Ce chapitre donne pas mal le ton de tout le reste de l'histoire. Merci à tous les lecteurs :)
Chapitre 3 - Nuit 1
Draco ne regretta pas de s'être couché. Du moment où il posa la tête sur son oreiller, la mélodie chantée par merrow lui résonna dans la tête. Puis s'enchaînèrent une série de rêves érotiques où figuraient le merrow et lui-même.
Il nageait dans le lac, nu, tout près de la créature.
Le merrow se frottait contre son corps. Chaque parcelle de Draco y répondait, vibrant d'expectative. L'être aquatique en était conscient et le touchait plus, toujours plus. Dans une danse sensuelle, ils tourbillonnaient jusque dans les profondeurs.
Puis Draco réalisait avec fascination que lui avait poussé une longue queue couverte d'écailles, prenant origine sous ses fesses et s'étirant en une fourche un mètre plus loin. Elle s'animait contre sa volonté et le propulsait plus loin dans la noirceur, toujours plus près du merrow, contre lui, presque en lui ... Le garçon s'éveilla en sursaut dans la pénombre du dortoir. Il était tendu, tout en sueur, et son cœur battait la chamade, affolé d'une excitation profonde qui lui chatouillait les entrailles. Il passa sous la douche pour se calmer.
On était le matin, mais il était très tôt. La familiarité des ronflements qui animaient le dortoir parurent déplacés. Draco n'avait pas le cœur à l'usuel. Il avait envie de courir, d'explorer, d'expérimenter, de jouir. Sans même se sécher les cheveux, il monta dans la salle commune. À sa surprise, plusieurs élèves étaient debout. De loin, il reconnut Pansy, installée dans un fauteuil en cuir près de Blaise.
-Draco ! siffla-t-elle quand elle l'aperçut.
S'approchant, Draco nota que le visage de la jeune fille était baigné de larmes. Puis elle leva un regard d'outre-tombe sur lui.
-Je n'en peux plus ! Il est toujours là ! Toujours là !
Draco ne comprit pas du tout son désarroi. Il la dévisagea, le visage neutre, puis Pansy se secoua le crâne, frottant son front d'une main et fermant douloureusement les yeux.
Derrière elle, Blaise l'observait, l'air sombre.
-Qui ça, qui est là ? demanda bêtement Draco.
Pansy éclata en sanglots à nouveau et se laissa échoir contre l'autre garçon.
-C'est n'importe quoi, dit Blaise. Tout le monde perd les pédales depuis que cette sirène est arrivée.
Malgré le faible éclairage, Draco se sentit scruté par l'autre Serpentard. Il fit de son mieux pour garder une figure impassible.
-Il ne m'a pas ému une miette ! poursuivit Blaise. Mais ça fait 36 heures et on dirait que tout le reste du monde est … obsédé…
Autour d'eux, remarqua Draco, plusieurs des autres élèves éveillés semblaient lunatiques, perdus dans leurs pensées, l'air malades, excités ou fiévreux. Les conversations consistaient en des plaintes chuchotées, des exclamations survoltées mal contenues.
De son côté, Draco ne se sentait pas obsédé. Simplement fasciné. Et excité.
Pansy se mit en boule et Blaise passa un bras autour de ses épaules.
-Je suis inquiet, marmonna-t-il. Comment tu te sens, Dray ?
Bien que personnellement, il n'y voyait aucun problème, Draco eut le sentiment qu'il était préférable de prétendre ne pas être pas affecté par le merrow. Il chassa brièvement son image délicieuse, cherchant ses mots, mais avant qu'il ne réponde, un cri aigu retentit derrière lui. Pansy sauta sur ses pieds.
D'un des dortoirs, une fille de deuxième ou troisième année avait jailli, pleurant bruyamment. Une autre, sur ses talons, la rattrapa et la saisit par les épaules. Elle lui murmura quelques paroles, et lança plus fort, sur un ton d'excuses:
-Désolée tout le monde. Mauvais rêves. Ça va aller …
Draco haussa les épaules, embêté qu'on fasse tant de chahut pour rien. Il ne pouvait s'imaginer la nature du cauchemar. Il avait très bien rêvé, lui.
Un second hurlement se fit entendre depuis un dortoir. Pansy frémit à nouveau en gémissant, Draco fléchit les genoux, alerté.
-Ça a été comme ça toute la nuit, dit Blaise en caressant les cheveux de la jeune fille qui était revenue dans ses bras. Comment pouvais-tu dormir, Dray?
Le blond haussa les épaules, songeur.
-Je crois qu'il y en a qui se sont battus... J'ai vu des profs escorter deux gars pas mal amochés. Il se trame quelque chose de grave, Dray.
Draco réalisa le poids du silence qui régnait, la lourdeur de l'atmosphère. Dans l'air flottait une odeur de maléfice, un vent de magie presque audible qui leur balayait l'âme.
Quelques minutes passèrent sans qu'on ne parle. Pansy reniflait de temps à autre dans les bras de Blaise, qui la berçait et ne cessait de jeter des regards furtifs à Draco. Il était trop sinistre ; Draco préférait l'ignorer, et se réjouir d'idées meilleures. Quand il laissait le moindrement aller ses idées, l'image du merrow lui envahissait l'esprit et il se sentait trembler.
-Même Goyle m'a dit qu'il y pensait sans cesse, finit par cracher Blaise.
Draco haussa les épaules.
-Pourquoi pas. C'est une créature magnifique. Je croyais que tu savais reconnaître le beauté.
Ce fut au tour de Blaise de le dévisager. Il couvrit les oreilles de Pansy, comme pour la défendre d'entendre les paroles du blond.
-Il ne s'agit pas de ça, Dray. Tu t'amuses peut-être, toi, tu es blindé et insensible … mais regarde un peu ce qu'il fait aux autres. As-tu entendu ce que j'ai dit? Il y en a qui se sont battus. Et je n'ose pas imaginer ce qui se passe à l'extérieur. Le tiers de la maison n'est pas revenu aux dortoirs cette nuit.
Draco fit un effort et essaya de percevoir la situation autrement que charmante. Il en conclut que certaines personnes étaient faibles, et qu'il ne s'agissait que de savoir bien aborder la situation. Le merrow était l'être le plus tentant et désirable qu'ils ne rencontreraient jamais. C'était tout à fait normal que les gens s'excitent. Pourquoi tant de drame?
-Draco.
Puis le regard profond et la voix sincère de son ami l'ébranlèrent un moment. Un fond de terreur se souleva en lui, et Draco observa quelques instants la salle commune avec un semblant d'objectivité.
-Toi, tu ne ressens rien du tout ? s'enquit Draco en maîtrisant le ton de sa voix.
-Non. Je me sens parfaitement normal.
Draco hocha la tête. Il réalisa que ses cheveux étaient tous en l'air, et il se dépêcha de les lisser d'une main, gêné. Puis son bref retour à la réalité se termina et il imagina à nouveau le merrow et la beauté de son corps.
Pourquoi Blaise et Pansy ne partageaient-ils pas son extase? Qu'est-ce qui clochait ? Draco ne se sentait plus bien. Il fallait qu'il change d'air, qu'il trouve quelqu'un qui approuverait, et avec qui il pourrait parler du merrow, vraiment en parler, et s'émerveiller de sa perfection.
-Où est Millicent ?
-J'en sais rien, fit l'autre garçon. Elle n'est pas rentrée elle non plus. Elle doit être aussi folle que tout le monde et errer quelque part …
Pansy trembla violemment au mot folle et sanglota de plus belle.
-Je vais essayer de la trouver, décida Draco en se levant.
Qu'avait fait Millicent toute la nuit dehors ? Était-elle avec Granger ?
Bien que toujours ravi de l'état dans lequel il se trouvait, Draco se sentit à nouveau mordu par la curiosité. Les filles avaient-elles découvert quelque chose pendant la nuit ?
-Amuse-toi bien, soupira Blaise.
Draco haussa les épaules.
-Faîtes attention à vous, lança-t-il un peu froidement.
Cela prit plusieurs minutes à Draco avant de décider où aller. Où chercher ? Il lui fallait trouver Millicent, Granger… Et le merrow ! Pourquoi pas ne le retrouver et le rencontrer, plutôt que de s'embarrasser des filles?
Au tournant d'un couloir au troisième étage, il aperçut Rusard faisait une ronde nocturne. Draco tenta de se cacher dans un coin ombragé, mais ne fut pas assez rapide ; le gardien passa près de lui sans lui porter la moindre attention. Il chantonnait sous son souffle une mélodie que Draco devina être celle du merrow. Il sourit.
Puis alors qu'il s'approchait de la bibliothèque, ses pas égarés l'y ayant guidé, une voix le fit sursauter.
-Draco !
Il se retourna et vit Granger accourir vers lui.
-J'ai trouvé qui a le livre de Gobe-Planche! s'exclama-t-elle.
Alors qu'elle s'approchait de lui, Draco constata que son état s'était encore empiré. De grosses poches sous les yeux lui sciaient le visage, et sa tignasse n'avait jamais été aussi emmêlée, dressée en mèches rebelles de tous les côtés. Il fut tenté de sortir sa baguette pour les lui replacer, mais se reprit, constatant l'absurdité de son impulsion. Ça, ce n'était définitivement pas son état normal.
- Qui, alors ?
-Tu vas trouver ça drôle, chuchota Granger. C'est Luna Lovegood. Des gens de Serdaigle m'ont mise sur la piste. Mais je n'ai pas encore réussi à la trouver.
Draco l'observa d'un air sceptique, peu concerné par ce qu'elle racontait mais plutôt troublé par ce qu'il réalisait. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait.
-Ce n'est pas toi que je cherchais, en fait, déclara Granger. Je voulais trouver Harry.
Voyant que Draco ne répondait pas, elle poursuivit :
-Il est allé voir Hagrid hier. Il a sans doute pu apprendre quelque chose. Mais j'ai peur qu'il ne soit resté pris à l'extérieur du château…
Draco l'interrogea du regard. Hermione fronça les sourcils, perplexe.
-Où étais-tu depuis hier soir? s'enquit-elle.
-J'ai dormi, je crois, fit Draco en se remémorant ses rêves.
Granger secoua la tête.
-Tu n'aurais pas dû …
Elle plissa les yeux, réfléchissant silencieusement, avant de reprendre pour :
- En fin de soirée, après que Harry soit sorti, Dumbledore a fait sceller les portes du château. Plus personne ne peut aller et venir. Il a aussi dit qu'il aurait une grande annonce à faire plus tard ce matin, au déjeuner… Mais je ne sais pas qui va se passer. On dirait qu'ils ont perdu le contrôle, il y a plein d'élèves dans la Grande Salle et dans les couloirs…
Draco ne l'écoutait pas vraiment, examinant plutôt son visage en essayant de se donner de la perspective.
-As-tu dormi depuis deux jours ? demanda-t-il.
-Je ne sais plus, répondit-elle en étudiant le visage de Draco en retour.
-Et comment tu te sens ?
-Étrange. Je crois toujours qu'on est sous un charme et que le merrow en est la cause.
Cette fois, Draco frémit, puis incertain de lui-même, il murmura :
-Chez les Serpentards, tout le monde est en train de devenir fou.
Il regretta d'avoir prononcé ces paroles. Jamais, en temps normal, n'aurait-il admis la moindre faiblesse de sa maison.
-Et toi, tu deviens fou ? demanda naturellement Granger.
-Oui, s'avoua-t-il à lui-même autant qu'à son interlocutrice.
-C'est parce que tu as dormi, décréta Granger. Je crois que l'enchantement prend racine quand on dort. C'est souvent comme ça. Quand je ferme les yeux, j'entends sa chanson ...
Alors c'est vraiment trop tard pour moi, songea le garçon. Il se revit un instant plonger sous l'eau avec le merrow et autant de peur que d'excitation le serrèrent entre les côtes.
-Alors, qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il, un peu égaré.
-Je vais essayer de trouver Luna, je suis certaine que son livre va nous éclairer. Et peut-être que je retournerai à la bibliothèque. Je veux trouver comment briser ce genre de charme.
Draco hocha la tête.
-Bonne idée, dit-il sans trop de conviction, partagé entre sa répugnance à renoncer à son envie du merrow, et l'apparente indécence de la situation.
- Snape nous avait prévenus, sourit-elle. Tu aurais peut-être mieux fait de rentrer chez toi, Draco. Qu'est-ce que tu vas faire ?
-Je dois retrouver Millicent, répondit-il, sans trop savoir s'il la chercherait vraiment.
Il avait besoin de réfléchir. Peut-être que s'il pouvait reparler à Snape, il aurait cette fois de meilleures explications ?
-On se retrouve pour l'annonce de Dumbledore, alors, dit-elle. J'espère … Et n'oublie pas, nous ne sommes pas en compétition !
Elle lui fit un sourire, mais elle eut l'air si fatiguée à ce moment que Draco fut pris de pitié.
-Si tu vois Harry, dis-lui de me rejoindre, demanda-t-elle.
Draco acquiesça et regarda Granger déguerpir dans l'autre direction. Il resta un moment immobile au milieu du corridor, puis reprit sa marche au hasard, oubliant ses projets de réflexion, et ressassant plutôt des images sexuelles du merrow.
-Foutue sirène, grommela-t-il, constatant une érection gênante dans son pantalon.
Puis alors qu'il tournait le coin d'un couloir, la mélodie maintenant si familière s'éleva dans ses oreilles. Il crut d'abord seulement l'imaginer, puis il se rendit compte qu'elle montait de quelque part, tout près de lui, bravant les murs d'insonorité posés un peu partout dans le château.
Son pouls accéléra.
-Draco ! cria Millicent en surgissant d'une cage d'escaliers.
Il sursauta à nouveau. Elle lui prit le bras.
-Comme tu as mauvaise mine, s'exclama-t-elle en l'examinant.
-Toi aussi, répondit sombrement Draco. Tu entends ?
Millicent hocha la tête. Elle était accompagnée de trois autres personnes, deux filles de Serdaigle qu'il reconnaissait, et un garçon qui lui était complètement inconnu. Il portait une robe de Poufsouffle.
-Ça fait des heures qu'on cherche d'où ça vient, expliqua Millicent.
-Ça fait des heures que je te cherche, répliqua Draco, bien que ce fut faux.
-Pourquoi me chercher quand tu peux le chercher lui ? s'exclama la jeune fille, une pointe d'hystérie dans la voix à l'évocation du merrow.
-Je viens tout juste de commencer à entendre, dit Draco.
Millicent haussa les épaules.
-C'est un sortilège, dit le garçon de Poufsouffle. Elle est seulement dans nos têtes.
Il en semblait ravi. Ses yeux brillants s'accrochèrent à ceux de Draco. Sans raison, Draco eut une pulsion de saisir son visage et de l'embrasser. Il n'en fit rien.
Il y eut un instant où personne ne parla. On écoutait la longue plainte douloureuse du merrow. Sa voix riche s'élevait et baissait au fil de la mélodie, faisant couler des paroles dans sa langue inconnue. Ce n'était définitivement pas le même langage que celui des êtres des eaux du lac.
-Je ne crois pas qu'on l'imagine ! déclara une des filles. Luna Lovegood a dit qu'elle sait où est le merrow et pourquoi il chante.
Luna Lovegood. Le nom résonna dans la tête de Draco. Granger avait parlé d'elle.
-Loufoca ! rigola Millicent. Ce n'est pas une très bonne référence !
Elle bouscula sa compagne de Serdaigle.
-J'ai peur, dit la dernière jeune fille qui était restée silencieuse.
Le garçon rigola. Draco remarqua qu'il le regardait toujours.
-Bon, on continue de le chercher, décida Millicent.
Son regard avait quelque chose de gourmand. Elle respirait très rapidement, ses bras ne restaient pas un instant en place.
-De toute manière, c'est trop tard pour dormir, cette nuit!
-Il doit être 4 heures du matin, l'informa Draco.
Millicent l'ignora. Un instant plus tard, les quatre élèves avaient disparu par les escaliers d'où ils étaient venus, Millicent à la tête, le garçon fermant la marche. Puis ce dernier réapparut soudain, avant que Draco n'ait eu le temps de reprendre son chemin. Ses yeux brillaient toujours, un sourire en coin lui donnait un air taquin.
-Malfoy, dit-il.
Le Serpentard resta neutre, se demandant ce qu'il lui voulait. Ils ne s'étaient définitivement jamais parlés. Le garçon avait les cheveux noirs et lisses, coupés plutôt courts. Une fossette creusait sa joue où son sourire se terminait. Ça avait quelque chose de mignon.
-Comment tu t'appelles? demanda Draco en s'approchant de lui.
-Dylan. Peu importe. Aimes-tu les hommes, Malfoy?
La question ne surprit même pas Draco. Il se dit un moment que sa réponse aurait normalement été non, mais les circonstances l'amenaient à aborder certaines choses autrement. Parmi elles, la sexualité lui semblait maintenant toute autre, inconnue, à découvrir.
-Oui, s'entendit-il répondre.
-Moi aussi, dit le garçon en s'approchant à nouveau. Veux-tu qu'on essaie quelque chose?
Et il lui fit à nouveau un sourire en coin en pointant du menton la porte d'une salle de classe. Draco hésita un moment, puis hocha la tête et suivit le Poufsouffle dans la pièce vide avant de fermer la porte derrière eux.
Les deux garçons se trouvèrent malhabiles dans leur énervement en retirant leur vêtements. Tout se déroula très vite : en quelques instants, c'était conclut, et ils se trouvaient grisés, haletants. Dans les oreilles de Draco, la mélodie du merrow résonnait plus fort que jamais, lui semblant plus jolie qu'elle ne l'avait jamais été.
-Merci, en passant, fit Dylan en remettant son pantalon. C'était agréable. Je ne pensais jamais goûter à Draco Malfoy ...
Tout ça semblait soudain si absurde. Draco se pencha pour se rhabiller lui aussi, quand la porte de la salle de classe s'ouvrit violemment. Les deux garçons se retournèrent en faisant le saut pour voir jaillir une silhouette féminine qui se figea dans le cadre, haletante. Ses bras pendaient devant elle, une de ses mains tenant mollement sa baguette. Son dos s'arquait péniblement vers l'avant, comme cassé, son cou penché de manière à dissimuler son regard. Ses cheveux tous défaits et sa posture avachie lui donnaient un air animal.
-Où est-il? cria la fille.
Draco tituba précipitamment vers ses vêtements, tentant maladroitement de dissimuler son entrejambes à découvert. La fille ne semblait pourtant pas lui porter attention, tournant vivement la tête de tous les côtés. Un instant, ses mèches glissèrent pour dévoiler ses yeux et Draco reconnut Romilda Vane. Elle qui se donnait tant de mal à se maquiller ordinairement semblait aujourd'hui son propre fantôme.
-Où est-il? redemanda-t-elle, sa voix hystérique grimpant dans le suraigu.
Dylan la fixait d'un air neutre, tandis que Draco remontait furieusement ses pantalons, toujours affolé. Puis soudain, Romilda se redressa très droite en lâchant ce qui sembla un râlement de douleur.
-Dites-moi où il est! hurla-t-elle. Stupefix ! Stupefix ! Où est-il? Il est ici?
Les sorts qu'elle lança à l'aveuglette ricochèrent contre les murs, ne touchant pas de cible. Draco sauta de côté, cherchant sa propre baguette pour riposter.
-Mais arrête ! lui cria-t-il, alarmé.
-Je l'ai senti! Je l'ai entendu! Je le sens toujours!
Elle renifla bruyamment, sondant l'air devant elle en se penchant d'avantage, la baguette toujours tendue. Draco serra les dents, imaginant ce que la salle devait sentir. C'était si absurde.
-Où est la sirène? cria-t-elle. Je veux le trouver. Je dois le trouver, je l'ai vu dans mon rêve, il m'attend ... Stupéfix!
Draco sentit le sort le frôler alors qu'il réussissait enfin à saisir sa baguette.
-Stupéfix! lança-t-il en pointant vers la jeune fille, l'adrénaline faisant trembler sa main.
Le flash rouge la heurta et elle s'affala lourdement, assommée. Soufflant toujours, Draco s'approcha de sa forme inerte pour la contempler, incapable de se calmer. La mélodie du merrow l'étourdissait. Pourquoi était-elle venue chercher ici, et à ce moment?
-Elle est folle, dit Dylan en observant Romilda, faisant écho aux propos de Blaise un peu plus tôt dans la nuit.
Dylan se tourna vers Draco, les lèvres retroussées en son quasi permanent sourire en coin. Il fit mine de s'approcher, ses yeux luisant à nouveau d'une lueur lascive.
-Ça te dit de recommencer? proposa-t-il avec un clin d'oeil.
Il portait déjà une main à son entre-jambes. Pris de panique, Draco lui jeta impulsivement un stupéfix lui-même. Tremblant de tout son corps, il se laissa glisser sur le sol, regardant tour à tour les silhouettes des deux élèves, guettant la porte ouverte de temps à autres de peur de voir quelqu'un d'autre surgir.
Il venait de recevoir une fellation d'un garçon inconnu et de neutraliser une élève bien plus jeune que lui. Qu'était la suite ?
Puis sa stupeur s'évanouit et soudain très las, Draco eut envie de se laisser envahir par la chanson qui faisait vibrer ses tympans et s'abandonner au sommeil, qu'il devinait rempli de rêves et de plaisirs... La réalité manquait de sens. Tout ne tournait pas rond: c'était ainsi tellement plus séduisant que de s'abandonner au merrow...
Draco sentit son coeur ralentir, sa respiration se faire plus profonde, et il se laissa glisser contre une étagère, soupirant d'aise. Que diable pouvaient bien changer deux de ses collègues assommés. Ils auraient aussi bien pu être morts, cela ne l'aurait pas plus ému. Dans ses rêves, il serait un homme-sirène, il lui pousserait la plus belle des queues écaillées, et il nagerait avec le merrow, et il toucherait son corps... Il n'y avait que lui, et que le merrow...
Et tout à coup, il y eut aussi Harry Potter, qui passait en trombe dans le couloir devant la porte restée ouverte, et Weasley sur ses pas, vociférant. Ils filèrent devant la salle de classe sans s'arrêter et Draco se vit brusquement revigoré, debout sur ses pieds, prêt à les suivre. Une certaine lucidité semblait l'avoir regagné. N'avait-il pas voulu trouver Potter toute la nuit? Granger n'avait-elle pas dit qu'il était allé voir le demi-géant et qu'il en saurait donc sûrement davantage? De toute évidence, le Gryffondor n'avait pas été coincé à l'extérieur du château comme le craignait son amie.
Feutrant ses pas pour ne pas se faire entendre, Draco se lança à leur poursuite, terminant de remettre son chandail.
Après avoir tourné à l'angle de couloir et monté une cage d'escaliers, ils s'arrêtèrent devant un mur. À vrai dire, c'était Potter qui menait, et Weasley, sur ses talons, ne cessait de lui répéter de s'arrêter. Potter sortit sa baguette et se mit à le tâter.
-Harry, n'y va pas ! ordonnait Weasley quand Draco décida d'approcher.
Le rouquin tourna la tête en direction du Serpentard. Son air déjà lugubre s'assombrit encore. Potter jeta un regard noir à Weasley et s'éloigna du mur.
-Qu'est-ce que vous faîtes ? s'enquit Draco en les rejoignant.
-Rien, répondit sèchement Potter.
Il donna un coup de coude à son ami, et rangea furtivement un grand parchemin dans sa poche. Ses yeux verts brillaient fébrilement. Draco nota immédiatement que ce n'était pas tout à fait le Potter de d'habitude.
Les garçons s'observèrent tous en silence pendant quelques instants. La mélodie retentissait toujours dans la tête de Draco. Il se lança :
-Vous l'entendez ?
Potter hésita, puis acquiesça. Weasley secoua la tête.
-Non sens, grogna-t-il.
-Votre copine est inquiète, dit Draco, se rappelant les paroles de Granger.
Il ne sentait même pas le besoin d'être froid ou méchant. Tout ce qui était habituel s'effondrait, cette nuit.
-Elle a disparu depuis des heures ! s'exclama Weasley.
Potter semblait moins sur la défensive, maintenant que Draco avait mentionné Hermione.
-Elle était à la bibliothèque pour essayer de comprendre ce qui se passe, expliqua Draco.
-On saura ce qui se passe demain, quand Dumbledore sera prêt à nous l'expliquer ! rétorqua Weasley.
Draco fixait Potter.
-C'est une sirène, bon sang!
Harry fixait Draco.
-D'ailleurs, je me demande où sont les profs, en ce moment, reprit Weasley. Tout le monde se promène dans les couloirs, il faudrait quelqu'un pour les empêcher de faire n'importe quoi…
Il jeta un regard significatif à Harry. Draco resta perlexe. Puis un autre long silence.
-Potter, tu as vu le demi-géant, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il a pu t'apprendre ? demanda-t-il.
Harry haussa les épaules.
-Pas grand chose qu'on va te répéter, décréta le roux.
Draco sentit sa colère monter.
-Weasley, arrête de faire l'enfant. Il se passe quelque chose ! Je viens d'être attaqué par Romilda Vane, Merlin! Romilda Vane!
Le garçon pâlit brusquement.
-Je sais qu'il se passe quelque chose, et que c'est grave ! C'est pour ça que j'essaie d'empêcher Harry d'aller faire n'importe quoi avec le merrow !
Draco se rendit soudain compte d'où ils se trouvaient. C'était précisément l'entrée de la salle de bain des préfets.
Harry avait lentement tourné la tête vers son ami.
-Ron, je dois aller voir, dit-il d'une voix qui ne lui ressemblait pas. Tu ne peux pas comprendre, tu n'entends pas la mélodie. Tu n'as pas besoin de lui comme moi. Reste ici.
Weasley ouvrit la bouche pour crier quelque chose, mais Harry, l'air déterminé, avait déjà levé sa baguette. Il énonça rapidement :
-Petrificus Totalus !
Et Weasley bascula puis s'étala sur le sol, figé. Éberlué, Draco se sentit tout aussi pétrifié que s'il avait lui-même reçu le sort. Le regard de Harry rejoint le sien, et il hocha faiblement la tête.
-Tu l'entends vraiment ? demanda Harry.
Draco acquiesça faiblement.
-Tu ressens la même chose que moi ?
Draco regarda le mur et imagina ce qui se trouvait derrière. Il imagina le merrow dans le bain des préfets, si près, tout juste derrière le passage. La lucidité qui l'avait gagné le quitta, atténuée par le désir qui grimpait dans son ventre.
-Tu m'accompagnes ? fit Harry.
Dernier hochement de tête. Puis Harry murmura le mot de passe et le passage pour la salle de bain des préfets s'ouvrit.
