Résumé : "Abberline. Quoi ? Ça ne vous dit rien ? Quelle preuve d'inculture flagrante. Il est vrai que mon nom n'est pas passé à la postérité comme celui, si bénit, des maraudeurs... Pourtant, j'étais aux premières loges pour assister à la montée en puissance du Lord Noir. Moi, Ellen Abberline, Serpentarde de mon état."
Disclamer : Rien ne m'appartient, tout est à JKR. Même pas l'histoire dont elle a tiré les grandes lignes.
Blabla : J'ai du retard, mais aussi des excuses : c'est les vacances, et pendant les vacances, on ne fait rien. J'en profite d'ailleurs pour vous souhaiter à tous une très bonne nouvelle année
Donc, j'ai eu assez de mal pour écrire ce chapitre, étant sans cesse découragée. J'en ai d'ailleurs profité pour lire quelques fics de ffnet et me suis rendue compte que je ne faisais pas vraiment le poids. Mais peu importe. Je n'aime cependant pas énormément ce chapitre là, je le trouve plutôt fade et ma plume – que je me plais à croire relativement acérée – moins efficace. Je ferais des efforts bien entendu, pour que le prochain soit plus intéressant. Car normalement, c'est dans le prochain que l'action démarre véritablement. En espérant que celui-ci vous plaise tout de même.Bonne lecture.
Je remercie ma revieweuse de toujours, I-am-Lady-Voldemort (merci pour le soutient constant et joyeux noël à toi aussi), ainsi que tout ceux qui lisent sans laisser de traces.
Chapitre 3
La salle commune est calme. Comme toujours, les Serpentards n'étant pas connus pour leur expansivité ou leur sociabilité. Aussi la plupart de mes aimables condisciples travaillent en silences, en groupes restreints, ou s'échangent des messes basses dans le coin de la salle qui leur est attribué.
Car malgré l'apparente division de la maison de Salazar, il existe ici une étonnante relation de communauté. Les élèves ont tous leur habitudes dans la salle commune : tel fauteuil est propriété personnelle de tel élèves, idem pour les tables de travails – que l'on recherche de préférence dans un voisinage proche de la cheminée. D'un accord commun, ces non-dits sont respectés et l'on évite – la plupart du temps – des conflits désagréables.
Bien entendu, les meilleurs place étant attribués aux élèves les plus âgés et les plus à même de défendre leur territoire – cette expression convient d'ailleurs à merveille à certains spécimens mâles que j'omettrai de citer – les septièmes années ont la chance de pouvoir s'auto-attribuer les fauteuils les plus confortables et les mieux placés. Et dans cette logique, les élèves moins âgés, s'ils possèdent suffisamment d'arguments convaincants, ont tout à fait la possibilité d'accéder à certains traitements de faveurs. Comme quoi, les Serpentards ne sont pas aussi primitifs et dictatoriaux que ce qui ce dit dans les couloirs du château. Hum.
Je m'étire comme un chat et m'enfonce un peu plus dans le canapé de cuir que je partage d'assez mauvaise grâce avec ma cousine, très chère, Lawrence. Un silence apathique règne dans notre petit groupe de Septième année, regroupé – comme certaine rare fois – instinctivement et sans excès de complicité. Venant à peine de quitter deux heures de Défense Contre les Forces du Mal, nous sommes on ne peut plus lessivés. Le professeur Saunders, exécrable ex-Gryffondor, fait parfaitement honneur à son ancienne maison : il partage toutes les tares propres à mes condisciples rouges et ors.
Convaincu, comme d'autre, que Gryffondor est un nid de futurs aurors en puissances, de bons médicomages, et de sauveurs de la planète, il regarde cependant les rejetons de mangemorts indignes que nous sommes d'un œil suspicieux, et ne rate aucune occasion de se montrer désagréable. A la grande joie des maraudeurs. Malheureusement, la DCFM étant une matière aujourd'hui obligatoire – décret du ministère en réponse à la guerre qui se prépare – je n'ai pas pu échapper à son enseignement. Et quitte donc régulièrement sa salle de classe – transformée en arènes multiples – contusionnée et les côtes douloureuses.
Car si, de peur d'entraîner involontairement les futurs partisans du Seigneur Noir, le professeur évite de nous donner l'avantage de nous battre à égalité contre les Gryffondors avec qui nous avons cours commun – chose qu'il sait être douloureuse pour l'honneur de son ex-maison – nous n'évitons cependant que rarement le rôle de cobayes. Moi en particulier. Sans que je ne sache d'ailleurs le pourquoi de cet excès d'animosité.
Il est vrai qu'il déteste en bloque tout les Serpentards de septième année. Mais il me réserve toujours un traitement de faveur. Peut-être parce que je n'ai pas encore – depuis son arrivée, trois ans plutôt – daigné m'écraser devant sa grandeur. Contrairement à la plupart de mes condisciples ; dont j'exclurais cependant Harper pour qui cette idée seule est révoltante, Narcissa dont je me demande si elle a consenti à retenir le nom du professeur, et le duo de choc, Wilkes – o'Connord, qui n'a toujours pas compris qu'il était inutile de pouvoir espérer combattre Saunders de front.
J'arrange distraitement les mèches de cheveux aubergine qui me tombent sur le front. Les garçons – à comprendre Wilkes o'Connord et Rosier – discutent énergiquement devant la cheminée en compagnie de Simpson et Adamson. Je prête l'oreille et finis rapidement par comprendre que l'objet de leur enthousiasme et de leur excitation est, comme ce matin, l'attaque des mangemorts. Pourtant celle-ci n'a pas été aussi meurtrière que la descente qui a eu lieu quelques jours avant la rentrée dans un village moldus. Une quarantaine de morts je crois. Mais, il est vrai qu'aujourd'hui, c'est le symbole de la puissance du ministère qui a été atteint. Je me demande ce qui se serait passé si McArthur avait été abattu.
Je jette un coup d'œil autour de moi et comprends qu'ils ne sont pas les seuls à penser encore à l'attaque. C'est omniprésent. Je crois qu'il n'y a que moi qui refuse de m'y attarder. Appelez ça comme vous le voudrez, je ne vois pas l'intérêt de ressasser indéfiniment cette histoire. En réalité, je ne veux pas y penser du tout. Je crois qu'un Gryffondor dirait que c'est de la lâcheté. Putain de Gryffondor.
Harper est assis en tailleur sur le tapis verdâtre. L'expression indéfinissable, le regard vide, la mâchoire contracté, il fixe depuis près d'un quart d'heure un point en face de lui. Point qui, après étude balistique, se révèle être le front de Narcissa. Intéressant. Celle-ci l'ignore consciencieusement et s'applique sur son devoir de métamorphose sans lever les yeux vers lui. Il faudrait d'ailleurs que je pense à m'y mettre également à cette dissertation. Mais j'ai un problème bien plus important à résoudre présentement. A savoir si le chaudron-minute est proche de l'explosion, ou s'il résistera encore quelques mois. Enfin. Je suis bien optimiste quant à la capacité qu'on mes amis d'enterrer leur désaccords, surtout lorsqu'ils sont aussi profonds que celui qui me préoccupe.
Vérifiant du côté du fils Prince et de Lawrence qui s'occupent chacun dans leur coin, je note être la seule à assister à cet instant de tension entre Narcissa et Morgan. Tension, ne pensait pas que j'exagère. Harper la provoque du regard mais répugne juste à mettre des mots sur ses reproches. Je ne veux d'ailleurs pas les entendre ces mots, de peur de perdre le contrôle, et de la situation, et de mes propres convictions. Et je subodore sans peine que c'est également le cas de la blonde ici présente. Pour autant, l'atmosphère est pleine d'ondes négatives - comme dirait Adamson - et difficilement supportable pour le commun des mortels.
Rogue a relevé la tête et nous fixe bizarrement. Je ne lui prête pas attention. Narcissa à cesser d'écrire mais ne détache pas pour autant son regard du parchemin. Je la sens froide, volontairement indifférente. Agacée aussi. Le silence devient oppressant et, généreuse, je me dévoue et crève l'abcès avant le début de la tempête, qui pourrait avoir d'affreuses conséquences.
« Prince ? T'aurais pas ton livre de potion ? » Je lâche, distraitement angélique (comme ma grand-mère).
Le silence est brisé et ma voix rapidement couverte. Je les connais presque trop bien.
« Arrête ça Morgan ! » claque la voix de Narcissa qui a brusquement relevé la tête pour croiser le regard du Serpentard.
« Arrêter quoi ? » siffle celui-ci en haussant un sourcil, plus provocateur qu'interrogatif.
« Ne me regarde pas avec cet air là ! »
« Tu préférerais que je fasse comme si de rien n'était ?! »
« Exactement. » s'exclame-t-elle, sèchement, sans élever la voix, au contraire du jeune homme.
Morgan ouvre la bouche pour répliquer. La referme. Une furtive expression de répulsion passe sur son visage. Je me crispe.
« Tu - »
« Tais-toi Harper ! »
Cette fois-ci c'est moi. Je ne veux pas qu'il dise quelque chose qu'il regretterait plus tard. Ne croyez pas que je deviens chevaleresque : je n'ai simplement pas envie que les liens qui unissent les gens que je côtoie presque constamment se détériorent, au risque de m'irriter. Morgan tourne la tête vers moi. Reproche. Contrariété. Je l'ignore résolument, avec une désinvolture feinte. Il laisse échappé un soupir frustré et bondit sur ses pieds. En quelques secondes il a disparut dans les couloirs des cachots.
Je jette un regard furieux à Narcissa qui détourne le regard et renonce à une joute visuelle, chose surprenante de sa part. J'hausse les épaules, finalement quand même irritée, et me lève lentement de mon fauteuil pour rejoindre Rogue qui commence à s'impatienter avec le livre que je lui ai demandé. Le spectacle à l'air d'avoir été à son goût. Charognard.
Assis devant un rouleau de parchemin recouvert de pattes de mouches à l'encre noir, il fait un geste indifférent vers son livre de potion dont je n'ai plus aucun besoin. Je l'attrape tout de même, machinalement, pour donner le change.
« Vous allez tourner autour du pot encore longtemps ? » me demande-t-il, narquois et légèrement dédaigneux.
« Ta gueule Prince. » je réplique plaisamment, avec cependant une lueur d'avertissement dans le regard.
Il ricane moqueur mais n'ajoute rien. Je repose lentement le livre sur la table, et pause un instant ma paume sur la couverture, pensive.
« Tu n'es pas très bien placé pour parler d'engagement et de décision ? N'est-ce pas Rogue ? » J'ajoute, sarcastiquement, en me penchant vers lui.
Il soutient mon regard vert-de-gris. Ses petits yeux noirs sont glacials et inexpressifs. Je suis une des seules élèves de Poudlard à l'appeler par le nom de sa mère, qui était une relation de Père, avant qu'elle ne décède prématurément. Sachant que Rogue n'apprécie pas son ascendance moldue et la ressent comme une tare, lui qui est si fier d'appartenir à Serpentard, c'est une marque de respect tacite de ma part – chose suffisamment rare pour que vous reteniez cette information. D'ailleurs c'est certainement une des raisons qui font que j'entretiens des relations civilisées avec lui. Et peut-être également parce qu'il me reconnaît un certain talent dans le branche magique qu'il élève au rang d'art.
Vous comprendrez donc que lorsque je l'appelle Rogue volontairement et de façon aussi appuyé, ce n'est pas particulièrement aimable.
L'abandonnant, lui, son livre de potion – qui n'a plus aucun intérêt – et son sourire supérieur, je quitte la salle commune à grand pas, sous le regard sombre de Narcissa, mes jupes écarlates volant derrière moi.
xxx
Étant passée, tout à fait fortuitement, par les cuisines, je ne ressens pas vraiment le besoin de descendre dîner. Mais voulant jeter un coup d'œil à l'évolution de la tension nouvelle entre Narcissa et Morgan, je daigne tout de même me rendre dans la Grande Salle et faire l'honneur de ma présence à mes condisciples. Certes, il y a également une autre raison : j'ai, tout aussi fortuitement, vidé le fond d'un flacon de décoction pousse-poils dans quelques pichets de jus de citrouille de la table des Poufsoufles. Grande maladresse de ma part. Merlin m'en pardonne.
La salle est pleine, les élèves peu joyeux – on s'étonne tous en cœur – et, comble du désintérêt, Dumbledor n'a toujours pas crut bon de reparaître devant le commun des mortels, tout à ses tracas de sauveur du monde bon, libre, et courageux.
Je rejoins mes condisciples, au centre de la table vert et argent, comme à l'habitude. Traversant la rangée qui nous sépare de la table des Serdaigles, je note distraitement que les mines de déterrés qui m'entourent risque à peine de remarquer ma petite blague. Tristesse.
Croisant le regard de Mitchell, déjà installée en compagnie de – argh – ma cousine Ashley, je me fends d'un discret sourire de prédateur. Il n'en faut pas plus pour que la jolie brune lève les yeux au ciel. Malgré sa moue de reproche capricieux, je sais qu'elle est impatiente de voir ce que j'ai préparé – sans l'aide de mon acolyte préférée. Pour dire la vérité l'entreprise était un jeu d'enfant : la potion était un reste, un fond de chaudron, dont je devais juste trouver le moyen de m'en débarrasser.
Je rejoins ma table. L'un à côté de l'autre, se chamaillant distraitement, Harper et Narcissa n'ont pas l'air de se souvenir de leur accrochage de toute à l'heure. Evidemment. Cela ne me surprend guère : ce conflit, on s'efforce de l'étouffer depuis trois ans. Ignorer ses convictions personnelles et ses devoirs pour eux, s'astreindre à ignorer la situation et à ne pas choisir pour moi. Rogue dirait que nous sommes ridicules. Moi je pense que c'est de l'optimisme. Qu'on vit au jour le jour. Il faudra pourtant bien qu'un jour nous éclaircissions les non-dits et confrontions nos arguments. Mais, sachant pertinemment que ce jour là arrivera bien assez tôt et répugnant à y trop s'y attarder, nous continuons, comme si de rien n'était.
Mais, plus le Lord Noir fait parler de lui, plus nos résolutions vacillent. Le comportement d'Harper aujourd'hui en est une preuve tangible.
« Hé ! Fait attention avec cette louche, ça gicle de partout ! »
« Oups, désolée Morgan. »
« 'Spèce de blonde…»
J'observe rêveusement Cissa menacer Harper avec ladite louche qu'elle brandit dangereusement en l'air. Sachant qu'elle est pleine à ra-bords d'une substance non identifiée, je me méfierais si j'étais à la place de ce dernier.
« Ellen, attache là ! » se plaint le Serpentard en se penchant dangereusement sa chaise du côté opposé, à la grande joie d'un groupe de poules de sixièmes années.
Je réprime un sourire et lève nonchalamment ma baguette. Bien que mon attitude ne le laisse pas à deviner, je suis passablement satisfaite de voir que l'homme de ma vie ne me tient pas rigueur de ma brutale intervention de tout à l'heure. Il sait pertinemment pourquoi je l'ai fait et, bien que je le soupçonne de vouloir cesser dès à présent les faux semblants, je lui suis reconnaissant de ne pas avoir persister dans sa bouderie intempestive.
D'un coup de baguette, j'arrache la redoutable arme des doigts de Narcissa et la fait léviter un peu plus loin, sans savoir qu'en faire – la reposer en face des deux belligérants reviendrait à exciter les tendances violentes de ma blonde colocataire. Une idée puérile me vint à l'esprit, mais jugeant l'opération trop délicate – voir impossible – je renonce à envoyer la louche se vider sur le crâne d'un des maraudeurs. Trop loin. Trop flagrant. Déçue, je me contente de déverser, en dernier recours, la sauce huileuse du ragoût dans l'assiette de Wilkes, qui ne regarde pas de mon côté. Le résultat et tout a fait satisfaisant : l'objet lévitant à un mètre et demi de la table, le liquide éclabousse les environs dans un joyeux jet qui s'étend sur une circonférence de plusieurs dizaine de centimètre. Joie.
Discrète et flegmatique je range ma baguette, comme si de rien n'était, (Vous remarquerez que je suis particulièrement douée à ce jeu là) tandis que l'aimable Wilkes éructe quelques jurons de mauvais goûts. Je remarque avec délectation que les robes d'o'Connord, d'un sixième année dont le nom m'a échappé et d'Alexandre Malfoy ont également subits quelques dommages. Joie.
Ne voulant pas paraître suspecte – toute sorcière supérieure que je suis, je n'apprécierais guère de me retrouver devant ces trois armoires à glaces et cette teigne sans grande envergure qu'est le petit frère de Lucius, dans un couloir sombre – je me serre un grand verre de jus de citrouille. Ce qui me rappelle instantanément mon autre mauvaise blague qui ne devrait pas tarder à se produire.
« Nelly, voudrais-tu nous faire partager l'objet de ton illumination divine ? » m'interroge, Narcissa, mondaine, un éclair de curiosité et de condescendance dans les yeux.
Je remarque alors que les deux tourtereaux n'en sont pas venu aux mains, mais on tranquillement regagner leur espace vitale respectif et semblent, pour une fois, à peu près sages et civilisés. Séquelles de leur accrochage certainement. Mais la complicité ne devrait pas tarder à se réinstaller.
«Ça devient une habitude de te voir plongée dans tes pensées… – commente traîtreusement Harper – Qui est l'heureux élu qui habite tes fantasmes secrets ? »
Ils se penchent tous les deux, dans un parfait synchronisme, avec un ai moqueur, les yeux légèrement écarquillés. J'esquisse le début d'un soupir et entre dans leur jeu.
« Mais toi, Harper, mon ange. » je minaude, la bouche en cœur et les cils battant l'air.
« Je savais que tu t'en rendrais compte un jour Ellen, chérie. » réplique-t-il langoureusement avec un sourire charmeur qui, je le sais, fait fondre plus d'un sorcière de Poudlard – et pas seulement chez les Serpentards.
« C'est pas à Mitchell que t'es sensé dire ça Morgan ? » s'incruste Narcissa, inspectant ses ongles négligemment.
Le beau Serpentard s'étouffe et roule des yeux, semblant trouver cette idée passablement saugrenue.
«Où es-tu parti chercher ça ? »
« Elisabeth, mon chou… » roucoule la jolie blonde.
« Arrête Narcissa ! »
« …je suis siii heureux de te revoir - » j'imite, tout sourire.
« Ellen ! »
« Betty, mon cœur… »
« Je ne pense qu'à toi… »
« Malgré toutes celles que j'ai pu me faire. »
« Evidemment… »
On ricane de concert, puériles, devant le désappointement du jeune homme qui boude dans son coin. Bien sûr, nous exagérons un peu la situation. Beaucoup certainement. Mais il n'empêche qu'après plusieurs études attentives, le comportement d'Harper, lorsqu'il est dans les environs immédiats de Mitchell, est des plus intéressant. La demoiselle lui fait de l'effet, c'est un fait avéré. Peut-être parce que c'est une des seules personnes sur laquelle Morgan jette son dévolue sans obtenir aucun résultat.
« Hé ?! C'est quoi ce bordel ? » S'exclame l'objet de nos moquerie, qui semble avoir soudainement oublié qu'il ne nous adressait plus la parole.
Son ton plaisant fait dresser plusieurs têtes à notre table. Mon sourire s'étire. Le spectacle aurait-il déjà commencé ?
Je n'ai pas le temps d'apercevoir les pauvres Poufsoufles qui font les frais de ma potion qu'un éclat de rire répond à mon interrogation. Il se propage rapidement, gagnant la plupart de la Grande Salle, si l'on excepte les quelques cris d'horreur qui jaillissent de la table la plus éloignée de la notre.
Harper s'est redressé pour profiter du spectacle et il n'est pas le seul. Les Serpentards sont plongés dans une hilarité peu amicale – certes – accompagnés par quelques âmes joyeuses de Serdaigle. Mitchell en fait partie, plus sobre cependant. Elle me lance un bref regard appréciateur et je comprends qu'elle se souvient de la potion utilisée. Je souris à mon tour.
McGonagall, irritée se lève et intime sèchement aux Poufsoufles atteints de la rejoindre. Les moqueries suivent le chemin de sept élèves de quatrième et cinquième années qui offrent un spectacle des plus étonnants. Une impressionnante crinière de cheveux, traînant sur les dalles, un visage recouvert de fourrure et quelques barbes de très bons goûts. Je suis fière de moi. La potion est une création personnelle, inspirée d'un shampoing sorcier pour lutter contre la calvitie. Pour l'avoir testée pendant les vacances et envoyée par hiboux-express à Mitchell qui en a fait de même, je savais son parfait fonctionnement.
Je ris joyeusement lorsque Narcissa se penche à mon oreille pour me suggérer d'ajouter, dans la prochaine version, moustaches et - pourquoi pas - queue. Mon rire s'accentue quand mon regard tombe sur les maraudeurs. Ceux-ci observent d'un œil étonné et soupçonneux mes créations artistiques qui s'éloignent piteusement en direction de l'infirmerie, en compagnie d'une McGonagall sur ses grands chevaux.
Pettigrew rit encore, Lupin arbore un petit sourire curieux, Potter fronce les sourcils et échange quelques commentaires avec Black, qui se met à scruter d'un œil attentif les quatre tables, cherchant vraisemblablement l'auteur de cet intermède ludique entre les plats et le dessert. Je détourne les yeux lorsqu'il s'intéresse à notre table, avec l'air mauvais qu'il arbore toujours lorsqu'il voit le serpent de Salazar. Désolée Black, mais ne compte pas trop découvrir l'identité des affreux méchants qui osent vous faire concurrence. Nous sommes à nouveaux en course. Et cette fois, nous allons vous battre à plate couture. Foi de Abberline.
xxx
« Ellen, on est mardi. »
« Et ? »
« McGonnagal. »
« Oh. Merde. »
« Je ne te le fais pas dire Nelly. »
« Surtout qu'elle doit être d'une humeur de chienne après l'incident au dîner… »
« Il fallait bien que je récolte la tempête que j'ai semé. »
« Oh mais Allman de Gryffondor s'en est très bien chargé… » Sourit Narcissa en rejetant ses cheveux blonds en arrière, hautaine.
« Ce beau petit brun ? McGo n'était pas du tout convaincue. » Corrige Harper.
« Il n'empêche qu'il est collé pour toute la semaine. »
Je ne suis pas charitable certes. Mais j'estime que les lionceaux m'ont en assez fait baver pour que je me permette une petite vengeance. Même indirecte.
« Il te tiendra compagnie. » ricane Narcissa.
Je grogne pour la forme. Harper me plante un baiser sur la joue – il est d'humeur badine – et entraîne la jeune blonde qui me fait un bref signe de la main. Je m'adosse, très désinvolte, contre un des murs du grand hall, attendant patiemment qu'il se vide, n'ayant aucune envie d'entreprendre une progression dans un sens inverse à celle de la foule des élèves.
J'aperçois Malfoy - de cinquième année évidement : le frère de Lucius - qui surveille Narcissa de loin, en compagnie de Wilkes. Ce sont de grands amis. Certainement parce que Wilkes n'a pas assez de charisme ou de courage pour oser approcher le grand Lucius Malfoy. Pour vous dire la vérité, il est assez effrayant dans son genre. Enfin, je dirais plutôt répulsif. Tout, dans ses manières et les discours qu'il tient me poussent à me tenir le plus éloigner possible de sa personne. J'ai tout de même toujours fait honneur à mon nom : une Abberline ne s'écrase devant personne – ou presque. Il ne m'aime pas d'ailleurs. Uh uh. Mais je plaints Cissa. De tout mon cœur.
Pour revenir au sujet qui m'occupe, je peux vous assurer que le frère Malfoy ne tient pas la comparaison avec son frangin : peu impressionnant, aucune personnalité, une gueule trop malveillante pour paraître belle, et un caractère mielleux et flagorneur à souhait. A vomir. Il fait par contre un chien de garde tout a fait satisfaisant pour son cher grand frère : il ne quitte pas Cissa des yeux.
Devant cet excès de jalousie et de protection de la part de la famille Malfoy, il n'est cependant pas la peine de s'étonner du fait qu'Harper ne soit pas encore décédé de mort précoce et violente, malgré la complicité et la familiarité visible dont il fait preuve envers la blonde de Lucius. Celui-ci sait parfaitement qu'il n'a pas à s'en méfier, même si – et j'en garde un souvenir particulièrement précis – il s'est chargé de bien mettre les pendules à l'heure avec Morgan. Mais l'on me dérange et je vous expliquerai une autre fois et plus avant cette stupéfiante particularité généalogique qui protège l'intégrité physique du beau Serpentard.
« Abberline. »
Echange de sourires entendus.
« Hey Mitchell. »
Le grand hall est vide, nous sommes seules, ou presque : quelques jeunes élèves s'amusent bruyamment et des couples traînent encore.
« Joli. Un peu simplet, mais amusant. »
« Merci. Ce n'était pas prévu. Mais je passais par la cuisine et… tu comprends ce que c'est. J'ai pas pu résister.
Elisabeth ricane et je me contente d'un sourire exhaustif. Elle n'y paraît pas comme ça, la studieuse et revêche Serdaigle, mais son esprit pratique et imaginatif est extrêmement utile dans notre lutte anonyme contre les maraudeurs. Douée en métamorphose – elle – et ayant une culture étendue concernant les sortilèges étranges et saugrenus, nous formons une équipe qui se complète parfaitement. Ne craignant pas d'arpenter le château à toutes heures du jours et de la nuit, son image d'élève modèle nous a plusieurs fois sauvé la mise. Et puis son caractère peu expansif s'accorde bien avec le mien.
Nous ne sommes pas amies à proprement parler : nous ne nous étalons pas nos vies respectives et ne partageons pas nos idées personnelles. Mais nous sommes particulièrement complices, ce qui nous permet d'anticiper ses réactions, pour une optimisation de nos actions.
« Oh. Et tu passais, comme ça… un flacon de potion pousse-poil dans la poche. »
« Eh bien... Oui. C'est fou hein ? »
« Les voix du hasards sont impénétrables. »
« J'allais dire la même chose. »
Elle roule des yeux avec une moue dubitative. Dénouant machinalement sa cravate bleu-bronze, elle demande, flegmatique :
« Quand la prochaine virée ? »
« Bientôt. » une lueur dangereuse s'allume dans mes yeux. Je savoure d'avance.
« Vengeance ? »
« Exact. »
« Les maraudeurs. » Ce n'est même pas une question.
« Exact. »
« Tu exagères. »
« Ils ont coupés l'eau chaude… mit des araignées dans les dortoirs… m'on ensevelit sous leur petits regards suffisant et leur insultes mensongères et calomnieuses… balancé des sortilèges… » Je compte sur mes doigts, plaisante.
« Ils exagèrent… »
« Je savais que tu serais de mon avis. »
« Ce soir ? »
« Je suis collée. » Je passe négligemment une main dans mes cheveux violet, ingénue et enfantine.
«Quelle surprise… j'espère pour toi que ce n'est pas avec le garde chasse, c'est la pleine lune ce soir. »
« Oh. Non. McGo n'oserait pas. »
Elle soupire légèrement.
« Demain ? »
« Collée.
« Jeudi ? »
« Idem.
« Tu me préviens quand il y aura de la place dans ton agenda. » ironise-t-elle en replaçant quelques mèches brunes derrière ses oreilles.
« Je n'y manquerais pas. »
« Bonne nuit…je n'aimerais pas rater l'heure du couvre feu. » réplique-t-elle avec sarcasme.
Je la regarde distraitement monter les marches de l'escalier de marbre en direction de sa salle commune. Le couvre feu a été avancé à neuf heure depuis la multiplication des attaques des mangemorts. Décision inutile à mon avis. Si les mangemorts parviennent à pénétrer dans le château, que les élèves se trouvent dans ou en dehors de leurs dortoirs ne fera pas une grande différence. Encore que, tous rassemblés dans un même endroit, ils offrent des cibles encore plus alléchantes. Non, je ne suis pas cynique voyons.
xxx
Une horloge sonne neuf heure, quelques part dans le château. Je toque contre la porte de bois clair du bureau de la directrice adjointe. Un croassement me répond que la porte est ouverte. Charmant.
McGonnagal est assise devant un tas de copies, lunettes sur le nez et mine sévère et pincée, ce qui ne me surprend pas : je ne l'ai vu sourire qu'une fois et c'était lorsque Potter – aidé de son acolyte de toujours, bien entendu – a réussit un acte avancé de métamorphose supérieur, chose dont je serais pour toujours, et à jamais, foncièrement incapable. Son chignon est toujours aussi serré sur son crâne, ce qui la vieillit avant l'âge. Ça doit certainement être bon pour l'image d'autorité qu'elle représente, même si ça ne plaît guère aux hommes.
« Miss Abberline ! Nous désespérions de vous voir arriver. » M'assène-t-elle comme si je venais de manquer gravement à mon devoir.
Je m'apprête à lui répliquer que je suis parfaitement à l'heure – le manque de ponctualité est un défaut que Père n'a jamais supporté – mais je tique au nous inattendu. Je jette un coup d'œil dans la pièce et constate que, tout aussi précoce qu'elle semble l'être, mon professeur de métamorphose n'est pas encore atteint de déficits mentaux.
Mademoiselle préfète-parfaite nous fait en effet le grand honneur de sa présence. Je m'en serais bien passé pour tout vous dire, car je m'accommode difficilement du caractère d'Evans, et je ne suis pas la seule. Je la trouve très prévisible et ne supporte ni son autorité, ni le ton arrogant qu'elle emploi pour distribuer ses leçon de morale. Douée certes, elle possède une certaine inventivité, mais pourrait se passer des ses sous-entendus foireux qu'elle ne cesse de distiller dans l'air et qui veulent tous signifier : ' moi qui ne suis qu'une fille de moldue, voyez comme je vous ridiculise, fils de sang pur '. Je dis fils car Evans ne m'a encore jamais prise en défaut. Et j'espère sincèrement que cela n'arrivera pas. Moi ? M'incliner devant cette dinde ?
« Evans. » Je crache, fronçant légèrement le nez. De dégoût et de contrariété.
La rousse me regarde de haut, indifférente.
« Soyez un peu plus aimable Abberline je vous prie. » claque McGo, irritée.
Je caresse quelques instants l'idée de lui répondre que, moi, au moins, j'ai salué la Gryffondor. Mais considérant l'état d'agacement du professeur à mon égard, je m'en passe, n'appréciant pas la perspective d'un surplus de retenues.
Considérant certainement que mon silence équivaut à un acquiescement, elle enchaîne :
« Rusard m'a signifié qu'il ne pourrait pas se libérer pour simplement accompagner une élève en pénitence. Vos retenues de la semaine consisteront donc à accompagner Miss Evans dans sa ronde de nuit. Elle est préfète en chef et vous devez évidement lui obéir. Tout manquement à cet égard me contraindrait à augmenter votre punition. »
Elle m'observe, le regard scrutateur par-dessus ses petites lunettes rectangulaires. Je roule des yeux, sans prendre la peine d'être discrète.
« Vous remarquerez que je ne suis pas très dure avec vous. J'ose à espérer que ces insolences de début d'année ne se reproduiront plus. »
Elle attend visiblement que je réponde, complaisante et contrite, que je ne recommencerai pas et que je serai à présent aussi sage qu'une image moldue. Très peu pour moi. Je n'aime pas mentir.
McGonagal soupire, apparemment déçue. Je le suis aussi, soyez en sûrs.
« Allez y maintenant. » nous ordonne-t-elle sèchement, avec un geste las en direction de la porte.
Sans me préoccuper d'Evans, je quitte le bureau avec un imperceptible signe de tête à l'intention de la directrice adjointe. Restons polies. Je fais quelques pas dans le couloir, dans une fuite illusoire, rentrant par prévention ma tête dans les épaules. La voix d'Evans ne devrait pas tarder un retentir pour m'ordonner de revenir immédiatement ici.
« Abberline tu vas où ?! »
« … »
Qu'est ce que je disais ? J'opère un demi-tour négligeant. La mine revêche, accompagnée d'un haussement de sourcil provocateur, je rétorque :
« Je t'aide à faire ta ronde. »
Elle semble désappointée, agacée.
« Tu ne crois quand même pas que je vais passé deux heures à marcher à côté de toi ? On va se séparer. Comme ça je n'aurais pas à te supporter. » J'explique, ennuyée.
Evans semble comprendre. Je vois bien qu'elle répugne à employer ma méthode, mais mon air contrarié semble la convaincre qu'il ne fait pas bon se retrouver seule dans les couloirs avec moi, en pleine nuit qui plus est.
« C'est d'accord. » Elle roule des yeux, comme écoeurée de devoir suivre le plan d'action d'une – affreuse – Serpentard.
Elle m'explique rapidement le trajet que je dois suivre. Je pars de la fin, elle du début, et l'on se retrouve devant le tableau du sacre d'Arthur dans un peu plus d'une heure. Ça me va. Arpenter les couloirs du château, seule, ne m'a jamais déplu.
« T'as fait quoi pour avoir une retenue aujourd'hui ? Brutaliser des premières années ? Ça ne serait pas la première fois. » Attaque-t-elle, agressive.
Je trouve que l'expression dégoûtée qu'elle arbore à présent ressemble passablement à celle de Potter hier. La comparaison m'arrache un sourire moqueur : elle ne plairait pas à la jeune fille.
« Exactement. Je leur ai lancé un sortilège luciole, accrochés à une corde, et je m'en suis servi pour faire des signes aux mangemorts cachés dans la forêt interdite, depuis la tour Nord. »
Sourire n°10, glacial et provocateur. Elle n'apprécie pas beaucoup ma blague – « Pitoyable Abberline… » – ce qui ne m'étonne guère. Les Gryffondors ont un humour déplorable. L'ironie est une notion bien trop subtile pour eux, ce que je m'empresse de faire remarquer à la furie rousse.
« C'était de mauvais goût. On ne s'amuse pas sur ces choses là. » Son ton est froid et n'admet pas de contradiction.
Pour tout autre personne que moi. Evidemment.
« Bien sûr que si. On rit de tout. Tu es sii mélancolique, Evans… » Dramatique, j'exagère ma remarque d'un large geste, plein d'émotions contrefaites.
Elle n'apprécie pas – elle n'apprécie rien – et me regarde avec mépris. Puis, rejetant ses cheveux roux en arrière dans un geste tout aussi théâtrale, elle s'éloigne royalement. Tout en m'informant par-dessus son épaule que c'est ici que l'on se sépare, vipère. Je lui rend aussitôt la politesse, avec un peu plus de verve, et lui souhaite de se faire dévoré par un loup garou, lui assurant que je réfléchis déjà à son épitaphe.
Je crois que je lui ai fait peur. Elle a très bien put interpréter ça comme une menace révélatrice de mon état de mangemort en puissance. Damned ! Je suis découverte.
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Cela fait à peu près une demi heure que je promène tranquillement dans le couloir. Il y a encore suffisamment de lumière dehors - bien que le soleil soit déjà couché (je me suis arrêté pour observer ce touchant spectacle) - pour que je ne sois pas obligée d'allumer ma baguette, mais cela ne saurait tarder. Pour vous dire la vérité, je n'ai rien d'une patrouilleuse en retenue. C'est plutôt ironique.
Le crépuscule et le silence des couloirs n'enlaidissent en rien le château et la marche lente est agréable. Je crois qu'Evans va devoir m'attendre quelques minutes au point de rendez-vous. Tant pis pour elle. J'espère qu'elle ne sera pas rassurée, tout seule, dans le noir, à la merci de la colère d'une terrible et puissante mangemort, qui pourrait l'égorgeait dans le silence de l'obscurité. On ne retrouverait son corps que le lendemain matin, lorsque les petits premières années se rendraient en cours de Sortilèges. Ce serait affreux. Et très salissant pour le tueur.
La terriblement puissante mangemort, n'a rien à voire avec moi, évidemment.
Mes petites bottes de cuirs – très délicate, très élégantes, cadeaux de Tante Amalthée – ne font aucun bruit sur le tapis vermillon, étouffées par le tissus ou par la poussière qui s'élève à chacun de mes pas. L'obscurité monte doucement. Un bruissement soudain alerte mes sens.
Je dresse l'oreille et m'arrête silencieusement. Quelque chose approche, léger et rapide. Lentement, j'attrapa ma baguette et cherche dans le silence du corridor ce qui a attiré mon attention. Un couinement perçant me fait sursauter et – à ma grande honte – je fais un bond en arrière.
Une affreuse bestiole passe entre mes jambes, vive comme l'éclair. Un glapissement m'informe de sa nature exacte et je pousse un juron sonore en brandissant ma baguette. Un jet d'étincelle rouges en jaillit, crépitantes, ratant de peu l'animal qui se roussit les poils et détale dans le couloir. Saleté de rat.
Furieuse de m'être laissé effrayer par un vulgaire rongeur – que je n'ai même pas réussit à mettre hors d'état de nuire – je lâche quelques grossièretés de plus, un peu plus discrètement cette fois ci. Ne désirant pas particulièrement faire à nouveau d'aussi peu plaisantes rencontres, j'allume l'extrémité de ma baguette d'une seule pensée. Je suis douée à ce jeu là. J'aime l'effet un peu théâtral des sortilèges informulés.
Je commence à m'agacée de cette promenade forcée au trajet imposé. Je décide d'aller me reposer quelques instants dans une salle que je sais désaffectée et assez proche, et de rejoindre Evans avec une dizaine de minutes de retard par un passage secret. L'idée est agréable et je m'empresse de quitter le couloir principal.
Habituée, j'éclaire l'une après l'autre les tapisseries qui recouvrent le mur, cherchant celle représentant une matrone éplorée qui touille son chaudron à coups de baguette énergiques. Je la trouve rapidement et la soulève sans autre forme de procès. Il n'y a presque pas de poussière qui retombe sur mes cheveux aubergine, preuve que le passage est régulièrement utilisé. J'appuie mon épaule contre le battant de bois et pèse de tout mon poids, jusqu'à ce qu'il concède à pivoter sur ses gonds.
Je referme soigneusement la porte derrière moi et m'aventure dans le tunnel au plafond bas. Ma robe d'uniforme traîne sur le sol de granit et mon crâne frôle dangereusement la pierre. C'est un des premiers secrets du château que j'ai découvert, ayant observé un élève plus âgé que moi y disparaître lors de ma première année. Ne nécessitant aucune formule ou connaissance particulière, il est très facile d'accès, mais n'en est pas moins tout a fait pratique.
Je n'ai pas fait une dizaine de mètres dans le tuyau de pierre que je regrette déjà de ne pas avoir suivit l'itinéraire imposé par ma retenue, comme la gentille élève que je suis. Une mauvaise surprise m'attend, là ou la galerie fait un coude. La lumière tamisée et reconnaissable entre toute d'une baguette allumée éclaire le mur crasseux. Je ne suis pas seule dans le passage secret, et ne peut éviter l'importun qui arrive en sens inverse. Cette fois-ci, je garde mes jurons pour moi, bien que je n'en pense pas moins.
