Chapitre 9

Bien évidemment, ce ne fut pas le cas.

Draco et Harry avaient passé le reste de l'après-midi dans la chambre du blond – tous les cours avaient été annulés, et Harry ne voulait voir personne. Mais je ne raconterais pas ce qu'ils y ont fait. Vous aimeriez vraiment que quelqu'un raconte votre vie sexuelle ?

Enfin. Lorsqu'ils se décidèrent à sortir, c'était l'heure du dîner. Mais ils ne pouvaient décemment pas se montrer ensemble – même si la guerre était finie, d'autres batailles subsistaient. Draco abandonna donc Harry pour aller voir ses deux amis, tandis que celui-ci traînait un peu avant de se diriger vers la Grande Salle. Il savait pertinemment qu'il devrait s'expliquer tôt ou tard – le plus tard aurait été le mieux – mais ce n'était pas possible, et il le savait.

Il voulait qu'on l'oublie mais…

Mais, bien évidemment, ce n'est pas ce qui se passa.

Quand il entra dans la Grande Salle, tous les bruits, toutes les conversations s'arrêtèrent brusquement et le silence assourdissant remplit la salle. Il s'arrêta à son tour, contempla les élèves et leurs mines ébahies, avant de se diriger tranquillement vers la table de Gryffondor.

Puis, quelques élèves applaudirent. D'autres les suivirent.

Et la salle explosa en cris, hourras et autres marques de joie.

Harry arrêta de manger. Regarda autour de lui. Regarda le Professeur Dumbledore. Son regard était dur. La colère le prit soudainement. Et tout explosa.

Les verres, les assiettes en faïence, les carafes, certains plats en verre, des lunettes, des bijoux trop fragiles,… Tout explosa. Et Harry n'avait toujours pas quitté du regard le directeur. Les autres, élèves et professeurs, choqués, n'avaient même pas eu le temps de crier. Enfin, quelques minutes plus tard, Harry détacha son regard du vieux visage ridé et regarda alentours. Il murmura quelques mots, et tout se reconstitua sous les visages stupéfaits des étudiants. Puis, toujours conscient des regards posés sur lui, Harry quitta la salle sans un bruit.

Les professeurs calmèrent les élèves, un peu choqués par l'accès de magie et de colère du Survivant. Pendant ce temps-là, deux personnes s'éclipsèrent de la salle après quelques excuses.

Dumbledore savait qu'Harry serait dehors. D'abord parce que la simple vue du lac le calmait beaucoup, et ensuite parce que le garçon savait qu'il était interdit de fumer à l'intérieur de l'établissement. Même si en fait, aucun élève n'était censé fumer, mais peu de monde respectait à la lettre le règlement de l'école. Dumbledore savait depuis quelques temps que le Sauveur fumait, grâce à une de ses nombreuses sorties nocturnes, au cours de laquelle ils s'étaient croisés au détour d'un couloir, dans le silence qui était leur. Ou plutôt sien.

Effectivement, Harry se tenait accroupi, les fesses sur les talons, en face du lac immense, lâchant de temps à autres une épaisse volute de fumée grisâtre. Le vieil homme s'approcha derrière lui, de manière à le voir de profil.

Ils ne se dirent rien pendant un long moment. Seuls le vent et le bruit de mouvement des nuages emplissaient cette scène infiniment triste. Le lac reflétait des ombres tantôt grises, tantôt noires, ou un éclair aveuglant lorsqu'un des rayons du timide soleil traversait la barrière des nuages. Des bourrasques brusques faisaient bouger la cime des arbres, leur donnant une allure de vieillards compatissants.

-Harry, que s'est-il passé ? murmura Dumbledore.

Le jeune homme se leva. Il savait que ses membres tremblaient, mais il ne s'en cacha pas, ne le voulant pas, et surtout ne pouvant pas.

-Qu'est-ce que ça peut faire ? répondit Harry sur le même ton. J'ai fait ce que vous m'aviez demandé. Je l'ai tué. Même s'il m'a pris plus qu'il ne l'aurait du, il est mort, et son âme est enfermée à jamais. Que voulez-vous de plus ? termina-t-il dans un soupir.

-Je voudrais savoir, Harry. Comment l'as-tu tué ? Comment as-tu pu utiliser une de ces pierres ?

Harry haussa les épaules.

-Vous connaissez comme moi ses propriétés. Je vous ait déjà dit comment je l'avais obtenu. Que voulez-vous de plus ? Cet homme est un idiot. Je l'ai eu pour à peine deux Gallions, alors qu'elle est inestimable. Mondingus devrait réellement arrêter de boire.

Ces quelques mots, dits sur le ton de la conversation, auraient pu paraître drôles pour le vieux fou qu'était Dumbledore, mais les circonstances ne s'y prêtaient absolument pas.

-Pourquoi un tel débordement dans la Grande Salle ?

Harry consuma la moitié de sa cigarette avant de répondre. Et lorsqu'il le fit, Dumbledore fut surpris d'y trouver de la lassitude et du dégoût.

-Parce que j'en avais marre de devoir toujours paraître calme devant vous. Ca fait du bien de pouvoir se lâcher un peu, soupira-t-il. Toujours ce ton impersonnel et froid, mais sa voix devenait plus cassée. Et surtout, poursuivit-il, je veux que vous arrêtiez de me prendre pour ce que je ne suis pas. Je ne veux pas être le Survivant ! Je veux… qu'on me laisse tranquille. Est-ce trop demander ? finit-il par gémir, en cachant sa tête entre ses bras tendus.

Albus Dumbledore se sentit alors très coupable. Il lui avait fait part de la prophétie, il lui avait permis de s'isoler encore plus de ses amis, il lui avait même fourni une salle d'entraînement… Harry n'était plus un enfant, et Albus doutait même qu'il l'ait jamais été.

-Oui, Harry. Tu es leur sauveur, notre sauveur, celui qui nous a débarrassé d'un des pires Mages Noirs de notre histoire. Ne nous en veut pas. Nous avons pour habitude de vénérer ceux qui nous ont sauvé. Ce n'est pas magique, c'est humain.

-Mais je ne veux pas de ça, cria Harry en se retournant enfin vers le directeur. Il pleurait. Je dois être seul, vous le savez, je n'ai besoin de personne ! PERSONNE ! hurla-t-il.

Albus fronça les sourcils. Harry se calma brusquement.

-Harry… Tu as besoin d'aide. Si tu ne veux pas parler, ne restes pas seul au moins. Personne ne peut rester seul éternellement.

-Vous n'écoutez donc jamais ? dit Harry d'une voix égale, d'où suintait encore une colère présente. Je dois être seul. Personne n'a pu m'aider. Ce n'est pas maintenant que ça va commencer.

Ecrasant rageusement sa cigarette au sol, il s'éloigna à grandes enjambées. Fuir encore, fuir ceux qu'il aurait pu aimer, apprécier. Il aimait, c'est vrai, sa solitude, mais parfois elle lui pesait, comme un poids dont il ne pouvait se débarrasser. Mais c'était comme ça ; rien ni personne ne pouvait changer ça.

La famille l'avait maltraité pendant des années ; la seule figure maternelle qu'il avait jamais connue avait déjà sept enfants, elle ne pouvait pas s'encombrer d'un orphelin misérable en plus. Quant à la figure paternelle, Sirius… C'était de sa faute s'il était mort. Il aurait du mourir à sa place, Sirius était beaucoup plus apprécié et meilleur que lui…

Il avait eu des amis formidables, qui auraient sans doute fait n'importe quoi pour lui ; mais il se demandait parfois si ce n'était pas uniquement à cause de son nom, ou de la protection illusoire qu'il pouvait apporter. Pourtant, ils l'avaient souvent aidé. Dans la mesure de leur possible, s'entend. Et puis il s'était fait trahir par celui qu'il avait considéré comme son meilleur ami, le plus proche – trahi ! Alors il ne pouvais plus faire confiance à quiconque. Sauf peut-être…

L'amour…

Draco était certainement la seule personne qui l'ai soutenu parce qu'il en avait envie. Dieux qu'il l'aimait.. D'ailleurs ses baisers lui manquaient déjà. Il avait grandement besoin d'affection après ce qu'il s'était passé –

OUBLIE.

Marchant avec plus de calme, il se dirigea vers les cuisines – il avait encore du temps avant la première leçon de la journée. Il chatouilla la poignée en forme de poire – ce château avait vraiment une logique étrange – et pénétra dans l'antre des elfes de maison. Saluant Dobby, il lui demanda un petit déjeuner frugal, s'attendant de toute manière à ce qu'il lui apporte un repas digne de l'appétit d'un ogre. Il avala littéralement le plateau gargantuesque qu'amena Dobby – il avait très peu mangé durant ces trois dernières semaines.

°OoO°

Cependant, il était apparemment dit qu'il ne serait pas tranquille ce jour-là.

En arrivant en cours de Sortilèges, il s'avéra par un malheureux hasard que la seule place de libre fut à côté de Draco Malfoy, au fond de la classe. Le vieux fou n'était pas complètement fou finalement, songea amèrement Harry en s'asseyant à côté du Serpentard. Il essayait vainement de ne pas se centrer sur les regards furtifs, curieux et craintifs de ses camarades. Les mains jointes sur une feuille de parchemin vierge, il attendait deux choses. Que le cours commence et que Draco pose ses questions. Il y en auraient inévitablement.

Et bien, il n'eut pas totalement raison..

Dès que le professeur eut le dos tourné, Draco pencha la tête vers lui et murmura de manière presque inaudible :

-Viens ce soir dans ma chambre, on doit parler.

Harry acquiesça, et fit mine de reprendre le cours en note. Bien sûr, il n'écoutait que d'une oreille, occupé à se demander ce à quoi Draco voulait parler. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne chose. Il allait sûrement lui faire regretter d'avoir provoqué une telle agitation.

La matinée passa plutôt vite pour Harry, puisqu'il était dans un état second, préoccupée par sa future discussion nocturne et les regards qu'on lui lançait.

Pourtant, alors qu'il allait dans la Salle Commune pour aller chercher des affaires, il tomba sur Hermione, qui fixait un point derrière une fenêtre. Elle ne le remarqua d'abord pas. Il en profita pour la détailler un peu plus. Elle semblait avoir perdu du poids, ses yeux étaient cernés, et elle paraissait être sur le point de pleurer. Harry se demanda s'il devait ou non aller la réconforter. Après tout c'était de sa faute si Ron les avait trahi.

Finalement, il se décida à avancer jusqu'à sa hauteur. Hermione se retourna lentement, ayant senti une présence derrière elle, puis –

CLAC !

Harry se frotta douloureusement la joue. Hermione n'était absolument pas tendre dans ses gifles – il espérait éviter la prochaine.

-Ne.. me.. refais plus JAMAIS ça ! cria-t-elle, des larmes dévalant ses joues maigres, avant de se jeter dans les bras d'Harry.

-Pardon Hermione.. Je ne savais pas.. j'aurais pas du… pardon… murmura Harry.

Ils restèrent enlacés un long moment, sans se rendre compte qu'au bout du couloir, une ombre noire et silencieuse les observait, un sourire mauvais aux lèvres.

°OoO°

L'après-midi se passa lentement pour Harry, qui sentait, où qu'il aille, des regards posés sur sa nuque, de toute nature, ainsi que des chuchotements sur son passage. Il détestait cela et avait tenté à plusieurs reprises de laisser sa magie à l'intérieur. Il n'était pas sûr qu'agresser un élève, même involontairement, serait bien vu, surtout après son explosion de colère du matin.

Oh, mais suis-je bête, je ne suis pas bien vu, grimaça-t-il intérieurement.

Le soir venu, il prit sa cape d'invisibilité et se dirigea directement vers les cachots, et plus précisément devant une certaine statue. Prononçant le mot de passe, il entra dans la chambre du Serpentard, qui prenait une douche, à entendre le bruit de l'eau. Harry se cala confortablement sur le rebord intérieur de la fenêtre magique, contemplant distraitement la lune.

Quelques minutes plus tard, il sortit de la salle de bains, un simple boxer couvrant sa nudité. Avisant Harry, il lui sourit, puis prit un bas de pyjama posé sur le bord d'une chaise. Il s'approcha ensuite du Gryffondor, toujours sans un mot.

-Alors ?

-Alors quoi, Draco ? souffla Harry.

-Qu'est-ce que tu vas faire ?

La question, en effet, était bien trouvée. Harry ignorait totalement quoi faire. Rester, et puis quoi encore ? Mais s'il partait, il ne saurait pas quoi faire. Il n'avait ni maison, ni famille, ni abri ; tout ce qu'il possédait se trouvait soit à Poudlard, soit à Gringotts. Et il doutait sincèrement qu'il puisse élire domicile dans son coffre.

-Je ne sais pas, répondit calmement Harry en haussant les épaules. Je suppose que je vais rester ici jusqu'à la fin de l'année, mais j'ignore si je reviendrais l'an prochain.

Draco garda le silence. Des questions se posaient sans relâche dans sa tête, mais il savait pertinemment que l'autre se braquerait.

-Draco ? dit Harry doucement. Je voulais juste te remercier pour ce que tu as fait pour moi. Mais je pense que…

-Si tu oses dire qu'on doit arrêter de se voir, je te démolis le portrait, coupa abruptement Draco. Je refuse de te laisser partir parce qu'un psychopathe… non, deux psychopathes se sont acharnés contre toi. Je crois que… Merde. Reste, s'il te plaît.

Harry sourit légèrement, et retourna à sa contemplation. Draco se détourna et s'assit pour finir un quelconque devoir. Bien que le sujet ne soit pas bien passionnant, le blond se concentra suffisamment pour occulter la présence de l'autre dans sa chambre…

-Je t'aime.

Ou pas. Les yeux écarquillés, la plume en l'air, il se retourna.

-Pardon ?

-Je t'aime, répéta Harry en le regardant dans les yeux. C'est pour ça qu'on doit arrêter de se voir. Je suis un véritable danger, même si j'ai… tué Voldemort.

A vrai dire, le Sauveur n'avait pas réellement eu l'intention de dire ces trois mots, mais ils étaient sortis d'un coup, sans prévenir ; et Harry commençait à penser que, en effet, c'était une bonne raison. S'ils ne se voyaient plus, personne n'aurait de raison pour lui faire du mal, et de toute manière, Draco l'oublierait facilement, il était beaucoup trop beau et intelligent pour rester seul.

-Je crois plutôt que ça nous donne encore plus de raison de se voir, répondit froidement le blond.

Ce fut au tour de Harry d'imiter la carpe. Draco se prit à penser que ce garçon était un véritable handicapé des sentiments.

-Tu ne t'es jamais demandé ce que moi, je ressentais ? soupira-t-il.

Il se leva et, s'approchant, embrassa le brun tendrement. Les deux pairs de lèvres se caressèrent doucement, savourant le doux contact. Harry se tendit soudain et brisa le baiser. Il regarda Celui-qu'il-aimait d'un air effaré, puis sortit sans un mot.

Draco soupira. Bien joué, abruti. Un handicapé sentimental pareil, ça ne se guérit pas aussi simplement.

Leur premier baiser remontait à un certain temps déjà, mais Draco supposait que Harry pensait ne pas vivre assez longtemps pour continuer à en apprécier la saveur. Et maintenant que toute cette merde était finie, il fallait tout recommencer.

°OoO°

Un mois plus tard, alors qu'Harry était dans la Grande Salle pour le dîner, un concert de cris et de lamentations s'éleva.

-Les Mangemorts ! Ils se sont tous échappés d'Azkaban !

La salle se remplit de murmures terrifiés. Même si Voldemort n'était plus là, la plupart de ses fidèles croyaient en ses opinions ; qui sait si l'un d'eux ne voulait pas prendre la place de l'ancien Seigneur Noir ?

-Montre cet article s'il te plaît.

La voix rauque de Harry Potter les fit tous se retourner. Il regardait Seamus Finnegan sans prêter attention aux autres. L'autre hocha la tête, ne voulant apparemment pas risquer de se prendre un sort.

Harry parcourut l'article, et tressaillit lorsqu'il vit les noms de Bellatrix Lestrange et de Lucius Malfoy. L'une avait tué son parrain, l'autre avait torturé des enfants avant que Harry ne l'expédie aux pieds d'un Auror, lors de la bataille finale. Puis il rendit l'article à son propriétaire et se rendit dans le dortoir des sixième année d'un pas vif et décidé. Draco soupira, se doutant de ce qu'allait faire son ami. Il se leva et le suivit discrètement.

Harry savait ce qu'il devait faire : il allait partir et tous les retrouver, puis les renvoyer à Azkaban. Ou les tuer, s'ils montraient trop de résistance. Ils avaient contribués à détruire sa vie, il allait faire de la leur un enfer.

Il réunit une partie des ses affaires dans sa malle, libéra Hedwige, en lui recommandant de ne pas faire suivre son courrier, sauf s'il y avait réellement urgence. Il fallait juste couper entièrement les ponts. A présent que personne n'avait plus besoin de lui, il pouvait partir et accomplir sa vengeance personnelle ; il omit volontairement le visage de Draco. Le blond devait l'oublier, pour son propre bien. Il réduit ses effets et les glissa dans sa poche. Enfin il sortit de la tour de Gryffondor, l'air déterminé et les yeux meurtriers, faisant peur à tous ceux qui avaient le malheur de le croiser dans un couloir.

Alors qu'il passait devant une salle de classe vide, quelqu'un le poussa à l'intérieur et, le plaquant contre un mur, la personne l'embrassa fiévreusement.

Harry posa les mains sur les hanches du joli blond, l'éloignant un peu.

-Draco…

-Tu vas y aller, hein ? sourit tristement le désigné. Dis-moi juste que tu va revenir. S'il te plaît ?

-Je ne sais pas Draco. Mais j'essaierais. Je te promets.

Puis, sur un dernier échange de lèvres, Harry Potter quitta son… amoureux, petit-ami ? pour un voyage dont il ne savait rien, de durée indéterminée. Ce fut seulement lorsqu'il se trouva dans le parc qu'il laissa ses larmes couler, en même temps que l'averse diluvienne qui s'abattait sur ses épaules.

Draco, lui, pleurait doucement en regardant la silhouette frêle de son ami s'éclipser vers le portail. Finalement, il s'avérait qu'il aimait les petits Gryffondors Sauveurs du monde sorcier, avec une cicatrice en forme d'éclair sur le front.

Il finit par s'endormir, faisant tantôt des rêves plaisants, tantôt des cauchemars où Harry mourrait invariablement.

C'est dans cet état que le retrouvèrent Blaise Zabini et Théodore Nott. Ce dernier jura, puis le transporta rapidement vers l'infirmerie. Heureusement pour la vie sociale du blond, tous les élèves étaient en cours à cette heure-ci, ou bien dans leur salle commune.

Déposant son ami sur un lit, Blaise attendait patiemment que l'infirmière daigne se montrer, quand Draco se mit à pleurer. Il venait à peine d'émerger. Affolé, Blaise le regarda, tout à fait ahuri par ce prince de Serpentard en train de lâcher toutes les larmes de son corps. Finalement, retrouvant un peu de dignité humaine, il le prit dans ses bras, en s'asseyant à ses côtés.

La seule chose qu'il entendit avec que le blond ne se rendorme, mettant fin aux sanglots qui lui secouaient la poitrine, fut :

-Putain, je l'aime…

°OoO°

Le lendemain, Draco se leva la tête lourde, les yeux encore gonflés de ses larmes de la veille. L'infirmière se jeta presque sur lui quand il se redressa sur les coudes.

-Mr Malfoy, heureuse de vous voir réveillé, fit chaleureusement la vieille femme.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Draco d'une voix pâteuse.

-Vous avez fait des cauchemars. Je pense que quelque chose vous a choqué, ou traumatisé, et vous avez revécu dans vos rêves les pires moments de votre vie. C'était apparemment tellement affreux que vous avez failli vous ouvrir les veines avec une bouteille en verre qui n'était pas loin ; heureusement que j'étais à côté, il y aurait eu plus de dégât.

Elle désigna le corps entier du blond, qui haussa un sourcil interrogateur. Il souleva le drap et en effet, il devait être dans un mauvais état. Des fines cicatrices commençaient à guérir, sur son torse, ses jambes et ses bras.

Soudain Draco se sentit mortifié. Il savait que son sortilège de camouflage avait été annulé. Dieux, est-ce que… ?

-Mr Malfoy, j'aimerais cependant parler de quelque chose avec vous.

Draco la regarda, horrifié, et sut avant même qu'elle les formule les mots qu'elle allait utiliser.

-D'où proviennent ces marques sur votre dos ?

-Ce ne sont pas vos affaires, grinça le blond, reprenant contenance.

-Au contraire. J'aimerais que vous m'en parliez, sans quoi je devrais avertir votre directeur de maison.

Draco grimaça. Il ne voulait plus jamais se retrouver avec Rogue, après ce qu'il avait fait à Harry.

Harry…

Sans qu'il s'en rende compte, des larmes coulèrent sur ses joues.

-Potter est parti ? murmura-t-il.

Fronçant les sourcils, Pomfresh acquiesça. Elle croyait pourtant que ces deux-là se détestaient.

-Alors, tout fout le camp, hm ? demanda-t-il, plus pour lui-même.

Tournant son regard vers l'infirmière, il raconta.

-Vous savez, mon père était… est quelqu'un d'extrêmement violent. Très fier aussi, de son nom, de sa fortune, mais jamais de moi. Je faisais toujours quelque chose de travers. Alors, il réglait ce problème de la seule manière qu'il connaisse. Et si j'avais le malheur de contester, crier, ou même pleurer, c'était fini pour moi. Voilà d'où proviennent ces foutues marques.

Puis il se mura dans son silence, acceptant à contre-cœur la nourriture que lui apporta la vieille femme. Il eut l'autorisation de sortir pour le déjeuner, auquel il se rendit sans véritable enthousiasme.

Il s'assit en bout de table, sans regarder personne, bien que pas mal de regards se dirigèrent vers lui. Ses deux amis le rejoignirent, sans dire un mot. Silencieusement, Draco les remercia : il avait besoin d'une présence rassurante, et qui mieux qu'eux deux pouvait le faire ?

Après tout, ils savaient ce terrible secret…

Putain je l'aime…

Il savait que les deux autres avaient entendu ces mots sortirent de sa bouche sans qu'il ait rien pu faire. Il ne désirait pas s'expliquer et sentait qu'il n'y en avait pas besoin.

Putain je l'aime…

°OoO°

Draco détestait cette partie de la semaine. Deux heures de cours commun avec les Gryffondor. Blaise Théodore et lui, étant les seuls Serpentards, se faisaient discrets au fond de la salle. Il adorait les faire enrager, mais trois contre une douzaine, mieux valait ne pas tenter le coup.

Soudain, une douleur au ventre le fit se plier en deux, mais apparemment personne ne l'avait remarqué. Sauf Blaise, qui se pencha vers lui et murmura à son oreille :

-Hé, ça va pas ? Tu veux que je prévienne la prof ?

-Non, c'est bon, laisse, ça va passer.

L'autre ne semblait absolument pas croire ce que lui racontait son camarade et leva la main. Draco la lui fit baisser aussitôt. Il était réellement en colère.

-Putain Draco, t'as vu dans quel état tu es…

-Laisse tomber, ce ne sont pas tes…

-Monsieur Malfoy, vous êtes prié de suivre le cours, comme vos camarades. Montrez-moi donc comment vous réussissez cette métamorphose je vous prie.

Draco regarda sombrement son professeur. Il avait réellement mal à l'estomac, mais il ne pouvait pas le montrer. Pas maintenant. Il devait quand même réussir à sauver les apparences. Celles d'un Malfoy froid et insensible. Encore plus depuis que le Lord Noir était tombé.

Il se concentra, et murmura le sort. La tige de métal en face de lui se transforma en une jolie boîte à musique, extrêmement bien travaillée et dont émanait une douce mélodie envoûtante.

Ce fut la dernière chose qu'il vit avant de tomber au sol.

Certaines filles crièrent et reculèrent, profitant de la situation pour se rapprocher de garçons ; grognant, Blaise s'approcha de son ami au sol. Son corps était secoué de spasmes ; ses yeux entrouverts ne laissaient voir que le blanc de l'œil ; soudain, après une contraction musculaire qui lui avait fait cambrer le dos à l'extrême, Draco s'évanouit.

-Merde… jura Blaise dans sa barbe.

Il regarda rapidement Théodore, qui lui fit un signe de tête. Acquiesçant, il prit le corps du blond dans ses bras et quitta la salle rapidement, direction l'infirmerie, pendant que Théodore récupérait tranquillement leurs affaires à tous les trois. Puis il suivit le même chemin, après s'être excusé auprès du professeur McGonagall.

* * *

Parce qu'une guerre retirera toujours plus qu'elle n'apporte de paix, ce soir-là, des milliers d'âmes pleurèrent – larmes de joie, de colère, de tristesse, larmes amères et douces. Oui, ils étaient sauvés, mais quel était le prix à payer ? Des vies innocentes, des vies détruites, des visages volés et des souvenirs qui brûlent comme des marques de tortures. Mais les pires secrets sont ceux que l'on ne révèle jamais.

Fin de la première partie.

TBC.