Et parce que je suis vraiment gentille comme une pâquerette, j'offre le reste de la première partie de Leurs Vies Brisées. En espérant que cela vous plaise quand même..
Bonne lecture,
Med'.
Chapitre 6
Pendant ce temps-là, à l'infirmerie, Dumbledore venait d'arriver, essoufflé, mais l'infirmière lui fit signe de la main de ne faire aucun bruit. Elle s'activait encore autour du lit de son célèbre patient, qui avait les yeux grand ouverts et fixés sur le plafond. Son teint était encore plus pâle qu'à l'accoutumée, tenant apparemment à rivaliser avec les draps. Ses deux avant-bras étaient couverts de bandages, légèrement teintés de sang vermeil. Pomfresh fit un dernier bilan magique, soupira puis se tourna vers le directeur, après avoir tiré les rideaux.
-Que s'est-il passé ? demanda le vieil homme, très inquiet.
-Il a tenté de s'ouvrir les veines. Il y est presque arrivé.
Dumbledore ferma les yeux tandis que l'infirmière relatait la manière dont le jeune homme avait été retrouvé. Elle s'était précipitée vers les toilettes, trouvant le jeune homme au seuil de la mort. Dumbledore avait réellement échoué dans son rôle. Il aurait du protéger le Sauveur de tous les dangers. Pas seulement extérieurs ; il avait oublié de le mettre en garde contre sa propre volonté. Et il se sentait terriblement responsable pour ça.
-Est-ce qu'il est en état de parler ?
-Oui, bien sûr. Mais ne le brusquez pas trop. Il est encore faible.
Acquiesçant, Dumbledore tira les rideaux et s'approcha lentement du lit. Harry avait les poings serrés à l'extrême, fixant toujours le plafond blanc. Il ne semblait pas l'avoir entendu ; il ne bougea pas non plus quand le directeur s'assit juste à côté de lui.
-Harry… Est-ce que tu vas bien ?
Les paupières recouvrirent les yeux émeraude pendant une fraction de seconde en trop. Puis le garçon se releva sur les fesses ; regarda son vis-à-vis dans les yeux.
-Oui, je vous remercie Monsieur.
La voix était neutre, sans vie, sans aucun sentiment. Mais elle semblait déterminée. Dumbledore faillit lâcher le contact visuel, mais tint bon.
-Harry, permets-moi d'en douter. Je sais que tu ne manges presque plus, je sais que tu t'es éloigné de tes amis, je sais que tu fournis trop d'efforts, et je sais que tu es en colère. On ne ment pas à un vieillard dans mon genre.
-Certains ont réussi.
-Peu de temps, je te l'assure.
-Et je vous assure à mon tour que vous vous trompez.
Un silence lourd prit place. Les deux pairs d'yeux s'affrontèrent en silence, mais comme chacun le sait, on gagne rarement contre les yeux bleus du directeur.
-Je n'ai pas tenté de me suicider, fit le jeune homme en s'appuyant plus profondément dans les coussins.
-Harry, tu a été retrouvé dans les toilettes du troisième étage sans connaissance, dans une flaque de sang, les bras entaillés jusqu'aux veines, une lame de rasoir dans ta main droite. Je doute que ce soit quelqu'un qui t'ait fait ça, dit doucement Dumbledore.
-Je n'ai jamais dit le contraire.
Le vieil homme fronça les sourcils.
-C'est moi qui me suis coupé. Mais je ne voulais pas me suicider. Il y a une grande différence.
Toujours ce ton impersonnel. Dumbledore sentit presque son échine frissonner.
-Pourquoi voulais-tu te couper dans ce cas ? demanda-t-il d'une voix douce.
Dès la fin de la question, le directeur sut que sa question paraissait déplacée pour le jeune homme. Les yeux verts étaient à présent animés d'une colère et d'une haine sans nom. Mais Dumbledore savait qu'il n'en était pas la cible première. C'était quelque chose, ou quelqu'un d'autre que lui. Il en remercia intérieurement Merlin.
-Ceci n'est en rien dans vos affaires.
-Ca l'est.
-Depuis quand ? Vous avez peut-être été présent lors de mes premières années à Poudlard, mais c'est fini maintenant.
-C'est faux et tu le sais.
Dumbledore était réellement soucieux à cet instant.
-Non. Je vous remercie infiniment pour tout ce que… vous avez fait pour moi, mais je n'ai plus besoin de votre aide à présent. Ni de celle de quiconque.
-Harry, tu n'es pas seul. Regarde autour de toi de temps en temps.
-Il n'y a personne. Plus maintenant. Vous le savez aussi bien que moi. Je dois être seul. C'est comme ça, vous ne pouvez rien y changer.
-Rien ni personne n'a jamais affirmé que tu devais être seul, fit Dumbledore en fronçant les sourcils.
Le jeune homme eut un petit rire amer.
-Non, mais c'était largement implicite. Pourquoi croyez-vous que je me sois séparé de mes supposés amis ? Ils ne connaissaient que Potter. Ils ne croient que ce qu'ils veulent. Comme le reste du monde. Comme vous.
-Harry, s'il te plaît, ne dis pas…
-Rien du tout. Je ne recommencerais plus.
Harry s'enfonça à nouveau dans la contemplation du plafond et dans son mutisme. Albus Dumbledore soupira avec tristesse et se leva. Il ouvrit la bouche pour parler de nouveau, mais il se rendit compte que cela ne ferait certainement qu'empirer la situation. Il quitta la pièce sans voir les quelques larmes qui coulèrent en silence.
* * *
La nuit tomba doucement sur le château. Dans les cachots, Draco planchait presque désespérément sur une dissertation de Métamorphose depuis plus de deux heures. Derrière lui, Theodore et Blaise essayaient de se mettre d'accord sur ce qu'il fallait ajouter dans une potion de sommeil après les feuilles de camomille.
N'y tenant plus, Draco se leva et annonça :
-Je sors. Et après la camomille, il faut ajouter deux gouttes d'essence de rose et un grain de Libentas. A toute à l'heure.
Et il sortit sans que les deux autres n'y comprennent rien.
Draco traîna dans les couloirs quelques minutes, avant de finalement se diriger vers l'infirmerie. Il voulait le voir. Après tout, c'était peut-être, et même sûrement, de sa faute s'il avait tenté de se suicider – d'après ce que l'on racontait.
Il ouvrit précautionneusement la porte, puis, ne voyant personne arriver, il entra, referma la porte derrière lui et se dirigea vers le seul lit occupé. Il porta son attention sur le patient qui y reposait. Draco savait qu'il était terriblement pâle, sa cicatrice rougie se verrait comme la stupidité d'un Weasley au milieu d'un congrès de chercheurs, et que des bandelettes entouraient ses deux poignets.
Il s'approcha du lit, puis, sans même s'en rendre réellement compte, il fit quelques pas pour se mettre au niveau des mains d'Harry, qu'il se mit à serrer inconsciemment.
Ce simple geste fit – par hasard ou par magie – ouvrir les yeux à Harry. Il fixa le plafond un instant avant de dériver sur Draco. En temps normal, le blond aurait d'ailleurs vivement retiré sa main – mais en temps normal, il ne serait pas là à se demander pourquoi il se sentait si mal face à Harry Potter, et surtout, il ne serait pas venu le voir à l'infirmerie.
-Je ne veux pas mourir Draco, murmura d'une voix rauque et sèche Harry.
Draco sourit tristement. On aurait dit qu'Harry voulait vraiment qu'il le croit. On aurait dit que le jeune homme était désespéré à l'idée que le blond ne le croit pas. Mais cela ne pouvait pas être cela.
-Je sais. Je suis désolé.
-De quoi ? Ce n'est pas toi qui as posé la lame sur mes poignets.
-Oui, mais… je ne sais pas, j'aurais du faire quelque chose. Je savais – je sais que tu ne vas pas bien, et je t'ai laissé gambader macabrement dans les couloirs. C'était stupide.
Draco baissa la tête – il n'osait pas regarder Harry dans les yeux. Il se passa un long moment sans qu'aucun d'eux ne bouge.
-Tu sais, un jour, un Gryffondor m'a dit que j'aurais du mourir à la place de Cédric.
Draco leva brusquement la tête – bien sûr, c'était une chose qu'il aurait pu dire, mais il ne l'avait jamais fait : il se doutait bien que Potter avait un énorme poids sur la conscience à cause de cette mort. Il aurait du se servir de cette douleur, mais il n'avait jamais pu. Peut-être qu'au final, le bien-être de Saint-Potter avait été plus importante que Draco n'aurait bien voulu le croire. D'ailleurs, il était peut-être le seul être vivant qui se souciait encore de lui comme l'aurait fait… un ami ?
-Au début, je ne voulais pas y croire. Parce que Cédric m'avait dit… la voix basse d'Harry se brisa sur la fin de sa phrase. Puis il reprit : J'y ai beaucoup réfléchi après coup. En fait, ce gars avait raison. Vraiment. Je… Après tout, qui me regretterais, moi ? Pas de famille, plus d'amis, plus rien. Et lui, ce sont ses parents et ses amis qui l'ont perdu. Ils m'en veulent et je ne peux pas les blâmer.
Draco laissa l'autre garçon parler – il était quelque peu choqué par ce que disait Harry.
-L'an dernier… Il y a eu beaucoup de choses. La pire… c'était la mort de mon parrain. C'était absolument de ma faute. Si je n'avais pas suivi ce stupide rêve, il serait encore en vie. Je…
Harry secoua la tête, et Draco sentit qu'il resserrait leurs mains. Inconsciemment, il retourna le geste.
-Ce n'est pas grave. Je suppose que je ne méritais pas tout ça – la familles, les amis... Mais eux ne méritaient pas de mourir pour moi.
Draco crut rêver cette phrase – peut-être l'avait-il fait, après tout. Les lèvres de Harry avaient à peine bougées et cela aurait très bien pu être un courant d'air dans le couloir. Il releva les yeux sur l'autre – Harry lui souriait, d'un sourire si triste qu'on aurait dit un dessin.
-Par contre, j'aimerais savoir pourquoi tu es là. Et aussi pourquoi tu n'as rien dit.
Les questions prirent Draco de court. Pourquoi ? Il ne savait pas vraiment. Il savait que ce n'était pas de la pitié – définitivement, non. Alors quoi ? Draco jeta un regard furtif sur Harry, et sut quelle pouvait être la réponse.
-Peut-être… Que j'en avais envie. Je ne suis pas le méchant Serpentard que le reste de l'école croit que je suis. Et au risque de me répéter, je déteste divulguer les secrets des personnes que j'apprécie.
Harry sourit doucement.
-Eh bien. Bonne nouvelle. Moi aussi je t'aime bien… Draco.
Sur un sourire complice, Draco quitta l'autre sans un petit pincement au cœur.
Parce qu'il vaut mieux souffrir en silence et seul plutôt que de laisser à d'autre savoir ce qu'on a au fond du cœur.
°OoO°
Harry faisait ses devoirs dans une partie les plus reculées de la bibliothèque, pour être tranquille et surtout ne pas subir les moqueries et les regards de ses camarades. Il était sorti le lendemain de sa fausse tentative de suicide, et cela avait été amusant de voir tous les visages stupéfaits se tourner vers lui – enfin, amusant au début. Cela l'avait été beaucoup moins quand il avait dû affronter les murmures et les remarques plus ou moins blessantes de ses camarades. Le plus dur avait été quand ça avait été au tour de Ron. Il lui avait dit de telles choses.. au point même que personne n'aurait pu croire qu'ils avaient été un jour amis. Mais au fond, il s'en moquait. Aucun ne le connaissait vraiment, et aucun n'avait l'intention de le faire. Ils voulaient Harry Potter, Harry le leur donnait avec une joie immense.
Mais tout cela, il s'en fichait éperdument. Il utilisait des charmes de dissimulation pour cacher ce que les autres ne voulaient pas voir – qui voudrait savoir que leur héros est en train de mourir ? Il ne faisait qu'apprendre, se remplissant de tous les charmes, sortilèges, connaissances dont il pouvait avoir besoin pour tuer Voldemort. Il aurait bien voulu s'entraîner pour des arts de combats moldus, mais il savait que son corps ne le supporterait pas. Il se résolut donc d'aller à l'Infirmerie, lorsque tous ses camarades se rendraient à Pré-au-Lard, le samedi suivant.
Cependant… Cependant, il y avait cours de Potions entre-temps. Le lendemain matin, pour être plus précise. Et Harry sentait qu'il allait devoir retourner en retenue. Ca ne l'étonnerait pas. En fait, ce serait plutôt le contraire qui serait étonnant. Et inquiétant. Cela signifierait des choses qu'Harry ne voulait pas savoir.
Et puis, il y avait le problème Draco Malfoy. Harry savait depuis l'année dernière qu'il ressentait quelque chose de spécial pour lui – chose qui s'était confirmée quand il était venu le voir à l'infirmerie. Le sortilège qu'il avait placé autour de son lit ne laissait passer que les personnes en lesquelles il avait le plus confiance, même inconsciemment. Et il avait rejeté toutes les autres personnes – y compris Dumbledore. Mais Harry pensait sérieusement qu'il ne devait pas s'attacher à lui – trop de danger pour lui. Pour eux. Alors il fallait qu'ils cessent de se voir, comme avec tous les autres.
Il travaillait sur son devoir de Sortilèges, même si ce cours était pour lui l'un des plus simples, et qu'il connaissant le sortilège en question depuis plus d'un an. Terminant rapidement, il se leva et entreprit de chercher des livres sur des charmes qu'il ne connaissait pas encore, afin d'approfondir encore ses connaissances.
Il revint à sa table quelques minutes plus tard, croulant sous divers grimoires portant des noms aussi étranges les uns que les autres. C'est ainsi qu'il passa sa nuit, ayant bien pris soin auparavant de jeter un sort de d'illusion sur sa table, afin que la bibliothécaire ne se doute de rien.
Il était environ une heure du matin quand Harry entendit des bruits de pas et un léger sifflotement dans l'immense bibliothèque. Il se tendit brusquement. D'accord, il n'avait pas le droit d'être ici, mais celui qui se promenait dans cet endroit à une heure pareille devait avoir des raisons moins innocentes que les siennes. Se levant silencieusement, il dégaina sa baguette et se dirigea vers l'origine du bruit.
Et… Il tomba nez à nez avec le directeur, qui portait son éternel sourire bienveillant. Harry sentit une bouffée de colère contre ce vieil homme qui lui avait promis de l'aider et qui n'avait rien fait. Ne laissant rien paraître, il regarda d'un air tout à fait neutre l'homme en face de lui.
-Allons nous asseoir, tu veux bien ? dit Albus, sans se départir de son sourire.
Harry acquiesça, toujours tendu, et le conduisit jusqu'à sa table de travail, où ils s'installèrent l'un en face de l'autre. Le silence reprit son emprise nocturne sur la bibliothèque. Albus regarda les titres des livres posés sur la table. Un voile de tristesse couvrit ses yeux pendant quelques instants, quand il se rendit compte du niveau exigé pour la compréhension de ces textes. Certains étaient dans de vieilles langues ; Harry avait donc du prendre une dizaine de dictionnaires pour tout comprendre, et une montagne de notes où étaient griffonnées des formules complexes trônaient entre deux piles de livres.
-Harry, est-ce que tu vas bien ? finit par demander le vieil homme.
-Oui, je vous remercie, répondit d'une voix neutre le jeune homme.
Albus soupira.
-Harry, il me semble avoir déjà eu cette conversation. Tu sais que tu ne vas pas bien.
Avec un petit soupir fataliste, Harry lâcha :
-D'accord. Je ne vais pas bien. Mais ça n'a aucune importance.
-Bien sûr que si ! s'écria le directeur. Harry, je sais que je te l'ai déjà dit, mais je peux t'aider, si tu en as envie, bien évidemment.
Harry ne répondit pas de suite. La proposition pouvait l'aider, même s'il doutait que ce soit ce à quoi Dumbledore s'attendait.
-Alors… J'aimerais que vous mettiez à ma disposition une salle d'entraînement, avec tout ce qui y est nécessaire. Par ça, j'entends armes, livres avancés sur toutes les matières enseignées, ainsi qu'un nécessaire de soins.
Dire que Dumbledore fut surpris aurait été un euphémisme. Il n'aurait jamais songé à ce que son protégé veuille s'entraîner, à il ne savait quoi – bien, il savait quoi, mais tout de même…-, dans une salle spéciale. Et puis, les soins quémandés informaient d'une éventuelle blessure, ce qui n'était pas pour rassurer le vieil homme. Mais en voyant l'air déterminé de l'adolescent, il soupira.
-Très bien. Je ferais ce que je pourrais. Mais avant d'accéder à ta requête, j'aimerais que tu ailles voir Madame Pomfresh.
Harry hocha la tête, c'est ce qu'il avait prévu de toutes manières.
-Harry, j'aimerais vraiment savoir… Pourquoi cette demande ?
-Pour la même raison que j'ai abandonné mes amis. Parce qu'il faut que je me batte, et qu'il n'y aura personne pour m'aider. Je savais depuis le début que je serais seul. Vous aussi, n'est-ce pas ?
Albus baissa les yeux. La voix de son élève n'avait pas été accusatrice, elle constatait un simple fait, fait qu'Albus aurait préféré ne jamais connaître. Il se leva donc, en silence, laissant le Survivant à ses livres, seul, comme cela devait être.
°OoO°
Le lendemain, il se rendit à l'infirmerie, comme il se l'était promis ; mais il dut se retenir pour ne pas faire marche arrière devant les questions qu'il jugeait trop gênantes, posées par l'infirmière.
-Depuis quand est-ce que vous n'avez pas mangé ? Et passé une vraie nuit de sommeil, aussi ? ajouta-t-elle quand elle prit conscience des légères cernes sous les yeux de jeune homme.
-Heu… Je ne sais pas, peut-être quatre ou… cinq jours, fit piteusement Harry, devant l'air réprobateur de la vieille femme. Pour les deux, crut-il nécessaire d'ajouter.
Devant l'air définitivement plus que réprobateur de la vieille femme, Harry jugea plus prudent de laisser entrevoir un peu de la vérité. Il avoua qu'il n'arrivait plus à dormir la nuit, à cause des cauchemars et des visions que lui envoyait Voldemort, qu'il ne mangeait pas souvent, mais lorsqu'il le faisait, il ne le gardait pas longtemps.
-Je vois. Déshabillez-vous, je vous prie.
Réticent, Harry obéit tout de même. Seule l'infirmière pouvait faire valider sa demande. Il espérait juste que son sortilège resterait bien en place.
Et ce fut le cas. Seule les quelques cicatrices sur ses poignets et son corps dont Harry était sûr que la femme avait déjà vu étaient restées. Elle lui fit boire quelques potions qui devaient lui permettre de regagner un appétit à peu près convenable, ainsi qu'une sorte de cure de sommeil ; bien que cela ne devait pas durer, puisque Harry avait décidé d'étudier sérieusement l'Occlumencie. Après lui avoir fait quelques recommandations, elle le laissa sortir, mais resta tout de même inquiète.
On ne se lance pas un aussi puissant sortilège de camouflage pour rien.
Harry, quant à lui, se sentait un peu mieux. Il voulait réellement aller mieux, même si ça ne changeait rien à sa condition actuelle. Il était toujours seul. Mais il préférait être seul et en bonne santé finalement. Il devait battre l'autre enfoiré, quitte à ne pas dormir. Et c'était exactement ce qu'il faisait de toute manière.
Contrairement à ses camarades, qui étaient pour la plupart partis s'amuser et se détendre au village sorcier, il partit directement se cloîtrer dans la bibliothèque. Il n'avait pas réellement bougé depuis la veille. En fait, il s'était endormi environ trois heures, avant de se réveiller en sursaut à l'aube. Il était ensuite allé dans la Tour Gryffondor, prendre une douche rapide, ce qui lui permit de se changer et de ranger en sûreté quelques affaires.
Enfin, songea-t-il, ce n'est pas comme si quelqu'un s'en souciait. C'est ainsi qu'il sacrifia la dernière belle journée d'octobre à travailler, travailler, et encore travailler.
Cependant, quelqu'un se souciait du Gryffondor.
C'est pourquoi Draco Malfoy se tenait en retrait entre deux rangées de livres non loin de l'endroit où s'était installé Harry. Il savait qu'il ne devrait pas faire ça, qu'il devrait se contenter d'être simplement là pour Harry – mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il était déjà heureux que Harry ne l'ai pas tout simplement jeté quand il était allé le voir, mais il voulait plus.
Soudain, il se rendit compte qu'il avait rendez-vous avec Dumbledore et les deux autres Serpentards. Jurant mentalement, il courut rapidement mais gracieusement vers le hall, laissant un Harry Potter étrangement troublé par l'attitude du Serpentard.
En effet Harry avait senti depuis le début que quelqu'un le surveillait, et avait remarqué du coin de l'œil les cheveux blonds pâles du garçon. Il se demandait pourquoi l'autre agissait ainsi – mais étrangement, il ne s'en plaignait pas. Toutes ses résolutions venaient de voler en éclat. Si une personne devait rester, ça serait lui. Sous le secret le plus absolu. Comme le reste de sa vie.
°OoO°
A présent que tout allait bien dans le meilleur des mondes… Non, ce n'est pas ça, pas ici en tout cas. Enfin, à présent qu'Harry semblait aller mieux, cela avait encouragé plusieurs de ses condisciples à vouloir lui parler à nouveau. Malheureusement pour eux, ils se faisaient aussi sec renvoyer sur les roses – ou dans le lac, selon les cas. Ainsi, après quelques essais infructueux, tous décidèrent de laisser leur Survivant à sa solitude. Certains affirmaient que ce n'était qu'un caprice d'enfant gâté par la vie. C'était surtout ceux-là que Draco avait envie d'étrangler.
Un jour qu'il était à la bibliothèque pour approfondir un cours de Potions, en cherchant un livre dans les immenses étagères, il surprit une conversation entre les deux anciens amis d'Harry. Hermione semblait encore sur le point de pleurer et Ron la serrait contre elle, l'air soucieux.
-Ecoute Hermione… C'est… C'était aussi mon meilleur ami… Il fait juste croire qu'il a changé, il n'a peut-être vraiment plus besoin de nous…
-Mais… balbutia-t-elle. Je sais qu'il semble aller mieux, mais regarde-le, on ne peut pas le laisser tout seul, il ne parle plus à personne…
Draco se dit qu'il aimerait bien botter le cul de ces cons mais resta là où il était. Harry et lui n'étaient pas censés avoir sympathisé. C'était décidément trop dur et injuste… pour eux tous.
-Eh bien, tant pis pour lui. On a tout fait pour lui Hermione. On l'a accueilli, on l'a aidé comme on a pu, mais apparemment, ça n'as pas suffit… Ne te démoralise pas pour ça.
-Mais… Mais… Il faut l'aider !
-Non. Il ne veut pas de notre aide. Il ne semble pas en avoir besoin.
Ron avait pris une voix déterminée, mais Draco voyait bien que cela cachait quelque chose d'autre. Il savait de source sûre – Théodore en l'occurrence – que le roux avait pris une place importante chez les Gryffondors. Peut-être que le départ de son soi-disant meilleur ami l'avait arrangé finalement. Et Granger…. Elle qui s'était toujours plus souciée de ses notes que d'Harry, elle semblait avoir enfin remarqué l'importance que le jeune homme avait dans sa vie. On remarque toujours que l'on aime quelque chose ou quelqu'un dès que cela disparaît. Idiote.
Il eut envie de sortir de derrière cette rangée de livres et leur dire quelques vérités bien senties ; mais deux choses l'en empêchèrent. D'abord, Harry le tuerait sûrement de dire quelque chose comme ça. Et ensuite… il vit une chose qui le dégoûta plus qu'autre chose.
Ron embrassa Hermione. Et cette dernière y répondait avec l'énergie du désespoir.
Tirant la langue, Draco se retourna et rejoint sa table de travail. Il ne vit pas que l'objet principal de ses pensées s'était aussi retiré, et il ne devina jamais les sombres pensées qui envahirent Harry à cet instant.
Il songea en effet que maintenant, personne n'avait besoin de lui.
Et Draco ? murmura la petite voix dans sa tête.
Eh bien… Lui, c'était autre chose. Lui, il l'aimait. Il en était sûr à présent. Mais il ne pouvait pas rester près de lui. Il lui ferait trop de mal ; et Harry savait que ça serait réciproque. Draco n'était apparemment pas fait pour aimer, le seul sentiment approchant étant l'affection. Draco avait de l'affection pour Harry, teintée de pitié ; mais Harry ne voulait pas de ça, il voulait plus, il voulait l'impossible. Comme d'habitude. Il n'obtenait jamais réellement ce qu'il désirait.
TBC.
