Bahamut jeta un regard mauvais à l'immonde casque jaune qui traînait sur sa table de chevet. Il s'en coiffa avec circonspection, jeta un coup d'oeil dans le miroir afin de s'assurer que le couvre-chef, en équilibre précaire au sommet de son immense tête, lui donnait bel et bien l'air d'un con, puis sortit de sa chambre.
Travaux d'intérêt général, ils avaient dit. Valefore avait fait observer qu'il avait eu de la chance, qu'ils auraient pu le bannir, surtout après le... petit incident du tribunal. Lui aurait à la limite préféré l'exil, surtout que l'ambiance de la Salle d'Attente était tendue au possible ces derniers temps – principalement à cause de l'humeur massacrante de Yojimbo, envers qui Shiva s'était montrée assez distante ces derniers temps ; elle semblait s'être fait une nouvelle amie en la personne d'Annabella, et elle était maintenant tout le temps fourrée avec elle, ce qui l'aidait à se soustraire à la compagnie du samouraï. Non pas que le voir éconduit déplût à Bahamut, bien évidemment, mais Yojimbo était du coup d'une humeur de prof de maths (1) et cherchait des crosses à tout le monde sous le moindre prétexte.
Mais c'était aux travaux d'intérêt général qu'on avait condamné Bahamut. Il ne voyait pas bien en quoi c'était général – ni intéressant, d'ailleurs : on lui avait ordonné de reconstruire la bicoque que l'araignée l'avait honteusement forcé à détruire, et dans laquelle n'habitaient que la petite fille et son insupportable grand-père, lequel n'était ni général, ni colonel ni rien du tout. Ah oui, il devait ensuite rebâtir le tribunal malencontreusement atomisé lors du procès. Là encore, Bahamut ne voyait pas bien en quoi c'était d'intérêt général. Il était sûr que des centaines d'accusés lui vouaient une reconnaissance éternelle pour l'avoir rayé de la carte.
Dans le couloir, il croisa la dernière personne qu'il avait envie de voir ce matin-là, ou n'importe quel autre matin, d'ailleurs – Yojimbo.
« Tiens, voilà notre courageux maçon, railla-t-il. Joli chapeau.
- Et c'est la tronche d'amanite qui me dit ça », grommela Bahamut.
Evidemment, il n'avait pas tout à fait tort. Derrière le dos de Yojimbo, les autres chimères – sans compter Ifrit qui trouvait ça super classe – avaient plusieurs fois discuté de leur perplexité vis-à-vis du couvre-chef de Yojimbo, mais personne n'avait jamais osé lui demander pourquoi il portait un chapeau qui le forçait à pencher la tête et à se placer de biais pour passer les portes. Bahamut n'avait d'ailleurs aucune envie d'entamer une dispute sur le sujet, et il pressa le pas pour se mettre hors de portée avant que Yojimbo ne lui lance une nouvelle réplique destinée à lui faire comprendre qu'il laverait son honneur dans le sang.
Il pénétra dans la Salle d'Attente. A part l'éternelle Anima, il n'y avait que Valefore et Ixion, courbés sur un plateau de bois quadrillé qu'ils fixaient intensément et sur lequel ils posaient des petits ronds blancs et noirs ; un nouveau jeu qu'ils avaient commencé récemment, le go, et qui semblait encore plus ennuyeux que les échecs.
« YYYRHAAA, » le salua Anima.
Elle jeta ce qui sembla être un coup d'oeil à son casque et son visage aux traits immuables esquissa pourtant l'ombre d'un sourire moqueur.
« YYYRHAAA, ajouta-t-elle, enjouée.
- Ne sois pas si rude, Anima, lâcha Ixion en décollant à peine son regard de la grille où s'amoncelait un tas de cailloux bichromes. Salut, Bahamut.
- Le bonjour, renchérit Valefore avec la même attitude hypnotisée. Et bonne chance pour ta première journée de travail.
- Ouais, fit Bahamut d'une voix dépressive. J'espère que ça va bien se passer. Et qu'il n'y aura pas d'araignée. Ni de mouche. »
Il retira son casque jaune et le contempla, abattu. Pouvait-il exister quelque chose de pire que le travail manuel pour un artiste de la destruction comme lui ? Bon, en fait, c'était une question stupide, reconnut-il mentalement en jetant un coup d'oeil au goban sur lequel Ixion et Valefore s'usaient toujours les yeux comme si la victoire allait revenir au premier à devenir aveugle. Il préférait cent fois aller empiler des briques que de risquer devoir aligner des machins noirs et blancs sur la grille comme ça. Tout compte fait, Valefore avait raison : il ne s'en tirait pas trop mal...
Une sonnerie lui retentit soudain à l'oreille.
« Bon, allez, j'y vais, déclara-t-il en se renfonçant le casque sur la tête. Bonne journée.
- Toi aussi.
- Toi aussi.
- YYYRHAAA. »
Bahamut passa le voile, brisa le sceau et atterrit sur Spira. Il trébucha dans un tas de caillasses qui s'était sournoisement glissé sous son point d'arrivée, battit des bras pour se rétablir puis les croisa dans sa pose légendairement munificente, bien que quelque peu atténuée par le couvre-chef jaune fluo qui scintillait au sommet de son crâne.
Et puis il glapit de douleur et s'agrippa le genou sur lequel quelqu'un venait de lancer une pierre (et une grosse, en plus).
« Voyou ! Garnement ! Racaille ! » s'égosillait une voix quelque part au niveau de ses pieds.
Il baissa les yeux.
Trois personnes s'alignaient devant lui. Celle qui lui avait balancé la pierre, c'était Le-Grand-Père, et il n'avait pas l'air beaucoup plus enjoué que quand ils s'étaient croisés au tribunal. A côté de lui, un type dégingandé en uniforme strict tenait dans ses mains un bâton d'Invokeur encore fumant, probablement l'officiel chargé de son cas et qui venait de l'appeler. Enfin, planquée derrière son aïeul, Bahamut reconnut la petite surdouée qui l'avait invoqué le soir de l'Incident™. En regardant autour de lui, le dragon vit qu'ils étaient au beau milieu d'un champ de cailloux, dont ceux sur lesquels il avait trébuché et celui que Le-Grand-Père lui avait balancé. Il comprit soudain qu'il avait atterri dans les ruines de la maison qu'il avait malencontreusement atomisée.
« Monsieur Bahamut, le Dragon de Platine, proclama l'officiel d'une voix sèche, vous avez été condamné par le Haut Tribunal Chimérique de Spira à rebâtir cette maison. Votre châtiment commence dès maintenant. Mettez-vous au travail.
- Vermine, grommela Le-Grand-Père.
- Monsieur, reprit le dégingandé en se tournant vers lui, je vais maintenant me retirer. Je vous conseille d'invoquer une autre chimère pour le tenir à l'oeil.
- Comptez sur moi, répondit le vieux en fusillant Bahamut du regard. Je vais appeler la plus puissante possible. »
L'espace d'un instant, Bahamut se prit à souhaiter que Yojimbo soi là, juste pour pouvoir lui lancer un truc du genre « oh, bon bah ça va, il ne va pas te déranger. »
Le-Grand-Père se mit alors à danser en cercles tout en gesticulant des bras. Bahamut dut se retenir de rire. Après tout, il était bien placé pour savoir que chaque Invokeur avait sa propre façon d'entourer ses invocations de fioritures mystiques, mais la plupart utilisaient simplement un bâton sculpté qu'ils agitaient avec une ferveur surjouée. Lui préférait manifestement avoir l'air idiot.
Malgré tout, le voile entre les mondes s'affina et s'ouvrit délicatement pour laisser passer la chimère du vieux. Bahamut regarda avec intérêt ; il se demandait qui allait débarquer.
Il y eut un bruit (2), puis un nuage de fumée s'éleva, provoquant un concert de toux chez les trois humains. Le-Grand-Père était définitivement fan des effets spéciaux superflus.
Petit à petit, le nuage se dissipa. Bahamut plissa les yeux. En fait, il n'y avait pas une, mais trois silhouettes : une grande maigre, une petite grosse et une menue qui voletait, si minuscule qu'on aurait dit qu'elle serait envoyée sur orbite au premier coup de vent.
« Monsieur Bahamut, fit Samantha en inclinant raidement la tête.
- Bonjour », murmura Annabella.
Maria bâilla.
« Les filles ? lança Le-Grand-Père. Garrrrd' A VOUS !! »
Les Soeurs Magus tournèrent la tête vers lui. Chose rare, un grand sourire s'épanouit immédiatement sur le visage de Samantha.
« Oh, c'est vous, monsieur Le-Grand-Père ! Cela faisait si longtemps que nous ne nous étions pas vus ! Je suis très heureuse de vous revoir.
- Moi de même, répondit le vieux – et Bahamut eut la surprise de voir sa figure ridée se tordre plus encore, dans ce qui devait se rapprocher le plus d'un sourire pour lui ; c'était une épidémie chez les rabat-joie, apparemment.
- Que voulez-vous que nous fassions, maître ? Devons-nous éliminer Bahamut ? » Le ton respectueux de sa voix laissait plus que fortement entendre que non seulement elle exécuterait immédiatement cet ordre, mais qu'en plus ça ne lui poserait pas le moindre problème de conscience.
« J'aimerais bien, grommela Le-Grand-Père, mais non. On en a encore besoin. Contentez-vous de le surveiller pendant qu'il répare ses bêtises.
- A vos ordres, Maître Invokeur. »
Le-Grand-Père marqua son approbation d'un hochement de tête, puis salua l'officiel de la Justice Chimérique, qui, son travail accompli, se retira sans vergogne. Ensuite, non sans marmonner un tas d'insanités qu'il ne serait pas convenable de rapporter ici, le vieil homme se retira dans une petite cabane en bois bâtie non loin de là, probablement son logement provisoire depuis l'Incident™. Sa petite-fille (3), elle, resta à contempler Bahamut en tremblotant. Mais il ne lui prêta pas la moindre attention : il était trop occupé à échanger des regards haineux avec Samantha.
« Alors, lança-t-il à cette dernière, vous êtes très proches, le vieux et toi, hein ? Qui se ressemble s'assemble... Vous êtes aussi sympathiques qu'un requin de mauvaise humeur, tous les deux.
- Monsieur Le-Grand-Père est un charmant vieil homme, et l'un des plus puissants Invokeurs encore en vie, qui plus est, répliqua Samantha en lui balançant les mots à la figure comme s'il se fût agi de balles de plomb.
- Quand est-ce qu'on mange ? questionna Maria.
- En vie, ça reste à prouver, ricana Bahamut.
- Parfaitement ! tempêta Samantha. Et grâce à nous ! Nous avons combattu de nombreuses fois à ses côtés pour le protéger, parce que c'est un grand homme !
- En attendant, je pourrais l'écraser d'un orteil, gronda Bahamut. (4)
- Bon, ben alors moi je vais faire la sieste, dit Maria.
- Hmpf ! fit Samantha. Je n'ai pas à répondre à vos provocations, Bahamut. Vous valez moins qu'un seul cheveu de la tête de ce noble vieillard.
- Vu le peu qu'il lui en reste, je veux bien le croire, » sourit Bahamut.
Samantha s'efforça de ne pas relever, aidée en cela par le fait qu'elle ne savait plus quoi répondre, et se retourna vers ses soeurs.
« Je vais aller me promener pour me calmer, dit-elle. Je ne peux pas rester une seconde de plus près de cet individu. Surveillez-le et n'hésitez pas à lui faire mal s'il lambine.
- Mfd'accord, bâilla Maria.
- Oui, Sam, » dit Annabella d'une voix tremblante.
Et la grande perche s'éloigna d'un pas colérique. Assez satisfait de l'avoir mis hors d'elle, Bahamut se retourna vers les ruines tandis qu'Annabella s'asseyait sur un rocher pour tenter de le surveiller en sachant très bien qu'elle n'oserait rien lui dire et que Maria s'allongeait derrière ledit rocher, les paroles de Samantha déjà oubliées. Le dragon se retroussa les manches qu'il n'avait pas et se mit au travail.
Il n'avait pas empilé trois pierres qu'il sentit quelque chose lui grattouiller la jambe. Un quelconque insecte ? Pire, une araignée ? Il détestait les araignées. Il faillit lancer un Mega Atomnium à titre préventif, mais se retint à temps et baissa diplomatiquement les yeux vers le grattouillage.
C'était la petite fille.
« Tiens, lâcha-t-il. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux me faire écraser une autre bestiole ?
- N-non, bredouilla-t-elle. Je voulais juste vous dire merci. »
Bahamut n'était pas du genre à perdre beaucoup son temps à réfléchir et préférait prendre les choses comme elles venaient. Malgré tout, il devait admettre ne s'être pas du tout attendu à un truc comme ça.
« Comment ça, merci ?
- Pour l'araignée, répondit la petite-fille en contemplant le bout de ses chaussures. Elle me faisait peur et tu m'en as débarrassée. Après, il y a eu des... dommages collatéraux, mais je sais que tu ne pensais pas à mal.
- C'est vrai, dit Bahamut, radouci. Mais il faut dire ça au vieux c... à ton grand-père.
- Il n'est pas méchant, dit la fillette. C'est juste que... euh...
- Si, il est méchant.
- Oui, reconnut-elle. Pas avec tout le monde, mais oui. »
Pendant un moment, le silence ne fut plus troublé que par le raclement sourd des pierres que Bahamut empilait et par les ronflements de Maria un peu plus loin.
« En tout cas, reprit la petite fille, je voulais te présenter mes excuses pour tous les problèmes que je t'ai causés.
- Pas grave, répondit laconiquement Bahamut.
- Je veux dire, si j'avais su que tu avais peur des araignées, j'aurais invoqué quelqu'un d'autre.
- Ah oui ? Tu peux invoquer beaucoup de chimères comme ça ?
- Bien sûr, se rengorgea la fillette. Tiens, regarde. »
Elle sortit d'une poche son bâton d'Invokeur, qui n'était en fait qu'une petite baguette avec une étoile rose au bout. Bahamut observa. La fillette agita un peu la baguette, et, très vite, une chimère apparut.
Elle avait un grand chapeau circulaire qui plongeait son visage dans l'ombre et portait une épée recourbée, étincelante, mortelle.
Et elle était rouge et poilue.
« Vous m'avez appelé, mortels, tonna la chimère. Parlez à présent. Sur qui dois-je déverser mon juste courroux ?
- Salut, Ifrit,lâcha Bahamut. Hum... euh... cet accoutrement... ?
- Oh, coucou Baha, sourit Ifrit. La classe, hein ? J'ai décidé de devenir samouraï. Je ressemble à Yojimbo comme ça, non ?
Bahamut eut le tact d'ignorer cette question.
« Ce ne sont quand même pas les siens ?
- Si, eux-mêmes, répondit un Ifrit satisfait. Son sabre et son chapeau ultra classe. Le souci du détail, tu vois. Oh, zut, je crois qu'il arrive. J'vous laisse, hein ? A tout à l'heure, Bahamut ! »
Et il fila en courant, une main plaquée sur le chapeau pour l'empêcher de tomber et l'autre traînant le katana derrière lui, laissant seuls le dragon et la fillette qui rivalisaient de mines consternées.
Puis, avec un bruit d'avalanche funeste, Yojimbo apparut brutalement, un genou à terre, son wakizashi dégainé, Daigoro à ses côtés, prêt à en découdre. Mais pas de chapeau sur la tête.
« Misérable serf ! Tes actes seront punis par mille ans de souffrance infernale ! Tu regretteras d'avoir bafoué mon honneur ! Je vais te... Bahamut ? »
Ce dernier affichait un sourire radieux.
« Alors c'était pour ça que tu portais ce chapeau hideux... Je te dois des excuses. J'aurais fait pareil à ta place.
- Puisse le dieu de la foudre te châtier pour ces mots.
- Grr, renchérit Daigoro.
- Le dieu de la foudre, c'est Ixion, dit Bahamut avec un haussement d'épaules. Et là, normalement, il est trop occupé avec son jeu bizarre pour me châtier même un peu.
- Silence ! » tonna Yojimbo en pointant son arme vers la gorge du dragon. Ce dernier élargot encore un peu son sourire.
« Ben dis-moi... c'est bien court...
- Pah ! cracha le samouraï. Je n'ai pas de temps à perdre avec toi. Je dois restaurer mon honneur.
- C'est drôle, j'ai un peu entendu parler des samouraïs. Il me semblent qu'ils doivent s'ouvrir le ventre pour ça, non ?
- Euh, fit Yojimbo, soudain circonspect. C'est... en dernier recours. Oui, voilà.
- Bien entendu. Autre chose : que fais-tu ici ? On ne t'as pas invoqué, que je sache.
- Je viens chercher ce qui m'appartient, tout simplement. C'est autorisé par le règlement. Et quand j'aurai recouvré mes biens et éliminé l'impudent, ma lame jouera de la guitare avec tes boyaux.
- C'est ça, soupira Bahamut. Vas-y et fiche-nous la paix. »
Yojimbo obéit avec une moue dédaigneuse et se mit à trotter dans la direction où il pensait qu'Ifrit était parti, c'est à dire exactement à l'opposé. Bahamut le regarda partir en s'abstenant soigneusement de lui apprendre son erreur, puis baissa les yeux sur la petite fille. Elle était restée immobile, les yeux écarquillés et la bouche béante, pendant tout ce temps.
« Gamine ? s'enquit-il. Ca va ?
- Oui, répondit-elle sans conviction. Juste que, quand j'ai appris à invoquer, je ne m'attendais pas à ce que... tout ça... voilà, quoi.
- Ca fait cet effet-là à beaucoup.
- Hum. Bon courage, monsieur Bahamut. Moi, je vais aller introspecter un peu plus loin et me demander si je ne ferais pas mieux de demander à l'auteur de me sortir de cette fiction le plus vite possible.
- On est tous passés par là. A ta guise. »
La fillette s'éloigna en titubant et entra dans la cabane. Quant à Bahamut, il se remit au travail avec autant d'entrain qu'un escargot devant un 110 mètres haies. Il pensait enfin pouvoir avancer sérieusement dans sa reconstruction et en être bientôt débarrassé, quand il fut de nouveau interrompu, cette fois par Annabella qui apparut subitement dans son champ de vision et lui fit se tomber une grosse pierre sur le pied.
« Oh, désolé, bafouilla Annabella en dégringolant si vite vers les fréquences de rouge qu'elle faillit tomber hors du spectre visible.
- Pas grave, dit le dragon avec une grimace qui pensait sans doute pouvoir passer pour un sourire réconfortant, comme s'il ne venait pas de se faire ruiner le pied.
- Je... j'ai pas voulu vous déranger tout à l'heure, dit la petite chimère en baissant les yeux.
- Tu as quelque chose à me dire ? demanda Bahamut, intrigué.
- Euh... oui. Juste... te présenter nos excuses pour l'attitude de Samantha. Maria et moi sommes très gênées de la voir te traiter comme ça. »
Bahamut glissa les yeux vers Maria, qui, allongée derrière son rocher, ronflait comme une bienheureuse.
« Moi, en tout cas, admit Annabella. Elle est très dure avec tout le monde. Mais je sais que tu ne mérites pas ça.
- Je dois quand même avouer que je ne suis pas très facile à vivre, dit fièrement Bahamut. J'ai passé mon temps à vanner tout le monde aujourd'hui.
- Oui, mais tu as un bon côté aussi... Je t'ai vu, tu as été très gentil avec cette petite fille alors que c'est elle qui t'a mis dans ce pétrin. Et puis, si tu étais si méchant que ça, Shiva ne t'aimerait pas autant.
- Ha, mauvais exemple, ricana Bahamut. Elle m'a remplacé par Yojimbo, et puis elle l'a laissé tomber aussi.
- Tu crois ça ? fit Annabella en s'autorisant un petit sourire. Tu sais, elle me parle beaucoup de toi.
- Vraiment ? s'étonna le dragon.
- Oui. Je crois que... tu devrais retourner lui parler. »
Bahamut continua à empiler des cailloux en réfléchissant à la question et en jetant de temps en temps un coup d'oeil à Annabella. Au bout d'un moment, il lança :
« Ben, puisque t'es si forte en relations amoureuses, dis-moi, ça avance avec Valefore ? »
Cette fois-ci, la petite chimère se mit carrément à émettre des infrarouges.
« Euh, je, bah, c'est, tu, hem, il, j'ai... j'ai de la surveillation... du surveillage... à faire. Je, heu, te, laisse, euh, à tout à l'heure. »
Elle bourdonna jusqu'à son rocher, où elle s'assit en tentant de reprendre contenance. Opération difficile, vu qu'elle rougissait tellement qu'elle en fumait presque. Bahamut reprit ses empilages en souriant. Non mais, les intrigues à l'eau de rose, ça allait bien deux minutes... Être une chimère, c'était quelque chose de sérieux, que diable. Et il n'avait plus l'intention de perdre son temps avec ce genre de choses, ça non.
Le soir même, il frappait à la porte de la chambre de Shiva.
XXX
Yojimbo, irrité, astiquait son katana sous l'oeil endormi d'Anima. Ce crétin d'Ifrit avait laissé sur sa splendeur métallique plus d'empreintes digitales qu'un boss optionnel n'a de points de vie. Il lui faudrait toute la nuit avant de lui rendre sa brillance... Et puis il avait aussi froissé son chapeau... Dommage que l'abruti soit parvenu à s'enfuir. Il devait encore être en train de trembler dans un coin de Spira. Bah... la vengeance est un plat qui se mange froid.
Il tourna la tête en entendant quelqu'un entrer dans la pièce.
« Bahamut, constata-t-il en plissant les yeux. Tu ne ferais pas mieux d'être couché à cette heure, l'ouvrier ?
- Oh, si, certainement, reconnut le dragon. Mais je te cherchais, justement. J'ai un truc très important à te dire avant d'aller au lit.
- Comment ça ? Parle donc, et ensuite, hors de ma vue.
- Ben, tu vois, je reviens de chez Shiva, là, et... »
Bahamut s'éclaircit la gorge. Puis il fixa Yojimbo avec un grand sourire. Il resta comme ça un instant, et soudain, se mit à rire.
« MOUAHAHAHAHAAAAA ! GROS NUUUUL !! »
Et il tourna les talons, laissant Yojimbo perplexe avec son katana dans les mains.
(1) Et vous savez combien c'est vicieux, ces bêtes-là.
(2) Le meilleur moyen de le rendre serait « ploup-siiiish-BAM. »
(3) Que tout le monde avait oubliée à ce point du chapitre, normalement. En tout cas, moi, je l'avais oubliée.
(4) Il avait probablement raison, mais ce n'est pas vraiment le sujet.
Voilà, je sais que je dois travailler sur mes fins...
Merci encore aux reviewers, ça fait toujours plaisir quand son travail est apprécié :) (même s'il met... euh... un certain temps à arriver :p)
