Auteur : Ariani Lee

Série : Les Chevaliers du Zodiaque

Genre : Angst, Comfort, Slash.

Pairing : Hyoga/Shun Shaka/Shun

Chapitre 7

Rupture

What have I done?
What have I done?
How could I be so blind?
All is lost, where was I?
Spoiled all, spoiled all
Everything's gone all wrong

(Poor Jack, Danny Elfman)

Dans les gradins d'une arène inondée de soleil, Shun observait l'entraînement. Il était fasciné par la motivation dont faisaient preuve tous ces jeunes gens, mais n'avait plus d'amertume.

Son séjour dans la maison de la Vierge lui apportait précisément ce qu'il était venu chercher. La paix. Jamais de toute sa vie il ne s'était senti à ce point en paix. L'inextricable toile de torture que sa conscience malmenée avait tissée dans son esprit s'était démêlée. Il ne ressentait plus guère de culpabilité. Même s'il éprouvait toujours beaucoup de crainte à l'idée qu'un jour il pourrait devoir retourner au combat, il pouvait à présent regarder en arrière sans frissonner d'horreur et de dégoût. Il avait fini par accepter que c'était ce qu'on appelait l'Enfer du devoir et que ces obligations étaient un mal nécessaire pour le bien de la race humaine. Les « leçons particulières » que Shaka lui donnait depuis deux semaines, le jour où la nuit, ne ressemblaient pas à ce qu'il s'était imaginé, et avaient l'effet escompté. Lors des exercices de méditation, il avait rapidement senti les différences de perception de ses terminaisons nerveuses, dans des endroits comme le bout de ses doigts, ses oreilles ou bien tout le long de son échine. Toute sa peau avait acquis une sensibilité nouvelle, et il avait l'impression que même son esprit se montrait plus alerte, appréhendant et saisissant des choses qu'il n'aurait jamais perçues avant.

Outre les formidables sensations que procurait le fait d'être étreint dans le cosmos d'un chevalier d'or, la plénitude qu'il avait déjà ressentie dans les bras de Mü, il n'y avait aucune chaleur dans ses relations avec Shaka. Hormis le fait qu'au fur et à mesure Andromède en avait pris l'habitude et se sentait plus détendu, ses leçons étaient... hé bien, des leçons, et pas autre chose. Les baisers, les caresses, tout était réglé comme du papier à musique, même si ce n'était jamais barbant. Il se comportait avec son corps comme un musicien avec un instrument, sachant exactement quelle corde pincer pour en tirer la note qu'il désirait produire. Il s'arrêtait, attirait son attention sur la sensation provoquée, sur la sensibilité de sa peau, les endroits où ils y avaient de véritables nœuds de nerfs et qui, habilement stimulés, pouvaient le mettre à genoux. La zone la plus sensible, chez lui, se trouvait à la base de sa nuque, sur la première vertèbre qui formait une petite proéminence quand il penchait la tête en avant. Le chevalier de la Vierge l'avait trouvé pendant la troisième leçon. Il l'avait plaqué au lit, empêché de bouger et s'était acharné sur la bosse minuscule. C'était à cet instant, tétanisé par des sensations invraisemblables qui l'envahissaient par vagues successives et inexorables, qu'il avait tout à fait compris que Shaka avait raison - à quel point il avait raison. Il ne connaissait pas son corps, il ignorait beaucoup de choses à propos de lui-même. Et ça, ce qu'il ressentait, c'était si intense, beaucoup plus puissant que la pire des douleurs qu'il avait jamais éprouvées. Ça en était quasiment insoutenable, au point qu'il avait fini par se débattre pour se dégager.

Oui, il était content d'être venu en Grèce. Shaka le félicitait pour ses progrès, il ne faisait plus de cauchemars, et il se sentait bien. Il ne ressentait plus aucun mal-être, mise à part sa peur de devoir se battre à nouveau. Savoir qu'il n'avait rien à se reprocher ne l'aidait pas à accepter le caractère inévitable de ses obligations.

Tout à coup, il frissonna. Une cosmo-énergie se dirigeait vers lui, fraîche et calme comme un tapis de neige vierge un matin d'hiver. Il sentit son rythme cardiaque s'accélérer de manière anormale.

Un ennemi ?

Il se retourna brusquement et vit Hyoga descendre les gradins dans sa direction, le sourire aux lèvres. Shun soupira, soulagé, mais son cœur se serra brusquement et ne sembla pas faire mine de se calmer.

- Priviet (1), dit le jeune homme en s'asseyant près de lui.

Son cœur cogna un grand coup, presque douloureux, dans sa poitrine.

- Salut, répondit Shun en tâchant d'ignorer son pouls indiscipliné. Tu es arrivé quand ?

Même s'il se sentait bizarre - il avait peut-être chopé un coup de soleil, il était là depuis deux heures et ça tapait dur - il était content de le voir. Plus d'un mois s'était écoulé depuis qu'il lui avait dit au téléphone qu'il allait venir.

- Hier.

- Et tu étais parti quand ? Ça fait un bail depuis que tu que tu m'as dit que tu venais.

- Ça fait quinze jours. Je suis retourné en Sibérie avant de venir ici.

- Tu es chez Camus ?

- Oui. Alors, comment tu vas ?

Andromède le regarda. Il avait l'air vraiment concerné, c'était... agréable. Il se renversa en arrière, accoudé sur le gradin supérieur, et sourit.

- Je vais mieux. Beaucoup mieux.

Le chevalier du Cygne eut l'air surpris.

- C'est vrai, tant que ça ?

Shun acquiesça et ferma les yeux, laissant le soleil baigner de lumière son visage. Il ne vit pas le regard étrange qui passa dans l'œil unique du blond tandis qu'il se posait sur son sourire.

- Raconte un peu, demanda-t-il.

Le jeune chevalier ouvrit les yeux et se redressa, l'air gêné. Tout à coup, alors que jusque là ça ne l'avait pas dérangé plus que ça, il se sentait très mal à l'aise. Il ne se voyait vraiment pas raconter à Hyoga en quoi exactement consistaient ses « relations » avec le chevalier d'or de la Vierge.

- Shaka m'a aidé, répondit-il vaguement. On a... attaqué la racine et euh... Enfin, j'ai... accepté.

Il se tourna vers le blond pour voir s'il se satisfaisait de ce semblant d'explication. Il semblait perplexe et vraiment inquiet pour lui. Il n'avait pas envie de lui mentir, d'autant plus qu'il avait été le premier à se soucier réellement de son problème. Il détourna le regard.

- J'ai compris, dit-il à mi-voix. J'ai réussi à admettre que je faisais mon devoir et que je n'étais pas... un meurtrier.

Il trouvait que ça sonnait faux, et pourtant, c'était un bon résumé. Il passerait sur les méthodes. Il n'arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment désagréable... Mais Hyoga se pencha en avant et lui sourit. Shun pensa qu'il ne l'avait jamais autant vu sourire, et il le lui dit.

- Et pourtant il fait chaud ! Répondit le jeune homme. Je souris, parce que tu souris.

Andromède sentit à nouveau son cœur pomper trop de sang et ça lui fit un peu mal.

- C'est la première fois que je te vois sourire, sourire pour de vrai, depuis... longtemps. Et ça me fait vraiment plaisir.

Il y eut un long moment pendant lequel on n'entendit plus que les bruits de l'entraînement. Puis Hyoga passa sa main sur son front en sueur et Shun le remarqua.

- Tu veux qu'on bouge ? Proposa-t-il. Tu vas mourir si tu restes là !

Le bond hocha la tête.

- Avec plaisir. Tu rentres ?

- Oui. On peut remonter ensemble. Je suis sûr qu'il n'y a pas d'endroit plus frais dans tout le Sanctuaire que la Maison du Verseau !

Hyoga rit et se leva. Ils se dirigèrent vers les escaliers en silence. Andromède se sentait étrange. Il avait vraiment dû prendre un coup de soleil. Et puis brusquement, l'idée de rejoindre Shaka le mettait très mal à l'aise. Pour la première fois, et pour une raison parfaitement obscure, il regrettait d'avoir accepté de recevoir ces « leçons », même ça l'avait pour ainsi dire soigné. Il avait l'impression qu'il aurait mieux valu qu'il fasse encore ses cauchemars mais qu'il n'ait pas...

- Tu as de nouveau l'air soucieux.

Shun s'ébroua un peu.

- Excuse-moi, c'est rien. Je suis resté trop longtemps au soleil, je crois.

Hyoga leva la main, comme pour amorcer un geste qu'il n'acheva pas. Son bras retomba le long de son corps. Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il n'osait pas le toucher.

Le chevalier du Cygne éprouva du soulagement et une curieuse déception lorsqu'ils franchirent l'entrée de la maison de la Vierge. Shun le salua et se laissa dépasser, restant dans la pièce centrale dans laquelle il se tint debout, immobile. Il tentait de mettre de l'ordre dans ses émotions. Il pressa ses mains sur son front, ses joues, cherchant la fièvre sans la trouver. Il n'avait rien, alors pourquoi se sentait-il aussi bizarre ? Il savait qu'il n'était pas du tout dans son état normal.

Il resta ainsi un long moment, plongé dans ses pensées. Si bien qu'il n'entendit pas arriver son mentor, qui se déplaçait toujours aussi silencieusement. Shaka posa ses mains sur ses épaules et il frémit.

- Tu es troublé, constata le chevalier d'or avec son calme accoutumé.

- Oui, répondit le jeune homme, la gorge nouée. Mais ce n'est pas... comme avant. C'est autre chose, mais je ne sais pas quoi.

Shaka glissa deux doigts dans l'échancrure du col de la tunique et tira légèrement dessus, dénudant la base de sa nuque sur laquelle il posa ses lèvres.

- « Laisse la chair instruire l'esprit. » (2)

Arrivé devant la Maison de la Balance, Hyoga fourra ses mains dans ses poches et ses doigts y rencontrèrent un objet qu'il avait oublié. C'était la montre que Shun avait « laissée » à l'appartement. Il l'avait trouvée sous le divan quand il avait fait le ménage avant de partir. Le métal du bracelet était devenu chaud du contact avec son corps. Il la fit tourner dans la paume de sa main, hésitant un instant, puis il la remit dans sa poche, fit demi-tour et redescendit les escaliers. Il voulait rendre la montre à son propriétaire, et si l'occasion se présentait, remercier aussi Shaka pour ce qu'il avait fait. Redescendre la volée d'escaliers lui prit beaucoup moins de temps qu'il n'en avait fallu pour monter.

Mais en avançant dans la maison de la Vierge, il entendit quelque chose d'étrange. Un bruit qu'il n'avait jamais entendu avant, une voix - c'était une voix - familière... douloureusement familière. Il pressa le pas, entra dans la salle et tomba en arrêt devant la scène qui s'y déroulait. Shun, debout en plein milieu de la pièce, la tête renversée sur l'épaule, les yeux fermés, gémissait. Sans qu'il en comprenne la raison, ce son - la vue du chevalier Andromède dans cet état-là - cela le bouleversa profondément. Comme si quelque chose en lui se rompait. Et la rupture fut totale quand il vit la raison pour laquelle il était... Ce qui provoquait cela chez lui.

Shaka, les mains posées sur les bras du jeune homme, se redressa et Shun se tut. Il ouvrit les yeux et vit le chevalier du Cygne, et ses yeux s'écarquillèrent. Il ouvrit la bouche mais il était trop tard. Déjà, Hyoga avait tourné les talons et quitté la pièce.

Shun crispa sa main droite sur son cœur et plaqua l'autre sur sa bouche. A nouveau, son sang circulait à une vitesse anormalement élevée, son cœur battait trop fort, ça lui faisait mal. Il avait l'impression qu'il allait vomir. Shaka le contourna pour se mettre devant lui. Shun baissa la tête. Il ne voulait pas le regarder.

- Je comprends rien, hoqueta-t-il. Je comprends rien, qu'est-ce qui m'arrive ?! Pourquoi j'ai mal ? J'ai du mal à respirer...

Shaka s'assit sur le bord de l'estrade.

- Tu n'as pas une idée ?

Shun secoua la tête. La douleur qui lui enserrait la poitrine dans un étau lui faisait monter les larmes aux yeux.

- Je ne suis pas sûr d'être le mieux placé pour t'expliquer ça, soupira la Vierge.

Shun se laissa tomber à genoux par terre, lentement.

- M'expliquer quoi ?

- Hé bien, que la personne qui n'est pas venue te dire au revoir, le jour de ton départ pour l'île d'Andromède, c'était Hyoga.

- Pourquoi tu me dis... ça.

Shaka ne lui répondit pas. Avant même d'avoir achevé sa phrase, il avait compris. Ses yeux s'écarquillèrent, sa bouche était ouverte mais aucun mot n'en sortait. Une cascade de détails inondait sa tête, son cerveau enregistrait des années d'informations à une vitesse folle. Et c'était vrai. Ce n'était que maintenant, qu'il comprenait, qu'il réalisait... Pendant toutes ces années... Il ne s'était jamais rendu compte. Comment ça se pouvait ?

- Comment c'est possible ? Et comment tu as su ? Demanda-t-il à voix basse. Comment tu pouvais le savoir, et pas moi ?!

Il avait élevé la voix. Le chevalier d'or se tut. Brusquement, le jeune homme pâlit. Il se leva et sortit en courant.

La maison du Verseau...

Jamais, il n'avait monté ces marches aussi vite. Pas même quand Saori gisait devant la maison du Bélier, quand la flèche d'or plantée dans son cœur la condamnait à mourir. Pas même en sachant que l'homme qui avait assassiné son maître, Albior de Céphée, se trouvait là-haut. Jamais il n'avait couru si vite, et il entra en trombe dans la maison du Verseau. Il y faisait nettement moins chaud qu'à l'extérieur. Lorsqu'il fut parvenu au centre, il vit la porte de l'appartement de Camus qui était restée ouverte. Il se dirigea vers elle puis s'arrêta devant. Il était en nage, son cœur cognait toujours si fort dans sa poitrine, et en plus, maintenant, il avait peur. Pourquoi Hyoga était-il parti en courant ? Ça ne lui ressemblait pas, pas du tout. Il ne réagissait pas comme ça, ce n'était pas dans son caractère... Et ce regard... Il avait vu son regard, même s'il n'y avait qu'un seul de ses deux yeux qui était visible. Et ce qu'il avait pu y lire…

Se pouvait-il qu'il lui soit arrivé la même chose ? Avait-il réalisé comme lui quelque chose... qu'il avait ignoré jusque là ?

Oh, nom de Zeus ! Il doit me haïr !

Il toqua à la porte ouverte en entrant.

- Hyoga ? J'entre, dit-il d'une voix moins ferme qu'il l'aurait voulu.

Il avança dans l'appartement. La température y était encore plus basse et il frissonna. Il regarda autour de lui et avisa une porte ouverte – celle de la cuisine. Il s'en approcha, plein d'appréhension, et s'arrêta sur le pas de la porte, un nœud dur dans la gorge. Hyoga se trouvait là, les mains agrippées au rebord du lavabo comme s'il allait vomir. Il tournait le dos à la porte ne se retourna pas quand Shun entra.

- Hyoga, dit celui-ci.

Sa gorge était si serrée qu'il ne réussit à produire qu'un murmure. Le chevalier du Cygne l'entendit néanmoins.

- Qu'est-ce que tu veux ?

La voix était froide et sèche. Shun se sentit glacé. Il connaissait cette voix, il avait déjà entendu le chevalier du Cygne l'utiliser. C'était la voix de sa colère, la voix qui promettait mille morts glacées à celui qui touchait ce qui était cher à son cœur. C'était la voix du guerrier impitoyable des grandes plaines du Nord.

C'était une voix qui jamais encore, ne s'était adressée à lui.

Il sentit son cœur flancher, mais il ne pouvait pas battre en retraite. Il devait lui dire, il fallait qu'il le lui dise...

- Ecoute, c'est... C'est pas ce que tu crois !

Il n'arrivait pas à croire qu'il avait dit ça. Ça faisait si cliché... Hyoga poussa une exclamation à la fois amère, moqueuse et méprisante.

- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, Shun ? Je m'en fiche.

- Je ne te crois pas !

Il avait presque crié. Il n'admettrait pas qu'il fasse semblait de rien... Et apparemment, il n'en avait pas envie non plus. Il se retourna et posa ses mains sur la table. Shun réprima un mouvement de recul en croisant son regard. Il était... épouvantablement fixe. Sa cosmo-énergie était blême de rage, et Shun se fit une réflexion parfaitement humaine, bien que stupide : Heureusement qu'il y a la table entre nous. Le froid envahit la pièce. La température chuta d'une dizaine de degrés. Le chevalier Andromède eut soudain peur. Puis le blond ouvrit la bouche pour parler, et ce qui sortit de sa bouche était presque un sifflement.

- Pas ce que je crois. Pas ce que je crois ? Mais putain, Shun tu admettras que ça y ressemblait vachement !

Hyoga avait, aux yeux de tous, versé ses ultimes larmes lors de la dernière Guerre Sainte. Il s'était défait du sentimentalisme que lui avait tant reproché Camus lorsqu'ils étaient descendus aux Enfers et depuis, il avait prouvé que sa maîtrise de lui-même n'avait d'égal que son impassibilité. Et pourtant, il criait. Shun ne répondit pas. Il ne savait pas quoi dire pour se disculper. Il savait qu'il avait tort, mais en même temps... Il ne savait pas. Il le lui dit d'une petite voix.

- C'est quoi la nature de votre relation, exactement ? Demanda Hyoga de la même voix froide et dure.

Shun vit là une occasion de s'expliquer.

- Il n'y a rien entre nous, vraiment rien... On est... on est professeur et élève, c'est tout.

- Et ce qu'il te faisait tout à l'heure, ça fait partie du cursus, c'est ça ?

Andromède déglutit et acquiesça. Il sut immédiatement qu'il avait eu tort, qu'il aurait mieux fait de mentir. La température baissa encore et il enroula ses bras autour de lui pour essayer de se réchauffer.

- Hyoga je t'en prie... Je ne savais pas, je n'aurais jamais...

Son souffle se changeait en vapeur.

- Va-t-en.

Pas d'émotion dans la voix. Les larmes que Shun contenait se mirent à rouler sur ses joues avant de se changer en givre. Mon Dieu, cela se terminerait-il donc comme ça ?

- Hyoga, non..., tenta-t-il de dire, mais le chevalier du Cygne lui coupa la parole.

- Va-t-en.

- Je t'aime ! S'écria le chevalier Andromède, désespéré.

La situation était désastreuse, et ça empirait à chaque seconde qui passait. Il ne savait pas quoi dire pour arrêter cette catastrophe, sinon peut-être la vérité. Si seulement il avait pu lui faire comprendre, le convaincre. Si seulement il avait pu percer ce mur de glace et l'atteindre.

- Je t'en supplie, ne fais pas ça ! Dit-il en s'agrippant au bord de la table.

Ses bras nus étaient couverts de chair de poule. Il se mit à grelotter.

- Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas compris plus tôt... Je n'avais pas réalisé. Je suis tellement désolé…

Hyoga avait tiqué, mais son attitude n'avait pas changé. Il passa ses mains dans ses cheveux.

- Je refuse d'avoir cette discussion avec toi, Shun. C'est impossible.

Il se redressa. Pour la première fois depuis qu'il s'était tourné vers lui, il évitait son regard.

- Je m'en vais. Fais ce que tu veux, mais quand je reviendrai, je veux que tu sois parti. Va-t-en.

Shun eut l'impression que ces derniers mots lui perçaient le cœur, le blessant à sang. Quand Hyoga passa à côté de lui pour sortir, il essaya de le retenir par le bras mais le jeune homme se dégagea brutalement.

Le chevalier du Cygne s'en alla sans se retourner. Il ne s'aperçut même pas, en quittant la Maison du Verseau en direction de la ville, que celle-ci n'était pas vide.

Shun sortit de l'appartement à son tour. Il resta debout au milieu des colonnes, immobile, sanglotant dans ses mains. Il en avait marre de pleurer, marre d'être faible, mais là... Là il faisait une exception. Il sentait son cœur se briser, si c'était chose possible. Il regrettait tellement… Pourquoi n'avait-il pas compris plus tôt ? Si seulement il avait pris conscience de ses sentiments avant, tout ça ne serait pas arrivé. Il avait fallu qu'il voie l'expression blessée du visage de Hyoga, qu'il lise dans son regard à quel point il s'était senti trahi pour réaliser qu'il existait autre chose. Autre chose que l'amitié, la camaraderie, la loyauté, la pure et simple affection qu'il éprouvait pour tous ses compagnons d'armes. Pourquoi s'était-il caché pendant si longtemps ce qu'il ressentait ? Et comment avait-il fait pour ne se rendre compte de rien ?

Il pressa plus étroitement ses mains sur son visage. Ça n'avait pas de sens, c'était ridiculement, inutilement cruel. Ils avaient eu des années, tous les deux, pour comprendre qu'ils s'aimaient. Mais il avait fallu que ça se produise trop tard. Shun serra les dents, enragé contre lui-même. Il ne savait pas. Objectivement, il n'avait rien à se reprocher. Il n'avait pas été infidèle, il n'avait trahi la confiance de personne, n'avait rompu aucune parole. Et pourtant, il le savait, il avait tout gâché.

Il se rendit brutalement compte qu'il y avait quelqu'un derrière lui et se retourna brusquement.

C'était Camus. Son visage froid et inexpressif était tourné vers lui. Shun pensa aux portes ouvertes.

Il a tout entendu.

- Je regrette de devoir te parler de ça maintenant, dit le chevalier du Verseau. Mais tu es... convoqué.

Shun renifla.

- Maintenant ?

- Et sans délai.

Résigné - on ne conteste pas un ordre direct, même pas quand on a le cœur en miettes - Shun emboîta les talons du Français qui partit en direction de la maison des Poissons. Il ne vit pas Hyoga revenir dans la Maison du Verseau, dans l'appartement. Il ne le vit pas ouvrir l'urne qui contenant l'armure du Cygne, la revêtir et repartir en direction du Temple de la Vierge.

ooooooooooo

Priviet : Salut.

« Laisse la chair instruire l'esprit. » Entretien avec un vampire, Anne Rice.