DOUBLE TROUBLE
Me revoilà ! Et ce pour entamer (enfin) la deuxième partie de cette (monstrueuse) fic, qui n'a pas vraiment d'intitulé d'ailleurs, mais c'était juste pour marquer le coup. J'en suis au tiers, youpi ! xD Bref, à partir de là, de nouveaux défis vont s'imposer à nos chers petits, qui ne sont ni au bout de leurs peines, ni au bout de leurs surprises (bonnes comme mauvaises).
Sinon, que de haine contre la pauvre Yume dans les reviews ! Justifiée ou non ? Ah c'est la grande question. Ce chapitre vous apportera peut-être quelques éléments de réponses, pourvu que, comme Fye, vous compreniez la leçon ^^
Pas de rating particulier ni de spoilers (enfin si il y en a un mais il est rudement bien planqué).
A part ça bah, bonne lecture, et joyeuses Pâques à tous !
~Chapitre 9 : Deux en Un~
"I can be loud
man, I can be silent.
I could be young man or I could be
old.
I can be a gentleman or I can be violent.
I could turn
hot man or I can be cold.
I could be just like the calm before
the storm boy,
Waiting for all hell yeah to break loose.
I
could be innocent or I could be guilty."
The John Butler Trio, Zebra
oOo
« C'est ce que tu crois. Ce n'est pas ce que tu crois. Mon travail ici est terminé, ne perds pas de temps à me chercher, petit frère. Les heures à venir seront sombres et funestes, mais vous devrez vous débrouiller sans moi. J'ai d'autres prérogatives qui m'attendent, ailleurs. En temps voulu, tu sauras, en temps voulu, vous saurez tous. En attendant, souviens-toi de te méfier des apparences. Les apparences disent que je vous ai trahis. Pourtant, je vous aimerai toujours. Yume. »
Eiji relisait peut-être pour la millième fois le mot que sa sœur avait laissé avant de partir. Il avait beau essayer, il ne comprenait pas. Il avait l'impression qu'elle avait arraché la moitié de son cœur et qu'elle s'était envolée avec. Comment avait-elle pu ? Après toute cette douleur, après toutes les épreuves qu'ils avaient traversé, au milieu de ce bonheur retrouvé, comment avait-elle pu s'éclipser sans rien dire ?
Il la connaissait assez bien pour savoir qu'elle n'avait pas fait tout ça dans l'unique but de s'enfuir avec Ryuuoh. Toute cette magie déployée pour en arriver là, cela semblait ridicule. Cette magie qu'elle leur avait volé, il en était à présent convaincu. Tous avaient senti leurs pouvoirs décroître et s'emballer dans la semaine qui avait précédé sa disparition, mais aucun n'avait osé en parler, le mettant sur le compte du choc causé par l'état de Tomoyo. Elle avait drainé leur essence, la mêlant à la sienne pour ses sombres desseins, les rendant moins réceptifs et totalement sans défense. Ils avaient tenté de les réutiliser, en vain : Sakura ne rêvait plus, Kimihiro ne voyait plus de spectres, Odessa ne lisait plus les pensées et lui-même ne pouvait plus guérir une simple égratignure. Elle avait visiblement tout prévu.
Les Insoumis régnaient depuis bientôt un mois en maîtres sur la ville, sur laquelle planait une aura perpétuelle de terreur et de résignation. Des forces armées encerclaient Hebfi, essayant sans succès d'y pénétrer : une sorte de voile doré formait un dôme de la limite Nord de Gamma à sa limite Sud, imperméable aux hommes et aux balles. Non contente d'avoir généré la révolution, Yume les avaient aussi enfermés dans une cage et avait jeté la clé.
Les habitants de Prisma et Bêta avaient été évacués de leurs maisons et été répartis aléatoirement dans les anciennes demeures des Insoumis, où ils avaient pu constater la décrépitude des lieux. On leur avait donné le choix entre vivre ainsi ou prendre leurs mains et reconstruire. On leur fournirait les fonds et les outils, pour peu qu'ils souillent leurs ongles manucurés. Beaucoup avaient rechigné au départ et avait appelé les militaires qui s'agitaient de l'autre côté du voile, avant de réaliser que c'était totalement inutile. Ils avaient fini par se mettre au travail et c'est ainsi que les grands travaux de rénovation avaient commencé.
Le groupe n'avait pas été épargné par cet état de fait et avait atterri dans une maison à demi souterraine et atrocement délabrée. Curieusement, le premier à mettre la main à la pâte fut Fye, qui, bien que terrassé par la fuite de la jeune fille, semblait plus calme et réservé qu'à l'accoutumée. Lorsqu'ils l'avaient tous regardé d'un air interrogatif alors qu'il s'employait à chasser la poussière à coups de balai, il les avait gratifié d'un « Au fond, ce n'est peut-être pas plus mal. » qui les avaient laissés comme deux ronds de flan.
Fye avait saisi quelque chose qui leur échappait encore et cela rendait Eiji complètement fou.
« Mais qu'est-ce qu'il y à comprendre ?! » s'écria-t-il à voix haute, enfouissant sa tête dans ses genoux.
« Yume chérie, on dirait qu'ils sont un peu longs à la détente, ce n'est pourtant pas si compliqué, » murmura Fye qui l'observait, caché derrière un pan de mur. Il soupira avant de s'éloigner : il avait encore du boulot.
Au-dessus d'eux, sur le toit, l'autre Fye et le ninja s'acharnaient à la réparation du toit. Ou plutôt, l'autre Fye se moquait gentiment du ninja qui s'acharnait à la réparation du toit, se retenant de lui envoyer son marteau en pleine face. Kurogane avait retrouvé son état normal le jour même de la disparition de Yume et le moins qu'on puisse dire était que le réveil du mage n'avait pas été des plus agréables ce matin-là. Le brun l'avait proprement jeté du lit quand il avait découvert la position dans laquelle ils se trouvaient, lui hurlant tout ce qu'il savait. Lorsqu'il s'était enfin calmé, il avait avoué au magicien hébété que pour la première fois depuis des années, il avait dû trop boire, car il ne se souvenait absolument pas de la soirée écoulée. Fye, soulagé, lui avait alors expliqué tant bien que mal qu'il avait juste voulu le maintenir dans cette position au cas où il vomirait, pour ne pas qu'il s'étouffe dans son sommeil. Kurogane avait paru sceptique mais ensuite les évènements s'étaient déchaînés et ils n'avaient pas eu l'occasion d'en reparler depuis.
La trahison de la brune ne les avait étonné ni l'un ni l'autre outre mesure. Tous deux se méfiaient d'elle depuis le début et cela faisait partie de l'enchaînement logique des choses. Le ninja avait cependant le vif sentiment d'être passé à côté du plus important et surtout, qu'elle n'avait pas dit son dernier mot. Il gardait le silence, se contentant d'observer pour le moment.
« Kuro-rin doit se dépêcher ! » s'exclama le mage d'un ton joyeux. « Nous n'avons même pas de seaux pour endiguer les fuites si la pluie se met à tomber ! »
« Si tu m'aidais un peu, j'irais beaucoup plus vite, » grogna le ninja. Il se souvint avec nostalgie du temps où ils étaient à Koryo : ils y avaient tenu un dialogue à peu près similaire. A cette époque, tout était plus simple, ils avaient une plume à trouver et à récupérer, point barre. Aujourd'hui, ils étaient bloqués dans un monde en guerre, vraisemblablement à cause d'une folle furieuse qui s'était auto-proclamée donneuse de leçons officielle, sans plume, sans repères…
« Et avec cette putain de planche qui refuse de se fixer, » marmonna-t-il en tapant sur ladite planche comme un forcené.
« Tu as dit quelque chose, Kuro-chan ? » demanda le mage en s'approchant dangereusement.
« Population d'Hebfi, ici Yukito Tsukishiro. Il est dix-sept heures, le temps pour moi de vous donner les nouvelles du jour. »
Les deux hommes levèrent la tête, soudain concentrés. Ces dépêches quotidiennes étaient le seul moyen de les informer de l'avancement de la situation.
« Pour les informations internes, je ne peux que signifier que je suis fier de vous : la réorganisation avance bien. Je constate aussi que la plupart ont renoncé à essayer de s'enfuir, à la bonne heure, c'était de l'énergie gâchée pour tout le monde. Les informations extérieures, maintenant. On nous a communiqué l'arrivée imminente des armées de Tankar et d'Unkar. Les éclaireurs envoyés là-bas ayant malheureusement dû être abattus, les charmantes personnes qui nous entoure n'ont pas été mises au courant. Je vous avoue que c'est un peu la panique, là-dehors : nos alliés sont parvenus à désactiver l'ensemble des satellites qui entourent notre belle planète et plus aucune communication n'est possible. Il ignorent également que beaucoup de leurs bases aériennes et terrestres ont été rasées et qu'à l'heure où je vous parle, Linore est sur le point de rendre les armes. Eh bien, je pense que c'est suffisant pour aujourd'hui. A demain. »
Ils sautèrent du toit ensemble et se réceptionnèrent souplement sur le sol avant d'entrer dans la maison, où les attendaient déjà tous les autres. Ils avaient pris l'habitude de se rassembler, faisant un petit compte-rendu après chaque dépêche. Il s'assirent en cercle, l'air grave, plongés dans un silence tendu.
« Vous croyez que c'est vrai ? » demanda finalement Sakura.
« Il y a de fortes chances, » répondit Eiji. « Regarde, les hommes du dehors ont mis plusieurs jours à se pointer et ils viennent presque tous d'Hebfi à en juger par les réactions de leurs familles. Ils ne savent absolument pas ce qui se passe et cherchaient juste à rentrer chez eux. Je suis allé jeter un coup d'œil hier, ils sont aussi effrayés que nous et visiblement les renforts ne viennent pas. Soit ils sont incapables de les joindre, soit ils sont occupés ailleurs. Dans les deux cas, on est dans la merde. »
« Comment ils auraient fait ? Frapper si fort, si vite ? Prendre la moitié du pays en si peu de temps ? Ca n'a pas de sens, » constata-t-elle en se frottant le visage.
« Ils ont l'avantage de la surprise, » dit Kurogane, le regard dur. « On ignorait tous combien ils étaient, d'où ils venaient et où ils se cachaient. Les autres à l'extérieur n'ont rien dû voir venir. Ils ont pris garde de ne laisser aucun survivant susceptible d'aller avertir qui que ce soit de leur avancée. Pour peu qu'ils aient flingué les communications, le reste n'était pas difficile à réaliser. »
« C'est ça que je ne comprends pas. Pour autant que je sache, les postes de contrôle des satellites se trouvent à Acalie, et c'est encore une zone libre. Ils n'auraient pas pu les désactiver à moins de parvenir jusque là-bas, » remarqua Fye.
« Tant qu'elle y était, Yume a pu leur donner un petit coup de pouce. Enfantin, à son niveau, » déclara Eiji en tentant de masquer le tremblement de sa voix.
« Je crois que vous ne saisissez pas très bien la gravité du truc, » dit Odessa, qui les avait exceptionnellement rejoints ce jour-là. « La plus grosse menace ne vient pas d'Unkar ou de Tankar, elle vient d'Enaï. Il y a entre ces murs des dizaines de dignitaires qui s'étaient déplacés spécialement pour le festival et qui sont dans l'incapacité de rentrer au pays. Je suis là, moi aussi, ainsi que mes parents. Il ne faut pas que vous oubliiez que mon père est le prochain sur la liste s'il arrive quoi que ce soit à Adrian. Nous sommes de la famille royale, et je connais mon cousin : s'il doit entrer en guerre contre Read pour nous récupérer, il le fera sans hésiter. »
« On aurait dû faire comme j'avais dit et s'occuper de cet enfoiré de Yukito avant que ça ne dégénère, » grogna le ninja.
« On a vu ce que ça a donné quand vous avez essayé de les attaquer la dernière fois, » rétorqua Sakura. « Vous avez failli tous nous faire tuer. Vous êtes peut-être fort, mais vous ne connaissez pas nos armes et vous ne les maîtrisez pas non plus. »
Kurogane renifla dédaigneusement à ce souvenir. En effet, quand une troupe d'Insoumis était venue les déloger de la villa, il avait voulu se défendre et s'était retrouvé avec une balle dans la jambe. L'un des hommes avait pointé son arme sur la princesse terrorisée, Shaolan s'était interposé et l'histoire aurait pu finir en bain de sang si le mage n'avait pas calmé le jeu en leur ordonnant, mortellement sérieux, de se tenir tranquille. Curieusement, les Insoumis n'avait pas semblé surpris le moins du monde de les trouver là, il en avait déduit qu'on les avait prévenus. Sa jambe était à présent guérie, mais l'affront qu'il avait subit restait profondément ancré dans sa chair.
« En plus, » reprit-elle. « Maintenant, ça ne servirait plus à rien. Même en imaginant, et c'est mal barré, qu'on arrive à dézinguer Yukito et sa clique, rien ne garantit que le dôme tiendra. S'il s'effondre avec, on aura des milliers de soldats armés jusqu'aux dents qui nous tomberont sur le coin de la gueule et au final ça reviendra au même. Sans magie, on est impuissants. Alors à choisir, je préfère rester ici et en vie plutôt que de m'engager dans un combat suicidaire qui mettrait tout le monde en danger, excusez-moi. »
« Vous suggérez qu'on reste plantés là sans rien faire ? » demanda Shaolan, abattu.
« Je ne parle que pour moi, » répondit-elle en baissant les yeux. « Je ne vous force à rien. Nous vous l'avons déjà dit : « Ce n'est ni votre monde, ni votre combat. » Vous êtes libres de vous barrer si ça vous chante, mais le fait est que tant que le dôme est là, nous sommes tous prisonniers. Quand les Tankarians et les Unkarians seront là, il faudra bien qu'ils les laissent entrer et à ce moment-là vous aurez peut-être une chance de vous enfuir. Trouver la prophétie, et Yume. On ne vous a pas raconté de salades quand on vous a dit qu'on ne savait pas comment vous faire sortir de ce monde, mais elle… Un mensonge de plus ou de moins, elle n'est plus à ça près. »
« Oui, mais on ne peut pas vous laisser tomber comme ça ! » s'écria Fye avec un sourire béat.
« C'est pas vrai, je rêve, » grogna le ninja. « Bien sûr qu'on peut abruti, puisqu'elle nous le propose ! »
« Kuro-rin, ce n'est pas gentil ! Ils ont été adorables avec nous et nous devons les aider ! Ca prendra peut-être des années avant qu'on trouve le moyen de nous en aller alors tant qu'à faire autant se rendre utile, non ? »
Kurogane reçut la révélation comme un coup de massue sur le crâne et se traita mentalement de tous les noms. Ca tombait sous le sens, il aurait dû le voir : le mage n'avait pas la moindre intention de quitter Read. Le ninja avait bien perçu, au début, ses appréhensions et sa méfiance vis à vis de ce monde trop parfait, mais par la suite, il avait senti qu'elles s'estompaient doucement pour laisser place à autre chose. Evidemment, les craintes du magicien avaient surtout été dirigées contre Yume ; elle partie, il avait toutes les raisons de rester : il pourrait se cacher là pour toujours, n'ayant plus besoin de fuir, niché dans une cage dorée où tout semblait possible. En les aidant à réparer la maison, c'était aussi la sienne qu'il construisait, le « chez lui » qu'il n'avait probablement jamais eu.
« Hors de question, » dit-il sur un ton menaçant. Et cela signifiait beaucoup plus que ça n'en avait l'air au premier abord. Le sourire de Fye disparut un instant avant de revenir, vacillant : il avait visé en plein dans le mille.
« Je vais faire un tour, » dit soudain l'autre Fye en se levant.
« Seul ? Ca ira ? » demanda Kurogane, inquiet.
« Je ne suis plus un gosse, Kurogane, » répondit son amant d'une voix tranchante avant de passer la porte.
« Quelle mouche l'a piqué ? » s'étonna Odessa.
« Avec lui, va savoir, » rétorqua Eiji. « Alors on fait quoi ? On attend et on avise en fonction ? »
« C'est pas comme si on avait vraiment le choix, » dit Sakura d'un air sombre.
Fye marchait tranquillement dans les rues de Gamma, perdu dans ses pensées. Celles-ci étaient plus ou moins désertes : l'heure se faisait tardive et les habitants étaient pour la plupart occupés à préparer le dîner. Il finit par bifurquer dans une ruelle et par s'appuyer contre un mur, avant de se laisser glisser au sol, passant ses mains dans ses cheveux dans une vaine tentative de calmer sa migraine. C'était trop dur, il ne pouvait pas. Sans elle, il n'y arriverait pas.
« Vous n'avez pas l'air bien, Fye. Quelque chose vous tracasse ? »
Le blond leva brusquement la tête, surpris, et se retrouva face à une personne qu'il n'aurait jamais imaginé croiser à ce moment précis.
« Vous êtes…Vous êtes Yukito Tsukishiro, » balbutia-t-il, n'en croyant pas ses yeux.
« C'est bien moi, » confirma Yukito en souriant largement. « Et vous vous êtes Fye D Fluorite. »
« Vous me connaissez ? »
« C'est une question un peu idiote, tout le monde vous connaît, » répliqua l'autre en faisant une adorable moue. « Et puis…disons que Yume m'a beaucoup parlé de vous. »
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda Fye, le visage fermé.
« Quelle agressivité ! Je ne vous veux aucun mal, rassurez-vous. Je ne veux de mal à personne, d'ailleurs, mais ça, je pense que vous l'avez compris. Notre relation commune m'a juste prié de passer vous voir afin de vérifier que vous alliez bien, rien de plus. Après tout ce qu'elle a fait pour notre cause, je lui devais bien ça ; et j'avoue que j'étais un peu curieux de voir à quoi vous ressembliez en vrai, ma grand-mère vous aime beaucoup. »
« Ne me prenez pas pour un con, » dit le blond sur un ton dangereusement calme. « Vous n'auriez pas fait tout ce chemin seul sur un territoire à découvert et rempli d'ennemis potentiels juste pour vous inquiéter de ma santé, même sur les ordres de Yume. »
« En effet, ce n'est pas tout, » répondit Yukito en s'agenouillant face à lui. Son visage avait changé du tout au tout : de souriant et ouvert, il était passé à sombre et concentré. Fye se fit intérieurement la remarque que quelque part, ce type devait avoir des tendances schizophrènes. Il n'était pas si loin de la vérité. « Vous voyez Fye, Yume, pour des raisons que je ne saurais expliquer, croyait en vous plus qu'en tous les autres. Elle m'a assuré que vous auriez compris les tenants et les aboutissants de cette opération avant même qu'elle ne soit terminée. Avait-elle tort ? »
« Non, » déclara Fye. « J'ai bien compris. »
« Vous m'étonnez. Pour quelqu'un d'aussi superficiel que vous, j'aurais imaginé que la chute serait beaucoup plus rude. »
« Il faut toujours se méfier des apparences, » rétorqua Fye, tel un écolier récitant sa leçon.
« C'est ce qu'elle a dit également, » concéda Yukito en soupirant. « Toujours est-il qu'elle m'a fait promettre que s'il s'avérait qu'elle avait eu raison, je devais vous transmettre un message. Nous avons dans nos rangs quelqu'un capable de changer le cours des choses telles qu'elles sont actuellement, et ce ne serait pas du luxe, croyez-moi. Nous savons tous les deux que la situation avec les enians est critique. Ils n'attaqueront pas avant que nous ayons la totalité du pays sous contrôle, mais quand bien même, nous ne voulons pas d'une guerre ouverte contre Enai, ce n'est pas notre but. Il est donc impératif que la jeune princesse Walker et sa famille y retournent pour calmer les ardeurs du roi et lui expliquer la situation afin que nous puissions enfin vivre en paix. »
« Comment pourraient-ils lui expliquer une situation à laquelle ils n'entendent rien ? Ils vous détestent, vous et tous les Insoumis. Ils n'accepteront jamais un marché qui puisse tourner en votre faveur. Nous n'avons pas le temps, et d'ici à ce qu'ils réalisent, il sera bien trop tard. »
« J'en suis conscient, » assura Yukito. « et elle le savait aussi. C'est là qu'intervient la personne dont je vous ai parlé : elle peut tout à fait les faire changer d'avis et nous sauver tous de la destruction. Cependant, rien en ce monde n'est gratuit. Afin de pouvoir rencontrer cette personne, ils devront faire par eux-mêmes la moitié du chemin. Voici le contrat que j'ai passé avec Yume. C'est là que se situera votre rôle. »
« Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Quoi que je dise, ils ne m'écouteront pas ! » s'exclama le blond qui commençait à fulminer.
« Il n'est pas question de leur dire, juste de les guider. Vous avez deux semaines, jour pour jour. C'est juste un peu moins du temps nécessaire aux armées du Nord pour parvenir jusque ici. Alors, le dôme disparaîtra et nous ne bénéficierons que d'un court répit avant qu'ils ne viennent réclamer la tête de la princesse et de l'oncle du roi. Si vous devez partir, ce sera à ce moment-là. Au terme de ce délai, donc, je reviendrai vous voir et j'estimerai par moi-même s'ils ont compris la leçon. »
« Vous êtes dingue, » déclara Fye. « Vous n'avez pas le droit de me mettre un tel poids sur les épaules. »
« Yume avait assez confiance en vous pour vous octroyer cette mission, cela me suffit, » répondit Yukito, le regard dur. « De plus, vous êtes le seul vers qui nous pouvons nous tourner. Si je pouvais régler moi-même cette histoire, je le ferai sans tarder, mais elle me l'a formellement interdit. Alors je ne peux qu'espérer sincèrement que vous saurez vous montrer digne de cette confiance aveugle qu'elle vous porte et que vous lui portez aussi, j'en suis convaincu. »
« D'accord, » abdiqua Fye après un temps de réflexion. « Mais pour ceux des autres dimensions, je fais quoi ? »
« Ca les concerne aussi. Il faut absolument qu'ils partent avec vous, elle l'a bien précisé. Je dois vous laisser maintenant, j'ai d'autres obligations. Ah, j'oubliais ! » s'écria-t-il, se retournant après quelques mètres, un grand sourire de nouveau plaqué sur son beau visage. « La petite Daidouji s'est réveillée ce matin et votre présence à ses côtés serait appréciée. J'enverrai des hommes demain pour vous amener auprès d'elle, mais ce sera pour un groupe de six maximum, et le ninja récalcitrant que vous hébergez sera bien entendu exclu de la balade. Sur ce, bonne soirée ! »
Il s'éloigna, sautillant presque, laissant Fye prostré contre son mur.
« Parfait, » pensa-t-il ironiquement. « Tout est absolument parfait. »
Plus tard, dans la maison, le groupe s'était mis en quête d'une activité pour passer le temps.
« Regardez princesse, ce n'est pas compliqué pourtant, » répéta Odessa pour ce qui lui sembla être la centième fois. « Il y a trois atouts : le un, le vingt-et-un, et l'excuse. Le but, c'est justement de ne pas les perdre car chacun d'eux baisse le nombre de points qu'il vous faut pour gagner la partie ! Au pire, si vous ne pouvez pas les garder, essayez de les passer à votre ou vos partenaires. »
« Mais le cavalier, ce n'est pas un atout, aussi ? » demanda la princesse qui s'embrouillait complètement au milieu de toutes ces cartes.
« Elle est peut-être chanceuse en général, mais apparemment les jeux de stratégie ne sont vraiment pas son point fort, » remarqua Eiji à voix basse à l'intention de Shaolan.
« Je suppose que la perte de ses plumes affecte aussi parfois sa mémoire à court terme, » répondit le jeune archéologue. « Et puis cela fait longtemps qu'elle n'en a pas récupéré une, j'ai peur que son état se dégrade si cela perdure. »
« Tu crains le temps qui passe mais tu ne lui as toujours pas déclaré ton amour, » constata Eiji, l'air consterné. « Cherche l'erreur. Tu attends quoi, qu'elle te fasse des signaux de fumée ? Elle n'a pas besoin de quelqu'un qui s'inquiète pour elle en permanence mais de quelqu'un qui l'aime. »
« Il a raison, » renchérit Sakura, qui avait laissé Odessa s'énerver seule sur la pauvre princesse. « Chaque heure qui s'écoule te rapproche de la dernière, fous-toi ça dans le crâne morveux. Alors sors de ton trip mélodramatique de chevalier servant et va lui faire une déclaration genre orchestre philharmonique et feux d'artifice dont elle se souviendra toute sa vie. Sachant que si tu le fais pas, on te forcera à y aller avec force coups de pied au cul. Tu me suis ? »
Shaolan la regarda comme s'il lui était poussé une deuxième tête et s'en fut clopin-clopant, prétextant qu'il avait besoin de prendre l'air.
« T'as été dure avec lui là, » dit Eiji à sa petite amie.
« Mon pauvre vieux, comprends qu'avec ce genre d'ânes, c'est le bâton qu'il faut utiliser, pas la carotte. S'ils continuent à ce rythme, ils y seront encore dans deux mille cinq cents ans, et je compte large. Ca craint. »
« Bon, les jeunes, je crois qu'on va abandonner le tarot pour ce soir, » dit Odessa à la cantonade. « Si quelqu'un a autre chose à proposer, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. »
« Coucou ! Je suis rentré ! » s'écria Fye en pénétrant dans la pièce, l'air tout guilleret. « Allez dites-le que je vous ai manqué ! » ajouta-t-il en tirant sur la joue d'Eiji.
« Fye, tu as pris de la drogue ? » demanda Kurogane sur un ton menaçant.
« Mais pas du tout Kuro-mamour, qu'est-ce qui te fait penser une chose pareille ? Ne bougez pas, j'ai une surprise pour vous ! » s'exclama-t-il avant de retourner à l'extérieur.
« C'est quoi son problème ? » demanda le ninja qui avait pendant un instant eu l'impression que c'était le mage qui s'était trouvé devant eux. Pourtant, celui-ci était toujours installé dans un coin, jouant tranquillement avec Shizu en compagnie de Mokona.
« Il pue l'alcool, » remarqua Sakura. « Je pense que ça peut avoir un rapport. »
« Ta-dam ! Voilà, je vous présente notre nouveau compagnon ! Je l'ai trouvé en rentrant sur le bord de la route. N'est-il pas trognon ?! » hurla-t-il presque en brandissant un adorable chiot couvert de boue.
« Hum, Fye, » dit prudemment Odessa. « Tu détestes les chiens, et avec le chaton, je ne suis pas sûre que… »
« Justement ! Ca lui fera de la compagnie puisqu'il est tout seul depuis de Yume est partie avec Kimi ! »
Cette phrase jeta un froid. En effet, pour une raison obscure, celle qui les avait abandonnés sans un regard en arrière n'avait pu se résoudre à laisser derrière elle son petit chaton. Encore un tiret à ajouter sur la longue liste des actes étranges accomplis par la jeune fille.
« Ne faites pas ces têtes-là, » reprit-il en s'approchant à grandes enjambées de son double. « Je suis certain qu'ils vont s'entendre comme deux larrons en foire. »
Fye plaça sans préambule le chiot devant le chaton apeuré. Il le considéra de ses yeux bleu et jaune et tapa doucement le museau du chiot avec sa patte. Celui-ci ne sembla pas apprécier et se mit à courir après Shizu en aboyant à travers toute la pièce.
« C'est vrai qu'ils sont marrants, » concéda Eiji après un moment, écroulé de rire. « Ca ne vous rappelle rien ? » ajouta-t-il en jetant un bref coup d'œil au mage et au ninja.
« 'Vois pas du tout de quoi tu parles, » grogna ce dernier, un minuscule sourire venant cependant fleurir sur ses lèvres.
« Alors, il peut rester ? » demanda Fye en récupérant le chiot au vol alors qu'il passait entre ses jambes.
« Oui, il peut, » approuva Sakura en se baissant pour être à la hauteur du chiot. « Et je crois qu'on sait déjà comment l'appeler. Hein, petit Kuro ? »
Le magicien laissa échapper un léger rire pendant que le ninja grognait pour la forme. Hormis eux, tout le monde acquiesça et même le chien tira la langue en remuant la queue à la mention de son nouveau nom.
Pendant ce temps, à plusieurs kilomètres de là…
« Alors, tu l'as vu ? »
« Oui, je l'ai vu, et j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle lui trouve. Il est totalement quelconque et je ne vois pas en quoi ce cloporte va pouvoir nous aider. »
« Yue, cesse tes sarcasmes et laisse-moi parler à Yuki, s'il te plaît. »
« Comme tu voudras, Toya. »
« Toya ? » dit Yukito après quelques instants, le regard voilé. « Il était encore là ? »
« Yuki ! » s'écria le jeune homme en se précipitant vers lui pour le soutenir. « Oui, et regarde dans quel état il te met, ça ne peut plus durer. »
« Il fait partie de moi Toya, que veux-tu que j'y fasse ? Je peux maîtriser ses allées et venues la plupart du temps, mais il y a des moments où il échappe à mon contrôle. Et puis je préfère le laisser parler quand les choses deviennent trop sérieuses, je ne suis pas très doué pour jouer au méchant tu sais. »
« Je sais Yuki, je sais, » répondit Toya en le serrant contre lui. « Mais ce n'est pas sain pour toi d'avoir une personnalité en trop qui se montre quand ça l'amuse. On avait pas les moyens avant de t'envoyer voir un psy, mais maintenant il faudrait peut-être y songer. »
« On a encore besoin de lui, au moins jusqu'à la fin de la guerre, » rétorqua Yukito. « Je suis trop faible pour mener le projet à bien, même avec toi à mes côtés. »
« Et qu'est-ce que ça a vraiment donné avec Fluorite ? »
« Je n'ai saisi que des bribes de leur conversation, mais je crois qu'il fera ce qu'il pourra. »
« Je l'espère. J'en ai assez de devoir rester comme ça loin de Sakura, il est plus que temps qu'elle apprenne la vérité. Heureusement que tu es là, » déclara Toya avant de l'embrasser.
Cela faisait plusieurs minutes que le mage avait renoncé à trouver le sommeil. Depuis qu'ils était arrivés ici, faute de place, ils avaient dû se répartir pour dormir en deux groupes : les garçons dans la pièce du rez-de-chaussée et les deux filles au sous-sol. Cela avait pas mal d'inconvénients. Par exemple, il pouvait très bien entendre les gémissements et les halètements de l'autre Fye et de l'autre Kurogane quand il leur prenait l'envie de faire l'amour au beau milieu de la nuit, alors qu'ils pensaient que tout le monde dormait, comme c'était le cas ce soir. Il n'osait pas leur dire de s'arrêter, après tout ce n'était pas leur faute et ils avaient bien droit à un peu de réconfort. Il entendit le ninja soupirer bruyamment à ses côtés. Apparemment, cela le dérangeait également mais pourtant il ne bronchait pas plus que lui, ce qui ne lui ressemblait pas.
Un gémissement plus fort que les autres se fit entendre et Fye se sentit bêtement rougir devant cette situation pour le moins gênante. Pourtant, dans un accès de courage insoupçonné, il se colla un peu plus contre le dos du ninja. Pendant quelques secondes, ils restèrent aussi immobiles que des pierres, mais soudain, le blond sentit quelque chose effleurer sa cuisse, et il sourit avant de se tortiller pour pouvoir attraper la main de Kurogane avec la sienne. Ils restèrent ainsi, dos à dos et main dans la main, dans une position qui rappelait un peu trop bien leur histoire commune : deux hommes fatigués aux buts radicalement opposés qui s'accrochent finalement ensemble pour ne plus se lâcher. Curieusement, Fye n'entendit plus ni les gémissements ni les halètements, et il se laissa sombrer dans le sommeil, comblé.
Dans un coin de la pièce, un chaton poussa un chiot avec sa petite truffe pour qu'il lui fasse de la place sur sa couverture. Le chiot ouvrit un œil et regarda le chaton avant de lever sa patte. Le chaton se faufila dessous et se roula en boule contre le chiot. Quelque part, il étaient contents, la chaleur de l'autre leur fit oublier tous ces jours qu'ils avaient passé dehors à grelotter sous la pluie, et le chaton ne pensa même plus à son frère perdu, juste pour cette nuit.
oOo
Et voilà. Ca avance enfin un peu entre Fye et Kuro. Certains diront que c'est totalement OOC de la part de Kuro-chan, mais je répondrai qu'il y a une raison à ce geste, toute simple d'ailleurs, et que ce n'est pas une grande déclaration genre « Je t'aime éternellement pour toujours. ». On y arrive, mais c'est pas encore gagné.
Sinon, je tiens à m'excuser de plusieurs choses : une, le tarot, je sais que ça a l'air de sortir de nulle part mais c'est un clin d'œil perso, ne faites pas attention ; deux, le « kuro-mamour », je l'ai lu dans une autre fic et je l'ai réutilisé ici ; trois, l'espèce de parallèle foireux avec Shizu-Kimi-Kuro, je pense que tout le monde aura compris l'allusion et je précise que ce n'était pas du tout prévu au départ, mais ça m'a sauté au pif pendant que j'étais en train d'écrire et j'ai pas pu m'en empêcher ; et quatre, qui va avec le trois, la fin totalement niaiseuse, c'est pas dans mes habitudes et je sais même pas ce que ça vient foutre au milieu, mais tant pis je la laisse, ça change un peu.
Avez-vous compris la leçon ? :P
Spéciale dédicace pour Evangelysta : Au moins maintenant tu sais le pourquoi du comment en ce qui concerne Yukito.
Sur ce, à dimanche prochain.
