Titre : A priori

Auteur : Digitalle

Rating : T

Résumé : "Abberline. Quoi ? Ça ne vous dit rien ? Quelle preuve d'inculture flagrante. Il est vrai que mon nom n'est pas passé à la postérité comme celui, si bénit, des maraudeurs... Pourtant, j'étais aux premières loges pour assister à la montée en puissance du Lord Noir. Moi, Ellen Abberline, Serpentarde de mon état."

Disclamer : Rien ne m'appartient, tout est à JKR. Même pas l'histoire dont elle a tiré les grandes lignes.

Blabla : Voilà. J'ai commencé en retard. J'ai finis dans les temps. Mais j'avais promis ce deuxième chapitre qui ne démarre en rien l'action mais qui – je pense – aide un peu à cerner la situation. Je sais que j'écris des phrases longues et emberlificotées, mais j'espère que ça reste compréhensible. Pour changer de sujet, je vous avoue que ma grande peur c'est de créer des personnages sans profondeurs. Aussi suis-je particulièrement inquiète de la façon dont vous percevez chacun. Mais j'espère que ça ira.

Bonne lecture.

Je remercie mes revieweurs pour leur commentaires : clr12 (merci pour le fav), Angelina johnson4 et I-am-Lady-Voldemort (merci à toutes les deux de m'avoir prévenue pour mon problème de reviews anonymes), ainsi que ceux qui lisent sans laisser de traces.


Chapitre 2

Je crois que je ne remercierais jamais assez ma chère Tante Alexandra d'avoir pris le temps de faire les yeux doux à mon, non moins aimé, professeur de Potion. Que Merlin bénisse ce jour où elle rencontra Slughorn, au détour d'un couloir de Poudlard, alors qu'ils y étaient tous les deux élèves de Serpentard. Je suis également très obligée aux jumelles d'avoir fréquentées avec assiduité (chose dont je suis absolument incapable) le club de Slug – dans ses vertes années – alors que celui-ci venait tout juste de prendre ses fonctions. Merci enfin à l'excellente Tante April, maîtresse incontestée de cet art délicat, dont Slughorn, qui admet son incapacité à l'égaler, ne cesse de me vanter les mérites.

Mais bien entendu, sans mon talent pour les potions – raison officielle – et l'héritage intéressant qui devrait me revenir à la mort de Père – raison officieuse – rien de tout cela n'aurait été possible. Et je me retrouverais en retenue pendant tous les soirs de la semaine. Celle-ci et la suivante. Mais, Viviane merci, Slughorn m'apprécie assez – moi, mes relations et mes biens matériaux – pour avoir, très partialement, tiré un trait sur le spectacle de rare violence qui a eut lieux sous ses yeux.

Enfin j'exagère. Le premier sortilège avait tout juste volé lorsque la porte du cachot s'est ouverte sur le maître des Potions. Un machin passablement douteux, tout droit sortis de la baguette de Potter. Ce type est méprisable. Moi qui ne cherchait qu'à passer mes nerfs sur Black, le voilà qui en fait toute une histoire. Pas de ma faute si les Gryffondors encombraient l'entrée de la salle. Heureusement – car ce n'est pas une caractéristique réservée exclusivement aux joueurs de sexe masculin – j'ai fait suffisamment de Quidditch pour éviter sans trop de difficulté un sort lancé aussi directement.

Je me suis donc contentée d'un sermon de la part du professeur, d'une série de regards meurtriers de celle des maraudeurs, d'une moue suffisante de la rousse Evans et d'un haussement de sourcil dédaigneux du fils Prince. J'ai crus voir également l'esquisse d'une expression amusée sur la bouche de Mitchell, mais je ne me suis pas arrêtée à ce genre de détail, trop occupée que j'étais à me réjouir de la grimace de Potter, qui lui, belligérant violent, à écopé d'une retenue. Je ne crois pas qu'il ait apprécié mon sourire n°17 : victorieusement candide.

Ma première interaction à caractère conflictuel avec les maraudeurs a donc été étouffée dans l'œuf. Ce qui est aussi bien. La journée avait assez mal commencée comme cela. Et puis ça leur fera les pieds. Détestables Gryffondors.

Un léger soupir de satisfaction plus tard, je me penche plus ou moins discrètement vers Harper, installé juste devant moi – nous ne travaillons plus en binôme en potion depuis la sixième année – et je l'interroge studieusement sur le contenu du discours d'introduction, dans lequel se perd Slughorn lui-même, et que j'ai malheureusement omis d'écouter. Sans prendre la peine de se retourner, mon condisciple penche, désinvolte, la tête de côté, et m'en murmure un résumé succinct :

« Deux partenaires. Un chaudron. Un projet. Une année. Association arbitraire. Et explosive. »

Je roule des yeux et me ré-adosse contre ma chaise. C'est bien entendu une idée du vieux fou qui nous sert de Directeur. Un grand sorcier certes, je l'avoue volontiers. Génial certainement. Mais un peu fêlé également. Et d'un ahurissant et naïf optimisme. Il se veut omniscient. Et il n'y a que lui pour avoir des idées pareilles. Celle-ci entre certainement dans le cadre de la 'réunification des maisons en vue de la mise en place d'une confiance sans faille pour permettre un travail collectif et une résistance face à l'affliction'. Sans blague. C'est un beau projet me direz-vous. Et je vous répondrez que vous n'avez pas tord. Dans la mesure où l'on admet que, bien que l'idée ne soit ni pratique ni utile, elle n'est pas non plus aberrante. Mais avouez tout de même que c'est aussi impossible qu'irréalisable. Et ce n'est pas comme si tous les élèves de Poudlard espéraient cette réunification fictive. Chacun chez soit et les dragons seront bien gardés, dit-on.

Je jette un coup d'œil autour de moi dans le but de satisfaire ma distraite curiosité. Le fils Prince semble de bien mauvaise humeur : il déteste partager son chaudron. Il déteste également travailler avec quelqu'un d'autre. Surtout lorsqu'il appartirent à une autre maison que la sienne. Ce type est misanthrope. Si si. Et pire que moi. L'idée même d'un dialogue civilisé semble lui être inconnu. Moi au moins, je réponds quand on m'adresse la parole. Peu aimablement certes. Mais je réponds tout de même.

Il n'est pas le seul à tirer une tête de déterré notez. La plupart des élèves nous (quand je dis nous, c'est les Serpentard bien entendu) regardent avec des airs mi-mortifiés, mi-menaçants. C'est qu'ils ont de grandes chances de se retrouver couplés avec un Serpentard, et cette perspective n'a pas l'air de grandement les attirer. Pas que ça me branche de me retrouver en binôme avec un de ces incapables. Mais la personne avec laquelle tous sorciers qui se respectent devraient craindre d'être associés, c'est quand même à ce Poufsoufle, exilé dans un coin éloigné de la salle (au cas où son chaudron exploserait). Ou à la limite à Lupin.

Je n'ai donc plus qu'à prier Merlin - ou Slughorn. Si mon projet annuel de potion n'est pas la perfection incarnée, où va le monde ? Avec un peu de chance, je me retrouverai avec Mitchell. Ah non ? Binôme mixte ? Merde alors. N'importe quel autre Serdaigle fera l'affaire dans ce cas là. Mais comme Slughorn veut faire durer le suspense, il nous annonce, bienheureux, que la composition des couples ne sera divulguée qu'au prochain cour. Je roule des yeux, agacée. Et je ne suis pas la seule.

Je me lève lentement. La plupart des autres élèves se sont déjà précipités sur l'armoire à fourniture du prof, où sont entreposés les ingrédients rares et/ou dangereux. A croire qu'une minute de plus ou de moins sauvera leur potion. Pitoyable. Je croise Black et Lupin qui me jettent dans une parfaite synchronisation un regard peu amène. Je leur souris joyeusement.

« Abberline pousse-toi. » j'entends, derrière moi.

« Et pourquoi donc le ferais-je Potter ? »

« Parce que je t'ai dit de le faire. »

« Plaît-il ? Serais-tu sous l'emprise d'un sortilège quelconque pour proférer de telles inepties ? »

« Je me sers avant les Serpentards. Quoi de plus normal ? »

« Quelle arrogance… tu ne cesseras jamais de m'étonner. » j'apprécie avec condescendance.

Je lui tourne nonchalamment le dos et attrape les bocaux dont j'ai besoin. Une main indésirable me frôle le crâne et se sert avec impertinence. J'hausse les épaules, volontairement indifférente et évite, non sans mal, le croche pied du Gryffondor qui murmure quelques insanités sur la 'sale engeance que représentent les Serpentards'. Désolant. Décidant de faire bonne figure, je lui jette un coup d'oeil meurtrier. Il me défie du regard. Je regagne ma place, mes bottes claquant sur les dalles de pierre. Ai-je déjà dit que je ne supportais pas les Gryffondors ?

xxx

Cours intéressant, potion de base parfaite, ajout personnel satisfaisant. Manque quelque peu d'originalité, j'ai fait mieux. Mais Slughorn paraissait content. Bien.

Ce qu'il y a d'agréable en Septième année, c'est que, ayant peu de matières, on a énormément de temps libres. Un Serdaigle appellera ça des 'heures d'études'. Moi, je me contenterais d' 'instants d'inactivités mérités'. Il faut croire que nous n'avons pas les mêmes valeurs. Ah, pendant que j'y pense : je dois répondre aux sœurs. La lettre traîne depuis trois jours et si je ne donne pas de nouvelles, elles risquent bien de me couper les vivres : elles sont tout a fait capables de supposer que j'ai fuguée de Poudlard pour l'Alaska dans le but inavoué d'apprivoiser un hippogriffe des neiges.

Narcissa nous a rejoins et nous nous dirigeons tranquillement, pour ne pas dire avec toute l'élégance désinvolte de notre condition et de notre caractère naturel, vers une salle abandonnée que nous nous sommes appropriés. Située dans un coin éloigné de l'aile gauche, au deuxième étage, peu d'élèves s'y aventurent : l'endroit n'a rien d'attrayant ou d'intéressant. De nombreuses salles inutilisées et closes – bien que (pour celles que nous avons réussit à forcer) elles contiennent d'étonnantes choses – dans un corridor poussiéreux et lointain d'accès. Heureusement, un passage secret s'ouvrant dans les sous-sols, proche de notre salle commune, nous permet de l'atteindre en quelques minutes. Après l'escalade d'une volée de marches de pierre.

Les couloirs sont désagréablement bruyants. Mais c'est fou ce que le passage d'un groupe de Serpentards tend l'atmosphère. A croire que nous nous apprêtons à nous transformer en serpents pour leur cracher notre venin au visage. On nous regarde avec crainte. Dégoût. Respect. Envie. Haine. Mépris. Charmant vraiment. Mais il n'y a pas de quoi s'étonner. Depuis que celui qu'on appelle déjà - pompeusement - le Lord Noir fait parler de lui et des ses partisans, nous sommes devenus les grands méchants assoiffés de sang du château. Ce qui ferait énormément rire Tante Amalthée. Elle qui ne cesse de répéter qu'une Abberline est, par définition, un être dangereux et sournois. Dans sa bouche, bien entendu, ce ne sont que des compliments.

« Le cours de Potion ? » demande la blonde Serpentarde.

« Intéressant. »

« Si tu le dis avec plus d'enthousiasme Harper, je suis sûr que Narcissa te croiras. » je commente distraitement face au ton morne du jeune homme.

Bien sûr, il ne tarde pas à réagir. Avec sa vivacité habituelle.

« Intéressant ! »

Affligeant.

« Et ton cours de Runes ? » je m'empresse de changer de sujet, de peur d'alerter Harper sur les doutes que nous entretenons au sujet de sa santé mentale.

« Mortel. »

« Oh. »

« Pourquoi tu as continué les Runes déjà, Cissa ? » s'enquiert Harper en secouant sa crinière de cheveux châtains.

« Parce qu'il me manquait une option. Et que je me débrouille aussi bien en Potion que Nelly en Métamorphose… »

« Dans ma grande mansuétude, je ferais semblant de ne pas avoir entendue. »

« Ce n'est pas comme si elle avait tord… »

« Ta gueule Harper. »

« Que de vulgarité dans la bouche d'une si jolie jeune femme… »

« En parlant de jolie jeune femme, comment s'appelait celle de ce matin ? » interroge innocemment Narcissa, avec un air de ne pas y toucher que Tante Abbie ne renierait pas.

« … »

« Harper ? »

« Je cherche… »

« Tu es cruel » commente joyeusement ma blonde.

« Ce n'est tout de même pas de ma faute… elle a un nom très difficile à prononcer. »

« Serpentarde ? »

« Poufsoufle. »

« Tu pèches mon ami. » J'interviens en minaudant exagérément.

Tout de même, Morgan doit beaucoup s'ennuyer pour aller chercher ses 'amies de cœur' chez les canaris. Elles n'ont aucun penchant pour la tragédie Grec, contrairement à Serena Martinez, sixième année, Serpentard, qui excellait dans l'art de la mise en scène grandiloque et des répliques théâtrales. Toute la salle commune profitait de leurs disputes passionnées – au grand damne des Serpentards adeptes de calme et de pudeur. Je me souviens que Harper adorait ça : il s'amusait énormément. Mais leur relation a – si vous me permettez l'expression – tournée au drame italien lorsque l'adorable Serpentarde avait surpris son cher et tendre entrain de faire les yeux doux au capitaine de l'équipe de Serdaigle de l'époque. Qui était très beau garçon si mais souvenirs sont bons.

« Oh, elle est jolie. Pas très intéressante, certes. Mais jolie. »

« Pauvre fille… »

Je ricane joyeusement à la remarque de Cissa. Si la Poufsoufle n'a pas entendue parler des tendances polygames – et psychotiques – de Morgan, elle se rendra vite compte que Don Juan est volage. Et je ne voudrais rater pour rien au monde ce moment d'intense émotion. Uh-uh.

Nous sommes arrivés au 'pigeonnier', comme l'a affectueusement surnommé Morgan lorsque nous l'avons découvert. La pièce est ronde, et le plafond exagérément haut, d'où le nom. Quelques fauteuils plus ou moins défoncés, une table basse, une cheminée, un bureau au fond, et des piles de livres sur le sol. Derrière une porte étrangement petite, une salle d'eau désuète. Une unique fenêtre – ronde – offre une vue peu sensationnelle sur le lac et des cageots pleins de bouteilles sont entassés près de la porte. Peu luxueux, mais confortable et personnel. L'endroit agréable où l'on est sûr de ne pas être dérangé par un importun.

Narcissa s'y engouffre, royale, et lance distraitement un sortilège de dépoussiérage : c'est la première fois que nous regagnons le pigeonnier depuis l'année précédente et une entêtante odeur de renfermé y flotte, plutôt désagréable. Je tente d'ouvrir la fenêtre – sans succès – tandis qu'Harper se laisse tomber sur son fauteuil préféré apparemment peu incommodé par l'atmosphère. C'est là la principale différence entre lui et Cissa : la première fois qu'il a pénétré ici, il s'est contenté de s'affaler béatement devant la cheminée. Tandis que la blonde redécorait déjà mentalement la salle : une absence de luxe et de confort doré nuit à la bonne marche de l'esprit de Miss Black.

Mais je dois avouée que – pour le peu de mal qu'elle s'est donnée – elle a fait du bon travail. Métamorphose des rideaux, nettoyage complet, customisation des fauteuils et des sièges ; le pigeonnier se défend plutôt bien, dans des tons bleu roi et or, si chers à la demoiselle. On se croirait presque chez les Serdaigles, si les entassements de bouteilles de bièraubeurre – gracieuseté personnelle – ne venaient détromper cette hypothèse.

Je finis par opter pour un sortilège d'aération et me laisse tomber sur un fauteuil de velours bleu, remontant mes jambes pour m'asseoir en tailleur. Narcissa a déjà sortit son carnet à dessin et – réellement intéressée, une fois n'est pas coutume – croque déjà à grands traits énergiques Morgan, qui, affalé sur son siège, discute avec moi des derniers potins de Poudlard. Je ne peux m'empêcher de lui jeter des coups d'œil réguliers : assise à même le sol, dos au pied d'un fauteuil, elle fronce le nez, concentrée, en regardant régulièrement son modèle, bien peu immobile. Je la vois esquisser un sourire, et je finis par me retourner complètement vers Harper, amplement satisfaite : je n'aurais pas a m'inquiéter de l'état d'esprit de Cissa avant longtemps, Viviane merci.

J'attache distraitement mes cheveux aubergine, tout en faisant part à Morgan de mon opinion sur les chances qu'entretiens O'Connors de conquérir le cœur de la belle – et peu subtile – Gloria Steinberg. Nulle il en va sans dire. Elle est a Gryffondor et doit aduler suffisamment les maraudeurs pour ne pas oser frayer avec un grand méchant sanguinaire de Serpentard. Pauvre O'Connors. Uh uh.

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Il est d'avis public que la faune qui compose Poudlard est étrange et disparate. Je ne trouve personnellement que peu de choses qui sont plus intéressantes qu'observer ce micro cosmos, cette société complète qui évolue dans le château, au rythme des cours, des rumeurs et des disputes. Préjugés mis à part, on note facilement de grandes différences dans le mode de vie des élèves, en fonction de leur maison. Car, si l'on ne se résume pas – à l'origine – à quelques caractéristiques précises qui nous font atterrir dans une des quatre maisons ; on devient, au bout de quelques années, la copie conforme de ceux qui nous ont précédés. A quelques variations près.

Mais je n'aime pas les généralités. Mieux, je ne les supporte pas. Je sais, par expérience, qu'il existe des Serpentards stupides, malgré les qualités requise par ce bon vieux Salazar : la ruse, l'intelligence, la subtilité. Tous les Serdaigles ne sont pas des fous du travaille, studieux et hystérique. Voyez Mitchell. Ou Tante Abbie.

Même les Gryffondors, et vous comprendrez le mal que j'ai à l'admettre, ne sont pas tous des cas irrécupérables : le meilleur exemple étant évidemment Tante Alexandra. Mais je lui trouve tellement peu de caractéristique des Rouges et ors que je me demande si le choipeaux n'a pas fait une erreur. Et les Poufsoufles… non, ne parlons pas des Poufsoufles. Eux ils sont l'exception qui confirme la règle. Malheureusement, vous ne trouverez jamais aucun Poufsoufle digne d'intérêt.

Et pourtant, quand je parcours le château, quand j'observe, distraitement curieuse, la Grande Salle, quand j'écoute mes condisciples discuter, je ne peux que me rendre à l'évidence : pour la grande majorité, les sorciers se décline en quatre couleurs. Ou mieux encore : deux seules suffisent. Le Noir. Et le Blanc.

Car, bien entendu, il est acceptable – dans l'esprit borné de la plupart des gens – d'admettre qu'un Gryffondor était, est et restera toujours, un digne représentant de ce qu'on fait de mieux chez les sorciers : courageux, droit et loyale. Futur auror certainement. Et, dans la lutte contre le Lord Noir, combattant sans peur et sans reproche. Quoi de plus normal ? Et ne croyez pas naïvement que quelqu'un viendra contredire cette vérité.

Suivant ce discours, les Poufsoufles, bien que discret et peu hardis, sont le ciments d'une société parfaite : bons, généreux et timides, l'on ne peut même pas imaginer les voir se tourner vers le 'mal'. Idem pour les Serdaigles : pas ambitieux pour un sous, ils ne cherchent que la connaissance : quoi de plus louable ?

Vous comprendrez donc que, par défaut, il ne reste que les méchants Serpentards : avides de pouvoir, rusés, sournois et peu francs, on ne leur tourne jamais le dos… au risque que ce ne soit la dernière erreur de sa vie. Nous n'avons jamais été beaucoup aimé par les autres maisons certes. Mais depuis la monté en puissance du Seigneur des ténèbres, nous sommes détestés cordialement par l'ensemble de l'école. Et il faut dire que nous le rendons bien : classifiés futurs mangemorts en herbe, il ne fait pas bon être trouvé seul dans un couloir, passé le coucher du soleil.

C'est pitoyable, me direz-vous. Je vous répondrais que vous êtes dans le vrai. Mais la société est ainsi : il y a les moutons et les autres. Et les autres bien entendu, ce sont ces exceptions que l'on trouve dans chaque maison.

« Qu'est ce qui te fait froncer les sourcils Ellen, mon chou ? »

Je détache machinalement mon regard du vide que je fixe depuis plusieurs minutes et lève lentement les yeux vers Harper qui me regarde avec une pointe d'interrogation moqueuse, assis juste en face de moi.

« A qui rêve-tu, Abberline ? » ricane honteusement Simpson, assise à ses côtés.

« A quoi plutôt – contredis Cissa en remplissant son verre de jus de citrouille d'un geste élégant de la baquette. – Je pencherais personnellement à sa vengeance prochaine. »

Vengeance ? Ah oui. Comment oublier. Ce matin, la douche était encore gelée. Sans compter la vague d'araignées poilues qui s'est déversées dans les dortoirs des filles de la cinquième à la septième année. Heureusement que Lawrence avait un contre-sort potable à leur opposer. Je ne dirais pas autant des dortoirs d'en dessous qui ont longtemps résonnés de cris terrifiés. Et puis, il ne faut pas oublier le début du commencement de la pseudo altercation que j'ai eu avec deux maraudeurs, la veille.

« Touchée. Il faudrait que je m'y mette. » J'agrémente l'excuse éhontée – mais très réaliste, j'y pensais il y a encore quelques minutes – de mon sourire n°6 : dangereusement satisfait.

« J'aime quand tu fais cette tête Ellen… » Rit Harper en remplissant d'autorité le bol vide en face de moi d'une rasade de lait.

Rasade que Cissa s'empresse d'agrémenter d'un nuage de café noir. Je roule des yeux. Ils sourient tous les deux, du même sourire à la foi insolent, espiègle et supérieur. J'ai parfois l'impression de me retrouver en face de deux jumeaux parfaits. Je ne sais pas si c'est une trop grande fréquentation qui les a rendu si semblables, mais ils ont les mêmes expressions flegmatiques et la même façon de parler, complètement décalée et à bâtons rompus : ils sont capables de reprendre une conversation arrêtée la veille comme s'ils venaient à peine de se quitter. Je dis ça, mais il y a de fortes chances que je leur ressemble. Après tout, sept ans de cohabitation intensive laisse des marques. Même à l'indépendante Serpentarde que jeme plaît à être.

« Vengeance ? » interroge Rosier avec un air curieux et fureteur qui le fait étrangement ressembler à un raton laveur.

Enfin, j'exagère : de l'avis de plusieurs filles de ma connaissance, Rosier n'est pas moches. Mais mon manque d'objectivité que j'entretiens avec affection me laisse de marbre face à ses 'merveilleux' yeux pervenche.

« Tu n'as pas entendu ? Leurs cris hystériques m'ont troués les oreilles. » Commente froidement le fils Prince, indifférent.

Il est rare que Rogue daigne se joindre à la société pour déjeuner. Mais il faut croire qu'il s'ennuyait. Où qu'il se soit assis là par hasard. Ce qui de sa part ne m'étonnerait guère. Mais lorsqu'il est là, personne échappe à ses commentaires doucereux dont – mais je ne l'avouerais jamais – je m'amuse beaucoup.

« Mais il y avait d'énooormes araignées dans le dortoirs ! » s'exclame, dramatique et dégoûtée, Adamson.

« Laura a raison. C'était immmmonde ! » Renchérit Simpson dans un long frisson qui l'approche – hasard douteux – de l'épaule d'Harper, qui se décale discrètement sous mon sourire moqueur.

Simpson est folle d'Harper. En fait, elle est folle de tous les beaux garçons du château. Même des moins fréquentables. Et je vise Morgan.

« Effectivement. Affreux. » Réplique sarcastiquement Rogue s'attirant le regard vexé et choqué des deux jeunes filles.

« Tu faisais moins le fier Rogue, quand ils ont ensorcelés tes bottes pendant toute une après-midi pour qu'elles soient obligées de sautiller sans arrêt. » réplique Simpson venimeuse.

Ce souvenir m'arrache l'ombre d'un sourire, tandis que le regard meurtrier du fils Prince se pose lentement sur la Serpentard.

« Tu n'aurais jamais du rappeler ce moment tabou de notre existence, Simpson. » j'explique, amusée par la tournure des évènements.

Harper ricane tout en essayant de détacher le chignon lâche de Narcissa. La tâche est ardue, une table les sépare et la blonde se bat comme une lionne – comparaison qui ne lui plairait guère– pour protéger l'intégrité physique de sa coiffure. Prise de pitié pour Morgan et sa quête vouée à l'échec, j'étends un bras discret et détache délicatement l'élastique noir qui retient les cheveux de la Serpentard assise à côté de moi. Lorsqu'elle s'en rend compte, ses longs cheveux platine cascadent déjà sur ses épaules et j'ai lancé l'objet de ses désirs à Harper. Celui-ci, victorieux, attache, désinvolte, ses propres cheveux dans un catogan, certes inutile, mais qui lui donne une classe folle.

Je réponds à son clin d'œil par un sourire innocent tout en tentant d'arracher la baguette que Narcissa s'entête à pointer entre mes deux yeux avec beaucoup de volonté. Rosier lève les yeux au ciel et attrape un croissant, tout en se retournant vers Wilkes et o'Connors pour entamer une très inintéressante discussion sur un sujet certainement peu intellectuel. En face, Harper s'est désintéressé de notre duel et ajoute un grain de sel flegmatique dans l'échange amical qu'entretiennent Rogue, Simpson et Lawrence qui s'est jointe à nous. Une matinée banale chez les septièmes année de Serpentard.

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Un bruissement de plumes nous arrache de la monotonie du petit-déjeuner. Machinalement je lève les yeux pour observer le vol de hiboux messagers qui s'engouffrent par les fenêtres, spectacles cents fois revus depuis mon arrivé au château. J'espère recevoir des nouvelles des sœurs à qui j'ai demandé l'envoi express d'un livre de sortilèges que j'ai oublié au Manoir et d'un supplément d'argent de poche pour l'achat de nouvelles protections pour le Quidditch, lors de notre prochaine sortie à Pré-au-Lard.

La Gazette à laquelle Harper est abonné s'approche dangereusement, en compagnies d'une dizaine de jumelles, de notre table. J'écarte, distraitement mon bol tandis qu'elle se pose sur la table avec aussi peu d'élégance que Wilkes chaussé de patins à glace. Harper étant trop occupé à tenter de reproduire la coiffure de Cissa sur ses propres cheveux, j'attrape le rouleau de parchemin et chasse la messagère, qui s'en va mendier de la couenne de jambon dans l'assiette de Rosier.

Je m'apprête à l'ouvrir quand un grand cri retentit dans la Grande Salle. Une rumeur inquiète enfle rapidement, tandis que certains élèves éclatent en sanglots désespérés et bruyants. Un Gryffondor et un Poufsoufle quittent le réfectoire en courant, aussitôt poursuivit par leurs amis, mortifiés. Le silence s'installe un instant, mortel. Avant d'être rapidement dissipé par le bruissement inquiétant et excité des chuchotements. Je jette un coup d'œil autour de moi, me rendant compte que la plupart des élèves lisent la Gazette d'un étrange air avide et horrifié, la tendant à leur voisin ou la leur résumant du bout des lèvres.

D'un coup de poignet, je déplie le journal, juste après avoir vu une délégation de professeurs quitter la pièce. Le titre en gras me saute aux yeux. Je fronce les sourcils et étale la Gazette du Sorcier sur la table. J'entame ma lecture, tandis que je sens l'épaule de Cissa contre la mienne et que Morgan se penche par-dessus la table pour déchiffrer l'article en question.

Une délégation du Ministère attaquée. McArthur a Ste Mangouste. Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom impliqué.

Alors qu'elle se rendait à Plymouth pour célébrer la trêve de 1826 en compagnie du représentant de la nation gobeline de Grande Bretagne, la délégation ministérielle – composée du Ministre de la Magie McArthur, des directeurs des départements de la Coopération Magique Internationale et de la Régulation des Créatures Magique – a été lâchement attaquée par un groupe de sorciers encagoulés et dangereux. Ces terroristes ont encerclés les représentants du Ministère et mis or d'état de nuire la dizaine d'aurors et les gardes rapprochés du Ministre, chargés de leur protection.

Les terroristes ont procédés avec le but visible de faire le plus de mort possible et le Ministre de la Magie n'aurait pas survécut sans le dévouement des aurors présents. Ceux-ci n'ont pas réussis à arrêter leurs adversaires et les sorciers encagoulés ont pu s'enfuir sans peine avant l'arrivée des renforts, laissant une quinzaine de mort et plusieurs blessés graves, dont McArthur, qui a aussitôt été transporté à Ste Mangouste où ses jours ne sont plus en danger.

La communauté magique à par contre la tristesse de vous annoncer la mort du représentant délégué par le conseil d'administration de la nation Gobeline qui n'a pas survécut à ses blessures. Le Ministère présente ses condoléances à la famille et espère que ce décès ne provoquera pas des tensions au sein de la communauté magique.

Une enquête à aussitôt été ouverte par les aurors et, d'après nos sources, ceux-ci suivraient la piste des mangemorts, les partisans du terrible mage noir qui sème depuis quelques mois la destruction et la mort sur toute l'Angleterre. Le Seigneur des ténèbres, comme il se ferait appeler, à en effet revendiqué cet attentat en laissant sa – maintenant connue – marque sur les lieux de l'attaque. Nous espérons vivement que les autorités arrêteront les coupables et restaureront la paix en Grande Bretagne, la communauté sorcière refusant de se plier au règne de la Terreur que semble vouloir imposer Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

En page 2 les interviews exclusives des témoins présents, en page 3 un rappel des meurtres et des attaques attribués aux mangemorts, en page 7 une analyse de notre envoyé spéciale sur l'avancée des investigations concernant l'identité dédits mangemorts

L'article est suivit de la liste des morts et des blessés, dans la quelles je reconnais quelques noms familiers. Dont celui de certains élèves de Poudlard.

Silencieuse et impassible, je repousse le journal dont s'emparent avidement Wilkes et Rosier. Harper s'est également redressé et je croise son regard brillant d'une lueur étrange. Ses mâchoires légèrement contractées contrastes avec le reste de son visage, d'expression complètement neutre. A mes côtés, Narcissa n'a pas réagis et s'est déjà remise à déjeuner. Son attitude m'intrigue à peine mais je rejette la petite voix désagréable qui pointe son nez dans mon esprit.

Le silence n'est plus qu'un vague souvenir. La Grande Salle toute entière résonne des réactions horrifiées des élèves. La table la plus silencieuse reste la notre. Ce qui ne manque pas de nous attirer des regards haineux. J'observe mes camarades : Rogue a les lèvres serrées et peine à garder son indifférence. Simpson, Adamson, Rosier, Wilkes et o'Connors discutent par contre avec une certaine animation. Je retrouve le même schéma dans les autres années : indifférence – réelle ou forcée – impassibilité ou curiosité et excitation. Serpentard va vraisemblablement renforcer l'idée répandue d'être un nid à méchants mangemorts.

Je sens que Morgan me cherche du regard. Il a perdu son espièglerie et je lui trouve une étrange ressemblance avec Black, que je m'empresse d'oublier. Il a un air grave qu'il dissimule sous son indifférence insolente, mais je le connais assez pour savoir que ce n'est qu'une façade.

Le lord Noir, depuis le début de l'année dernière, ne cesse de faire parler de lui. Mage noir en puissance, il fait passer Grindelwald pour un débutant. Cruel, meurtrier, sans pitié, il n'a eu de cesse de recruter des partisans dans le but de faire tomber le Ministère. Appâtés par l'éclat du pouvoir et de l'argent, et par la perspective de supprimer de ce monde les sorciers indignes, la plupart des grandes familles de l'ombre se sont ralliées à lui, trouvant dans cet homme – mais est-ce vraiment un homme ? – un guide dans leur recherche de gloire.

On le dit immensément puissant et extrêmement doué et talentueux dans les choses magiques. J'ai entendu tante April parler de lui avec respect chose qu'elle ne fait que bien rarement. Ses causes peu louables ont par contre le mérite de redonner aux grandes maisons leur prestance d'autrefois. On nous a promis monts et merveille. Et puis on dit que le Lord Noir exerce une irrépressible attirance sur quiconque le rencontre.

Je crois que j'aimerais le voir un jour. Narcissa a eu cette chance. Les Black, comme les Malfoy, ont été des premiers à avoir rallier sa cause. Tout comme la famille Rosier et Lawrence. Nott. Et Lestrang bien entendu. Vous l'aurez compris, je suis entouré de fils de mangemorts. Et je ne les trouve pas moins fréquentables pour autant. Ils le sont déjà assez peu comme ça.

Je sais – de sources sûres – qu'Il a contacté Père. Je sais aussi que celui-ci a trouvé quelques arguments convaincants pour ne pas avoir à se prononcer immédiatement quant à son engagement. Je sais également le regard brillant d'Abigaïl lorsqu'on parle de Lui. La seule chose que je ne sais pas, c'est ce que moi je crois.

Je me lève, attrape une brioche d'une main, et le coude de Narcissa de l'autre. Harper fait machinalement signe qu'il nous rejoindra plus tard. J'hausse les épaules et m'engage au côté de la jolie blonde dans l'allée centrale. Notre indifférence horrifie et les yeux qui nous suivent sont haineux et meurtriers. Ils sont stupides. Que devrais-je faire ? Eclater en sanglots ? Je suis à Serpentard par Merlin. Et je ne tiens pas tant que ça à la vie du Ministre de la Magie.

Je croise le regard de Black. Ses yeux gris étincèlent de haine. Mais surtout de mépris et de dégoût profond. Il me trouve exécrables. Haïssable. Je vous avoue que je n'ai pas pu supporter son regard brûlant. Qu'il ne croit pas qu'il me connaisse surtout. Qu'il sait ce que je crois, ce que je pense. Qu'il ose prétendre savoir ce que je suis. Je n'en suis pas certaine moi-même.

Moi, j'ai cru le cerner, certes. Mais j'ai honteusement perdu mon pari.