Et un long chapitre pour terminer une année et en recommencer une autre. Bonne année à tous, et restez sur vos gardes : les canards anthropophages ne sont jamais loin !
(hmpf, l'éditeur de documents du site est fort limité... tant pis.)
Hum… hum. Euh… Je suis où, là ? Marie ? Youhou ? Quelqu'un ?
… Génial. Je ne sais pas où je suis, je ne sais même plus ce que je suis… Je ne vois rien. Est-ce que j'ai un corps ? Pas sûr. Il n'y a qu'une seule chose de certaine, et encore : je dois être derrière le quatrième mur.
Franchement, y'a rien d'impressionnant. C'est un monde bizarre, c'est sûr, mais vide… Pas de sortie à l'horizon… Pas d'horizon non plus, d'ailleurs.
Attends, non. Ce n'est pas tout à fait vrai. Au début, je croyais que ce monde n'était qu'une plaine de blancheur immaculée, mais à mieux y regarder, il change. Il change à chaque fois que je pense. C'est bête à dire, mais je ne trouve pas de meilleure façon de le formuler. Si je songe à une forêt, je la vois apparaître devant moi ; pareil pour une plage, pareil pour une montagne… Je pourrais essayer avec Shiva à poil, mais je dois rester tous publics. C'est vrai ! Il me suffit de penser à quelque chose pour influencer le monde autour de moi ! Serais-je devenu un dieu ? Haha. Non. Mais c'est très bizarre.
Ca y est, je commence à comprendre pourquoi Marie m'a amené ici. Ici, je n'ai besoin que de mon esprit pour créer et voyager… Parce que je peux décider de ce qui va se passer dans ce chapitre. C'est tout à fait ça ! Par exemple… Yojimbo va mourir… Non, ça, c'est bas. Mais je peux utiliser mon pouvoir pour revenir sur Spira. Voilà ce que je vais faire. Disons que je réapparais quelque part, loin de la prison !
… Ca ne marche pas ? Evidemment… La fiction ne peut pas continuer si je ne lui donne pas d'indications précises. Je ne l'aurais jamais cru si on me l'avait dit : il faut un scénario ! Même dans ce torchon. Ben oui. Alors je ferais mieux d'arriver quelque part où je pourrais être utile à l'histoire. Concentrons-nous.
… Là-bas ! Je sens Ixion… et… un dragon ? Qui ça peut être ? Pas Neo, pas papa… Ca, c'est bizarre. Ah, je vois son nom. « Adrammelech » ? Inconnu au bataillon. Mais ils sont en train de se battre depuis quelques pages. Je ferais mieux d'aller voir. Euh… comment je vais commencer… disons… voilà…
Le combat entre Ixion et Adrammelech faisait rage…
XXX
Le combat entre Ixion et Adrammelech faisait rage.
Depuis de longues minutes, le sommet de la montagne s'illuminait à intervalles de plus en plus rapprochés d'éclairs et d'explosions à chaque fois que les deux chimères échangeaient leurs sorts dévastateurs. En tant que Maîtres de la Foudre, ils se déplaçaient à une vitesse fulgurante, et même un œil chimérique aurait eu du mal à suivre leurs mouvements. Eux, par contre, ne perdaient pas une miette des actions de leur adversaire. Un seul clignement d'œil au mauvais moment, et ils perdraient d'une part leur ennemi de vue, d'autre part le combat.
Un temps mort, qu'ils mirent à profit pour reprendre leur souffle et se jauger du regard.
« Je crois qu'on tourne en rond, lança Ixion. Vu qu'on absorbe tous les deux la foudre, on ne risque pas de s'enlever beaucoup de points de vie de cette manière.
- C'Est Vrai, reconnut Adrammelech. Mais Ce Combat Ne Sera Pas Infini Pour Autant. Inutile De Bluffer : Tu Te Fatigues, Ixion.
- Oui, avoua Ixion avec un sourire légèrement mélancolique. Je suis plus vieux que toi. Peut-être n'ai-je plus l'énergie de combattre aussi longtemps.
- C'Est Ce Qui Sera Ta Perte, confirma Adrammelech. Place Aux Jeunes, En Quelque Sorte.
- C'est quand même une citation bizarre à utiliser dans une fanfic sur FF X, marmonna Ixion.
- Finissons-En. »
Adrammelech fendit l'air, tous crocs dehors. Ixion serra les dents. Il ne pourrait pas éviter cette attaque. Il fallait l'encaisser. Mais il n'était pas sûr d'y survivre non plus.
L'attaque tomba. Ixion la sentit bel et bien l'atteindre. Surpris, il constata que, par contre, elle ne lui avait quasiment pas fait perdre de points de vie. Adrammelech aussi s'était rendu compte que quelque chose clochait, et maintenant, il fulminait.
« Que S'Est-Il Passé ? Tu N'as Pourtant Pas Assez De Défense Pour Encaisser Cette Attaque !
- C'est à ça que sert le sort Carapace, lézard au rabais ! »
Les deux foudroyeurs tournèrent la tête vers la voix qui venait d'intervenir. C'était celle de Bahamut, fièrement dressé à quelques mètres de là, les doigts fumant encore des MP fraîchement dépensés pour sauver Ixion de la mort, ou en tout cas du K.O..
« Bahamut, constata le Poney d'une voix où se mêlaient la surprise et le soulagement.
- Ca faisait un bail, hein ? sourit Bahamut. Je reviens d'un endroit bizarre, là. Je me suis dit que j'allais en profiter pour te donner un coup de main.
- Et tu es arrivé juste à temps.
- Pas vraiment, nuança Bahamut. Je suis là depuis cinq minutes. Mais comme ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus, et que je n'ai même eu aucune influence sur le scénario, je me suis dit que pour marquer mon retour, il fallait une entrée dramatique… Comme sauver un ami au dernier moment.
- Je ne t'empale pas sur le champ parce que c'est tout de même grâce à toi que je suis vivant, mais je trouverai bien un moyen de me venger.
- J'espère, mais si on se débarrassait de ce type-là d'abord ?
- Avec plaisir. »
Adrammelech les toisa quand ils se retournèrent vers lui. S'il était contrarié par l'arrivée de Bahamut, il n'en restait pas moins digne et méprisant. Son regard lumineux indiquait qu'il aurait tôt fait de broyer ses adversaires.
Et, alors qu'Ixion et Bahamut étaient déjà prêts à recevoir la première attaque, Adrammelech fonça, non pas vers eux, mais vers les cieux, d'où il continua à les fixer avec mépris.
« Seuls Tes Sorts De Foudre Peuvent M'Atteindre Ici, Ixion. Et Tu Sais Aussi Bien Que Moi Que Tu Ne Peux Me Tuer Avec.
- Lâche, répliqua simplement Ixion.
- Non. Je Ne Vais Pas Vous Bombarder, Sauf Si Vous Tentez De Fuir. Je Veux Combattre Ton Ami. Tu Es Déjà Trop Fatigué. Dis-Lui De Me Rejoindre, Si Ces Ailes Lui Servent A Quelque Chose.
- Je t'entends, tu sais, grommela Bahamut. Tu pouvais me parler directement.
- D'Accord. Rejoins-Moi, Si Ces Ailes Te Servent A Quelque Chose.
- C'est beaucoup mieux. »
Bahamut se tourna vers Ixion, l'air interrogateur. Le cheval haussa les épaules.
« Vas-y, dit-il. Finis ce combat. Tu es le seul à pouvoir le combattre là haut, et tu es plus fort que moi.
- D'accord. Qu'est-ce que tu vas faire, toi ?
- Je pense aller rejoindre les autres et leur dire que tu es de retour et en train de botter les fesses d'Adrammelech.
- Ah oui, tu as toujours été du genre à dire toute la vérité, hein ?
- Effectivement. Ne me fais pas mentir.
- Bah ! Aucune chance. »
Ils échangèrent un salut de la tête, puis Ixion tourna bride et dévala la montagne au galop. Bahamut leva les yeux vers Adrammelech. Le dragon de foudre, l'air hautain, l'attendait patiemment à une vingtaine de mètres du sol.
« Bien, marmonna Bahamut. Cela faisait quelque temps que j'attendais de pouvoir me battre pour de vrai. Gare à tes p'tites fesses, mon gars. »
Il fit craquer ses articulations, souleva un nuage de poussière d'un battement de ses ailes massives et décolla, fonçant à pleine vitesse sur Adrammelech. Ce dernier l'esquiva un peu trop facilement, sans rien dire, et se plaça à quelques mètres de là, attendant la prochaine attaque. Sans se démonter, Bahamut enchaîna sur un Atomnium… qu'Adrammelech esquiva sans plus de mal.
« C'est pas du jeu d'esquiver les sorts, s'offusqua Bahamut.
- Je Suis Un Maître De La Foudre. Ma Rapidité Est Celle De L'Eclair. J'Esquive Si Je Veux, D'Abord.
- Bon, alors il me suffit de t'attraper et de t'éclater la tête contre le sol. Ok. 'Tention, j'arrive. »
Mais la force colossale de Bahamut ne fut d'aucune utilité. Attaques physiques comme magiques, Adrammelech les évitait toutes aisément. Et il profitait à chaque fois de sa vitesse supérieure pour se placer derrière son adversaire et lui retirer quelques PV à l'aide d'un Foudre X bien senti. Bahamut avait encore beaucoup de réserves, mais elles s'amenuisaient à chaque seconde alors qu'Adrammelech ne se fatiguait même pas.
« Alors ? nargua Adrammelech. J'Ai Entendu Parler De Toi, Bahamut. Même Dans Ce Monde, Tu Es Connu Pour Ta Puissance. Mais Apparemment, Les Rumeurs Sont Très Exagérées. N'As-Tu Donc Pas D'Autres Techniques En Réserve ? »
Bien sûr que si, il lui restait le Mega Atomnium. Bahamut se rendit compte que son adversaire était parfaitement au courant de cela. C'était probablement l'incident de l'araignée qui avait répandu les rumeurs à son sujet, et Adrammelech devait faire durer le combat pour voir s'il pouvait pousser Bahamut à utiliser sa fameuse technique. Le problème, c'était qu'il lui fallait un appui solide pour déclencher le Mega Atomnium : sans cela, rien que le chargement de l'énergie pouvait envoyer l'utilisateur voler à quelques kilomètres de là, ce qui n'était pas une façon très efficace de gagner un combat. Adrammelech se doutait-il que Bahamut était dans l'incapacité de l'utiliser ? Malédiction…
« J'en ai pas besoin pour te faire bouffer du sable, grogna Bahamut. Prépare-toi, c'était qu'un échauffement. Booster ! »
Bahamut sentit instantanément sa vitesse augmenter. A part les plus basiques, il n'avait pas appris beaucoup de sorts de magie blanche, mais s'était tout de même efforcé de maîtriser celui-ci, au cas où. C'était un atout qu'il gardait toujours pour de telles situations ; sa prévoyance avait payé. Il frissonna. « Prévoyance. » C'était presque un synonyme de « stratégie », ce qui était contraire à toutes ses croyances. Mais bon, aux grands maux les grands remèdes… Il devrait être capable de toucher Adrammelech maintenant.
Il fondit, prenant par surprise le dragon de foudre. Ce dernier entreprit tout de même d'esquiver, mais les griffes de Bahamut éraflèrent une de ses ailes.
« Enfin Te Te Réveilles, fit un Adrammelech satisfait. Bien. Je N'En Attendais Pas Moins De Toi. Foudre X. »
Le sort frappa Bahamut de plein fouet, mais il serra les dents et l'encaissa sans rien dire. Le combat ne faisait que commencer…
XXX
Pendant ce temps-là, Ixion, bien loin de se douter que le combat qu'il venait de confier à Bahamut ne prenait pas un tour très favorable, galopait à travers des plaines inconnues pour rejoindre les autres chimères qui tentaient de mettre un maximum de distance entre elles et les cavernes d'Adrammelech. L'ambiance n'était pas très joyeuse quand il les rejoignit. Valefore et Annabella évitaient résolument de se regarder, ne sachant trop quels sentiments l'autre nourrissait à leur égard en ce moment. Shiva ouvrait la marche et ne cessait de regarder à droite et à gauche pour trouver un chemin qui les ramènerait sur Spira, forcément sans succès. Seul Ifrit alimentait la conversation. Il ne tarissait pas d'auto-éloges sur la façon courageuse dont il avait rallié les chimères pour partir à la recherche d'Annabella, et sur son cœur qui, disait-il, avait été tourné vers son aimée tout ce temps. Personne ne l'écoutait, mais il n'avait pas l'air de s'en rendre compte, ou alors il s'en fichait.
L'arrivée d'Ixion, quand il les rejoignit, fut donc un changement bienvenu. Tout le monde sauta de joie en le voyant revenir vivant (1). Shiva courut vers lui avec un grand sourire.
« Alors ? Tu lui as montré ce qu'on risquait à s'attaquer aux chimères de Spira ? »
Ixion ne répondit pas tout de suite. Il avait eu hâte de leur raconter le retour de Bahamut, mais ses mots avaient freiné leur course vers l'extérieur quand il avait croisé par hasard le regard d'Annabella. Elle était tout aussi joyeuse que les autres de constater son retour sain et sauf, mais Ixion, fin psychologue, lut au fond de ses yeux la tristesse provoquée par le corollaire obligatoire de cette constatation – Adrammelech avait été tué. Miséricordieux, il s'empressa de la détromper en répondant à la question de Shiva.
« Nous n'avons pas achevé notre combat. Quand je suis parti, nous étions tous les deux en vie.
- Ah bon ? fit Annabella sans parvenir à dissimuler complètement son soulagement.
- Ah bon ? fit Shiva sans soulagement du tout, ou alors mieux dissimulé qu'un ninja au fond d'une grotte par une nuit sans lune. Mais alors, pourquoi es-tu là ? Et pourquoi t'a-t-il laissé fuir ?
- Je n'ai pas fui, s'offusqua Ixion. Il a décidé de changer de cible. Ah oui, j'aurais dû commencer par là. Bahamut est en train de se battre contre Adrammelech. »
Un silence estomaqué suivit cette révélation.
« Bahamut est là-bas ? s'écria finalement Shiva. On y retourne ! Vite !
- Sauf ton respect, Shiva, objecta Valefore, ce n'est pas la meilleure chose à faire. Nous devons mettre damoiselle Annabella en sûreté.
- C'est vrai… Eh bien, j'irai toute seule. Bonne chance à vous sur le chemin du retour.
- Je t'accompagne, dit Ixion.
- Toi ? Mais tu en reviens tout juste…
- Je reste le plus rapide d'entre vous, répondit Ixion avec une pointe de fierté. Je pourrai te porter jusque là-bas.
- Alors je ferai le reste du chemin avec Annabella, conclut Valefore. Est-ce d'accord, mademoiselle ?
- Voui, répondit d'une petite voix une Annabella rougissante.
- Bonne chance à vous deux, sourit Shiva. On se retrouve à la Salle d'Attente.
- Euh… tenta Annabella.
- Oui ? Qu'y a-t-il ?
- Shiva, tu pourrais dire à Bahamut de ne pas trop faire de mal à Adrammelech ? Il n'est pas méchant au fond… »
La Reine des Glaces fronça les sourcils.
« Convaincre Bahamut de ne pas trop bourriner ? Ca va être dur. Mais je te promets d'essayer.
- Merci, » sourit Annabella.
Les deux groupes se saluèrent une dernière fois puis partirent dans des directions opposées. Le silence retomba sur la route tandis que le soleil se coulait doucement derrière l'horizon. Mais il fut rapidement brisé par une voix inquiète.
« Heu, les gars ? Et moi, je vais où ? »
Pas de réponse.
C'est là qu'Ifrit comprit que tout le monde l'avait oublié.
XXX
« GRRRrrrruuUUUuuuuurrrrRRR… »
Une masse fumante et horriblement meurtrie gisait au pied des murailles du pénitencier de Bevelle. Sous les blessures et les brûlures, on pouvait reconnaître la silhouette de Bahamut – mais un Bahamut à la carapace aussi noire que son âme, un dragon maléfique à la puissance décuplée. C'était une purgatrice qui avait volé son apparence afin de semer la destruction pour le compte des suppôts de la CIA. Mais cette fois, elle était tombée sur un os – un os qui s'appelait Anima.
L'Invokeur était bouche bée. Toujours debout sur les remparts, il avait observé tout le combat – ou plutôt, l'exécution en règle commise par Anima. Certes, il avait entendu parler de la puissance de le chimère interdite, mais… De là à surpasser Bahamut purgateur, et de si loin… Il avait du mal à y croire. Pourtant, il voyait clairement sa purgatrice disparaître peu à peu au pied des remparts, tandis qu'Anima était toujours debout, si tant était qu'une chimère avec sa morphologie pût être debout. En tout cas, elle semblait en pleine forme. Défaite totale.
Il fit volte-face et redescendit des remparts sans assister à la disparition de Bahamut purgateur qui revenait peu à peu vers le plan noir d'où il avait surgi. Sa cape volant derrière lui, ses enjambées galvanisées par la frustration qui l'habitait, il fonça dans les couloirs de la forteresse jusqu'à atteindre la salle d'état-major d'où Sprütz s'efforçait de diriger les opérations. Actuellement, il était en passe de faire sa quatrième crise de nerfs.
« Comment ça, vous ne pouvez pas le rattraper ? beuglait-il quand l'Invokeur entra.
- Je suis désolé, fit d'une petite voix le mage auquel on avait confié la tâche ingrate d'annoncer la mauvaise nouvelle au commandant. Il semblerait qu'il se soit échappé en glissant dans une autre dimension.
- Vous voulez dire qu'il est retourné chez lui comme si de rien n'était ?!
- Euh, non, chevrota le mage. C'est… compliqué… L'endroit où vivent les chimères est un autre plan de Spira. La cellule spéciale empêche les changements de plans, justement parce que les chimères peuvent les effectuer à volonté… On confond souvent les termes de plan et de dimension, même dans les chapitres précédents, mais ce n'est pas la même chose. Il s'agit d'un tout autre monde…
- Epargnez-moi les cours magistraux, fulmina Sprütz. Dites-moi juste pourquoi vous n'êtes pas fichu de le poursuivre.
- On ne maîtrise pas encore les glissements interdimensionnels. On aurait pu lui courir après par le passage qu'il a ouvert Yevon sait comment, à condition qu'il soit encore assez récent. Mais là, nos tests montrent que ça fait au moins une heure qu'il a disparu. Le passage est complètement refermé.
- Et pourquoi personne ne le surveillait ?
- Euh… je crois que tout le monde était sur les remparts pour lutter contre les chimères qui nous attaquaient depuis l'extérieur…
- Qui est le crétin qui a donné cet ordre ?
- Euh… répéta le mage, affolé.
- Bon, on s'en occupera plus tard, grommela Sprütz. Pour l'instant, l'important est de s'assurer qu'on repousse l'attaque. Quelqu'un a des nouvelles de l'Invokeur ? Ah ! Invokeur. »
Il venait de repérer l'homme en noir qui était entré silencieusement et qui avait sagement attendu qu'on daigne lui prêter attention.
« Vous avez repoussé l'ennemi ?
- Non, commandant. Il était trop puissant.
- Même pour vous ? gémit Sprütz. Tout fout le camp… Bon… Et vous ne pouvez pas revenir à l'attaque ?
- Je me vois dans l'obligation de décliner votre requête.
- Hein ? fit le commandant, estomaqué. Vous n'avez pas le droit ! Vous avez été envoyé par la CIA en tant que renfort pour mes troupes ! Vous devez obéir à mes ordres !
- Non, commandant. Je ne fais plus partie de la CIA.
- Pourtant, votre tunique est frappée des lettres C, I et A en grand. Pure coïncidence, je suppose ?
- En fait, j'aurais dû appuyer ma phrase précédente en lançant mon insigne sur la table, mais il se trouve que, comme vous venez de le faire si justement remarquer, nos insignes sont brodés sur nos tuniques, et je ne me sentais pas de déchirer la mienne. Imaginez donc que je viens de jeter mon insigne sur la table. Là, comme ça. »
Sprütz jura et ramassa l'insigne en fusillant l'Invokeur du regard.
« Les rats quittent le navire, hein ? cracha-t-il.
- Pas vraiment. Je viens simplement d'essuyer une défaite cuisante. Il me manque énormément d'entraînement, alors je vais quitter cet endroit et reprendre mon apprentissage.
- Si vous voulez, lâcha le commandant sur un ton écoeuré. C'est fini de toute façon… Nous venons de nous prendre la branlée du siècle, mes amis.
- Oui, mon commandant, » confirma un soldat.
L'Invokeur quitta la pièce, bien loin de se sentir coupable pour ce qu'il venait de faire ou de s'inquiéter pour l'avenir des hommes de Sprütz. Une seule chose occupait son esprit.
La puissance. La vengeance.
Bahamut purgateur était sa chimère la plus puissante, et elle avait été vaincue. Il restait toujours Yojimbo le mercenaire et son sabre automatiquement mortel, mais… Non. Il ne voulait pas penser aux implications. Il fallait simplement qu'il s'entraîne, qu'il acquière de nouvelles chimères et qu'il améliore celles qu'il avait déjà. Alors… alors il aurait sa revanche.
Mouahahaha.
XXX
Animas regardèrent leur ennemi disparaître peu à peu, pas peu fières. Elles avaient dû donner tout ce qu'elles avaient pour l'éliminer, ce qui n'était pas peu dire. Bahamu purgateur avait un nombre absurde de points de vie, et s'il en avait eu juste un peu plus, elles seraient tombées à court de capacités offensives. Mais cela avait suffi, bien que de peu, et elles s'étaient tellement déchaînées que leur adversaire n'avait pas eu le temps de lever la petite griffe. Les deux têtes échangèrent un sourire de satisfaction.
« Bien joué, là-haut ! s'enthousiasma Anima.
- YYYRHAAA ! répondit Anima. »
Puis elles s'effondrèrent, épuisées et pantelantes. Ce combat avait réellement vidé leurs réserves. En y réfléchissant bien, ce n'était pas stratégiquement très malin. Elles n'avaient plus la force de repasser le voile vers la Salle d'Attente, et si un de leurs ennemis les trouvait là, il n'aurait pas le moindre mal à les achever sur place. Mais bon… Au moins, cela avait permis à Neo Bahamut de retourner en sécurité. C'avait été leur seul but.
« Heu… Les filles ? »
Sursautant de surprise, elles relevèrent les têtes. Par une coïncidence très pratique, Neo était là, juste au moments où elles pensaient à lui. Mais pourquoi ? N'avait-il donc pas profité de la diversion pour décamper ?
« YYYRHAAA ? demanda Anima, un rien agacée.
- Je ne pouvais pas partir en vous laissant derrière, marmonna Neo. J'avais commencé à traverser le voile, et puis je me suis dit que c'était honteux de ma part de vous laisser combattre ce monstre. Alors je suis revenu. Mais euh… ce n'était pas nécessaire, si ?
- Nous nous sommes débarrassées de la version purgatrice de ton petit frère, confirma Anima. Mais c'est gentil d'être revenu.
- YYYRHAAA… soupira Anima.
- Vous êtes si fatiguées que ça ? s'inquiéta Neo.
- Un petit peu.
- Bon. »
Sans prévenir, Neo se pencha et ramassa Animas pour les charger sur son dos. Elles le regardèrent toutes les deux avec la même expression de surprise (et toujours un peu de souffrance absolue).
« YYYRHAAA ?
- Vous devez être crevées. Je vous ramène à la Salle d'Attente.
- … Oui, merci, sourit Anima. Je vais en profiter pour faire un somme. J'ai rendez-vous avec un Prince Abominable du Treizième Enfer Douloureux, ce soir.
- YYYRHAAA ! protesta Anima.
- Cause toujours, répliqua Anima. Je refuse de rater ce rencard, c'est trop rare de trouver un Balrog Archi-Destructeur aussi sexy… Tu verrais les pointes qui saillent de ses pectoraux… Et surtout la taille de son –
- Ahahahaha, on va rentrer, hein ? rigola Neo un peu plus fort que nécessaire. Allez les filles, c'est par là, pas la peine de discuter, reposez-vous plutôt, je m'occupe de tout !
- – fouet ! »
XXX
Le soleil avait maintenant presque disparu. Il ne signalait plus sa présence que par la couleur orangée qu'avait pris l'horizon, et qui laissait peu à peu place à la noirceur nocturne.
Adrammelech rompit le corps à corps et reprit de l'altitude pour considérer son adversaire. Plus bas, Bahamut le fixait furieusement, la respiration saccadée. Aucun vainqueur ne se dégageait encore, et à ce rythme-là, ils pourraient tenir toute la nuit. Voire la matinée suivante. Et continuer tout au long de l'après-midi. Peut-être faire une pause pour le goûter, et reprendre les hostilités jusqu'à la tombée de la nuit suivante. En tout cas, ça allait être long.
« Tu Te Défends Bien, reconnut Adrammelech. Mais J'Attendais Tout De Même Mieux. Si Ta Véritable Force Avait Eté Même La Moitié De Celle Que Te Prête La Légende, Tu Aurais Dû Pouvoir M'Atomiser Dès Le Premier Assaut. Ne Me Dis Pas Que Tu Te Réserves Encore ? »
Bahamut ne le dit pas. Il ne dit rien, en fait. Ce combat commencer à le frustrer sérieusement. Peut-être avait-il trop pris l'habitude de compter sur son Overdrive… En tout cas, il ne parvenait pas à se battre efficacement sans lui. Néanmoins, il repartit de nouveau à l'attaque en espérant qu'Adrammelech finirait par faire une erreur… et si possible avant que lui-même n'en commette une.
Mais il était vrai qu'Adrammelech, bien que n'étant apparu que dans un jeu ultérieur, avait une excellente expérience du combat. Il ne laissait jamais d'ouverture et attaquait avec une vitesse époustouflante dès que Bahamut baissait sa garde. Les points de vie de son adversaire n'étaient plus si nombreux que cela maintenant… Pour Bahamut, il n'y avait qu'une solution : placer un Mega Atomnium. Or, sans appui, cela lui était impossible.
« Je Crois Que Je Devrais T'Eliminer, proposa Adrammelech. Inutile De Perdre Notre Temps Alors Qu'Il Est Evident Que Tu Ne Peux Plus Me Vaincre.
- Espèce de… fulmina Bahamut.
- Glacier X ! » hurla une troisième voix, figeant sur place les deux combattants.
A tel point qu'Adrammelech ne put réagir avant que le sort ne s'empare de ses jambes et ne commence à former un solide glacier qui grimpa lentement mais sûrement le long de son corps. Il finit par s'arrêter juste au-dessus de sa taille, laissant le dragon battre frénétiquement des ailes pour ne pas s'exploser lamentablement au sol à cause du poids supplémentaire.
« Qui A Fait Ca ? » beugla-t-il.
Les deux dragons baissèrent les yeux. A plusieurs mètres en-dessous d'eux, au niveau du sol en fait, se tenait Ixion. Sur son dos, il y avait Shiva. Elle lançait un sourire enjôleur à Bahamut.
« Déjà fini la prison, mon dragounet ?
- Ouais, répondit joyeusement Bahamut. Tu me manquais trop, surtout certaines parties de toi, si tu vois ce que je veux dire.
- Tes parties aussi m'ont manqué. Mais on organisera des retrouvailles en rentrant à la maison. D'ici-là, tu pourrais éliminer ce méchant dragon pour moi, dis ?
- C'est comme si c'était fait ! »
Bahamut se tourna vers Adrammelech avec un sourire carnassier aux lèvres. Le dragon de foudre s'éloigna tant bien que mal, un air profondément indigné sur le visage.
« Ca, C'est De La Triche.
- Même pas, rétorqua brillamment Bahamut. Nous nous tenons simplement à nos racines. Si on te considère comme un boss à abattre, c'est normal qu'on te combatte en groupe.
- Je Proteste Contre Cette Logi – Aïe ! »
Le aïe était provoqué par une charge de Bahamut, qui avait proprement tamponné son adversaire d'un coup d'épaule. Incapable d'esquiver efficacement, Adrammelech ne put pas non plus l'empêcher de l'agripper par les épaules et de planter ses griffes inférieures dans la glace qui recouvrait ses jambes.
« Vous Êtes Des Lâches… Euh… Qu'Est-Ce Que C'Est Que Cette Roue Que Je Vois Tourner Juste Sous Mon Nez ?
- Le résultat de l'appui que tu viens de me fournir. Sois heureux : j'arrête de me retenir.
- Hein ? Oh, Damna –
- MEGAAAAA… ATOMNIUM ! »
Shiva et Ixion ne perdirent pas une miette de la scène.
« Il n'a pas perdu la main sur ça, au moins, remarqua Ixion.
- En effet, confirma rêveusement Shiva. J'aime bien quand il est aussi… rentre-dedans.
- … Hum. Hé… C'est quoi, ce machin qui tombe, là ?
- Un bout de corne de dragon, je crois. Oh, attention ! Décale-toi sur le côté !
- Ouf ! Merci, Shiva, j'ai failli être arrosé de… euh… substance gluante et rosâtre.
- De rien.
- Et ça, ça ressemble à…
- Ecoute, on ferait mieux de ne pas trop se poser de questions, ça ne peut pas faire de bien à notre santé mentale.
- Tu as raison. Ah, le voilà qui descend.
- Voilà, fit Bahamut avec un grand sourire quand il fut en face d'eux. On peut rentrer maintenant.
- Bravooo, le félicita Shiva, des petites étoiles dans les yeux. Ah, Annabella m'avait demandé de te dire un truc…
- A quel sujet ?
- Adrammelech, je crois. Mais j'ai oublié… Ca ne devait pas être trop important.
- Rentrons, » conclut Ixion.
XXX
Quand Ixion, Shiva et Bahamut arrivèrent à la Salle d'Attente, Valefore et Annabella les y avaient précédés. Neo et Anima étaient arrivés à peu près en même temps, et tout le monde se retrouva dans la pièce principale à se raconter ce qui était arrivé et à se congratuler mutuellement. Tandis que les blessures régénéraient doucement grâce à l'influence bénéfique de la Salle d'Attente, on fêta le retour d'Annabella dans la joie et la bonne humeur.
Du moins, jusqu'à ce que les ennuis recommencent en la personne de Samantha qui ouvrit une porte à la volée et cloua tout le monde sur place de son regard meurtrier. Derrière elle, Maria fit coucou à sa petite sœur sans trop comprendre qu'il y allait de nouveau avoir beaucoup d'engueulades.
« Alors vous êtes revenus, siffla Samantha. Bien. Très bien. Cela facilitera la tâche des enquêteurs. Vous êtes tous des hors-la-loi ici – Annabella, viens là, ces gens vont déteindre sur toi. Je m'assurerai personnellement que vous subirez les conséquences de vos – Aïeuh. »
Elle tituba et tomba inconsciente, face contre terre. Huit paires d'yeux suivirent avec intérêt sa courbe disgracieuse en direction du sol, et huit paires d'oreilles notèrent l'amusant bruit qui accompagna le contact avec ce dernier (2). Ensuite, tout le monde regarda Yojimbo, qui se tenait juste derrière la Samantha dans les vapes, son sabre à la main, encore dans le fourreau, comme quelqu'un qui viendrait de s'en servir pour assommer quelqu'un d'autre.
« Pourquoi avoir fait ça ? demanda Shiva.
- Je pensais qu'après bientôt 17 chapitres, c'était évident. Elle parle trop. Damoiselle Annabella, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop. »
Annabella sursauta, surprise qu'on s'adresse à elle. Elle rougit jusqu'aux oreilles et secoua négativement la tête. Yojimbo eut l'air satisfait. Il se tourna ensuite vers Maria à côté de lui.
« Quant à vous, damoiselle Maria, je suppose que je n'ai pas besoin de vous poser la question. Vous auriez pu m'arrêter si vous l'aviez voulu.
- Hum, ouais, peut-être, répondit Maria avec un sourire stupide. Mais j'pense qu'elle doit dormir un peu. Ca va lui faire du bien, on verra après si elle est plus raisonnable.
- Je vais l'amener dans sa chambre, proposa Ixion. Après cela, il faudra qu'on réfléchisse. N'oubliez pas que ce qu'elle a dit était tout de même vrai. Bahamut est un fugitif, notre groupe de même, et Neo et Anima ont attaqué la prison… Il va nous falloir de bonnes excuses.
- Pas besoin, sourit Neo. Marie m'a dit qu'elle s'occupait de tout… Elle a des contacts. On n'aura aucun problème.
- YYYRHAAA, confirma Anima.
- C'est pas un peu immoral ? demanda Bahamut.
- Si. Et ?
- Rien… c'était pour savoir…
- Au fait, Yojimbo ! J'ai un truc pour toi.
- Hum ? »
Le samouraï attrapa au vol un petit objet que lui avait lancé Neo. Fronçant les sourcils, il examina ce qu'il tenait dans la paume de sa main. C'était un flacon.
« Qu'est-ce ?
- Du collyre, dit Neo, tout fier. Pour ta conjonctivite.
- … Idiot, je n'ai pas de… Oh, et puis laisse tomber. Merci.
- De rien ! »
XXX
« Bon, j'ai beau être une chimère de feu, là il commence à faire froid, les gars. Je vais bientôt rentrer si vous ne revenez pas ! »
Marie.
« Evidemment… Tu vas encore râler. »
Bien sûr. Ce que tu as fait était dangereux.
« Allons ! Il est revenu parmi les siens sans le moindre problème… »
C'est parce qu'il n'a pas compris l'ampleur du pouvoir que tu lui avais confié.
« Donc il n'y a pas de raison de regretter ce qui s'est passé, n'est-ce pas ? »
Je voudrais juste que tu évites cela à l'avenir. Peut-être qu'ils finiraient par comprendre les possibilités qui leur sont ouvertes de l'autre côté du quatrième mur. Je pense que l'histoire que j'écris habituellement est déjà bien assez chaotique sans que les chimères viennent y fourrer le nez.
« Reconnais que ça a permis de conclure cet arc. Bahamut croupirait encore en prison sans mon intervention. »
Ridicule. Tu penses vraiment que je n'avais aucune idée de la manière de le faire sortir ? Moi ?
« Vu comment les choses se sont passées, ça y ressemblait pas mal, en tout cas… »
Marie…
« D'accord, d'accord. Je suis désolée. Ca ne se reproduira plus ; je vais retourner à mon rôle de petite fille ignorante et surveiller tout ce petit monde pour toi. »
Merci, Marie. Je veux que tu saches que ton travail signifie beaucoup pour moi. Je suis un peu dur parfois, mais cela fait partie de mes obligations.
« Tu aurais pu me donner un nom plus original, quand même. »
Je l'avoue. Que dirais-tu d'Augustine ?
« … D'un autre côté, c'est mignon, Marie. »
Oh. Alors ce sera Marie.
« Je vais aller me reposer un peu, maintenant. Tu n'auras pas besoin de moi au prochain chapitre ? »
Non, c'est bon. Tu as bien mérité une pause. Dors bien, Marie.
« A la prochaine. »
Oui.
(1) : Tout le monde sauf Valefore, qui, dépourvu de jambes, préféra voleter de joie.
(2) : Quelque chose comme « Sflap ».
