Et hop, encore un chapitre débile ! Je pars après-demain en vacances pendant deux semaines, donc pas de nouveau chapitre d'ici là, mais de toute façon, vu mon rythme ces derniers temps, ça changera rien :p Ca sera même plus rapide puisque je promets de mettre à profit les looongues heures qui m'attendent pour concocter un nouveau chapitre que je posterai dès mon retour !

Au fait, je ne le dis pas assez souvent, mais merci à tous ceux qui ont mis cette histoire en favorite et/ou posté des reviews... C'est peut-être un peu narcissique, mais si vous écrivez vous-même, vous savez combien c'est agréable quand votre travail est apprécié... Donc un grand merci à tous, et j'espère que vous passez de bonnes vacances :) (et si vous n'y êtes pas encore... bah c'est vraiment pas de chance. Et hop une rime gratuite.)


Annabella enleva sa perruque et vira son maquillage d'un revers de bras excédé.

Bon, la première chose à faire, c'était de déterminer où elle avait atterri. A en juger par l'obscurité, l'écho, le froid de la pierre sous ses pieds et les chauves-souris qui voltigeaient autour d'elle, c'était une grotte. Ou un château abandonné et il faisait nuit dehors. Mais ça ressemblait quand même beaucoup à une grotte, et il fallut qu'elle s'annihile l'orteil contre une stalagmite pour juger qu'elle avait eu raison.

« Dites… y'a quelqu'un ? »

Elle n'eut pas plus de chance que les vingt-quatre premières fois. Pas le moindre moyen de savoir où était passé Valefore après qu'il l'ait téléportée hors de la Salle d'Attente. Il fallait se rendre à l'évidence, elle était seule et un peu bloquée.

A tâtons, elle trouva une pierre, s'y assit et s'enfouit le visage dans les ailes en geignant.

« Réfléchis, Annabella… Réfléchis… Il doit y avoir un moyen de sortir d'ici… »

Elle réfléchit intensément pendant quatorze minutes. Et soudain, un déclic se fit dans son esprit : si elle voulait sortir, il lui fallait trouver la sortie. Contente d'avoir résolu l'énigme, elle se heurta soudain à un deuxième écueil : où était ladite sortie ? La chercher ne serait pas chose aisée sans lumière. Heureusement, elle se souvint qu'elle disposait de plusieurs sortilèges. Il devait bien y avoir quelque chose dans son répertoire qui lui permettrait de se repérer dans cette horrible grotte.

Emplie d'une nouvelle détermination, elle se leva de son rocher, se frotta les yeux et se secoua les ailes, puis entama un examen rapide de ses sorts. Ah, oui, celui-là : Brasier. C'était du feu, le feu produisait de la lumière, la lumière chassait l'obscurité. Elle n'était pas trop du genre orgueilleux, mais il fallait bien le reconnaître, elle était quand même super intelligente.

« Brasier ! »

Le feu jaillit de ses petits doigts et se concentra en une flamme rayonnante. Le cœur de la petite chimère déborda de joie. Les environs étaient parfaitement visibles, elle allait pouvoir sortir d'ici.

Bien sûr, elle déchanta immédiatement quand elle vit la flamme s'éteindre. Ah oui… C'était un sort d'attaque, ça se contentait d'enflammer la cible. Elle n'allait pas aller loin avec ça. Mais elle n'allait pas se laisser démonter.

« Brasier ! »

Cette fois, elle en profita pour regarder rapidement autour d'elle, au cas où il y aurait un truc, voire un machin pouvant être utilisé en guise de torche. Réponse : non. Zut. La flamme s'éteignit de nouveau et elle se retrouva bêtement dans le noir. Elle soupira. Il allait falloir se débrouiller à la dure.

« Brasier ! »

Et cette fois, elle pensa à repérer les différentes directions possibles. Il n'y avait pas moins de six galeries qui partaient de la grotte où elle se trouvait. Quand la flamme s'éteignit, Annabella se dirigea vers l'une de ces six galeries, choisie un peu au pif, non, en fait, complètement au pif. Elle calcula mal sa trajectoire, se cogna contre une paroi puis tituba à tâtons jusqu'à ce qu'elle trouve l'entrée de ladite galerie. Après l'avoir suivie pendant quelques mètres, elle s'arrêta. Il était temps de faire un nouveau repérage.

« Brasier ! »

Une quinzaine de mètres plus loin, le tunnel se divisait en trois nouvelles branches qui plongeaient dans l'obscurité.

Mouais… elle était pas encore sortie.

XXX

Ifrit compta les Sœurs Magus pour la troisième fois. L'effort intellectuel à fournir étant énorme, la sueur perlait déjà à son front. C'était bien Samantha devant lui… Elle se chamaillait violemment avec Maria… Et… Y'en avait pas d'autres, donc, ça faisait… Euh…

Coup de coude à Ixion.

« Dis, poney, souffla-t-il. Elles sont combien, les soeurettes, là ?

- Deux, répondit Ixion en agrémentant le chiffre d'un regard étonné et vaguement méfiant.

- Et normalement, elles sont… ?

- Trois, Ifrit. Trois.

- Trois, c'est bien le chiffre après deux ?

- Ecoute, là, tu rallonges le dialogue pour pas grand-chose. Où veux-tu donc en venir ?

- Elles sont pas trois, normalement ? »

Ixion le regarda. Est-ce qu'il plaisantait ? D'accord, il y avait eu une ellipse entre les deux chapitres et la partie où Valefore revenait tout seul annoncer piteusement qu'Annabella avait disparu n'avait pas été écrite. Mais quand même, ils la cherchaient depuis des heures. Tout débile qu'il fût, Ifrit aurait quand même pu suivre les événements. Ixion choisit de l'ignorer totalement. Lui expliquer ce qui se passait n'apportait jamais rien de bon.

« Où est-ce que vous l'avez emmenée, Valefore ? fulmina Samantha pour la vingtième fois à l'adresse de ce dernier.

- Je vous ai dit que je ne savais pas, répondit pauvrement Valefore. Je voulais simplement l'aider à gagner un peu de liberté.

- Ca ne vous regarde pas, ça ! explosa Samantha. Je suis sa grande sœur, je suis la seule habilitée à décider de tout ce qui la concerne, c'est clair ?

- Quand même, remarqua Maria, t'as été vachement méchante avec elle, hein.

- Si ça continue, répliqua sa grande sœur en fixant sur elle un œil brûlant, je vais perdre mon calme légendaire.

- On se calme, mesdemoiselles, intervint Ixion. Il faut retrouver votre sœur, et pour cela, nous allons devoir chercher avec méthode.

- Je ne vous fais pas confiance, à vous les gens d'ici, siffla Samantha. Nous ne sommes pas du même monde.

- Nous habitons tous au même endroit, pourtant. Rassurez-vous, dame Samantha : si c'était vous qui vous étiez égarée, nous mettrions beaucoup moins d'efforts dans nos recherches.

- Ecoutez, les morveux. C'est votre mauvaise influence qui nous a menés dans cette situation. A partir de maintenant, vous n'interférez plus dans nos affaires, ou…

- Hé ! » les coupa Ifrit.

Tous les autres se tournèrent vers lui, même Anima qui roupillait, comme à peu près en permanence ces derniers temps. Le Seigneur des Flammes arborait une expression profondément inspirée.

« C'est Annabella qui manque, non ? »

XXX

« B… Brasier… »

Combien de temps ça faisait qu'elle se traînait dans les galeries de cette grotte puante ? Aucune idée, enfin, pas avec des mesures précises. Ce qu'elle savait, c'était qu'elle errait depuis assez longtemps pour que ses ailes rendent l'âme et pour avoir des ampoules aux pieds à force de marcher ensuite. Elle avait rencontré assez de fourches sur le chemin pour entasser toute la paille du monde. Elle n'avait pas réussi à trouver la sortie, mais elle était sûre d'être perdue ; c'était déjà ça.

Un énième Brasier s'éteignit. Annabella poussa un profond soupir. Elle était à deux doigts d'abandonner, de permettre à ses jambes de céder sous elle, et de se laisser mourir de faim et de soif. La seule chose qui la motivait à poursuivre, c'était que les chimères n'ont pas besoin de manger ni de boire, et passer l'éternité à attendre dans le noir était une perspective peu motivante.

Soudain, elle se rendit compte que l'obscurité n'était pas tout à fait complète. Au bout de la galerie, il semblait y avoir une lueur ténue. Peut-être qu'elle hallucinait, mais elle avait beau se frotter les yeux, la lumière ne disparaissait pas. Soit elle était réelle, soit Annabella était bonne pour l'asile. En tout cas, ça changeait des ténèbres sans fin. Elle se leva avec espoir et tituba dans cette direction. Ouais, elle allait trouver la sortie. Non mais.

Elle atteignit le bout du tunnel et cligna bêtement des yeux. Ce n'était pas la sortie de la grotte : elle venait de déboucher dans une zone coincée entre des falaises circulaires, mais au moins c'était à ciel ouvert, comme une clairière dans une forêt. Apparemment, elle était dans un désert : il faisait très chaud ici, et le sol était couvert de sable. Il y avait plusieurs piliers rocheux qui gênaient la visibilité. Annabella leva les yeux pour voir si elle pouvait s'enfuir en volant ; mais c'était impossible, car des vents violents agitaient l'air tout autour et créaient des tempêtes de sable miniatures.

Découragée, elle se laissa tomber sur le sol. Juste un peu de repos et elle repartirait… elle finirait bien par trouver cette sortie… Mathématiquement, elle tomberait dessus tôt ou tard. Même si elle n'était pas très forte en mathématiques.

Un grondement retentit soudain. Annabella se figea, dans l'expectative, ce qui est un mot savant pour signifier qu'elle était trop morte de trouille pour bouger un muscle. Le bruit s'était évanoui, mais il était venu d'un point tout proche d'elle, elle en était sûre. C'était comme si un gros monstre se tapissait derrière l'un des piliers ou qu'un tremblement de terre était sur le point de se déclencher. La question n'était pas d'une importance vitale, parce que dans un cas comme dans l'autre, la situation d'Annabella était problématique.

Un deuxième grondement. La petite chimère commençait à vraiment s'inquiéter. En plus, oui, ça venait tout juste de derrière le pilier auquel elle était adossée. Elle poussa un couinement et puisa dans ses dernières forces pour s'éloigner de la roche. Après avoir marché tant d'heures durant dans cette grotte immonde, elle n'allait quand même pas se faire bouffer maintenant ?

Une forme titanesque émergea peu à peu de derrière le pilier. Annabella retint son souffle. C'était une grosse tête reptilienne, avec des yeux comme deux orbes de foudre et des mâchoires laissant deviner des dents qui mettraient à l'amende n'importe quelle épée phallique.

« B… Bahamut ? » balbutia Annabella.

La grosse tête continua à émerger, suivie d'un corps élancé pourvu d'ailes. Les yeux profonds s'étrécirent en se fixant sur Annabella. Ce n'était pas Bahamut, mais c'était effectivement un dragon. Il avait l'air moins gentil que celui qu'elle connaissait.

Mais elle ne voulait pas fuir. D'abord parce qu'elle en avait assez d'être faiblarde, ensuite parce que de toute façon, elle n'irait pas très loin, crevée comme elle était. Bien entendu, il était vrai aussi que, pour la même raison, elle avait peu de chances de sortir gagnante d'un combat, surtout sans ses sœurs à côté. Et la situation devait être vraiment désespérée pour qu'elle en vienne à regretter l'absence de Samantha. Mais cette fois, elle allait se dresser du haut de ses deux pommes un quart et résister à son adversaire.

Déterminée, elle bomba le torse, planta ses poings sur ses hanches minuscules et couina à l'adresse du monstre :

« Hé ! T'es qui, toi ? »

Le dragon pencha la tête sur le côté, intrigué. Puis sur l'autre côté, toujours intrigué. Ses yeux hypnotiques n'avaient cessé de fixer la petite abeille. Enfin, ses énormes mâchoires s'entrouvrirent et il parla, d'une voix un peu bizarre, un peu hésitante, mais il parla :

« Je Suis Adrammelech, Maître De La Foudre. Toi, Tu Es Qui ? »

XXX

« Mais alors Annabella est… plus là ? »

Ifrit était effondré. Valefore et Ixion échangèrent un regard. Cela fait une heure et demi qu'ils tentaient de lui expliquer ce qui était arrivé, et il n'avait apparemment toujours pas tout compris ; mais il avait retenu l'idée de base – l'absence d'Annabella – et c'était déjà pas mal venant de lui.

« Il faut la retrouver, non ? fit Ifrit d'une petite voix.

- En effet, répondit Valefore. Il le faut absolument. D'autant plus que mon implication dans cette affaire est importante et je me sens particulièrement concerné.

- Quoi, tu veux dire que c'est de ta faute ? s'étonna Ifrit.

- Ne cherche pas à comprendre, lui conseilla Ixion. Ecoute, Valefore, je te comprends, mais les sœurs Magus ont décidé d'y aller seules. On ne va causer que des disputes si on les accompagne.

- Alors on ira de notre côté, » décida Ifrit.

Les deux autres tournèrent des yeux ronds vers lui.

« Pardon ?

- Vous m'avez bien entendu, grogna Ifrit. Je ne veux pas laisser Annabella toute seule là-dehors. Je veux être celui qui la retrouvera. T'imprimes, Valefore ? Moi, je l'aime vraiment ! Alors je vais réparer tes conneries !

- Mais je n'ai jamais dit que…

- Tu es sûr de toi, Ifrit ? demanda Ixion.

- Un peu, ouais ! Un homme doit savoir relever les défis !

- D'accord, soupira Ixion. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Annabella est l'une des nôtres. Nous irons tous les trois à sa recherche.

- On est quatre, là, » lança une voix féminine derrière eux.

Ils eurent un sursaut coordonné et se retournèrent comme une seule chimère. Devant eux se tenait la sculpturale Shiva, en habits de voyage, (1) une main sur la hanche et un petit sourire aux lèvres. Elle avait travaillé sa pose pour son entrée dramatique, et cela eut l'effet escompté.

« Vous… venez avec nous, dame Shiva ? demanda Valefore.

- Pourquoi ? répondit-elle avec une moue charmante. Vous ne voulez pas de moi ?

- Ah euh, si, si si, tout à fait, nous vous désirons… nous vous voulons bien dans le groupe. Une paire de… hum… bras supplémentaires ne sera pas de trop.

- C'est parfait, alors, sourit Shiva. On part quand ? »

Les autres n'eurent pas le temps de répondre. Samantha venait d'entrer en trombe, suivie d'une Maria trottinante. La première avait revêtu une combinaison militaire complète qui la recouvrait des pieds à la tête – vraiment jusqu'à la tête, puisqu'une simple fente dans le tissu lui permettait de voir devant elle – et portait deux grandes épées dans son dos, tandis que la seconde se trimbalait un énorme sac à dos, au moins deux fois plus gros qu'elle – et ce n'était pas peu dire.

« Les Sœurs Magus sont sur le sentier de la guerre, annonça Samantha sur un ton hautain. Je vous interdis de vous mêler de cette affaire.

- Nous n'en avions point du tout l'intention, répliqua un Ixion mielleux.

- Dites-nous juste où trouver Yojimbo, dit Samantha. Lui est digne de confiance et pourra nous accompagner dans cette mission.

- Vous devriez le trouver dans sa chambre, » la renseigna aimablement Shiva.

La Magus la remercia sèchement puis claqua des doigts pour signifier à Maria de la suivre, et les Sœurs disparurent par un autre voile.

« Tu es bien gentille avec elle pour une fois, observa Ixion.

- Bah, dit la Reine des Glaces avec un haussement d'épaules, je lui souhaite bien du plaisir. JE ne crois pas que Yojimbo soit en état de les accompagner.

- Pourquoi donc ?

- Il a fait une chute de mon balcon la nuit dernière.

- Mais tu n'as pas de…

- Je sais. Disons juste qu'il a dû se faire un peu mal. Mais bon, c'est une chimère, rien de grave. Non, le véritable problème, c'est qu'il a gardé le bouquin de Bahamut et il est décidé à le jouer jusqu'à la fin, même si je ne suis pas là pour le voir.

- J'ai peur de comprendre, soupira Valefore.

- Pourquoi, pourquoi ? s'enquit un Ifrit curieux. Il se passe quoi à la fin du bouquin

- Roméo meurt empoisonné, le renseigna Shiva.

- Du coup, là il est en train de… On lui a dit que les chimères étaient aussi immunisées au poison ? demanda Ixion.

- Je crois qu'il le sait, mais il doit penser que l'amour lui permettra de passer outre son immunité. En attendant, il est toujours vivant et le cyanure a eu un effet secondaire amusant sur lui. Sans trop rentrer dans les détails, il… s'est complètement bourré la gueule.

- Avec du cyanure.

- Oui. La dernière fois que je suis passée devant sa chambre, il était en train de chanter, et je peux t'assurer que ça n'avait rien d'une chanson de geste. Quoique… D'une certaine manière, c'était un éloge des charmes féminins, mais… Pas ceux qu'on trouve dans l'amour courtois, si tu vois ce que je veux dire. »

Ixion garda le silence pendant quelques secondes tandis qu'il assimilait cette navrante information. Au terme de ce laps de temps, il se tourna vers Ifrit et inclina la tête.

« Je retire ce que je t'ai dit des centaines, voire des milliers de fois, mon vieil ami. Tu n'es peut-être pas la chimère la plus débile du multivers, après tout.

- Ifrit content, sourit l'intéressé.

- Oublions tout ça, cela vaudra mieux pour notre santé mentale, décida Valefore. Est-ce qu'on part tout de suite ? On peut peut-être rassembler un groupe plus conséquent avant de prendre la route ?

- C'est une bonne idée, approuva Shiva. Hé, Anima ?

- YYYRHAAA ? bâilla Anima, réveillée de nouveau.

- Tu veux venir avec nous ?

- YYYRHAAA.

- Ah oui, c'est vrai qu'il va falloir marcher un peu… Ce n'est pas ta spécialité. Désolée. Reste ici pour veiller sur la Salle d'Attente, alors.

- YYYRHAAA.

- Et Bahamut ? demanda Ixion. Il ne refuse jamais un peu d'action.

- Impossible, dit Shiva en secouant la tête avec une force calculée pour donner à ses longues tresses l'ondulation la plus sensuelle possible. Il n'a pas fini de purger la peine que lui a imposé le Tribunal Chimérique.

- Ah, c'est vrai. Bon, ben… On est partis, alors.

- ATTENDEZ !! intervint Ifrit qui était plongé dans une profonde réflexion depuis quelques répliques.

- Hum ?

- Il faudrait un nom pour notre groupe.

- Heu… ouais… fit une Shiva manifestement peu convaincue. Et… tu proposes quoi ?

- Ben, j'avais pensé à un truc du genre la Communauté de l'Anna…

- Ferme-la et avance. »

XXX

Annabella devait l'avouer, elle avait sérieusement flippé à la première apparition d'Adrammelech. Mais il ne lui avait fait aucun mal et l'avait même accueillie. C'était une chimère généreuse et très sympathique. En réalité, il n'utilisait pas le terme de chimère, mais c'était plus ou moins la même chose, sauf qu'il n'officiait pas dans le même univers. Du coup, on était en droit de se demander comment diable Annabella avait atterri ici ; mais pour le moment, elle n'y pensait pas, trop heureuse d'avoir trouvé un coin où se reposer.

« Vous êtes vraiment la providence, monsieur Adrammelech, s'enthousiasma-t-elle. Sans vous, j'étais perdue… Enfin, j'étais déjà perdue, mais… Je n'avais presque plus de MP, je ne sais pas ce que j'aurais fait si vous ne m'aviez pas accueillie !

- C'Est Tout Naturel, Petite Abeille, gronda doucement le dragon. Je Ne Puis Laisser Une Femme A La Merci Des Tenèbres.

- C'est gentil, répondit Annabella en rougissant malgré elle. Dites, est-ce que je peux rester ici quelque temps ?

- Bien Entendu.

- Merci, merci ! Je chercherai mon chemin demain, alors !

- Demain ? »

Adrammelech se dressa et se déplia, les yeux fixés sur Annabella. S'il elle ne l'avait pas su aussi gentil, elle se serait, pour parler vulgairement, chié dessus.

« Vous Ne Repartez Pas, Damoiselle Annabella, dit-il doucement. Vous Devez Rester Ici Pour Que Je Puisse Vous Protéger.

- Hein ? Mais euh…

- C'est Obligatoire, Annabella. Il Y A Une Deuxième Raison A Cela, Par Ailleurs… »

Il fouilla dans ses poches et en tira un petit machin qu'il présenta à Annabella. Elle plissa les yeux. C'était un fil de cuivre.

« Qu'est-ce que…

- Savez-vous, Damoiselle Annabella, Que Le Cuivre Est Conducteur D'Electricité ?

- Non, répondit-elle, j'savais pas. Mais pourquoi ? Vous… voulez me torturer avec, c'est ça ?

- Jamais Je N'Oserais. Il S'agit D'Un Jeu De Mots. Votre Détention Ici Donnera A Cette Fiction Ce Dont Elle A Besoin.

- … besoin d'un bout de cuivre ?

- Pas Exactement. Regardez Le Titre De Ce Chapitre, Vous Comprendrez Peut-Être L'Astuce. »

Annabella leva les yeux et examina le titre.

« … Oh, constata-t-elle. Effectivement, c'est nul. » (2)

Adrammelech hocha les épaules et rangea le fil de cuivre.

« Venez, Dame Annabella. Je Vais Vous Montrer Votre Chambre. »


(1) : Elle avait mis des bottes.

(2) : Et c'est pas de moi. Dieu sait que j'aime les calembours foireux, mais ici, tout le crédit revient à Elorin, déesse des jeux de mots pourris.