DOUBLE TROUBLE

Et me voilà de retour pour le sixième chapitre, qui introduit donc Ryuuoh et, surprise du chef, Yukito, vu que je ne pouvais décemment pas écrire une fic sur Tsubasa sans lui dedans. Un petit bout de Fye également, mais c'est juste pour vous tenir en haleine. Pas grand chose d'autre à dire, à part une fois encore merci pour vos commentaires. Je vous laisse juges de l'intérêt de cette petite chose ^^

~Chapitre 6 : Double jeu~

"A door left open, a woman walking by

A drop in the water, a look in your eye

A phone on the table, a man on your side

Or someone that your think that you can trust

Is just another way to die."

Alicia Keys feat. Jack White, Another way to die

oOo

Quand la princesse Sakura se réveilla le lendemain matin, elle eut l'impression persistante que quelque chose en elle n'allait pas. Elle s'étira sur son lit et son ventre la brûla atrocement. Elle gémit de douleur et jeta un coup d'œil à Mokona qui dormait toujours à ses côtés. Elle repoussa doucement la couette afin de pouvoir se lever mais poussa un cri de terreur en voyant les draps ensanglantés. Shaolan déboula dans la chambre quelques secondes plus tard, l'air paniqué, suivi de près par le magicien et le ninja.

« Princesse ! » s'écria le jeune garçon en apercevant le sang. « Vous êtes blessée ? »

« Non, non je ne crois pas, » répondit-elle faiblement en se laissant tomber au sol.

« Tout va bien ? » demanda Eiji qui venait d'arriver. « On a entendu quelqu'un crier. Oh, » ajouta-t-il en promenant son regard du lit à la princesse. « Je vois. Saki ! »

La jeune fille pénétra à son tour dans la pièce et se précipita vers son double, repoussant Shaolan déjà agenouillé près d'elle.

« Qu'est-ce que j'ai ? » demanda la princesse d'une petite voix.

« Vous ne savez pas ? » s'étonna Sakura. « Nom de Dieu, il manquait plus que ça. »

« C'est grave ? » l'interrogea l'archéologue, sous le choc.

« Absolument pas, » répondit Eiji en souriant pour le rassurer. « C'est même tout à fait normal. Ce qui l'est moins en revanche, c'est que personne n'ait pris le temps de vous l'expliquer, Sakura. »

« M'expliquer quoi ? »

« Vous avez vos règles princesse, » dit Sakura. « En gros, ce sang que vous perdez provient de la poche qui accueillera vos futurs enfants. Chaque mois, cette poche se remplira d'une membrane qui aura pour but de protéger un éventuel bébé. Si vous ne tombez pas enceinte durant ce laps de temps, la membrane se détachera et s'évacuera naturellement. Ca dure entre trois et six jours en général, et ça se veut régulier. »

« Et c'est normal que ça fasse aussi mal ? » demanda la princesse en souffrance.

« Ca dépend des gens, mais ne vous inquiétez pas, on a des médicaments pour ça. Je vais aller vous en chercher avec un truc pour endiguer le flot. Eiji, tu peux lui trouver de nouveaux draps et des vêtements propres, ce serait pas du luxe, elle s'est pas ratée pour le coup. »

« Je vais faire un tour, » déclara le ninja qui en avait assez de ces conversations de bonnes femmes.

« Kuro-sama, tu pourrais soutenir notre fille, elle vient enfin de devenir une femme, » lui dit Fye, des étoiles plein les yeux. « C'est fou ce qu'ils grandissent vite ! »

« Abruti, » lança Kurogane avant de sortir en traînant les pieds.

A plusieurs kilomètres de là, loin de se douter des problèmes menstruels de Sakura, Yume marchait tranquillement dans les ruelles sombres de la zone Alpha. Le coin était plutôt mal famé, mais ça ne la dérangeait pas outre mesure, elle savait se défendre, et puis Ryuuoh ne tarderait plus : une présence masculine la préviendrait de toute attaque. Elle s'installa contre un mur en face d'une benne à ordure et s'alluma une cigarette. On avait fait plus romantique comme point de rendez-vous, mais elle connaissait les risques encourus par son petit ami, et ils ne pouvait pas vraiment se permettre mieux. Il apparut finalement, débouchant d'une rue perpendiculaire. Ils se jaugèrent un instant avant qu'elle ne coure se jeter dans les bras, l'embrassant férocement. Il répondit au baiser et ils s'y perdirent un moment.

« Un mois sans te voir, j'ai cru mourir, » dit-il après s'être détaché d'elle.

« Pas autant que moi je pense, mais Eiji ne me lâchait pas d'une semelle. Et puis sans Fye pour me servir d'excuse, j'étais coincée, » déclara en essayant de reprendre son souffle.

« Pourquoi tu as tenu à ce qu'on se retrouve ici ? J'ai failli ne jamais arriver. Il y a des patrouilles de flics partout. »

« On se demande pourquoi, » répondit-elle sur un ton de reproche. « L'immeuble où se trouve l'ancien appartement de Fye n'est pas loin, il l'a gardé au cas où et j'avais besoin d'un endroit sûr pour discuter. Tu te doutes bien qu'on ne peut pas parler de ça n'importe où. »

« Et comment on va s'y prendre pour rentrer ? Je ne peux pas non plus me pointer par les grandes portes la bouche en cœur, » dit-il amèrement.

« Il y a un escalier de service. Je passais tout le temps par là que j'allais le voir, avant. C'est gardé et il y a un code précis à appliquer, alors reste derrière moi et surtout ferme-là, d'accord ? »

Ils partirent et s'engouffrèrent dans un dédale complexe où Yume avait l'air de se sentir comme chez elle, saluant même au passage quelques individus à l'allure peu recommandable. Elle s'arrêta devant l'un d'entre eux, qui portait en bandoulière une sorte de guitare d'un autre âge, et l'apostropha poliment.

« Salut Arutha. »

« Salut Yume, » répondit-il en soulevant brièvement le chapeau noir qu'il avait sur la tête. « Ca va faire un bout de temps qu'on ne t'a pas vue. Tu viens aux nouvelles ? »

« En quelque sorte, comment va ta femme ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

« Toujours aussi morte, » dit l'homme avec un sourire.

« Et elle le restera, » déclara la jeune fille. « Tu as besoin de nouvelles cordes ? »

« Non, mais je crois bien que ma princesse a besoin d'être accordée. »

« Tiens donc, » dit-elle en s'approchant. « Passe-la moi, je vais voir ce que je peux faire. »

Il lui tendit la guitare et elle la prit cérémonieusement, comme s'il s'agissait d'un objet de culte particulièrement important. Elle serra une à une les cordes avec précision, sans même prendre le temps de vérifier la justesse du résultat, puis joua une mélodie étrange, douce et lancinante. Quand elle eut fini, elle lui rendit l'objet.

« Quelle mémoire excellente ! » s'écria-t-il en se dirigeant vers le mur derrière lui. « Pas même une fausse note, tu m'impressionnes. Vous pouvez y aller, » ajouta-t-il en pressant sur un bouton dissimulé par un grand carton.

Plusieurs volées d'escaliers sortirent sans bruit d'entre les briques, là où Ryuuoh avait cru apercevoir une sorte de dessin alambiqué. Une échelle tomba devant eux et Yume y grimpa sans hésiter, faisant signe au jeune homme de la suivre.

« Merci Arutha. Bonne journée ! » dit-elle à l'homme dont l'attention s'était fixée sur son instrument.

« Bonne journée Yume. Fais attention à toi. »

« C'était qui ce type ? » demanda Ryuooh lorsqu'il estima qu'il ne pouvait plus les entendre.

« Arutha, le plus efficace des gardiens. Il a l'air sympathique comme ça, mais crois-moi, tu n'aurais pas envie de te frotter à lui. L'avantage, c'est qu'il ne pose aucune question tant que tu connais le code. »

« Mais tu n'en as donné aucun, » remarqua-t-il.

« Le code, c'est la discussion que nous venons d'avoir. Nous la répétons à chaque fois que je viens. Ces banalités permettent de ne pas éveiller les soupçons, et la musique détourne l'attention sur quelque chose de plus concret. En vérité, je ne sais même pas si Arutha est marié. Maintenant tais-toi, l'appartement est tout en haut et on aura besoin de tout notre souffle pour y arriver, je te le garantis. »

Ils grimpèrent laborieusement, étage après étage, pour parvenir finalement au cent-troisième et dernier. Une petite porte se tenait sur leur chemin et Yume sortit de son sac à main une clé qu'elle introduisit dans la serrure. La porte donnait sur une grande cuisine aménagée avec goût. Ils s'y avancèrent et Ryuuoh sursauta alors que les deux parties d'une armoire se refermaient derrière eux.

« Ils ne prennent aucun risque, » expliqua Yume. « Il n'y a que les habitants et les personnes en qui ils ont le plus confiance qui peuvent emprunter ces passages. Très peu sont au courant et je n'ai jamais vu personne à part moi entrer par ce côté. Je compte sur toi pour garder le secret et ne pas l'utiliser à des fins néfastes, hum ? »

« Arrête avec tes sous-entendus vaseux. Je t'ai déjà dit que ce n'était pas notre faute. »

« Il était prévu que personne ne se fasse tuer, » dit-elle sombrement. « Vous auriez dû être plus vigilants. »

« Tu ne vas pas me resservir ce genre de sermon, » rétorqua-t-il en s'asseyant sur le plan de travail. « Yuki était déjà furieux, mais qu'est-ce que tu veux qu'on y fasse ? Tout ne se passe pas toujours comme prévu. »

« Il s'agit de deux vies innocentes Ryuu, fourre-toi ça dans le crâne. Ca aura des conséquences que tu le veuilles ou non. La ville est en émoi et les autres sont sur leurs gardes maintenant, je ne pourrai pas les retenir indéfiniment. Nous sommes pressés par le temps, d'autant qu'ils ont reçu une aide imprévue. Sakura et Eiji comptent se battre, même Kurogane s'est mis de la partie. »

« Pourquoi ne pas simplement dire la vérité à Sakura ? » demanda-t-il. « Et de quelle aide tu parles ? »

« Sakura est trop fragile, » répondit-elle en jouant avec un couteau qu'elle avait sorti d'un tiroir. « elle ne supporterait pas la vérité, pas encore. Plus tard peut-être. L'aide vient de leurs doubles d'autres mondes qui ont réussi à traverser la barrière.»

« Tu ne m'avais pas dit que c'était impossible ? »

« Je le croyais, » assura-t-elle. « mais apparemment je me suis trompée. Ils sont puissants et un peu trop tête-brûlées. Deux d'entre eux sont des magiciens, mais je n'ai pas encore pu évaluer leurs pouvoirs. Les deux autres sont des guerriers nés, et autant il me sera facile d'en manipuler un, autant l'autre reflète quelque chose de pas très naturel qui me dérange. Il faudra faire attention, même si je sais comment les distraire pour le moment. »

« Et on continue selon le plan ? » demanda-t-il, inquiet.

« Tu iras rapporter ces informations à Yuki, et s'il ne change pas ses ordres, vous pouvez compter sur moi. De toutes façons, je crois sincèrement que nous avons atteint le point de non-retour. Ils vont attaqueront en force si on ne prend pas d'avance sur la riposte. Nous avons travaillé trop dur pour abandonner aujourd'hui, que ce soit pour Sakura, pour ses parents ou pour tous ceux qui sont morts. On doit y mettre un terme avant que ça ne dégénère. »

« Tu as changé, » constata Ryuuoh, un sourire aux lèvres.

« Quoi ? » s'étonna-t-elle alors qu'il passait une main sur sa joue.

« Quand je t'ai connue, tu ne pensais qu'à toi, éventuellement à ton frère et à ceux qui t'étaient le plus cher. Maintenant, tu fais partie intégrante d'un complot terroriste qui pourrait changer à jamais la face du monde, tu te bats pour les autres et tu as accepté de vivre dans une société, c'est énorme. »

« Je ne peux plus me permettre de ne penser qu'à moi, Ryuu. Quelque chose m'a fait réaliser que je ne voulais plus que ceux que j'aime vivent dans un monde pourri sans le savoir. C'est surtout de ça dont je voulais te parler. Viens avec moi. »

Yume le prit par la main et l'emmena dans le salon avant de le faire asseoir sur le canapé. Elle s'agenouilla devant lui, prenant les mains du garçon dans les siennes, et inspira profondément.

« Ce que je vais te dire, » commença-t-elle. « Tu peux le prendre comme tu veux, je ne t'en blâmerai pas. Je sais pertinemment que ce n'est pas le moment idéal, mais tu dois être au courant. En premier, je veux que tu saches que je t'aime. En voyant les doubles d'Eiji et des autres, je me suis rendue compte que me le cacher était vain, et au cas où il nous arrive quoi que ce soit, je veux avoir la certitude qu'il n'y ait pas de non-dits, pour ne rien regretter. »

« Je…t'aime aussi, et tout en moi hurle à quel point c'est merveilleux. Alors pourquoi est-ce que ça sonne comme un adieu Yume ? »

« Parce que ça pourrait en être un, » répondit-elle en soupirant. « Ca dépend de toi. Je suis enceinte Ryuu, et je compte garder l'enfant. A toi de voir si tu veux faire partie de sa vie ou pas. Je t'ai dit que je ne t'en tiendrais pas rigueur, fais ton choix. »

Ryuuoh la regarda pendant plusieurs secondes, interloqué, puis éclata d'un grand rire, s'attirant un regard interdit de la part de la jeune fille.

« Un choix ? Mais quel choix ? » s'écria-t-il. « Tu es folle de n'avoir pu penser ne serait-ce qu'une seconde que j'allais vous laisser tomber. C'est vrai que ça n'arrive pas vraiment dans le bon contexte, mais on se débrouillera. La fille que j'aime m'aime aussi et va faire de moi le plus heureux des papas ! »

« Tu m'étonneras toujours, Ryuu, » déclara-t-elle, l'air indécise. « Je m'attendais à une fin dramatique, et toi tu me sors une réplique digne des plus mauvais films à l'eau de rose. Tu discrédites totalement nos rôles de personnages torturés, là. »

« Tu racontes n'importe quoi. Tu viens de me donner une famille pour laquelle me battre, un objectif. Pourquoi ça me filerait le cafard ? Je suis deux fois plus motivé pour écraser la tronche de ces ordures qui nous gouvernent, parce que je veux que ce gosse soit fier de son père. »

« Viens demain, » dit-elle après quelques instants de silence.

« Hein ? »

« Demain, on fête mon anniversaire en famille, je compte leur annoncer à ce moment-là et je veux que tu sois avec moi. »

« Eiji ne va pas apprécier, » remarqua-t-il.

« Si tu savais comme je l'emmerde. Il devra bien s'y faire parce que je compte te garder très très longtemps à mes côtés, » ajouta-t-elle d'une voix sensuelle en se mettant à califourchon sur lui.

« Hum, on a le droit de faire ça avec toi dans cet état ? Tu ne risques pas de me vomir dessus ? »

« Idiot, » dit-elle en riant avant de l'embrasser.

Plusieurs heures plus tard, Kurogane paressait tranquillement à l'ombre d'un chêne, refuge qu'il n'avait pas quitté depuis le matin, sautant même le repas. Ce havre de tranquillité qu'il avait déniché dans un coin reculé du parc de la villa lui avait fourni un endroit pour se ressourcer loin de l'agitation ambiante. Il priait tous les Dieux qu'il connaissait pour que ce satané mage ne le retrouve pas. Ce monde était trop bizarre, même davantage que ceux qu'ils avaient parcouru auparavant, et lui donnait la nausée. Il avait l'impression désagréable que quelque chose ne collait pas, pourtant, à chaque fois que son esprit s'approchait d'une idée concrète, celle-ci s'évanouissait comme par magie, ce qui pouvait très bien être le cas. Ce constat ne lui plaisait pas du tout, il détestait par-dessus tout perdre le contrôle. Et son double n'arrangeait rien, avec ses manières mielleuses de père de famille au-dessus de tout soupçon.

Yume, qui passait par là, revenant de son escapade, interrompit la méditation du ninja. Il feignit de ne pas s'apercevoir de sa présence jusqu'à ce qu'elle s'assoie près de lui et pousse un profond soupir.

« Tu es là toi ? » demanda-t-il finalement, conscient de ne pouvoir l'ignorer plus longtemps.

« Je suis là, » confirma-t-elle. « Il fallait bien que je rentre un jour. Tu te t'ennuies pas trop ici tout seul ? »

« Non. Dis-moi qu'est-ce qu'il a fait l'autre pour te foutre dans une rogne pareille ? »

« Ca t'intéresse ? » s'étonna-t-elle avec un léger sourire. « Rien de grave, tu comprendras le moment venu. Je peux te demander quelque chose ? »

« Tu le feras même sans mon accord, alors vas-y, » répondit-il, s'attendant tout de même au pire. « mais grouille-toi, je dois m'entraîner. »

« Est-ce que je peux essayer ton épée ? »

« Je ne crois pas, » dit-il durement. « Et puis rien ne me prouve que tu saurais l'utiliser, ni même te battre d'ailleurs. Vous les magiciens, vous croyez que tout est à votre portée sans même avoir essayé. »

« Ca n'a rien à voir avec mes pouvoirs. Je ne me bats pas souvent, mais je sais danser, c'est la même chose. »

« Danser et combattre sont deux choses complètement différentes ! » s'écria Kurogane. « Tu n'y comprends rien. »

« Tu crois ça ? » demanda-t-elle en se levant. « Alors laisse-moi te montrer un truc. »

Elle se planta devant et se mit à exécuter une série de figures compliquées, l'air parfaitement concentré. Elle se laissait porter par une musique entendue par elle seule et enchaînait ses mouvements avec une précision qui fit presque pâlir le ninja. Il l'observait, saisit par le contraste entre la gamine bruyante et gênante qu'il avait vu la veille et cette femme superbe qui évoluait sur l'herbe avec grâce. Elle s'arrêta soudain, une de ses jambes calée contre son épaule, et le regarda, maintenant sa position sans même ciller.

« Tu vois ? Dans le combat comme dans la danse, tout est question de focalisation et de compréhension de soi. Tu auras beau avoir un nombre incalculable d'adversaires, le principal restera toujours ton propre corps. Tu devras connaître ses faiblesses et ses limites avant d'avoir la chance d'assimiler celles des autres. »

« La force a son importance aussi, » remarqua le ninja, qui s'était relevé à son tour, fasciné.

« Il y en a beaucoup de sortes, » déclara Yume, avant de virevolter jusqu'à lui et de se laisser tomber à ses pieds. « La première à laquelle on pense, la force brute, se place dans tes membres, » ajouta-t-elle en faisant courir ses mains des mollets du ninja jusqu'à ses cuisses. « elle n'est pas négligeable mais elle ne fait pas tout. Et je la possède, quoi que tu en penses, je n'aurais pas pu faire la moitié de ce que je viens de faire sans elle. Puis il y a la force mentale, » Elle posa une de ses paumes sur sa tempe, et la fit glisser lentement sur sa joue. « celle qui te permet d'avancer malgré tout et de garder la tête froide dans toutes les situations. Elle se forge avec l'expérience, grâce à nos blessures, et je suis sûre de la posséder également. Mais la plus importante de toutes, » Ses doigts glissèrent sur son cou et stoppèrent leur course sur son torse. « c'est la force du cœur, celle qui te donne un but et t'enjoint à protéger ceux que tu aimes, celle sans qui les deux autres ne servent strictement à rien. Celle-là, je peux affirmer sans hésiter qu'elle est gravée en moi, parce que je sais ce que je veux et que j'ai bien trop à perdre en ce monde pour ne pas la ressentir. Mais d'ailleurs, en parlant de cœur, il me semble que le tien bat un peu trop vite. »

« Qu'est-ce que tu me fais ? » demanda-t-il, incapable de bouger. « C'est un de tes sorts ? »

« On peut dire ça, » répondit-elle en riant. « Et même le plus puissant. Tu es attiré par moi, depuis l'instant où tu m'as vue, tout comme ton double. Mais ce n'est pas moi ton but, ce n'est pas moi que tu aimes, et je vais te le prouver. »

Elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa, frôlant juste ses lèvres. Tous deux gardèrent les yeux grands ouverts.

« Comment c'était ? » demanda-t-elle en reculant de quelques pas.

« Gênant, » répondit le ninja, toujours figé.

« Exactement. Si j'étais cette personne, tu aurais trouvé ça merveilleux, au-delà de tout ce que tu as pu expérimenter auparavant. Quand tu te l'avoueras, tu comprendras ce que ta princesse voulait dire par véritable force. »

« Tu parles de mon âme-sœur ? » cracha-t-il avec dédain. « Je ne sais même pas où la chercher. »

« Bien sûr tu le sais, idiot, au fond de toi du moins. Tu trouveras la réponse, ce n'est qu'une question de temps. »

Elle commença à s'éloigner mais se retourna au bout de quelques mètres, semblant avoir oublié un détail.

« Demain, c'est mon anniversaire. Je suppose que je n'ai pas besoin de mentionner quel cadeau je veux de ta part. Et amène-toi vite à la maison, j'ai de nouvelles infos à vous transmettre.» conclut-elle avant de partir en courant, laissant Kurogane seul de nouveau. Il resta immobile pendant plusieurs minutes, fixant l'endroit où elle avait disparu, puis ramassa Souhi qui avait été abandonnée au sol, la sortant de son foureau. Il avait grandement besoin de trancher une ou deux branches pour s'éclaircir les idées.

Dans la villa, Shaolan et Eiji, souhaitant discuter un peu de leurs vies respectives, étaient descendus à la cave, réaménagée en chambre noire pour les besoins de Kurogane. Ils parlaient de choses diverses depuis une bonne heure, tous deux passionnés par le récit de l'autre.

« C'est vrai que je n'ai jamais pensé à devenir archéologue, » dit Eiji. « Mes recherches sur la magie me prennent un temps considérable : les travaux de Clow ont toujours été une source de découverte inépuisable. En plus, curieusement, ce pays semble dénué d'Histoire antérieure à son apparition, un peu comme si on en avait effacé toute trace, ou que cette terre était sortie de nulle part. »

« Ce serait une première, » rétorqua Shaolan, pensif. « Mais après tout, nombres de mystères restent encore irrésolus. Tu sais, la ressemblance entre les noms de nos deux pays me convaincrait presque qu'ils sont liés d'une certaine façon. »

« C'est très possible. Clow était un magicien très puissant, et il a prouvé par ses écrits qu'il pouvait facilement voyager entre les mondes. Il est évident qu'il a créé la barrière après en être parti, sinon il serait lui-même resté coincé ici comme nous le sommes tous. Il a très bien pu atterrir dans le tien avant ou après. J'ai même parlé à Mokona ce matin, et il lui semble que le nom de Clow Read ne lui est pas inconnu, même s'il ne parvient pas à se souvenir où il l'a entendu. Je suppose que sa Yuko a dû mentionner son existence car si ses pouvoirs sont tels que vous me les avez décrits, elle pourrait l'avoir rencontré. Mais dis-moi, sans transition, » ajouta-t-il, hésitant. « Qu'est-ce qui s'est réellement passé entre toi et ta princesse ? »

Il sut qu'il avait fait une erreur au moment même où il posa la question : le visage de Shaolan s'était instantanément rembruni et il affichait maintenant une expression oscillant entre la tristesse et la résignation.

« La Sorcière des Dimensions ne fait rien gratuitement, » soupira-t-il. « Fye a payé son dû pour traverser les mondes en offrant un tatouage qu'il avait dans le dos, et Kurogane grâce à l'épée qu'il possédait alors. Mais moi, je n'avais rien de tel à donner en échange, alors elle a établi comme prix ma relation avec Sakura. »

« Ta relation avec Sakura ? » s'étonna Eiji. « Je ne comprends pas. »

« La princesse et moi sommes amis depuis l'enfance, » expliqua Shaolan. « Je tiens énormément à elle et je sais qu'elle tenait également beaucoup à moi. Pourtant, elle m'a complètement oublié, mon image et ma présence ont été effacées de sa mémoire et qu'importe le nombre de plumes que je parviendrai à lui rendre, la Sorcière a été très claire sur ce point, elle ne se souviendra jamais de moi. Et tu sais, le pire là-dedans, c'est que le jour où ses plumes lui ont été arrachées, elle m'a avoué avoir quelque chose de très important à me dire, mais par manque de temps elle a remis ça à plus tard. Je crois que je vais passer le reste de ma vie à me demander quels mots allaient sortir de sa bouche à cet instant, avant que nous ne soyons interrompus. »

« J'ai ma petite idée sur le sujet, » dit Eiji en riant doucement. « Mais ça n'enlève rien au fait que je trouve tout ça extrêmement cruel. Tu as en toi une force inouïe pour ne pas t'être laissé aller au désespoir, je ne peux pas affirmer que j'aurais tenu le coup à place. Si ma Sakura venait à m'oublier, je crois bien que j'en mourrais alors il m'est difficile de te donner des conseils. Pourtant, il y a une chose dont je suis sûr, si tu ne t'avoues pas vaincu, peut-être que cette relation perdue se reconstruira. Je dirais même que c'est déjà en bonne voie. »

« Tu l'aimes toi aussi ? » demanda Shaolan. « Enfin la tienne bien entendu. »

« De toute mon âme, » répondit son double. « Et pour l'éternité. Alors ne t'en fais pas, votre situation finira bien par s'arranger. »

« Ah, je vous trouve enfin ! » s'écria Kimihiro qui avait passé la tête par l'entrebâillement de la porte. « Ca fait des plombes que je vous cherche partout. Eiji, Yume est rentrée. J'ai pensé que tu voudrais lui parler. »

« A juste titre, » répondit le jeune homme. « J'arrive tout de suite. »

Il se leva pour partir, mais Shaolan le retint par le bras.

« Merci, » dit-il dans un souffle.

« Y a pas de quoi. Si tu as besoin de quelqu'un pour t'écouter, viens me voir. Ca n'est pas bon de garder trop longtemps ce qu'on a sur le cœur. »

Les deux garçons montèrent dans le salon où tout le monde les attendait déjà. Il semblait que Yume avait convoqué une assemblée extraordinaire pour faire part de ses découvertes. Eiji observa sa sœur et lui trouva un air plus détendu qu'à l'accoutumée. Il fronça les sourcils.

« Bon, » commença-t-elle. « J'ai vu Ryuuoh ce matin. Je lui ai demandé des explications sur ce qui s'est passé hier, mais malheureusement, il n'était pas de cette opération, donc il n'a pas été mis au courant de tous les détails. Néanmoins, il m'a appris deux-trois choses : d'abord, comme je le pensais, les deux morts étaient totalement accidentelles. Quelques Insoumis ont même tenté d'aller les secourir, mais il était déjà trop tard… »

« Et t'as vraiment l'air de le croire en plus, c'est n'importe quoi, » l'interrompit Eiji.

« Laisse-la finir, » dit le ninja en lui lançant un regard noir, à la surprise générale.

« Hum, merci, » reprit Yume avec un sourire satisfait. « Donc, il y a ça. La deuxième chose, autrement plus inquiétante si vous voulez mon avis, c'est qu'il paraît que c'est Yukito lui-même qui a mis tout ce plan en place. »

« Yukito ? » s'étonna Kimihiro. « Tu veux dire Yukito Tsukishiro ? Le chef suprême des rebelles ? »

« Exact, et c'est loin d'être une bonne nouvelle. »

« Doux euphémisme, » remarqua Sakura en réprimant un frisson.

« Qu'a fait ce Yukito qui le rende si inquiétant ? » demanda Fye qui regardait Kurogane en penchant légèrement la tête, l'air encore abasourdi par sa précédente intervention.

« Ce type est un tueur, et pas de petit calibre, » répondit l'autre Kurogane. « Il est le seul qui ait réussi à rassembler tous les clans d'Insoumis sous une unique bannière. Une sorte de légende. Les flics essaient de lui mettre la main dessus mais personne ne sait à quoi il ressemble, pour la bonne raison que personne ne l'a jamais vu : pire qu'un fantôme. On raconte qu'il a une sorte d'éminence grise qui travaille pour lui dans l'ombre, et occupe de rôle d'intermédiaire quand il a besoin de faire passer un message, mais son identité est inconnue. »

« Comment connaissez-vous son nom puisqu'il est si insaisissable ? » demanda Shaolan.

« C'est le nom qu'il a laissé filtrer, mais ça pourrait aussi bien n'être qu'un pseudonyme, » répondit l'homme. « Il n'existe aucun registre à ce jour qui recense les naissances chez les Insoumis, puisqu'ils ne sont pas sensés exister dans notre société, et donc aucun moyen de savoir si ce Yukito est bien réel. En tous cas, si c'est lui qui tient les rênes cette fois, je suppose qu'il faut s'attendre au pire. »

« J'y venais, » dit Yume. « Ryuuoh n'a aucune idée de ce qui se prépare, et d'après ce que j'ai compris, aucun des autres Insoumis ne semble au courant. Yukito garde le secret de la prochaine attaque jusqu'à la dernière minute, ainsi que les noms des hommes qu'il compte envoyer pour effectuer la mission : une manière comme une autre d'empêcher les fuites. Ils n'ont été prévenus que hier matin de ce qui allait suivre. »

« En gros, on est pas plus avancés, » remarqua Eiji.

« Pas tout à fait. On murmure beaucoup à Gamma, et une rumeur court selon laquelle cette rébellion sera la dernière : ça passe ou ça casse, mais ils n'accepteront plus aucun compromis. Ca signifie qu'ils vont frapper vite, très fort et surtout très haut. Certains des ministres pourraient être visés, et j'espère qu'ils s'arrêteront à ce niveau, » conclut-elle d'un air sombre.

« La mère de Tomoyo ?! » s'écria Sakura, épouvantée.

Yume ne répondit pas mais lui lança un regard qui en disait long avant de baisser les yeux.

« Bien, nous devons donc nous battre contre un homme invisible en nous basant sur des suppositions foireuses. La routine, » déclara le ninja en soupirant, faisant rire doucement Fye et la princesse.

« Kurogane fait de l'humour ! » s'exclama Mokona en lui sautant sur la tête. « Il va pleuvoir ! »

« Bon, c'est pas le tout mais il se fait tard, » dit soudain Yume. « Qu'est-ce qu'on mange ? »

« J'hallucine ! » s'étrangla Kimihiro. « On est au bord d'une crise majeure et toi tu ne penses encore qu'à bouffer. T'es sûre que t'as pas un lien de parenté avec ce Dômeki de mes deux ? »

« Non mais tu vas arrêter de me bassiner avec ton Dômeki ? » dit la jeune fille avec l'expression sadique de quelqu'un s'apprêtant à perpétrer un acte des plus malveillants. « Si tu continues à nous rabattre les oreilles avec ce mec on va finir par croire que t'en es amoureux, c'est pas possible. »

Le jeune homme rougit jusqu'à la racine des cheveux et tenta de bégayer quelques mots incompréhensibles, avant de partir chercher refuge dans la cuisine.

« Et bim, dans ta face, » murmura Sakura, qui avait pour le moment rangé son inquiétude dans un coin de son esprit. Tout le monde, sauf le ninja évidemment, rit à cette remarque des plus spirituelles. Un peu plus tard, pendant que tous s'activaient à mettre la table dans un joyeux brouhaha, Eiji prit sa sœur par le bras et l'amena un peu à l'écart du groupe.

« T'as couché avec lui hein ? » chuchota-t-il après quelques secondes.

« De quoi tu parles ? » demanda-t-elle en haussant un sourcil.

« S'il te plaît, ne me prends pas pour un con, je te connais par cœur. T'as l'air d'imbécile heureux de quelqu'un qui vient de se faire troncher et qui a aimé ça. »

« Quelle vulgarité, » dit-elle en se délivrant brusquement de sa prise. « Et même si c'était vrai, tu peux me dire en quoi ça te concerne ? »

« En rien, » répondit-il. « J'ai pigé, tu peux coucher avec qui tu veux, c'est pas mes oignons. Je suis désolé pour ce que j'ai fait, et tu as ma parole, je n'essaierai plus de m'immiscer dans ta vie. Mais fais quand même attention à toi grande sœur, tu marches sur un terrain miné. »

« Je sais très bien où je mets les pieds, et que ce soit clair une bonne fois pour toutes, je ne fais pas que me l'envoyer, je l'aime aussi. »

« Alors d'accord, » rétorqua-t-il. « Si t'es sûre de toi, je me la ferme, tu restes avec lui et on oublie. Marché conclu ? »

« Il vient demain pour notre anniversaire avec ta bénédiction et on oublie, à prendre ou à laisser. Marché conclu ? »

« Conclu, » répondit-il après un moment d'hésitation. « Mais ne compte pas sur moi pour le laisser entrer sans une fouille en règle et un interrogatoire poussé. »

« J'en attendais pas moins de toi p'tit frère, il le supportera pour l'amour de moi. Câlin ? » quémanda-t-elle en souriant.

« Câlin, » confirma-t-il en la prenant dans ses bras.

« Heureusement qu'on se réconcilie maintenant, sinon j'aurais eu un peu de mal à t'offrir ton cadeau dans ces conditions, » conclut-elle sur un ton énigmatique.

La soirée se passa dans la bonne humeur malgré les révélations embarrassantes faites plus tôt. Ils mangèrent, burent et discutèrent pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que soudain Sakura semble se souvenir de quelque chose.

« Et merde, il est minuit passé ! Bon anniversaire ! »

La jeune fille, Kurogane, Kimihiro et même Tomoyo et Odessa sorties d'on ne sait où, sautèrent presque sur les jumeaux pour les embrasser. Dômeki arriva ensuite, l'air ailleurs, comme d'habitude, et posa sur leurs têtes deux énormes couronnes dorées en carton. Yume, pour le remercier, l'entraîna au milieu du salon pendant que Sakura mettait un peu de musique. Ils tournoyèrent sous le regard mauvais du médium, avant que Yume, hilare, ne balance Dômeki dans les bras de celui-ci et n'aille chercher le ninja pour une petite danse. Celui-ci se laissa faire, provoquant l'étonnement général pour la deuxième fois de la soirée, et s'attirant une œillade blessée de la part du magicien.

« Eh bien, eh bien. Je vois que j'arrive juste au bon moment ! » s'écria soudain une voix amusée.

« Fye ! Tu es rentré ! » s'exclama Yume avant de lâcher Kurogane pour se jeter sur lui.

oOo

Eh bien c'est fini, j'espère que vous aurez aimé. Désolée pour Sakura au début, mais c'était une idée fixe depuis un moment, parce que, faut pas déconner, c'est une fille quand même et fallait bien que ça lui arrive un jour.

Le dialogue entre Eiji et Shaolan apporte quelques éléments de réponses pour la suite, donc il fallait bien faire attention.

Enfin, les méchants de l'histoire ne sont pas forcément ceux que l'on croit, ou peut-être que si, allez savoir…

La suite la semaine prochaine ;)