Hop, un nouveau chapitre ! Et pas n'importe lequel : hier, ce ramassis de débilités fêtait son premier anniversaire !

Enfin, en tout cas, à en croire la date du site, le premier chapitre fut publié le 8 octobre 2007, donc il y a 367 jours de cela. Déjà ! Oui oui.

Que dire, donc ? Merci aux lecteurs fidèles et aux autres d'avoir tenu jusqu'ici. Ca fait très plaisir. D'un autre côté, je me sens aussi frustré de ne pas encore avoir réussi à détruire chacun de vos neurones avec mes bêtises, mais ça viendra... Ca viendra, un jour, vous craquerez. Croyez-moi.

Donc, voilà, 14 chapitres en un an et un jour. Eh oui. Que dire de plus ? Rien d'intéressant ; je vous invite donc à commencer la lecture de ce quatorzième condensé d'absurdités, un chapitre auquel j'ai apporté un soin tout particulier pour l'occasion, plus long que les autres, dans lequel il se passe des choses, et, je l'espère, meilleur que les précédents, puisqu'on ne cesse jamais de s'améliorer. :)

Bonne lecture et j'espère que vous serez encore au rendez-vous dans un an !


Clac !

La tasse de café fut posée un peu trop brutalement sur la table, projetant quelques gouttes de son contenu brûlant sur la nappe usée. Neo Bahamut regarda le tissu les absorber.

« Eh ben ? dit-il en levant les yeux vers son frère. Pourquoi tant de violence ? T'es pas content de me voir ?

- Excuse-moi, grommela Bahamut. Je suis un peu tendu ces derniers temps. Complètement débordé, vu que je dois assurer la moitié des invocations… voire la totalité quand Anima dort. Hein, sale flemmarde ? »

Anima ne répondit pas. Elle dormait.

« Ouais, ouais, je connais ça, » fit Neo.

Son frère lui jeta un regard sceptique.

« Bon, en fait, non, pas du tout, reconnut Neo. Mais j'imagine que ça doit pas être simple tous les jours.

- M'en parle pas, soupira Bahamut. Surtout les jours où je dois faire Shiva… Crois-moi, le string ne me va pas du tout.

- Hum, je te crois, je te crois. En fait… tu as oublié de l'enlever. »

Bahamut baissa les yeux. C'était vrai. Il inspira profondément, usant de toute sa volonté pour rester zen, puis arracha le bout de tissu avant de l'envoyer valser dans un coin.

« Je suis sûr que ça doit être beaucoup plus agréable à regarder quand c'est Shiva qui fait ça, nota Neo.

- Oui, répondit sèchement Bahamut, mais ce n'est pas notre sujet. Qu'est-ce que tu fais là ? Sois bref, je risque d'être encore appelé d'un moment à l'autre.

- C'est pour ça que j'suis là, justement ! J'ai croisé ta poulette tout à l'heure et elle m'a envoyé ici.

- Je ne te crois pas. Shiva est une fille intelligente, et te permettre de revenir ici est clairement stupide.

- C'est vrai, sourit Neo. Mais elle pensait à toi. Elle m'a demandé de t'aider à gérer la situation, et comme je n'ai rien à faire chez moi – à part le ménage, mais ça attendra – je n'ai pas vu de raison de dire non. Ainsi, me voilà.

- Hum, la simple idée de te voir être utile défie le bon sens, mais après tout, pourquoi pas… Ca vaut le coup d'essayer.

- C'est ce que je dis toujours !

- Je sais. C'est ce que tu avais dit avant de laisser tomber le vase de maman du haut de l'escalier pour voir s'il était aussi solide qu'il en avait l'air.

- Oh, heu… oui… et après, j'avais dit à maman que c'était ton idée.

- Je sais. »

Neo toussota.

« Bon, heu, c'est bien joli de remuer les vieux souvenirs, mais si on commençait à s'organiser pour savoir qui je remplace ?

- Oui, faisons ça. »

XXX

SblUUuuuUUUurg.

« Yojimbo ! cria Samantha, encore plus fort que d'habitude pour couvrir le crépitement de la pluie. Quel était ce bruit ?

- Je suis désolé, dame Samantha. Il semblerait que le chariot vienne de s'embourber.

- Quoi ?!

- Je disais, il semblerait que…

- La ferme ! »

Excédée, Samantha se pencha par-dessus le bord du chariot, si brutalement que sa capuche décida de ne pas suivre, exposant son crâne à la fureur de l'averse. Mais c'était unproblème secondaire, parce que Yojimbo avait dit vrai : les roues arrières s'étaient enfoncées jusqu'aux essieux dans une mare de boue. On était en droit de se demander comment Yojimbo et les roues avant avaient fait pour la traverser, mais le résultat était le même : le chariot était bloqué.

« Divin Yevon, grommela Samantha en rabattant la capuche trempée sur son front. Comment se fait-il que toutes les forces de l'univers se liguent contre notre noble quête ? Maria ! Descends et pousse !

- Obligée ? couina Maria.

- Est-ce que j'ai l'habitude de faire autre chose que donner des ordres ? Yojimbo ! Vous l'aidez.

- … Oui, dame Samantha. »

Il fit le tour du chariot et fixa les roues engluées d'un regard profondément désabusé. Il fut bientôt rejoint par Maria qui avait contourné les flaques de boue avec le maximum de précautions possible. Les deux chimères échangèrent un regard, puis se retroussèrent les manches et commencèrent à pousser. Très fort. Très très fort, même, mais sans succès : le chariot ne bougea pas d'un pouce.

« Continuez ! » beugla Samantha.

Ils continuèrent et échouèrent de nouveau. Ils avaient eux-mêmes de la boue jusqu'à mi-mollet, à présent, et durent forcer pour s'en extirper, non sans un théâtral bruit de succion.

« C'est pas possible, Sam, déclara Maria. Il est bloqué tellement que même des créatures surpuissantes défiant l'imagination des humains ne sont pas capables de le désembourber, apparemment. »

Samantha balaya la remarque d'un revers de main.

« Vous n'êtes que des mauviettes. Bien ! Puisqu'il faut tout faire soi-même, je viens vous aider. »

Non sans jurons excédés, elle se débarrassa du manteau qui la protégeait contre la pluie et sauta lestement à bas du chariot. Daigoro, qui voyait que tout le monde était par terre, se dit qu'il n'y avait pas de raison pour qu'il reste dans ce chariot étroit. En conséquence, il poussa un jappement joyeux et bondit juste à côté de Samantha, avec beaucoup moins de grâce mais beaucoup plus d'éclaboussures boueuses.

Personne n'osa rien dire. Yojimbo et Maria se forçaient à ne pas remarquer l'état pitoyable de Samantha, laquelle posait un regard à la fois incrédule et indigné sur Daigoro, lequel lui répondait par l'équivalent canin du sourire tout fier de celui qui ne se rend pas compte qu'il est à deux doigts de l'apocalypse. Et comme si ça ne suffisait pas, il remuait la queue, aggravant encore les projections de boue sur la chimère médusée. Pendant ce temps, la pluie avait encore forci. Un esprit optimiste aurait pu dire à Samantha qu'au moins, l'averse aurait vite fait de la débarrasser du plus gros des taches de boue. Un esprit doté d'instinct de survie, tel ceux de Maria et Yojimbo, aurait préféré se cacher derrière le chariot et attendre que l'orage passe, dans tous les sens du terme.

Samantha inspira profondément et se força à ne pas annihiler Daigoro sur place. Il était con, certes, mais c'était un trait que partageaient la plupart des résidents de la Salle d'Attente, et contrairement à ces derniers, le chien ne faisait pas exprès de lui pourrir la vie.

« Bon… Peut-être que nous ferions mieux de faire une pause pour aujourd'hui et de trouver un endroit où nous abriter et passer la nuit.

- Mais on n'a pas vu de ville depuis des kilomètres, Sam, objecta Maria. Comment tu veux trouver un abri par ici ?

- En fait, intervint Yojimbo, si vous me permettez, mesdames, je crois voir une cabane au bord de la route à même pas cent mètres.

- Ah ouais, admit Maria. C'est bizarre. Quelles étaient les chances pour que y'ait une cabane juste là où on s'arrête ?

- Selon les lois du scénario et de ce qui arrange l'auteur, extrêmement élevées, répondit Samantha. On y va. »

A l'intérieur de la cabane, il ne faisait pas beaucoup plus chaud qu'au-dehors, mais il faisait définitivement plus sec. Elle semblait inhabitée, mais un cercle de pierres au centre de l'unique pièce ainsi qu'un tas de vieilles bûches dans le coin semblaient indiquer que quelqu'un y avait déjà fait un feu. Yojimbo alla chercher un peu de bois et l'entassa avec précaution dans le cercle.

« Brasier, » claqua la voix de Samantha.

Les bûches s'embrasèrent instantanément et commencèrent à dispenser leur douce chaleur aux chimères frigorifiées. Chacun s'installa tranquillement pour prendre un peu de repos bien mérité. Bientôt, les ronflements de Maria et Daigoro, endormis en tas, couvrirent les crépitements du feu. Yojimbo était assis en tailleur et méditait, le katana sur les genoux, tandis que Samantha s'était adossée à un mur, les bras croisés, et ruminait sa fatigue, son énervement et son envie de tuer quelqu'un juste pour se défouler. Plus un mot ne fut échangé.

Mais ce calme ne dura pas longtemps, car la porte s'ouvrit soudain à la volée sur une silhouette rabougrie enveloppée dans une cape grise. Tous sursautèrent et se placèrent par réflexe en position de combat, sauf Yojimbo, plongé dans sa méditation, et Maria et Daigoro, qui ronflaient si fort que même le claquement de la porte allié au fracas de l'averse n'avaient pas suffi à les faire ne fût-ce que tressauter dans leur sommeil.

« C'est bon, Samantha, chevrota l'arrivant. C'est moi, Le-Grand-Père.

- Vous ? s'étonna la chimère. Mais que faites-vous ici, en pleine nuit, en pleine averse et en plein dans ce chapitre ?

- J'sais, j'sais, bougonna Le-Grand-Père. Désolé, mais j'avais un message important à vous transmettre… J'ai pris la route dès que je l'ai reçu et je vous ai suivis grâce aux traces du chariot. Au fait… vous l'avez laissé au milieu de la route et je crois qu'il est embourbé.

- C'est de l'ordre du possible. Mais parlez-nous de ce message. Quelle information peut être assez importante pour vous faire cavaler en pleine nuit sous la pluie ?

- C'est à propos des chimères fugitives.

- Shiva et sa clique ?

- Oui. »

Samantha esquissa une moue méprisante.

« Eh bien ? Qu'est-ce qu'ils ont, ceux-là ?

- Ils ont été aperçus à Bevelle il y a deux jours. Ils ont réussi à s'enfuir après avoir neutralisé la totalité des patrouilles envoyées à leur poursuite.

- En effet, ils ne sont pas du genre à faire dans la dentelle, soupira Samantha. On ne peut pas vraiment les blâmer pour ça… On peut pour plein de choses d'autres, mais taper dans le tas est la raison d'être des chimères.

- Certes, fit Le-Grand-Père avec irritation. Mais taper sur des soldats d'Bevelle, ça, c'est impardonnable. Vous devez nous aider à les repérer de nouveau afin que nous les attrapions. Vous pouvez faire ça, non ?

- Bien entendu, monsieur. Je suis à votre service.

- Alors allez-y ! Leur impudence n'a déjà que trop duré. »

Samantha ferma les yeux et se concentra sur l'aura de Shiva. Comme chacun le savait, cette fille n'était pas du genre à passer inaperçue. Et si elle arrivait à la repérer, elle trouverait aussi les trois autres. Du tout cuit.

« Ca y est ! déclara-t-elle au bout d'un moment de recherches psychiques intensives. Il sont à la plaine Félicité. Mais… C'est étrange… Leur aura semble neuve, comme s'ils venaient juste d'arriver sur ce monde. Je croyais qu'ils cherchaient Annabella depuis plusieurs semaines…

- Ce n'est pas grave. Êtes-vous sûre qu'il s'agit bien d'eux ?

- Pas le moindre doute.

- Alors nous y allons de ce pas. Réveillez vos compagnons et…

- HIYA !! »

Le cri de Yojimbo avait accompagné un puissant coup de katana qui s'était arrêté à un demi-millimètre du crâne de Le-Grand-Père, figé de terreur. Le samouraï avait pris soin de porter son attaque dans la posture la plus classe possible.

« Ha, ha, ha, murmura-t-il. On ne trompe pas les sens aiguisés d'un samouraï solitaire. Grâce à ma méditation, je t'ai senti arriver, manant, et tu n'auras même pas le temps de… Heu… Oh… Le-Grand-Père-san ? C'est vous ?

- iiiik.

- Mais euh… vous vouliez nous attaquer par surprise ?

- iiiik.

- Non, Yojimbo, fit froidement Samantha. Ca fait à peu près sept paragraphes qu'il est là.

- Tout ça ? s'étonna Yojimbo. Hem… heu… félicitations, monsieur… Vous avez tout des ninjas les plus expérimentés.

- Merci, s'étrangla Le-Grand-Père dont le cœur recommençait prudemment à battre. J'devrais me mettre en colère contre vous, mais vous m'avez fait passer l'envie avec votre sabre. Heu… à ce propos…

- Ah, oui. » Yojimbo rengaina son katana. « Désolé.

- Ce n'est rien. Bon. Si tout le monde a fini de balancer des coups d'épée dans tous les coins, je peux finir ma phrase ?

- Faites.

- Réveillez vos compagnons et on part sur-le-champ…

- … la plaine, en fait…

- … je sais où rallier un Invokeur qui nous aidera. Préparez-vous, il n'y a pas un instant à perdre.

- Je vous suivrai jusqu'à la mort, déclara Yojimbo. On va où, au fait ? »

XXX

Toc.

« Echec Et Mat, Damoiselle Annabella. »

XXX

« Pioupioupiouuu !! »

Ifrit flanqua une taloche sur la nuque de son chocobo.

« La ferme, piaf ! Tu vas nous faire repérer !

- Nous sommes un groupe de chimères montant des chocobos, fit remarquer Valefore. La logique veut que nous nous soyons fait repérer bien avant cela.

- Ouais, ben la logique elle explique pas pourquoi Ixion aussi monte un chocobo.

- Je ne suis pas une bête de trait, s'insurgea Ixion. J'ai droit à une monture, moi aussi. Et puis, sur la plaine Félicité, on est obligés de monter des chocobos.

- C'est vrai, approuva Valefore. Cela nous permettra d'arriver plus vite à… euh… notre destination…

- C'est où ? » demanda Ifrit.

Toutes les têtes se tournèrent vers Shiva qui chevauchait silencieusement en tête. Elle avait l'habitude de sentir des regards masculins sur elle et les ignora tout d'abord ; mais, comme ils devenaient insistants, elle soupira et répondit :

« Je ne sais pas où nous allons. Je ne sais pas. Annabella n'était pas sur Gaia et nous avons déjà retourné chaque centimètre carré de Spira… Alors… Je ne sais pas.

- Il est inutile de tourner en rond. On ferait peut-être mieux de rentrer, suggéra Ixion.

- Jamais, s'offusquèrent en cœur Ifrit et Valefore.

- Qui sait quels dangers Annabella peut être en train d'affronter en ce moment ? soupira Valefore.

- Ou quels enfoirés peuvent essayer de la séduire quand je ne suis pas là pour surveiller, renchérit Ifrit dans un grognement.

- N'exagérons rien, dit Ixion. Qu'est-ce que tu crois ? Que des chimères étrangères l'ont capturée et demandée en mariage ?

- On ne sait jamais ce qui peut arriver, fit Ifrit, définitif.

- Il ne faut pas exagérer, quand même. On dirait le scénario d'une mauvaise fanfic… »

C'est alors que le chocobo d'Ixion entra en collision avec celui de Shiva, qui s'était brusquement arrêtée juste devant lui. La violence de l'impact le projeta à terre, et le chocobo s'enfuit en poussa des pioupioupious plaintifs. Shiva, elle, était figée sur sa selle et semblait n'avoir même pas remarqué qu'on venait de lui rentrer dedans par derrière. (1)

« Que se passe-t-il, Shiva ? » questionna Valefore.

Pour toute réponse, elle pointa un doigt fin droit devant elle. Les trois autres suivirent cette direction du regard avec curiosité.

Un groupe de personnes se tenaient en plein milieu de la plaine. Il n'était pas rare de voir des humains en pèlerinage flâner dans le coin – mais ce n'étaient pas de simples pèlerins. Tous le comprirent immédiatement : plusieurs étaient des chimères. Et à en juger par la silhouette élancée de l'une d'entre elles, et celle trapue et boudinée d'une autre, il s'agissait ni plus ni moins de ce qui restait des Sœurs Magus.

« Elle est venue nous chercher, murmura Shiva. La garce…

- On ne devrait pas, genre, se mettre à cavaler à toute vitesse et aller se planquer en attendant qu'ils repartent ?

- C'est trop tard. Ils viennent vers nous. »

XXX

Ring-ring-riiing !! Ring-ring-riiing !!

« Deux invocations au même moment ? sursauta Bahamut. C'est rare, ça.

- C'est pour qui ? demanda Neo.

- … Anima et moi.

- Ah, ben ça tombe bien ça, vous êtes les seuls dispos ! Allez, au boulot frangin !

- C'est étrange…

- Le boulot ? M'en parle pas. C'est vraiment une aberration, c'est crevant et ça nous apporte rien, mais bon, c'est dans le contrat.

- Non, crétin. Le fait qu'on nous appelle justement tous les deux, et en même temps. On a pourtant tenté de cacher l'absence de tous les autres…

- Et avec quelle efficacité, nota Neo, à peine sarcastique. De toute façon, ce n'est probablement qu'une coïncidence. Allez, ne fais pas attendre tes employeurs.

- Tu as raison, dit Bahamut en se levant de sa chaise. Et puis de toute façon, j'allais gagner, renchérit-il en jetant sa main sur la table.

- Peuh, bouda Neo. Avec autant de cartes rares, y'a pas de gloire.

- Je vais réveiller Anima. »

Il s'approcha du colosse enchaîné qui roupillait dans le coin en accomplissant le prodige de ronfler silencieusement. Le dragon faillit opter pour la manière douce, mais ça faisait trop longtemps qu'Anima flemmardait – il était temps de la secouer un peu.

« Allez, gros tas ! scanda-t-il en agitant violemment les chaînes de la chimère et en lui filant des coups de pied. T'as assez dormi ! On a besoin de toi là ! »

Anima ne bougea même pas d'un pouce – totalement inamovible. Bahamut fronça les sourcils et tapa plus fort. Non, pas le moindre signe d'agitation. Elle n'avait pas l'intention de se réveiller.

« Fais-lui ton truc, lança Neo. Tu sais, le laser, là… Mes gars à Tom ni homme ?

-Ca aussi, c'est bizarre, râla Bahamut en l'ignorant. Comment peut-elle dormir aussi souvent et aussi profondément ? Et ses siestes sont de plus en plus longues… tu crois que je devrais m'inquiéter ?

-Hum, tu devrais surtout t'inquiéter pour les Invokeurs qui vous attendent, là. Je sais que les animations pour les invocations sont longues, mais tu ne crois pas qu'il est grand temps que vous arriviez ?

-Zut, c'est vrai, grommela Bahamut. Bon, ben… Neo, tu vas devoir m'aider.

-Comme tu voudras, soupira son frère. Mais Anima va m'entendre quand on reviendra. »

Ils quittèrent la pièce d'un pas pressé. Dix-sept secondes après leur départ, Anima secoua la tête. Avait-elle entendu quelque chose ? Elle sonda la Salle d'Attente. Personne.

« YYYRHAAA… »

Bah… Probablement encore un rêve.

Elle se rendormit.

XXX

Vwiiiiiiiiiiiiiissshhhhhh…

Le vent soufflait sur la plaine, comme il se doit de le faire avant tout combat important. D'un côté, les quatre chimères fugitives se tenaient en position défensive. Leurs chocobos avaient profité de la première occasion pour s'enfuir. En face d'elles, il y avait le groupe de Samantha. Cette dernière était à l'avant, bras croisés, et les fixait avec un sourire triomphant. Derrière elle, Yojimbo gardait un visage fermé et Maria donnait l'impression d'avoir faim. Ils étaient accompagnés de deux Invokeurs qui n'étaient autres que Le-Grand-Père et sa petite-fille. Cette dernière, rouge comme une pivoine et manifestement pas fière d'être là, s'efforçait de regarder ailleurs.

« On vous a enfin retrouvés, dit Samantha d'une voix mielleuse. Il va falloir rentrer à la maison, maintenant. Mais pas sans avoir subi votre punition.

- T'es de plus en plus tarée, grogna Ifrit qui avait toujours été le seul assez stupide pour la tutoyer. On a le même but !

- Cette affaire ne vous regarde pas, répliqua Samantha, soudain glacée. Nous devons la régler nous-même. Des chimères inférieures comme vous ne sauraient s'impliquer dans les histoires de ma famille.

- Dame Samantha, dit poliment Valefore, je déteste avoir à vous parler de la sorte, mais il semblerait que vous vous souciiez bien plus de votre honneur personnel que du bien-être de votre sœur. »

Vwish, commenta le vent pendant le moment de silence qui s'ensuivit.

« Qu'est-ce. Que. Vous. Avez. Dit ? demanda Samantha avec un calme trompeur, en détachant soigneusement chaque mot comme le sous-entend subtilement la ponctuation.

- Que nous avons plus à cœur de retrouver Annabella que vous-même, je crois.

- Oh… Alors c'est ce que vous pensez, hein ?

- Oui. Ca, et que vous n'êtes qu'une vieille harpie. … Une méchante vieille harpie.

- Je dois vous avertir, intervint aimablement Ixion, que dans la bouche de Valefore, c'est une terrible insulte. »

Il se tourna vers ledit Valefore et ajouta :

« Mon ami, c'était à la fois la chose la plus classe et la plus débile que vous ayez faite.

- J'en suis honoré.

- Bah, renifla Samantha. Votre avis ne m'importe que peu, après tout. Jeune Schtroumpfette, ajouta-t-elle à l'intention de Shiva, nous allons maintenant balayer votre groupe et vous envoyer à un endroit où vous apprendrez peut-être la politesse. Et à vous habiller.

- Vous êtes juste jalouse parce que je suis plus sexy que vous, répondit innocemment Shiva.

- Quoi ?!

- Ne vous inquiétez pas, toutes les femmes peuvent devenir jolies avec un peu d'efforts – oui, même vous. Il faudra que je vous conseille une marque de lingerie qui…

- Ca suffit ! cracha Samantha. Vous allez mourir ! Monsieur Le-Grand-Père, petite-fille de monsieur Le-Grand-Père, avez-vous fini vos invocations ?

- Ca vient, grommela le vieil homme. Mais ça traîne, apparemment. Doit y avoir des problèmes de connexion.

- Dépêchez-vous, grinça Samantha sans se rendre compte qu'elle était en train d'outrepasser son autorité. Nous allons commencer sans vous. Yojimbo ! Attaquez le premier avec votre lame mortelle ! »

Le samouraï émit un faible couinement. Jusqu'alors, il avait gardé la tête penchée si profondément qu'il devait être en train d'essayer de se cacher sous son chapeau. C'était manifestement raté. Il se redressa lentement, dégaina Zanmato et croisa le regard de Shiva.

« Pourquoi es-tu avec elle, Yojimbo ? demanda cette dernière. Par vengeance ? Est-ce possible que le Yojimbo que j'ai connu ait été si mesquin ?

- Je dois me battre, répondit mécaniquement le samouraï. Tu es mon adversaire.

- Ecoutez, intervint Ixion, vous êtes seulement trois et nous sommes quatre. Et en l'absence d'Annabella, vous n'êtes même pas capable d'utiliser votre Overdrive, Samantha. Vous n'avez aucune chance, alors inutile de faire couler le sang.

- Ca y eeest ! cria Le-Grand-Père. Ils arriiivent !

- Les probabilités viennent de s'inverser, je crois, » commenta Samantha avec un sourire féroce.

Le ciel se déchira pour laisser place aux chimères. Deux formes colossales apparurent et piquèrent vers eux, non sans effectuer force pirouettes et loopings afin que le public en ait pour son argent. Tout le monde les fixait et attendait patiemment qu'elles atterrissent. Evidemment, il eût été facile d'égorger un adversaire qui avait le nez en l'air, mais l'idée n'effleura personne – attaquer pendant les séquences d'invocation, c'était déloyal ; même les monstres se pliaient à cette règle.

Et, finalement, les dragons atterrirent.

Bahamut était « vêtu » d'un tas de chaînes, avait les bras croisés et montrait les dents. Quant à Neo, il semblait s'être peint en bleu, et il portait une vieille roue de vélo dans le dos. Leurs regards se croisèrent un instant.

« Rappelle-moi pourquoi JE suis Anima ?

- Parce que je suis un mauvais acteur et que c'était beaucoup plus facile pour moi de te ressembler, répondit calmement Neo. Ca me semble logique.

- La situation présente ne fait que me prouver que la logique a totalement déserté les alentours, et depuis longtemps. »

Leur échange terminé, ils daignèrent se rappeler qu'ils étaient ici sur invocation et regardèrent autour d'eux. Ils affichèrent la même expression surprise en considérant la clique qui les entourait.

Avant qu'ils pussent poser la moindre question, Le-Grand-Père prit la parole.

« Chimère… euh… Bahanima ! beugla-t-il. Je suis ton Invokeur !

- Et, heu… je suis le vôtre, monsieur heu… l'autre dragon… fit sa petite-fille d'une voix minuscule.

- Tiens, salut, fit Bahamut (le vrai) en la reconnaissant. Salut aussi, les gars. Wow, tout le monde est là. Ah, non, pas Annabella, enfin, c'est normal je pense, avec cette histoire de disparition et tout ça. Alors, c'est quoi le truc ?

- Le truc, grinça Le-Grand-Père, c'est que vous allez m'annihiler ceux-là et vite !

- Je suis désolée, ajouta sa petite-fille, au bord des larmes. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, monsieur Bahamut.

- J'aurais du mal à t'en vouloir, répondit doucement le dragon, vu que je pige absolument que dalle à ce qui se passe.

- J'ai faim, fit remarquer Neo.

- Moi aussi, ajouta Maria.

- Ouaf, » conclut Daigoro.

Bahamut tourna la tête vers Shiva. Elle le fixait depuis son arrivée, partagée entre la méfiance et l'envie de lui sauter dans les bras.

« Je suis désolée d'être partie sans rien dire, commença-t-elle. Mais c'était important, je pensais que tu comprendrais. Tout de même, j'aurais dû te prévenir, mais tu ne m'en veux pas, j'espère ? C'est pour Annabella, je…

- Chut, grommela le dragon. Je ne veux pas écouter tes explications. La situation est claire.

- Ah bon ?

- En fait, non, pas du tout, mais j'ai compris au moins une chose. »

Il pointa un doigt théâtral sur sa bien-aimée et déclara :

« Je dois vous casser la figure. N'y vois rien de personnel.

- Alors toi aussi, soupira Shiva. Je pensais que… notre amour était plus fort que cela…

- Fais attention, avec cette réplique, tu pourrais jouer dans un soap opera de seconde zone.

- Oui, bon. Autre argument, alors : je te préviens, Baha, si tu m'attaques… tu peux leur dire au revoir. »

Elle se redressa en mettant sa poitrine en avant, ne laissant aucune ambiguïté sur « leur » identité. Bahamut se rinça l'œil, puis haussa les épaules.

« Tant pis, je suppose. Tu sais, le devoir, tout ça. J'dois obéir.

- C'est bien, approuva Le-Grand-Père. Cette séance de travaux généraux vous a donc vraiment fait du bien.

- Ouais, ouais… J'ai appris le respect de l'autorité, l'obéissance, ce genre de conn- de choses magnifiques… Bon… »

Il se tourna vers Samantha, qui le regardait moitié étonnée, moitié méfiante, moitié haineuse, moitié méprisante, et un quart d'indifférence. Yojimbo, lui, évitait résolument de le regarder depuis qu'il était arrivé. Il avait son sabre pointé devant lui en position de garde dans l'immobilité la plus parfaite.

« On doit faire équipe avec vous, les gars, c'est ça ? Vous savez combien j'en ai absolument pas envie, mais hein, le devoir, le devoir. On y va.

- Je ne vous fait pas confiance, dit Samantha. Si vous tenez tant à accomplir votre devoir, allez-y donc et portez le premier coup.

- J'allais justement vous le proposer. Hé, Neo, reste là à me couvrir, sinon tu vas faire des bêtises.

- Vouiiii, répondit son grand frère qui n'avait rien entendu, ni fait attention au moindre détail depuis son arrivée, vu qu'il était occupé à mater Shiva.

- Foudre X ! »

Le sortilège d'Ixion s'abattit sur l'épaule de Bahamut. Ce dernier tressauta, se raidit, frissonna puis revint à la normale. Il se frotta l'épaule et jeta un regard interrogateur au fautif.

« Ca valait le coup d'essaya, plaida ce dernier.

- Tout à fait. Bien tenté. A mon tour, alors ?

- C'est de bonne guerre.

- C'est parti. »

Le dragon prit une profonde inspiration, ferma les yeux le temps de se calmer puis les rouvrit, décidé. Il échauffa consciencieusement la roue qu'il portait dans le dos pendant que le groupe de Shiva le fixait avec désespoir – mais que pouvaient-ils faire ? L'interruption des séquences d'Overdrive était presque aussi grave que pour les invocations. Bahamut se campa ensuite sur ses quatre membres (2), dans la posture légendaire qui faisait trembler toutes les araignées du monde.

Et l'énergie commença à s'accumuler, de plus en plus vite.

« ME… GA… A… TOM… »

Alors, il se passa quelque chose d'assez surprenant. Sans raison aucune, pendant la pause dramatique entre la quatrième et la cinquième syllabe, le dragon pivota de quatre-vingt-dix degrés. De manière absolument pas prévisible, l'Overdrive meurtrier se retrouvait maintenant pointé sur Yojimbo, Daigoro, Maria et Samantha. Cette dernière écarquilla les yeux, signe chez elle d'offuscation profonde. Mais il était trop tard pour être offusqué.

« … NIUM !! »

Carnage s'ensuivit. Les Magus, Yojimbo et son chien furent balayés avant même d'avoir pu bouger le petit doigt. Le rayon les envoya valser cul par-dessus tête à plusieurs mètres. Seul Zanmato resta sur place, tournoya timidement en l'air l'espace d'une seconde, puis retomba pour se planter dans le sol, inutile.

« Oups, » fit innocemment Bahamut.

Il se tourna vers Le-Grand-Père et sa petite-fille. Cette dernière observait les résultats de l'attaque, impressionnée, tandis que le vieil homme jetait un regard estomaqué à Bahamut lui-même.

« On dirait que j'ai eu un problème de visée, commenta le dragon. Ca doit être le vent. Oui, c'est lui qui a dévié mon coup.

Vwish ? Vwiwishhh ! protesta le vent.

- Si, si, c'est toi. Vilain élément, vilain. Regarde ce que tu as fait. Oh là là, quel désastre. Hum, et en plus je suis épuisé d'avoir lancé cette attaque. Je les finirais bien à la main, mais je n'ai plus d'énergie du tout. »

Un coup d'œil discret au groupe de Shiva lui apprit qu'ils étaient tout autant sur le cul que ses victimes, quoique plus métaphoriquement parlant.

« J'espère qu'ils n'en profiteront pas pour s'enfuir, » ajouta le dragon, un peu plus fort.

Pas de réaction.

« Vu qu'il n'y a plus personne en état de les poursuivre, continua Bahamut, beuglant carrément cette fois.

- Y'a moi, » marmonna Neo, rêveur. Il n'avait toujours pas décroché son regard de la poitrine de Shiva et n'avait pas dû tout à fait comprendre le problème.

« Personne ! Absolument personne ! Quel dommage, s'ils partaient maintenant, on ne pourrait rien faire ! »

Enfin, Shiva parut l'entendre de nouveau. Elle lui jeta un regard reconnaissant, suivi d'un clin d'œil accompagné par un mouvement de poitrine à peine suggestif, avant de se tourner vers ses compagnons.

« On dégage ! clama-t-elle. Ixion, arrête de brouter.

- Mchdécholé. »

Ils se carapatèrent en quatrième vitesse. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il n'y avait plus trace d'eux. Samantha et sa clique commençaient tout juste à se relever en gémissant. Bahamut leur adressa un sourire niais.

« Samantha ? fit froidement Le-Grand-Père.

- Aïe aïe aïe… Je suis désolée, monsieur… J'ai failli…

- On verra ça plus tard. Pour l'moment, j'veux que vous et Yojimbo maîtrisiez Bahamut et que vous l'arrêtiez.

- Tout de suite, monsieur.

- Oh, bah pourquoi ? fit innocemment le dragon – après tout, hein, qui ne tente rien n'a rien.

- Haute trahison envers Invokeur et manque de compétence éhonté dans l'utilisation du bluff ! hurla Le-Grand-Père.

- Vous vous êtes laissé prendre, nota Bahamut.

- C'est pire ! Emmenez-le !

- Papi, intervint timidement la fillette, tu devrais peut-être être plus gentil… Il voulait juste… »

Son grand-père la fit taire d'un geste sans cesser de braquer son regard flamboyant sur Bahamut.

« Cette fois, tu vas payer cher, sale traître. »

Le dragon haussa les épaules tandis que Samantha lui attrapait un bras avec violence et Yojimbo l'autre bras avec embarras. Oui, il allait le payer cher. Mais, se dit-il alors qu'on commençait à le tirer vers les murs de Bevelle qui scintillaient à l'horizon, ça en valait la peine.

« Hé, il se passe quoi ? demanda Neo en revenant soudain à la réalité. Hé ! Elle est passée où la paire de seins ? »

Vwouish, répondit le vent.

XXX

Toc.

« Echec Et Mat, Damoiselle Annabella. Encore. »


(1) : Phrase optionnelle à lire uniquement par ceux qui n'ont pas peur des blagues en-dessous de la ceinture : « C'était peut-être dû au fait qu'elle en avait également l'habitude. »

(2) : En tout cas, les quatre qu'on pouvait voir même quand il portait un slip. Oh, désolé… ça aussi, j'aurais dû le classer dans la catégorie « sous la ceinture », hein ?