DOUBLE TROUBLE

Youpi, on time cette fois. Je n'ai que moyennement galéré parce que j'aime bien ce chapitre où on peut voir la team (et les autres) commencer à évoluer. Ca fait du bien. Bref, je n'ai rien de spécial à dire, hormis comme toujours un grand merci pour tous vos commentaires, auxquels je ne peux pas forcément répondre malheureusement sachant que certains sont anonymes, mais qui me font tous chaud au cœur. Ca c'est dit.

Un petit M pour ce chapitre pour mention de lime, ma foi pas méchant. C'est tout pour les avertissements.

Bonne lecture !

~Chapitre 11 : (R)Evolutions~

"A revolution has begun today for me inside
The ultimate defense is to pretend
Revolve around yourself just like an ordinary man
The only other option to forget

Does it feel like we've never been alive?

Does it feel like it's only just begun?"

30 Seconds to Mars, R-evolve

oOo

Le soir venu, tout le monde alla se coucher dans une ambiance pour le moins glaciale. Eiji et Sakura avaient préféré aller dormir chez Odessa plutôt que d'avoir à poser les yeux sur Fye : ils ne s'étaient pas remis de l'affront qu'il leur avait causé, ce qui n'avait fait qu'empirer l'inimitié qu'ils avaient à son égard. Le ninja avait été d'une humeur massacrante toute la soirée, lâchant tout au plus trois mots lorsque c'était absolument nécessaire. Il avait même failli lever la main sur le mage alors que celui-ci venait juste lui apporter son repas : il avait violemment projeté l'assiette contre le mur avant d'amorcer le mouvement pour le frapper, faisant reculer le blond effaré et effrayé par son attitude, et même Mokona n'avait pas osé piper mot.

Les deux seuls qui ne semblaient pas se préoccuper de la morosité générale étaient leurs doubles. Ils avaient roucoulé tranquillement et impudiquement pendant des heures, se donnant la becquée et s'embrassant, tous sourires. Ils ne se souciaient visiblement plus de jouer à cache-cache et avaient décidé de faire copieusement profiter l'assistance de leurs gestes de tendresse, faisant rougir Shaolan et la princesse dans des tons jamais encore aperçus à ce jour, et n'améliorant pas du tout l'état des nerfs du ninja. Quand leurs caresses s'étaient faites trop poussées pour des yeux innocents, le magicien avait décrété, gêné, qu'il était temps d'aller se mettre au lit. Il avait éloigné au maximum son lit de fortune de celui de Kurogane, craignant sans doute d'avoir à subir d'autres attaques dans le courant de la nuit. Il n'avait pas tort, cependant les attaques prévues par le ninja n'étaient pas vraiment conformes à ses attentes. Shaolan, Mokona et Sakura étaient descendus à la cave, l'archéologue refusant de laisser la jeune fille dormir toute seule, au cas où, et le brun avait décrété intérieurement que c'était le meilleur moment pour agir. Les seuls occupants de la pièce hormis eux étaient leurs doubles, et ils étaient apparemment déjà bien avancés dans le deuxième round de la journée, à en juger par le cri étouffé qui venait de percer l'obscurité.

Durant les dernières minutes, il s'était approché sans bruit de la couche du magicien, prenant soin de ne pas l'alerter. Il savait que celui-ci ne dormait pas : il n'y avait que les gamins pour réussir à dormir avec un boucan pareil. Il était à présent à quelques centimètres à peine de sa proie, qui n'avait toujours rien remarqué, sans doute trop occupée à se concentrer pour ne pas entendre les deux autres qui criaient franchement, sans se soucier d'eux le moins du monde. Il souffla dans son cou, et le contact de l'air tiède pourtant aussi léger qu'une plume fit sursauter le mage qui ne s'y attendait pas. Kurogane le vit retenir un frisson puis se forcer à rester complètement immobile, dans l'espoir illusoire qu'il le croit endormi. Il esquissa un sourire sarcastique puis déposa délicatement ses doigts sur le bras nu de Fye, son nez jouant avec les petits cheveux à la base de sa nuque. Pendant un temps qui lui parut incroyablement long, il glissa le plus lentement possible sa main sur la peau du mage, passant le coude et caressant distraitement son poignet avant de se frayer un chemin vers son ventre, passant entre le sol et son corps, sous son tee-shirt. Il passa une de ses jambes entre celles de Fye, laissant ses poils épais crisser contre la peau glabre et s'allongea presque sur lui, essayant tout de même de ne pas l'écraser, pendant que sa main flattait son nombril, avant que celle-ci n'entame une descente inexorable vers son bas-ventre.

« Qu'est-ce que tu fais, Kuro-rin ? » demanda le mage d'un voix faussement innocente, une fois qu'elle eut atteint l'extrême limite de son caleçon, ne pouvant décemment plus feindre le sommeil.

« Je m'excuse, » répondit Kurogane en déposant un baiser dans son cou. Il mordilla le lobe de l'oreille de Fye, laissant sa main descendre un peu plus sous le tissu élastique et frôlant la toison soyeuse qui se trouvait là.

Le blond se tourna brusquement sur le côté, effarouché par ce toucher bien trop intime, manquant de déséquilibrer le ninja qui maintint sa position comme il put. L'un de ses orteils vint taquiner la plante du pied de Fye, qu'il découvrit chatouilleuse, et il huma profondément ses cheveux qui dégageaient un parfum indéfinissable, presque insaisissable. « Comme lui, » pensa-t-il, avant de se reprendre : voilà qu'il devenait romantique.

« De quoi, Kuro-sama ? » l'interrogea Fye qui tremblait si fort qu'on l'aurait dit secoué de spasmes.

« Je t'ai fait peur, tout à l'heure. Je suis désolé. »

« Tu me fais aussi peur maintenant, Kuro-chan, » déclara le mage, sans pour autant esquisser le moindre geste pour stopper la main baladeuse.

« Arrête tes conneries, » grogna Kurogane en avançant son bassin, resserrant sa prise sur Fye et le faisant gémir piteusement. « C'est ce que tu veux, sinon tu m'aurais déjà repoussé. Abruti… » ajouta-t-il pour la forme.

« Kuro-wanko est bien trop fort pour moi, je ne peux pas. »

« Regarde-les, » dit le ninja en lui relevant la tête de sa main libre, désignant l'autre couple qui était bien parti pour s'offrir un troisième round. « Tu n'as pas envie d'avoir ce qu'ils ont, avec moi ? »

« On ne pourra jamais avoir ce qu'ils ont, » remarqua Fye sur un ton polaire qui étonna le brun.

« Et pourquoi ça ? » demanda-t-il.

« Tu me détestes. Je te déteste. »

« Je ne peux rien faire pour toi, » constata Kurogane avec un soupir, tentant d'ignorer le pincement dans sa poitrine. « Mais si je te détestais vraiment, je ne ferais certainement pas ça. »

D'un mouvement brusque il empoigna le sexe du magicien qui poussa un petit cri surpris avant d'essayer de se dégager, en vain.

« Arrête… Lâche-moi… » protesta-t-il faiblement alors que Kurogane s'employait à laisser un suçon derrière son oreille. Il sentait son corps le trahir malgré toute la bonne volonté qu'il y mettait et la bosse qui frottait lascivement contre ses fesses lui démontrait clairement que le brun appréciait aussi beaucoup cette proximité nouvelle.

Tout à leurs administrations, ils n'avaient pas remarqué que les deux autres s'étaient tus et les écoutaient même attentivement.

« Ca sent le roussi, » chuchota le brun, inquiet.

« J'ai pas dit que ça serait facile, » répondit l'ex-mannequin. « Vu qu'il est aussi con que toi, ça finira en gueulante ou je ne m'y connais pas. Vous n'avez décidément aucun tact, j'espère juste qu'il ne le violera pas. »

« C'est vrai que vous en avez beaucoup plus, évidemment. Deux paradoxes sur pattes : aucune espèce d'inhibition mais une totale incapacité à communiquer. Impressionnant. »

« Ca tombe sous le sens, » grogna le blond en lui assénant une petite tape sur la tête. « Tout le monde aurait envie de communiquer son mal-être existentiel à deux grosses brutes comme vous, genre je tape d'abord et je réfléchis après. Merci, mais non merci. »

« Je ne suis plus ce mec-là bordel. Et je réfléchis toujours avant de frapper, d'ailleurs… »

Ils entendirent soudain une longue plainte ressemblant vaguement à un « non » provenir de l'autre côté de la pièce.

« Tu vois, je te l'avais dit : un paradoxe sur pattes, » remarqua Kurogane, se retenant de glousser. « Il pense « oui » mais il dit « non ». Ca rend tout de suite le refus moins crédible quand on est pas capable de le prononcer correctement. »

« Mais qui est-ce qui m'a affublé d'un boulet pareil, » soupira Fye, souriant malgré tout. « Tu allais dire quoi avant d'être si grossièrement interrompu ? »

« J'allais dire que si je réfléchissais pas avant de frapper je t'aurais envoyé mon poing dans la gueule tellement de fois que tu aurais pu dire adieu à ta belle carrière. Mais heureusement pour toi, j'ai pas besoin de réfléchir beaucoup pour me rappeler que je t'aime. Et là, miracle, j'ai plus envie de t'en mettre une, juste de t'embrasser jusqu'à ce que mort s'en suive. »

« T'es bête, » constata le blond en rougissant. « Mais si je devais mourir un jour, j'aimerais bien que ça se passe comme ça. »

« Et si on continuait à leur donner des idées salaces, » murmura Kurogane en l'embrassant.

« Nan, » répondit Fye en riant, tout contre ses lèvres.

« C'est bien ce que je disais, aucune crédibilité. » Et c'était reparti pour un tour.

Sans se douter une seule seconde que leurs doubles s'amusaient à leurs dépends, le ninja continuait sa lente exploration du corps du mage, imprimant un mouvement de va-et-vient régulier mais indolent sur son entrejambe. Il était pour l'instant occupé à retracer du bout des doigts les contours fins de son visage, pendant que Fye essayait de le mordre sans grande conviction.

« Tu sais, j'aurais imaginé que ce serait plus violent, » haleta le magicien, presque à bout de souffle.

« Parce que tu l'as imaginé ? » demanda Kurogane, une pointe de sarcasme dans la voix.

« Bien sûr Kuro-pon ! Je te déteste mais ça ne m'empêche pas d'avoir des envies. Je n'ai que toi sous la main, après tout, » minauda Fye. Le ninja s'interrogea sérieusement : comment pouvait-il dire de telles choses sur le ton de la plaisanterie ? « Mais toi, pourquoi tu fais ça ? »

« C'est moins chiant que de te courir après, » répondit-il avec un sourire carnassier. « Et visiblement ça t'emmerde bien davantage. » Il ne se rendit compte que trop tard qu'il avait parlé à voix haute.

« Bip ! Mauvaise réponse ! Essaie encore ! » s'écria l'autre Fye avant de partir dans un grand éclat de rire.

« Ca vous dirait pas de vous mêler de votre cul tous les deux ? » hurla le ninja, furieux.

« Oh mais nos culs vont très bien, merci de t'en inquiéter ! C'est vous qui devriez baiser un coup, ça vous détendrait. »

« Fye, merde, fous-leur la paix, » tenta l'autre Kurogane, rouge de honte.

« C'est ce que je m'apprêtais à faire, abruti ! » beugla le ninja, tremblant de rage. « C'est pour ça que je me serais passé de ton intervention. »

« J'ai peut-être mon mot à dire Kuro-rin, non ? » demanda Fye en arborant son plus beau sourire niais.

« Avec une attitude pareille, t'étais pas prêt de l'enfiler, crois-moi. »

« Tu te sens obligé de laisser ta main sur ma queue, là ? » pesta son amant en tentant de se dégager.

« Hum…Idem, » approuva le mage, trouvant enfin une porte de sortie. Constat qui n'eut pour effet que de faire repartir le fou rire de son double de plus belle.

« Mais y a pas moyen de s'envoyer en l'air tranquille dans ce pays ?! » s'exclama le ninja en accentuant ses va-et-vient sur le sexe de Fye, qui lâcha un gémissement inarticulé.

« Eh ben c'est la fête ici, dites-moi. On n'a pas le temps de s'ennuyer chez vous, » dit une voix moqueuse provenant de l'entrée, suivi de l'habituel « Ouais. ».

« Watanuki ? Dômeki ?» s'étonna Kurogane. « Qu'est-ce que vous faites là ? Il est trois heures du matin. »

« On est juste venus vous signaler, puis qu'apparemment vous étiez trop occupés à vous « envoyer en l'air » pour remarquer quoi que ce soit, que y a une bande de débiles en short qui a décidé qu'il fallait absolument se rebeller contre les rebelles. C'est un vrai feu d'artifice dehors. A part ça, les étoiles brillent et vous feriez bien de bouger vos gros culs ! » conclut-il en beuglant, pour ne pas faillir à sa réputation.

Ils s'habillèrent en vitesse, stupéfiés par ce nouveau revirement et le mage prit soin d'aller réveiller les deux enfants qui dormaient paisiblement en bas : il valait mieux qu'ils soient d'attaque au cas où le danger se rapprocherait. Ils sortirent tous en courant de la maison et furent sidérés qu'un tel raffut ait pu leur échapper. Des centaines de gens emplissaient les rues, avec tout ce qu'ils avaient pu trouver pour leur servir d'armes : des pelles, des faucilles, des pioches. Ils hurlaient des slogans confus qui parlaient de liberté retrouvée et même les femmes s'y mettaient, un marmot dans une main, un balai brandi comme un étendard dans l'autre.

« Mais qu'est-ce qui leur prend ? » s'écria Kurogane. « Ils sont devenu fous ? Ils ne feront jamais le poids. »

« Apparemment c'était prévu depuis longtemps ! Je crois qu'ils ont de vraies armes ! » répondit Watanuki. « Ils ne nous font pas confiance parce qu'on est trop bizarres ! Les rumeurs vont vite et disent qu'il est arrivé de temps à autre de voir certains d'entre nous à deux endroits en même temps. C'est pour ça qu'on a pas été prévenus. Bravo pour la discrétion ! »

« Qui est le malade qui a organisé ça ? » demanda le ninja, protégeant inconsciemment toute sa petite famille en se plaçant entre eux et la foule.

« Sorata quelque chose, je crois. »

« Non mais c'est pas vrai, il n'en rate pas une celui-là ! »

« Comment ça ? » demanda le médium, qui, apparemment habitué à l'exercice, galopait comme un cheval de course, les distançant à moitié.

« On l'a déjà rencontré dans un autre monde, lui aussi ! » dit Shaolan, sautant avec aisance au-dessus d'une brouette abandonnée sur la route, la princesse dans les bras. « Il est très gentil, mais…comment dire… un peu trop tête-brûlée ! »

« Où sont Sakura, Eiji et Odessa ? » demanda soudain le mage.

« Ils sont restés là-bas pour essayer de les calmer. C'était mal barré déjà avant qu'on parte, j'espère qu'ils ont au moins réussi à les retenir ! »

« Il y a quelque chose qui cloche, » remarqua Kurogane, prenant sans même ralentir sur son dos son amant qui peinait à les suivre. « Ca devrait grouiller d'Insoumis à l'heure qu'il est. Pourquoi ils n'interviennent pas ? »

« Ils doivent attendre de voir ce qu'on va faire, » répondit Watanuki. « Ils ne veulent sûrement pas gaspiller leur précieux temps pour rien. »

« Ou autre chose, » murmura Fye entre ses dents.

« Quoi ? » s'exclama Kurogane.

« Rien, bébé. T'occupe et avance. »

Ils parvinrent au bout d'une dizaine de minutes sur la grande place qui abritait le rassemblement. L'endroit était bondé : certains avaient même pris place sur les toits pour ne pas étouffer. Au centre était montée une estrade sur laquelle on pouvait apercevoir Eiji, Odessa et Sorata s'égosiller en faisant de grands gestes désordonnés. A leurs côtés, Arashi, la femme de Sorata, observait la scène d'un air désapprobateur, qui en disait long sur ses sentiments vis-à-vis des actes de son mari.

« On y arrivera jamais si on essaie de passer tous ensemble, » constata Shaolan.

« Chacun pour sa pomme, » dit Watanuki. « On joue des coudes et on se pose pas de questions. Le premier à l'estrade a gagné. »

« Tu crois vraiment que c'est le moment, idiot ? » demanda Dômeki, désespéré.

« Le fier, noble et courageux Watanuki est déjà parti ! » lança le médium par dessus son épaule, avec un air de défi.

Ils s'élancèrent tous en même temps, s'attirant des exclamations indignées de plusieurs personnes, se frayant tant bien que mal un chemin parmi les habitants impatients. Shaolan, que la compétition importait peu, tenait la princesse par la main et avançait à son rythme. Les deux Kurogane eux, avaient l'avantage certain de la carrure et du regard qui tue, et tout le monde se poussait sur leur passage, par crainte d'éventuelles représailles peu agréables. Le mage, fidèle à lui même, profitait allégrement de la situation et restait collé aux basques du sien pendant que son double s'amusait de se promener dans les hauteurs, toujours perché sur les épaules de son amant. Ils parvinrent évidemment en premier à l'estrade, juste à temps pour voir Sakura cracher au visage d'un des hommes de Sorata, qui pointa derechef son arme sur elle. Kurogane réagit si vite que même le ninja ne put pas le voir venir : il se dégagea de l'étreinte de Fye, sauta devant l'homme et lui arracha son pistolet des mains en le projetant au sol.

« Ne menace plus jamais ma fille, connard ! » s'écria-t-il, le doigt sur la gâchette.

Les autres hommes pointèrent à leur tour leurs armes sur lui, prêts à tirer. Fye, sentant le danger, monta à son tour sur l'estrade et se plaça entre eux et son amant, bras écartés.

« Ca suffit ! » hurla-t-il, fou de rage, ce qui eut le mérite de faire taire la foule et de décontenancer les hommes qui se tournèrent vers leur chef, attendant les ordres. Il échangea un coup d'œil entendu avec Arashi, qui appuya légèrement sur l'épaule de Sorata. Celui-ci soupira et fit signe aux autres de baisser leurs armes.

« Non mais vous vous rendez compte de ce que vous faites ? » s'exclama Fye à l'intention de tous. « C'est avec des hommes comme celui-là que vous voulez vous battre ? C'est à ça que vous en êtes réduits ? »

« Les Insoumis ont volé nos maisons ! » lança quelqu'un.

« Ils nous ont forcé à traîner dans la boue, avec nos familles ! » renchérit un autre.

« Certes, d'autres arguments ? » demanda le blond, le regard dur.

« Tu ne trouves pas que c'est suffisant ? » s'écria Sorata. « Nous ne cherchons qu'à récupérer ce qui nous appartient. »

« Et c'est pour votre petit confort que vous êtes prêts à risquer la vie de vos femmes et de vos enfants ?! C'est pitoyable. Alors évidemment ici, on a pas l'eau courante et pour se doucher c'est un enfer, mais à qui la faute ? Pourtant ils ne nous laissent pas crever de faim et si on est réunis ce soir, je suppose que ça tient aussi au fait que nous respirons, tous autant que nous sommes. Ils n'ont tué personne que je sache. Nous avons nos familles près de nous, mais combien seront brisées si vous partez ? Si vous les attaquez de front, il faudra bien qu'ils se défendent. Alors peut-être bien que vous gagnerez, peut-être bien que vous reprendrez Hebfi, mais à quel prix ? Serez-vous heureux demain lorsque vous réintégrerez vos chères maisons à moitié vides ? Allons, j'attends, quelle est votre réponse ? »

Un silence de mort accueillit ses paroles. Arashi sourit à Fye, soulagée d'avoir trouvé quelqu'un qui partageait son opinion. Soudain, un petit garçon, vraisemblablement son fils, apparut derrière elle et s'élança en criant : « Maître Kurogane ! » Peu à peu, des dizaines d'enfants, jeunes et moins jeunes, reconnaissant leur professeur adoré, se faufilèrent entre les jambes des adultes et montèrent sur l'estrade pour le saluer. Les hommes de Sorata furent bientôt obligés d'en descendre sous l'affluence. Le brun riait, entouré d'eux. Il avait enfin compris où Yume et Fye voulaient en venir et prit la décision d'ajouter sa pierre à l'édifice. Il s'avança, se plaçant aux côtés de son amant et le prenant par la taille.

« Je sais ce que vous ressentez, » dit-il à la cantonade. « Vous aviez tous peur de cet endroit et voilà que vous vous y retrouvez piégés. Vous êtes en colère : ce ne sont pas vos maisons, ce n'est pas chez vous. Soit, mais ça peut le devenir. Vous vous sentez humiliés ? Prouvez-leur que vous êtes plus forts qu'ils ne le pensent. Comme l'a dit Fye, nous ne pouvons pas reprendre impunément ce qui nous a été volé, alors faisons mieux. Faisons de ce quartier pourri le plus beau qu'Hebfi ait jamais connu. Rendons-les jaloux de notre réussite à tel point qu'un jour ils viendront pour le récupérer. Nous avons ici des ingénieurs, des architectes, des médecins… Des outils aussi. Nous avons tout ce qu'il nous faut, alors profitons-en. Construisons à nos mômes un petit coin de paradis où ils pourront s'épanouir loin de la guerre et de la mort. En attendant, je leur ferai classe dans la rue s'il le faut. Vous êtes d'accord les monstres ? »

Un concert de « Oui ! » enthousiastes s'éleva. Certains dans l'assistance se mirent à pleurer silencieusement, prenant conscience de ce qu'ils avaient failli perdre. Fye leva un regard reconnaissant vers son amant, qui posa son front contre le sien.

« On fait une sacré équipe tous les deux, pas vrai ? » murmura Kurogane.

« C'est le moins qu'on puisse dire, » répondit le blond en souriant, avant de l'embrasser.

S'en suivit nombres d'exclamations des gosses surexcités, qui couraient partout en hurlant : « Maître Kurogane a un chéri ! Maître Kurogane est amoureux ! » Sorata, abattu mais subjugué, se tourna vers la foule.

« Rentrons…chez nous, » dit-il, avec l'ombre d'un sourire. « Il y a beaucoup à faire, nous devons nous reposer. »

Tous se dispersèrent, et les mères vinrent une à une récupérer leur enfants. Beaucoup discutèrent avec Kurogane de cette idée d'école improvisée et ils se quittèrent, se promettant de se retrouver dans les plus brefs délais pour peaufiner certains détails. Un quart d'heure plus tard, il ne resta plus que le groupe sur la place, et les deux héros du jour purent enfin descendre de leur perchoir. Hormis le mage et le ninja qui semblaient sérieusement ébranlés pour une raison quelconque, les autres parurent impressionnés par leur démonstration et même Eiji se montra courtois avec Fye, le félicitant poliment.

« Ouais, c'était bien sympa, » déclara Sakura. « Mais même si on se la joue cool pour le moment, les Insoumis restent à abattre, au final. »

Fye et Kurogane soupirèrent de concert : il allait falloir du temps pour faire entrer l'évidence dans leurs têtes de pioches, et le blond savait bien qu'ils en manquaient cruellement. Il avait gagné une bataille, mais visiblement pas la guerre.

Etrangement, pas un seul n'avait remarqué les deux silhouettes encapuchonnées qui se tenaient sur l'un des toits, au-dessus d'eux.

« Eh bien, honnêtement, je ne pensais pas qu'il y parviendrait, » dit l'une d'elles. « Il n'a l'air de rien comme ça, le Fluorite, mais il a de la ressource. »

« Oui, il faut croire que Yume avait raison de placer sa confiance en lui, » répondit l'autre.

« Allons, Yue, tu reconnais avoir commis une erreur ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Avoue, ça te dérange qu'il ait maintenant augmenté ses chances de mener sa mission à bien, tu perdrais le pari que tu as fait avec la petite. »

« Ne place pas la charrue avant les bœufs, Toya, » dit Yue en secouant la tête. « Rien n'est encore gagné. Je connaissais les risques en pariant contre elle, et d'ailleurs, c'est un peu déplacé de ta part de la traiter de « petite » sachant qu'elle est bien plus mature et intelligente que toi, mais la partie ne fait que commencer. C'est comme aux échecs, la moindre seconde d'inattention peut donner une ouverture à ton adversaire et lui permettre de t'écraser alors que tu avais l'avantage. »

« Pour Yume, c'était juste une boutade. Mais je te préviens tout de suite, ne cherche pas à forcer le destin. Au-delà de ton égo surdimensionné, des millions de vies sont en jeu, et en plus, elle le saura d'une manière ou d'une autre. Tu habites le corps de Yuki, et je ne tiens pas à ce qu'il lui arrive accidentellement quelque chose. »

« Je n'aurai même pas besoin d'intervenir, ne t'inquiète pas. Fluorite place plus d'importance dans son petit couple que dans sa mission, ça se voit et ça pourrait le perdre. »

« L'amour a une réelle puissance, » constata Toya. « Ne sous-estime pas ça. »

« On verra. »

Sur le chemin du retour, l'évidence que la mage refusait d'admettre le frappa plusieurs fois de plein fouet. Leurs doubles l'avaient prouvé : Kurogane et lui travaillaient mieux en équipe. Il s'était déjà fait la remarque auparavant, après les nombreux combats qu'ils avaient menés ensemble : malgré leurs différences évidentes dans la vie de tous les jours, sur un champ de bataille, ils ne formaient plus qu'un et étaient capables en un clin d'œil de prédire les mouvements de l'autre afin d'assurer sans problème ses arrières. Cela l'avait toujours laissé perplexe, et à la lumière des explications de Yume sur les âmes sœurs, l'idée dérangeante avait fini par creuser son trou dans son esprit.

C'est en cela que la trahison de la jeune l'avait arrangé, en quelque sorte : elle avait menti sur toute la ligne, pourquoi pas sur ça aussi ? Pour servir ses propres intérêts elle aurait très bien pu placer aléatoirement leurs doubles et leur faire croire par d'obscurs processus de persuasion qu'elle avait raison. Il avait jusque là ignoré délibérément le fait que son concept marchait parfaitement avec Shaolan et Sakura mais après le tour de force dont il venait d'être témoin, il pouvait difficilement nier que cette connexion devait avoir une part de réalité.

« Ames sœurs, » avait-il lu dans un ouvrage emprunté secrètement à Eiji. « L'entité unique qui en forma deux par caprice du Destin. Deux entités distinctes et opposées : le soleil ou la lune, la terre et le ciel. Deux entités liées par le fil qui perdure au-delà de la mort et de l'éternité. Deux qui n'aspirent qu'à redevenir un, et qui par le sacrifice ultime de leur volonté commune, seront enfin Entier. »

Rien de vraiment nouveau, mis à part la mention explicite du sacrifice « ultime ». Il n'arrivait pas à se représenter ce que cela pouvait signifier. Il n'était pas question de vie ou de mort, juste de volonté. Cela voulait-il dire se soumettre ? Il n'avait rien en commun avec Kurogane, de toutes façons.

« Monsieur Fye ? Je peux vous parler un instant ? »

Le magicien se tourna vers la princesse, étonné. Timide et fragile comme elle était, elle osait rarement leur demander conseil, à lui et au ninja, préférant la compagnie de Shaolan ou de Mokona.

« Bien sûr Sakura. Qu'est-ce que tu veux ? » l'interrogea-t-il avec un grand sourire.

« Vous savez, je ne suis pas idiote, » dit-elle avec un petit air têtu qui lui donnait un certain charme. « On me sous-estime toujours parce que je ne suis pas très réactive et que j'ai du mal à comprendre certaines choses, mais quand même, j'ai des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Depuis que nous sommes dans ce monde, je suis un peu perdue et je ne participe pas très souvent aux discussions parce que vous savez tous bien mieux que moi ce qu'il convient de faire. Mais j'ai observé pendant ce temps, je fais mon possible pour apprendre mais j'avoue que plus nous avançons, moins j'ai l'impression de comprendre. Tout le monde en veut à mademoiselle Yume, enfin presque, alors que moi je n'ai vu en elle qu'une gentille fille qui essayait de son mieux d'aider les gens qu'elle aime. Où est le mal là-dedans ? »

« Ma douce Sakura, je te reconnais bien là… »

« Non monsieur Fye, » l'interrompit-elle calmement. « Je suis navrée, mais je devine déjà au ton de votre voix ce que vous pensez au fond. Vous m'insultez de la pire des manières en prétendant vous montrer agréable avec moi. Je suis sans doute un peu naïve mais pas à ce point-là : si je suis venue vous voir, c'est pour pouvoir parler d'adulte à adulte. Je n'ai pas beaucoup de poitrine, je vous l'accorde, mais je ne suis plus une enfant depuis longtemps. »

« Tu…Vous avez changé, princesse, » dit-il, arborant à présent une mine sérieuse. « Je vous écoute. »

« Nous avons tous changé depuis que nous sommes arrivés ici, » constata-t-elle. « Dans l'ensemble, ils ont eu une bonne influence sur nous, malgré le choc de départ. Quand j'ai vu mon double, la première fois, j'ai cru à une erreur : elle est si franche et moi si réservée, elle n'a pas peur d'exprimer ses opinions, de se mobiliser toute entière, de repousser ses limites. Petit à petit, j'ai fini par me voir en elle : une version de moi telle que j'ai été, autrefois, et dont je n'ai aucun souvenir. Elle m'a donné de l'espoir, m'a prouvé que si je donnais le meilleur de ma personne, je pourrai devenir plus forte et ne plus vous forcer à me traîner comme un boulet derrière vous. Vous avez tous essayé de me rassurer sur ce point, mais c'est pourtant ce que je pensais, au fond. Plus maintenant. C'est pareil pour monsieur Shaolan, il semble moins oppressé et il sourit plus souvent. J'ai vu nos doubles ensemble et je me dis que ce n'est pas si étonnant, que je l'aime beaucoup et qu'il y a sûrement quelque chose qui nous lie. Je me dis que vu tout ce qu'il a fait pour moi, cette fois c'est peut-être à mon tour de faire le premier pas. »

Elle se tut, visiblement soulagée d'avoir pu décharger ce poids de son cœur. Elle attendit patiemment la réponse de Fye, qui tarda quelque peu mais finit par venir.

« Qu'attendez-vous dans ce cas ? Je suis sûr qu'il n'y verrait aucun inconvénient. »

« Ce n'est pas ça, » dit-elle, gênée. « Je ne veux pas… je ne veux pas vous rendre triste. »

« Triste ? » s'étonna-t-il. « Pourquoi cela me rendrait-il triste ? Je serais au contraire infiniment heureux pour vous et Shaolan. »

« Vous êtes le seul Fye, le seul que je n'ai pas senti changer. Il y a encore quelque chose qui vous retient et vous refusez de vous laisser aller aux bienfaits de ce monde. J'ignore pourquoi, et même si cela me ferait plaisir que vous vous confiiez à moi, je sais que vous n'en ferez rien. J'avais espéré que vous finiriez par laisser entrer monsieur Kurogane dans votre univers, mais non, vous continuez à vous débattre. Les autres vous ont pourtant prouvé que ça pouvait marcher, pourvu que vous consentiez à vous ouvrir un peu. Pour les mondes extérieurs, nous n'existons plus, alors tout ce que nous pouvons faire pour le moment c'est essayer nous construire un avenir. Le vôtre est avec lui, comme le mien est avec Shaolan.»

« Je crois princesse, » commença-t-il, la respiration saccadée. « que vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas. »

« J'en suis consciente, » soupira-t-elle. « mais je ne regrette pas d'avoir tenté ma chance. Avoir un brin de courage et faire face à ses peurs, ça peut payer parfois, c'est aussi ce que j'ai appris ici. »

Elle s'éloigna, laissant Fye abasourdi derrière elle. Quand Sakura était-elle devenue si mature ? Avait-il été fixé sur lui-même au point de ne pas la voir grandir ? Elle avait raison après tout, il avait bien prévu de ne jamais quitter Read, alors pourquoi s'acharner à vouloir résister à l'inéluctable ? « Avoir un brin de courage et faire face à ses peurs, ça peut payer parfois. » Il accéléra le pas jusqu'à parvenir aux côtés du ninja.

« Kuro-chan, » tenta-t-il, rougissant légèrement. « Tu…tu veux bien dormir avec moi ce soir ? »

« C'est Kurogane, » répondit l'autre. Pourtant, Fye aurait juré avoir vu un petit sourire se dessiner sur ses lèvres.

« Oui, ça peut payer parfois, » pensa-t-il en accrochant le bras du ninja au sien, sous le regard attendri de la princesse.

oOo

Et oui, c'est déjà fini. Mais c'était bien, hein ? xD

Bon, pour Sakura, désolée si elle est un peu OOC, mais c'est le but. Ca aurait été débile de les garder tels qu'ils sont alors qu'ils ont l'opportunité de devenir meilleurs. Et puis c'est moi l'auteur, je fais ce que je veux ^^

Pour « l'approche » de Kurogane, je décline toute responsabilité. Qui comprendra… comprendra. Ca peut paraître étrange mais faut dire qu'il a légèrement pété un boulon aussi (après les évènements de la journée, c'est compréhensible).

J'espère que cette fois vous avez compris la leçon, parce que dans le cas contraire je peux plus rien pour vous :P

Sur ce, à dimanche prochain !