Hop ! Ceci n'est qu'un court chapitre sans but aucun, si ce n'est celui de rajouter quelques débilités à la liste déjà longue de celles qu'on peut trouver ici, en attendant le prochain qui sera, j'espère, plus intéressant :p
Bonne lecture !
« … voilà, et pendant que Sheïba continue à distraire le Kraken avec sa danse, je bondis par-dessus bord en brandissant ma hache – je précise que je porte toujours Yod Ji sur le dos – et je rebondis sur le petit bout de glace créé par le rayon de givre qu'Affret a foiré tout à l'heure, ce qui nous permet d'atteindre la tronche du Kraken…
- … et là, je lui plante mon katana dans l'œil, puis Marrhia lance appel de la foudre sur la lame, et ça fait conducteur pour que la force électrique lui crame directement le cerveau. »
Silence.
« Alors, il est mort ?
- …Euh, je suppose que… je devrais tirer quelques dés pour les jets de sauvegarde… enfin… peut-être…
- Ilémorilémorilémorilémorilémorilémor ?
- … Oui. Oui, le Kraken est… il est mort. Félicitations à vous cinq… enfin… je pense.
- OUAAAIIIIIIS !!!
- Loot ! »
XXX
Neo Bahamut referma le manuel en soupirant. Percevant quelques craquements, il le rouvrit, souffla sur les pages pour en chasser les miettes de chips puis le ferma à nouveau. Il le rangea avec les autres et entreprit de nettoyer la table peuplée d'autres chips, de pelures de gomme, de flaques non-identifiées de liquides non-identifiables et de mines de crayons brutalisées.
L'impression de quiétude qui régnait sur la Salle d'Attente depuis le retour d'Annabella, il y avait quelques jours de cela, était assez étrange, presque louche. Personne ne se criait dessus, les relations générales étaient courtoises, et on n'avait pas risqué une seule fois de déclencher un cataclysme à l'échelle mondiale, ce qui était une amélioration par rapport aux exactions passées des pensionnaires. De fait, il y avait bien eu deux ou trois cas où une petite dispute avait failli aboutir à l'élimination de Spira de la surface de Spira. Enfin, euh… la fin du monde, disons.
Mais rien de tout ça depuis plusieurs jours – l'univers restait entier, même perclus de plans secondaires et de dimensions alternatives. On se parlait gentiment, Annabella repoussait les avances d'Ifrit avec le sourire, Bahamut et Yojimbo n'avaient pas tenté de s'étriper en public (sauf après la fois où le premier avait glissé trois bombos dans la pantoufle gauche du second, mais il faut dire qu'il l'avait cherché), et, plus surprenant encore, personne n'avait demandé à Neo de « foutre le camp d'ici, sale parasite, j'en ai ras-le-bol de devoir nettoyer derrière toi à chaque fois, en plus tu sais très bien que si Papa était ici et te voyait faire, il t'aurait déjà foutu une taloche là où je pense, et franchement tu l'aurais pas volé. »
A bien y réfléchir, le calme ambiant n'était probablement pas sans rapport avec le fait que Samantha boudait dans sa chambre depuis le retour de tous les autres. En tout cas, au moins en ce qui concernait le squat de Neo, elle n'aurait jamais laissé faire ça sans force cris et mandales dans la tronche de l'accusé. C'était étonnant. Pourquoi ne se contentait-elle pas de se réjouir du retour de sa petite sœur ? Elle aurait là l'occasion de faire la paix avec tout le monde ; mais non, elle refusait carrément de se mêler à ce qu'elle considérait comme un ramassis de paysans sans respect pour l'autorité – sur ce point-là, elle n'avait pas tout à fait tort. En plus, la seule chimère qu'elle tenait en relativement haute estime – à l'exception d'elle-même – l'avait proprement assommée devant tout le monde. Il fallait le reconnaître, ça avait de quoi foutre en rogne.
Neo haussa les épaules pour lui-même. Après tout, tant qu'elle était dans sa chambre, on était tranquille dehors. Si elle retrouvait du poil de la bête, peut-être chercherait-elle à se venger, en commençant par essayer de remettre Bahamut en prison, accompagné cette fois du groupe de Shiva. Marie avait fait les yeux doux à son grand-père pour qu'il renonce à poursuivre en justice les chimères désobéissantes, et le fait qu'elles aient ramené Annabella jouait en leur faveur, mais nul doute que si Samantha s'y mettait vraiment, elle pouvait rouvrir leur dossier pour leur créer de nouveaux problèmes. Mieux valait faire profil bas, se laisser oublier et ne pas provoquer l'aînée des Magus.
Le dragon jeta un coup d'œil à Anima avant de sortir de la pièce. Il s'était attendu à la trouver endormie, comme souvent, mais elle bâillait avec l'air peu éclairé de qui vient de s'extirper d'un sommeil douillet. Neo se demandait s'il devait s'éclipser et la laisser émerger tranquillement, quand elle tourna la tête vers lui et le salua.
« YYYRHAAA.
- Salut toi. Ca va ?
- YYYRHAAA, confirma Anima.
- En bas aussi ?
- YYYRHAAA.
- Super. Bon, ben, euh… bonne nuit, hein.
- YYYRHAAA.
- Merci. »
Il quitta la pièce en direction de la chambre d'amis qu'il occupait, ses manuels de jeu de rôle sous le bras. Anima le suivit du regard jusqu'à ce qu'il franchisse le voile.
« Il est pas très doué, mais il est gentil, non ? fit une vois exagérément innocente ainsi qu'un rien étouffée par le sol d'où elle provenait.
- YYYRHAAA, grogna Anima.
- Allons, ne joue pas les vierges effarouchées, plaisanta Anima. C'est normal de ne pas pouvoir s'empêcher de reluquer une belle bête comme ça. Viril, gentil, protecteur… Je t'envierais presque, mais j'ai plutôt un faible pour les démons. Un peu moins… doux, tu vois ce que je veux dire ?
- YYYRHAAA, lâcha Anima, indiquant clairement que la conversation était terminée.
- Comme tu veux. Bon, je te laisse, je vais être en retard à mon rendez-vous, sinon. Bonne nuit.
-YYYRHAAA. »
XXX
« … cinq cent quatre-vingt deux… cinq cent quatre-vingt trois… cinq cent quatre-vingt quatre… »
Le soleil commençait tout juste à caresser la plaine de ses rayons auroraux, et Yojimbo en était déjà à sa cinquième série de mille suburi. (1) Il voulait s'entraîner encore plus ; il voulait devenir plus fort. On lui avait raconté l'affrontement épique entre Adrammelech et Bahamut. Ce dernier avait gagné et en avait profité pour se poser comme héros du jour, pendant que Yojimbo jouait les larbins pour Samantha, puis revenait à la Salle d'Attente la queue entre les jambes. La honte l'envahissait et créait une large tache sur son honneur de samouraï. Le pire était qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Il avait été inutile tout du long… complètement inutile.
A cette pensée, il redoubla d'efforts dans ses frappes. La sueur faisait luire son torse nu et lui dégoulinait dans les yeux, mais il ne ralentit pas la cadence. Il n'était même pas encore à la moitié des dix mille suburi qu'il avait prévus. Cesser maintenant serait s'avouer vaincu.
« … huit cent trente, huit cent trente et un… »
Sa rage envers lui-même décuplait son énergie et il se mouvait de plus en plus vite. Il sentait ses muscles jouer sous sa peau, son corps en bonne santé donner toute la mesure de sa force. Chaque frappe le rendait plus sûr de lui-même. Il pouvait devenir plus fort. Il ne serait plus jamais le faible qui n'avait rien réussi à accomplir.
« Bah dis donc. Si tôt le matin et déjà en plein effort ? T'es motivé. »
Le sabre de Yojimbo se figea à la moitié de sa neuf cent quinzième frappe. La voix dans son dos, il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir à qui elle appartenait. C'était justement celui qui occupait ses pensées, celui qu'il essayait d'égaler à chacune de ses frappes. Le vainqueur d'Adrammelech.
« Tu me déconcentres, fit calmement le samouraï. Au revoir.
- Ne sois pas si désagréable, bouda Bahamut. On se demandait où tu étais, alors je t'ai cherché et… voilà.
- Intéressant. Au revoir.
- Bien que tu considères probablement ton dos si puissamment musclé comme une vision magnifique, j'aimerais que tu me regardes quand je te parle. »
Yojimbo soupira et descendit son sabre avant de se retourner vers le dragon. Il s'attendait à tomber sur un visage moqueur et à subir quelques blagues débiles avant d'être enfin laissé tranquille. Quand il constata que l'expression de Bahamut était parfaitement sérieuse, et même un rien gênée, il fut tellement surpris qu'il oublia instantanément la fatigue qui engourdissait ses membres.
« Qu'est-ce qu'il y a ? parvint-il à demander.
- Pas grand chose… J'étais juste vraiment impressionné par ta détermination. Je ne pourrais jamais m'imposer une telle rigueur rien que pour atteindre un objectif… Je me découragerais avant ça. »
La franchise était désarmante. Du coup, Yojimbo faillit se sentir gêné également. Vulnérable, aussi. Il était torse nu, fatigué, en sueur devant son rival. Avant de se mettre à rougir, il détourna les yeux.
« Ma vie est comme ça, marmonna-t-il. Rigueur d'un bout à l'autre. Nous ne sommes pas pareils, toi et moi. Tu dis être impressionné par ma capacité à ne jamais me détourner de mes objectifs but… mais c'est ton ouverture d'esprit qui te permet d'atteindre les tiens. Regarde-moi : si prévisible… si facile à manipuler.
- Tu sais, ce n'est pas si dur de se décoincer. Il suffit de… se détendre un peu. »
Le ton de la phrase surprit Yojimbo, qui se retourna de nouveau vers Bahamut – juste à temps pour constater que leurs visages étaient maintenant tout proches, et pour sentir le baiser que le dragon déposa sur ses lèvres. Il fut surpris, oui, mais certainement pas autant que quand il se rendit compte qu'il était en train de lui rendre son baiser. De même, il ne résista pas quand les mains de Bahamut commencèrent à effleurer son torse exposé. Il savait que c'était honteux, qu'il ne devait pas s'adonner à de telles actions avec son rival, encore moins pendant son entraînement matinal. Alors pourquoi, pourquoi donc y prenait-il tant de plaisir ?
« Bahamut… murmura-t-il faiblement entre deux baisers.
- Détends-toi, répondit le dragon. Ne pense à rien d'autre. »
Alors, Yojimbo se laissa faire. Il ne bougea pas un muscle quand les mains puissantes de son partenaire le couchèrent doucement sur l'herbe. Il se contenta de profiter de l'instant quand elle s'aventurèrent dans des endroits dont il n'osait pas prononcer le nom. Il frémit à peine quand…
*ploup*
…
Shiva ouvrit soudainement les yeux dans le noir. Elle cligna des paupières un moment avant de retrouver ses repères spatiaux et temporaux. C'était le milieu de la nuit et elle était dans son lit, comme d'habitude à cette heure-ci (2).
Elle ne bougea pas. Elle repensait au rêve dont elle venait de sortir. Yojimbo et Bahamut… Hum… Une situation hautement improbable, certes. Mais pas déplaisante. La Reine des Glaces rit doucement dans son oreiller. Bien sûr, il faudrait éviter d'en parler aux deux principaux intéressés. Le sang avait déjà assez coulé comme cela.
Repoussant la couverture, elle s'assit dans son lit. Un léger courant d'air la fit frissonner, vêtue uniquement de sa nuisette qu'elle était. (3) Elle se leva, passa une robe de chambre et se rendit dans la cuisine avec l'intention de boire un verre d'eau pour se refroidir l'esprit échauffé par son rêve. Elle se saisit d'un verre dans le placard et ouvrit le robinet. Tout en buvant à petites gorgées, elle profita de la quiétude et du silence, choses que la Salle d'Attente n'avait pas l'habitude de connaître. Shiva ne serait pas la première à s'en plaindre, mais elle ne pouvait s'empêcher de rester perpétuellement sur ses gardes, comme si Ifrit allait débarquer en hurlant d'un instant à l'autre, la défier à un jeu quelconque et perdre ; ou Bahamut s'approcher d'elle avec un grand sourire à la fois charmeur et grivois ; ou Valefore et Ixion tenter de l'entraîner dans une discussion passionnée sur un sujet obscur, châtiment que tous les autres pensionnaires de la Salle d'Attente avaient appris à redouter ; ou même Samantha entrer de son pas altier et lui jeter un regard dédaigneux accompagnés de quelques mots méprisants. Oui, même Samantha faisait maintenant partie de la faune de la Salle d'Attente, que qui que ce fût le veuille ou non.
Shiva reposa son verre dans l'évier. Elle avait pu tout boire sans que quiconque vienne la déranger. Vraiment exceptionnel. Avec un haussement d'épaules, elle reprit le chemin de sa chambre et se recoucha, espérant à moitié rejoindre le rêve qu'elle avait abandonné un peu plus tôt.
Oui, le calme était retombé sur la Salle d'Attente et il n'y avait vraiment rien à signaler.
Mais personne ne doutait que le chaos recommencerait bientôt.
(1) : Une fois n'est pas coutume, ceci est une note sérieuse : les suburi sont un exercice pratiqué (entre autres) en kendo. D'après Wikipédia, « il permet un travail technique (synchronisation des mouvement bras/jambe) ainsi que l'augmentation de la souplesse du dos et des épaules. » Voilà, maintenant, cette fiction est éducative.
(2) : Sauf bien sûr quand elle était dans celui de Bahamut. (4)
(3) : Bien qu'il soit important de noter que ledit vêtement la couvrait toujours plus que la tenue qu'elle portait pendant la journée. (4)
(4) : Et pour répondre à la question qui vous trotte dans la tête : non, je ne me lasserai jamais des blagues grivoises aux dépens de Shiva.
