Disclaimer : Kingdom Hearts et ses personnages ne m'appartiennent pas.

Pour éviter toute confusion, je précise maintenant que tout ça se passe avant les événements du premier chapitre. Bonne lecture!

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Bien, une petite présentation s'impose, je pense. Je me nomme Squall Leonhart. Je suis né un soir d'hiver alors qu'une tempête de neige faisait rage et avait bien failli obliger ma mère à accoucher chez elle plutôt que dans la voiture de mon père. Le premier contact avec monde extérieur avait été un peu brutal pour moi. Je quittais une prison pour me retrouver dans une boîte certes plus grande mais qui restait une boîte; que j'ai fort heureusement quittée très rapidement pour découvrir que le monde ne se limitait pas à une voiture.

Déjà bébé, je n'étais pas particulièrement aimable. D'après les dires de ma famille proche – surtout mes parents – bébé Squall ne riait pas, ne souriait pas et ne fixait les gens du regard que lorsqu'il les jugeait trop envahissants et qu'il voulait le leur faire comprendre. Ça a surtout bien marché le jour où j'ai fichu une baffe à une tante qui s'était penchée au dessus de mon landau. Je crois qu'elle m'en a gardé rigueur car elle ne m'a jamais trop aimé. Mais ce n'était pas comme si ça me dérangeait.

Je pense qu'être né en hiver a eu un impact profond sur mon caractère parce qu'on me trouvait toujours très froid. Sans rire, c'était vraiment le mot qui ressortait le plus en parlant de moi. Des amis, des voisins ont conseillé à mes parents de m'envoyer chez un psy pour enfants parce que je ne cherchais pas assez à me mêler aux autres enfants et que je n'exprimais rien d'autre que de l'agacement. Et j'avais toute les raisons d'être comme ça. Déjà petit, on cherchait à me mettre dans une case; une jolie case remplie d'enfants normaux. Mais je n'aimais pas trop cette case là parce qu'elle était déjà bien assez remplie et que celle d'à côté manquait cruellement d'habitants. J'ai donc privilégié la case "asociaux" pour éviter d'être entouré d'idiots.

Je ne considérais malgré tout pas le monde entier de cette façon. Mes parents étaient charmants et étaient bien les seuls à qui j'offrais volontiers quelques rares démonstrations d'affection; sourires, rires, câlins à très petite dose. Je pense que c'est l'unique raison pour laquelle ils n'ont jamais voulu consulter de spécialistes. Avec mes parents, j'étais tout ce qu'un enfant était : gentil mais ô combien casse-pieds par moment.

La question a été remise sur le tapis quand le directeur de l'école maternelle les a convoqués pour leur apprendre que leur bambin s'amusait à bastonner les autres petits, plus jeunes et plus vieux. Ce que je ne leur avais jamais fait savoir, c'était que les enfants dont je ne faisais que me défendre étaient ceux des nombreuses personnes à m'avoir considéré comme "anormal". J'ai donc fini chez un psy, au grand plaisir du corps enseignant et au soulagement des parents. Mais après une dizaine de séances, on n'a pas jugé nécessaire de continuer puisque je ne semblais pas souffrir de troubles du comportement.

Squall : un – Les adultes : zéro.

Je me suis tenu pendant quelques temps après que ma mère m'ait fait un long discours pour m'expliquer que frapper ses camarades, ce n'est pas bien. Du tout. Pour être franc, je n'avais rien retenu de ce qu'elle m'avait dit mais je me suis contrôlé pour ne pas avoir à rester assis sur le canapé pendant qu'elle me bassinait avec ses histoires d'amitié et tout le tralala.

Tout s'est bien passé durant la maternelle mais au final, ça a repris de plus belle quand je suis entré en CP. En grande partie à cause d'un certain Seifer, un gamin qui n'était même pas dans la même classe que moi mais qui avait décidé de faire de moi son bouc émissaire. Evidemment, il avait des tas d'amis prêts à le suivre pour me faire vivre un enfer mais ce qu'ils ne savaient pas encore, c'était que j'allais rendre leurs coups au centuple. Je m'étais contenu pendant si longtemps que pouvoir enfin communiquer – à ma façon, certes – avec mon entourage me libérait d'un poids énorme. Je finissais souvent dans le bureau du directeur, couvert de bleus, mais fier de savoir que les autres enfants en avaient bien plus que moi. C'était beaucoup moins drôle quand je rentrais chez moi et que mes parents me disputaient.

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Ce n'était vraiment, mais vraiment pas du tout ma semaine. Je crois même que c'était la pire de toute ma vie. Bon, d'accord, ça ne faisait que huit ans que ma mère m'avait mis au monde mais tout de même. Sur cette période là, je n'avais encore jamais vécu de période aussi atroce.

Lundi; premier jour de la semaine, comme tout le monde le sait, mais pour un gamin comme moi, c'était bien plus que ça. C'était le jour où je devais recommencer à me lever tôt pour aller dans un endroit rempli d'autres enfants que je ne supportais pas; ou alors très difficilement pour quelques exceptions. C'était la mise en route d'une nouvelle semaine remplie de devoirs, contrôles, couche-toi-tôt-y-a-école-demain. Voilà la façon dont je voyais le lundi. Rien que pour ça, pour moi, toutes les semaines commençaient mal.

Mardi; le seul jour de la semaine où on me faisait manger à la cantine. Je n'avais pas tellement à me plaindre, contrairement à ce qu'on aurait pu penser. Il y avait toujours quelqu'un pour commencer une bataille de nourriture et j'adorais y prendre part. Je m'arrangeais pour lancer mes épinards sur les têtes de nœud qui m'énervaient le plus et je réservais mes petits pots de confitures pour les cheveux des filles. Elles auraient dû être flattées de cette délicate attention mais pour une raison qui m'a toujours échappée, elles me détestaient à cause de ça.

Bref. Ce jour-là, ma semaine aurait dû s'améliorer mais quelque chose a voulu briser la routine. J'aurais dû le savoir quand Seifer s'est mis à me regarder de façon insistante pendant toute la durée du repas. Quelqu'un a crié et l'habituelle guerre a commencé. Sauf que cette fois, je n'ai pas eu le temps de faire grand-chose. J'ai senti quelque chose me percuter en plein visage. La douleur m'a donné des vertiges pendant quelques instants mais quand j'ai retrouvé mes esprits, j'ai vu Seifer me pointer du doigt et rire comme un âne pendant que les autres enfants s'étaient tournés vers moi et étaient devenus étrangement calmes tout à coup. Moi, je ne l'étais pas tant. J'étais furieux; et le mot était faible. J'ai attrapé la première chose qui me soit tombé sous la main – je crois que c'était ma fourchette mais je n'en suis pas sûr; je n'ai pas vraiment vérifié – et je la lui ai lancé. Il a bien failli l'avoir en pleine tête mais il s'est tourné sur le côté et les dents de l'ustensile ont juste effleuré son front.

Après ça, je me souviens avoir entendu l'une des dames de cantine essayer de tous nous briser les tympans en se mettant à hurler, bientôt imitée par une seconde. On m'a emmené à l'hôpital et c'est là que j'ai découvert que j'avais une plaie ouverte au crâne et qu'il fallait me recoudre. Le chirurgien m'a donné une sucette pour me féliciter d'avoir été courageux et de ne pas avoir bougé pendant qu'il me recousait. Je lui ai lancé la sucrerie en pleine figure et l'ai maudit en silence pour m'avoir charcuté.

Non, vraiment, il m'a fait un mal de chien, cet abruti! Je ne bougeais pas pour éviter qu'il m'arrache la moitié du visage. Mais ma mère n'a pas voulu me croire car elle m'a mis une raclée juste après qu'on ait passé les portes de l'hôpital. C'était vraiment injuste.

J'ai passé toute la journée suivante à bouder dans ma chambre et le jeudi, j'ai boudé à l'école. Et j'ai éclaté le nez de Seifer au passage, juste parce que j'en avais envie et bon sang, ce que ça m'a calmé. Je sais, la violence ne résout jamais les problèmes, on me l'a répété des centaines de fois à chacune de mes visites chez le directeur mais il faut quand même avouer que ça soulage sur le coup. Après ma seconde raclée de la semaine – je n'allais plus pouvoir m'asseoir si ça continuait comme ça – je suis rentré chez moi et, vous l'avez deviné, je suis allé bouder dans ma chambre.

Sauf que cette fois, on ne m'a pas laissé faire bien longtemps. À peine une heure après notre retour chez nous, j'ai entendu quelqu'un sonner à la porte, ma mère discuter avec une autre femme puis un grand silence. Jusqu'à ce que maman vienne frapper à ma porte et n'entre.

" Squall, regarde qui est là. " A-t-elle dit d'un ton affreusement affectueux. Elle n'était jamais affectueuse avec moi. Vous en avez été témoins, vous aussi.

Mais là n'était pas le plus grave. Non, le pire, c'était cette chose qui se tenait à côté d'elle et qu'elle a poussé dans ma chambre en souriant. C'était sa nouvelle façon de me punir? Eh bien je préférais de loin les fessées. C'était plus vite terminé. Mais ça!

Ce garçon était plus jeune que moi et serrait contre lui un doudou à peu près aussi grand que lui. Il a levé de grands yeux bleus innocents vers moi et a pris un air effrayé avant de se cacher derrière ma mère. Elle s'est empressée de lui chuchoter des mots doux et s'est reculée pour nous laisser seuls. Sauf que la chose l'a suivie sans même me regarder une seconde fois.

Je suis descendu de mon lit et je les ai suivis. Ils étaient partis dans la cuisine et maman avait posé le moucheron sur l'une des chaises. Elle m'a offert un sourire et lui a donné un petit bout de gâteau et du lait.

Ça, c'était la meilleure! Elle lui servait son goûter et ne me demandait même pas si j'en voulais. Pourtant, elle avait bien vu que j'étais là et que je pouvais la voir. J'ai pris mon air le plus menaçant et j'ai regardé l'autre garçon. J'espérais bien pour lui qu'il ne s'imaginait pas réussir à voler ma mère parce que si c'était le cas, il allait être sacrément déçu.

Mais pour l'instant, c'est moi qui étais surpris, parce que ma réaction l'a fait rire. Il m'a fait un grand sourire et a éclaté de rire. Quel affront!

" Je crois qu'il t'aime bien, Squall. Sois gentil avec Sora, d'accord? Il est petit alors fais attention à ce que tu fais. " M'a prévenu ma mère d'un ton froid malgré son air radieux. Je n'osais même pas imaginer ce qui m'arriverait si je la contrariais.

J'ai donc joué les bons garçons et j'ai acquiescé d'un signe de tête. De toute façon, il ne serait là que pour la soirée. Je n'allais plus le revoir avant un bon moment.

Mais quelle – mauvaise – surprise j'ai eue le lendemain. La mère du moucheron était revenue avec son fiston et il s'est avéré qu'il allait rester avec nous tous les soirs, sauf le week-end.

Youpi.

" Je suis vraiment désolée de te demander ça, mais mon mari et moi revenons toujours très tard du travail et nous ne pouvons pas le laisser seul. Et engager une nounou est au dessus de nos moyens. " Avait expliqué la mère de Sora.

" Ne t'inquiète pas pour ça. Squall passe ses soirées à bouder alors ça me fera un peu de compagnie. " Avait répondu la mienne.

Est-ce qu'elle avait vraiment osé dire ça?

" Ou alors ça le sociabilisera un peu plus, qui sait? " A continué ma mère en riant doucement. L'autre femme m'a regardé un instant.

" Je vois que le cas de ton fils ne s'est pas amélioré. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé, cette fois? " A-t-elle demandé en désignant son front.

" Une bagarre à la cantine. Monsieur s'est même empressé de casser le nez d'un de ses camarades pour l'occasion. " M'a indirectement réprimandé ma mère en me lançant un regard appuyé que je me suis fait un plaisir d'ignorer; en regardant ailleurs.

Elles sont continué à parler de je ne sais quoi d'autre et pendant tout ce temps là, Sora s'était planté devant moi et me regardait avec des yeux ronds.

C'était décidé : j'allais lui faire comprendre qu'il valait mieux pour lui ne pas m'ennuyer.

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J'avais intitulé mon premier plan : opération poivre – j'étais dingue des films d'espionnage à l'époque et je m'imaginais faire carrière au sein d'une grande organisation secrète. Le but de ma mission : convaincre ma mère d'une façon ou d'une autre de me laisser préparer le goûter de Sora et y ajouter assez de poivre pour tuer ses papilles gustatives. Le boss a semblé flairer le piège et m'a envoyé sur les roses. J'ai bien essayé d'insister, presque de la supplier, mais j'ai fait pire que mieux. La première opération était un échec cuisant.

La seconde mission n'avait pas de nom – tout simplement parce que j'avais passé plus de temps à la préparer qu'à la nommer. Pour narrer les faits, nous l'appellerons : mission numéro deux. Original, n'est-ce pas? Mission numéro deux, donc, consistait à approcher autre chose que le goûter puisque je ne pourrais pas y avoir accès assez longtemps pour le piéger. Je me suis donc tourné vers le doudou de Sora. Le plan : lui voler son doudou et le cacher là où personne ne le trouverait. Avec un peu de chance, c'était un pleurnichard et il casserait tellement les oreilles de maman qu'elle ne voudrait plus jamais de lui chez nous. Je me suis approché de la cible, lui ai offert un sourire hypocrite auquel il a répondu avec un sourire bien plus sincère. J'ai tendu la main et j'ai pris l'ourson des bras de Sora puis me suis sauvé en courant pour aller le cacher le plus rapidement possible. Une fois ma besogne faite et ma mission accomplie, je suis retourné dans le salon et l'ai regardé chercher un peu partout dans la maison. Il avait dû s'écouler à peu près un quart d'heure lorsqu'il est revenu vers moi, sans doudou sous le bras. Et surtout sans aucune larme dans les yeux. Je m'étais dit que ça ne tarderait plus, qu'il allait essayer de me faire comprendre qu'il voulait que je lui rende son ours. Il allait se mettre à brailler devant moi pendant que je le regarderais avec un air satisfait. Quelle erreur. Le moucheron m'a encore souri, s'est approché, a passé les bras autour de ma jambe et m'a suivi partout dans la maison sans jamais me lâcher. J'ai fini par lui rendre son doudou.

Encore un nouvel échec et une fierté blessée quand maman m'a pris en photo avec un koala à la jambe.

Mes précédents fiascos avaient au moins eu l'avantage de m'apprendre plusieurs choses. Ma mère commençait à comprendre que la présence de Sora ne me plaisait pas et je comptais un peu là-dessus pour qu'elle décide de ne plus s'occuper de lui. L'autre chose que j'avais apprise, c'était que Sora ne supportait pas de rester seul trop longtemps. Ma précédente mission avait fait de moi la personne qu'il suivait absolument partout dans la maison.

Oui bon, finalement, ce sont plus des inconvénients que des avantages.

J'ai vite été agacé de le voir me suivre comme un poussin et je le lui ai fait d'abord comprendre aussi gentiment que possible mais il est venu un moment où je ne pouvais plus me contenir. Je lui ai presque hurlé dessus et j'ai dit des choses franchement pas sympas avant de m'enfuir dans ma chambre. J'ai cru pendant un moment qu'il allait venir et continuer à me coller mais ça n'a jamais été le cas. J'ai même pensé qu'il était allé voir ma mère et s'était mis à pleurer en disant que j'étais méchant.

Alors que c'était moi la victime!

Je crois que je me suis endormi sur mon lit parce que quand je me suis levé, il faisait déjà noir dehors. Je suis sorti en me frottant les yeux et suis allé dans le salon. Mon humeur jusqu'alors neutre a vite changé quand j'ai remarqué que le moucheron était toujours là. Maman lui avait déposé quelque chose sur la table du salon et était partie dans la cuisine en passant une main dans mes cheveux avant de continuer son chemin. Je l'avais ignorée et m'étais dirigé droit vers lui. Encore du gâteau et un verre de lait. Et on ne m'en avait pas proposé cette fois-ci non plus. Alors c'était tout? Maintenant que Sora était là, il était le petit chouchou et moi, on me mettait de côté?

C'est à ce moment là que la chose la plus incroyable s'est produite. Il a pris son bout de gâteau, l'a partagé en deux et m'en a tendu la moitié. Et le tout avec un sourire tellement grand que je ne voyais que ça sur son visage. J'ai regardé le sol un moment puis j'ai tendu la main pour prendre le bout de pâtisserie. Je me suis assis sur une chaise, à côté de lui, et j'ai mangé mon bout de gâteau en silence, intérieurement reconnaissant. Je pouvais peut-être essayer de bien m'entendre avec lui plutôt que de le repousser. Je verrais où ça me mènerait.

J'ai fini mon bout de gâteau et l'ai regardé boire un peu de lait avant de me tendre son verre. Je crois que ma grimace devait être drôle parce qu'il a éclaté de rire.

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C'était un grand pas pour Squall mais un petit pas pour l'humanité. J'avais admis Sora chez nous et quand j'ai vu l'air soulagé de mes parents, je n'ai pas trop su si je devais bien le prendre ou me vexer. Bon, d'accord, c'était la première fois que je ne cassais pas la figure à quelqu'un. Mais mon côté franc ne faisait pas de moi une personne destinée à rester seule toute sa vie. La preuve, Sora était parvenu à franchir les premières barrières que j'avais construites en prenant soin de les piéger pour décourager ceux qui auraient voulu les passer. Assez étonnamment, ce petit avait réussi à ne déclencher aucune mine et avait atteint la première base sans une égratignure.

Le fait qu'il n'ait jamais cherché à se moquer ou à m'insulter y était sans doute pour quelque chose. En y réfléchissant bien, je crois que plus que de la colère, c'était de la gêne que j'éprouvais quand il était là. J'étais habitué aux moqueries et aux coups, face auxquels je savais comment réagir. Mais lui, il me souriait et ne faisait rien pour me provoquer. J'étais perdu et en dehors de mon élément. Qu'est-ce que je devais faire avec un enfant comme lui? Ne pas le frapper, ça, c'était certain. Mais à part ça, je n'avais pas d'autres idées. Ce pourquoi j'ai d'abord décidé de le laisser faire à sa manière. Je m'adapterais en fonction de ses actions.

Le coup du gâteau s'était répété plusieurs fois et je prenais soin de le remercier à chaque fois et de décliner le lait. Je pense qu'il comprenait très bien ce que je lui disais parce qu'il me regardait toujours droit dans les yeux quand il me tendait une part de son goûter. Mes vieux réflexes encore frais, j'avais d'abord pensé que c'était sa façon de me faire savoir qu'il se montrait assez clément pour m'offrir un peu de sa nourriture et que je devais me montrer reconnaissant. J'avais refusé sa part une première fois, juste pour voir sa réaction.

Au lieu de la crise de nerfs à laquelle je m'étais attendu, il a fait la moue et m'a presque forcé à manger ce qu'il me donnait. La seconde fois, il n'a pas touché à son gâteau avant que je ne me décide à manger le mien. J'ai fini par me dire qu'il était content d'avoir quelqu'un avec qui goûter et ne prenait plaisir à manger que s'il ne le faisait pas seul. Je ne me suis plus vraiment posé de questions à ce sujet et me suis contenté de toujours accepter, sans jamais oublier de le remercier car j'étais un enfant poli et bien éduqué; même si certains avaient du mal à y croire.

J'avais horreur de l'admettre mais depuis que Sora était arrivé chez nous, j'étais beaucoup plus calme et posé. Je me bagarrais encore mais beaucoup moins souvent et il n'était pas rare de me voir le suivre partout dans la maison pour m'assurer qu'il ne faisait rien de dangereux. Il y a bien eu quelques fois où nous avons fait d'énormes bêtises mais rien qui ne nous ait causé d'ennuis trop graves; juste une salle de bain inondée.

Notre grande complicité s'est transformée en fraternité solide où je prenais mon rôle d'aîné avec sérieux. Plus question de le laisser faire n'importe quoi qui aurait pu lui risquer d'être grondé ou/et puni par ma mère. Sora n'avait pas trop apprécié au début mais si je trouvais de quoi l'occuper assez longtemps, il ne réfléchissait pas à la prochaine ânerie qu'il allait faire. J'aimais beaucoup ce rôle de grand frère et je crois même m'être imaginé demander à ma mère de m'en offrir un – je pensais encore qu'on les commandait. Mais au fond, je ne voulais pas n'importe quel petit frère. J'en voulais un comme Sora et puisque je l'avais déjà lui, je me suis dit qu'il n'était pas nécessaire d'en vouloir un autre.

Il nous aurait gênés et aurait certainement cherché à me voler Sora.

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" Squall, t'es vraiment pas sympa! Laisse-nous jouer avec lui! "

" Oui, c'est vrai! Tu gardes toujours Sora pour toi tout seul, c'est pas juste! "

" Je m'en fiche que ce soit juste ou pas. Il joue avec moi et personne d'autre. " Ai-je lancé aux enfants avant de prendre la main de Sora pour l'éloigner.

J'avais vraiment hâte de quitter l'école primaire. J'étais resté dans le même établissement avec les mêmes élèves du CP jusqu'au CM2 et j'avais besoin de changer de décor. Ce qui était plutôt pratique, c'était que je pouvais garder un œil sur Sora.

Je n'ai pas toujours empêché les autres enfants de s'approcher de lui. J'ai juste commencé à le protéger d'eux quand un de ses amis a cherché à se battre avec lui. Bien sûr, j'étais vite intervenu mais je n'ai rien fait à ce sale gosse parce que mon ami me l'avait demandé. Ç'avait été dur mais j'avais réussi à me contenir.

J'étais horriblement inquiet pour lui. J'allais entrer au collège à la rentrée prochaine et il serait seul, ici, sans moi. Rester ici quatre ans de plus était impossible et je n'avais donc pas d'autre solution.

" Tu sais, ils sont tous très gentils. Ils ne me feront pas de mal. " Ai-je entendu Sora murmurer à mes côtés. J'ai baissé les yeux vers lui et j'ai soupiré longuement.

" Cina aussi était gentil au début. Mais tu sais très bien comment ça s'est fini. " Lui ai-je rappelé d'un ton ferme.

" Je le sais bien mais j'ai besoin de me faire d'autres amis! " S'est rebellé mon ami. C'était la première fois qu'il haussait le ton pour me parler et j'en ai été très surpris. " Je te promets que tu resteras toujours mon copain! "

Je me suis alors rendu compte que mon comportement était peut-être un peu trop exagéré. Je l'ai donc laissé s'approcher des autres gamins et quand j'ai commencé le collège, il me parlait souvent de sa petite bande d'amis avec qui il semblait s'amuser beaucoup. J'avoue que ça me rendait un peu jaloux qu'il s'amuse avec d'autres personnes que moi.

" Aujourd'hui, en classe, on a appris les multiplications. J'aime pas beaucoup les maths mais Madame est très gentille. " M'expliquait Sora avec son air innocent.

Je n'écoutais pas beaucoup ce qu'il me racontait. J'étais trop occupé à le regarder changer d'expression. Il passait de l'amusement à l'agacement, à l'émerveillement à une vitesse assez déconcertante pour moi. Au collège, on m'avait déjà affublé du charmant surnom "la statue" parce que j'ai toujours plus ou moins la même expression. Je ne sais pas trop si je préférais ça à "le balafré" ou "le muet".

Et on s'étonnait de ne jamais m'entendre parler. Je préférais me taire plutôt que commencer à sortir des énormités de ce genre. C'était décidé : je détestais les gens de mon collège et le collège avec.

Mes pensées ont prit une fin brutale quand Sora a bougé dans le bain.

Ma mère n'avait pas voulu écouter mes protestations et nous avait presque forcés à nous baigner ensemble. Elle voulait faire des économies d'eau, disait-elle. Ce à quoi j'avais répondu que nous pouvions très bien nous baigner l'un après l'autre sans vider l'eau mais elle s'était mise à me faire tout un discours sur l'hygiène et je ne sais plus quoi d'autre. Certes, l'eau était sûrement plus propre si on y ajoutait la saleté accumulée par deux personnes en même temps plutôt qu'en deux fois. Si c'était ce qu'elle préférait croire…

Je disais donc que Sora avait remué un instant pour mieux s'installer. Avouons-le, une baignoire n'est pas vraiment l'endroit le plus confortable dans une maison. J'ai senti son pied frôler l'intérieur de ma cuisse un court instant avant de retourner près de son propriétaire, loin de mes cuisses et de tout ce qu'il y avait dans ce coin là. J'ai senti une énorme bouffée de chaleur monter jusqu'à mon visage et sur l'instant, j'ai cru que les vapeurs du bain me montaient simplement à la tête. Mais après un court instant de réflexion et une vérification rapide, il semblait bien que les vapeurs n'étaient pas les seules à monter.

Autant le dire franchement : j'étais un peu perdu. Je ne savais pas trop pourquoi ça avait réagi, ni à quoi. J'ai pu répondre à la deuxième question en me rendant compte qu'au fond, c'était le pied de Sora le fautif. Mais pourquoi un pied avait un tel effet sur moi? Je ne me suis pas trop attardé là-dessus et je me suis surtout demandé ce que j'allais bien pouvoir faire pour me débarrasser de mon petit souci – à mon jeune âge, il ne pouvait qu'être petit. Pour une fois, j'étais ravi que Sora ait vidé la bouteille de bain moussant et ne puisse donc rien voir de ce qui se passait sous l'eau.

Avant que vous ne pensiez à autre chose, non, j'ai gardé les mains sur mes genoux, pas ailleurs.

" Dis, est-ce que tu écoutes? " A demandé Sora quand il s'est rendu compte que je ne répondais pas à ses questions.

J'ai cligné plusieurs fois des yeux et les ai levés vers lui pour lui montrer qu'il avait toute mon attention. Cette fois, je me suis concentré sur ce qu'il disait et mon problème était rapidement oublié.

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" Je sors avec Hayner. "

Voilà des mots qui ont marqué un tournant décisif dans ma vie. On s'imagine souvent qu'il n'arrive que vers la trentaine, quand on annonce à sa chère et tendre qu'on veut l'épouser et fonder une famille. Eh bien pas pour moi. J'allais entrer en Première et ma vie prenait déjà un sérieux tournant.

" Pardon? " Ai-je demandé à un Sora déjà tout rouge. Il n'ignorait pas que je sortais encore avec Cloud et s'était douté qu'il ne risquerait rien à m'avouer avoir opté pour les hommes lui aussi. Mis à part me surprendre, il ne risquait vraiment pas grand-chose.

" Oui, je sais que c'est assez surprenant mais après ce qu'il s'est passé avec Kairi, je me suis dit que je devrais peut-être essayer de… Enfin, tu vois. " M'a-t-il expliqué en prenant soin de ne jamais me regarder dans les yeux.

Je me demande ce qu'il avait peur d'y trouver. Du dégoût? J'étais homosexuel moi aussi, il devait bien se douter que je n'allais pas le juger sur ses préférences. De la colère, alors? Mais pourquoi aurait-il peur de voir ça? Parce que j'étais légèrement surprotecteur?

…Là, ça me parlait un peu plus.

" Ne t'inquiète pas pour ça. C'est normal de vouloir tester. " L'ai-je rassuré avec un sourire que je savais être crispé.

Et il a testé avec quelques autres personnes. Entre temps, j'avais rompu avec Cloud, avec qui je restais en bons termes, et le temps était long sans personne avec qui le passer. Je commençais à sérieusement songer à me trouver quelqu'un d'autre. Mais qui?

J'avais été relativement surpris de penser presque immédiatement à Sora. Pourquoi justement lui? Parce que je venais de le voir? Parce que je m'entendais bien avec lui? Il devait y avoir bien plus que ça. Je m'entendais avec d'autres personnes mais ce n'était pas pour autant que je voulais sortir avec elles. Plus je réfléchissais et plus je me disais que c'était Sora qu'il me fallait, personne d'autre.

C'est à ce moment là que je me suis souvenu de ce qu'il s'était passé la dernière fois que nous avions pris un bain ensemble. Bizarre, mais je m'en suis rappelé justement maintenant. C'était à cause de cet incident que j'avais catégoriquement refusé de me retrouver à nouveau nu avec mon ami. Est-ce que ça voulait dire que j'étais déjà attiré par les garçons à l'époque? Attiré par lui en particulier? Peut-être que plus que surprotecteur, j'étais surtout jaloux des autres personnes qui l'approchaient.

Quand Sora m'avait parlé de Hayner, j'avais certes été choqué mais il y avait eu autre chose. J'avais été déçu. Déçu qu'il se tourne vers un inconnu plutôt que moi. Et il s'était tourné chaque fois vers d'autres que moi quand une de ses relations prenait fin. Et j'étais chaque fois blessé mais je le lui cachais; j'étais doué pour ça. Si je continuais comme ça, j'allais peut-être finir par l'oublier et passer à autre chose.

C'était possible, non?

oxoXOXoxo

Plus qu'un chapitre avant de conclure l'histoire! Celui-ci était un peu plus court mais comme il se base principalement sur l'enfance de Squall et qu'elle n'a pas vraiment été pleine de rebondissements, comme vous avez pu le constater… =x Donc voilà. J'espère que vous aurez aimé ce chapitre et que vous attendez le prochain avec impatience! XD *se jette des fleurs*