la zone Bêta-Nord, » déclara la voix-off. « En effet, il y a quelques minutes à peine une centaine d'habitants se sont vus contraints d'évacuer les lieux. On ne dénombre heureusement aucun blessé. Nous nous demandons tous la cause d'une telle montée de haine après plusieurs années de stabilité… »
« Stabilité mon cul ouais, » dit Sakura d'un air sombre.
« Ca devait arriver, mais à une semaine à peine du festival, ça sent mauvais, » confirma Yume en se lovant contre Kurogane.
« C'est pour ça que je suis restée en haut un moment, » expliqua Odessa en se calant elle-même contre sa meilleure amie. « Il y avait une fumée pas possible qui s'élevait des quartiers Nord, alors j'essayais de voir ce que ça pouvait bien être. »
« Merde ! Bêta-Nord ! » s'écria Watanuki, sortant de sa torpeur. « C'est là-bas qu'habite Himawari ! »
« Vas-y, » lui dit Eiji qui avait les bras croisés. « Appelle-nous quand tu l'auras trouvée et essaie de ramener des infos si tu peux. »
« De quel festival parliez-vous ? » demanda la princesse une fois Watanuki parti.
« Le festival « Hebfi en folie », » répondit Sakura. « Ca transforme toute la zone Alpha en gigantesque piste de danse. Tout y passe : les rues, les toits et même l'intérieur des immeubles. La ville entière y sera, et aussi des invités prestigieux venus d'un peu partout, même d'Enaï. »
« Ca a l'air génial ! » s'exclama Fye, tout content. « On pourra y aller ? »
« Mokona veut aussi ! »
« Ca posera pas de problème je pense, » répondit Eiji. « vu que ça a tellement plu à Fye d'avoir l'air une pute de luxe sadomasochiste qu'il a convaincu tout le comité d'organisation que le thème de cette année devait être « Sadistic City » et donc en gros tout le monde va devoir se trémousser avec tenues cuir, masques noirs, plus accessoires sympas genre fouets, colliers à pics et autres joyeusetés. Autant vous annoncer tout de suite que ça risque de donner. Mais il faudra être très prudents : ce groupe d'Insoumis n'a pas agi au hasard, c'est un avertissement. Ils doivent préparer quelque chose de beaucoup plus gros et y a de grandes chances que ça arrive justement à ce moment-là. »
« Charmant, » commenta le ninja qui en avait décidément assez que chacune de leurs arrivées dans un nouveau monde apporte son lot d'emmerdements. « Gros comme quoi ? »
« Comme un coup d'état dans le pire des cas. »
« On ne peut pas laisser faire ça ! On ne peut pas les laisser faire, pas après ce qu'ils ont fait ! On ne peut pas ! » hurla Sakura en se jetant, sanglotante, contre le torse d'Eiji.
« Ce n'est qu'une supposition Saki. Ne t'en fais pas, on trouvera une solution, » dit le jeune homme en refermant ses bras sur elle. « On se battra s'il le faut, on en a les moyens. »
« On se battra nous aussi, » ajouta Shaolan, répondant à la supplique muette de sa princesse.
« Tu pourrais nous demander notre avis, gamin, » remarqua Kurogane en haussant un sourcil.
« Il a raison, » dit son double. « Ce n'est ni votre monde, ni votre combat. On n'a pas le droit de vous entraîner là-dedans. »
« Vous ne pourrez pas faire grand chose vous non plus, » rétorqua l'archéologue. « Vous n'avez aucun pouvoir. »
« Ne vous fiez pas aux apparences, je ne suis pas aussi inoffensif que j'en ai l'air, » répondit l'homme qui regardait Yume, toujours allongée sur lui. « C'est moi qui leur ai appris la plupart de leurs techniques de lutte au corps à corps. J'ai beau ne pas être un ninja, je sais me servir de mes membres et de n'importe quelle arme les yeux fermés. »
« Je croyais que tu ne voulais plus, » s'inquiéta Sakura en essuyant ses larmes.
« Vous êtes mes enfants, et si ça vous concerne, je suis prêt à tout, même à rompre cette promesse, » affirma-t-il durement pendant que la jeune rousse s'agenouillait devant lui.
« Merci, » dit-elle dans un souffle avant de poser son visage sur ses cuisses.
« Vous avez une bien belle famille, » commenta Fye le visage rieur, le ton beaucoup moins. « J'aimerais tellement avoir la même. »
« Regardez autour de vous, » dit une voix amusée derrière eux. « Vous l'avez déjà. »
« Tomoyo ! » s'écria Sakura avant de courir vers son amie. « Tu es enfin revenue ? Je suis tellement contente de te voir. »
« Princesse Tomoyo ?! » s'exclama Kurogane comme à chaque fois qu'il voyait une copie de sa maîtresse.
« Il n'y a que des princesses dans les mondes d'où vous venez ou quoi ? » demanda Eiji en allant embrasser la tempe de la nouvelle venue.
« Tomoyo n'est pas princesse, quoi que… » dit Yume en souriant. « C'est juste la fille de l'actuel dirigeant du pays. »
« Donc c'est une princesse, » confirma Shaolan.
« Non, » répondit-elle. « Nous ne sommes pas dirigés par un roi, mais par une Grande Administratrice. Elle a beaucoup moins de pouvoirs, vu qu'elle est entourée de ministres chargés de contrôler ses décisions. C'est donc sa mère qui occupe cette place, pas son père. »
« Une femme ? » s'étonna le garçon.
« Oui. Et les ministres sont tous des hommes. Ca a toujours été comme ça. »
« Avant que j'oublie, » intervint Tomoyo. « Je suis passée à Acalie avec ma mère en revenant d'Enaï. J'ai croisé Fye, et il m'a dit de vous informer qu'il rentrerait si tout va bien après-demain dans la matinée, Kurogane. Il a dit aussi qu'il était désolé de ne pas avoir pu vous contacter lui-même, mais qu'entre les shootings, les enregistrements et les interviews interminables, il avait déjà à peine le temps de pioncer, je cite.»
« Pauvre chéri, » grinça Eiji entre ses dents.
« J'ai une question : Si vous êtes tous si proches de monsieur Kurogane, pourquoi ne l'appelez-vous pas par son prénom ? » demanda la princesse, curieuse.
Les joues des membres du groupe se mirent à gonfler instantanément et celles du principal concerné se colorèrent d'une jolie nuance de rose.
« Pardon, je ne voulais pas être impolie… » commença-t-elle avant que tout le monde n'éclate de rire.
La crise dura plusieurs minutes durant lesquelles les oreilles des deux Kurogane atteignirent progressivement la même couleur écarlate que celle de leurs yeux, mais pas pour les mêmes raisons. Quand Tomoyo elle-même tomba au sol, le ninja explosa.
« On peut savoir ce qui vous met dans un état pareil ?! »
« C'est juste que… que votre prénom est si jo…joyeux que s'en est communicatif ! » s'écria Sakura qui se roulait littéralement par terre.
« Youou ! Souriez à la vie et la vie vous sourira ! » lança Odessa, et ils repartirent de plus belle. Même Eiji, qui leur avait paru plutôt posé, se tenait le ventre et semblait sur le point de s'étouffer.
« Ca suffit, » murmura Kurogane, mort de honte.
Yume fut la seule qui l'entendit et elle mordit sa main pour tenter de se calmer, sans succès. Elle fut prise de hoquets incontrôlables et s'effondra sur le canapé, à bout de souffle.
« Ca suffit ! » hurla-t-il, voyant que son double était sur le point de perpétrer un massacre dans les règles de l'art.
Les rires stoppèrent d'un seul coup, laissant planer un silence assourdissant : Kurogane élevait déjà rarement la voix, mais jamais contre eux. Ils baissèrent la tête et se relevèrent sans bruit, conscients d'être allés trop loin. La colère visible du ninja laissa place à une expression neutre et il quitta la pièce pour se rendre dans le jardin, profondément vexé et blessé.
« Ca ne me dérange pas que vous vous foutiez de ma gueule à cause de ça, » reprit l'homme une fois qu'il fut hors de vue. « Mais est-ce que vous avez réfléchi deux secondes au fait que ça pouvait être important pour lui ? Non évidemment. Votre immaturité me sidère par moment. »
« Désolée, Kuro-chan, » dit Yume, qui semblait plus affectée que les autres par le reproche de son père de substitution. « On…on va aller s'excuser tout de suite. »
« C'est trop tard, le mal est fait. »
« Est-ce que vous pourriez nous éclairer ? » demanda Shaolan, dérouté par la scène qui venait de se dérouler devant lui.
« Quand je suis venu au monde, » expliqua Kurogane. « On m'a affublé à mon grand malheur du prénom je l'admets ridicule de « Youou ». Ici, c'est une exclamation courante qui exprime l'allégresse, donc depuis que j'ai trois ans on me sort des blagues vaseuses à ce propos, et ça amuse énormément les jeunes idiots ici présents. J'ai fini par demander à ce qu'on ne m'appelle plus que par mon patronyme. »
« Hyuu, Kurorin n'a pas apprécié qu'on se moque de lui, » dit le magicien en se dirigeant vers la porte fenêtre. « Je vais aller le chercher pour lui remonter le moral. »
« Sans vouloir vous offenser Fye, si vous faites ça il risque de vous étriper, » remarqua Shaolan.
« Ne t'inquiètes pas pour moi. Je sais comment m'y prendre. »
Il sortit et fit quelques pas dans le jardin, savourant le contact de ses pieds nus sur l'herbe humide. Il laissa ensuite ses yeux s'habituer à l'obscurité.
« Alors où est-ce que tu t'es caché ? »
Il marcha un moment dans la nuit avant de se rendre compte que la propriété était bien plus vaste qu'il ne l'avait imaginé et que ce satané ninja pouvait être n'importe où. Il finit par le trouver au bout d'une bonne demi-heure, allongé sur le gazon, observant les deux lunes de Read les bras croisés derrière la tête. Fye se positionna en plein dans son champ de vision, au cas où il ne l'aurait pas remarqué, puis s'étendit à ses côtés.
« Dégage le mage, » dit Kurogane d'une voix moins dure qu'il ne l'aurait voulu. « J'ai pas envie de voir ta tronche… »
« Kuro-sama a l'air vraiment fâché ! » remarqua le magicien en faisant la moue.
« …surtout si t'es venu pour en rajouter une couche, » compléta le ninja en lui tournant le dos.
« Eh bien, tu es vraiment grognon ce soir, Youou. »
Kurogane se retourna brusquement, l'attrapa par le col de son tee-shirt et le tira à lui, laissant leurs visages séparés uniquement par quelques centimètres.
« Tu m'appelles encore une seule fois comme ça et je te jure que je te tue, » gronda-t-il, l'air parfaitement sérieux.
« D'accord, de toutes façons je préfère de loin tes petits surnoms, Kuro-wan,» déclara Fye. Puis il déposa un baiser sur le menton de son vis-à-vis et s'enfuit en courant vers la maison.
« Que… quoi ?! Reviens ici abruti de mage, je vais te faire la peau ! » hurla le ninja en s'élançant à sa poursuite.
« Mission accomplie, » pensa le blond avec satisfaction. Sentant la présence de Kurogane à quelques mètres à peine, il accéléra le pas jusqu'à presque perdre haleine en riant intérieurement. « Ce monde me réussit, apparemment. »
oOo
J'ai pris cette histoire de fille qui voit les liens entre les gens sur une fic Harry Potter il me semble. J'avais adoré l'idée, mais je crois que ça n'avait pas abouti à grand chose, donc je l'ai reprise en l'améliorant, même si c'est encore confus et que vous en saurez plus dans le prochain chapitre. Yume cache encore de nombreux secrets… Pour ce qui est des magiciennes ailés, elle est tirée d'un film que j'adore (même si c'était pas vraiment des magiciennes mais tant pis) mais bonne chance pour trouver de quoi il s'agit, il n'est pas très connu. J'espère que vous aurez aimé ce chapitre !
