Disclaimer: Rien ne m'appartient. How I Met Your Mother et Dr. Horrible's Sing-Along Blog sont la propriété de leurs auteurs (Bays/Thomas et Whedon) et l'histoire est de Idioticonion.
Violet
Les Super-héros arrivent en couleurs primaires. Traditionnellement, ils portent du bleu royal, du rouge sang, du jaune canari ou du vert vif. Ils veulent se démarquer dans les pages des bandes-dessinées, dans la rue. Le logo de Captain Hammer était jaune, bien sûr. Mais hé, Batman était vêtu de noir.
Barney portait des costumes couleur charbon, des chemises violettes et de fines cravates d'un orange flamboyant. Parfois, il portait des costumes d'un brun noisette avec une cravate nouée à la Windsor, parfois, pas de cravate du tout. Il se demandait souvent si les Super-méchants étaient censés s'habiller avec des vêtements appartenant à la seconde palette de couleur. Il se demandait si un costard était un genre de costume.
Être un Super-méchant à la retraite avait un prix – un ennui intense. Oh, il y avait bien la requête occasionnelle de la ELE, mais la plupart du temps, il était livré à lui-même, seul pour trouver quelque chose, n'importe quoi pour occuper son intelligence non-négligeable. Il avait trouvé des solutions – inventer des querelles avec le type dans le bureau du gratte-ciel opposé au sien, suggérer des projets d'immeubles imaginaires, créer des télé-conférences qui étaient en fait des parties de beuverie avec ses potes.
Barney buvait. Beaucoup.
C'était une des choses qui l'engourdissait, le forçait à ralentir un peu, lui sortait de la tête le flot d'inventions diaboliques qui se manifestait dans son cerveau tous les jours.
Une bonne chose à New York (parmi les nombreuses bonnes choses), c'était qu'il n'y avait pas grand chose qui rappelait son passé à Barney. Les New Yorkais étaient une poignée de cyniques, moins enclins à la glorification des célébrités que les espèces d'insectes qui vivaient sur l'ancien territoire de Dr Horrible à Los Angeles. Les Super-méchants disparaissaient à nouveau dans les ténèbres, dans les bas-fonds d'où ils venaient. Leur gloire se fanait. Barney s'attendait totalement à ne pas entendre parler de la ELE pendant au moins un an.
C'est pourquoi il fut tant surpris quand Howard Wolowicz apparut au siège de la GNB et demanda à le voir.
Il s'était passé beaucoup de choses en quatre ans, depuis la dernière fois qu'il avait vu Moist – pardon, Howard. Barney avait encore du mal à employer son vrai nom. A l'apogée du règne de terreur du Dr Horrible, il avait demandé une fois à Moist s'il y avait quelque chose qu'il pouvait lui donner. Un cadeau, quelque chose pour récompenser son acolyte le plus estimé, celui en qui il avait le plus confiance.
Moist l'avait regardé tristement et avait juste prononcé un mot. « Liberté. »
A l'époque, Barney n'avait pas compris. Il avait pensé, de sa façon habituelle, que Moist parlait de ses « Petits problèmes » - son Super-pouvoir inutile. Bien sûr, Dr Horrible s'en était occupé sur-le-champ, il avait conçu un appareil qui équilibrerait la... moiteur de Moist à un niveau correct (c'est à dire normal).
Plus jamais de choses recouvertes d'une pellicule d'humidité, avait dit Dr Horrible à son meilleur ami. Plus de glissades et de chutes à tout bout de champ. Tu pourras même à nouveau claquer des doigts, lui avait-il dit.
Moist n'avait pas eu l'air si enthousiaste. Il n'avait pas l'air convenablement reconnaissant envers le cadeau incroyable qu'il était sur le point de lui faire.
« Doc? » lui avait demandé Moist de manière hésitante alors qu'il s'arrimait à la machine. « Tu es sûr que ça va marcher? »
Le méchant Docteur fixait une série d'électrodes et de fils sur son propre corps. « Bien sûr! » avait-il dit avec un sourire radieux. « Je vais m'utiliser moi-même comme modèle. Tu devrais être aussi sec que je le suis dans environ... trente secondes! »
Étonnamment, l'appareil avait fonctionné du premier coup. Il avait asséché Moist de façon permanente et avec une efficacité incroyable.
Néanmoins, il avait aussi fait beaucoup plus pour ce pauvre gars. Il avait transféré une partie de lui-même dans son ami.
Moist – pardon, Howard – était en train de draguer une secrétaire quand Barney vint à sa rencontre. « Wow, » fut tout ce qu'il put dire. Howard était habillé comme... hé bien, comme un membre des Monkees (1) ou un truc du genre, avec un horrible jean moulant et violet, un tee-shirt vert vif orné d'un slogan et une boucle de ceinture si large et étincelante qu'on aurait pu l'utiliser comme antenne satellite.
Barney était quasiment sûr que les nouveaux goûts vestimentaires de Moist ne provenaient d'aucune partie de sa propre personnalité qui avait été transplantée accidentellement dans son ancien acolyte.
« Hey M- Howard! » dit-il en lui tendant la main à contre-coeur et il s'aperçut que la main qu'il serrait était fraîche et sèche. C'était déconcertant. Les vieilles habitudes avaient la vie dure, supposa-t-il.
« Hé Doc! » répondit Moist gaiement, effrontément.
« Comment ça va à, heu, Caltech? » lui demanda Barney.
A quel autre endroit un génie - transplanté - de l'ingénierie pouvait-il travailler une fois qu'il s'était retiré du Syndicat des Hommes de main? Bien sûr, Dr Horrible avait falsifié ses qualifications (Master à la faculté du Massachusetts, etc) et lui avait trouvé un travail qu'il pourrait vraiment apprécier. Mais c'était simplement trop flippant de voir Moist se promener partout avec un peu de l'intelligence du Dr Horrible.
Avec beaucoup de l'intelligence du Dr Horrible.
Et aussi, avec beaucoup de la nature lubrique du Docteur.
En tant que Moist, Howard n'avait pas eu beaucoup de chance avec les dames. Mais depuis qu'il avait été refroidi et asséché, le jeune homme n'en avait jamais assez de sa nouvelle faculté à pourchasser la gent féminine sans crainte de laisser des tâches d'humidité. Du moins des tâches d'humidité involontaires. Barney lui fit un grand sourire. Howard Wolowicz n'avait pas l'air d'avoir beaucoup plus de chance avec les femmes que Moist. Mais, béni soit-il, il essayait vraiment dur.
« Ça va, » dit Howard en faisant un clin d'oeil à la secrétaire qui s'appliquait à l'ignorer. « Beaucoup de nanas sexy – plus que tu ne pourrais l'imaginer, mec. Et je travaille sur l'ISS. C'est la Station Spatiale Internationale.
« Ça a l'air formidable, » dit Barney en guidant doucement Howard vers l'ascenseur. « C'est... bon de te voir. » Dès que les portes se furent fermées derrière eux , il dit « Alors, Time Science Blood Cloud te donne un coup de main là-dessus? »
Howard afficha un sourire rusé et se tapota le nez. « C'est confidentiel, Doc »
« Et je n'ai pas droit de savoir? » Barney haussa un sourcil et prit une inspiration. « Pourquoi es-tu là, Moist? »
Howard plissa les yeux. « Alors, c'est comme ça qu'on salue un vieil ami. Allons déjeuner et nous discuterons? »
Barney secoua la tête. « J'ai des projets. Un rendez-vous avec Sherbatsky. »
Howard haussa les épaules. « Emmène-le. Ou à moins que ton nouvel... ami ne sache rien de ton noir passé? »
Barney afficha un petit sourire. « Robin est une fille. Et, ouais, elle est au courant! »
Mais Howard sembla à peine l'entendre. « Oh, vraiment? » Il sourit, dévoilant ses dents. « Elle est sexy? »
« Comme tu ne peux pas l'imaginer, » se mit à rire Barney pendant qu'ils se dirigeaient vers son bureau.
*--*--*
Barney cligna des yeux et regarda dans le miroir, massant les poches qu'il avait sous les yeux. Son bronzage se fanait. Il avait beaucoup plus de rides qu'il y a quatre ans. Il ressemblait à une loque.
Cependant, au moins, il n'était pas battu.
Dr Horrible avait l'habitude d'être battu, beaucoup.
Nombreuses avaient été les fois où il était rentré à la maison (qui était un laboratoire secret, toujours un laboratoire secret) et avait regardé dans le miroir pour voir un visage fantomatique avec des ecchymoses – de couleurs secondaires là encore – violettes, brunes, une trace de jaune.
Captain Hammer avait du punch.
Il se rappela les poignets cassés, les chevilles foulées, les épaules déboîtées. Oh oui, Barney se rappelait de chaque blessure. Il avait même inventé un ensemble de rayons – analgésiques, régénérateurs de tissus, réparateurs d'os. Quand il avait été percuté par le bus, ça avait été chose facile de les utiliser.
Sa convalescence rapide n'était pas un miracle. En vérité, c'était le produit d'années d'attentes, d'abus, de défaites qui s'enchaînaient encore et encore.
Les journaux disaient toujours qu'il avait un regard mortel – que Dr Horrible avait un regard terrifiant. Mais ils n'avaient jamais vu ses yeux. Ses yeux, deux morceaux de glace, ils étaient constamment dissimulés derrière les lunettes de protection aux verres fumés.
Depuis le jour où Barney avait enfin retiré les lunettes pour la dernière fois, il avait du trouver un moyen de se regarder à nouveau dans les yeux pendant plus d'une minute sans détourner le regard.
Malgré tous les tours de magie qu'il connaissait, cela lui avait tout de même pris six mois pour apprendre celui-ci.
Barney revint des toilettes pour trouver Robin presque en train de minauder et Moist lui accordant ses sourires les plus graisseux. Celui-ci se pencha au-dessus d'elle, lui murmura quelque chose à l'oreille et fut récompensé par gloussement rauque.
« Hé! » dit Robin quand Barney se glissa dans le box pour les rejoindre. « Howard me parlait de cette fête où vous êtes allés tous les deux, Tu-Sais-Où! » Elle sourit et fit un clin d'oeil. Robin considérait toujours cette histoire de Super-méchant comme étant une grosse blague. « On dirait que vous avez passé des moments de dingue! »
Barney se creusa les méninges pour essayer de trouver ce que Moist pouvait bien lui avoir dit, mais son intellect, d'habitude fiable, avait mis les voiles pour une pause-cigarette au même instant.
Pendant ce temps, Robin était en train d'ébouriffer les cheveux de Moist. Sa stupide coupe au bol. « Il n'y a pas de doute que c'est un ami à toi, Barney. » Elle rit. « En fait, il est plutôt doux! »
«Doux? » répondit Barney incrédule. « Comment est-il doux? » Comment ne pouvait-elle pas savoir ce qu'était Moist? Un opportuniste voleur des bas-fonds – tout comme Barney l'avait été à Los Angeles. Peut-être était-ce tout ce qu'il était, même maintenant.
Mais Robin aimait ça, se rendit-il compte. Robin l'appréciait. Elle aimait les gars louches et délirants à l'esprit vif et au bon coeur. Elle traînait tout le temps avec lui.
Moist se tourna vers lui et, derrière le dos de Robin, il haussa un sourcil et fit silencieusement « Je suis trop cool! »
Barney secoua la tête. Si Marshall était là à cet instant... Bon sang, si un seul des autres était là à cet instant... ils tomberaient probablement aussi sous le charme de Moist! Mais Marshall aurait du être là, c'est tout. Tout à coup, le téléphone portable de Barney se mit à sonner. Il y avait trop de bruit dans le bar pour entendre alors, s'excusant avec un haussement d'épaule, il partit rapidement et se dirigea vers les escaliers et la rue surplombant le bar.
Cependant, il n'eut jamais l'occasion de répondre à l'appel car au moment où il ouvrit la bouche, un poing surgit de nulle part et le percuta au visage, l'envoyant voler dans les airs pour atterrir sur le trottoir.
Barney vit nettement son agresseur avant qu'une botte ne percute sa tête.
Il n'y avait aucun logo jaune arboré sur ce torse sur-musclé. Mais la mâchoire carrée et le rictus moralisateur étaient restées les mêmes.
« Oh mer- » parvint à dire Barney avant de s'évanouir.
A Suivre...
(1) The Monkees était un groupe de musique créé pour les besoins d'une série télé dans les années 60. Pour vous donner une idée de la tenue qu'arbore Moist, voici une image (effacez les parenthèses): www(.)defmshop(.)com/uploads/OG/yM/OGyMlXaygfBmTocO-n7m1w/monkees(.)jpg
