DOUBLE TROUBLE

Voilà le chapitre 7. Visiblement, celui d'avant n'a pas eu beaucoup de succès, mais tant pis. Merci tout de même à Virginie2, fidèle quoi qu'il arrive ! L'action commence vraiment dans celui-ci, même si ça n'a pas l'air, au début. Dans le prochain, tout se mettra définitivement en place et nous pourrons entrer dans le vif du sujet, enfin ^^. Pas de rating ni de spoiler particulier par celui-ci, même si y a un passage pas très joyeux, rien de graphique. Je ferai aussi bientôt avancer la relation entre Fye et Kurogane, et il y aura bien un lemon, même si je galère grave pour l'écrire. Bref, bonne lecture !

~Chapitre 7 : Mascarades~

"Let me introduce myself
Nice to meet you mister dance
And if you wanna make me fly
Let me now in a good time
So you came all alone
Nice to know you mister gone
And if you wanna blow my mind
Let me now in a good time."

Shakaponk, Fonk me

oOo

Le lendemain matin, une fois Fye et Yume partis pour leur enregistrement, le mage, la princesse et Watanuki commencèrent à s'activer à la préparation du gâteau. Mokona leur servait d'assistant inopiné, bien que le médium doutait fortement qu'il puisse les aider en quoi que ce soit avec ses petites pattes qui semblaient lui servir exclusivement à chiper au hasard les différents ingrédients pour les manger en douce. A sa grande surprise, Watanuki avait trouvé quelques minutes auparavant le frigo allégé du gâteau qu'il avait préparé la veille, ce qui avait manifestement un rapport avec les traces de crèmes fouettée qu'il avait décelé plus tôt autour de la bouche de Dômeki. Cet abruti avait dû se lever durant la nuit pour lui faire sa fête.

« Bien, » commença-t-il, déjà presque au comble de l'énervement. « Nous allons répartir les tâches. Fye, vous allez faire monter la crème. Vous savez en quoi ça consiste ? »

« Oui, » répondit le magicien. « Mais je n'ai pas de fouet. »

« En voici un, » dit le médium en lui tendant l'ustensile. « Vous allez devoir en faire au moins deux saladiers, parce qu'avec nos deux goinfres de service le gâteau a plutôt intérêt à être énorme sinon je ne donne pas cher de sa peau. La crème est dans le frigo, je pense qu'il y en aura assez. Sakura et Mokona, si tu y arrives, vous allez découper les fraises et... Mais où sont les cagettes ?! »

« Il n'y pas de crème là-dedans, » remarqua Fye, le nez dans le frigo.

« Pardon ?! » s'écria Watanuki, à présent au bord de la crise de nerf.

« Si tu cherches les fraises et la crème liquide, ne te fatigue pas, » déclara Sakura qui passait prendre une pomme. « Yume a tout fini ce matin. Je ne sais pas ce qu'elle avait, elle a foutu toute la crème dans un verre, puis deux, puis trois, et elle l'a bue. Après elle s'est attaquée aux fraises, un vrai massacre. Tu l'aurais vue après on aurait dit un vampire : dégueulasse. »

« Elle m'aura tout fait cette conne ! » beugla Watanuki pendant que la princesse tentait de l'éventer avec une serviette. « Même saccager son propre anniversaire ! Il ne reste plus rien ? »

« Oh si, il doit y en avoir dans le garde-manger. »

« A la bonne heure. Ah, monsieur le ninja, vous tombez bien, » dit-il à Kurogane qui venait chercher la cause de tout ce raffut. « pourriez-vous aller me chercher deux cagettes de fraises et trois bouteilles de crème liquide ? Et pendant que vous y êtes, une boîte de riz et un paquet d'algues séchées pour le repas de ce midi, je risque d'être un peu juste. »

« Tu me prends pour quoi gamin ? » grogna le brun. « Ta bonniche ? »

« Allons Kuro-rin, tu es le plus fort et le plus musclé d'entre nous, » minauda le mage en battant des cils. « C'est une tâche pour les hommes, les vrais. Watanuki et moi sommes occupés, tu ne vas pas laisser notre pauvre princesse porter ça toute seule, si ? »

« Il a raison, nous n'avons pas que ça à faire, » renchérit le médium. « On ne vous a rien demandé jusqu'à maintenant, alors rendez-vous utile. Voyez ça comme une mission de la plus haute importance, si ça vous parle davantage. »

« Il est où ce foutu garde-manger ? » demanda Kurogane après avoir soupiré bruyamment. Ils allaient finir par le rendre chèvre.

« Arrivé dans le salon, première porte à gauche, en bas des escaliers, tout droit. Surtout pas à droite, c'est la chambre noire et de l'autre côté y a la salle de jeu, » répondit évasivement Watanuki, tout concentré qu'il était à la réalisation de la pâte.

« Ca va, je suis pas débile, » cracha le ninja en s'éloignant.

« Ah ces hommes… » dit Fye avec un doux air rêveur. « Pour peu qu'on flatte un peu leur fierté, ils sont prêts à faire n'importe quoi. »

Sakura, prise d'une violente crise de rire, faillit s'étouffer avec sa pomme, mais réussit quand même à placer entre ses toussotements hystériques : « Surtout…lui…pour…toi. » Sur cette remarque relativement obscure, qui avait au moins eu le mérite de faire sourire Watanuki, elle quitta la cuisine.

« Certes, » reprit le médium devant leurs airs hébétés. « La pâte est prête. Je vais la mettre au four vingt minutes. Que quelqu'un me prévienne si j'oublie par pitié. Mokona, lâche ce paquet de sucre, tu vas te rendre malade ! »

« Mais Mokona aime les choses sucrées ! » s'exclama la petite bête.

« Je le fous où tout ce bordel ? » demanda Kurogane, de retour de mission.

« Sur le plan de travail, là-bas, » répondit Watanuki. « Mokona si tu touches à une seule de ces fraises je te jure que je te balance par la fenêtre ! »

Pendant ce temps, sur la terrasse, Eiji, Shaolan, Dômeki, Tomoyo, Odessa et Sakura, qui les avaient rejoints, dégustaient tranquillement leur café matinal au soleil, se délectant des nouvelles du front apportées par la jeune rousse. Ils débattaient ardemment sur la relation de Fye et Kurogane, du moins si on peut appeler ça un débat, sachant qu'ils étaient tous plus ou moins d'accord.

« Je ne sais pas à quoi ils jouent, ça se voit à douze bornes qu'ils sont faits l'un pour l'autre, sérieusement, » remarqua Odessa, l'air profondément ennuyé.

« C'est clair, » enchaîna Sakura. « Ils devraient faire attention au dicton populaire : à trop se tourner autour, on finit par se rentrer dedans et se casser la gueule. »

« Mis à part le fait que tu viens de l'inventer, c'est plutôt bien dit, » concéda Eiji, tentant de rester neutre alors que sa douce lui faisait du pied sous la table.

« Vous êtes en train d'affirmer que Fye et Kurogane devraient…euh…enfin, » tenta Shaolan, largué pour ne pas changer.

« Mais évidemment ! Ca crève les yeux ! » répondit Tomoyo avec emphase. « Vous n'allez pas me dire, Shaolan, que vous n'avez jamais remarqué quoi que ce soit entre eux ? »

« Eh bien, je dois vous avouer qu'à part le fait que Kurogane poursuit tout le temps Fye, l'épée en l'air, non, ce n'est pas évident. »

« Mais c'est déjà énorme ! » continua-t-elle, des étoiles plein les yeux. « Vous savez, l'épée est considéré comme un très fort symbole phallique. Alors selon moi, ces courses-poursuites ne peuvent signifier qu'une chose de la part de ce cher ninja : « Attention, je m'apprête à te la mettre bien profond dans le derrière ! », » conclut-elle d'un air parfaitement sérieux, entraînant l'hilarité générale. Shaolan, lui, arborait maintenant une délicieuse teinte écrevisse.

« Et toi Dômeki, qu'en penses-tu ? » demanda Sakura, lui tendant sans avoir l'air d'y toucher une perche de plusieurs kilomètres.

« Je m'en fous, » répondit-il, toujours très haut sur son nuage.

« C'est sûr qu'à part ton Watanuki, y a pas grand chose qui t'intéresse, » rétorqua-t-elle, tout sourire. Les autres acquiescèrent comme un seul homme.

« Vous êtes lourds, » constata-t-il. « Bon, je rentre chez moi, quelques trucs à régler. Je reviens à midi. »

« A toutes les unités, l'ennemi est à nos portes, » dit Odessa, comme si elle parlait dans une radio. « Repli stratégique, je répète : repli stratégique ! »

Encore une fois, tout le monde rit, et elle tapa dans la main de la rousse. Elles se félicitèrent mutuellement, fières de leur manœuvre d'approche.

« Vous n'avez que ça à faire, de jouer les marieurs ? » demanda le ninja excédé qui venait de sortir.

« C'est, hélas, le seul but de nos pauvres existences qui nous empêche de sombrer dans l'ennui mortel, » répondit Eiji sur un ton dramatique.

« Ben voyons, » grommela Kurogane. « Gamin, tu viens ? C'est l'heure de ton entraînement. »

« Oui, » répondit le jeune garçon en se levant promptement. « Je dois aller chercher Hien. »

« Je t'attends plus loin, bouge-toi. »

« Vous croyez qu'il a entendu ? » demanda Tomoyo d'un air inquiet quand ils furent hors de vue.

« Non, » assura Odessa. « Il n'était pas là, je l'aurais senti. Il a beau être silencieux, il ne peut pas s'arrêter de penser. »

« On a eu chaud, » constata Sakura en soupirant. « Yume nous aurait décapités. »

Environ deux heures plus tard, Yume, Fye et Ryuuoh, qu'ils avaient récupéré au passage, pénétrèrent sur la propriété. Ils avançaient en traînant les pieds : la jeune fille, si elle n'en laissait rien paraître, avait l'impression que son estomac remontait dans sa gorge, elle était terrifiée. Elle savait que si Kurogane avait accepté la nouvelle, les autres risquaient d'avoir beaucoup plus de mal à avaler la pilule. Elle serra la main du brun plus fort dans la sienne et il lui jeta un regard réconfortant, bien qu'il ne fut pas beaucoup plus rassuré lui-même. Fye, lui, faisait la tête pour une toute autre raison : il avait élaboré une tactique extrêmement tordue avec l'aide de Yume dans le but de rapprocher le mage et le ninja, la première étape du plan étant d'emmerder tout le monde durant la journée, chose qui était loin de lui poser problème.

Ils parvinrent sur le seuil et les deux plus jeunes prirent une grande inspiration : malgré l'envie qui ne manquait pas, ils ne pouvaient plus reculer, à présent.

Yume ouvrit la porte et s'étonna du calme inhabituel qui régnait dans la villa. Elle fronça les sourcils et avança de quelques pas, débouchant dans le salon.

« Ils sont où tous ? » demanda Fye d'un ton glacial. La brune rit intérieurement : il prenait vraiment son rôle très au sérieux. Elle reprit son sérieux brutalement, secouée d'un mauvais pressentiment. Elle courut à l'étage sans demander son reste, puis au sous-sol et termina sa course dans la cuisine, où elle trouva le gâteau à moitié fait abandonné sur le plan de travail.

« Merde. »

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Ryuuoh qui était entré à sa suite.

« Kim' n'aurait jamais laissé une recette en stand-by comme ça, » répondit-elle en se rongeant les ongles. « Il a dû se passer un truc grave. »

« Où est la princesse ? Et les autres ? » les interrogea Shaolan qui venait à leur rencontre avec le ninja.

« Vous ne les avez pas vus ? » demanda Fye, qui semblait avoir momentanément oublié le plan et affichait une mine vaguement inquiète.

« On s'entraîne depuis un moment, » grogna Kurogane. « mais quand on est partis, il étaient encore dans le coin. Et qu'est-ce qu'il fout là lui ? » ajouta-t-il en apercevant Ryuuoh.

« Je suis là pour l'anniversaire de ma copine, si ça ne vous dérange pas trop, » répondit sèchement le jeune homme, qui, en raison de son passif avec Yume, n'appréciait que très moyennement le Kurogane de cette dimension.

« Chérie, ça va ? » demanda Fye à la brune, dont le visage se décomposait de plus en plus.

« Attends, Essa me parle. »

Ils attendirent silencieusement que leur conversation mentale se termine. Quand elle leva enfin la tête, ils purent voir qu'elle avait les larmes aux yeux.

« Yume ? » tenta Ryuuoh, qui s'approchait d'elle pour la soutenir.

« Il y a eu une attaque à la résidence des Daidouji, » commença-t-elle, luttant visiblement contre la nausée qui l'envahissait. « Tomoyo est rentrée chez elle ce matin pour chercher quelques affaires. Essa a senti qu'il se passait quelque chose, et elle et Sakura sont parties en volant jusque là-bas. Elles ont fait fuir les agresseurs, mais… c'était trop tard. Monsieur et Madame Daidouji sont morts, et Tomoyo a pris une balle apparemment en tentant de s'interposer. Le temps que les autres arrivent, elle avait perdu beaucoup de sang. Eiji a tenté de la soigner mais elle était déjà dans le coma. Là, elle est à l'hôpital, ils disent qu'il est trop tôt pour se prononcer, mais que ses chances de guérison sont minces. »

Les quatre garçons autour d'elle parurent sérieusement ébranlés, pour différentes raisons. Shaolan fut néanmoins le premier à se ressaisir.

« Vous aviez prédit que ça arriverait, » dit-il.

« Non, » rétorqua-t-elle, toujours sous le choc. « Les Insoumis ne sont pas responsables cette fois. »

« Comment tu peux en être si sûre ? » demanda le ninja. « Ce sont bien eux qui ont foutu le feu la dernière fois, et tu as dit toi-même qu'ils pourraient monter une opération comme celle-là. »

« C'est absolument impossible, » déclara Ryuuoh, perdu dans ses pensées.

« Il a raison, » approuva Yume. « Nous sommes passés par Gamma ce matin pour le récupérer, nous l'aurions remarqué s'il y avait eu du mouvement. Mais quand bien même… »

Elle chuchota quelques mots à l'oreille de Fye et celui-ci sortit de la pièce. Elle se tourna vers son petit ami.

« Ryuu, on doit te trouver une planque en quatrième vitesse. Les flics vont pas tarder à débarquer pour poser des questions et fouiller les maisons. S'ils te trouvent ici, c'est la cata. On fera en sorte de te sortir de ce merdier plus tard, mais pour l'instant il va falloir attendre que ça se tasse. Ca vaut pour vous deux aussi, » ajouta-t-elle en se tournant vers Kurogane et Shaolan. « On peut se démerder pour expliquer la présence de la princesse en disant que c'est une lointaine cousine de Sakura, mais avec trois doubles à la fois, ça ne marchera pas. »

« Tu avais raison, » l'interrompit Fye, revenu de son expédition. « J'ai vérifié tout le système de sécurité, et rien n'a été détecté dans les dernières heures, même pas une baisse de tension dans la grille. L'alarme est parfaitement active et selon les caméras, personne d'autre que nous n'est entré ou sorti du quartier ce matin par le portail principal. Tant que j'y étais, j'en ai profité pour effacer intégralement les bandes des deux derniers jours, histoire qu'on ne se pose pas de question quant à la présence d' « invités » chez nous. »

« Ca voudrait dire que les tueurs étaient déjà à l'intérieur des murs, » remarqua Shaolan, pensif.

« Exactement, et donc que les Insoumis n'y sont pour rien, » renchérit Yume. « S'ils avaient été là depuis longtemps, quelqu'un les aurait forcément remarqués, d'autant qu'ils ne font pas vraiment dans la discrétion, d'habitude. »

« Ou alors c'est qu'ils ont un complice à l'intérieur qui a une connaissance élevée dans d'autres arts plus spirituels, et qui aurait pu les aider à entrer, » déclara le ninja d'une voix dure.

« Si tu comptes m'accuser, Kurogane, » répondit Yume avec un petit sourire. « Aies au moins les couilles de le faire directement. Tu es en droit d'avoir des doutes, mais sache pour ta gouverne que toute magie laisse des traces. Nous sommes tous capables de le sentir, quand l'un de nous utilise ses pouvoirs. Une sorte de parfum spécial qui varie en intensité selon la puissance du sort employé. Qu'est-ce que tu crois ? Nous ne sommes pas idiots. Nous avons posé nos propres barrières de protection autour de la maison et du quartier, et, toute seule, je n'ai pas la force nécessaire pour les désactiver. Et même si je le pouvais, l'odeur se propagerait sur des kilomètres. »

« Tu n'évoques pas le fait que Tomoyo est ton amie et que tu ne lui ferais jamais de mal. C'est pourtant la première chose qui vient à l'esprit dans ce genre de cas, non ? » indiqua Kurogane, qui ne savait plus vraiment s'il était vraiment sérieux ou s'il continuait juste par jeu.

« Ce serait mentir, » répliqua-t-elle, semblant s'amuser énormément. « Comme tu dis, Tomoyo est mon amie, mais, même si je l'apprécie beaucoup, ce n'est pas quelqu'un pour qui je risquerais ma vie ou celle des gens qui me sont plus cher. Evidemment, sa condition me rend triste, mais je m'en remettrai. Je préfère m'en tenir à des faits concrets plutôt qu'à du sentimentalisme abusif. C'est autrement plus crédible, surtout auprès de toi, si je ne me trompe pas. »

« Je suis désolé d'interrompre votre ravissante petite joute verbale, » dit soudain Ryuuoh. « mais il serait peut-être temps de vous bouger les fesses. C'est pas que ça urge, mais presque. Yume, tu comptes nous mettre où exactement ? »

« C'est vrai, suivez-moi. »

Elle les mena jusqu'au sous-sol et poursuivit son chemin jusqu'au garde-manger. Ils s'arrêtèrent, suspicieux.

« Dis-moi, à tout hasard, tu ne comptes pas nous faire rétrécir pour nous planquer dans une boîte de sucre, si ? » demanda Fye en levant un sourcil.

« Pas du tout, » répondit-elle en fermant les yeux. « J'ai beaucoup mieux. »

Elle leva la main vers le fond de la pièce et se concentra quelques secondes. Au bout d'un moment, ils sursautèrent.

« C'est moi, ou le mur a changé de place ? » demanda Ryuuoh, impressionné.

« C'est un mur magique, une sorte d'illusion d'optique améliorée, » dit-elle, s'avançant et passant le bras au travers. « Les magiciens sont les seuls à pouvoir la traverser. Pour un humain normal, ça a non seulement l'apparence mais aussi la consistance d'un véritable mur. » D'un mouvement de bras, elle le fit disparaître. « Vous allez vous cacher derrière, on viendra vous chercher quand ce sera terminé. Toi aussi, Fye. Vu que l'autre est avec eux, ils doivent le prendre pour toi. »

« Et l'enregistrement ? Ils finiront bien par se demander comment j'ai pu être à deux endroits en même temps. »

« Trop peu de personnes sont au courant, » répondit-elle. « Pour tout le monde, tu as fini en avance à Acalie et tu es rentré plus tôt. Ils n'iront pas interroger le directeur ou le gars qui s'occupait du mixage. Vu qu'en plus tu as effacé les bandes des caméras et que Walter n'était pas là quand nous sommes sortis, ils ne sauront jamais que nous nous sommes absentés. »

« Tu es vraiment trop intelligente pour ton propre bien, » déclara Ryuuoh en l'embrassant doucement.

« Je sais. Ne craignez rien, je vais faire en sorte que ça ne soit pas trop long. Evitez juste de vous entretuer, » plaisanta-t-elle avant qu'ils ne disparaissent.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et piqua un sprint jusqu'à sa chambre où elle enfila en vitesse un vieux pyjama en coton. Elle attrapa au passage un plaid qui traînait sur le lit occupé par la princesse et fila dans la salle de bain pour se démaquiller et se mettre des gouttes dans les yeux et dans le nez. Elle prit sous le lavabo une énorme boîte de mouchoirs et retourna dans le salon, les roulant en boule et les éparpillant un peu partout. Au moment où elle se laissait tomber sur le canapé, essoufflée, elle entendit la sonnette retentir.

« Tout juste, » pensa-t-elle en soupirant, avant de se diriger à petits pas vers la porte d'entrée puis d'appuyer sur le bouton déverrouillant le portail. Elle ouvrit et attendit sur le perron, jusqu'à ce que trois hommes en uniforme apparaissent dans son champ de vision, suivis par ses amis. Une fois arrivé à sa hauteur, l'un des hommes la salua.

« Vous ne devriez pas laisser entrez les gens chez vous si facilement, mademoiselle, » dit-il, l'air grave. « Surtout après la tragédie qui vient de se produire. »

« Une tragédie ? » s'étonna-t-elle d'une voix enrouée et nasillarde. « Quelle tragédie ? Comme vous pouvez le constater, je suis balade. Atcha ! Je viens de be lever. Je be demandais où vous étiez tous passés. »

Elle se moucha bruyamment, empêchant qui que ce soit de répondre. Kurogane, au courant du stratagème qu'elle avait monté avec Odessa, entra dans son jeu.

« Ma pauvre puce, » s'écria-t-il en se précipitant vers elle. « Je t'avais dit de rester couchée. »

« Ecoutez, bessieurs les policiers, je n'ai rien contre vous, bais être balade le jour de son anniversaire, c'est pas vraibent agréable. Alors si vous aviez l'obligeance d'en venir au fait, ça b'aiderait beaucoup. Et elles sont où Essa et Sakura ? Et Toboyo ? »

« Elles sont à l'hôpital, mon ange, » lui dit doucement Kurogane.

« Cobbent ça, à l'hôpital ? » demanda-t-elle, laissant son visage prendre une expression paniquée.

« Mademoiselle, » reprit l'homme. « Il semblerait que ce matin, un autre groupe d'Insoumis ait pris d'assaut la propriété des Daidouji. Nous ignorons encore comment ils s'y sont pris, mais toujours est-il qu'il ont fait un véritable carnage. Ils ont tué leurs trois domestiques, la Grande Administratrice et son mari, avant de s'en prendre à leur fille. »

« Quoi ? Toboyo est…borte ? » gémit-elle en reniflant pitoyablement.

« Non p'tite sœur, elle est dans le coma, ils sont en train de l'opérer, » intervint Eiji qui n'en menait pas large. « Odessa et Sakura ont tenu à rester là-bas, au cas où il y ait de nouvelles informations. »

« Non… » Elle serra Kurogane contre elle, une larme coulant sur sa joue.

« Monsieur, on peut y aller maintenant ? » demanda un autre policier qui visiblement n'avait pas la même patience que son collègue.

« Aller où ? » l'interrogea Yume en s'essuyant les yeux.

« Ils doivent fouiller la maison, histoire de vérifier que les Insoumis ne se sont pas réfugiés à l'intérieur. Vous pouvez passer, » ajouta-t-il à l'intention des trois hommes.

« Ne t'en fais pas, » lui glissa Yume. « ils sont en sécurité. »

Pendant ce temps, derrière un mur…

« On est trop à l'étroit là-dedans, il fait une de ces chaleurs ! Ma peau est toute flasque, je vais devoir me faire au moins trois masques au concombre pour réparer ce désastre. »

« La ferme. »

« Quoi monsieur Kurogane-le-ninja ? Tu vas pas commencer à m'emmerder parce que je râle. C'est ce que tu fais à longueur de journée d'après ce que j'ai compris. »

« Je vois. T'es comme l'autre débile de mage en fait. Chez vous le blabla inutile c'est une tare congénitale et multidimensionnelle. »

« Mais c'est qu'il a du vocabulaire, le bougre. Un adversaire de taille à ne pas en douter. »

« T'as jamais appris à la boucler ? »

« Oh il y a bien des façons de me faire taire. Mon Kurogane y arrive très bien, lui. »

« Faudra qu'il me donne la recette. »

« On a pas besoin de lui, je peux te montrer à quel point ma bouche est capable de remplir de multiples fonctions. »

« Et mon poing sur ta tronche, il est aussi multifonction, tu crois ? »

« Ne touche pas à mon visage. »

« Aurais-je soulevé un point sensible ? »

« Vous pouvez pas la mettre en veilleuse cinq minutes ? Vous êtes pas tout seuls. »

« On t'a pas sonné l'asticot. »

« Ta gueule Fye, ou je te jure que ton joli minois finira en pâtée pour chat. »

« Je crois que j'ai entendu du bruit. »

« Le gamin a raison. Y a du grabuge là-haut. Maintenant silence ! »

Les trois policiers firent un tour rapide de la maison puis repartirent dans demander leur reste, laissant les occupants perplexes.

« C'était quoi ça ? » demanda Eiji. « On aurait dit qu'ils ne fouillaient que pour la forme. Ca ne les intéresse pas de trouver les assassins ? »

« C'est pas que ça les intéresse pas, » répondit Yume en secouant la tête. « Mais globalement ça sert à rien de chercher ce qu'on a déjà trouvé. »

« Qu'est-ce que tu veux dire mon ange ? » l'interrogea Kurogane, qui ne semblait pas vouloir la lâcher.

« Ca me paraît clair pourtant, » dit-elle en soupirant. « Cette histoire n'est qu'une mascarade montée de toutes pièces par les ministres pour renverser le pouvoir. En procédant ainsi, ils font d'une pierre deux coups : ils se débarrassent définitivement des Insoumis en leur faisant porter le chapeau, et ils peuvent désigner une nouvelle Grande Administratrice qui leur mettra moins de bâtons dans les roues. Tout ça sans qu'ils récoltent le moindre problème, c'est bien pensé. »

« Ca n'a aucun sens, » rétorqua son frère. « Tu disais toi-même que les Insoumis montaient un coup contre les hautes-sphères. Ils auront agi plus vite que prévu. Ta relation avec Ryuu te monte à la tête. Ils sont dangereux, tu crois qu'on a pas assez de raisons d'en être convaincus ? »

« Mais putain, écoute quand on te parle ! » s'écria-t-elle, son regard lançant des éclairs. « Je n'ai jamais dit qu'ils ne l'avaient pas envisagé ! Réfléchis deux secondes. Pourquoi ils se seraient emmerdés à le faire ici et maintenant, dans une zone surprotégée, où ils n'avaient quasiment aucune chance de passer sans se faire repérer ? Comment ils seraient entrés ? Il y a des gardes et des caméras partout, les flics sont sur le qui-vive et les baraques ont des alarmes qu'on entendrait à vingt kilomètres à la ronde. Fye a vérifié tout le système et rien d'anormal n'a été détecté ces derniers temps. Ils seraient là depuis quoi, plusieurs semaines, plusieurs mois ? Où se seraient-ils cachés ? Tout le monde dans le coin a peur d'eux ou les déteste. En plus, ça aurait été complètement con d'attirer l'attention sur eux à Bêta juste avant de réaliser un coup comme celui-là. Par contre, surprise ! Tous les ministres habitent ici avec leurs familles et ont en plus un accès illimité à la maison des Daidouji. Laquelle des deux hypothèses te paraît la plus logique ? Parce que de mon côté je t'avoue que le choix est vite fait. »

« Elle n'a pas tort, » approuva Watanuki. « Mais si c'est vrai, on doit faire quelque chose. Toute cette histoire va trop loin. »

« Oui, mais faire quoi ? » demanda Kurogane en resserrant sa prise sur la jeune fille.

« Pour commencer, il faut sortir Ryuu d'ici. Pas que ça me fasse particulièrement plaisir, mais on ne peut vraiment pas le garder chez nous. »

« Il est là ?! » s'exclama Eiji en s'étouffant à moitié.

« Bien sûr, abruti. On a fait un marché tout à l'heure je te rappelle. Il est au sous-sol avec les autres. Oh mon dieu, » ajouta-t-elle en se frappant violemment la front. « Ils sont toujours là-dessous ! Pourvu qu'ils soient encore vivants. »

Elle courut presque jusqu'au garde-manger, suivie par les autres. Elle balaya l'illusion d'un geste pour se trouver face à une scène pour le moins comique : le ninja, enragé, était retenu tant bien que mal par Shaolan et Ryuuoh alors qu'il essayait de sauter sur Fye dans le but visible de l'étrangler. Voyant qu'ils n'étaient plus seuls dans la pièce, les deux jeunes garçons demandèrent silencieusement de l'aide, conscients qu'ils ne pourraient plus tenir bien longtemps.

« Kurogane, » dit calmement Yume. « Stop. »

Le brun arrêta net ses gesticulations et se tourna vers elle, ayant repris ses esprits. Il poussa un profond soupir et sortit dignement, bousculant une ou deux personnes au passage.

« Fye… » grogna l'autre Kurogane sur un ton menaçant.

« Me regarde pas comme ça, » répondit-il en se grattant le cou d'un air absent. « Je n'ai rien fait. J'ai juste voulu attraper des gâteaux qui étaient derrière lui et il se trouve que ma main est rentrée en contact avec une partie…sensible. C'est quand même pas ma faute si on y voyait que dalle dans cet espèce de trou à rats. »

« Tu crois vraiment que c'est le moment de faire ton malin ? » demanda Kurogane en serrant les poings, jetant en même temps un regard au magicien dont la mâchoire légèrement crispée laisser présager qu'il était prêt à massacrer son double à la moindre occasion. « Tiens, il est jaloux. Intéressant, » pensa-t-il.

Yume fronça les sourcils mais envoya un clin d'œil discret au blond avant de se tourner vers Ryuuoh.

« Il y a de grandes chances pour que ce soient les ministres eux-mêmes qui soient derrière cette affaire. Tu vas devoir être prudent. Eiji, Kimi-chan, vous voulez bien m'aider à le renvoyer à Gamma, je vais avoir du mal toute seule. »

« Peu importe tant qu'il sort de ma vue, » déclara Eiji

« Tant de sollicitude me fait chaud au cœur, » répondit-elle d'une voix glaciale.

« Comment comptez-vous vous y prendre ? » demanda Fye, ayant retrouvé son air bon enfant.

« Ben on va le téléporter, quelle question, » dit Watanuki comme s'il s'agissait d'une évidence.

« Ce n'est pas risqué pour vous, ça ? » s'enquit Dômeki l'air de rien.

« Oh il s'inquiète pour Kimi-chan, c'est trop mignon ! » s'extasia Yume, alors que le médium atteignait lentement mais sûrement une teinte rouge tomate.

« Mokona veut voir ! Mokona veut voir ! »

« Vous verrez tous, ne vous en faites pas. Les garçons, allez chercher de la craie et commencez à tracer le cercle sur la terrasse. Je vais aller désactiver la barrière en vitesse. Vous autres, reposez-vous un peu et mangez quelque chose, la journée a été éprouvante. »

Elle partit et se hâta vers le jardin, s'envolant sans prêter la moindre attention au ninja allongé dans l'herbe. Elle descendit en pic à la plus proche limite de la barrière et déplaça une pierre qui diffusait une pâle lueur blanche, invisible pour des yeux humains. Elle entendit un vague tintement provenir du ciel et fit craquer ses doigts avant de les enfoncer dans la terre.

« C'est le moment ou jamais, » dit-elle en fermant les yeux.

Elle se concentra quelques instants, pendant lesquels il ne se passa rien. Et la terre se mit à trembler, d'abord un vague grondement, un écho lointain venu des profondeurs, puis de plus en plus fort, jusqu'à ce que le sol lui-même ne se mette à tressauter, comme pris de spasmes. Lorsque le bruit fut à la limite du supportable, elle retira vivement ses mains et s'envola aussitôt. Elle atterrit bientôt près de la villa, Watanuki et Kurogane accourrant vers elle, l'air paniqué.

« Tu n'as rien ? » demanda le médium en se postant à ses côtés.

« Non, ça va, je suis juste tombée, » répondit-elle en époussetant son jean. « Mais c'est pas passé loin cette fois. Les tremblements de terre sont de plus en plus fréquent ces derniers temps, c'est étrange. »

« Etrange, c'est le mot, » remarqua le ninja en la toisant d'un œil torve.

« Eiji, t'en es où avec le cercle ? » demanda-t-elle en souriant. Kurogane était décidément beaucoup plus intelligent qu'il ne le laissait paraître au premier abord.

« J'y travaille, » répondit le concerné. « Encore une minute. »

« Ok, Ryuu, place-toi au centre. »

Une fois le cercle terminé, Watanuki, Eiji et Yume se placèrent autour, les mains jointes.

« Une seconde ! » s'écria soudain la jeune fille. « Je reviens. »

Elle se précipita à l'intérieur et revint, un objet à la main.

« Tu allais oublier ton portable ! » dit-elle en le donnant à Ryuuoh. « Ca aurait été embêtant, si j'avais voulu te joindre. »

« Bon, on peut s'y mettre ? » demanda Eiji, à bout de patience.

Yume acquiesça avant d'embrasser rapidement son petit ami et de se remettre à sa place. Les trois joignirent à nouveau leurs mains, puis les levèrent ensemble et avancèrent, pieds nus, sur le bord du cercle, qui se mit à briller d'une lumière aveuglante. Une espèce de tourbillon sortit de terre et enveloppa Ryuuoh, le cachant complètement. Ils maintinrent leurs positions, luttant contre le vent violent, puis firent brusquement un bond en arrière, claquant leurs paumes l'une contre l'autre. Le tourbillon s'estompa révélant le vide là où s'était tenu le garçon quelques instants plus tôt. Une douce torpeur atteignit le groupe pendant que les trois magiciens reprenaient difficilement leur souffle : l'exercice s'avérait épuisant.

« Mokona trouve ça très cool ! » s'exclama la bestiole, enthousiaste. « Vous êtes vraiment puissants ! »

« Merci Mokona, » répondit Eiji. « Mais comme tu peux le constater, on ne pourrait pas faire ça tous les jours. »

Ryuuoh arriva sans encombre à Gamma. Yume avait eu la présence d'esprit de dévier un peu sa trajectoire afin qu'il soit dans un endroit tranquille et proche du quartier général des rebelles. Il sortit fébrilement le téléphone qu'il avait glissé dans sa poche et vérifia ses messages. Comme prévu, la jeune fille avait laissé une trace de son passage.

« Demain, à l'aube. Ne perdez pas de temps, vous n'en avez pas beaucoup. J'ai réglé la question du dernier. Tu vas me manquer. A dans cinq jours mon amour. »

Le lendemain, aux premières informations du matin, les habitants d'Hebfi purent entendre de curieuses nouvelles.

« A six heures précises, les forces de l'armée et de la police ont lancé une offensive massive contre le quartier Gamma en représailles de l'assassinat de la Grande Administratrice, Sonomi Daidouji et de celui de son mari, hier, à leur domicile. Nos équipes les ont suivi de près et ont pu constater en direct l'effarante évidence : les Insoumis ont disparu. Ils semblerait, bien que cela soit impossible, qu'ils se soient volatilisés dans la nuit sans laisser la moindre trace. Différentes personnes demeurant aux abord de la ville ont été interrogées sans succès : personne n'a rien vu, ni rien entendu. Ici, tout le monde se mobilise et fouille les maisons de fond en comble, dans l'espoir de trouver un quelconque indice. Jusqu'ici, le mystère reste entier. Cependant, la fuite des Insoumis confirme à ne pas en douter leur implication dans les meurtres. Nous reprendrons l'antenne dans la journée pour de plus amples informations. A suivre : vos réactions. »

oOo

C'est tout pour aujourd'hui. Avez-vous deviné où sont les Insoumis ? ^^

Petite note : Vous, oui vous qui venez lire mon histoire sans laisser votre trace en essayant de vous la jouer discret, je vous vois ! ( xD) Je plaisante. Mais n'empêche, j'aimerais bien que vous me disiez ce que vous pensez. Je ne suis pas une chasseuse de reviews, loin de là, et je continuerai quoi qu'il arrive (le chantage de ce genre m'horripile plus qu'autre chose) mais ça fait toujours plaisir et je voudrais savoir si y a des trucs que je peux améliorer, je ne suis pas à l'Ouest au point de m'imaginer que mon écriture est parfaite.

Bref, le message est passé, et j'en profite pour faire un petit sondage : a votre avis, qui est Yume et que cherche-t-elle ? J'aimerais voir ce qui vous passe par la tête !

Sur ce, à dimanche prochain !