TADADAM !

Promis, j'essaie d'en avoir un autre en ligne avant la fin des vacances ! J'espère que vous passez de bonnes vacances, d'ailleurs. Attention au soleil. Il est méchant.


Adrammelech ne tenait plus en place. Il était partagé entre la rage qu'il éprouvait envers Bahamut et les techniques fourbes qu'il avait utilisées pour le battre, la jubilation que provoquait malgré tout l'imminence d'une deuxième rencontre avec lui, mais aussi, surtout peut-être, un sentiment de malaise général. Il savait fort bien ce qui le provoquait : il n'aimait pas l'Invokeur qui l'avait ramené à la vie, et pourtant, son code d'honneur lui imposait de payer sa dette envers l'humain. Une connerie, ce code d'honneur, soit dit en passant, mais il était un peu tard pour revenir sur sa parole. Bahamut avait détruit son corps et seule l'intervention de ce misérable humain lui permettait de continuer à fouler le monde des vivants. Si au moins l'Invokeur utilisait les pouvoirs de sa nouvelle chimère à bon escient et la menait au combat afin qu'Adrammelech puisse déchaîner son plein potentiel …

Mais non. « Nous allons régler ce problème par voie administrative », avait-il dit. Cela n'avait pas plu à Adrammelech, dont le style consistait plutôt à taper sur le problème jusqu'à ce qu'il puisse marcher dessus. Il savait – par expérience personnelle – que Bahamut adoptait une attitude similaire envers les obstacles qui s'opposaient à lui. C'était peut-être un rustre alors qu'Adrammelech était un chevalier, mais tous deux reconnaissaient les bienfaits d'une bonne grosse tatane dans la tronche de temps à autre. Normalement, leur différend aurait dû se résoudre au champ d'honneur et provoquer des dommages collatéraux sur plusieurs centaines de kilomètres à la ronde. Voilà pourquoi s'asseoir dans un bureau et attendre benoîtement l'adversaire était… un peu décevant.

« Grml Grrrb Mrbl », grommela-t-il.

Comme il n'avait pas trop le choix malgré tout, il reposa son draconique fessier dans son fauteuil et passa le temps en continuant à râler et en examinant ses alentours.

Il se trouvait dans le bureau de Bahamut Zéro, attendant patiemment que le Grand Juge revienne avec son rejeton pour démêler leur problème une bonne fois pour toutes, même s'ils devaient le faire par voie ad-mi-nis-tra-ti-veuh. Malgré sa nervosité, il ne pouvait s'empêcher de noter que le Dragon Zéro avait un très bon goût pour ce qui était de la décoration. (1) Le bureau était d'un bois d'acajou joliment ouvragé et ciré avec soin. La lumière du jour que dispensait la fenêtre était agréablement tamisée par des rideaux en dentelle à l'extrême délicatesse. Le papier-peint affichait un sublime mélange entre le rose fuchsia et le vert caca d'oie, et de confortables fauteuils doublés de tweed accueillaient les visiteurs dans ce cadre chaleureux.

L'ensemble était certes moins sobre que la caverne perdue en plein désert qui servait de repaire à Adrammelech, mais ce dernier comprenait fort bien que les lois du standing imposaient au Grand Juge de ne pas se satisfaire d'un bureau chiche avec une plaque de bois posée sur deux tréteaux pour tout espace de travail. Oui, le standing était très important. C'était la raison pour laquelle Adrammelech tenait à garder sa caverne sinistre : des fauteuils en tweed auraient quelque peu diminué l'impact de tout le côté « dragon maléfique tapi au fond de la grotte » qu'il s'évertuait à présenter. Sans cela, il aurait bien demandé à Zéro où il avait trouvé ces si charmants fauteuils. Quoique… le tweed ne ferait pas forcément bon ménage avec le sable et toutes les saletés qui s'infiltraient inlassablement dans la caverne. (2) Ce qui ne l'empêchait pas d'ajouter une touche pittoresque au bureau dans lequel Adrammelech poireautait actuellement.

Finalement, le seul détail qui faisait tache dans la pièce, c'était…

« Allons, mon ami ! Ne fais pas cette tête d'enterrement ! Tu vas bientôt revoir ton ennemi adoré ! »

… l'humain qui se tenait derrière lui avec un écœurant sourire joyeux plaqué sur la figure. L'Invokeur auquel il devait allégeance à présent qu'il l'avait ramené à la vie. L'homme était svelte et avait un visage effilé encadré par de longs et fins cheveux noirs. Il portait une tunique moulante noire qui avait arboré les lettres CIA il y avait plusieurs chapitres de cela et une cape noire pendouillait derrière lui. Son pantalon était fait d'une souple étoffe noire et ses chaussures de cuir noir. En-dessous, il portait des chaussettes blanches.

« J'Aimerais Que Vous N'Abusiez Point Du Tutoiement, Maître.

- Je te promets d'y penser. Mais concentre-toi plutôt sur ta vengeance imminente ! N'es-tu pas empli de joie à la penser de voir Bahamut se tordre à tes pieds ?

- Je Le Serais Si Vous M'Aviez Permis De Régler Le Problème De Manière Honorable. D'Autre Part, Un Détail M'Echappe Toujours. Pourquoi Mettez-Vous Tant D'Energie A… M'Aider A Me Venger ?

- Une question légitime. Vois-tu… »

Ses yeux se voilèrent de brume, indiquant un flash-back imminent.

C'était le chapitre 16.

L'homme était prostré dans ses quartiers depuis quelques heures maintenant. Il avait perdu toute notion du temps, et pour tout dire, il se fichait de savoir s'il faisait encore jour ou si tout le monde était déjà couché. Une seule pensée l'animait.

Il avait perdu.

Perdu contre une chimère inférieure. Depuis sa plus tendre enfance, il avait travaillé sur ses capacités d'Invokeur, et il était persuadé que sa maîtrise de Bahamut purgateur, acquise à force de sang et de sueur, aurait dû lui donner la main haute sur n'importe quel adversaire… et pourtant, avec quelle facilité cette Anima l'avait éliminé ! Les compétences de l'hommes n'avaient pas faibli pour autant, mais elles étaient simplement insuffisantes…

Alors il fallait qu'il devienne encore plus puissant. Si un gros dragon ne suffisait pas à gagner un combat…

Alors il lui fallait un dragon encore plus gros.

Un petit ricanement s'échappa de ses lèvres gercées. Ce plan était parfait, magnifique de par sa complexité profonde. Jamais Anima ne comprendrait ce qui s'était passé ! Mouahahaha !

L'homme s'extirpa de son flash-back avec un soupir et regarda Adrammelech.

« J'ai besoin de ta puissance pour obtenir ma revanche dans un combat que j'ai perdu, avoua-t-il. C'est pour cela que je t'ai ressuscité, et à présent que nous avons conclu un pacte, tu es tenu de livrer jusqu'au bout les combats dans lesquels je t'invoque. Pourtant, je pense que notre collaboration ne pourra atteindre sa pleine efficacité que si nous nous faisons une confiance totale. C'est pourquoi j'ai décidé de t'aider à apaiser tes tourments avant de te mener au combat. J'espère qu'ainsi, je gagnerai ton respect. »

Adrammelech considéra le petit humain. Décider de passer par la paperasse plutôt que par le champ de bataille pour obtenir réparation était certes une méthode de larve, mais son Invokeur n'ignorait pas les règles de l'honneur pour autant. Il voulait laver sa réputation, et il avait même une raison presque logique de ne pas vouloir appeler Adrammelech au combat d'ici là. Peut-être le dragon l'avait-il sous-estimé, après tout.

« Nous Verrons, grogna-t-il en détournant le regard. Finissons-En Déjà Avec Ces Formalités.

- Heureux que tu me comprennes », approuva l'Invokeur.

Par une convention narrative assez pratique puisqu'ils n'avaient plus grand chose d'intéressant à se raconter, la porte s'ouvrit à ce moment-là sur Zéro et son fils, évitant à nos deux compères de devoir les attendre dans un silence embarrassé.

Bahamut, derrière sa moue maussade, examina rapidement les environs. Décor décrépi, odeur de renfermé, tout à fait ce à quoi il s'attendait de la part de son paternel. Il ne daigna pas jeter plus d'un vague regard à Adrammelech, mais ne put retenir un froncement de sourcil à la vue de l'Invokeur qu'il ne connaissait pas. Son nez busqué surmonté de petits yeux noirs qu'il fixait avec ardeur sur la famille Bahamut lui donnaient un air parfaitement détestable. Avec ses habits entièrement noirs, Bahamut le classa directement dans la catégorie « lui, il est louche ».

« Salut, Adry, clama-t-il une fois son examen sommaire terminé. Bon, quelqu'un peut me dire où on est et qui c'est le type louche en noir ? Y'avait pas une histoire de jugement ou chépakwa ?

- Bonjour, Bahamut, le salua Adry d'une voix plus glaciale que quelque chose de très glacial.

- Salutations cordiales, » sourit le Louche.

Zéro assit sa masse millénaire derrière le bureau en acajou et fit signe à son fils de faire de même. Bahamut considéra le tweed d'un air dédaigneux, mais même lui savait quand arrêter de s'attirer des ennuis et il s'installa bien sagement.

« Permettez-moi de me présenter », commença Zéro.

Tous les présents savaient évidemment qui il était, mais aucun ne songea à lui refuser la permission.

« Je suis le Juge Draconique, Bahamut ZERO. Il me revient d'arbitrer tous les différends entre les chimères de la race des dragons. L'affaire qui nous occupe aujourd'hui est celle d'Adrammelech, Maître de la Foudre (3), contre Bahamut, le Dragon de Platine, le Dévoreur d'Univers. »

Bahamut et l'auteur vérifièrent rapidement le premier chapitre.

« Tu as oublié Celui-qui-a-trop-la-classe, marmonna Bahamut.

- Volontairement. Bahamut, vous êtes accusé d'annihilation forcée et non autorisée sur la personne d'Adrammelech ici présent. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

- Rien, clama fièrement son fils. Je lui ai cassé la figure en toute connaissance de cause et il l'a senti passer. Je revendique entièrement cet acte.

- Honnête, Au Moins, siffla Adrammelech.

- Ce sera une affaire réglée rapidement, dans ce cas, renifla Zéro. Puisque l'accusé assume ses actes et que le plaignant n'a pas d'objection à apporter à cette version, le châtiment proposé par la cour est le suivant : les travaux forcés au service d'Adrammelech jusqu'à ce que ce dernier estime avoir obtenu réparation, pour un minimum de trois siècles.

- Pas encore ça », gémit Bahamut, déprimé par la répétitivité des ficelles de l'histoire.

Adrammelech devait admettre que ça ne lui plaisait que moyennement, pour les raisons déjà évoquées : faire de Bahamut son larbin, bien que sans aucun doute fort jouissif, ne serait pas une réparation satisfaisante pour l'humiliation subie sur le champ de bataille. Et d'ailleurs, son honneur n'était pas non plus très à l'aise avec l'idée de réduire en esclavage un adversaire, sinon chevaleresque, du moins à la puissance respectable. Mais que dire ? Il s'attendait à un dénouement aussi peu motivant dès le moment où son nouvel Invokeur l'avait traîné au tribunal. Ne restait plus qu'à accepter le jugement en grommelant et à supporter Bahamut pendant trois siècles.

« ATTENDEEEZ ! »

Trois têtes de dragons millénaires, dont la puissance terrifiante se lisait au fond de leurs yeux et dont les crocs acérés avaient mis à bas des dieux, se tournèrent vers l'origine de la voix avec une expression intriguée.

Le Louche, qui s'était sagement tenu en retrait, assis sur une chaise vingt fois plus grande que lui, à l'origine réservée aux enfants dragons qui accompagnaient leurs parents dans le bureau du Juge, venait de se lever. Il avait adopté une pose théâtrale, le bras tendu en direction des trois dragons, qu'il fixait avec deux flammes en guise d'yeux. Un triple froncement de sourcils lui répondit, et finalement, Zéro lui accorda la parole :

« Avez-vous une objection, Invokeur ?

- En effet. Plusieurs millénaires de travaux forcés ne suffiraient point à laver l'honneur de mon ami. J'en appelle au Rite de Domination. »

Il y eut trois visages reptiliens ébahis, trois paires d'yeux draconiques exorbités.

« Le Rite De Domination ? s'étrangla Adrammelech.

- Je vois, le Rite de Domination ! s'exclama Zéro.

- Non, pas le Rite de Domination ! » se lamenta Bahamut.

Puis, comme le silence commençait à retomber et que tout le monde avait à peu près repris son expression habituelle :

« C'est quoi, le Rite de Domination ? s'enquit Bahamut.

- Fils ignorant, lui répondit un Zéro désespéré. Tout dragon est censé savoir cela. Cette épreuve fait partie de notre conscience collective, bien qu'elle n'ait plus été pratiquée depuis des générations.

- Je n'écoutais pas vraiment en cours de Conscience collective, répliqua nonchalamment Bahamut. Eclaire-moi, papounet.

- Si Vous Voulez Bien Me Permettre, Grand Juge, intervint Adrammelech. J'Aimerais Me Dévouer Pour Expliquer Le Rite A Ce Blasphémateur.

- A force de répéter « Rite de Domination », j'sais pas s'il nous reste assez de majuscules pour une de ses tirades, bouda Bahamut.

- Si, ça devrait aller, jugea le Louche après vérification.

- Bien, conclut Zéro. Allez-y, Adrammelech. Expliquez donc.

- Merci, Grand Juge. Le Rite De Domination Est Une Ancienne Epreuve Utilisée Pour Régler Les Querelles Entre Deux Dragons, Autrement Que Par Le Sang. Les Règles En Etaient Les Suivantes : Les Deux Concurrents Devaient Partir En Quête Chacun De Leur Côté. Aucun Contact Direct Entre Les Dragons N'Etait Autorisé Avant La Fin De La Quête. Quant A L'Objectif, Il S'Agissait De Retrouver Un Ancien Artefact Que Les Organisateurs Du Rite Cachaient Soigneusement Pour L'Occasion. Une Sorte De Jeu De Piste, Si Vous Voulez. L'Artefact Ressemblait A Un Globe De Cristal Contenant Selon La Légende Le Souffle De Notre Dieu, Le Premier De Tous Les Dragons. On Appelle Cet Objet Le Baiser De Dieu – Le God Kiss. N'Importe Quel Dragon Le Tenant En Main Peut Donner Un Ordre Absolu – Et Un Seul – A Un Autre Dragon. Le But De L'Affrontement Etait Donc D'Être Le Premier A Mettre La Main Sur Le God Kiss, Après Quoi Le Vainqueur Avait Le Droit De L'Utiliser Pour Donner Un Ordre A Son Adversaire, D'Où Le Nom De Rite De Domination. Cet Ordre Pouvait En Théorie Aller D'Un Gage Bon Enfant, Comme Répondre A Une Invocation Vêtu D'Un Tutu A Paillettes, A Quelque Chose De Plus Absolu, Comme Le Suicide. Cependant, Forcer Un Dragon A Mourir A L'Aide Du God Kiss Etait Rigoureusement Interdit, Puisque Le But Du Rite Etait Justement D'Eviter Qu'Un Combat Fratricide Ne Réduise Encore Le Nombre De Dragons Dans Le Multivers. Pour Eviter Qu'Il Tombe Dans Les Mains D'Un Dragon Mal Intentionné, Les Autorités Draconiques Défendent Farouchement Le God Kiss Et Ne Le Sortent Qu'A l'Occasion Du Rite De Domination. Le Rite Lui-Même N'est plus souvent utilisé de nos jours, car nos ancêtres ont préféré cesser de jouer avec un objet aussi précieux et dangereux. pourtant, il n'a pas été perdu ; il est simplement remisé avec révérence dans un temple dont seul le grand juge connaît la localisation, et il est tout à fait possible d'organiser un nouveau rite de domination pour régler les querelles… comme celle qui nous occupe. »

adrammelech se tut et reprit sa respiration. sans se départir de la moue dubitative plaquée sur son visage depuis le début de l'explication, bahamut se renversa sur son dossier et dit :

« mouais, ben en tout cas j'avais raison pour l'épuisement du stock de majuscules.

- il semblerait que notre ami ait été effectivement un peu trop verbeux, reconnut le louche. je propose que nous fassions une petite pause le temps de renouveler notre typographie.

- proposition acceptée », déclara zéro.

XXX

« Bon, ça m'a l'air d'être encore un sacré bordel, ce Rite, estima Bahamut.

- En effet, reconnut Zéro. Mais il s'agit surtout d'un bordel sacré, pour reprendre tes mots. En termes plus polis, le Rite de Domination est effectivement bien compliqué, mais nous, en tant que dragons, avons l'obligation de le respecter et de se soumettre à ses règles, parce qu'il fait partie de nos traditions, et même de notre religion. L'athéisme n'est pas une option, ajouta-t-il en devançant la question que Bahamut s'apprêtait à poser. Tu es un dragon aussi, et tu te devras d'accepter de participer au Rite si j'en décide ainsi. »

Bahamut ne protesta pas, principalement parce que si cette histoire lui permettait d'éviter de se soumettre aux travaux forcés, il était tout à fait d'accord pour affronter Adrammelech dans les règles.

« Cependant, continua Zéro, je n'ai pas encore arrêté ma décision. Le Rite n'a pas été utilisé depuis des millénaires, et le ressusciter sur demande d'un simple humain me semblerait quelque peu… audacieux. N'êtes-vous pas d'accord, sire Invokeur ? »

Le regard de flammes qu'il braqua sur le Louche signifiait assez clairement que l'humain était d'accord, et qu'il ne s'agissait pas d'une question, mais d'un ordre émanant d'une masse destructrice de plusieurs milliards de tonnes condensées dans un corps qui, s'il semblait assez petit en comparaison, était néanmoins suffisamment grand pour avaler une cinquantaine de bipèdes dans son genre et avoir encore de la place pour le fromage et le dessert. Cependant, le Louche ne devait pas avoir bien appris à déchiffrer les messages envoyés par les regards, même quand ils avaient la subtilité d'un trente-six tonnes, car il répondit par une courbette ironique et les mots suivants :

« Grand pardon, Juge Zéro. Je ne proposais la chose que dans le plus grand intérêt de mon ami Adrammelech. Il me semble que le Rite de Domination est la solution rêvée à un conflit d'honneur comme celui-ci. De toute façon, il ne devrait y avoir aucun risque à utiliser le God Kiss si un dragon tel que vous veille dessus, n'est-ce pas ? »

Le sourire enjôleur qu'il déploya aurait fait fuir une armée d'incubes. Bahamut se dit qu'il était vraiment vraiment très louche. Zéro ne dut pas arriver à la même conclusion, car il rugit :

« Très bien ! Puisque cela semble convenir à tout le monde, un nouveau Rite de Domination sera organisé, opposant Bahamut, le Dragon de Platine, à Adrammelech, Maître de la Foudre. Le God Kiss verra de nouveau la lumière du jour, et c'est sous l'œil de notre Père que vous défendrez votre honneur. Je présiderai à l'épreuve avec le costume rituel. Vous pouvez vous retirer, dragons. Dévisagez-bien votre adversaire. La prochaine fois que vous le verrez, ce sera pour ancrer dans l'éternité qui d'entre vous deux est le vainqueur, et surtout, qui est le vaincu. »

Il considéra son public, rendu un petit peu mal à l'aise par le discours qui était tout de même très flippant. Haussant les ailes, il termina par un simple :

« Bon, on se fait une bouffe ? »


(1) : Un peu vieillot, en fait, mais en sa qualité de chimère multi-millénaire, Adrammelech favorisait les intérieurs coquets et bien propres sur eux plutôt que les habitations « disaïne » et « haï-tek » dont raffolaient les jeunes d'aujourd'hui et dont on pouvait diriger les moindres détails avec une seule télécommande ultra-miniaturisée, laquelle avait tendance à rendre l'âme dès qu'il faisait un peu humide ou qu'on la laissait tomber de cinq centimètres et demi. On n'arrêtait pas le progrès, sauf avec un verre d'eau ou, pour les moins délicats, un coup de marteau bien placé.

(2) : D'ailleurs, vous vous découragez rapidement du ménage tout court quand une tempête éternelle dépose chaque jour une demi-tonne de sable au milieu des falaises qui vous servent de salon.

(3) : En tout cas l'un d'entre eux, même si Ixion n'était toujours pas d'accord pour lui accorder le titre.


Marie se racla la gorge et débita avec peu d'enthousiasme le texte qu'elle avait préparé.

« Oui, non seulement on a du retard, mais en plus ça fait un autre chapitre presque entièrement centré sur Bahamut, et on commence à se demander où sont passés tous les autres, et surtout à quoi ça servait d'utiliser une vingtaine de personnages si c'est pour n'en faire apparaître que quatre. Il est désolé. Il dit qu'il avait besoin de ces deux chapitres pour lancer un scénario fantastique à la complexité épatante et qu'il va redonner un petit peu de temps à tout le monde maintenant. Il dit qu'il faut le croire et que ça va être vraiment bien, mais il n'a pas l'air trop convaincu, alors faites-lui plaisir : ne râlez pas trop, sinon il va pleurer. Je vous jure. Vous ne le connaissez pas. Il le ferait. Il suffit de patienter un peu pour voir la résolution des intrigues secondaires palpitantes, comme Anima et Neo qui vont boire un verre, ou Ixion et Valefore qui rangent leur jeu. Ah, il jure aussi aux hommes qui nous lisent qu'on reverra bientôt Shiva. Pas d'inquiétude à avoir donc. Le prochain chapitre arrivera bientôt, dit-il, même si personne n'y croit, mais là encore, faites semblant. Et je vous promets qu'on verra un peu autre chose que Bahamut, enfin, normalement. Merci. A bientôt. »