Salutations !
Ca fait, euh... deux mois. Et un jour. Le verdict est sans appel. Je crois que j'ai battu mon record de retard... Vous avez le droit de me huer ! Promis, je ferai mieux la prochaine fois. J'essaierai (je ne promets rien xD) de vous en livrer un autre pour Noël, ou au plus tard le premier janvier, et ça pourrait même être la conclusion de cet arc, héhé... Hm.
En attendant, c'est un chapitre assez long (le plus long à part le précédent, en fait). Bonne lecture !
Et merci aux lecteurs fidèles, ainsi qu'aux autres ! Et bienvenue à Sapiwette la revieweuse folle xD
(wah, posté à minuit ou presque, la classe.)
« … Et c'est pourquoi, chimère Bahamut, vous êtes condamné à une peine de prison ferme de 6,9 éons. »
La voix de la juge était quelque peu étouffée par la cabine de protection certifiée anti-Mega Atomnium, mais le verdict était clair. Bahamut prit une air penaud pour la forme.
« Vous êtes sûre que vous n'auriez pas plutôt une autre baraque à reconstruire ?
- Les agents de la Commission des Invokeurs Assermentés vont vous accompagner à votre cellule, » dit la juge, péremptoire.
A ces mots, deux Invokeurs baraqués, portant tuniques et capes noires, se mirent en branle. Ils hésitèrent brièvement avant de saisir chacun un des bras massifs de Bahamut et s'employèrent à le traîner vers sa prison. A leur indicible soulagement, il se laissa faire, traînant à peine la patte sur le chemin.
Dans le public, Neo Bahamut se leva et fila un coup de coude à Anima qui s'était de nouveau assoupie.
« YYYRHAAA ? bâilla-t-elle.
- Ils vont l'emmener, chuchota Neo. C'est notre chance.
- YYYRHAAA.
- Arrête d'être aussi pessimiste. Le plan se déroulera comme elle a dit, à condition qu'on saisisse cette occasion, parce qu'on n'en aura pas d'autre. »
Ainsi, Anima et Neo se frayèrent un chemin dans le public en marmonnant des « pardon » et des « YYYRHAAA » à des humains qui, étonnamment, n'avaient pas besoin qu'on leur répète pour s'effacer.
« Bahamut, mon frère ! » tonna Neo, les yeux embués de larmes aussi crédibles qu'une Samantha polie.
La chimère et les agents de la CIA qui l'escortaient s'arrêtèrent et se tournèrent vers lui. Les deux humains échangèrent un regard d'incertitude. Le dragon, lui, fixa son frère avec un mélange d'étonnement et d'agacement.
« Tu veux quoi, toi, encore ?
- Rien qu'une dernière accolade, pleurnicha Neo. On ne se reverra plus jamais !
- Tu sais, 6,9 éons, c'est pas si long, » le tempéra Bahamut, en songeant : c'est même trop court pour une période de vacances où je n'aurai pas besoin de te supporter.
- Mais tu me manqueras. Tu nous manqueras à tous. Viens là que je t'embrasse !
- Non, franchement, c'est pas nécess- »
Mais déjà son frère l'avait saisi par les épaules et attiré contre lui. Il le broya copieusement pendant quelques secondes en lui tapotant dans le dos. Bahamut se tut, considérant qu'aggraver son cas en attaquant une autre chimère au milieu du tribunal n'était pas la chose la plus intelligente à faire s'il voulait plaider la bonne conduite pour sortir plus tôt. Il se laissa donc faire, se contentant d'imaginer ce qu'il lui ferait plus tard, quand tout cela serait terminé – une vision qui impliquait un certain nombre de sorts X et d'overdrives. Et de douleur. Beaucoup de douleur.
Il le lâcha enfin, un grand sourire sur le visage. Anima se contenta d'un hochement de tête. Les agents de la CIA, assez peu rassurés de se trouver coincés entre trois chimères dont chacune était grande comme trois de leurs confrères, se dépêchèrent d'emmener Bahamut. Ou plutôt, ce dernier, pressé de s'éloigner de son frère, coopéra avec bonheur, traînant derrière lui les Invokeurs qui étaient censés l'entraver.
Le marteau de la juge claqua contre son pupitre.
« La séance est close. »
XXX
Devant le miroir que lui avait si gentiment offert Adrammelech, Annabella essayait une nouvelle coiffure, la quatrième depuis ce matin. Elle connaissait ses classiques et savait que lorsqu'on était une princesse attendant que son sauveur débarque sur un noble destrier pour l'arracher aux griffes du dragon, on devait passer ses journées à se languir au sommet du donjon, avec pour seuls moyens de passer le temps des occupations stéréotypiquement féminines, tel l'aller-retour constant d'un brosse sur sa chevelure d'or. Et l'absence totale de donjon n'émoussait en rien le zèle d'Annabella.
Quoique, il fallait bien reconnaître que si la grande tour n'était pas au rendez-vous, le prince charmant, lui aussi, commençait à se faire attendre. Bien sûr, c'était le principe du sauvetage : il n'interviendrait qu'après un très long laps de temps durant lequel la captive, en l'occurrence Annabella, avait l'occasion de faire preuve de sa détermination en attendant patiemment l'être aimé. Mais comme les contes s'attachent rarement au quotidien de la princesse, généralement jugé moins intéressant que les épreuves que devait affronter le prince (et au cours desquelles tout lecteur humainement constitué désirait secrètement que le dragon décapite une bonne fois pour toute ce blondinet imbu de lui-même, ce qui n'arrivait malheureusement jamais), Annabella ne s'était jamais rendu compte que la princesse aussi devait faire preuve d'un sacré courage pour avoir le sourire à la fin du conte.
Elle reposa sa brosse avec un soupir. Est-ce que Valefore allait vraiment venir la chercher ? Elle voulait croire que oui, mais… Les événements, ou plutôt l'absence d'événements, ne plaidaient pas en faveur de cette théorie. Elle aimait Valefore, mais lui-même ne s'était jamais comporté avec plus que de l'affection pour elle – et même pas le bon type d'affection : plutôt celle qu'un père a pour sa fille. Alors qu'il n'avait techniquement qu'une quarantaine d'heures de jeu de plus qu'elle. Est-ce que leur lien serait suffisant pour qu'il vienne la chercher ? Après tout, peut-être que son absence ne l'affectait pas tant que ça… Pire encore, il ne l'avait peut-être même pas remarquée ! Il avait toujours été gentil avec elle, mais réellement attentionné ? Non… Pas autant que…
« Damoiselle Annabella ?
- Oui ? sursauta l'interpellée.
- J'ai Fait Venir Quelques Robes Que Vous Pourriez Essayer. »
Regard d'incompréhension.
« Pour Le Mariage, précisa Adrammelech.
- Vous êtes gentil, monsieur Adrammelech, mais je vous ai déjà dit que… »
Mais elle s'arrêta, prise en otage par une pensée subite. Et pourquoi pas, après tout ? Comme elle venait de l'observer, Adrammelech, bien que passionné par des jeux qui auraient ennuyé un roc, faisait preuve de mille fois plus d'attentions envers elle que Valefore, qui se contentait de se montrer poli et galant. Oh, bien sûr, elle était techniquement la prisonnière du dragon, mais c'était une situation qui pouvait évoluer. Et puis même si Valefore tenait à elle… Elle avait attendu trop longtemps. Maintenant, il devrait se battre s'il voulait la récupérer, et là, elle verrait bien ses véritables sentiments.
« Vous Allez Bien, Annabella ? s'inquiéta Adrammelech. Vous N'Avez Pas Terminé Votre Phrase.
- … que j'adorais essayer des robes, termina-t-elle non sans maladresse mais en affichant son plus beau sourire. Montrez-les moi.
- Bien, Damoiselle Annabella. J'En Suis Heureux.
- Et on pourrait peut-être commencer à se tutoyer, non ?
- Bien, Damoiselle Annabella. »
XXX
Neo poussa doucement Anima du doigt.
« Tu dors ? »
Pas de réponse.
« On fait un jeu ? »
Pas de réponse.
« Bon, alors fais YYYRHAAA pour « non », continue à dormir pour « oui ». »
Pas de réponse.
« Cool ! Tu veux jouer à quoi ? »
Toujours pas de réponse, ce qui ne devrait plus être très étonnant au bout de la quatrième fois. Anima était un monolithe. Un monolithe endormi.
« Faudra qu'on s'occupe de ton cas un jour, grogna Neo. Comment tu fais pour dormir autant ?
- Elle doit dormir pour échapper à votre compagnie. En cela, elle fait preuve de sagesse. »
Chaque particule du corps de Neo s'immobilisa et sa respiration s'arrêta. Oh, non, elle était encore là, la Magus ? Depuis qu'il vivait dans le même demi-plan qu'elle, il commençait à comprendre les douleurs de son petit frère. En plus, à en juger par le ton de sa voix glaciale et dégoulinant d'assez de venin pour submerger l'ego de Yojimbo, elle était d'encore plus mauvaise humeur que d'habitude, à s'en étonner que l'air environnant n'aie pas encore plié bagage et disparu, trop effrayé à l'idée d'être respiré par Samantha. Cela dit, quelques degrés avaient effectivement dû se carapater, car la température avait nettement chuté depuis son entrée.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Neo Bahamut avec toute la politesse qu'il put arriver à caser dans une question qui s'adressait à Samantha.
- Rien, répliqua sèchement celle-ci. Je suis invoquée. Je reviens dès que j'ai réglé le problème. Pendant ce temps, trouvez quelque chose d'utile à faire au lieu d'encombrer la Salle d'Attente toute la journée.
- Oui, votre Majesté. »
Sans rien ajouter, Samantha incurva sèchement sa trajectoire de très exactement 47,4° vers l'entrée, ou en l'occurrence la sortie, de la Salle d'Attente. Elle claqua le voile derrière elle, laissant Neo seul avec les ronflements d'Anima. Ce fut le moment que choisit cette dernière pour émerger lentement de ses vapes personnelles. Neo agrippa une de ses chaînes et tira dessus.
« C'est pas trop tôt ! Allez, debout !
- … YYYRHAAA ?
- Pas l'heure de dormir, en tout cas. Samantha a mis les voiles, j'en suis sûr cette fois… Et comme tu es réveillée, on va pouvoir y aller.
- YYYRHAAA.
- Je sais, mais on n'a pas le choix. A moins que tu veuilles continuer à vivre ici avec cette dictatrice.
- YYYRHAAA.
- C'est bien ce qui me semblait. »
Neo se leva et se dirigea précautionneusement vers le voile où venait de disparaître Samantha, suivi par une Anima grognonne. Il lui fit signe d'arrêter de faire cliqueter ses chaînes, leur sortie devait être discrète, puis il entrouvrit le voile.
Il tomba nez à nez avec Yojimbo qui arrivait dans l'autre sens.
Le samouraï le considéra un moment en silence depuis l'ombre de son chapeau. Neo, paniqué, terrifié et intimidé, eut l'impression de fondre de l'intérieur. Yojimbo le fixait toujours sans rien dire. Argh. Grillé. Il fallait absolument faire bonne figure, ne rien lui laisser soupçonner.
« Salut Yojimbo, piailla-t-il d'une voix suraiguë.
- Bonjour, répondit calmement le samouraï. Où allez-vous, tous les deux ?
- Nulle part, juste faire un tour, » toujours de la voix de castrat.
Bref silence.
« Il est interdit d'aller sur Spira sans avoir été invoqué, non ? »
Un concert de bafouillages, de rougissements et de sueurs froides lui répondit du côté de Neo. Le dragon continua cette expression chaotique pendant trente bonnes secondes puis chevrota de la voix la plus normale qu'il put trouver :
« C'est ça que je voulais dire, oui. On a été invoqués. »
Je suis un excellent menteur, se félicita-t-il intérieurement.
« Ah bon… murmura Yojimbo. Eh bien, vous avez de la chance…
- Comment ça ?
- J'ai… disons, une conjonctivite carabinée en ce moment. Donc je ne vous ai pas vu sortir. Et je ne vous verrai probablement pas rentrer non plus, même si vous restez bien trop longtemps dehors pour qu'il s'agisse réellement d'une invocation. Je ne serai au courant de rien.
- Je vois, sourit Neo. Eh bien, euh… Bon rétablissement.
- Merci. »
Yojimbo les dépassa et disparut dans le couloir qui menait à sa chambre. Neo et Anima sortirent de la Salle d'Attente et se dirigèrent vers Spira, d'abord en silence ; mais Neo finit par le rompre en se tournant vers sa compagne avec un grand sourire :
« Haha, t'as vu… le nul, il a tout gobé.
- … YYYRHAAA. »
XXX
En plein milieu de la nuit, les couloirs du pénitencier de Bevelle étaient silencieux comme un tombeaux, si l'on exceptait les frottements de pieds des Invokeurs Assermentés qui faisaient des rondes incessantes dans tout le bâtiment. Ils étaient venus en renfort pour aider la garde régulière à surveiller le « prisonnier spécial », mais cela ne rassurait ni les soldats ni les détenus humains qui avaient eu vent de la situation. La nervosité ambiante était palpable, engluait tous les couloirs et s'entassait dans le coins ; après tout, ce n'était pas tous les jours qu'on avait un prisonnier de la trempe de Bahamut. On l'avait parqué dans une cellule spéciale pour les chimères, dont on disait que personne ne s'était jamais échappé ; mais il fallait dire qu'on n'y avait jamais mis personne non plus. C'était donc la première fois qu'on avait dû aller jusqu'à emprisonner une chimère, et personne ne pensait réellement qu'un simple pénitencier pouvait en retenir une, encore moins le tout puissant Bahamut. Personne, à part les chefs de la CIA, ceux qui étaient tranquillement planqués dans leurs bureaux, loin du danger.
Ah, et à part Bahamut lui-même, qui ne voyait foutrement pas comment jouer la fille de l'air dans cette cellule de haute sécurité. Oh, bien sûr, pour le principe, il avait essayé d'abattre les murs, mais les meilleurs mages du culte les avaient renforcés par magie, justement pour éviter ce genre de désagrément. Le plan A avait donc échoué, et Bahamut était le premier à reconnaître qu'il n'était pas du genre à avoir un plan B.
Du coup, pour le moment, il était affalé sur une couchette en tissu rêche et broyait des idées noires tout en manipulant un petit objet brillant dans ses gros doigts.
C'était un disque argenté que Neo lui avait coincé entre deux plumes lors de leur accolade. La saloperie l'avait gratouillé tout le long du trajet jusqu'à la cellule et il avait dû déployer des efforts surchimériques pour que la CIA ne se rende compte de rien. Et même comme ça, il n'arrivait pas à croire qu'ils n'aient rien vu. D'un autre côté, vu que Neo avait réussi à les tromper avec ses talents d'acteur calamiteux, on pouvait supposer qu'ils n'étaient pas trop observateurs, ou au moins qu'ils n'avaient pas trop envie d'observer de près un dragon qui était réputé pour avoir la gâchette facile, et Bahamut supputait que l'agent moyen de la CIA n'avait pas assez de points de vie pour encaisser un Mega Atomnium.
Mais cela ne lui disait pas la nature de ce disque. Il était petit, genre une douzaine de centimètres de diamètre, percé en son centre et affichait les lettres FFX au milieu des reflets aux couleurs de l'arc-en-ciel qui avaient occupé Bahamut pendant cinq minutes avant de le lasser. Il n'avait jamais rien vu de tel, impossible de savoir comment Neo se l'était procuré, et quelqu'un venait de frapper au champ de force qui faisait office de barreaux pour sa cellule, il voulait bien savoir comment ce truc allait l'aider à…
Il rembobina son cerveau jusqu'à la virgule précédente. Donc : Quelqu'un venait de frapper au champ de force qui faisait office de barreaux à sa cellule. Un toc toc menu, timide, mais réel. Quelqu'un, en plein cœur du pénitencier imprenable de Bevelle ?
Le dragon se redressa et plissa les yeux pour percer l'obscurité. A quelques mètres de lui, le champ de force pulsait d'une lueur bleutée, comme d'habitude. De l'autre côté, il distinguait une petite silhouette floue. Par prudence, Bahamut cacha le disque FFX dans une de ses ailes et se leva.
« Qui est là ? murmura-t-il.
- C'est moi, lui répondit une voix enfantine étouffée par le champ de force. Approchez, Bahamut. »
« Moi » ? Le dragon réfléchit un instant. Qui, dans ses connaissances, était assez intelligent, agile et doué pour se glisser jusqu'au cœur du pénitencier le mieux gardé de Bevelle au nez et à la barbe des agents de la CIA ? En plus, les chimères n'étaient pas les créatures qui bénéficiaient des meilleures dispositions pour la discrétion. Enigme.
Il jugea néanmoins que cela ne devait pas l'empêcher d'obéir à l'individu qui l'attendait hors de sa cellule. Malgré sa flemme, il se leva donc de la couchette et vint coller son nez au champ de force. De l'autre côté, la silhouette fit de même, et leurs visages furent assez près pour que le déclic se fasse enfin dans l'esprit de Bahamut.
« Petite fille ? s'étonna-t-il. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venu vous sauver.
- Pourquoi ? Tu n'es pas du côté du vioque ?
- J'étais obligée d'obéir à mon grand-père sur la Plaine Félicité, murmura-t-elle, penaude. Mais j'étais contente quand on a échoué à arrêter vos amis. Ce que vous avez fait était courageux. Vous êtes un gentil dragon et vous ne méritez pas l'acharnement de mon grand-père. En plus, vous m'avez quand même sauvée de l'araignée, le jour de notre première rencontre. Je ne veux pas que vous pourrissiez en prison. »
Bahamut fronça les sourcils. Il n'était pas très psychologue et le champ de force qui brouillait ses traits ne l'aidait pas, mais il jugea qu'elle avait l'air sincère, et de toute façon, qu'avait-il à craindre d'elle ? Il hocha donc la tête, puis demanda :
« Par contre, tu m'expliques comment tu es arrivée ici ?
- A pieds, répondit-elle ingénument.
- Mais encore ? Tu sais que tu es dans la forteresse réputée pour être la mieux gardée de tout Spira ?
- Oh ! Ca ? C'était pas vraiment dur… Les agents ne me voient même pas, dit-elle en haussant les épaules. Ils doivent penser que je n'ai aucune importance dans cette fiction.
- C'est probable, confirma Bahamut. Tu n'as même pas de nom.
- Bien sûr que si ! s'offusqua la petite fille.
- Ah oui ? La-petite-fille-du-grand-père ? sourit Bahamut, un rien sarcastique.
- Non. Marie.
- Ah.
- Maintenant, si vous voulez sortir d'ici, arrêtez de vous moquer de moi et écoutez mes instructions, » grogna la nouvellement nommée à l'arrache Marie.
Penaud, le dragon hocha la tête.
« Vous avez toujours le disque, j'espère ?
- Oui, répondit Bahamut, surpris. Comment tu le sais ?
- C'est moi qui l'ai confié à votre frère pour qu'il vous le donne avant que vous ne soyez emmené en cellule.
- Ah, je me disais. Ca ressemblait à un plan… Alors venant de Neo…
- Bon, si vous l'avez toujours, c'est très bien. Examinez le de plus près. »
En fronçant les sourcils, Bahamut tâtonna dans son dos jusqu'à ce qu'il retrouve le disque argenté qui y était planqué. Il le leva à hauteur de ses yeux, qu'il plissa. Sans résultat.
« Je l'ai déjà regardé des dizaines de fois, fit-il, dépité. C'est toujours la même chose. Une galette brillante avec FFX marqué dessus.
- C'est ça, acquiesça Marie. Vous n'avez pas assez réfléchi, Bahamut. Ces lettres ne vous rappellent donc rien ?
- Heuuu. C'est un acronyme ? « La Fanfare des Formidables Xylophones » ?
- Non. »
Le dragon plongea les yeux dans les reflets arc-en-ciel jetés par le disque. Quel était ce mystère ? En effet, maintenant que Marie le disait, les lettres lui rappelaient quelque chose… Quelque chose de très vieux, enfoui depuis longtemps dans la mémoire collective de Spira…
Il sursauta soudain et se mit à trembler. Il pensait avoir compris.
« Ce n'est tout de même pas… ça ? demanda-t-il d'une voix étranglée.
- Si. Si, c'est ça.
- Mais c'est l'origine de ce monde, de cette fiction même ! glapit Bahamut. C'est… Non, tout ça n'est pas logique ! Le disque ne devrait pas exister ici. C'est nous qui existons dans le disque, c'est… le Disque-Monde (1) ! Comment as-tu mis la main sur ça ?
- J'ai demandé gentiment, répondit Marie d'une voix égale. Bien sûr, le faire apparaître dans cette fiction n'est pas très réglementaire, mais votre évasion non plus.
- Tu marques un point. Par contre, comment ça va m'aider à m'enfuir.
- C'est un peu compliqué. Vous voyez, à part ce champ de force, il y a trois murs dans votre cellule. Ils sont tous renforcés magiquement de manière à ce qu'ils ne puissent être abattus, quelle que soit la puissance qu'on met dans ses coups…
- Je m'en étais rendu compte.
- … mais il y en a un autre, invisible, que nous pouvons détruire à l'aide de ce disque. Il donne sur l'autre réalité.
- Ah, oui… j'en ai entendu parler… le quatrième mur ? »
Marie hocha la tête.
« Oui. Ne vous inquiétez pas, on le reconstruira après. Mais si vous détruisez le quatrième mur, vous pourrez passer par la brèche et vous rematérialiser ailleurs. J'ai demandé à vos amis d'être là pour vous accueillir, le passage dans une autre réalité pouvant être un peu troublant pour les débutants.
- Les débutants ? grogna Bahamut. Petite, dans cette fiction, ce ne sera pas la première fois qu'on l'aura pété, ton mur. »
Marie eut un léger sourire et pencha la tête.
« Si vous le dites, je vous crois. Après tout, vous êtes une chimère de vingt-sept éons, et je ne suis qu'une petite fille… Mais si vous faites comme je vous ai dit, vous sortirez.
- Désolé, dit Bahamut. C'est vrai, j'ai beaucoup à apprendre de toi. Tu viens juste de me dire ton nom et je ne connais même pas ton âge…
- C'est une donnée sans importance, répondit-elle d'une voix qui se faisait pressante. Allez ! Concentrez votre esprit dans le disque et utilisez-le pour passer le quatrième mur avant que quelqu'un se rende compte de quelque chose !
- Ok, ok. »
Se sentant un peu stupide, le dragon brandit le disque FFX et joua un instant avec les reflets. Les lettres gravées qui contenaient tant de pouvoir lui rendirent son regard. Le quatrième mur…
« Cette fiction vient de tomber dans de nouveaux abysses, grogna Bahamut. Je te promets que si je m'en sors vivant, je ferai en sorte que le prochain chapitre soit moins pitoyable. Ca commence à bien faire, ce scénario pourri… »
Le quatrième mur vola en éclats.
XXX
« Putains de piafs, » fulmina Ifrit.
Il descendit de son chocobo et lui fila une tape sur l'arrière-train. Le putain de piaf ne demanda pas son reste et se carapata avec force pioupious indignés. Ixion, Valefore et Shiva mirent également pied à terre.
« Où sommes-nous ? marmonna Ixion. Ca ne m'a pas l'air d'être Spira. Ces chocobos ne cesseront jamais de m'étonner…
- Je vais jeter un coup d'œil, » dit Valefore.
Il déploya ses ailes et s'envola élégamment. Ixion le regarda s'élever dans le ciel nocturne. Puis il observa Ifrit qui avait apparemment changé d'avis sur le sort à réserver aux chocobos et poursuivait le sien avec force cris, parmi lesquels se détachaient nettement les mots « barbecue » et « t'enfoncer ma broche dans le ». Puis il regarda Shiva. Elle était silencieuse, le visage absent.
« Que se passe-t-il ? lui demanda poliment Ixion. Tu ne m'as pas l'air très motivée.
- Je doute, sourit-elle faiblement.
- De ?
- Notre capacité à réussir. On a fait tout Spira sans autre résultat que nous proclamer hors-la-loi et plonger Bahamut dans une mouise sans nom.
- Il a l'habitude de s'y plonger tout seul, répondit tranquillement Ixion.
- Quand même… »
Valefore choisit ce moment pour atterrir à côté d'eux.
« Non, déclara-t-il. Nous ne sommes effectivement plus sur Spira. Je ne reconnais rien du tout.
- Génial, soupira Shiva. On va rentrer comment ?
- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Valefore. Pour le moment, je propose de trouver un abri pour la nuit et de réfléchir à la question demain.
- Un plan raisonnable, approuva Ixion. As-tu une idée en tête ?
- Evidemment, sans quoi je n'aurais pas émis cette proposition. Il y a une grotte à quelque distance de là, au nord-est.
- Allons-y. »
Ils n'y allèrent pas tout de suite, puisqu'il fallut d'abord choper Ifrit, libérer le pauvre chocobo de son emprise enragée puis le traîner par les cornes (2) jusqu'à la grotte.
Cette dernière était sombre, comme il sied à une grotte, et labyrinthique. Ils remarquèrent bien vite que le sol était recouvert de sable, ce qui était assez peu agréable comme surface sur laquelle dormir, mais ils avaient tellement voyagé ces derniers temps que ce n'était certainement pas le pire logis qu'ils avaient eu à occuper. (3) Seule Shiva se plaignit que le sable allait dessécher sa peau de pêche, ce à quoi Ifrit répliqua qu'un glaçon comme elle avait trop de réserves d'eau pour s'inquiéter. Ce à quoi Shiva rétorqua de nouveau par un Céleste visant une zone soigneusement sélectionnée, ce qui devait empêcher Ifrit de s'asseoir pendant les trois prochains mois.
« Arrêtez de faire du bruit, les rabroua Ixion. J'entends quelque chose. »
Tous tendirent l'oreille ou ce qui leur en tenait lieu. Le sifflement du vent dans les cavernes faisait comme des gémissements lugubres et menaçants – peut-être était-il toujours vexé par le chapitre précédent. Mais surtout, quelque part au milieu de ces chants inquiétants se glissaient des notes de musique, de l'orgue, plus précisément.
« Je connais ce morceau, dit Valefore, un sourcil haussé.
- C'est la marche nuptiale, l'informa Shiva. Un mariage en plein milieu des grottes ? Ca vous dit d'aller voir ?
- Ca me dit quelque chose en effet : rien de bon, dit Ixion. Mais maintenant que nous sommes là…
- Je n'ai pas emporté mon smoking, dit Ifrit avec anxiété.
- Ca vient de cette galerie, » jugea Shiva.
Ils l'empruntèrent prudemment. Ils ne se doutaient pas encore de ce qui les attendait au bout... (4)
(1) : Ne m'en voulez pas trop, monsieur Pratchett. Je suis sincèrement désolé.
(2) : Ifrit, pas le chocobo. Un chocobo n'a pas de cornes, vous auriez pu le déduire tout seul. L'oiseau, lui, poussa un piaillement de remerciement puis s'en alla en sautillant dans les collines. Il y rencontra une chocobotte sexy en diable, lui fit six petits piafs multicolores et mena une vie heureuse, sinon épanouissante, avant de se faire abattre par un chasseur-mage d'un Brasier + bien placé et embroché avant d'être mangé, dans une étrange ironie du destin. Sa famille déménagea et monta un commerce de kebab où l'on avait le choix parmi toutes les viandes connues, sauf, bien entendu, celle de chocobo. Ce n'étaient pas des barbares, quand même.
(3) : Ce titre revenant à l'unanimité à un estomac de shoopuf ballonné, abri dans lequel ils étaient arrivés à la suite d'événements qu'aucun d'entre eux n'avait envie de se remémorer.
(4) : Oui, des fois je fais des fins kitsch !
