Chapitre 7 :
Le lundi suivant, tous les Gryffondors et les Serpentards de sixième année attendaient patiemment que leur professeur – honni pour les uns, respecté par d'autres – arrive dans son habituel tournoiement de robes noires. Ce qui ne tarda pas d'arriver. Grimaçant un sourire cynique, il entra sans dire un mot et commença à inscrire les instructions sur le tableau noir, sans attendre ses élèves.
Harry s'assit au fond de la salle, comme à son habitude. Il sortit ses affaires et patienta le temps que son professeur finisse d'écrire. Lorsque ce fut fait, Rogue parla abruptement :
-Vous avez une heure et demie pour réaliser cette potion. Nous avons étudié la théorie au dernier cours. Vous devriez normalement, si certains ne sont pas trop atrophiés du cerveau, réussir à obtenir une potion à peu près correcte.
Ceci dit, la classe commença à travailler sous les regards noirs de Rogue. Harry recopia la recette pour pouvoir être plus à l'aise dans la composition – jusque là, cette méthode avait plutôt bien fonctionné. Lorsqu'il eut finit, il entama les diverses préparations, suivant à la lettre ce qui était marqué. Ce fut sans compter l'aide… inestimable qu'il reçut sous forme de Bombabouse de la part d'un de ses camarades de Serpentard. Goyle apparemment.
Harry ferma les yeux lorsqu'il sentit l'odeur nauséabonde se répandit dans la classe, lorsqu'il sentit son professeur approcher dangereusement de sa table de travail, lorsqu'il entendit ses mots sortir de sa bouche.
-Potter ! Etes-vous à ce point idiot pour confondre une bille de Protencia et une stupide bombabouse ? Est-ce seulement génétique ou cela résulte-t-il de votre incompétence propre ? siffla méchamment Rogue.
Harry garda le silence et les yeux fermés. Il ne voulait plus voir, ni entendre, ni sentir. Il baissa la tête. Il s'était promis de ne plus répondre. Il se retint à grand-peine à vrai dire. Faisant un geste de la baguette, Rogue fit disparaître la fumée qui commençait à se répandre, et susurra :
-Potter, retenue, ce soir, 20h. Et vingt points en moins pour Gryffondor. Les autres, terminez ! ajouta-t-il en criant.
Harry se laissa tomber sur sa chaise après avoir rangé ses affaires. Rogue ne lui accordait plus aucune importance, au contraire de ses camarades, qui le fusillaient du regard ou se moquaient ouvertement de lui, selon la Maison.
Harry se dit que finalement, il avait eu raison d'être seul. Ca valait mieux pour tout le monde. Lorsque la cloche sonna, il fut le premier à sortir. Il avait eu l'impression d'étouffer. Il se dirigea vers le parc.
Respirer. Ne pas pleurer. Ne plus pleurer. Ne pas crier. Harry se rendit compte qu'être dans son cas signifiait ne plus rien ressentir. Il ne devait plus avoir aucun sentiment pour quiconque, sans quoi il détruirait, encore. Alors, il devrait arrêter d'avoir des remords, et des regrets. Ca vaudrait mieux.
Soupirant, il sortit de son sac un petit paquet. Il en sortit une tige de tabac, et l'alluma d'un sort informulé. Il avait commencé la cigarette et les sorts informulés l'été précédent. Il était devenu très fort à l'un et à l'autre, même s'il trouvait qu'il fumait un peu trop depuis la rentrée. Expirant un peu de fumée, il calma son angoisse de se retrouver, ce soir encore, face à son détesté professeur.
Soupirant à nouveau, il rentra finalement lorsque de gros nuages gris arrivèrent et des bruits sourds d'éclairs se firent entendre.
Dans la Grande Salle, le brouhaha était considérable, pour quelqu'un qui avait vécu avec un silence presque parfait pendant un mois et demi. Mais Harry s'assit tout de même en bout de table, se servit un peu à manger, obéissant aux ordres de l'infirmière et sortit un livre de poche, moldu de toute évidence. Quelques personnes remarquèrent son arrivée, dont Hermione Granger, Draco Malfoy et Albus Dumbledore. Tous trois sourirent légèrement devant ce spectacle plus réjouissant que la solitude dans laquelle il s'était enfermé.
Harry, inconscient de ces regards, continuait de lire – une explication approfondie sur les méthodes de combat moldues, passionnant – et de manger machinalement. Les aliments semblaient avoir une nouvelle saveur, même s'il était assez difficile de reprendre goût au simple fait de manger.
Ainsi, Harry recommença à prendre un train de vie régulier : il se réveillait le matin aux alentours de six heures, puis prenait une douche ; ensuite il faisait une heure de sport autour du lac, et retournait prendre une douche. Il déjeunait rapidement avant d'aller en cours ; en fin de journée, il s'enfermait dans la salle d'entraînement allouée par le directeur. Il y faisait ses devoirs et apprenait toujours plus, et il s'entraînait à toute sorte de sorts et charmes qui pourraient l'aider. Et parfois Draco le retrouvait à la bibliothèque, et ils discutaient – sous un charme qui empêchait quiconque de les voir. Pratique, la magie.
Il avait enfin un rythme de sommeil à peu près convenable, ainsi qu'une alimentation équilibrée, bien que plus pauvre que celle de la plupart de ses camarades. Il semblait à nouveau plus fort, plus sûr de lui-même. Il restait tout de même enfermé dans son mutisme et sa solitude, mais tous pouvaient ressentir qu'un changement avait opéré sur leur Sauveur. Ce qui n'était pour déplaire à certains.
Draco aimait la nouvelle version d'Harry. Plus confiant, toujours aussi taciturne, mais il n'était plus le gamin rachitique du début d'année. Pourtant, il se faisait toujours autant de soucis pour lui. Soucis qui ne firent qu'augmenter quand il retrouva Potter dans sa chambre, juste après la fin de la journée.
-Bonjour Draco.
-Bonjour, répondit simplement Draco, plus surpris qu'autre chose.
-Je peux m'asseoir ? demanda Harry.
Draco acquiesça. Harry se laissa donc tomber sur le lit du blond.
-Je voulais te demander un service.
Draco haussa un sourcil – comme seul un Malfoy sait le faire.
-Quel genre ? questionna-t-il, méfiant.
-Apprends-moi ce que tu sais sur la Medicomagie.
Draco se figea. Sans répondre, il déposa ses affaires sur son bureau et ne se retourna qu'après être sûr que ses mains ne tremblaient plus.
-Pourquoi ?
-Tu sais très bien pourquoi Draco, soupira Harry avec lassitude.
-OK, OK, mais... je pensais que je pourrais te suffire comme guérisseur personnel, fit Draco avec dédain et amusement mêlés dans sa voix.
Harry eut un petit sourire, le premier depuis… Merde, Draco ne se souvenait même plus du dernier sourire de celui…
-Oh, pour ce genre de situation, oui, sans aucun doute… Mais tu sais aussi bien que moi que ce ne sera pas toujours le cas – et ce n'est pas pour me plaire, conclut Harry, en coupant involontairement le blond dans ses pensées.
Ce dernier soupira.
-Oui, bien sûr… Eh bien, je vais te laisser quelques manuels et des recettes de potions et tout ce qui pourra te servir, dit-il en piochant dans une pile de livres posée à même le sol.
Harry ne répondit rien, laissant l'autre faire. Lorsqu'il eut fini, Harry le gratifia d'un petit sourire, pendant qu'il rangeait ce que lui offrait le blond dans son sac. Avant de quitter la pièce, il demanda, sans se retourner :
-Est-ce que… je pourrais revenir ici ?
Pour toute réponse, il entendit un petit rire, qui lui confirma l'autorisation de Draco.
-Merci Draco. Merci pour tout.
Puis il sortit, sans remarquer le sourire triste de Draco, appuyé contre le rebord de la fenêtre.
* * *
Février. Le froid. La neige. Un peu de soleil. Beaucoup de devoirs. Beaucoup de morts. La fin approchait.
* * *
Harry était assis à sa place dans la Grande Salle, avalant un peu de nourriture sous le regard inquiet de Draco. Il fallait dire que les deux jeunes hommes s'étaient rapprochés. Beaucoup rapprochés depuis leur dernière dispute. Draco se demandait parfois comme une relation pareille avait pu s'instaurer entre eux. Dire qu'il y a peu, ils se détestaient au point de souhaiter la mort de l'autre… Les choses avaient bien changé.
Soudain, il fronça les sourcils en voyant Harry se redresser d'un coup, et tourner la tête vers les portes de la Grande Salle. Il le vit soupirer et sortir sa baguette. Son air interrogateur alerta ses deux amis qui échangèrent un regard avant d'ouvrir la bouche. Ils la refermèrent aussitôt en voyant le sort qu'Harry avait jeté, même s'ils ignoraient qui avait lancé le sort.
Une sorte de mur bleuté transparent s'éleva, protégeant tous les élèves ainsi que les professeurs de… de quoi au juste ? se demanda Draco alors qu'il se levait. Harry l'imita inconsciemment, sourcils toujours froncés, baguette à la main. Il semblait attendre quelque chose, mais c'est apparemment une chose que lui seul pouvait percevoir.
-Harry, qu'est-ce que…
-Taisez-vous !
La voix d'Harry claqua, sèche et rauque, forçant le directeur à obéir ; McGonagall hoqueta de tant d'insolence et se prépara à crier mais fut interrompue par un geste du directeur. Le vieil homme ne savait pas réellement ce qui se passait, mais avait suffisamment confiance en son élève. Et en quelques instants, il sut qu'il avait eu raison.
En effet, les portes de la Grande Salle claquèrent, laissant passer une dizaine de…-Mangemorts ! hurla une première année.
Tous les élèves reculèrent inconsciemment vers leurs professeurs, qui se mirent en position de défense. Seul Harry était resté là où il était, c'est-à-dire juste devant les portes. Il contemplait les dix silhouettes noires encapuchonnées, jouant avec sa baguette comme s'il s'était agit d'un vulgaire bout de bois.
-Est-ce que vous ne chercheriez pas ceci, par hasard ? demanda Harry avec un petit sourire insolent.
Il leva sa main, et laissa à moitié tomber un pendentif soutenu par une longue chaîne en argent. Draco fronça les sourcils. Ce n'était pas un pendentif, mais une sorte de petite montre, en argent également, d'où émanait une aura étrange.
-Donne-le moi immédiatement Potter, siffla un des hommes.
-Mais certainement. Dès que tu m'auras remis ce que Tom t'a donné. Je vais même te laisser prendre tes nouvelles recrues, et comme je suis très généreux, je vais t'accompagner voir ton cher maître. N'est-ce pas magnifique ? fit Harry, avec une pointe très nette de sarcasme dans la voix.
-Très bien. Voici ton cadeau Potter !
Le mangemort envoya une boîte noire enrubannée, qu'Harry attrapa au vol. Il l'ouvrit précautionneusement, puis se figea. Il la referma sans un mot et la jeta au sol.
-Je suppose qu'il est mort durant le voyage hein ?
Sans laisser le temps de répondre à son vis-à-vis, Harry se retourna brusquement et toisa la foule devant lui.
-Que ceux qui désirent rejoindre Lord Voldemort s'avancent jusqu'à la barrière. Faites bien votre choix, il n'y aura pas de seconde chance.
Il y eut un instant de flottement, puis quelques élèves sortirent de la foule pressée au fond de la salle. Puis une vingtaine suivit. Harry reconnut celui qu'il avait considéré comme son meilleur ami, son frère… Ronald Weasley s'avançait comme un conquérant, comme si trahir sa famille et tous ceux qui l'aimaient était la meilleure chose qu'il ait jamais faite dans sa vie. Ils se regardèrent un long moment, avant qu'Harry ne pose sa main sur la barrière bleutée et n'annonce d'une voix claire :
-Avancez d'un pas.
Tous obéirent, et se retournèrent vers ceux qu'ils avaient laissés. Harry devinait que derrière lui, beaucoup devaient pleurer.
-Dès cet instant, déclara-t-il, je vous considère tous comme mes ennemis. Si je vous trouve – et je vous trouverais – sachez que je vous tuerais. Qui que vous soyez. Maintenant…
Il se retourna et fit face à ceux qui étaient restés. Il vit Hermione sangloter douloureusement sur l'épaule de Seamus. Il vit Draco qui le fixait, mais ne réussit pas à lui sourire pour le rassurer.
-Monsieur Dumbledore, la barrière de protection se brisera quand nous serons sortis de l'enceinte de Poudlard. Ensuite, faites ce que bon vous sembleras, mais je n'oublierais pas ce que vous avez dit.
Le susnommé hocha la tête. Lors d'une des leurs promenades nocturnes, Harry lui avait demandé pourquoi les gens continuait d'espérer.
-Parce qu'ils croient en un monde meilleur, dans lequel leurs enfants grandiront sans connaître la peur. Et c'est pour cela que tu doit te battre Harry. Ne te laisse pas décourager. Tu es plus fort que ce que tu crois.
Harry ne le croyait pas, il avait des choses à redire à cette déclaration, mais elles entraîneraient des conversations trop importantes et douloureuses, et n'avait pas eu le courage de les affronter. Mais à présent, Harry comprenait le sens de ses paroles, et se dit qu'il ne se battait pas uniquement pour tous ces gens qui ne savaient rien de lui, et dont il ne savait rien. C'était assez étrange d'être presque condamné à mourir pour des inconnus. Non, il se battait pour se venger. Ce n'était pas une véritable noble et jolie cause, mais il ne pouvait s'en empêcher. Voldemort lui avait trop prit.
Il se dirigea alors vers la table la plus proche, et sortit une fiole remplie d'un liquide vert, dont il fit sauter le bouchon avec son pouce. Il versa la potion dans un verre vide, puis, avec un sourire narquois dirigé vers la troupe de Mangemort, il laissa tomber la petite montre dans le gobelet.
-Qu'est-ce que tu fais Potter ? demanda l'homme qui parlait depuis le début.
Sans prendre la peine répondre, Harry plaça la main droite au-dessus du gobelet et murmura des paroles incompréhensibles. Au bout de quelques secondes, le récipient sembla bouillonner, puis tout s'arrêta aussi net. Mais au même moment, tous les mangemorts qui étaient arrivés en premier se mirent à geindre et à se tordre de douleur au sol. Harry retira la montre du gobelet, puis se dirigea vers les hommes encapuchonnés.
-Tu le veux toujours ? demanda Harry alors qu'il s'agenouillait au niveau de son interlocuteur.
-Va… te… faire foutre ! cracha l'autre.
-Hum. Non, merci, j'ai déjà donné, murmura Harry pour que seul l'homme en face de lui puisse l'entendre. Enfin. On y va ? demanda-t-il à voix haute.
Les Mangemorts se relevèrent, puis lui firent signe de le suivre. Sans un mot, Harry les suivit. Ils partirent, et dans un silence parfait et trop lourd de tensions, on n'entendit que les sanglots nerveux de ceux qui venaient de perdre un ami, un frère ou un proche.
Harry ferma tout à partir du moment où il ne vit plus Poudlard : son visage, ses sentiments, ses pensées, ses gestes, tout était contrôlé. Il savait que cette fois-ci, c'était mourir ou survivre. Il comptait bien tenter la deuxième option.
-Tu sais transplaner ? demanda le Mangemort qui lui tenait office de porte-parole.
Harry acquiesça.
-Prépare-toi.
L'instant d'après, toute la troupe arriva dans une salle étrangement sombre et glacée. Le jeune homme sentit immédiatement la présence du Lord Noir, juste devant lui, assis sur ce qui semblait être un trône. Harry songea rapidement qu'au moins, il avait de l'ambition, mais un peu trop mal placée à son goût. La pièce s'éclaira lentement, et Harry put voir ce à quoi ressemblait le Lord.
Il avait bien changé depuis le Tournoi des Trois Sorciers. Son apparence était moins repoussante, il avait presque recouvré une forme humaine : seuls ses yeux de serpents lui rendaient son aura de puissance et de malveillance. Sa bouche se tordit en un horrible sourire, pendant qu'il faisait signe à la garde rapprochée d'Harry de partir.
-Bonjour Potter.
Harry inclina légèrement la tête, refusant de parler sans qu'il n'en soit obliger.
-Je ne pensais pas que tu serais assez stupide pour venir ici de ton plein gré. Mais évidemment, cela va éviter que trop… d'innocents meurent à cause de toi, hm ?
Le mot innocents paraissait presque obscène dans la bouche du Seigneur des Ténèbres ; comment un être aussi vil pouvait connaître ce qu'était l'innocence ?
-Avant de commencer les festivités, je voulais savoir… As-tu aimé mon cadeau ? Tu sais, j'ai mis beaucoup de temps avant de trouver ce qui te ferais plaisir, dit tranquillement Voldemort d'une vois sarcastique.
-Je te remercie, Tom, mais ce cadeau a signé ta mort. Je voulais tuer ce sale rat moi-même.
Harry vit avec joie Voldemort serrer les poings et en retira une sorte de fierté mal placée. Il savait à quel point il haïssait son prénom et tout ce qui lui rappelait avant.
-Jeune Potter, sache que tu vas mourir ici, mais tu vas souffrir, bien plus que tout ce que tu as déjà connu jusqu'ici.
Le sourire malsain que lui lança Voldemort fit comprendre à Harry qu'il ne plaisantait pas. Il retint un frisson et ferma les yeux en attendant le premier sort. Ce n'était pas ce jour-là qu'il tuerait Voldemort.
°OoO°
Lorsque la barrière de protection fut effectivement levée, tous les regards se posèrent sur le directeur, qui s'empêcha de faire transparaître tout son désarroi. Il claqua dans ses mains et parla d'une voix forte.
-Je vous prierais de rejoindre vos salles communes, tous ; les préfets, je vous prie.
Ces derniers hochèrent la tête et dirigèrent les plus jeunes dans un calme relatif, entrecoupé de murmures et de sanglots. Lorsque la salle fut vide, Dumbledore fit signe à l'équipe enseignante de le suivre dans la salle attenante.
Pendant plus de deux heures, ils parlèrent, discutèrent de ce qu'il convenait de faire, ou de ne pas faire, deux heures durant lesquelles tout fut remit en question. Au final, il fut décidé que tant que ne serait pas annoncée la mort de Harry Potter, rien ne changerait. Il fallait prévenir les membres de l'Ordre, ainsi que les gens du Ministère. Et Dumbledore se demandait vaguement laquelle des rencontres serait la plus dure.
Il avait prit avec lui la boîte offerte par le Seigneur Noir et qu'Harry avait laissé au sol. Lorsqu'il fut seul dans son bureau, il l'ouvrit délicatement et retint un hoquet de haine. Le corps sans vie d'un rat se tenait dedans, un rat auquel il manquait un sorte de doigt. Peter Pettigrow. Le premier sur la liste de Mangemorts à éliminer d'Harry.
-Oh Harry…
Le vieil homme se leva pour contempler la pluie qui n'avait cessé de tomber depuis la veille. Il comprenait parfaitement la raison pour laquelle Harry était parti ; ou du moins, partiellement. Et il devait avouer que cela ne l'enchantait guère.
°OoO°
Cela faisait trois semaines qu'Harry Potter avait rejoint Lord Voldemort.
Trois semaines que les Mangemorts avaient cessé toutes activités.
Trois semaines passées, pour le monde magique, à craindre le pire. Les médias, malgré une peur terrible, titraient l'abandon du Sauveur, ou son changement présumé de camp ; on accusait, à tort ou à raison, le Ministère de n'avoir rien fait, même lorsque le Seigneur des Ténèbres avait repris 'vie' lors du Tournoi des Trois Sorciers. Tout le monde suspectait son voisin d'avoir un lien avec des Mangemorts ; des tensions naissaient au moindre désaccord ; mais tous essayaient de vivre le plus normalement possible, malgré une menace imminente.
Et enfin, cela faisait trois semaines que Draco Malfoy attendait désespérément qu'Harry Potter revienne. Bien sûr, il ne le montrait jamais – et ne commencerait jamais ; mais la plupart des élèves, sans parler des professeurs, étaient surpris que le Prince de Serpentard n'ait pas rejoint les rangs de Lord Voldemort, ce qui faisait grincer des dents le blond.
A présent, quand on le croisait au détour d'un couloir, on lui jetait des regards suspicieux, méfiants ; d'autres croyaient qu'il avait réellement changé, et pas en mal. On commença à se demander qui était vraiment Draco Malfoy ; la question s'accentua quand il envoya dans un mur ou dans le lac quelques Pouffsouffles qui avaient eu le malheur d'aller lui parler. Mais il y avait réellement quelque chose de changé chez lui.
Il restait attentif en classe, posant des questions de temps à autres ; mais cela ne changeait pas de son comportement habituel. Ses notes ne baissaient pas, et avaient plutôt tendance à augmenter ; mais pour ceux qui le côtoyaient de près, Draco se noyait littéralement dans le travail, mangeait à peine, et refusait d'adresser la parole à qui que ce soit, sauf peut-être à Blaise Zabini et Theodore Nott. En fait, il semblait se foutre éperdument de son environnement. Fort heureusement, personne n'avait – encore – fait le rapprochement avec cette brusque dépression et le départ de Harry Potter.
Et à vrai dire, tout le monde ne se souciait pas des états d'âme des autres. En temps de guerre, c'est chacun pour soi et rien pour les autres.
C'est pourquoi Blaise et Theo, en tant qu'amis de Draco, et seuls Serpentards de sixième année à ne pas avoir rejoint Voldemort, ne virent pas immédiatement que quelque chose n'allait pas avec Draco.
Et lorsque ce fut le cas, trois semaines avaient passé.
* * *
Donc, ce jour de la troisième semaine de cette fameuse disparition, Draco se rendit dans sa chambre de préfet – seul, il n'avait pas voulu que ses amis l'accompagnent. Il savait qu'ils savaient, et c'était presque trop. Il est étrange de savoir que d'autres en savent autant sur vous que vous-même. Dérangeant.
Et puis… Quand il donna son mot de passe, il sut avant même de poser un pied dans la chambre que quelqu'un était dans sa chambre.
Dès que la statue pivota, l'individu déjà identifié lui sauta dans les bras.
-Bonjour Potter, souffla Draco.
Il resserra ses mains dans le dos de son amant, respirant à pleines narines son odeur, cette sublime odeur… Il voulut pleurer de bonheur, enfin il le retrouvait… Renforçant son étreinte sur Harry, il posa son front contre celui de Survivant et l'embrassa furtivement. Harry se tendit aussitôt.
-Draco, s'il te plaît... Soigne moi.
Le blond fronça les sourcils et relâcha l'autre garçon. Sans un mot, ce dernier retira son pull, sa chemise, son pantalon ainsi que le sortilège de Camouflage. Draco grimaça en voyant le corps presque nu. A vue de nez, il avait au moins trois côtes cassées, des hématomes gros comme des Souaffles sur tout le corps, ainsi que de nombreuses coupures, surtout au niveau du dos, du ventre et des jambes. Et Draco sentait aussi qu'Harry avait reçut de nombreux sortilèges de magie Noire. Mauvais, très mauvais.
Sans un mot, il sortit ses potions et ses pommades et intima à l'autre garçon de se coucher sur le lit. Il murmura quelques sorts et appliqua des onguents sur son corps. Harry ferma les yeux et se força à ne penser à rien. Il était bien, dans ce lit, avec celui qu'il aimait. Il ne voulait plus jamais penser à ce qui s'était passé. Il frissonna. Les caresses s'arrêtèrent mais Harry ne bougea pas plus.
-Draco…
Le blond prit la main d'Harry et lui en caressa doucement le dos. Il sourit faiblement. Il était là, alors, rien de mal ne pouvait arriver, n'est-ce pas ? Mais au fond de lui, Draco savait que ce serait éphémère. Soudain, un bruit étrange le remit en contact avec la réalité.
Harry pleurait.
La tête dans les bras, il sanglotait comme un enfant, murmurant des paroles lourdes de sens, suppliant des ennemis invisibles. Le cœur de Draco se serra. Il venait de finir de soigner Harry – physiquement seulement, il se doutait bien que le mental serait beaucoup plus compliqué à soigner.
Il s'allongea à côté de Harry, de manière à ce que ce dernier ait sa tête nichée dans ses épaules, et pour que Draco puisse entourer le corps du plus petit dans ses bras. Il les recouvrit tous les deux, et le réconforta du mieux qu'il put.
-Merde, je t'aime…
Puis il se détourna et commença à rédiger son devoir de Métamorphoses. Il ne se coucha qu'aux environs de minuit, en se lovant contre le dos de celui-qu'il-aimait.
°OoO°
Le lendemain, Draco se réveilla, un corps collé contre le sien. En fait, son bras était posé sur un corps – pas le sien. Il sourit sans ouvrir les yeux. Puis il se décida à se lever, après tout il devait continuer à aller en cours, et laisser Harry se reposer. Le savoir en vie et dans sa propre chambre le mit d'assez bonne humeur pour sourire à ses deux amis quand il vit au petit déjeuner.
°OoO°
Quatre jours.
Harry se réveilla après quatre jours d'un sommeil réparateur et presque comateux. Il le fit brusquement, comme s'il avait décidé que son sommeil avait assez duré, comme s'il devait aller voir comment se portait le monde qui le méprisait ou l'adorait, selon ses envies. Il mit un certain temps avant de se rappeler qu'il était dans la chambre de Draco, qui l'avait soigné et qu'il avait squatté son lit durant tout ce temps. Regardant l'heure, il sut que la plupart des étudiants entreraient bientôt dans la Grande Salle pour prendre leur déjeuner.
Il soupira. Il décida de se lever et prendre une douche bien méritée. Il resta un long moment sous le jet d'eau chaude, se forçant à ne pas penser, à ne pas sentir – à oublier. Puis il se sentit obligé de sortir et de montrer à la face du monde qu'on avait réussi à faire de lui ce qu'on voulait.
Un tueur.
°OoO°
-Mes chers enfants, je vous remercie d'être venus ce soir, commença Dumbledore, attirant tous les regards sur sa personne. Je sais que la situation est très tendue, mais nous avons décidé, d'un commun accord, que…
Dumbledore s'arrêta d'un coup et regarda fixement devant lui. L'une des portes de la Grande Salle venait de s'ouvrir pour laisser passer Harry Potter, la lèvre coupée, fraîchement habillé, les cheveux lui cachant sa cicatrice. Il enfonça ses mains dans ses poches et avança dans un silence quasi-religieux dans l'allée centrale.Arrivé devant le Directeur, il esquissa un vague sourire, puis, en jetant un regard mauvais au Ministre, il extirpa lentement une grosse pierre noire de la poche de son jean troué. Il la posa délicatement en face de lui, sur la table et releva les yeux sur le vieil homme, qui contemplait la pierre en écarquillant les yeux.
-Harry, qu'est-ce que…
-Pierre d'âme, chuchota Harry d'une voix rauque.
Sa voix résonna entre les murs ancestraux, faisant frissonner quelques élèves. Dumbledore retint les siens.
-Mais c'est impossible, elles ont été détruites par…
-Grindelwald, oui, je le sais, murmura toujours Harry.
-Alors, comment… ?
Pour toute réponse, Harry haussa les épaules.
-Demandez à Mondingus. Il voulait la vendre comme décor pour aquarium.
Un petit silence flotta durant lequel Dumbledore organisa ses pensées. Mais il fut troublé par la voix enrouée d'Harry :
-Monsieur, j'ai fait ce que vous attendiez de moi. Ne comptez pas sur moi pour faire quoi que ce soit d'autre.
N'attendant aucune réponse, il se détourna, et sortit aussi vite qu'il le put. Pour la première fois depuis des années, il eut envie de pleurer par peur. Il avait pleuré sous l'effet de la douleur, des responsabilités, mais la peur… Peur de devoir encore tout affronter. La peur d'un secret découvert. La peur d'être, encore une fois, rejeté.
Il fit claquer les portes derrière lui en même temps que ses doigts. Le silence se brisa lorsque tous les élèves se mirent à parler entre eux, surexcités.
-Mes enfants ! appela Dumbledore, recréant le silence devenu joyeux. Je pense que maintenant, je peux vous annoncer sans mentir que l'école ne se fermera pas. Lord Voldemort a été vaincu.
Des vivats et des cris de joie se firent entendre dans toute la salle. Certains se tombaient dans les bras, d'autres riaient et pleuraient… Et au milieu de tout ça, Draco se leva brusquement et quitta la pièce sous le regard étrange de ses amis. Ils comprenaient ; ils n'iraient le chercher que dans une heure.
°OoO°
Draco se dirigea directement vers le lac. Il savait qu'Harry y serait. Et bien sûr, il eut raison.
Celui-qui-avait-vaincu était assis dans l'herbe mouillée, le regard vide, fixé sur un point invisible du lac. Il ne dit rien quand Draco s'assit à côté de lui. Ils restèrent un long moment sans rien dire, en profitant simplement de la présence de l'autre. Mais il fallait bien parler, même les paroles peuvent avoir leur utilité.
-Tu vas rester ? murmura Draco, sans regarder Harry.
-Je ne sais pas, répondit ce dernier après un temps ; il secoua la tête. Après tout, il ne me reste plus rien. J'aurais peut-être du mourir. Je n'ai rien Draco.
Le blond retint ses larmes.
-Et moi ? réussit-il à souffler.
Il sentit Harry lui faire gentiment tourner la tête vers lui. Il souriait tristement.
-Toi… Tu es la personne la plus formidable que j'ai jamais rencontré. Tu m'as aidé. Tu m'as aimé. Soigné. Quel homme demanderait plus ? Mais… Tu sais… Je ne peux pas. Ce serait mal. Je ne peux pas être près de toi en sachant que ma présence ne sera que difficile pour toi.
-Dit pas de conneries Potter. Si ta présence m'était tellement insupportable, je t'aurais viré à coup de pied au cul à chaque fois que tu entrais dans ma chambre.
Harry sourit.
-Je m'en doute bien. Je ne parlais pas de ça…
-Je sais. Mais je m'en fous. Je ne suis pas faible Harry. Je saurais me défendre.
-Même contre moi ?
Draco fronça les sourcils.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
Harry secoua la tête, un sourire triste toujours collé sur le visage.
-Rien.
Un silence passa puis :
-Tu veux bien être avec moi ?
Draco regarda Harry avec des yeux ronds. Il ne croyait pas à ce qu'il venait de dire.
-Bien sûr, finit-il par sourire à son tour. Depuis toujours.
-Vraiment ? murmura Harry, dont le regard s'était redirigé vers le lac.
-Oui. Depuis longtemps. Mais comment dire ce dont on n'est pas sûr à une personne qui vous hais ? dit Draco sur le même ton – triste.
-Je ne t'ai jamais haï. Au contraire. Tu étais tout ce que je n'étais pas – parfait, aimé, beau. Alors.. je t'ai détesté pour ça, parce que tu me semblais tellement idéal… souffla Harry. Je crois que je t'ai aimé depuis la cinquième année, termina-t-il brusquement en secouant la tête.
Draco sentit son cœur se serrer. C'était trop brutal, mais c'était aussi.. Parfait. Dans la mesure du possible. Parfait comme pouvait l'être celui qui avait vaincu.
-Je…
-Je sais, interrompit Harry, ce n'est pas réciproque. Tant pis. Après tout, je n'ai…
Il fut à son tour coupé par une paire de lèvres qui se posait sur les siennes. Lentement, il leva une main et caressa la joue du blond. Ce dernier brisa le baiser.
-Je t'aime. N'en doute jamais.
Sans répondre, Harry l'embrassa à nouveau. Puisqu'à cet instant la guerre était fini, tout irait bien – n'est-ce pas ?
TBC.
