Auteur : Ariani Lee Gore
Série : Les Chevaliers du Zodiaque
Genre : Angst, Comfort, Slash.
Pairing : Hyoga/Shun Shaka/Shun
Chapitre 6
Le corps et l'esprit
Let me take you on a trip
Around the world and back
And you won't have to move
You just sit still
Now let your mind do the walking
And let my body do the talking
Let me show you the world in my eyes
(World in my eyes, Depeche Mode)
La Maison de la Vierge était vide. Aussi vide que peut l'être une des douze Maisons du Zodiaque. Plusieurs gardes y étaient passés dans le courant de la journée sans y rencontrer âme qui vive, ni le chevalier d'or, ni son jeune hôte.
Pourtant, ils étaient là. En plein milieu de la grande salle, assis face à face dans un état de transe profonde. Le visage de Shaka n'exprimait, comme à son habitude, qu'une sérénité absolue. Shun, par contre, paraissait tendu, son expression était crispée, et il transpirait abondamment.
Ils se tenaient ainsi depuis quatre heures. Les exercices de méditation imposés par Shaka devenaient de plus en plus ardus, et Shun commençait à craindre de ne pas être à la hauteur. D'autre part, cela faisait une semaine qu'ils avaient fini d'explorer sa mémoire, et ils n'en avaient plus du tout reparlé. Shaka lui avait simplement dit de prendre du repos pour récupérer des épreuves psychologiques qu'il avait dû affronter. Un peu soulagé, le chevalier Andromède s'était exécuté avec complaisance : personne, à commencer par lui-même, n'aurait nié qu'il en avait grand besoin. Il avait mis son esprit au repos et beaucoup dormi.
Quand il s'était senti à nouveau d'attaque, il était allé le retrouver. Mais contrairement à ce à quoi il s'était attendu, Shaka ne lui avait rien demandé en rapport avec son « problème ». Il s'était contenté de lui confier des exercices d'assouplissement et de relaxation. Il n'avait pas relevé, il préférait lui faire confiance - il savait ce qu'il faisait... Mais c'était vite devenu très difficile. Et en quoi cela devait-il l'aider ? Enfin, ces derniers jours, il dormait beaucoup mieux. Même s'il ne savait pas si ce n'était pas tout simplement dû à l'épuisement. Durant les longues séances de méditation, il réfléchissait à ce qu'il avait vécu, à ce qu'il avait fait, et peu à peu, ces pensées devenaient moins pénibles. Comme si, à présent qu'il avait rouvert les plaies mal cicatrisées pour les regarder de plus près, les blessures lui faisaient moins mal.
Il fronça les sourcils et se relâcha. Il avait atteint sa limite. Il ouvrit les yeux pour regarder le chevalier de la Vierge qui lui, comme à son habitude, était frais comme une fleur de lotus baignée de rosée.
- Tu t'améliores de jour en jour, dit celui-ci.
- Merci, dit Shun. Tout paraît toujours si évident pour toi.
Shaka sourit.
- Il y a quelque chose dont je voulais te parler, aujourd'hui. À ce sujet, précisément.
- Ah ?
- Si je suis capable d'atteindre un tel niveau de concentration, entre autres, c'est pour une raison précise. J'ai une connaissance parfaite et absolue de mon esprit et de mon corps.
Shun ne dit rien, pressentant qu'il n'avait pas fini de s'expliquer.
- Toi, comme la quasi-totalité de tous les autres chevaliers d'Athéna, tu as appris à connaître ton corps dans la douleur, à travers les entraînements, les combats, les blessures et les épreuves.
Shaka se leva. Intrigué, le chevalier Andromède l'imita.
- J'ai conscience de certaines zones de mon corps dont toi, tu ignores jusqu'à l'existence. Je contrôle la moindre de mes terminaisons nerveuses, mes perceptions sensitives sont hyperdéveloppées par rapport à la normale. Mais ça ne peut s'apprendre de la même façon que vous apprenez la maîtrise de vos techniques de combats, ça n'a strictement rien à voir.
- Alors, comment ?
Shaka fit un pas en avant et glissa une main sur sa nuque.
- Comme ça :
Et il l'embrassa. Shun resta tétanisé. D'abord, il n'avait été embrassé qu'une seule fois dans sa vie, par June, et il n'avait guère été tenté de renouveler l'expérience par la suite. Et en plus, il n'était pas si sûr que ce n'était qu'un simple baiser, ça. … Le chevalier de la Vierge glissait ses doigts dans ses cheveux, les caressant d'une façon qui lui envoyait comme des décharges électriques dans le corps entier. Il n'avait jamais éprouvé quelque chose qui ressemble à ça. Enfin, c'était Shaka, et il l'embrassait. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il se laissa faire malgré tout, jusqu'à ce que le chevalier d'or rompe de lui-même le baiser.
- Ce que tu es tendu, releva-t-il de sa voix calme, comme s'il parlait de la météo, et Shun remarqua qu'effectivement, il avait serré les poings de toutes ses forces, ses bras raides collés le long du corps. Tu vois, reprit Shaka, c'est ce dont je te parlais : tu n'es pas habitué à ce genre de stimulations, tu connais surtout la douleur. Ce n'est pas suffisant.
Shun déglutit.
- Et tout ça, enfin... Est-ce que je dois bien comprendre ce qu'il me semble avoir compris ?
Shaka pencha légèrement la tête sur le côté, la mine imperturbable. La mèche de cheveux qui lui barrait le front et le visage en ondulant oscilla doucement, comme un pendule. Ça avait quelque chose d'hypnotisant. Comme si le baiser que le chevalier de la Vierge lui avait donné avait attiré son attention sur quelque chose qu'il n'avait jusqu'alors jamais remarqué, il réalisa soudain à quel point Shaka était beau.
- C'est à toi qu'il appartient d'en décider. Je n'ai aucune autorité sur toi, aucun ordre à te donner. Réfléchis bien, c'est important.
- D'accord.
Shaka acquiesça avant de se retourner et de sortir. Le chevalier de bronze resta seul, encore un peu choqué.
Expérimenter autre chose que la douleur ?
L'idée semblait étrange... et plaisante.
ooooooooo
Pendant ce temps-là, au Japon, Hyoga terminait de boucler ses bagages. L'appartement était à présent tout à fait vide, puisqu'il emmenait toutes ses affaires, comme les autres l'avaient fait. En fait, la seule chose qui restait, était le cadre posé sur le buffet. Il se demandait s'il fallait le laisser là, parce qu'après tout, Shiryu ne reviendrait plus, pas plus que Seiya, quant à lui-même, il resterait probablement au Sanctuaire avec Camus. Restait à voir pour Ikki et Shun. Ou tout du moins pour Shun, en fait, car Ikki ne ressentait apparemment pas le besoin d'avoir un endroit réellement fixe où revenir. Même si c'était le cas, une chambre vaudrait mieux que cet immense appartement trop vide. Oui, sans doute...
Il prit le cadre et le rangea soigneusement au-dessus du reste, enveloppé dans un pull, dans son grand sac de voyage. Il demanderait aux autres s'ils voulaient le récupérer. Après quoi, il mit l'urne de l'armure du Cygne sur son dos, prit son sac et laissa ses clés bien en évidence sur la table basse du salon avant de sortir en laissant la porte grande ouverte. Il avait un avion à prendre.
oooooooooo
Le soir était tombé sur le Sanctuaire. La nuit, même, car le ciel était piqueté d'étoiles et le croissant de lune brillait très fort de son éclat froid. Plus un bruit ne se faisait entendre depuis la « basse-ville ». Dans sa chambre, Shun faisait les cent pas. ça faisait des heures qu'il se demandait s'il n'avait pas compris de travers ce que Shaka lui avait dit. Est-ce que c'était une proposition ? Ou est-ce que son imagination lui jouait des tours ? Pourtant, ça paraissait clair comme de l'eau de roche. Il n'était pas innocent à ce point, même si ce que ça signifiait le laissait complètement déboussolé. Il n'avait jamais pensé à ça, il n'y avait jamais réfléchi. Le sexe était une chose dont il connaissait l'existence mais par laquelle, étrangement, il ne s'était jamais senti concerné. C'était pour ça qu'il était pratiquement sûr de ne pas se tromper quant à ce qu'il avait compris de ce que Shaka lui avait dit. Jamais il n'aurait pu, de lui-même, mal interpréter ses paroles dans ce sens-là.
Il finit par décider d'aller lui poser la question, mais il n'eut pas besoin d'aller plus loin que le pas de sa porte pour avoir une réponse. Dans le couloir, un mince rai de lumière filtrait sous la porte de la chambre du chevalier d'or. Alors que Shaka n'allumait jamais de lumière (Quel intérêt quand on vit les yeux fermés, je vous le demande ?) et que Shun ne l'avait jamais vu passer la nuit dans sa chambre. Il semblait que ses profondes méditations lui apportaient tout le repos dont il avait besoin. S'il était dans sa chambre, la lumière allumée, c'était donc qu'il l'attendait. Shun hésita un instant : traverser le couloir et passer la porte ou retourner dans sa chambre dormir ? Il lui avait bien précisé qu'il n'y avait aucune obligation. Mais en même temps, le chevalier Andromède ne voyait pas pourquoi il aurait refusé. Il était jeune et libre, personne n'aurait rien à y redire, et il pensait surtout qu'il y avait du vrai dans ce que Shaka avait dit de la douleur qui ne suffisait pas à ouvrir les perceptions. Il allait mieux depuis qu'il était là, alors pourquoi ne pas continuer à lui faire confiance ? Malgré tout, il y avait quelque chose tout au fond de lui qui semblait le retenir, il n'arrivait pas à savoir quoi. Il décida d'ignorer ce détail et d'y aller. Une fois devant la porte, il hésita à toquer. Après tout, ce n'était pas comme si le chevalier de la Vierge ne savait pas déjà qu'il était là, pas vrai ? Il entra sans frapper.
Comme il l'avait prévu, l'homme ne fut absolument pas surpris de son intrusion. Il était allongé dans son lit les bras croisés derrière la tête (cette position et cette situation parfaitement normales parurent à Shun hautement bizarres).
- Tu as pris ta décision ? Demanda-t-il d'une voix douce.
- Oui. Apprends-moi, s'il te plaît.
Shaka acquiesça et lui tendit la main, l'invitant à le rejoindre. Il alla s'asseoir au bord du lit et le blond se redressa, faisant glisser le drap qui le recouvrait. Il portait encore son sari. Lorsque les doigts encore inconnus se posèrent sur sa joue et l'attirèrent doucement dans un baiser, Shun commença à se sentir intimidé. Comme de bien entendu, le chevalier d'or s'en aperçut aussitôt et s'arrêta.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? Questionna-t-il.
- C'est que... Je n'ai jamais..., murmura le jeune homme en détournant le regard.
Il entendit plus qu'il ne vit Shaka sourire.
- Je sais. Et c'est bien, parce que sinon, tu ne pourrais pas recevoir les enseignements que je m'apprête à te donner cette nuit.
Shun déglutit.
- D'accord, dit-il. D'accord, excuse-moi. Je suis juste un peu nerveux.
Calme-toi, ô mon cœur palpitant !
- Pas de regrets, tu es sûr ?
- Certain.
Il n'y avait personne pour qui il aurait pu avoir des regrets, si ? En tout cas, il ne voyait personne.
- Alors, viens.
Il l'embrassa à nouveau. Docile, le chevalier de bronze se laissa faire et cette fois-ci, le baiser atténua un peu son malaise. Les lèvres sur les siennes, les doigts agiles dans ses cheveux et sur sa nuque éveillèrent à nouveau en lui des sensations surprenantes, et il décida d'arrêter de s'inquiéter et de réfléchir. Il fallait se laisser aller. Aussi, quand les mains glissèrent de son cou à sa taille et tirèrent sur sa tunique d'apprenti, il leva simplement les bras, se laissant dénuder sans protestation, laissant juste se séparer leurs lèvres le temps que le vêtement passe au dessus de sa tête. Deux mains appuyèrent doucement contre ses épaules pour qu'il s'allonge à plat dos, ce qu'il fit. Une pensée traversa brusquement son esprit embrumé par ses sens affolés, tandis que les lèvres se frayaient un chemin frissonnant dans son cou.
- Attends ! Chuchota-t-il.
Shaka se releva, et il regarda son visage aux paupières baissées, toujours aussi imperturbable malgré la situation et l'état dans lequel lui-même se trouvait.
- Tu ne voudrais pas... ouvrir les yeux, s'il te plait ?
Le blond haussa légèrement les sourcils, interloqué pour une fois.
- Pourquoi ?
- Je viens de penser que tu ne sais pas vraiment à quoi je ressemble.
C'était vrai. La seule fois que Shaka avait ouvert les yeux en sa présence, il avait la tête enfoncée dans les dalles explosées du sol de la maison de la Vierge, et son attention était alors concentrée sur Ikki. Tout ce qu'il avait pu voir à ce moment là était la couleur de ses cheveux, si tant était qu'il l'avait regardé.
- C'est la première fois. J'aimerais quand même que tu me regardes. Je ne pense pas que je risque quoi que ce soit.
Le chevalier d'or ouvrit les yeux, et dans la lumière tamisée de la lampe de chevet, Shun put voir pour la première fois ses iris bleu marine tandis que sa poitrine était un instant oppressée par le dégagement de puissance que cela provoquait. Une seconde, il crut se souvenir d'autres prunelles d'un bleu plus clair mais l'impression fugace se dissipa presque aussitôt. Il leva une main hésitante et caressa la longue mèche blonde qui ondulait devant son visage.
- Merci, murmura-t-il, avant de se redresser et de capturer les lèvres de son mentor en un baiser à son initiative pour une fois.
La leçon pouvait commencer.
ooooooooo
Tard dans la nuit, Shun regagna sa propre chambre. Pour la première fois depuis très longtemps, il ne fit pas de cauchemars et ne dormit pas non plus d'un sommeil sans rêve : il rêva que Ikki venait habiter dans la Maison du Lion et qu'il s'installait avec lui. Dans son rêve, Seiya et Shiryu venaient souvent les voir, et ils riaient tous ensemble, heureux.
