DOUBLE TROUBLE
Voilà le nouveau chapitre. Merci pour vos commentaires, ça me fait très plaisir de les lire à chaque fois. Attention, pour ce chapitre, le rating passe à M, même s'il n'y a pas de lemon à proprement parler. C'est aussi ici que Fye intervient pour la première fois et que Yume commence à se montrer sous son vrai jour ^^ Apparition également d'un nouveau personnage, provenant de Tsubasa, mais qui ne se montrera vraiment que dans le prochain chapitre. Je pense que vous le reconnaîtrez. Bonne lecture !
~Chapitre 4 : La nuit porte conseil~
oOo
I swear I won't tease you
Won't tell you no lies
I don't need no bibleJust look in my eyes
I've waited so long baby
Now that we're friend
Every man got his patience
And here's where mine ends.
George Michael, I want your sex
Pendant ce temps, dans la villa, la discussion avait repris. Ils avaient décidé d'attendre que tout le monde revienne pour manger et avaient de là dérivé d'un sujet à un autre.
« Yume, » dit la princesse. « Sa…Sakura nous a parlé de votre pouvoir. Pourriez-vous nous en dire plus sur ces fils que vous voyez ? »
« Vous pouvez l'appeler Saki si ça vous gêne, » répondit-elle. « En fait, ce ne sont pas vraiment des fils, enfin du moins pas tous : leur taille varie selon l'intensité du lien qui vous unit à une personne. Il m'a fallu un moment pour les classer et aussi pour comprendre ce qu'ils signifiaient, mais j'ai fini par mettre en place des catégories par gammes de couleurs. Du jaune à l'orange, j'ai répertorié l'admiration et la jalousie ; les tons de bleu incluent l'estime et l'amitié, le vert : la colère et la haine. Du rose au violet, on passe de l'amour à la passion destructrice, puis à la pulsion de mort, symbolisée par le noir. Le gris, c'est la déception. Le rouge enfin, signale la présence de deux âmes sœurs. »
« Il n'y a pas de blanc ? » s'étonna la rouquine.
« Les écrits de Clow m'ont appris que le blanc ne pouvait pas être perçu, du moins pas à notre niveau d'existence… »
Fye choisit ce moment crucial pour débouler en trombe dans le salon suivi de près par le ninja furieux.
« Enfoiré ! » beugla-t-il en le coursant d'un bout à l'autre de la pièce. « Je vais te faire bouffer ta langue pour que tu t'arrêtes de jacasser à tort et à travers une bonne fois pour toutes ! »
« A l'aide ! » s'écria le mage d'un ton faussement effrayé. Il sauta sur la table, esquivant facilement une attaque. « Kuro-chan me veut du mal ! »
« Kurogane, s'il vous plaît, » intervint la princesse. « Mademoiselle Yume nous parlait de quelque chose d'important. »
Le brun s'immobilisa et la fixa quelques instants, elle et ses yeux de chaton battu, puis soupira.
« Peu importe, » lâcha-t-il avant de se laisser tomber au sol, les jambes croisées. Fye descendit de son perchoir et vint s'asseoir sur le dossier d'un des canapés, soudain attentif.
« Je disais donc, » reprit Yume. « que le blanc ne pouvait exister en tant que lien terrestre car il signifierait une pureté parfaite des sentiments de deux âmes sœurs. »
« Mademoiselle Sakura nous a affirmé tout à l'heure que le système des âmes sœurs était « compliqué », » dit Shaolan, qui couvait sa bien-aimée du regard. « Il n'y a pas moyen de simplifier pour que cela nous soit accessible ? »
« Bien sûr que si, mais je suppose qu'elle attendait que ce soit moi qui vous l'explique. Vous voyez, nous ignorons encore quelle force détermine les couples d'âmes. Ce que nous savons en revanche, c'est que non seulement ils restent les mêmes à travers les différentes dimensions, mais également lors de toutes leurs réincarnations. C'est en cela que le fil rouge est particulier : il n'agit pas comme les autres en fonction de la profondeur des sentiments, lui il s'étoffe au cours des vies successives des détenteurs du lien. Ainsi, une âme se réincarnera jusqu'à ce le fil entre elle et sa sœur atteigne la forme d'une sorte de corde assez solide pour les maintenir attachées dans l'épreuve du passage vers l'autre monde, à défaut de quoi elles seront perpétuellement renvoyées et séparées. La couleur blanche intervient lorsque que les âmes d'un commun accord initient le « sacrifice ultime ». Impossible par contre de découvrir de quoi il s'agit. Les corps hôtes deviennent alors invulnérables jusqu'à s'éteindre naturellement quand leur temps est venu, et les âmes s'élèvent finalement ensemble vers la terre qui leur est promise. »
« Donc en théorie, il est possible que vous distinguiez un jour cette couleur, » remarqua l'archéologue.
« Apparemment, mais je n'ai personnellement jamais été témoin d'un tel miracle, » répondit la jeune fille avec regret.
« Et cet autre monde, cette terre promise, quelle est-elle ? » demanda Fye.
« Alors ça, c'est la question qui vaut de l'or ! » s'exclama Eiji en riant. « Même un grand magicien comme Clow n'a pas réussi à le déterminer, ou alors il n'a pas jugé utile de le mentionner dans son témoignage. »
« Je pense plutôt qu'il a préféré garder le mystère, » rétorqua Odessa. « Et tant mieux, ce serait pas drôle sinon. »
« Bon, si vous nous parliez un peu de vous, » dit Sakura, son éternelle cigarette au bec. « On vous raconte notre vie depuis tout à l'heure, mais nous, à part l'histoire de la princesse, on sait rien du tout. Racontez-nous comment c'est d'où vous venez, vos passions, votre voyage et comment vous y avez été embarqués, tout ça quoi. Shaolan, par exemple, nous vous écoutons. »
« La princesse et moi venons donc du pays de Clow, qui est un royaume caché au cœur d'un immense désert de sable, » commença Shaolan après un temps de réflexion, peu habitué à devoir raconter sa propre histoire. « J'y ai vécu moi-même à partir de mes sept ans avec mon père adoptif, Fujitaka. Il était archéologue et j'ai repris ses fouilles à sa mort. Je dois avouer que j'appréciais beaucoup ce travail. J'ai été chargé par le roi Toya, qui connaissait bien mon père, d'escorter la princesse dans la recherche de ses plumes. Pour ce qui est du voyage, ce serait un peu long à raconter comme ça, donc je crois que c'est à peu près tout. »
« Formidable ! » s'écria la jeune fille. « Monsieur Fye ? »
« Oh moi, il n'y pas grand chose à dire, » répondit le mage en faisant mine de réfléchir. « Mon nom complet est Fye D. Fluorite, je viens du pays de Célès, un royaume doté d'un hiver éternel, où j'officiais en temps que magicien. Mais là-bas, j'ai commis un acte très grave qui m'empêche d'y retourner et m'oblige même à fuir de monde en monde. Voilà. »
« C'est un peu vague, » commenta Eiji, qui doutait de plus en plus de la première impression enjouée et espiègle que lui avait faite Fye.
« Vous n'en tirerez rien de plus, laissez tomber, » grommela le ninja en reniflant dédaigneusement.
« Et vous alors monsieur Kurogane, » enchaîna Sakura. « comment il s'appelle votre joli pays ? Et elle ressemble à quoi cette princesse Tomoyo ? »
« C'est quoi cette question ? » râla-t-il. « A quoi vous voulez qu'elle ressemble ? Vous avez exactement la même juste sous votre nez. »
« Non mais je veux dire comment est-elle niveau caractère ? Quelles sont vos relations ? Ce genre de trucs. »
« C'est elle qui m'a foutu dans cette galère qui m'oblige à me retrouver au milieu d'une bande de rigolos comme vous, ça répond à votre question ? » cracha-t-il, excédé.
« Pas vraiment non, » répondit la rousse, amusée par son ronchonnement incessant. « Et ça me dit pas d'où vous venez non plus. »
« Je vais le répéter une fois et pas deux, » finit-il par dire, prenant conscience qu'il souffrirait davantage à résister qu'à parler. « Je suis le meilleur ninja du Japon et je sers, ou plutôt servait, la princesse Tomoyo, qui est la grande prêtresse de mon pays. Je ne participe à cette quête que parce que ça me permettra un jour de rentrer chez moi et de lui mettre une sacrée rouste pour tout ce qu'elle m'a fait subir. Satisfaite ? »
« Presque, » avoua Sakura. « Je voudrais juste connaître la raison qui l'a poussée à balancer sans remord son meilleur ninja à travers un portail inter-dimensionnel. »
« Une connerie à propos de trouver le vrai sens de la force. »
« C'est mal barré, » fit remarquer Odessa en s'esclaffant bruyamment.
« Comme je comprends cette pauvre fille, » ajouta Yume en donnant tout de même pour la forme un coup de coude dans les côtes de son amie.
« C'est quoi ce sous-entendu ? » demanda le ninja, suspicieux.
« Oh rien… » répondit-elle évasivement. « Et toi Mokona, d'où est-ce que tu viens ? »
« Mokona vient aussi du Japon, mais pas le même que celui de Kuro-daddy ! Mokona vit avec Yuko, Moro et Maru, Watanuki et l'autre Mokona dans la maison de Yuko, qui est une sorte de magasin où viennent les gens qui ont des souhaits. Yuko les réalise si elle obtient une contrepartie équivalente. Ils manquent tous à Mokona, mais Mokona est heureux d'être ici avec tout le monde ! »
La sonnerie d'un téléphone empêcha qui que ce soit de répondre. Eiji se dirigea vers la table basse où était posé celui-ci, l'attrapa en vitesse et décrocha.
« Oui ? Ah c'est toi. T'as trouvé Himawari ? D'accord, et elle va bien ? Tant mieux. Elle t'a raconté ce qui s'était passé ? Oui, je m'en doute. Dis toujours. Quoi ?! T'es sûr de toi ? Merde, il manquait plus que ça. Vous rentrez quand ? Ok, on vous attend pas alors. Putain, j'en reviens pas, mais t'inquiète on va s'organiser. Prenez soin de vous et faites bien attention. Ouais mec, je le ferai, la même chose de ton côté. Salut. »
« On a un gros problème, » dit-il après s'être laissé tomber sur le canapé.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Tomoyo. « Rien de grave j'espère. »
« Ils ont menti, » répondit Eiji. « Ils ont dit qu'il n'y avait aucun blessé, et c'était vrai, mais il y a eu deux morts. Une femme et son bébé ont été brûlés vifs, ils n'ont pas eu le temps de sortir. Kimihiro a vu leurs fantômes et un attroupement de flics devant ce qui restait de leur maison. »
« Oh non, c'est affreux ! » s'écria la jeune fille en mettant ses mains devant sa bouche.
« Je pense qu'ils ont dû vouloir éviter un mouvement de panique, » remarqua Odessa en soupirant. « Si la population avait appris ça, on aurait pu dire adieu au festival : plus personne n'aurait voulu sortir. Et ils ne peuvent pas se le permettre, pas avec tous les représentants qui vont arriver. »
« Ma mère n'aurait pas autorisé une chose pareille, » affirma Tomoyo, choquée.
« Ta mère n'est sûrement pas au courant, » affirma Eiji. « Le comité regroupe des gens très influents qui sont capables d'étouffer une telle affaire si ça nuit à leurs intérêts. Mais j'ai peur qu'ils essaient de rassembler une armada pour attaquer Gamma dès qu'on aura le dos tourné. Ca va finir en bain de sang. »
« Pas question de les laisser déclencher une guerre, » dit Yume, les poings serrés. « J'irai voir Ryuuoh demain pour lui demander ce qui se passe. »
« C'est hors de question ! » s'exclama Eiji. « Je ne laisserai pas ce type t'approcher à moins de vingt mètres ! C'est l'un des leurs et il est dangereux ! »
« Ca ne me plaît pas plus qu'à toi, » répondit-elle en le défiant du regard. « mais il est digne de confiance, au moins pour ça. Je vais l'appeler et lui dire de me rejoindre demain, essaie juste de m'en empêcher, tu verras. Donc arrête de me casser ce que je n'ai pas et de jouer au grand frère protecteur. Le plus grand des deux ici, c'est moi, alors écrase. »
Eiji lui fit les gros yeux mais ne pipa mot, observant seulement sa sœur qui sortait pour passer son appel.
« On a connu Ryuuoh dans un autre monde, si c'est bien celui dont vous parlez, » intervint Shaolan. « C'était vraiment quelqu'un de bien, alors je ne vois pas où est le problème. »
« C'est quelqu'un de bien, » répondit son double en secouant la tête. « Mais il était amoureux de Yume, et elle commençait à avoir des sentiments pour lui. Il se trouve que c'était un de ces Insoumis plein d'orgueil qui aurait fini par intégrer les légions rebelles. Je ne pouvais pas la laisser s'impliquer dans une relation qui ne menait nulle part, elle aurait trop souffert, alors je lui ai fait clairement comprendre de ne plus approcher ma sœur sous peine d'une mort certaine. »
« Tu as fait quoi ?! » hurla Sakura. « Yume a pleuré pendant des jours quand il l'a envoyée promener ! Elle a cru qu'il s'était foutu d'elle ! »
« C'est un moindre mal. Il n'existe pas aux yeux du monde, elle n'aurait jamais pu être heureuse avec lui. »
Sakura lui asséna une énorme gifle qui fit trembler les vitres, imitée par Odessa qui ne fut pas en reste.
« T'avais pas le droit, » commenta la rousse alors qu'il les regardait sans comprendre. Elles se rassirent ensuite comme si de rien était.
Le reste de la soirée se déroula dans une ambiance maussade, les compagnons ayant décidé de ne pas se mêler de ce drame familial. Yume ne reparut pas et ils mangèrent dans le silence, avant de se dire « bonne nuit » et de se séparer pour dormir, pendant que Tomoyo et Odessa se préparaient à rentrer chez elles. Kurogane monta dans sa chambre et y trouva la jeune brune qui pleurait sur son lit. Il la souleva légèrement et la prit dans ses bras, lui caressant le dos dans un geste réconfortant jusqu'à ce qu'elle se calme.
« Il ne voulait pas… » commença l'homme après un moment.
« Non, ne t'en fais pas, » le coupa-t-elle en s'éloignant un peu. « J'ai tout entendu, tout ce qu'il a dit et même si ça ne m'a pas fait du bien de l'entendre de sa bouche, j'étais déjà au courant, Ryuuoh m'avait tout expliqué. »
« Vous avez l'air drôlement en bon termes pour deux personnes s'étant quittées si brutalement, » remarqua le brun en souriant.
« On a pas exactement suivi les consignes, » avoua Yume en haussant les épaules. « Je n'en veux pas à Eiji, je sais qu'il croyait bien faire, mais pour Ryuooh c'est une autre paire de manches, il est furieux contre lui. Il viendra demain, c'est l'essentiel, mais j'irai seule, ça vaut mieux. »
« Eiji sera fou de rage s'il apprend que tu as continué à le voir. »
« Je m'en fous, » répondit-elle avec hargne. « J'aime Ryuu et je l'emmerde. Et puis de toutes façons je n'ai pas vraiment le choix. »
« Pas le choix ? » s'étonna Kurogane en fronçant les sourcils. « De quoi tu parles ma belle ? »
« Si je te dis un secret… » commença-t-elle, hésitante. « Tu promets que tu ne te mettras pas en colère ? »
Il acquiesça et elle plaça sa bouche contre son oreille.
« Je… »
Pendant ce temps, dans la chambre voisine…
« Mon amour s'il te plaît… » gémit pitoyablement Eiji pendant qu'il essayait tant bien que mal de se rapprocher de Sakura qui s'était retranchée derrière des coussins à l'autre extrémité du lit.
« N'y pense même pas, » dit-elle durement en lui envoyant un coup de pied qui rata sa cible, heureusement pour lui. « J'arrive pas à croire que t'aies pu faire un truc pareil. Bordel mais qu'est-ce que t'as dans la tronche ? »
« Je t'ai déjà dit que j'étais désolé, et puis j'ai fait ça parce que je tiens à elle, c'est pas comme si j'avais voulu la blesser délibérément, » rétorqua-t-il en se tournant pour fixer le plafond.
« Mais t'es complètement con ma parole. Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'elle allait te sauter au cou parce que t'avais fait fuir le seul homme qui ait réussi à lui faire oublier Kurogane ? Est-ce que t'as pensé une seule seconde que ça pouvait être son âme sœur ? Yume savait depuis le départ que nous étions liés, et elle a fait tout ce qu'elle a pu pour nous rapprocher quand bien même ça signifiait qu'elle devait partager ton cœur avec quelqu'un d'autre. Ca t'aurait fait quoi d'apprendre un jour qu'elle avait repoussé la personne à qui tu étais destinée juste parce qu'elle t'aimait trop pour risquer de te perdre ? Toi et moi savons très bien que t'aurais pas franchement sauté de joie, alors essaie de la comprendre. »
« On a aucun moyen de savoir si c'est vraiment lui son âme sœur, » remarqua Eiji. « Et puis joue pas l'hypocrite au point de m'affirmer que ça te plaisait de la voir sortir avec lui. »
« Mes raisons étaient différentes ! » s'écria la jeune fille en se redressant d'un coup, le toisant avec colère. « Je n'approuvais pas parce que c'était un Insoumis et que forcément il me rappelait de mauvais souvenirs. Mais il n'a pas tué mes parents, et si elle nous avait assuré que c'était lui et personne d'autre, je l'aurais crue. J'aurais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour les aider à être heureux, j'aurais même demandé à Tomoyo qu'elle intervienne auprès de sa mère pour qu'il puisse avoir des papiers et une identité. Après tout ce qu'elle a sacrifié pour nous, j'aurais trouvé ça on ne peut plus normal. Toi tu as tout gâché parce que tu trouvais qu'il n'était pas assez bien pour elle, tu t'es immiscé dans sa vie personnelle alors qu'elle ne t'avait rien demandé ! Tu devrais avoir honte. D'ailleurs dès demain, tu iras t'excuser auprès d'elle. Ensuite, j'envisagerai de te pardonner, mais jusque là, ceinture ! Sur ce, bonne nuit. »
Elle prit un oreiller sur la pile et s'installa confortablement avant de ramener les couvertures sur elle. Eiji parvint à lui attraper une main avant que celle-ci ne disparaisse sous le drap. Elle ne le repoussa pas.
« Je t'aime, » murmura-t-il en la serrant doucement.
« Moi aussi, » répondit-elle en soupirant. « Même si des fois je me demande pourquoi. »
A l'étage du dessous, les compagnons, moins Sakura et Mokona qui dormaient déjà, s'étaient rassemblés dans la chambre de Shaolan pour faire un petit compte-rendu de la journée écoulée.
« Ils ont été très accueillants et très gentils avec nous en tous cas, » déclara Fye qui somnolait contre le mur.
« Tu trouves ? » grogna Kurogane, visiblement pas du même avis. « Tout ce j'ai retenu moi c'est qu'ils ont un grain, tous autant qu'ils sont. »
« Je pense qu'il serait déplacé de leur en vouloir, » dit Shaolan. « Ils font ce qu'ils peuvent mais ça ne doit pas être facile pour eux non plus de nous voir apparaître comme ça. Ils nous donnent déjà un endroit où nous reposer et de quoi manger. Ils ont même offert de nous aider à chercher la plume, alors qu'ils ont d'autres soucis. Ce qui m'inquiète en revanche, c'est cette histoire de barrière : le fait que nous soyons coincés ici pourrait poser de graves problèmes. Si la Sorcière des Dimensions elle-même ne peut pas la traverser, je vois mal comment nous pourrions y parvenir seuls. »
« Je savais bien que cette salope avait un point faible, » pensa le ninja avec satisfaction.
« Je suppose que nous devons attendre, » dit Fye en se levant. « Il doit bien y avoir une raison pour que nous soyons arrivés ici et il nous faudra la découvrir. En attendant, une bonne nuit de sommeil ne nous fera pas de mal. Tu viens Kuro-chan ? J'ai hâte de me retrouver dans tes bras ! »
« Abruti ! Je vais te… »
« Allons Kuro-rin, pas devant les enfants ! » s'écria le mage en riant avant de sortir prestement pour échapper à l'accès de rage du brun.
Beaucoup plus tard, alors que le réveil indiquait précisément deux heures du matin, l'autre Kurogane était allongé les yeux grands ouverts, en proie à une insomnie. Dire que la révélation de Yume l'avait atterré était viser bien bas parce rapport à ce qu'il ressentait. Il ne se considérait ni vraiment en colère, ni même déçu. Il était seulement terrifié, terrifié parce que cette fois il risquait bien de perdre sa princesse, sa petite chérie, pour toujours, et il n'était pas certain de pouvoir le supporter.
Quand il l'avait rencontrée, neuf ans auparavant, il débutait à peine sa carrière de professeur. A l'époque, elle n'était qu'une petite fille parmi d'autres, une gamine solitaire qui ne pouvait se détacher de son frère. Tout le monde dans l'école les voyait comme des cas difficiles et ils repoussaient systématiquement tous les autres enfants. Quand ils avaient atterri dans sa classe, on l'avait prévenu de bien faire attention car ils se montraient parfois irrespectueux et violents : ils possédaient l'amertume propre à tout orphelin. Fort de cet avertissement, il s'était rendu en cours et les avait tout de suite cherchés. Dès qu'il croisa le regard de Yume, il sut qu'il était perdu : il la trouvait magnifique et la tristesse qu'elle dégageait ne faisait que renforcer ce constat. Il l'aima dès cette seconde et, étrangement, le coup de foudre fut réciproque. De toutes ses élèves, elle se révéla être la plus assidue et chaque jour il s'émerveillait davantage de son intelligence. Peu à peu, elle s'ouvrait et commençait même à sourire. Ils finirent par accepter une autre orpheline, Sakura, dans leur cercle et les trois devinrent inséparables. Deux mois plus tard, Kurogane entamait la procédure d'adoption et peu après, car les responsables des foyers où ils vivaient semblaient on ne peut plus heureux de se débarrasser d'eux, il se retrouvait avec trois nouvelles bouches à nourrir. Bien sûr, ce ne fut pas facile, il avait découvert leurs pouvoirs et l'existence d'un monde qu'il n'aurait jamais pu imaginer, et il avait dû parfois s'affamer lui-même pour qu'ils mangent à leur faim, mais la présence de sa beauté lui rappelait chaque jour que ça en valait la peine. Bien sûr, il aimait aussi Eiji et Sakura, mais c'était différent : elle était restée au fil du temps sa préférée qu'il gâtait bien plus qu'il ne l'aurait dû. Et puis il y avait eu Fye… dont il était tombé éperdument amoureux. Au début, Yume n'avait pas très bien pris leur relation, mais elle s'y était faite rapidement, devenant la meilleure, et seule, amie du blond. Il supposait qu'avec leurs caractères retords, ces deux-là étaient de toutes façons faits pour s'entendre.
Son téléphone se mit soudain à vibrer, le tirant brutalement de ses pensées. Il l'attrapa sur la table de nuit et eut un sourire quand il vit le nom de l'interlocuteur s'afficher sur l'écran.
« Quand on parle du loup… »
« Eh bien monsieur de Fluorite, » dit-il après avoir décroché. « C'est quoi ces manières de déranger les honnêtes gens à une heure pareille ? »
« Quel accueil, » répondit une voix faussement fâchée à l'autre bout du fil. « La prochaine fois que j'aurais envie de t'appeler, je m'abstiendrai. »
« Arrête, tu sais très bien que tu ne me déranges jamais. Ca m'étonne juste parce que Tomoyo m'a dit tout à l'heure que tu n'aurais pas le temps de le faire. »
« Je l'ai pris, tu me manquais trop bébé, » affirma Fye. « J'ai envie de toi. »
« Tu me manques aussi, » déclara Kurogane, ému. Son compagnon était plutôt avare de marques d'affection et ça lui plaisait de savoir qu'il pensait autant à lui. « Et ne t'inquiète pas, dans deux jours on pourra faire ça tant que tu voudras. »
« Pourquoi attendre deux jours ? » demanda le blond d'un ton séducteur. « Avec les parasites dans le coin, on aura pas de temps pour nous. On a qu'à le faire maintenant. »
« Par téléphone ? Je ne suis pas sûr que… Et puis Yume dort à côté de moi. »
« Et alors ? Même un tremblement de terre ne pourrait pas la réveiller et puis ce sera plus excitant pour toi si tu sais qu'elle peut te surprendre à tout moment, » assura Fye. « S'il te plaît mon cœur…Rien que d'entendre ta voix me fait bander, j'ai besoin que tu me soulages. »
« Qu'est-ce que je peux faire ? » demanda Kurogane, vaincu : quand son amant lui parlait comme cela, il ne résistait jamais bien longtemps.
« Dis-moi ce que t'inspires mon corps. Est-ce que tu veux me toucher, m'embrasser ? Moi j'aimerais te chevaucher et me frotter contre toi jusqu'à ce que tu me supplies de te baiser comme jamais. J'aimerais aussi mordre ton cou, tu sais, à cet endroit où tu es si sensible… J'aimerais te faire gémir, j'aimerais sentir tes ongles dans mon dos pendant que tu te retiens de jouir. Vas-y dis-moi tout bébé, je suis là avec toi, je t'écoute. »
« J'aimerais… » commença le brun, qui avait de plus en plus chaud. « J'aimerais embrasser tes lèvres et ton torse, te sentir te cambrer contre moi pendant que je prends un de tes tétons dans ma bouche. J'aimerais les sucer encore et encore jusqu'à ce qu'ils deviennent aussi dur que je le suis pour toi. »
« Est-ce que tu aimerais avoir aussi ma queue dans ta bouche bébé ? » demanda Fye, dont la respiration se faisait saccadée.
« Oui… et je la pomperais si fort que tu en aurais le souffle coupé. Mais je ne te laisserais pas venir. J'aimerais mettre mes jambes autour de tes hanches et m'empaler sur toi. J'aimerais que tu me baises si violemment qu'on en ferait trembler les murs… »
« Kuro-chan… » gémit Fye. "Je... Encore..."
Sans même qu'il s'en rende compte, perdu dans son désir, une des mains de Kurogane avait glissé jusque sous son bas de pyjama d'où il avait sorti son membre gonflé. La coquine s'affairait à effectuer des va-et-vient rigoureux sur celui-ci, provoquant la jalousie de sa jumelle qui tenait encore le téléphone. Alors qu'il s'apprêtait à répondre à la demande du blond, un hurlement retentit et le stoppa net dans ses administrations. Il tourna légèrement la tête pour apercevoir Yume qui le regardait d'un air horrifié. Il tendit le bras vers elle, la faisant reculer si vite qu'elle tomba du lit. Elle se releva en se cachant les yeux et se précipita hors de la chambre en répétant « Oh mon Dieu, j'ai rien vu. Oh mon Dieu. »
Kurogane raccrocha au nez d'un Fye mort de rire avant de la poursuivre, ayant pris soin auparavant de remettre ton son attirail à sa place.
Le cri de Yume avait réveillé toute la maisonnée et bientôt toute la troupe se retrouva au salon autour de la jeune fille qui, assise sur le sol, se balançait d'avant en arrière, complètement traumatisée.
« Ca va mademoiselle Yume ? » demanda Shaolan, inquiet.
« Non ça ne va pas ! Et toi ne me touche pas ! » hurla-t-elle à l'intention de Kurogane qui avait de nouveau essayé de l'approcher.
« Yume je suis désolé, » tenta-t-il, contrit. « Je ne voulais pas… »
La sonnerie d'un téléphone l'empêcha d'aller plus loin. Eiji, pas très réveillé, alla quand même le prendre et l'envoya à Yume.
« C'est Fye, » dit-il.
Elle attrapa l'appareil et décrocha avec l'air de quelqu'un s'apprêtant à commettre un meurtre.
« Ne m'adresse plus jamais la parole, espèce de gros dégueulasse ! » beugla-t-elle avant d'envoyer le téléphone voler à travers la pièce, celui-ci manquant l'autre Fye de peu.
Sakura, qui tentait désespérément de comprendre le pourquoi de la fureur de son amie, regarda Kurogane, puis le portable, puis Yume, puis encore le portable. Soudain, son visage s'éclaira pour laisser place à une expression choquée.
« Ne… ne me dites pas que… » bégaya-t-elle. « Merde, mais c'est immonde ! Kurogane ! Vous vous êtes donné le mot ce soir ou quoi ?! »
« Je vais dormir chez Essa, si j'arrive encore à dormir sans faire de cauchemars, » déclara Yume d'une voix d'outre-tombe. « M'attendez pas demain, je reviendrai quand j'en aurai la force. »
« Hyuu, Yume n'avait pas l'air contente ! » remarqua Fye, qui s'était réfugié derrière le ninja, une fois qu'ils eurent entendu la porte d'entrée claquer. « Que s'est-il passé ? »
« Croyez-moi, vous ne voulez pas savoir. Et toi, » ajouta Sakura à l'intention de Kurogane. « Tu viens d'atteindre le sous-sol de mon estime, félicitations. »
A ces mots, comprenant que la discussion était finie, ils retournèrent se coucher. Yume, elle, marchait dans la rue, enveloppée dans un manteau qu'elle avait attrapé dans l'entrée, pas forcément au hasard. Un léger sourire flottait sur ses lèvres qui s'agrandit quand elle sentit son portable vibrer dans sa poche.
« Alors, j'ai été bon ? » demanda la voix qui sortait de l'appareil.
« Fye-chou, tu as été parfait, » répondit-elle en riant. « T'as de quoi te lancer dans une carrière porno. T'aurais dû voir sa tête quand il m'a aperçue, un vrai bonheur. »
« Ca a intérêt à être important, il va me faire la gueule pendant trois mois à cause de ça. Et les autres, comment ils ont réagi ? »
« Il n'ont rien compris, » dit-elle en s'appuyant contre un poteau. « mais ça viendra. Il faut vraiment qu'on leur ouvre les yeux. C'est impressionnant, je te jure, j'ai jamais vu des gens avec un tel balai dans le cul. »
« Et comment on s'organise pour la suite ? »
« Je vais devoir leur faire un petit cours de relations humaines à ma façon. Surtout pour Kurogane le ninja d'ailleurs, il faudra que je gagne sa confiance. Ca a marché avec le nôtre, je vois pas pourquoi mes atouts certains ne fonctionneraient pas avec celui-là. Je l'ai déjà surpris en train de me mater pendant que je me déshabillais tout à l'heure, ce ne sera pas difficile de l'amener au reste. »
« Tu trompes vraiment bien ton monde sale garce, » remarqua le blond. « Dire qu'ils te prennent tous pour une gentille fifille, ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Mais va pas trop loin quand même. »
« Des scrupules ? » s'étonna Yume. « Ca te ressemble pas. »
« Aucun, mais n'oublie pas qu'il est à moi. »
« Je te reconnais bien là, enfoiré possessif ! » s'écria-t-elle en reprenant son chemin. « Enfin techniquement ce n'est pas le tien mais ne t'en fais pas, je ne le toucherai pas plus que nécessaire. Je suis déjà casée, je te rappelle. »
« Comme si ça pouvait t'arrêter. Bon, il faut que je te laisse, j'ai d'autres trucs à faire. Dis à Tomoyo de faire chauffer la caméra au cas où ils se roulent la pelle du siècle et que je ne sois pas là pour voir ça. »
« Tu seras rentré bien avant que ça n'arrive je pense, » déclara-t-elle. « à moins que je ne décide de jouer à un certain jeu et que par inadvertance je force un peu le destin dans leur direction. Mais tu sais bien que je ne ferais jamais une chose pareille, voyons. »
« Bien sûr chérie, bien sûr. On se voit demain. Fais ce qu'il faut, moi j'ai déjà trouvé comment pimenter un peu tout ça. Salut. »
« Je n'en doute pas. Salut. »
Yume raccrocha et dansa un instant entre les réverbères. Les prochains jours risquaient d'être très intéressants, oh oui.
oOo
Eh bien voilà, j'espère que vous aurez aimé ce petit chapitre. Tout se met doucement en place, et croyez-moi quand je vous dis que les Insoumis n'ont pas dit leur dernier mot. Les âmes sœurs seront aussi pas mal présentes dans la suite, donc j'espère que mon explication était claire. Amour, mystère et trahisons à suivre ! xD A la semaine prochaine.
