Chapitre 11 : Damier de jeu
Duo avait récupéré pratiquement tous ses esprits. Cependant ils allèrent dans un coin du château aménagé en toilettes, pour qu'il puisse regarder l'étendu des dégâts, se passer de l'eau sur la figure et se remaquiller. Bien qu'il ressemble à une jeune femme, la robe un centimètre mal mise, la joue non maquillée ou la coiffure moins bien arrangée et il se mettait en danger car des gens pourraient douter de son identité.
Heero se dirigea vers la porte ou une petite icône d'un bonhomme indiquait que c'était le coin 'homme'. Duo s'apprêtait à en faire de même, mais Heero lui montra du doigt avec un sourire taquin le signe iconographique. Cela mit Duo en rogne, il le fixa d'un air de dire « Très drôle… » et il s'engouffra avec effroi dans la pièce où, sur la porte, était gravé l'icône d'un petit bonhomme avec une jupe, non sans que Heero ne se morde la lèvre pour ne pas sourire encore plus.
De retour dans les couloirs, ils avaient perdu tout le temps qu'ils avaient rattrapé. Aucun n'osait montrer un signe de déception ou autre. Et en plus, une heure plus tard, ils n'avaient toujours rien trouvé. La chance n'était décidément pas de leur coté. Pour couronner le tout, les deux pilotes étaient blasés, agacés par cette mission où il était question de fouiller des pièces. Ayant l'habitude d'action (et pas en talon et en robe courte, ni en costume cravate), la situation ne pouvait que s'envenimer. Duo, de son coté, n'osait pas poser la question qui lui brûlait les lèvres. Heero, lui, trop fier et trop sûr, commençait sérieusement à douter, ce qui n'était pas bon vu qu'il n'avait jamais douté. Son partenaire s'était fait agressé, il avait faillit être découvert. Il se refusait à croire que l'homme n'était là que pour profiter des belles femmes, sinon il aurait alerté quelqu'un qu'il avait surprit Duo entrain de fouiller. Il y avait donc des hommes du complot dispersés dans le château, faisant le guet.
Heero regarda sa montre. 23h07. Dans trois quarts d'heure tout au plus, tout le monde serait dans leurs chambres… et le dossier découvert par quelqu'un. Puis le japonais se demanda si par hasard J ne leur avait pas tendu un piège. Après tout, Heero avait acquit une certaine autonomie envers J et ne dépendait plus de lui, ni concernant les entraînements, ni concernant ses devoirs envers la guerre. Il savait à présent ce qu'il devait faire, et n'avait plus besoin que J lui annonce ses missions par emails. Peut être J l'avait doublé, et l'avait mit en pâture à la police internationale.
Non.
C'était impossible.
Et puis…
D'un coté…
Pas tout à fait impossible…
Et si…
C'était possible ?
Que penser ? Que faire ?
Duo le tira de ses pensées.
« -Tu crois pas que c'est un peu foutu ?
Il s'attendait à ce que Heero lui réponde « Ca sera un peu foutu quand tout le monde sera couché », ou alors à ce qu'il ne lui réponde pas du tout.
-Duo-dono, on passe au plan B.
Duo se retourna, stupéfait, et manqua par la même occasion de se torde encore la cheville.
-Tu m'as appelé… COMMENT ???
'Dono' est un qualificatif pour appeler une jeune fille. Duo n'était pas sûr que…
'Naaan… j'y crois pas… c'était quoi ça ? Une blague ? Il a fait…
…une blague ???
Non non non… il s'est forcement trompé… sa langue a fourché… ou c'est peut être le fait que j'ai failli mourir…
Non. Je n'ai pas failli mourir… j'ai failli être violé…
Même pas, le mec avait dit que si j'étais un mec ça se passerait pas comme ça…
Oulala… attends voir là… il est vraiment très traumatisé mon japonais…
Heero… plaisanter… C'est marrant mais ces deux mots dans la même phrases ça va pas trop trop…
J'y crois pas là… Il est malade ou quoi ?'
-Heero…
-C'était cynique.
'Ah… ouf… il me rassure… J'ai cru qu'il voulait me faire
rire…
Putain c'est même pas une blague…
C'est cynique.
Pffff quel con… je suis vraiment con… Heero, faire une blague ?
Pas possible.
Définitivement pas.
Bordel ! Pourquoi c'est pas une blague ???'
-Je pense que J m'a devancé.
-Qu'on mette les choses au clair toi et moi…
- ??
-Ne m'appelle plus JAMAIS dono… ok ?!
-Hn…
-En plus c'était même pas pour me faire enrager… juste parce que tu voudrais t'en prendre à J et comme il est pas là c'est moi qui prend.
-Voila c'est ça.
-C'est quoi ton plan B ?
-On retourne auprès des invités. S'il y a du remue-ménage, ça sera parmi eux.
-Et c'est tout ??
-Laisse moi faire le reste. »
Ils descendirent les marches à toute vitesse pour être le plus rapidement possible dans la salle de réception. Les couloirs étaient très calmes. Pourtant, quand ils approchèrent de l'escalier qui menait à la salle de réception, ils entendirent quelques faibles voix, comme avant. Mais elles semblaient toutes provenir d'hommes, et ne semblaient pas aussi enjouées qu'avant. Et à leur grande non surprise, ils arrivèrent… en même temps que le FBI version français. Toutes les portes vitrées et les sorties étaient bloquées par des hommes cagoulées et armées, de grosses lettres blanches inscrivaient « POLICE » sur leur pare-balles sombres. Il y avait bien plusieurs attroupements d'hommes d'affaires, les invités, de toutes les civilisations, des colonies ou non, qui se disputaient dans toutes les langues au milieu de la grande salle.
'Les choses se compliquent…' pensa Duo. 'Enfin de l'action ! C'est pas trop tôt ! Je commençais VRAIMENT à me faire chier.'
Quand cinq hommes de la police les virent arriver par le grand escalier de pierre, ils allèrent directement vers eux, de grosses armes à la main.
« Vous ne pouvez pas partir. Il va falloir procéder à un examen d'identification.
-Que ce passe t'il ? fit innocemment Heero.
-Un dossier de complot politique a été trouvé. Nous essayons de trouver qui est dans ce complot. Je vous prie de bien vouloir nous suivre sans gestes brusques.
-Où allons nous ? C'est que nous nous apprêtions à partir. Nous n'avons rien vu d'anormal.
-Vous ne pouvez pas partir tant que le mystère n'est pas un temps soit peu éclairci. Nous sommes désolés, mais il va falloir que vous subissiez un examen d'interrogation. Nous vous relâcherons demain si tout est en règle.
-Vous vous trompez, nous sommes totalement hors de cette histoire.
-Sécurité, monsieur.
Rien à faire. La police armée est infaillible. Les hommes sont des professionnels qui ne laissent rien passer. Mais soudain, Heero reconnu au milieu de l'attroupement un des hommes qui les avaient aidé après que Duo ne se soit fait agressé. Heero leva la main en l'air, et l'homme le vit. Il était occupé à se disputer avec d'autres « Du temps de mes aïeux, on ne se battait pas derrière une barre au tribunal attendant que les avocats fassent leur travail ! Vous allez voir si je suis un terroriste ! Ah ! Si j'avais 10 ans de moins, je vous aurais flanqué un bon coup de poing dont vous m'en aurais donné des nouvelles ! Parfaitement, monsieur ! Oooh… ne recommencez pas à m'injurier ! »
Il les laissa tomber et vint les rejoindre, cette fois de mauvaise humeur.
-Monsieur ! Que se passe t'il cette fois ?
L'homme visiblement énervé parla d'abord aux policiers.
-Relâchez les s'il vous plait, je les connais, il n'ont rien à faire faire dans cette affaire. La demoiselle s'est fait agressé une heure auparavant par un homme du complot.
-Elle n'a rien signalé pourtant.
-Oui, mais nous croyions bien faire en ne l'indiquant à personne.
-Monsieur, si ce genre de choses se passe à l'avenir, prévenez tout de suite la police ! Vous vous rendez compte que nous avons peut être laissé filé la tête du groupe terroriste ??
-Terroriste, terroriste, vous y allez un peu fort ! Et puis l'agresseur a été arrêté il me semble.
Les policiers s'éloignèrent, et s'occupèrent d'autres personnes. Heero put enfin avoir une discussion avec l'homme d'affaire.
-Alors, pourquoi tout ce monde ?
-Ooooh… quelqu'un a trouvé un dossier dans sa chambre… Et bien sûr, un complot politique ! Quelqu'un cherche à éliminer tous les droits des colonies ! Comme si nous avions besoin de ça maintenant !
Heero était à présent très sérieux.
-Quelle serait l'ampleur des dégâts ?
L'homme grognait tellement il était agacé par l'histoire.
-Mmm… je ne sais pas… des manifestations dans les colonies, des dirigeants et des partis politiques renversés… et tous les contrats de paix annulés, en plus de nouvelles guerres !!! Ca sera un coup de théâtre ! Puis, si nous n'avons pas de chance, nous aurons le droit aux grèves et aux blocus des colonies ! Les taux de la bourse vont faire les montagnes russes, l'économie et la finance vont chuter ! Sans parler bien sûr de la guerre dans l'espace et sur Terre qui ne cessera pas. Mon Dieu ! Mais qu'est ce que l'univers va devenir ! Qu'est ce qu'on va devenir ?!
Il était maintenant paniqué. Puis Heero mit son grain de sel. Il avait décidé de corrompre la vérité, au prix (et non sans le regretter) de la fuite du leader du complot, car il savait qu'il ne se ferra pas prendre, lui.
-Vous ne croyez pas que c'est cet homme mythomane qui a posé le dossier ? Personne ne pourrait douter de lui puisqu'il est fou. Il pourrait bien avoir déposé le dossier et prétendre que ce n'est pas lui, qu'il a rien à voir avec !
L'homme se mit soudain à réfléchir.
-Oui… c'est tout à fait plausible… je n'y avais pas pensé !
-J'espère que tout se règlera dans peu de temps.
-Je vais m'y atteler pour, dés maintenant ! »
Puis il accoura après de la police et des détectives pour exposer cette thèse.
23h34. Heero et Duo ne pouvaient plus rien faire. J ne leur avait pas menti, ou du moins, ils n'avaient pas eu de problèmes pour l'instant, mais qui sait ? Peut être allaient t'ils être dénoncé plus tard. En attendant ils prirent la poudre d'escampette en taxi. La limousine noire n'était pas revenue. J étaient sûrement déjà au courant de l'échec de la mission.
Les deux espions revinrent bredouilles à leur hôtel à 1h04, d'après la montre d'Heero. Un colis était déposé pour sa chambre. Il s'agissait de l'ordinateur portable que le pilote 01 avait laissé volontairement dans la limousine. Il n'y avait pas de mot dessus de la part de J. Heero s'installa au petit bureau de la chambre.
Sécurité : tapez le code d'accès.
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Code d'accès accepté.
1h05 : fin de la mission.
Détail heure désactivé.
Mission terminée, classée
Heero tapa les cinq lettres qu'il détestait de voir ensemble… et auxquelles il n'avait pas l'habitude les voir ensemble justement…
« e
… lentement…
c
D'habitude il ne regardait pas le clavier quand il tapait. Mais là, lettre par lettre, ses yeux suivaient son doigt qui appuyait d'une manière lasse et légèrement abattue.
h
Duo s'activait dans la salle de bain juste à coté, dans la même chambre. Ensemble, ils n'avaient pas complètement fini de parler. Ca ne pouvait pas se clôturer comme ça. Mais pour l'instant, ni lui ni Heero n'émirent un son.
e
L'esprit vide, Heero termina d'achever le mot, et d'y inscrire la dernière lettre.
c
Duo avait presque fini. Il s'était démaquillé, changé, et il était en train de se coiffer pour refaire son habituelle longue natte, un peu plus courte qu'avant. Lui non plus n'était pas joyeux, et il en fallait beaucoup pour que ce soit le cas.
« echec »
'… et mat.' Pensa le japonais. Il avait perdu. Et il avait laissé la mission qui avait pris un nouveau tournant à un homme d'affaire… alors qu'il ne faisait jamais confiance aux hommes d'affaires. Et pourtant, maintenant, il le fallait bien. Ce n'était plus à lui de jouer. Les finalistes en tête étaient désormais ceux qui parlent et non ceux qui agissent. Mais c'était les gagnants.
