Auteur : Ariani Lee
Série : Les Chevaliers du Zodiaque
Pairing : Hyoga/Shun Shaka/Shun
Chapitre 5
« Plutôt perdre la vie en essayant de le sauver que le voir mourir dans mes bras ! »
I'll take the shot for you, I'll be a shield for you
Needless to say I'll stand in your way
I'll take the shot for you, I'll give my life for you
I'll make it stop, I'll take the shot for you
(Shot, The Rasmus)
C'était à nouveau l'orphelinat, mais cette fois-ci, ils étaient à l'intérieur, dans le réfectoire qu'on avait débarrassé des tables à manger mais qui sentait toujours le misô et la soupe de riz. Shun reconnut la scène instantanément : tous les orphelins étaient rassemblés autour de Tatsumi et d'une grande boîte percée d'un trou. L'un des enfants avait le bras enfoncé dedans et essayait manifestement d'attraper quelque chose. Ils avaient fait un bond de plus de trois ans, et c'était le jour où on leur avait annoncé leur départ pour les camps d'entraînement.
- C'est le jour où on a choisi nos destinations pour nos entraînements, dit-il à Shaka. Oh, c'est le tour de Seiya !
Effectivement, le petit brun avait plongé son bras dans l'urne géante et avait attrapé le premier papier qu'il avait pu atteindre avant de le tendre à Tatsumi.
- Seiya ira au Sanctuaire, en Grèce, annonça t-il.
Seiya s'éloigna et Hyoga s'avança d'un air décidé. Lui fit un peu tourner les papiers pliés pour les mélanger avant d'en choisir un.
- Hyoga ira en Sibérie, dit Tatsumi, et d'ajouter un mot Russe qui devait être le nom d'un village.
Shun vit le visage du futur chevalier du Cygne s'éclairer.
- Il était bien le seul à être content, releva-t-il.
- Et pourquoi l'était-il ? Demanda Shaka.
- La mère de Hyoga est morte dans le naufrage d'un bateau qui a coulé tout près de l'endroit où ils l'ont envoyé. Son entraînement lui permettait d'aller la voir... Son maître lui a très souvent reproché son sentimentalisme...
... et maintenant, il est devenu aussi froid que la glace qu'il manipule.
-... Shun ira sur l'île de la Mort.
Les enfants se mirent tous à murmurer et Shun se vit, tête basse, écouter ce que lui disait Tatsumi sur sa future destination. Shaka haussa les sourcils.
- L'île de la Mort ? Répéta-t-il.
- A la base, c'est moi qui devais partir là-bas. Ikki n'est jamais très loquace sur le sujet, mais pour le peu que j'en sais, je n'aurais pas survécu à l'entraînement qu'il y a subi. S'il n'avait pas pris ma place, je n'aurais jamais ramené l'armure du Phénix.
La voix d'Ikki s'éleva dans la pièce.
- Intéressant ! Envoyez-moi là-bas à sa place.
- De quoi tu te mêles ? Ce n'est pas parce que c'est ton frère que tu as voix au chapitre ! Répliqua Tatsumi.
- Qu'est-ce que ça change ? Tout ce qui compte, c'est que quelqu'un vous ramène l'armure, pas vrai ? Alors si je veux prendre sa place, il n'y a pas de problème !
Le petit Shun jeta un regard reconnaissant et coupable à son frère avant de lui donner le papier qu'il tenait à la main. Il s'approcha de l'urne pour en piocher un nouveau.
- Shun ira sur l'île d'Andromède.
La scène se dissout.
- Je me suis toujours senti mal vis-à-vis d'Ikki. Il a tellement souffert, là-bas, pour moi... Et en plus, ça n'a pas vraiment adouci mon sort. Je ne dirais pas qu'il a fait ça pour rien, mais l'île d'Andromède n'a rien d'une station balnéaire non plus... Il y fait étouffant la journée et glacial la nuit, il n'y a pas de végétation, que de la pierre partout. La seule eau qu'on y trouve, c'est celle de la mer qui entoure l'île. Quand j'y étais, j'étais tout le temps malade à cause du chaud et froid... Mais mon maître, Albior, était une personne formidable. Rien à voir avec Guilty, le maître d'Ikki.
Le brouillard de couleurs autour d'eux recommença à s'agglomérer. C'était à nouveau la cour de l'orphelinat, mais tout le monde était dehors, sous un soleil écrasant. Une petite foule était rassemblée à côté d'un autocar. Shun se retrouva aussitôt, debout à côté de la porte.
- C'est le jour de mon départ pour l'île, dit-il d'une voix calme, mais en fait, il avait une boule au fond de la gorge.
Ce souvenir-là, il n'avait pas besoin de ça pour s'en rappeler parfaitement. Un petit groupe d'enfants se tenait tout près du petit Shun, l'entourant. Il y avait là, entre autres, Seiya et Shiryu qui redoublaient de gentillesse envers lui.
- Ikki était déjà parti. C'est pour ça qu'il n'est pas là.
Et c'est pour ça que les autres sont si gentils. Pourquoi est-ce que je suis toujours celui pour lequel il faut s'inquiéter ? Celui qui n'est pas capable de se débrouiller tout seul ?
- Tu devrais monter avec lui dans le bus, dit Shaka.
Shun fit ce que lui disait le chevalier de la Vierge et suivit son image passée dans le bus où il alla s'asseoir dans un siège du côté de la vitre. Il parcourait la cour du regard à la recherche de quelqu'un qui n'était manifestement pas là. Pourtant, il savait qu'Ikki était déjà parti. Il se pencha pour regarder par la fenêtre et effleura le dos du petit garçon. Aussitôt, des mots résonnèrent dans sa tête, aussi clairement que si on les lui avait dit à l'oreille avec sa voix d'enfant :
Pourquoi il ne vient pas ?
Surpris, il sursauta et recula. Avait-il entendu ses propres pensées ? Intrigué, il approcha une main hésitante de son épaule.
... s'en fiche complètement que je m'en vais !
Et l'enfant fondit en larmes. Shun enleva sa main, déconcerté. Ikki était parti une semaine auparavant, il ne comprenait pas. Mais l'image se dissout et il se retrouva près de Shaka.
- On dirait que quelque chose te laisse perplexe, dit aussitôt le gardien de la maison de la Vierge.
Pour le coup, c'était trop fort, alors Shun finit par poser la question qui le taraudait depuis des jours :
- Shaka, est-ce que tu peux voir ?
- Pas à proprement parler, répondit le chevalier blond. Mais mon ouïe et mes autres sens sont beaucoup plus sensibles que les tiens. Et je peux ressentir la moindre vibration d'humeur, le moindre changement de ton état d'esprit dans ton cosmos. Et en ce moment-même, tu es perplexe, Andromède. Pourquoi ?
- Je peux entendre mes pensées. Là tout de suite, je l'ai fait involontairement. Et je ne comprends pas ce que j'ai entendu.
- Ah bon ?
- Quand je suis parti, je pleurais, mais pas parce que j'avais peur. C'était parce que quelqu'un n'était pas venu me dire au revoir. Pas Ikki, puisqu'il était déjà parti, alors je ne comprends pas. Je pensais qu' « il » s'en fichait complètement si je partais. Mais je ne sais pas de qui il s'agit. On était très nombreux à l'orphelinat... Aïe !
Une épine de douleur venait de lui traverser la tête. Il porta vivement la main à son front.
- Tu as mal à la tête ?
- Oui ! Je ne sais pas pourquoi, tout à coup...
Shaka leva les mains et formula une incantation incompréhensible. Un instant plus tard, la Maison de la Vierge réapparut autour d'eux. Shun ouvrit les yeux, assis par terre en face de l'autre chevalier. La douleur s'était déjà estompée.
- C'est normal que tu aies mal. Ton esprit se bat contre ces intrusions. Tu devrais aller te reposer. C'est épuisant mentalement, et nous devons continuer. Si tu es toujours d'accord.
Shun hocha la tête avec vigueur. Plus que jamais, il voulait dépasser ces traumatismes. Il allait tout affronter, et si Shaka pouvait l'y aider, il ferait tout ce qu'il lui dirait.
- Je n'ai pas renoncé. Je vais essayer de dormir un peu.
Un instant plus tard, allongé sur son lit, le bras croisés derrière la tête, il regardait le plafond. Ses paupières étaient lourdes, il n'arrivait pas à réfléchir. Il essayait de se souvenir qui n'était pas venu lui dire au revoir le jour où il était parti, et pourquoi ça lui avait fait tant de peine. Mais c'était peine perdue. Il arrêta de se battre contre le sommeil qui l'envahissait. Shaka lui avait dit de se reposer. Cette courte séance avait généreusement puisé dans ses réserves d'énergie en forçant les barrières de son esprit. Et quelque chose lui disait que les suivantes n'allaient pas être plus douces.
En quoi il ne se trompait pas. Les jours qui suivirent furent de réelles épreuves. Le premier souvenir que lui vint le lendemain matin fut celui du jour où il avait obtenu l'armure d'Andromède. Shaka avait été surpris de ne rien voir du tout de son entraînement, mais c'était une partie de sa vie que Shun occultait. Contrairement aux combats qui avaient suivi, son séjour sur l'île d'Andromède ne l'avait pas beaucoup marqué, c'était juste une période pénible dont il ne voyait pas l'intérêt de se souvenir. Après l'armure, ce furent des souvenirs du Tournoi Intergalactique, leurs retrouvailles rendues un peu étranges par la rivalité et les armures. L'arrivée de Hyoga qui portait l'armure du Cygne. Celle d'Ikki. Sa douleur face à son frère qui le haïssait désormais, qui voulait le tuer. L'intervention de Hyoga et des autres. L'affrontement contre le chevalier noir d'Andromède.
La première mort. Shun pleura doucement. Même si à, ce moment-là, il n'avait pas réalisé ce qu'il avait fait. Il se passait alors tellement de choses… Ça avait pris un peu de temps, mais la réalité avait fini par le rattraper.
Ni l'un ni l'autre ne s'étaient attendus à avoir droit au Curriculum Vitae complet du chevalier Andromède. Tout y passa, et cela prit une semaine. Shun regretta même de s'être engagé là-dedans, il commençait à avoir peur de faire pire que bien. Même après les séances qui étaient épuisantes, il n'arrivait plus à dormir. Il avait des cernes noirs sous les yeux, et l'esprit embrumé par la fatigue. Mais comme il ne se plaignait pas, ils continuèrent et Shaka eut tout le loisir d'assister aux pires moments de sa vie. Des choses qu'il aurait bien aimé oublier. La colère meurtrière qu'il avait éprouvée face au chevalier des Poissons, qui avait assassiné son maître et en riait. La sombre satisfaction de s'être vengé alors qu'il glissait dans l'inconscience provoquée par la rose qui buvait son sang. L'affrontement contre Mime de Benetnasch, qui avait lu en lui comme dans un livre ouvert. Ô combien atroces avaient été ces moments pendant lesquels le guerrier divin d'Eta avait mit son cœur à nu sans vergogne, exhibant ses faiblesses et les terribles vérités qu'il y cachait, qu'il refusait d'admettre. Ce qu'il pensait réellement.
- Pourquoi continuer à te battre ? Demandait-il en s'avançant vers lui, sa harpe à la main, tandis que Shun essayait de se relever. Pourquoi, Andromède ?
Sa curiosité paraissait sincère. Shun parvenait à se relever et répondait.
- Je te l'ai déjà dit, je dois sauver Athéna et protéger le monde.
Le jeune homme continuait de le regarder de son air impassible, alors qu'il haletait, le corps endolori.
- Tu crois vraiment pouvoir protéger le monde ? Non... Crois-tu vraiment que ce monde vaille la peine d'être protégé ?
Shun s'immobilisait. Assistant au souvenir, le chevalier du présent savait qu'il venait d'être surpris. C'était là une des inavouables questions qu'il s'était déjà posées.
- Penses-tu vraiment pouvoir purifier le monde de tout le mal qui l'habite en le combattant ? Réponds-moi.
Mais il était resté muet, sidéré. Comment cet homme pouvait-il exprimer ses pensées les plus secrètes comme ça ? Il n'avait pas exagéré quand il avait parlé de ses pouvoirs. Il était si différent de ceux qu'il avait combattus auparavant...
- Durant la bataille des Douze Maisons, tu as blessé tes adversaires et tu as toi-même été blessé, poursuivait Mime. Et qu'as-tu gagné dans tout ça ? Une bataille supplémentaire. Pas vrai ?
Shun reculait, incrédule, les yeux brillants. Il ne pouvait pas le nier...Combien de combats à mener, et combien de personnes avait-il dû blesser dans cette bataille... ? Tout ça au nom de leur Justice, qu'ils pensaient être la bonne. Le doute qui sommeillait en lui le submergeait, il tombait à genoux... malgré tout leur courage, leur idéal était-il utopique ? Son avenir ne serait-il qu'une succession de combats? Personne n'était là pour lui répondre... Peut-être Mime avait-il raison. Des larmes coulaient sur ses joues.
- Pourquoi ? Demandait-il, la tête penchée vers le sol. Pourquoi personne ne répond ? Cette bataille... que nous menons...
- Andromède, disait Mime qui le regardait pleurer d'un air imperturbable. La seule façon de mettre un terme à ce combat... Pour toi, c'est de succomber à la mort.
Il levait une main pour lui porter un coup fatal, mais à cet instant, Shun entendait la voix d'Ikki. Il se relevait et il continuait le combat… mais sans grande conviction.
Quand le souvenir se dissipa, il n'osait pas regarder Shaka.
- Tout ce qu'il a dit... était vrai. Je n'ai pas la foi, comme Seiya ou Shiryu. Je veux protéger ce monde dans lequel vivent les gens que j'aime... Mais me battre, ça va à l'encontre de tout ce à quoi j'aspire. Mime l'a dit : mes chaînes ne font que refléter mon propre dégoût du combat.
En réalité, parmi tous les souvenirs qu'ils traversèrent, un seul ne fut pas pénible pour Shun : sa tentative désespérée pour sauver Hyoga, dans la maison de la Balance. Il s'était regardé ôter d'abord son propre casque, puis celui du chevalier du Cygne, avant de l'enlacer étroitement. Dans le souvenir, il ne pouvait pas ressentir l'intensité de sa cosmo-énergie lorsqu'il l'avait déployée, mais il était sûr d'une chose : jamais il n'avait vu une telle lumière. Jamais il n'avait été si heureux d'être chevalier que ce jour-là, où au lieu de se battre et d'essayer de tuer quelqu'un, il pouvait se servir de sa puissance pour sauver la vie d'une personne qui lui était chère. Le visage de Hyoga reprenait peu à peu les couleurs de la vie, à mesure que le souvenir devenait de moins en moins net parce que lui-même perdait lentement conscience.
- J'aurais préféré mourir en essayant de le sauver que de le voir mourir dans mes bras, dit-il à voix haute pour Shaka. C'est la seule fois de ma vie où je me suis servi de mon cosmos sans me sentir mal. Je me sentais bien plus à ma place que dans un combat. Les autres disent que je ne devrais pas combattre dans cet état d'esprit, mais je préfère de loin me sacrifier que faire du mal.
Comme d'habitude, le chevalier de la Vierge avait acquiescé histoire de lui signaler qu'il l'avait entendu, mais n'avait pas réagi. Le souvenir s'était évanoui. Dommage, il aurait bien voulu voir Hyoga se réveiller. Il était curieux de savoir quelle avait été sa réaction en se rendant compte de ce qui s'était passé. En plus, Seiya lui avait dit qu'un peu plus tard, le chevalier du Cygne était arrivé dans la Maison du Scorpion en le tenant dans ses bras « comme une jeune mariée ». Humour pégasien, fallait pas chercher, mais il aurait aimé voir ça quand même...
