Bonjour à tous,
Voilà le chapitre 5 de Leurs vies Brisées, navrée pour l'attente et en espérant que cela vous plaise…
Je tiens aussi à préciser que je compte commencer pour la rentrée la traduction de Walk The Shadows, fiction de jharad17, auteur anglais. Pour plus de renseigner, vous pouvez aller sur mon profil.
Bonne lecture !
Med'.
Chapitre 5
Harry rentra au château aux alentours de minuit – il était vraiment fatigué, la seconde réunion qui l'avait accaparé avait duré bien plus longtemps qu'il ne l'avait prévu. Mais au moins, presque tout était en ordre.
Il remonta discrètement – ratant de près Rusard et Snape, qui murmuraient ensemble il ne savait quelles insanités. Il murmura le mot de passe au portrait de la Grosse Dame, maintenant habituée à ce que des importuns de son espèce la dérange au beau milieu de la nuit. Il alla s'asseoir sur un divan situé face à la cheminée ronflante.
Il était vraiment las. Il pensait qu'être seul, s'isoler comme il l'avait fait, avait été une bonne idée. Bon, en fait, ça avait été la meilleure qu'il ait jamais eu, mais... eh bien, il se sentait seul à présent. C'était bon d'avoir une épaule sur laquelle se raccrocher, de pouvoir discuter jusqu'aux petites heures avec ses camarades de dortoir, de faire des blagues stupides, de rire,... Mais c'était loin, et irrécupérable.
Et c'était de sa faute.
Harry secoua la tête. Ce n'était vraiment pas le moment de penser à ça. Il touchait presque au but. Il ne devait pas fléchir. Même quand il savait qu'en ce moment précis, Hermione le regardait, assise sur une marche d'escaliers, les larmes aux yeux.
Il fallait tenir.
* * *
Deux semaines après cette fameuse réunion, Harry se réveilla en plein milieu de la nuit à cause d'un cauchemar. Frottant sa cicatrice douloureuse, il se dirigea sous la douche, puis, incapable de se rendormir, il décida de sortir se promener un peu. Il s'habilla chaudement – il ne tenait pas à aller à l'infirmerie pour un stupide rhume.
Alors qu'il contemplait la lune se refléter dans le lac, à une fenêtre du troisième étage, il entendit des pas venir dans sa direction. Il savait qui c'était - l'espèce de surveillance dont il avait l'objet ne lui était pas restée inconnue bien longtemps.
-J'ai horreur de me répéter Potter, dit doucement Malfoy. Tu sais que je pourrais te faire perdre des points, même si tu t'en fous, ou bien te mettre en colle.
-Effectivement, je m'en fous, répondit Harry, indifférent. Pourquoi tu m'observes depuis quelques jours ?
Draco ricana.
-Potter, je t'observe depuis que nous avons onze ans. Je savais bien que les informations ont du mal à atteindre ton cerveau, mais quand même...
Harry soupira.
-Tu m'emmerdes.
-Je sais, fit Draco avec un sourire satisfait. Maintenant, si tu me disais pourquoi tu es hors de ton dortoir pour que je puisse t'enlever des points correctement ?
Harry eut un petit rire. Draco se surprit à apprécier cela. Cela faisait si longtemps que le Gryffondor n'avait pas ri – et d'ailleurs, lui-même semblait l'avoir remarqué, puisqu'il arrêta aussitôt.
-Ça ne te regarde pas Malfoy, dit-il froidement. Si tu veux m'enlever des points, à ta guise. Mais je n'ai aucun compte à te rendre.
Alors qu'il faisait mine de repartir, Malfoy lui prit le bras – ce qui eut pour effet de faire grimacer Potter, qui n'avait pas vraiment prévu le coup. Draco fronça les sourcils – il ne faisait que lui agripper le bras, et encore, pas très fort. Il resserra sa prise et vit Potter se mordre la lèvre.
-Lâche-moi putain ! murmura Harry fiévreusement.
Sans répondre et sans douceur, Draco remonta la manche de l'autre jeune homme – pour y découvrir des marques rouges, des égratignures, des cicatrices à peine refermées. Furieux, Harry retira son bras et remis sa manche là où l'importun l'avait relevé. Ils se fixèrent du regard pendant un instant – et Harry fut surpris de ne voir aucune moquerie, rien qui puisse lui affirmer que le Serpentard allait se foutre de lui.
-Alors quoi, Malfoy ? Maintenant que tu t'es bien amusé, tu vas tout raconter à... commença Harry, qui finit par se taire.
A qui pouvait-il raconter cela ? Malfoy n'était pas du côté de Voldemort. Mais cela ne signifiait pas pour autant qu'ils allaient commencer à s'apprécier. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Malfoy soupira et dit :
-Ecoute, Potter, je sais que ce n'est pas le grand amour entre nous, mais laisse-moi t'aider. Franchement, tu ne peux pas rester dans cet état...
-Ah ouais, et pourquoi ? demanda sèchement Harry.
-Parce que j'ai changé de camp, comme tu le sais, et que ça m'embêterais vraiment d'admettre que j'ai fait le mauvais choix, répondit placidement Malfoy. Allez, viens.
Sans rétorquer quoi que ce soit, Harry le suivit, mais toujours méfiant – Draco pouvait le deviner à sa manière de le regarder et aussi, à la façon dont l'autre garçon marchait, comme s'il allait s'enfuir au moindre geste déplacé de sa part. Frustré mais silencieux, Draco le conduit jusqu'à sa chambre – dans les cachots, bien évidemment. Une statue en forme de gargouille monstrueuse en gardait l'entrée.
Ce qu'il considéra d'abord comme une seconde énorme boulette s'avéra être l'une des meilleurs choses qu'il ait jamais faite.
Harry se tenait au milieu de sa chambre, l'air toujours aussi peu amène. Draco comprenait ce que l'autre devait ressentir – l'impression d'être traqué, pris au piège. Il s'était un peu senti comme cela lors de la réunion dans la vieille bicoque des Black. Pour la énième fois de la soirée, Draco soupira et fit un geste à Harry pour que ce dernier s'assoit devant la cheminée.
-J'arrive, dit-il simplement, je vais chercher des potions pour...
Il ne prit même pas le temps de finir sa phrase correctement et s'engouffra dans la salle de bains. Harry, lui, se sentait vraiment perdu. Du moins, plus que d'habitude. Est-ce que la personne qui le haïssait le plus – enfin, il n'allait quand même pas faire un concours pour savoir qui aurait ce prix, non ? - venait juste de le faire entrer dans sa chambre comme si les cinq dernières années n'avaient jamais existé ?
D'ailleurs, ladite personne se posta derrière lui et demanda posément :
-Potter, s'il te plaît, arrête de réfléchir et assieds-toi.
Toujours récalcitrant, Potter répliqua :
-Pourquoi faire ?
Et ce, d'un ton mordant qui ne fit que sourire son homologue.
-Pour te soigner, espèce de crétin dégénéré. Tu crois vraiment que tu vas pouvoir vaincre Tu-Sais-Qui en te trimballant avec des plaies mal soignées ?
Sa voix avait été calme et posée – tout le contraire de ce que Malfoy avait l'habitude d'être. Eh bien, si Malfoy avait été aussi normal que Harry pensait qu'il pouvait l'être, il n'aurait jamais rejoint l'Ordre. Alors... Eh bien, Harry décida de faire un peu confiance. Il en avait vraiment besoin.
Désespérément besoin.
-Par contre, j'aimerais savoir jusqu'où tu t'es... fait mal, fit Draco. Mais je ne te demanderais pas comment tu t'es blessé, ajouta-t-il devant l'air maussade de Harry.
Toujours aussi récalcitrant, Harry ne dit rien, mais ses gestes furent éloquents que tout le reste. Il retira sa cape, puis sa robe de sorcier, ainsi que son pull. Hésitant pendant, oh, deux secondes, il enleva également sa chemise. Et Draco put admirer l'étendue des dégâts. Retenant un petit sursaut de surprise, il demanda à son camarade de s'allonger sur son canapé, là où le feu donnait une meilleure lumière.
Il étala, tartina, recousu, donna des breuvages et appliqua une bonne dizaine de pommades différentes – bref, soigna Harry Potter. Au bout d'une bonne heure, il eut fini.
-Bon, Potter, je pense que ça ira pour ce soir. Tu as besoin de quelque chose d'autre ?
Et là, oh miracle ! Potter eut une autre réaction que de la méfiance ou du mépris – il se mordillait la lèvre, incertain. Hum.
-En fait, je... j'aurais besoin de...
Draco haussa un sourcil.
-De... ?
Harry murmura la réponse d'une voix si basse que Draco se demanda s'il avait bien entendu.
Malheureusement pour lui, son ouïe était parfaite.
* * *
Le lendemain matin, Draco se réveilla plus tôt que d'habitude – cauchemars obligent. Il se passa une main dans les cheveux, toujours allongé. Il repensa furtivement à la conversation qu'il avait eu avec Harry Potter la veille. Ses doutes s'étaient confirmés – à son grand dam. Il aurait préféré ne pas savoir – mais il serait alors passé à côté de cette chose si formidable que de sentir utile à quelqu'un. Qui sait, peut-être que cela se renouvellera. Même s'il n'en espérait pas autant – et pourtant, il ne se faisait pas d'illusions sur le fait que Potter réclamerait son aide.
Il finit par se lever, lentement, comme lorsque l'on se réveille un samedi matin, doucement, pour ne pas briser l'espèce de paix intérieure qui nous submerge. Il fila sous la douche, s'habilla rapidement – mais toujours sa classe légendaire – et se mit à son travail. Il avait environ une demi-heure avant que Blaise et Théodore n'arrivent.
Cela lui paraissait fou qu'ils s'entendent si bien. Lui qui avait toujours cru ce que son père lui disait sur ces deux familles – entre autres – qu'il ne s'était jamais posé de questions. Il aurait dû. Et puis, ce n'était pas la seule chose – peut-être que son père lui avait toujours menti. Ce qui semblait extrêmement probable.
Un coup à la porte le sortit de ses songeries. Souriant, il prit sa cape et son sac et sortit rejoindre ses deux amis. Les premiers, et des vrais.
Ils s'assirent et mangèrent en silence, sous les regards parfois haineux de certains de leurs camarades. Leur trahison – et particulièrement celle de Draco – avait été rapidement remarquée. Ils filèrent ensuite en cours de DCFM juste avant que la sonnerie ne retentisse. Draco eut tout juste le temps de remarquer que Potter n'était pas dans les parages, ce qui était étonnant en soi, quand on savait à quel point il adorait la DCFM.
Ils s'installèrent au fond, comme à leur habitude, tandis que les Gryffondors chahutaient joyeusement avant l'entrée du professeur. Finalement, Potter fit son apparition, l'air fatigué, suivi de près par le professeur Elfman.
Elfman considéra ses élèves un instant, rétablissant le calme d'un seul coup d'œil. Elle semblait avoir le même pouvoir que Rogue sur le corps étudiant, en beaucoup moins terrifiant néanmoins. En outre, elle paraissait se moquer totalement des différents qui opposaient les Maisons, et était impartiale avec tous les élèves. C'était pour cette raison que Draco aimait beaucoup ses cours, même s'il ne l'avouerait jamais.
-Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous allons mettre en pratique le cours dernier sur les boucliers de protection de haut niveau. J'espère que vous vous sentez prêts, puisque vous savez désormais que ce genre de boucliers utilise beaucoup de magie brute.
Elle contempla la classe de ses yeux vifs, et annonça que tous les élèves devaient se mettre par groupe de deux et essayer, chacun leur tour, de bloquer le sortilège que leur envoyait leur camarade. Au bout de cinq minutes, la plupart des groupes étaient faits. Malheureusement, la classe comptait un absent ce jour-là. C'est ainsi qu'elle repéra Harry Potter, la tête entre les mains, seul, toujours assis.
-Mr Potter, il me semble avoir donné des instructions. Pourquoi n'avez-vous pas rejoint un des groupes ?
Harry leva la tête et regarda son professeur. Elya Elfman faisait parti de l'Ordre du Phoenix depuis le retour de Voldemort, mais Dumbledore l'avait acceptée surtout à cause de son talent inné pour la Défense.
-Je sais déjà faire ce bouclier. Pas la peine de m'entraîner davantage, souffla Harry.
Autour d'eux, les sorts fusaient, tandis que les boucliers oscillaient d'une couleur à une autre ; bien peu arrivait à créer le dôme bleuté demandé. Malgré tout, Draco y arriva, suivi de Blaise et d'Hermione quelques instants plus tard.
-Je vois, fit le professeur d'un ton sarcastique. Voyons voir ce que vous savez faire avec votre baguette.
Harry haussa les épaules et se leva.
-S'il vous plaît ! cria le professeur. Mr Potter ici présent et moi-même allons vous faire une petite démonstration de ce qu'il convient de faire avec ce genre de bouclier. Savez-vous réaliser d'autres boucliers Mr Potter ?
Harry hocha la tête.
-J'ai lu Boucliers et Défenses Contre les Sorts Dangereux. Je pense pouvoir en effectuer la totalité.
Elfman fit de son mieux pour ne pas paraître choquée. Ce livre, malgré un nom ridicule et simpliste, était la base de toute formation avancée, notamment pour les Aurors. S'il savait les maîtriser à seize ans, que pourrait-il faire à vingt ans ?
-Très bien. Commençons, je vous prie. Les autres, contre le mur et ne bougez pas. Au fait, cinq points chacun pour Mrs Malfoy et Zabini, ainsi que Miss Granger pour leurs boucliers effectués.
Draco sourit, satisfait. Il regarda rapidement la classe avant de reporter son attention sur son professeur et Potter. Ce dernier avait semblé mal au point en arrivant – sûrement des contrecoups des potions que Draco lui avait donné, certains effets secondaires pouvaient provoquer un dérèglement du sommeil. Il était extrêmement pâle, ses yeux verts contrastant étrangement avec le reste de son corps. Puis le combat commença.
Elfman avait placé un puissant bouclier au-dessus d'eux afin de ne blesser personne d'autre. Elle lança quelques sorts faciles, qu'Harry détourna facilement grâce à sa baguette. Puis le rythme devint plus soutenu : elle lançait sort sur sort, de plus en plus dangereux. Elle pouvait même en envoyer plusieurs en même temps, mais cela ne semblait pas gêner outre mesure son élève. Il détournait les sorts avec une facilité déconcertante. Malgré cela, Elfman augmenta l'intensité et la rapidité des sorts. En son for intérieur, elle était surprise, et même choquée qu'un simple enfant puisse accomplir des choses pareilles. Elle regardait son élève concentré, ne voyant pas la force et le charisme qu'il dégageait à cet instant. Harry avait les lèvres pincées, l'air concentré, imperturbable. Tous les élèves le regardaient, fascinés et surpris à la fois. D'aucun se doutait à quel point sa magie s'était développée durant les quelques mois de vacances.
Draco se dit que Potter avait bien du courage pour supporter sans rien dire les vagues d'attaques incessantes de son professeur. Bien qu'il semblait aller mal, il tenait le coup admirablement bien. Mais cela également, il ne l'avouerait jamais. Comme il ne dirais jamais à quel point il avait eu envie de tenir Potter dans ses bras la veille. Il le trouvait très mignon dans son genre – mais jamais personne ne l'entendra dire ça. Et le voir sans défenses, faible, carrément craquant, le rendait…
Soudain, Harry tomba à terre en se tenant le front à deux mains, lâchant ainsi sa baguette et se prit un Crucio en pleine poitrine. Il n'avait pas eu le temps d'éviter le sort et n'avait pas du tout senti la vision arriver. Dans les brumes de sa douleur, il lança d'une main un bouclier de défense qui renverrait quiconque essaierait de le toucher.
Et la vision que Voldemort lui offrit lui coupa le souffle et lui fit monter les larmes aux yeux. Tout ce qu'il y avait de plus mauvais, de plus sale en Harry, Voldemort semblait l'avoir découvert – ou l'avait-il toujours su, utilisant dans un des pires moments ces informations ? Se sentant de plus en plus mal, il vomit tout ce qu'il avait pu ingurgiter depuis les trois derniers jours – c'est-à-dire pas grand-chose. Une bile verte et malodorante se mélangea avec un peu de sang, faisant tourner la tête à Harry. Puis, aussi brusquement que c'était apparu, la vision disparut et la migraine ne fut plus qu'un fantôme dans son esprit.
Il se releva difficilement. Ses jambes tremblaient, mais il parvenait à garder un certain équilibre. Soufflant de manière irrégulière, il fit disparaître le vomi et annula le bouclier. Il regarda l'ensemble de la classe à travers ses mèches de cheveux ruisselantes de sueur, puis son professeur. Elfman semblait plus qu'impressionnée ; elle paraissait presque admirative. On lui avait parlé de la douleur occasionnée par les visions de Harry ; pourtant, il avait réussi à subir à la fois une vision et un Crucio, sans pousser un seul cri. La douleur faisait apparemment partie de la vie quotidienne du Survivant. Et bien que ce ne fut pas réellement son problème, cela inquiéta grandement le professeur.
Sans un regard en arrière, Harry fit léviter son sac jusqu'à lui et sortit de la classe, sous les murmures de ses camarades encore sous le choc.
Elfman secoua la tête et ordonna la suite de l'exercice. Tout en supervisant les duos, elle ne cessait de penser à ce qui venait d'arriver.
Lorsque la classe fut finie, elle se dirigea directement vers le bureau du directeur. Même s'il ne pouvait rien faire, elle devait au moins le prévenir de ce qui s'était passé.
Prononçant le mot de passe – Citron glacé, mais où allait-il chercher ces stupides mots de passe ? – Elya grimpa les escaliers en colimaçon et frappa poliment à la porte. Un petit cri l'invita à entrer, et ce fut pour tomber sur un Albus Dumbledore en train de ranger les étagères de sa bibliothèque. Des livres et divers papiers traînaient sur le sol, tandis que le directeur fouillait dans un ramassis considérable de vieux grimoires qui partaient en lambeaux.
-Ah, Elya. Que me vaut l'honneur ? sourit le vieil homme, en se dirigeant vers son bureau. Excusez-moi pour le désordre, je cherche une formule dont je n'arrive pas à me souvenir… Et c'est très embêtant. Alors ?
-C'est à propos de Potter.
Le directeur devint silencieux, cessant tout mouvement.
-Il a fait une vision tout à l'heure. Pendant un exercice de défense.
D'un geste de la main, Dumbledore l'invita à s'asseoir, faisant également apparaître deux tasses de thé fumant.
-Il est excellent en Défense. Je n'ai jamais vu ça. Il connaît des sorts, des contres-sorts, des boucliers, qu'un sixième année ne devrait pas savoir. Ce n'est pas de son niveau. Pourtant il les maîtrise comme si c'était tellement naturel… Enfin, j'ai commencé à lui lancer des sorts de plus en plus puissants, quand il est brusquement tombé à terre, une main sur le front. Un sort l'a touché, mais il a quand même eu le temps d'invoquer un autre bouclier.
-Et vous ne savez pas quelle était la vision ? demanda le vieil homme, songeur.
La femme secoua la tête.
-Non, il est parti directement après ça.
-Très bien. Je vous remercie Elya. Je ne sais pas si je pourrais faire quelque chose, mais merci tout de même.
La professeur hocha la tête et se leva, quittant la pièce où le vieillard se posait de nouvelles questions.
Pendant ce temps, les Serpentards de sixième année étaient en cours de Métamorphose – suivant plus ou moins ce que la professeur disait. Ce qui, concernant nos trois 'traîtres', se situait plutôt vers le moins.
-Messieurs, pourriez-vous vous taire et faire l'exercice demandé ? demanda McGonagall, arrivée silencieusement derrière eux.
-Déjà fait, grogna Draco.
Il pointa du doigt les trois tasses en argent ciselé qui avaient remplacé les petits lézards. Mcgonagall renifla, puis passa dans les autres rangs. Au final, le cours se fit dans le silence total, les trois Serpentards étaient trop plongés dans leurs propres pensées. Lorsque la cloche signala la fin du cours, et que la sévère professeur de Métamorphose les eut abreuvés de devoirs, les trois Serpentards se dirigèrent vers la Grande Salle – quatre heures de DFCM et de Métamorphose donnent en général très faim à quiconque.
-Vous ne pensez pas que c'est sa cicatrice qui agit comme un lien ? demanda Théodore de manière désinvolte.
-Un lien ? Comment ça ? fit Blaise alors qu'ils s'installaient à table.
-Eh bien… Il a dit qu'il avait vu le massacre d'un village. Comment l'aurait-il fait si…
Il fut interrompu par Ron Weasley, qui semblait hors d'haleine. Il fit une entrée fracassante dans la Grande Salle, coupant court toutes les discussions. En effet, il était rare qu'un élève entre en courant dans la sorte dans le réfectoire ; mais il était encore plus rare de voir un élève avec un uniforme taché de sang entrer en courant dans le réfectoire.
Dumbledore fut le premier à réagir. Il se dirigea vers le roux, un air inquiet sur le visage. Lorsqu'ils furent proches, les mots du jeune homme résonnèrent dans toute la pièce.
-Harry Potter… sang… toilettes… couteau… presque mort… et… Infirmerie, presque mort…
Les mains sur les jambes, il tenta de reprendre son souffle alors que presque tout le monde avait retenu le sien. Sans en entendre plus, le vieux directeur courut hors de la salle, laissant ses élèves et la plupart des professeurs intrigués et déboussolés. McGonnagall ordonna alors à tous les élèves de rejoindre leurs salles communes sous la direction de leurs préfets, avant de réunir les professeurs dans leur salle.
Tout aurait pu laisser penser à croire que Draco Malfoy aurait été le premier à cracher sur le sort d'Harry Potter – même s'ils étaient à présent dans le même camp, cela n'empêchait pas leur haine de croître. En fait, il dirigea calmement et froidement ses camarades vers les cachots, vérifiant mentalement que tous étaient là. Il sourit à ses deux amis et rejoignit aussitôt sa propre chambre. Dès que la porte fut fermée, il ferma les yeux et expira longuement. Il prit un long moment pour ne pas se laisser submerger – il se doutait du pourquoi d'une telle action. Je suppose qu'il croyait être le seul – n'avez-vous pas compris ?
Lorsqu'un secret fardeau se pose sur vos épaules, invisible et plus lourd que ce que vous ne le croyez au départ, vous n'avez que deux choix : plier l'échine et renoncer à agir dans l'ombre, ou se redresser, insensible à la douleur – ou ne le montrant pas – et faire du bien général une priorité. En particulier lorsque ce bien commun repose sur les épaules d'une autre personne.
Nous avons tous des charges qui nous incombe – que nous le voulions ou non ; mais certaines sont plus dangereuses que d'autres : celles qui vous sont attribuées depuis votre naissance, ou bien celles que l'on accepte, pour le bonheur de quelqu'un d'autre que soi, tout en sachant que si nous souffrons, ce sera en silence et seul.
TBC.
